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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 19:49

A l'heure où il est devenu clair que les Etats-Unis se sont lancés dans une contre-offensive planétaire visant à reprendre leur place d'après 1989 de puissance unique dominante, l'Amérique latine est redevenue leur cible majeure dans le but qu'elle redevienne l'arrière-cour qu'elle fut à l'époque de leur puissance incontestée. Le Brésil occupe dans ce contexte à la fois régional et planétaire une place particulière dans le rapport de force international, à cause du Mercosur et du BRICS. Ce que les récents événements ont confirmé. Si les conservateurs brésiliens et leur protecteur nord-américain y ont réussi leur coup d'état aux apparences légales, c'est bien sûr aussi parce que la gauche brésilienne a commis un certain nombre d'erreurs sur lesquelles elle devra revenir. Car, au pouvoir, elle n'a pas vraiment tenté de sortir du cadre du système économique et politique dominant, se contentant de profiter d'une période de croissance pour procéder à des redistributions en faveur des classes populaires, ce qui ne pouvait marcher qu'un temps. Et les classes devenues moyennes grâce à cette politique sont tombées dans leur travers habituel, l'opportunisme. Chose facilitée par le fait que la gauche n'a jamais été majoritaire au parlement et qu'elle a donc dû faire des compromis avec un centre particulièrement marqué par le clientélisme et la corruption.

L'histoire du mouvement des travailleurs brésiliens explique l'hétérogéneité du mouvement syndical et de la gauche face à une classe possédante qui a toujours su faire preuve de cohérence, d'inflexibilité et de dureté. L'article ci-joint nous a été envoyé par un dirigeant syndical brésilien qui replace la situation actuelle dans son contexte historique. Chose par laquelle il faut toujours commencer pour pouvoir reprendre langue avec le destin.

La Rédaction

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Quelle est la situation syndicale au Brésil ?

-

Juin 2016

 

 

Antonio Balbino*

 

Les structures sociales et économiques du Brésil se sont formées sous l'influence prédominante de facteurs externes. Depuis le début de la colonisation, on a mis en œuvre des formes d'organisation économique, politique et sociale caractéristiques du Portugal du temps du système féodal en sa phase avancée. Un trait caractéristique de son économie qui s'est formée au XVIe siècle était son caractère de monoculture. Quand les marchés externes assuraient des conditions avantageuses pour la vente d'un ou de deux produits, leur production dominait l'économie nationale.

Jusqu'au début du XVIIe siècle, ce produit était fondamentalement le sucre, seule source pour l'acquisition de main-d’œuvre (esclave), ainsi que d'objets de consommation pour les couches supérieures de la société, qui subvenaient à leurs besoins avec des produits exclusivement importés. Bien que le Brésil ait joué un rôle important en tant que source d'accumulation primitive du capitalisme (dans la première moitié du XVIIIe siècle, les envois du profit de l'or atteignaient, en moyenne, entre 800 et 850 tonnes, dont seulement 15% sont restés au Portugal ; 85% ont été envoyés en Angleterre), sa structure resta pré-capitaliste pratiquement jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Du point de vue politique, le Brésil se fondait sur une conception putschiste depuis son indépendance politique, en 1822, lorsque le Brésil est devenu formellement un État indépendant. Sa libération n'avait ni l'aspect ni le profil d'une révolution bourgeoise ; elle avait même un caractère absolutiste, avec le maintien de l'abominable système esclavagiste, qui a duré officiellement jusqu'en 1888. En 1889, un an après l'abolition de l'esclavage, a eu lieu un nouveau putsch militaire, commandé par le Maréchal Deodoro da Fonseca et l'élite de l'époque. S'étant rendu compte qu'ils ne pourraient pas réaliser leur projet politique par les élections, les républicains ont choisi de concrétiser leurs idées au moyen d'un coup militaire, qui s'est produit le 15 novembre.

Mais les deux conceptions ou principes se sont maintenues: celui des structures féodales-coloniales, dominant, et le système capitaliste national en phase de formation. Ceci s'est manifesté fortement à l'occasion de la première Assemblée nationale constituante de la République (1891), qui liquida la monarchie absolue mais pas la domination oligarchique des grands propriétaires terriens. La formation de la classe ouvrière à proprement parler a eu lieu entre 1844 et 1900, avec l'apparition du marché de la main-d’œuvre salariée, à la suite de l'immigration en masse, de l'abolition de l'esclavage et de la détérioration des structures pré-capitalistes, et aussi d'un certain changement de l'idéologie de la classe dominante, qui, si, auparavant, elle défendait la continuité au Brésil d'une activité exclusivement agraire, maintenant défendait la création d'une industrie nationale.

La crise économique mondiale de 1875 et la crise de surproduction du café de 1880-1886, qui avait ruiné de nombreux propriétaires agricoles, banquiers et commerçants, a renforcé cette nouvelle conception. Enfin, la première usine textile de type moderne s'est installée en 1872 dans la ville de São Paulo, suivie en 1877 d'une autre, fondée par le Baron de Piracicaba. Ensuite vint l'usine de Madalena, à Pernambuco (1881), puis celle de Bahia en 1885.

Il y avait au Brésil 3 000 ouvriers en 1881,  53 000 en 1901 et 109 000  en 1907, dans la branche textile. « En 1884, il n'y avait au Brésil que 200 sociétés industrielles. En 1889, leur nombre avait atteint 600 (60% textiles). Plus de 450 sociétés industrielles ont été fondées entre 1890 et 1895. En 1907, le nombre de sociétés enregistrées comme  industrielles était de 3 200, et en 1920 de 13 300. Le nombre d'ouvriers occupés dans l'industrie  augmentait parallèlement. En 1890 leur nombre total dans le pays était de 50 000-60 000, et de 152 000 en 1907 ; en 1920 il y avait 297 000 mille ouvriers enregistrés.1»

En 1903, on a enregistré deux grèves générales d'ouvriers de l'industrie textile, auxquelles ont participé 25 mille travailleurs. Cette même année a été promulguée la première loi syndicale du Brésil, le Décret nº 979 de 1903, qui recueillait les propositions de l'Église catholique, qui proposait l'union entre le capital et le travail à la campagne, en permettant la syndicalisation de professionnels de l'agriculture et des industries agricoles (Arouca).

En 1905, avec le Décret no 1 637, la formation de syndicats (de toutes catégories) a été rendue légale au Brésil, rendant possible en 1906 la création de la première centrale syndicale brésilienne, la COB (Confédération ouvrière brésilienne), dans un univers de 20 millions de Brésiliens et de 150 mille travailleurs salariés, dont 65% dans l'industrie, 15% dans le textile et 20% dans les boissons et les transports. Ces associations étaient alors sous l'influence de l'anarcho-syndicalisme (provenant des immigrés italiens), et ceci jusqu'en 1922, année de la fondation du Parti communiste du Brésil (PC do B), qui allait obtenir une grande influence dans les milieux ouvriers et qui représenta un bond dans les conquêtes et la compréhension de la lutte de classes.

Les grèves devinrent de plus en plus fréquentes et radicalisées. On vit naître plusieurs organisations et syndicats de classe combatifs, ce qui obligea l'État à céder, et à formuler des lois qui réglementaient le travail. Les revendications principales de cette époque étaient, entre autres, la journée de travail de 8 heures, le droit aux vacances, la fin du travail de nuit, le relèvement des salaires, la réglementation du travail des femmes et des enfants.

 

L'intervention «getuliste» dans le mouvement syndical

Le début des années 30 a été marqué par une crise profonde du capitalisme au niveau mondial, suivie de la montée du nazi-facisme en Europe. La crise de 1929 a aiguisé l'appétit des impérialistes pour les richesses du Brésil, et la lutte entre eux pour la possession de ces richesses s'est intensifiée. En cette période, s'est accrue la pénétration des impérialismes allemand et japonais au Brésil, outre l'impérialisme anglais, déjà fortement installé.

En 1930, un mouvement militaire dirigé para Getúlio Vargas renversa le gouvernement pro-anglais de Washington Luís et prit le pouvoir. Une fois installé, Getúlio se réconcilia avec les barons du café, les seigneurs de la « vieille république», et trahit les aspirations démocratiques du mouvement «des lieutenants».

En 1931 fut adoptée la loi de syndicalisation (décret 19 770). « Les syndicats ou associations de classes seront des sujets de leur prérogative immédiate, sous l'observation prudente de l'État », affirmait Lindolpho Color, le Ministre du travail. « Il est temps de remplacer la vieille notion négative de lutte de classes par une notion nouvelle, constructive et organique de collaboration des classes »(« Abrégé de la Carta del Lavoro»).

En 1943, le gouvernement Vargas a interdit les conflits collectifs et le droit de grève. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la direction du Parti communiste proclama « l'union nationale contre le fascisme », sous prétexte de faire pression sur le gouvernement réactionnaire de Vargas pour qu'il déclare la guerre à l'Allemagne et aide l'Union soviétique. Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le 30 avril 1945, fut fondé le Mouvement Unificateur des Travailleurs, qui publia un manifeste signé par plus de 300 dirigeants syndicaux de 13 états, qui défendait la liberté et l'autonomie syndicales et les libertés démocratiques. Le Parti communiste du Brésil a atteint alors près de 200 mille membres, et aux élections de 1946, il fit élire un groupe de 15 députés fédéraux.

 

Les luttes de classe des années 1950 et la recherche du chemin de classe

Au début des années 50, le mouvement syndical avait atteint à nouveau une grande dimension. Il est important de rappeler que, entre 1940 et 1953, la classe ouvrière brésilienne a doublé en nombre et a atteint environ 1 500 000 travailleurs dans les industries. Les grèves sont devenues constantes.

En 1951, ont eu lieu presque 200 débrayages, qui ont touché presque 400 mille travailleurs. L'année suivante ils se sont étendus, avec un total de presque 300 sur tout le territoire national. En 1953, la lutte de la classe ouvrière contre la faim et la cherté de la vie a touché près de 800 mille ouvriers. Rien qu'à São Paulo, plus de 800 grèves ont éclaté, touchant toutes les catégories professionnelles. C'est alors qu'a eu lieu la grève des 300 mille travailleurs de São Paulo, à laquelle ont participé les travailleurs du textile, les métallos, les menuisiers, les maçons, les travailleurs graphiques, entre autres.

En 1960, la CGT a joué une participation importante dans la Grève de la Parité, où 400 000 travailleurs civils ont paralysé les transports maritimes, ferroviaires et portuaires dans tout le pays, pour exiger des salaires équivalents aux militaires. Grâce aux grandes mobilisations ouvrières et aux grèves qui ont secoué le pays, le 13 juillet 1962, la loi nº 4 090 a consacré la conquête du 13ee salaire ou un prime de Noël, pendant le gouvernement de João Goulart.

Les grèves se succédaient rapidement. En 1963, a eu lieu  la célèbre grève des 700 000, qui, parmi d'autres revendications, avait pour but  l'unification de la date-base des accords salariaux. La grève des 700 000 fut une des plus grandes manifestations grévistes de toute l'histoire du mouvement ouvrier brésilien.

 

Le mouvement ouvrier pendant le régime militaire

Le mouvement ouvrier, de pair avec la lutte paysanne, a été la cible prioritaire de la répression déchaînée par le régime instauré en 1964 en tant que contre-révolution armée au pouvoir. Le gel des salaires a provoqué la dégradation de plus d'un tiers des salaires des travailleurs, épuisés par des journées de travail longues, auxquelles s'ajoutait la nécessité pour d'autres membres de la famille de rejoindre le monde du travail.

 

Ouverture politique et reprise des actions syndicales dans les années 1980

À partir du début des années 80, le mouvement syndical a commencé à se consolider ce qui était le résultat des actions menées à partir de la seconde moitié des années 70. C'est aussi à cette époque qu'a été créé le PT (Parti des Travailleurs), issu de cadres réformistes et ecclésiastiques, à la suite de la dite 1e Rencontre Nationale des Travailleurs en Opposition à la Structure Syndicale, ou l'ANAMPOS (Rassemblement National de Mouvements Populaires et Syndicaux), avec une forte influence de l'Église et de la paysannerie, en juin 1980.

En 1983 fut créée la CUT, organisée par l'Église catholique et ses militants dans le mouvement ouvrier, et marquée par un anticommunisme profond. La trajectoire de la CUT est semblable et fait partie du même processus. Tout comme la CISL2, son apparition en août 1983 portait déjà la marque du syndicalisme jaune. Diviseurs, les syndicalistes du PT rompaient avec un processus qui était en cours depuis le début des années 80, et qui s'appuyait sur la vague de grèves de cette période, pour la construction d'une centrale syndicale unique dans le pays. Le rôle de la CUT était d'impulser la construction du PT. Et, tout comme lui, la CUT a adopté au début un discours ultra-radical, anti-collaboration et anti-getuliste. Peu à peu, ce discours et sa pratique ont glissé du radicalisme libéral à la collaboration de classes comme doctrine.


 

Les syndicats au Brésil aujourd'hui

Selon les données du Ministère du Travail, il existe au Brésil 9 359 syndicats de travailleurs et 4 262 syndicats de patrons. Sur le total d'organisations qui représentent les travailleurs, 6 907 (73,81%) sont des organisations d'employés, 1 253 (13,39%) de fonctionnaires publics, 433 (4,63%) de différentes catégories, et le reste se divise entre indépendants, isolés et professionnels libéraux.

Concernant la filiation à une centrale syndicale, les données indiquent que, sur le total des organisations représentant les travailleurs, 66,03% (6 180 syndicats) sont affiliés à une des treize centrales syndicales et 33,97% (3 179 syndicats) ne sont affiliés à aucune centrale. Ces centrales présentent beaucoup de contradictions, étant donné leurs nuances idéologiques ou leurs liens politiques. La grande majorité des syndicats sont dirigés par des forces considérées comme de « gauche », la Centrale Unique de Travailleurs (CUT) étant celle qui a le plus grand nombre d'affiliés (3 904 817). En deuxième position apparaît l'Union Générale des Travailleurs (UGT), qui a 1 458 320 affiliés, et en troisième position la Centrale de Travailleurs et de Travailleuses du Brésil (CTB), qui compte 1 287 110 affiliés et qui est celle qui a le plus grandi de 2008 à 2015 ; elle est liée aux forces de gauche, et plus spécifiquement au Parti communiste du Brésil (PC do B)3. En quatrième position, avec un profil néolibéral et de droite, apparaît la Force Syndicale, aujourd'hui dans l'opposition au gouvernement et qui est celle qui a le plus perdu en représentativité avec 1 279 477 travailleurs affiliés. En cinquième position, la CSB, avec 1 028 439 travailleurs affiliés, et finalement, en sixième position, la Nouvelle Centrale Syndicale (NCST), avec 954 443 travailleurs affiliés. Il y a aussi un troisième groupe moins important d'organisations liées aux forces politiques du « centre » et de la « gauche radicale ». Il n'y a que 6 des 13 centrales syndicales qui sont officiellement reconnues par l'État (le 7 mars 2015, évaluation exigée par la loi 11 648/2008).

 

Cadre synthétique

Centrales syndicales

Syndicats 

%

Nombre d'affiliés

%

CUT – Centrale Unique des Travailleurs

2319

21,22

3 904 817

30,47

UGT – Union Générale  des Travailleurs

1277

11,69

1 458 320

11,38

CTB – Centrale des Travailleurs et Travailleuses du Brésil

744

6,81

1 287 110

10,04

FS – Force Syndicale

1615

14,78

1 279 477

9,98

CSB – Centrale des Syndicats Brésiliens

597

5,46

1 028 439

8,02

NCST – Nouvelle Centrale Syndicale des Travailleurs

1136

10,40

954 443

7,45

CONLUTAS

105

0,96

286 732

2,24

CGTB – Centrale Générale des Travailleurs du Brésil

217

1,99

248 207

1,94

CBDT – Centrale Brésilienne Démocratique des Travailleurs

94

0,86

85 299

0,67

PÚBLICA

21

0,19

16 580

0,13

UST – Union Syndicale des Travailleurs

6

0,05

791

0,01

Centrale Unifiée des Professionnels de la Fonction Publique du Brésil

3

0,03

875

0,01

INTERSINDICAL

1

0,01

1739

0,01


 

Centrale et date de fondation

Indice de représentativité (%)

Influence de parti

/Idéologie

Secteur de plus grande influence

Influence au Congrès

Relation dans le Gouvernement

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2015

 

 

 

 

Centrale Unique des Travailleurs (CUT) - 8/1983

35,84

36,79

38,23

38,320

36,70

35,60

34,39%

33,67%

PT/gauche

Idéologie marché/étatisante

Métallurgique, rural, bancaire, fonction publique, éducation

Haute

Grande

Force Syndicale (FS) - 3/1991

12,33

13,10

13,71

14,12

13,70

13,80

12,59%

12,33%

PDT/centre-gauche

Idéologie franchement de marché

Métallurgique, auto, bâtiment et commerce

Haute

Basse (1)

Union Générale des Travailleurs (UGT) - 7/2007*

6,29

7,19

7,19

7,89

11,30

11,20

11,92%

11,67%

PSD/Centre, défend l'économie de marché

Commerce, travailleurs externes, pêcheurs et hygiène et maintenance

Moyenne ↑

Moyenne ↑

Centrale des Travailleurs et Travailleuses  du Brésil (CTB) - 12/2007

5,09

6,12

7,55

7,77

9,20

9,20

9,33%

9,13%

PCdoB/PSB

Gauche

Éducation, métallurgie, rural, service public

Moyenne ↑

Haute (2) a ↑

Nouvelle Centrale Syndicale de Travailleurs (NCST) - 6/2005

6,27

5,47

6,69

7,04

8,10

8,10

8,01%

7,84%

Sans liaison prédominante, du centre et favorable à  l'économie de marché

Transports, bâtiment et mobilier, tourisme et fonction publique

Moyenne →

Moyenne →

Centrale Générale des Travailleurs du Brésil (CGTB) - 08/2006**

5,02

5,02

5,04

7,02

-

-

-

-

Parti de la Patrie Libre (ex-MR 8) Centre-gauche

Fournisseur de services

Basse

Basse

Centrale des Syndicats Brésiliens (CSB) -  08/2008

-

-

-

-

-

-

-

7,43%

PMDB, PDT et PSB
Centre-gauche

Professions libérales,
fonction publique des états, services

Moyenne →

Moyenne →

 

La situation économique et sociale

Le pays connaît aujourd'hui une crise importante, aussi bien du point de vue économique que du point de vue politique. En réalité, il ne s'agit pas d'une crise de type cyclique, traditionnelle du capitalisme. Il s'agit avant tout d'une crise au niveau idéologique, les forces conservatrices cherchant à réoccuper l'espace perdu pendant un certain temps par ladite économie de marché de type oligopolistique.

Pendant la dernière décennie, la lutte politique en Amérique du Sud a été menée fondamentalement à partir de la conception néolibérale de la déréglementation du travail, du «libre» marché (le « droit » des pays périphériques d'exporter des « commodities » et d'acheter aux pays du centre des produits finis et de haute technologie), de la libre circulation du capital (plus spécifiquement spéculatif et rentier).

Les pays ont compris que, seuls, ils ne pourraient pas faire face à l'avalanche néolibérale qui menaçait leurs économies. Ils ont donc décidé de reprendre ce qui s'appelait l'Association Latino-Américaine de Libre-Échange (années 60), suivie de l'Association Latino-Américaine d'Intégration (années 80). Le 26 mars 1991 est né le Marché Commun du Sud (Mercosul, en espagnol Mercosur), avec la signature du Brésil, de l'Argentine, du Paraguay et de l'Uruguay. D'autres pays sont invités au bloc en tant qu'États Associés pour discuter de sujets communs : la Bolivie, le Chili, la Colombie, l'Équateur et le Pérou, et ultérieurement le Venezuela, formant un bloc de libre-échange et une union douanière. On peut dire qu'il n'y avait jamais eu autant d'échanges culturels, économiques et sociaux entre ces pays qu'aujourd'hui, outre la défense des régimes démocratiques.

En 1995, l'Union européenne et le Mercosul ont signé l'« Accord-cadre inter-régional de coopération », qui est entré en vigueur en 1999, avec comme but un large partenariat politique et économique, basé sur trois piliers fondamentaux: dialogue politique, coopération, commerce et investissements. Sur le plan commercial, on vise à la création d'une zone de  libre-échange, en concurrence directe avec ce que serait la Zone de Libre-Échange des Amériques (ZLÉA) et les intérêts des États-Unis. Le Mercosul représente 70% du territoire de l'Amérique du Sud, 64% de sa population et plus de 50% du PIB régional, avec un PIB propre de plus de 1 billion de dollars.

Pour souligner la problématique politique, rappelons qu'en 1990, quand les États-Unis se concentraient sur les négociations de l'ALENA, le Président états-unien George Bush a lancé sa proposition « Initiative pour les Amériques », qui aurait signifier la reprise de la doctrine Monroe datant de 1823, qui établissait que l'Amérique latine était une zone d'influence des États-Unis. Sur le même diapason, en 1994, a eu lieu le « Sommet des Amériques », ayant pour objectif de créer la Zone de Libre-Échange des Amériques en 2005, dans le but de réglementer le commerce des biens et services, les investissements, la propriété intellectuelle, l'agriculture et de même les achats des États (sic !!).

D'après Morais, «[...] le projet d'intégration hémisphérique constitue une adaptation du style d'interventionnisme américain dans la région au nouveau contexte international et une forme pour les USA d'élargir leur influence en Amérique latine, dans une recréation de la susmentionnée doctrine Monroe [...]»4. L'intégration économique est une alternative à leur intervention politique, qui avait fait l'objet de résistance dans les dernières décennies.

C'est dans cette conjoncture politique que débuta, en 2003 (et jusqu'en 2006), le premier gouvernement de Luís Inácio da Silva, dit Lula. Le PIB a connu une croissance moyenne annuelle de 4%, c'est-à-dire de 100% supérieure à celle enregistrée dans la période 1981-2002, qui était de 2,5%. Le pays est passé de la 12e à la 8e place dans la classification des plus grandes économies du monde. Le salaire minimum s'est accru de 200 reais en 2002 à 510 reais en 2010. Le nombre de pauvres s'est réduit de 43%. Le nombre de Brésiliens avec un revenu par habitant inférieur à 140 reais est tombé de 50 millions à 29,9 millions depuis 2003.

Tout cela a transformé le Brésil en une référence de la politique d'inclusion, à des niveaux semblables, toutes particularités et proportions gardées, à ce qu'a signifié le plan Marshall aux États-Unis et le Welfare state en Europe, en un temps infiniment moindre. Le Mercosul s'est transformé en un bloc solide, un marché de plus en plus attrayant, et du point de vue politique, en modèle cohérent pour la région en opposition à la Zone de Libre-Échange des Amériques— ZLÉA, qui présentait déjà des signes concrets d'échec de sa proposition originale.

Ce cadre, comme exemple politique et économique, a dérangé les dominations idéologiques et les défenseurs de la domination des blocs économiques fondés sur la doctrine Monroe. Du point de vue de la politique économique, le gouvernement a donné la priorité au réchauffement de l'économie par le biais du mécanisme de création de la demande, ce qui s'est produit avec la politique de redistribution des revenus au moyen de programmes sociaux et du relèvement réel du salaire minimum. Ce fut fait pendant le premier gouvernement de Lula et a été consolidé pendant le second. Dilma, qui lui a succédé, a choisi la continuité de cette politique de redistribution des revenus, mais sans aborder de façon efficace les éléments qui auraient pu rendre durable cette politique, et qui présentait déjà des signes d'essoufflement.

 

 

Les réformes de base et le coup d’état

En conservant ces programmes sans qu'ils ne soient plus soutenables, c'est-à-dire, sans réformes de base — réforme financière (les banques n'ont jamais gagné autant d'argent dans l'histoire du Brésil), réforme fiscale, réforme de la sécurité sociale, réforme politique, réforme agraire —, l'économie a commencé à donner signe d'épuisement. Pourtant, le gouvernement n'est pas passé à l'offensive contre la corruption de ses alliés politiques et de ses partisans, il s'est fragilisé et a prêté le flanc à l'engagement de la droite et des néolibéraux dans la propagande sur l'improbité administrative, en cherchant ainsi à imposer ledit impeachment, instrument juridique et politique qui n'avait jamais été utilisé dans l'histoire du pays. Tout cela avec l'incitation et l'intense publicité gratuite des médias, surtout de la télévision de la Rede Globo.

L'année 2016 sera décisive! Au fond, il n'y a pas eu de politique économique réellement définie dans ce deuxième gouvernement de Dilma Rousseff. Il y a eu un vide et une série d'improvisations visant à résoudre des problèmes à court terme. C'est là un des grands débats auxquels les syndicats doivent faire face : l'industrie est en baisse, le commerce et les services sont sans perspectives, et la déréglementation du travail qui avance à pas feutrés mais en même temps à grandes enjambées est devenu le plus grand défi pour le mouvement syndical.

Les syndicats doivent contenir d'urgence ces mesures de déréglementation. Pour ce faire, ils doivent construire un projet à court, moyen et long terme, qui puisse armer les travailleurs et les dirigeants syndicaux dans une perspective de classe, parce qu'en politique le vide n'existe pas. Ce projet doit passer par un dialogue franc avec la jeunesse qui va entrer sur le marché du travail et ne voit aucune perspective professionnelle, surtout pour les élèves des écoles techniques. En 2002, il existait 140 écoles techniques, entre 2003 et 2010 leur nombre s'est élevé à 214, entre 2011 et 2013 encore à 116, et 92 sont encore prévues jusqu'en 2018. Le Programme National d'Enseignement Technique (PRONATEC) a atteint, jusqu'en 2014, 6,8 millions d'élèves de 17 à 29 ans. L'objectif est d'offrir 12 millions de places dans ce programme. On assiste à une déviation de cap monumentale, car ce programme est exécuté presqu'exclusivement avec le dit système « S » par les organisations patronales, qui utilisent cette ressource pour faire opposition aux autres programmes du gouvernement.

L'élection de Lula a changé la scène politique, a promu le conformisme social, a coopté des directions sociales qu'on a mis des années pour former, en faisant en sorte que ce mouvement et ces directions renoncent à ce qui est le plus important dans la lutte de classes : le point de vue de classe. Les syndicats doivent s'efforcer de corriger cette équivoque historique, en lançant un nouveau plan de formation des jeunes directions, avec une formation syndicale des travailleurs, en démocratisant le dialogue et les structures, en valorisant la culture et l'esprit entreprenant du jeune travailleur, en soulignant principalement l'axe du point de vue de classe. Ils doivent se réinventer. L'histoire n'attend pas.

 

Le coup d'état parfait

Aujourd'hui le monde occidental ne permet plus les coups d'État militaires du type de ceux des décennies passées, avec tortures et meurtres. Pourtant, le monde capitaliste oligopolistique n'a pas oublié les coups d'État, et a cherché des façons plus subtiles d'imposer ses modèles. Et il a donc innové. On n'utilise plus la presse pour justifier ses principes ; maintenant c'est la presse même qui fait les coups d'État en Amérique latine, essayant d'utiliser le parlement corrompu et défaitiste, et le pouvoir judiciaire truffé de criminels et de fascistes. On le verra encore souvent à l'oeuvre en Amérique Latine.

 

*Antonio Balbino a été le dirigeant du syndicat CUT de la métallurgie de Salvador de Bahia de la CUT puis de la CTB, la nouvelle centrale syndicale qui existe depuis le milieu des années 2000 et qui est liée au Parti communiste du Brésil (PC do B). Ce syndicat est membre de la FSM. Antonio Balbino est également un dirigeant du PC do B.

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Notes :

1 W. Baer, Industrialization and Economic Development in Brazil, Homewood, 1965, p.18, apud A. Karavaev, Brasil: passado e presente do capitalismo periférico, Edições Progresso, 1987.

2Confédération internationale des syndicats libres de tendance pro-occidentale et anticommuniste.

3Parti ayant opté pour une tendance maoïsante au moment ayant provoqué une rupture ayant abouti à la création du Parti communiste brésilien de tendance pro-soviétique.

4 apud Revista Brasileira de Política Internacional, vol. 48 no.1 jan/jun 2005 ; scielo.br, consulté le 01.4.2015

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