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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 09:45

Sri Lanka occupe une position stratégique dans l’Océan indien qui explique pourquoi ce vieux pays a été colonisé plus de quatre siècles. Ce qui explique aussi pourquoi il a ensuite été victime d’une longue guerre par proxies interposés lorsque les terroristes du groupe Tigres ont tenté de prendre en otage les populations tamoules pour tenter d’imposer avec l’aide des puissances occidentales la création d’un Etat qui serait devenu une base centrale de l’impérialisme dans la région.

La victoire ayant finalement été remportée par les forces patriotiques, les pressions extérieures ont abouti à un changement de gouvernement qui a permis de soumettre le pays au chantage de « l’accountability », des commissions d’enquête « internationales » et du « droit de protéger » qui ont permis de s’ingérer dans les politiques nationales et d’ouvrir le pays à la domination du capital mondialisé et des intérêts stratégiques des Etats-Unis. Ce qui vient de se terminer suite à un immense mouvement populaire unitaire et pluri-ethnique qui a imposé un changement de gouvernement que les médias occidentaux ont été incapables d’analyser et d’expliquer.

La Rédaction

 

 

Sri Lanka : 

 

« Rétablir » la vérité !

 

-

Novembre 2018

 

 

Jean-Pierre Page

 

« Ce sont les masses qui font l’histoire »

Karl Marx

 

« Rien n’est absolu, tout est changement, tout est mouvement, tout est révolution, tout s’envole et s’en va ! »

Frida Kahlo1

 

 

En dépit de toutes les manœuvres, des menaces, des pressions, des mensonges, il aura fallu très exactement deux semaines pour que s’impose un changement d’orientation politique au Sri Lanka ! Le Parlement est dissous, il y aura des élections générales, c’est ce que revendiquait le peuple et pour lui c’est une première victoire. 

 

Dans l’État actuel des choses, c’est un échec pour les recettes néo-libérales du gouvernement de droite, pour leurs politiciens. Dans cette région du monde si stratégique, située au milieu de l’Océan indien sur les routes d’approvisionnement entre le Moyen-Orient et l’Asie orientale2, c’est aussi le cas pour les objectifs géopolitiques des Etats-Unis et leurs alliés. Ce dernier aspect n’étant pas le moins important !

 

Avec cette situation inédite et contrairement à ce que les médias occidentaux continuent à affirmer, on n’en est plus au débat sur la constitutionnalité ou la non-constitutionnalité des décisions prises. C’est le peuple et lui seul qui a fixé le calendrier, il est celui qui donne sa légitimité à une décision inédite dans l’histoire du pays. Sans doute un des actes politiques parmi les plus importants depuis l’indépendance !

 

Le 9 novembre 2018 à 22h48, le Président Sirisena a signé le décret de dissolution du Parlement et annoncé pour le 5 janvier 2019 des élections générales3. Les forces conservatrices, celles de l’impérialisme et ses vassaux, n’attendaient pas cette décision, la surprise est totale. Ils s’en étranglent de fureur!

 

Bien sûr, rien n’est définitif et l’on serait tenté de dire que la bataille ne fait que commencer, tant est grand le dépit de ceux qui ont perdu une partie de leur pouvoir. Toutefois, ce qui importe, c’est que l’initiative a changé de camp, elle s’appuie dorénavant sur une volonté populaire, celle d’accélérer le processus de changement ouvert le 26 octobre! Cette décision n’est pas tombée du ciel et n’a été octroyée par personne. Elle est le résultat d’un mouvement conscient et responsable qui donne tout son sens à l’expression de la souveraineté populaire.

 

Il va falloir maintenant transformer l’espoir en action. Les élections générales doivent être la prochaine étape pour confirmer l'aspiration au changement. On ne pourra pas faire l’économie de la mobilisation des masses, particulièrement celle des travailleurs et encore moins attendre que ceux-ci délèguent leur pouvoir à des partis politiques souvent discrédités. Il va falloir compter sur ses propres forces, se prendre en charge et se hisser à la hauteur de ce que ces évènements exigent. Là, est l’enjeu !

 

Mais comment en est-on arrivé là ? 

Petit retour en arrière !

Le 26 octobre 2018, Ranil Wickremesinghe ; Premier ministre sri lankais admirait les vagues, le flux et le reflux de l’Océan Indien depuis une magnifique villa coloniale de Galle4. En cette période de mousson, la soirée était exceptionnellement douce.

 

Fort éloigné de l’ile dont Octave Mirbeau5disait qu’elle était sur terre à l’image du paradis, les futurs ambassadeurs des Etats-Unis et de France préparaient leurs bagages pour rejoindre en début de semaine leurs postes à Colombo. Ce serait un week-end agréable! Pas tout à fait quand même, car les évènements allaient se précipiter! 

 

Depuis longtemps les désaccords se multipliaient au sein du gouvernement « d’union nationale », en réalité entre le Président et son Premier ministre, entre l’UNP6et le SLFP-UPFA7. Plusieurs mois plutôt, Sirisena8avait d’ailleurs proposé au Président du Parlement, Karu Jayasurya9, puis à Sajit Premadassa, le numéro deux du parti UNP de prendre la place de R.W10, mais en vain ! La tension était permanente, R.W pratiquant à l’égard du Président la méthode du fait accompli. De plus, il tenait d’une main de fer son parti, en veillant à ce que les jeunes loups restent à leur place, ce qui n’était pas sans susciter depuis longtemps des oppositions et des tensions internes. Le pouvoir était déstabilisé par les querelles politiques incessantes.

 

Mais d’abord qui est Ranil Wrickemensighe ?

Il vient de cette aristocratie élitiste caractéristique de la capitale, celle que l’on nomme ceux de Colombo7, le 16ede Paris ou le Neuilly au choix. Elève du Royal College11. Il est autoritaire et arrogant, avec ce fort sentiment de supériorité qui le tient toujours éloigné du peuple, utilisant l’anglais comme sa langue maternelle, néolibéral de conviction. Il aime que les diplomates et les médias occidentaux s’adressent familièrement à lui comme « Ranil ». Son milieu est celui des cercles occidentaux qu’il cultive depuis des années, il est le chouchou des ONG et des cercles pro-LGBTQ, comme plusieurs membres de son gouvernement. Il voue une haine féroce, de classe pourrait-on dire à des « paysans » comme Mahinda Rajapaksa et Sirisena, élus provinciaux dont l’anglais est approximatif. Au lendemain du 26 octobre, il était par conséquent dans l’ordre des choses qu’il s’adresse en priorité à des diplomates occidentaux plutôt que de s’adresser au peuple. 

 

Pendant ce temps, s’accélérait la crise économique, la chute spectaculaire de la roupie faisait craindre le pire ! L’exaspération des Sri Lankais était à son comble ! Un mois plutôt, le Président avait évoqué une tentative d’assassinat contre lui et Gotabaya Rajapksa12, frère de l’ancien Président et probable candidat aux prochaines élections présidentielles. L’affaire prenait de l’ampleur avec l’implication possible de ministres, et des services d’intelligence indienne, le RAW13. Constitutionnellement, la réalisation d’un tel projet aurait permis l’accès à la présidence du Premier ministre. Malgré les interpellations du Président, des arrestations et des preuves jugées comme irréfutables, le chef du gouvernement s’était refusé à toute enquête sur la véracité d’une telle menace. Mais ce n’était pas tout, il semblait confirmé qu’un projet d’impeachmentdu Président était également en préparation. Ces intentions furent sans doute la goutte qui fit déborder le vase ! 

 

Après que l’UPFA-SLFP eut finalement annoncé le 26 octobre en fin de journée son retrait du gouvernement, une autre nouvelle allait tombé 46 minutes exactement plus tard! Tirant les conséquences de l’importante décision politique de son propre parti, qui mettait un terme à l’existence du gouvernement « d’Union Nationale », le Président Siriséna décidait de remplacer le Premier ministre par l’ancien président Mahinda Rajapaksa14qui, dans la foulée, prenait immédiatement ses fonctions! La nouvelle était relayée par les radios et les télévisions et faisait l’effet d’un formidable coup de tonnerre. Le président décidait par ailleurs de suspendre les travaux du Parlement et de les faire reprendre dix jours plus tard à la date initialement prévue. Finalement, celui-ci se réunirait le 14 novembre au lieu du 5 novembre, mais nul n’envisageait encore la dissolution et de prochaines élections générales.

 

En cette période de météo incertaine et de pluies abondantes, ces décisions totalement inédites mettaient fin aux trois années chaotiques du pouvoir absolu de l’ultra-conservateur Ranil Wrickmesinghe. Spontanément et à leur manière, les gens de la rue saluaient l’évènement en exprimant leur joie, au son des pétards. Les quartiers populaires de Colombo étaient en fête. La suite allait montrer qu’au-delà des réjouissances, la suite des évènements allait se révéler plus compliquée !

 

Rapatrié et exfiltré d’urgence à Colombo, l’ex-premier ministre se « bunkerisait » dans sa résidence de « Temple Trees 15» qu’il transformait en « Fort Chabrol » et forum soixante-huitard permanent. On se préparait à un siège sous les regards amusés des passants. R.W. battait le rappel de ses proches, des dirigeants de son parti UNP, de ses parlementaires, de ses gardes du corps, et de diplomates occidentaux triés sur le volet ! Pour sauver la démocratie, on allait s’il le fallait, se battre jusqu’à la mort! Pour confirmer cette intention certains s’étaient déjà vêtus en « Battle dress ». Contestant la décision présidentielle, R.W décidait en accord avec ses partenaires étrangers de se déclarer toujours en fonction. Invoquant le respect de la Constitution, et l’indispensable convocation séance tenante du Parlement, il jugeait la décision présidentielle illégale et anticonstitutionnelle. Rien que ça !

 

Dès son arrivée au pouvoir, 3 ans auparavant, il avait de façon prémonitoire fait modifier la constitution qui, interprétée abusivement comme il le faisait maintenant, mettait fin par le nouvel article 19, à l’une des prérogatives du président, celle discrétionnaire de changer de Premier ministre quand il le décidait. Mais en vérité, la constitution, même modifiée, ne disait pas ça ! On n’en était pas là !

 

Le Président Sirisena, lui, avait fait ce choix en conscience, en conformité avec la Constitution dont il respectait l’esprit et la lettre. Ce qui en fait posait problème, c’est qu’il l’avait fait au bénéfice de Mahinda Rajapaksa16qu’il avait précédemment trahi puis écarté du pouvoir à travers les élections présidentielles de janvier 2015, confirmé en juin de la même année par des élections générales qui avaient donné la victoire à l’UNP associé ensuite à une fraction minoritaire du SLFP-UPFA et quelques autres petits partis communautaristes (ethniques ou religieux). 

 

En cette fin octobre 2018, un autre évènement intervenait, électoral celui-ci : les élections brésiliennes ! Elles allaient apporter à cet événement sri lankais un éclairage supplémentaire, à travers une coïncidence inattendue. Qu’elle était donc le point commun entre les hommes politiques de ces deux pays si géographiquement éloignés, le Brésil avec ses plus de 200 millions d’habitants, le Sri Lanka avec dix fois moins17. Tout simplement un fait: le super ministre de l’économie brésilienne de Jair Bolsonaro18, Paulo Guedes19, et l’ex-premier ministre sri lankais déchu Ranil Wicremesinghe avaient en commun d’être des proches, des partisans inconditionnels de la dictature de la finance mondialisée et d’un néo-libéralisme forcené. Tous deux amis de Georges Soros, l’apôtre des « révolutions de couleurs » et de son “Open society”, et tous deux membres de la très confidentielle « Société du Mont Pèlerin »20(SMP).

 

La « SMP » comme on l’appelle familièrement est une Fondation internationale tentaculaire et influente, fanatique de privatisations à outrance, du tout à l’export, d’un marché totalement déréglementé, du strict minimum social, d’un alignement aveugle sur les ambitions géopolitiques des néoconservateurs américain21, d’une transformation absolue de l’État au service du Capital, d’une restriction de l’usage fait de toutes les institutions démocratiques, des libertés individuelles et collectives allant du droit syndical à celui des partis politiques comme à la liberté de la presse, d’un anticommunisme hystérique. Pinochet avait, en l’appliquant, fait de cette idéologie réactionnaire une référence et un modèle, c’est tout dire. Depuis 3 ans, les Sri Lankais en payaient le prix ! Dans de telles circonstances, il n’était pas inutile de souligner le voisinage idéologique entre Paulo Guèdes et Ranil Wickremensinghe, ces deux militants de l’extrémisme libéral et leur goût déclaré pour les dictatures et les régimes autoritaires. A des milliers de kilomètres l’un de l’autre, l’un accédait au pouvoir, l’autre le perdait.

 

Evidemment, on pourrait dire que si les Brésiliens ont insuffisamment gardé la mémoire du prix sanglant qu’ils durent payer à la dictature militaire, les Sri Lankais, eux, ont sans doute une mémoire plus vive due à l’effondrement social, à la faillite économique et monétaire, au démantèlement de leur État, comme au recul de leur souveraineté nationale dont ils sont aujourd’hui les témoins et surtout les victimes.

 

En effet, leurs conditions de vie sont devenues chaque jour plus insupportables. C’est sans doute pourquoi Ranil Wickramesinghe et son ex-gouvernement sont devenus à un point « haïs » par le peuple que l’on a du mal à apprécier l’ampleur du rejet dont ils font l’objet. Pour autant, si leur chute était prévisible et souhaitée nul ne s’imaginait qu’elle interviendrait si rapidement et si soudainement, à commencer par R.W lui-même. La surprise fut également celle de ceux qui le « cornaquaient »22, c’est-à-dire principalement les Etats-Unis, leurs alliés européens, le Japon et l’Inde, inquiets de voir dans la région la perspective de perdre un allié sur lequel on pouvait compter, même si il était politiquement instable. D’ailleurs, ils ne sont toujours pas revenus de cette succession d’évènements inattendus.

 

Les ambassades occidentales qui faillirent à leur devoir de vigilance et d’anticipation, se sont très vite rattrapées en punissant les Sri Lankais par la violence de leurs commentaires, leurs exigences néo-coloniales et l’annonce de menaces de sanctions comme la suspension immédiate de tout programme de coopération économique, l’appel aux touristes à renoncer à leur voyage au Sri Lanka, sachant que cette activité constitue estun des revenus importants du pays. Les Européens jamais en reste, ajoutaient au paquet la perspective de retrait du système de préférence GSP+. 23. Mais, ce n’était pas tout, selon R.W, les Etats-Unis et le Japon avaient décidé de geler pour plus d’un milliard de dollars US de projets de développement, dont 480 millions pour les seuls USA. Cela permit à Mangala Samaraweera, le Ministre de l’Economie, d’annoncer sans rire le prochain effondrement économique du pays24. Le FMI quant à lui n’avait pas fait mystère de son intention de faire suivre ce mouvement par des demenaces et pressions en suspendant le paiement de ses prêts.25Samantha Powers26, proche des dirigeants sri lankais, exigeait la prompte convocation du Parlement. Comme cela ne suffisait pas, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres fit intervenir en violation de son mandat Hanaa Singer, la représentante coordinatrice de l’ONU à Colombo.27

 

Quant à l’ancienne puissance coloniale britannique, elle se surpassait en donnant ses instructions sur « la marche à suivre » que devrait appliquer « scrupuleusement » le Président Sirisena, puis en le mettant en garde solennellement quant à la sécurité physique de Ranil Wikremensinghe. Deux semaines plus tôt, Jeremy Hunt28n’avait pas montré la même sollicitude quant à la tentative d’assassinat du Président sri lankais. Il fallut depuis la chambre des communes l’intervention ferme et solennelle d’un Lord, le Baron Naseby, pour rappeler à l’ordre le « Foreign office » et souligner que le Sri Lanka était indépendant, qu’il fallait respecter sa souveraineté et que le changement de Premier ministre par Sirisena était légitime29. On aura donc tout fait et tout vu, dans l’imbroglio politique Sri Lankais. Pas encore l’intervention de la 7eflotte de l’US Navy, mais certains avaient du y penser !

 

La surprise fut donc totale, elle ne fut pas étrangère à son immédiat impact politique national, international et aussi régional, l’Inde considérant le Sri Lanka comme sa zone d’influence30. Les différents protagonistes se trouvaient tous placés au pied du mur! Internationalement, le rapport de force dans cette région si stratégique pouvant être modifié, les pressions de toutes sortes se sont immédiatement manifestées avec l’objectif évident d’internationaliser ce qui était avant tout un problème politique interne au Sri Lanka. 

 

En voulant écarter le risque de toute intervention populaire, c’était en violation des usages internationaux l’objectif recherché par R.W31et sa rencontre immédiate avec un groupe d’ambassadeurs occidentaux et la coordinatrice de l’ONU.

 

Non sans humour, c’est dans ces circonstances que l’ambassadeur de Chine à Colombo vint très vite rendre visite à Mahinda Rajapaksa pour lui transmettre un message de félicitations du Président Xi Jinping, puis il se rendit protocolairement chez Ranil Wickremesinghe32.

 

Cette situation radicalement nouvelle a donc ouvert une période d’incertitudes du fait de l’instabilité du pays et de la situation conflictuelle en Asie du Sud-Est, caractérisée par d’importants changements politiques dans plusieurs pays, guerre commerciale et perspective de guerre tout court. Les menaces irresponsables de sanctions internationales invoquées par les pays occidentaux n’étant faites que dans le but de maintenir la Chine à distance en attisant la tension avec l’intention de donner une autre dimension à ce qui est dorénavant présenté à l’Ouest comme «  la CRISE sri lankaise ». Cette manière de faire permettant également de rappeler et légitimer les contraintes de la résolution d’octobre 2015 soutenue et approuvée au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève par les USA et incroyablement par le gouvernement de R.W. 

 

Il faut ici insister sur ce précédent, cette ingérence inacceptable des pays riches, cette prétention néo-coloniale sont en fait des violations du droit international, une mise en cause des principes mêmes de souveraineté et d’égalité des États, de l’auto-détermination des peuples à choisir le régime politique de leur choix, autant de valeurs inscrites dans la Charte des Nations Unies qui, une fois de plus dans ce cas comme dans d’autres restent lettre morte! 

 

Toutefois, si cette situation est de ce fait à hauts risques, elle n’est pas paradoxalement sans révéler des opportunités. Elle peut contribuer à une mobilisation sociale et politique, consciente et indispensable du peuple Sri Lankais, à un soutien international, pour mettre en échec les prétentions impérialistes. Plus généralement, elle peut éveiller un espoir pour tous ceux et celles qui cherchent à s’émanciper d’une vision du monde reposant sur ce néo-libéralisme prédateur, le chaos, ce dogme de l’hégémonie et de la suprématie américaine comme de ses guerres sans fins. 

 

On a rien sans rien, cette bataille pour le respect de la souveraineté populaire doit être menée partout, à commencer dans les pays développés comme particulièrement en Europe, c’est-à-dire partout où se trouvent les centres de décisions. Cela implique de donner du contenu à cette bataille politique, de dépasser les « querelles de chiffonniers » dans lesquelles les politiciens se complaisent. C’est le cas du Sri Lanka, en ce sens rien ne le différencie de bien d’autres pays dans le monde. Là comme ailleurs, son peuple mérite autre chose. Il a donc besoin de solidarité internationaliste dans son combat national et international contre cette nouvelle tentative de mise en cause de ses droits inaliénables : ceux qui touchent à l’exercice de sa souveraineté.

 

Pour cette raison, la décision du Président sri lankais de « renverser la table » est vécue et approuvée massivement par une large majorité de la population comme de nombreux secteurs professionnels de la société. Il est significatif que les jours suivants le 26 octobre, de nombreux commerçants offraient le riz au lait que l’on sert dans les grandes occasions, les chauffeurs de « touc touc », ce mode de transport très populaire, et l’association des cantines baissaient leurs tarifs pour soutenir le changement de Premier ministre. Cette situation inédite a fait mesurer à chacun les responsabilités qui sont les siennes et l’ampleur de la bataille qu’il va falloir mener pour restaurer et défendre l’indépendance d’un pays au bord de l’effondrement économique, social, politique comme de ses institutions. 

 

Depuis, ces évènements inattendus ont comme l’on pouvait s’y attendre, entraîné l’expression des dépits courroucés, les caricatures, les falsifications de tous ordres ! D’abord, ceux des forces conservatrices du pays, cette élite arrogante qui au nom « de la bonne gouvernance» et de la démocratie avaient fait main basse sur le pouvoir en 2015 en violant la constitution33. Ensuite, avec une même grille de lecture, ceux des gouvernements occidentaux relayés par une campagne outrancière des médias internationaux « Mainstream » se répétant en boucle. Le New York Times, le GuardianLe Monde, l’AFP, RFIAl Jazzera34, certaines chaînes indiennes de TV comme Wion se distinguant tout particulièrement dans les contre-vérités, les omissions délibérées, l’aveuglement et une forme d’ignorance crasse de la part de leurs correspondants au Sri Lanka, plus habitués aux bars des palaces cinq étoiles de la capitale que du contact avec la population et la vie réelle. 

 

Tous ces commentateurs et sans l’ombre d’une nuance ou d’une opinion critique, sans la moindre éthique ou déontologie journalistique se sont employés depuis 2 semaines à répéter au mot-à-mot un même et unique argumentaire:

 

« Il s’agit d’un coup d’État constitutionnel, et même d’un coup d’État tout court, les droits inaliénables du Parlement sont violés, le pays est à la veille d’un nouveau bain de sang, le dictateur corrompu et criminel Mahinda Rajapaksa est de retour, la Chine dont il est l’allié, tire les ficelles ».

 

« La voix de son Maitre » est simple, et même simpliste, d’une mauvaise foi écoeurante, mais elle fonctionne en se répétant à haute dose sur tous les tons et dans toutes les langues d’une seule et même manière. Les ONG relayent le message avec les larmes de crocodile indispensables à la dénonciation d’une nouvelle catastrophe humanitaire prévisible, de crimes qui se préparent sans omettre les tortures, les enlèvements, la liberté de la presse cadenassée. En un mot et après 30 ans de guerre et de violences, le retour d’une Apocalypse pour les droits humains, comme le Sri Lanka en a déjà connu ! Le problème de ces affabulateurs professionnels, c’est que le pays est calme et le peuple certain de son bon droit. Alors il faut entretenir la tension, « mettre de l’huile sur le feu ». C’est la priorité !

 

Bien sur, les mêmes aujourd’hui si attentifs à la démocratie et aux droits humains n’ont jamais depuis 3 ans entendu parler du :

 

- Scandale de la Banque centrale, le plus important jamais vu au Sri Lanka dans lequel est impliqué l’ex-Premier ministre, son ministre de l’économie et une partie de la classe politique !

- De la corruption et de la fraude endémique, de l’impunité de la petite caste au pouvoir, fidèle à R.W. 

- Du calendrier des élections qui n’est jamais respecté, les consultations systématiquement reportées depuis l’arrivée au pouvoir de R.W, par exemple rien que trois fois pour les élections locales et provinciales.

- De l’écrasante victoire aux élections municipales en février 2018 du SLPP, le parti de Mahinda Rajapaksa qui a conquis 239 des gouvernements locaux sur 340.

- De la formidable manifestation de 300 000 participants à Colombo en septembre 2018 et la sous-estimation délibérée du soutien populaire massif à la dissolution du gouvernement de R.W.

- Du limogeage de magistrats indépendants, du rappel de diplomates ou d’obstruction à leur élection dans des institutions internationales comme celles de l’ONU35. De la mise à l’écart des journalistes coupables de critiquer l’action du gouvernement. De la prise de contrôle financier et politique de la presque totalité des médias. 

- Des nombreuses luttes sociales et de leur répression depuis trois ans : des cheminots, des étudiants, des personnels de santé, des travailleurs des plantations, des soldats handicapés, des chauffeurs de « touc-touc », des professeurs d’université, des professionnels contre la mise en concurrence, résultat des accords de libre-échange avec l’Inde et Singapour, des paysans expulsés de leurs terres comme à Hambantotha, ou des manifestations des familles de disparus.

- Du fait, que le gouvernement de R.W a accordé au parlement le statut de l’opposition au TNA36qui par ailleurs lui apporte son soutien politique constant, comme ce fut le cas lors du vote d’une motion de censure, et encore présentement contre le nouveau premier Ministre et le Président. A l’instar d’ailleurs du parti JVP37

- De la tentative d’assassinat du Président impliquant des Ministres.

- Du soutien du gouvernement sri lankais à la résolution US portant sur l’accountability de Sri Lanka mise sous observation étrangère contre ses propres intérêts nationaux et sa souveraineté.

- De l’assassinat le 26 octobre d’un syndicaliste par le garde du corps du Ministre de l’énergie et depuis le meurtre d’un dirigeant, élu du SLPP, le parti de Mahinda Rajapaksa.

- De l’ignorance des importantes mesures sociales d’urgence prises par le nouveau gouvernement.

- De la manifestation monstre de soutien au nouveau gouvernement le 5 novembre 2018 et a contrario de la sur- valorisation du rassemblement de soutien à R.W quelques jours plutôt.

- Du fait qu’on conteste la suspension provisoire du Parlement, mais qu’on ne dise rien du fait qu’en Allemagne il n’y a pas eu de gouvernement pendant 5 mois, en Belgique pendant 541 jours et en Irlande du Nord beaucoup plus. Pourquoi cette différence de traitement ?

- Que depuis la fin de la guerre, on parle beaucoup de réconciliations et de reconstruction du Nord anciennement aux mains des Tigres tamouls, mais qu’on ne dise rien sur ces familles tamoules de disparus de Mullaitivu qui pendant la guerre furent au cœur des combats et qui se sont adressées au nouveau Premier ministre parce qu’elles ne faisaient plus confiance à l’ancien. Que dire également de ces 50 000 autres familles tamoules dans le Nord qui devaient bénéficier d’un logement mais qui n’on rien vu venir parce que le Premier Ministre R.W et deux de ses ministres n’arrivaient pas à régler leurs différends sur à qui devait profiter politiquement ce projet !

- Du soutien des plus importantes institutions religieuses bouddhistes, chrétiennes, musulmanes, hindouistes au nouveau gouvernement dont la conférence de presse commune du 10 novembre 2018 a constitué un évènement.

 

Ce deux poids, deux mesures, cette arrogance partisane, cette hypocrisie de la part de ceux qui jugent de manière unilatérale discréditenttotalement leurs auteurs.38Le fait qu’elle ne soit pas une surprise, ne la rend pas moins scandaleuse.

 

En fait, on devrait se féliciter du fait que la décision du Président sri lankais a mis un terme, du moins pour le moment, à l’action dévastatrice et destructrice d’un gouvernement conservateur qui l’avait pourtant porté au pouvoir trois ans auparavant. R.W et ses acolytes imaginant sans doute un Président qui s’en tiendrait à une fonction décorative, ils en sont aujourd’hui pour leurs frais.

 

Sa décision de remplacer son Premier Ministre, comme celle de dissoudre le Parlement est légitime car elle correspond au souhait conscient et voulu du peuple. Elle est aussi un acte politique conforme à la Constitution qui est le symbole de cette souveraineté populaire. 

 

Pour les forces conservatrices et leurs alliés qui veulent préserver leur vision féodale de la société et préserver un système de classes et de castes, c’est évidemment insupportable. Le peuple doit « rester à sa place », soumis. C’est pourquoi, comme dans toute son histoire, cette grande bourgeoisie égoïste et compradore sri lankaise au service d’intérêts étrangers soutient la campagne internationale qui cherche à imposer l’idée et à n’importe quel prix que la Constitution serait violée et tous les principes de la démocratie menacés. 

 

L’argument n’est validé par aucune sorte d’explications, on le présente comme un fait établi, indiscutable. Mais comme on est sûr de rien, on se garde bien de consulter l’avis de la Haute cour de justice sri lankaise, l’équivalent d’un Conseil constitutionnel, comme le propose de nombreuses personnalités et de magistrats d’opinion et d’engagement très divers. Il en allait de même pour le choix d’organiser des élections générales que le Président vient de trancher courageusement par sa décision du 9 novembre 2018.

 

Pour l’heure, les constitutionnalistes en sont pour leurs frais, R.W et ses partisans du respect acharné de la constitution ne les solliciteront pas. Pourquoi ? Mais poser la question c’est un peu y répondre ! Ils craignent par-dessus tout d’être contredits.

 

LaCerise sur le gâteau, c’est que ceux qui se présentent aujourd’hui comme les ardents défenseurs des textes fondamentaux de la République sont les mêmes qui, au Sri Lanka et internationalement, réclament la rédaction d’urgence d’une nouvelle constitution et l’application de la résolution de l’ONU voulue et votée à Genève par les Etats-Unis et leurs alliés.

 

L’autre argument qui déclenche les fureurs et les exigences en faveur « du respect de la démocratie » est la suspension très provisoire du Parlement. On n’hésite pas à présenter cette décision comme un acte « autocratique ». Sirisena serait « un tyran, un fou comme Robert Mugabe »!39Pourtant six mois auparavant, une décision identique n’avait choqué personne. De surcroit cette suspension n’était pas indéfinie, mais pour 10 jours seulement, sachant par ailleurs qu’à son prochain ordre du jour, le Parlement devait débattre également du budget. Le nouveau gouvernement devant modifier profondément la logique libérale de celui que R.W préparait. 

 

Cette suspension est donc une pratique courante ! Tous les Présidents sri lankais sans exceptions y ont eu recours et pour certain à haute dose, comme ce fut le cas du très réactionnaire Jayawardena40ou de son successeur Premadassa, ou encore de Chandrika Kumaratunga41, tous sans exceptions. Mais en ces temps pourtant pas si reculés cela n’émotionnait personne. Comme quoi : « faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais ! »

 

Autre argument, l’ex-premier ministre, ses alliés politiques, les gouvernements occidentaux, les ONG internationales comme « Human Rights Watch » ou le « Crisis Group », laborieusement et sans rien démontrer et bien sur les médias à leur service, affirment que la démocratie serait foulée aux pieds, qu’elle serait en péril et que « le bain de sang » serait pour demain!42

 

Ainsi on a cherché à donner raison à cet argument tard dans la soirée du 26 octobre, en manipulant la mort d’un syndicaliste venu pacifiquement occuper son lieu de travail, au siège du Ministère de l’énergie. Le ministre proche de R.W voulait forcer l’entrée, son garde du corps tirant dans la foule, tuait ce travailleur43. De manière mensongère, la victime a été présentée par les médias comme appartenant à un gang au service du nouveau pouvoir ! Cette falsification, reprise par la presse internationale était complétée par l’annonce que d’autres voyous avaient pris le contrôle des médias d’État. En fait dans ce cas, les travailleurs de la presse s’opposaient sur place à la présence de ministres venus faire des déclarations provocatrices dans le but d’alerter leurs soutiens. 

 

Ces falsifications ont servi aux politiciens fidèles à RW et aux médias occidentaux pour accréditer l’idée d’un climat et d’une atmosphère de trouble, bien que la réalité soit tout autre. R.W serait menacé de mort et cela justifierait que sa résidence soit placée sous la protection de ses partisans. En fait, le nouveau Premier Ministre lui a laissé le choix d’y demeurer à sa convenance. Le pays est calme et il continue à l’être. Toute cette agitation apparaît bien dérisoire au vu de la gravité de la situation du pays que R.W a laissé derrière lui.

 

Bien sûr, pour compléter ce tableau, il faut ajouter que certains rêvent de la énième répétition d’une « révolution orange » ! C’est ce que cherchent de nombreuses ONG, avec des modus operandi identiques à ce que l’on a connu ailleurs. Déjà, quelques jours avant le 26 octobre, Colombo a été le siège d’une manifestation qui empruntait ses méthodes à « Otpor »44. Pour cet objectif, s’y emploient les supplétifs de l’ambassade des Etats-Unis, US Aid, les US Peace Corps, des ONG, Human Rights Watch, le Crisis group, Georges Soros, les services d’intelligence US qui cherchent, sans grands succès pour l’heure, à mobiliser l’opinion contre le nouveau gouvernement. C’est donc l’heure des fausses nouvelles, des rumeurs!

 

On sait pour l’avoir déjà vu en Ukraine, au Venezuela, au Nicaragua que de tels évènements peuvent constituer le cadre toutes sortes de provocations. Dans le cas du Sri Lanka, ces manipulations sont coutumières, nombreux sont les politiciens associés à des gangs, des groupes paramilitaires pour mettre en œuvre leurs besognes. 

 

Ils sont souvent liés à l’UNP, ce parti qui assume la responsabilité historique d’une guerre de 30 ans, des pogroms anti-tamouls des années 1958 et particulièrement ceux de 198345, sans parler des massacres des insurrections guevaristes de 1971 et 1986, de l’assassinat d’intellectuels comme l’écrivain et dramaturge Richard de Soyza et bien d’autres. Faut-il rappeler que ces gouvernements conservateurs responsables de ces exactions comptaient déjà dans leurs rangs l’ambitieux Ranil Wickrmesinghe.46

 

Ces faits indiscutables, sont-ils à ce point dérangeants que l’on préfère les ignorer pour se réfugier dans les certitudes dictées par une seule et unique version de l’histoire revue et corrigée par ceux ayant perdu leur pouvoir, tout comme par les tenants de l’idéologie dominante? Aujourd’hui, cette conception totalitaire que l’on cherche à faire prévaloir est en échec, elle est contestée massivement par le peuple Sri Lankais qui ne s’est pas laissé abusé et qui entend être maître de son destin.

 

Dans de telles circonstances, il est utile de revenir aux causes de cette situation et à la crise systémique qui la caractérise ! Quel sont-elles?

 

Faisant suite aux élections et à la défaite inattendue de Mahinda Rajapaksa en 2015, Ranil Wickremensighe avait été imposé comme Premier ministre, c’était là le résultat d’un complot. Le pays était sous le choc de ce changement, les politiciens surtout préoccupés par leur avenir et leur « fin de mois », les institutions paralysées, les partis politiques hier au pouvoir totalement atones, la gauche inexistante.

 

Dans la foulée, R.W avait réussi à imposer cette modification de la Constitution avec un article rognant ou interprétant les prérogatives du Président. Il concernait le statut du Premier ministre. Cette disposition devait être renforcée plus tard par un autre article défendu cette fois par le JVP, dans l’intention déclarée de mettre un terme définitif au système présidentiel. Cette fois, la proposition venait d’un parti se réclamant des valeurs de la gauche, en réalité devenu un supplétif vénal de R.W. Il ne faisait aucun doute que cette tactique utilisée avait été élaborée dans les bureaux de l’ambassade US dans le but d’un changement fondamental du régime politique à travers une nouvelle constitution.

 

Certes, les méthodes et les recettes néolibérales extrêmes de Ranil Wrikamensinghe47 ne sont pas nouvelles et l’on connaît par ailleurs sa flagornerie, sa subordination servile aux intérêts étrangers particulièrement aux stratégies géopolitiques de Washington. C’était et c’est toujours le cas !

 

Le besoin de se maintenir à n’importe quel prix à la tête de son parti48et du gouvernement afin de poursuivre la transformation de l’État impliquait ces changements. 

 

Toutefois, le désastre annoncé se manifestait et en moins de trois ans le pays était conduit au bord d’une faillite économique et financière, d’une dette abyssale49, d’un désastre social sans précédent, d’un saccage de l’environnement et d’un isolement international partisan. 

 

La mise en œuvre brutale de cette doctrine néo-libérale a fait fondre comme neige au soleil l’illusion d’un changement. La nouvelle majorité parlementaire de droite et ses alliés de circonstance, avaient voulu s’y identifier et la plupart des gens l’avaient admise et soutenue50.

 

Le recours au concept usé jusqu’à la corde « de bonne gouvernance » ou « yahapalanaya » est ainsi devenu le refrain politique qui justifiait une rupture et un changement de cap radical par rapport au gouvernement précédent. Il fallait aussi se distancier au plus vite de la Chine pour satisfaire les désirs du protecteur US ! On parla même d’un « changement révolutionnaire»51. Au vu des décisions prises, les Occidentaux étaient « aux anges » et applaudissaient. Les Chinois allaient enfin voir ce qu’ils allaient voir ! Ils ne virent rien !

 

Car ce fut très vite la douche froide ! Malgré le respect scrupuleux des conditionnalités politiques imposées au Sri Lanka, l’aide occidentale tarda et tarde toujours à venir. Pourtant, après quelques mois, tous les chantiers liés à la coopération chinoise comme le port de Colombo avaient été mis à l’arrêt au prix de millions de dollars de préjudice à payer. Ce gouffre financier allait devoir être assumé par le gouvernement, ce qui provoqua une certaine panique financière et politique. Des conséquences plus lourdes s’annonçaient, il n’y eut pas d’autres recours que de faire amende honorable et de solliciter avec force « courbettes » …les Chinois!

 

Ils ne se firent pas trop prier pour revenir au centre du jeu, d’autant qu’ils trouvèrent dans les négociations le successeur de Mahinda Rajapaksa bien moins exigeant. L’abandon de la gestion et pour 99 ans des terrains liés au site du Port de Hambantota52que les entreprises chinoises n’avaient pas réclamé provoqua l’indignation dans le pays et d’importantes manifestations paysannes. Elles bénéficièrent du soutien de l’ancien Président qui n’eut pas de mal à dénoncer cette capitulation au détriment de la souveraineté et des intérêts du Sri Lanka. Il faut dire que le cadeau était somptueux, il s’articule entre autres avec l’initiative de « nouvelle Route de la Soie ». 

 

Dans ces conditions, l’enthousiasme du début 2015 a vite commencé à fléchir et à la vue des résultats économiques catastrophiques, comme de leur implication sociale le slogan « yahapalanaya » est vite devenu une farce, rapidement tournée en dérision par les Sri Lankais. 

 

Pour tout arranger, plus de deux mois après la mise en place du nouveau gouvernement, éclata le scandale de la Banque centrale, une escroquerie qui aura coûté 20 milliards de roupies au trésor public. Arjuna Mahendran, un banquier de Singapour à la double nationalité, en devint le président, il était un protégé de R.W, il est maintenant en fuite, réfugié à Singapour, son gendre qui fut la cheville ouvrière de cette formidable arnaque est en prison, l’ex-ministre de l’économie impliqué mis en examen, a été contraint à la démission pour cause de « pots-de-vin », l’instruction se poursuit contre lui et le rôle d’intermédiaire joué par sa fille. Depuis deux ans et malgré le dossier accablant de la Commission d’enquête mise en place par le Président, et par de multiples révélations, R.W a réussi à faire trainer l’affaire. Il a tergiversé et n’a rien fait pour faire extrader le fugitif.53Encouragées, la corruption et la fraude ont continué à s’étendre comme un cancer. Régulièrement, les médias et l’opinion s’en indignent, mais rien ne fut fait pour l’entraver et se donner les moyens de lutter contre cette criminalité en « col blanc » entretenue par les entreprises étrangères afin d’obtenir des contrats auprès des politiciens et des ministres.

 

Dans la foulée de cette situation délétère, les prix se sont mis à flamber en particulier ceux des articles de première nécessité : les denrées de base comme le riz, le gazoïl, les transports, l’électricité, la santé. Les impôts sur la consommation ont été généralisés, l’aide sociale de l’État abandonnée. Les magasins « Sathosa » aux produits subventionnés par l’État menacés de fermeture. La sélection aggravée pour l’entrée à l’Université. Dans le même temps, le choix de faire flotter la roupie a conduit à son effondrement54, l’inflation est repartie à la hausse, la croissance à la baisse55, les caisses de l’État vidées par les emprunts massifs à rembourser, le FMI devenant chaque fois plus exigeant. L’économie domestique a été profondément déstabilisée, déstructurée au point d’aggraver sensiblement les importations de produits pour lesquels le Sri Lanka était jusqu’à présent exportateur, comme le riz, et même le thé ! 

 

Dans ces conditions, la dette a explosé, les inégalités sont devenues criantes, les traités de libre-échange avec l’Inde et Singapour ont développé la mise en concurrence des travailleurs.

 

La criminalité et l’insécurité se sont étendues. Les médias sont passés sous le contrôle du parti au pouvoir et des intérêts financiers qui lui sont liés. On y a placé des journalistes sûrs et totalement dépendants. Le mouvement syndical et les manifestations sociales ont été fermement réprimés. A la suite de provocations anti-musulmanes orchestrées par un des partis au pouvoir en mars 2018, l’État de siège avait été décrété et a servi de prétexte à des restrictions importantes imposées aux réseaux sociaux au nom de la lutte contre les « fake news ». 

 

Mais ce n’est pas tout, les élections provinciales qui devaient avoir lieu ont été systématiquement reportées, comme le furent précédemment et aussi à trois reprises les élections municipales et comme l’auraient probablement été les élections générales d’ici deux ans, et qui sait l’élection présidentielle. 

 

Le pays a ainsi été livré à l’encan, au pillage pour le bénéfice des entreprises étrangères et d’une petite caste d’affairistes. Le tout à l’export est devenu la nouvelle religion, les privatisations se sont multipliées, la terre, y compris celle des parcs nationaux, a été offerte à la rapacité des transnationales comme Dole56, l’environnement s’est dégradé, le glyphosate interdit dans de nombreux pays à été autorisé, la faune animale, pourtant si riche, placée dans une insécurité permanente et le patrimoine culturel du Sri Lanka vieux de 5 000 ans laissé à l’abandon, au bénéfice d’une sous culture cosmopolite singeant celle de l’Occident. L’UNESCO s’est ému à plusieurs reprises de la rapide dégradation d’œuvres et monuments inscrits au patrimoine de l’humanité. Le Ministre de la culture dont on ignore l’existence est lui aux abonnés absents. 

 

Ainsi, en moins de trois ans, le bilan de l’action de Ranil Wickremensighe s’est alourdi au point de menacer l’existence même d’un État qui s’était affranchi de quatre siècles et demi de colonisation. Là résident sontles causes principales de cette crise systémique, mais il faut encore ajouter à cela que ce n’est pas tout !

 

Sous la pression des pays occidentaux abusivement présentés comme étant à eux seuls « la communauté internationale », le pays s’est isolé internationalement de ses alliés naturels en abandonnant sa politique traditionnelle de non-alignement57pour mieux se réfugier dans l’illusion d’une relation privilégiée avec l’Occident, ce qui justifiait de se placer sous l’aile protectrice de Washington, de ses alliés, et dans une moindre mesure de l’Inde. John Kerry58vint en personne quelques mois après la mise en place du nouveau régime afin de donner ses instructions. Fait significatif, cela ne choqua personne au sein de la classe politique, et cela, sans exceptions, de la droite à la gauche. Devant cette passivité, les Etats-Unis pouvaient se frotter les mains et persévérer.

 

Tout comme d’ailleurs les anciennes puissances coloniales imprégnées de cette arrogance occidentale, ce « fardeau de l’homme blanc », 59en charge morale d’amener la civilisation au reste du monde par définition sauvage. Les Sri Lankais qui avaient tant sacrifié pour défendre l’unité, l’intégrité, la souveraineté, l’indépendance de leur pays, eux, n’étaient pas près d’accepter cette capitulation. De nombreuses voix se firent entendre60 !

 

Plus tard, et pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies, un gouvernement, celui du Sri Lanka, devait rallier, soutenir et voter en octobre 2015 une résolution défendue par les USA contre ses propres intérêts nationaux61. Celle-ci imposa toute une série de conditionnalités coercitives et de menaces de sanctions contre Colombo. Washington et ses alliés européens exigeant entre autre un changement de constitution62, l’ouverture totale du marché, la mise en place de tribunaux composés de magistrats étrangers pour juger les supposés crimes de guerre du régime précédent à la fin du conflit contre les terroristes-séparatistes du LTTE qui avaient eux-mêmes été soutenus par les pays occidentaux. 

 

La coopération militaire, tout particulièrement avec les Etats-Unis, s’est ainsi au fil des mois institutionnalisée et renforcée avec des manœuvres communes, la sous-traitance pour le compte des Etats-Unis de certaines missions de protection et d’assistance en cas de guerre contre la Chine dans cette plus grande portion de l’Océan Indien, allant celledes Maldives jusqu’au détroit de Malacca63, permettant une surveillance continue de la voie menant jusqu’à l’Océan Pacifique. Des programmes accélérés de formations militaires furent mis en place, la présence se répéta dans le port de Colombo et de Trincomalee64de la 7flotte de l’« US Navy », heureuse de trouver là un porte-avion naturel auxiliaire et un soutien à sa mission géopolitique de confrontation avec la Chine. 

 

En d’autres termes, et en violation de ses engagements historiques en faveur du non-alignement, R.W a ainsi engagé le Sri Lanka comme force supplétive des Etats-Unis conformément à leur vision géostratégique, celle voulut par le « 2018 National Defense Strategy Program »65, qui fait dorénavant de l’Asie la priorité militaire des forces armées nord-américaines, et de la Chine son adversaire déclaré.

 

Les Etats-Unis ont par ailleurs renforcé les moyens de leurs officines complémentaires à leur service de renseignements inspirés par les « révolutions de couleurs » sur le modèle ukrainien et du « printemps arabe ». Elles sont devenues très actives sur le terrain, comme le démontrent les programmes de US Aid et de l’US Peace Corps66. Les programmes de ces deux dernières ont été renforcés au point de totaliser un budget de 4,5 milliards de roupies, soit plus de 30 millions de dollars. Le NED consacre à lui seul et officiellement 1,7 millions de dollars au Sri Lanka en faveur du financement d’ONG et de Fondations locales comme des syndicats. Washington soutient aussi l’action des Églises évangéliques dans ce pays à 80% bouddhiste et 15% hindouiste. Il encourage la multiplication et la présence des ONGI, le rôle de fondations comme celle de Georges Soros67ou celles du réseau « Millenium challenge Corporation (MCC) », de « l’Insititut for policy studies », d’« Advocata institute », d’« Atlas »68, associés à la Société du Mont Pèlerin69ou encore la transnationale Mac Kinsey70.

 

D’ailleurs cette évolution en rupture avec des années de non alignement71a suscité l’émergence et le développement d’un mouvement patriotique populaire très large rejetant toute mise en cause de l’indépendance et de la souveraineté du pays, toute forme d’ingérence dans les affaires nationales. Il regroupe des personnalités indépendantes intellectuelles, religieuses, politiques militaires, qui contestent entre autre le projet de nouvelle constitution voulu par les Occidentaux. Deux importantes structures mises en place sont très actives: « Eliya » « Viyathmaga »,72dont l’influence a permis de freiner et même de mettre en échec cet objectif du gouvernement visant à établir une nouvelle constitution, de surcroit sans consultation populaire.

 

Pour faire diversion sur ses problèmes réels, le pouvoir s’est livré à une vaste campagne d’intoxication sur la corruption du précédent régime, en multipliant les provocations, les procédures, les convocations devant des juges, mais sans succès. La seule affaire tangible étant celle impliquant directement R.W dans l’affaire de la Banque centrale. Dans ce contexte, il faut noter que le changement de Premier Ministre et la perspective d’une motion de censure au parlement maintenant caduque a servi à alimenter les commentaires provocateurs, les coups tordus qui se sont multipliés quotidiennement. Chaque jour, la presse annonçant le ralliement de tel ou tel parlementaire au nouveau régime, des centaines de millions passant d’une poche a l’autre. Tout cela visant à faire pression sur l’opinion et à accréditer chez les gens l’idée du « tous pourris ». 

 

En fait ; les campagnes anti-corruptions des médias et des hommes politiques sri lankais ne ciblent jamais les causes, c’est-à-dire le système mis en place par ceux qui sont les vrais corrupteurs, ceux liés à la finance internationale, les comparses de R.W. Pourtant ces sont les politiques néo-libérales de son gouvernement qui encouragent l’évasion fiscale, les transferts d’argent comme on le voit actuellement. Près de 165 millions de dollars en moins de deux semaines ont été transférés hors du pays73. Comme en Occident, il est significatif que le Sri Lanka se prépare déjà à l’abandon de la monnaie papier au bénéfice de la monnaie plastique, comme l’exigent dorénavant les banques internationales.

 

La criminalité financière dont le blanchiment d’argent a pris des proportions sans précédent au Sri Lanka. Le gouvernement de R.W voulait renforcer cette orientation avec son méga-projet « Megapolis » visant à faire de Colombo une place financière, un « hub » international sur le modèle de Singapour. 

 

Pour R.W et Mangala Samaraweera, c’est le secteur public et nationalisé qui est corrompu comme le montre leurs campagnes incessantes contre les entreprises publiques dont la compagnie aérienne nationale sri lankaise. La solution serait la privatisation des 50 plus grandes entreprises publiques du pays, la « dépolitisation de l’Etat », le transfert de toutes les activités économiques vers le privé.

 

Comme le souligne Imran Khan74s’agissant du Pakistan, ce que l’on doit viser, c’est se donner les moyens au niveau des institutions de les renforcer afin de combattre cette corruption en « col blanc » qui encourage l’évasion monétaire et fiscale. Celle-ci coûte cher au développement, car elle force aux emprunts, encourage l’inflation et finalement fait payer le prix au peuple. 

 

Le pays, après avoir été marqué, traumatisé par une guerre de presque 30 ans75avait entamé, même si ce fut non sans erreurs, une véritable restauration économique et sociale. Cela se faisait malgré les pressions internationales, mais les résultats étaient indiscutables. Depuis trois ans, le pays a basculé dans la régression et la soumission aux intérêts étrangers pour le bénéfice égoïste d’une fraction de la population qui aime à paraître comme l’élite cosmopolite et nostalgique d’une féodalité désuète d’inspiration néo-coloniale76.

 

On ne s’étonnera pas dans ces conditions combien l’action de R.W a très vite fait l’objet d’un véritable rejet, et d’une exaspération populaire. Les luttes sociales se sont multipliées témoignant d’un raz le bol généralisé tant l’accumulation de coups portés contre le peuple finissaient par provoquer de véritables déchirures dans une société éclatée et de plus en plus divisée.

 

En février 2018, les élections locales ont été marquées par un véritable raz de marée en faveur du nouveau parti, le SLPP de l’ancien Président Mahinda Rajapaksa77, puis en septembre, une manifestation de 300 000 participants à Colombo a donné des indications supplémentaires sur l’état d’esprit des gens. Dans ces conditions, les illusions ont vite fait place à la colère, aujourd’hui à la haine, une haine de classe !

 

Bien évidemment, le gouvernement et ses alliés politiques ont délibérément ignoré ces changements pourtant significatifs. 

 

Le choix de R.W et de son premier lieutenant Mangala Samaraweera78fut de persévérer à marche forcée et avec obstination dans la même direction et même d’accélérer les privatisations, le tout à l’export, la mise en vente du pays aux entreprises étrangères, y compris les domaines publics comme les écoles, les hôpitaux, les infrastructures militaires, les parcs nationaux, jugés obsolètes donc inutiles car d’aucune rentabilité.

 

Le gouvernement était comme aveuglé, pratiquant une auto-satisfaction en forme d’autosuggestion. Cette politique à haut risque d’explosion social continuait à être encouragée par les gouvernements des pays occidentaux, le FMI, les institutions financières internationales. La presse internationale, les relais de la soi-disant « société civile » encensant quotidiennement une réussite que l’on disait exemplaire. R.W et ses proches concentraient entre leurs mains tous les pouvoirs, pressés de mettre en pratique de manière dogmatique un catalogue de recettes ultras-libérales visant a transformer totalement le Sri Lanka, un pays pourtant aux fortes traditions et à une histoire millénaire. 

 

L’échec au parlement d’une motion de censure en mars 2018 déposée par l’opposition s’illustra toutefois par le ralliement à l’opposition de centre-gauche79de 16 parlementaires de la majorité et la sympathie non dissimulée de plusieurs membres de l’UNP80et du SLFP81mais qui renonçaient au dernier moment et sur l’ordre du Président Siriséna à la confrontation directe avec le gouvernement de R.W. Après l’échec cuisant des municipales, cet autre avertissement était prémonitoire.

 

En fait, il était annonciateur d’un fiasco à moyen terme tant les contradictions s’aiguisaient, le gouffre se creusait entre l’équipe au pouvoir et le peuple. Il est d’ailleurs remarquable que plusieurs dirigeants de la droite pressentant cette évolution en firent porter ensuite la responsabilité à R.W, considéré comme un « homme égoïste, sans aucune honte et qui a détruit le parti de mes ancêtres »82, comme devait le déclarer Wassenta Sennayake ex-ministre d’État aux affaires étrangères qui a rejoint après le 26 octobre le nouveau gouvernement de Mahinda Rajapksa.

 

Ou en est on après ces deux semaines qui ébranlèrent le Sri Lanka ?

Les Sri Lankais étaient dans l’attente d’élections générales, elles sont aujourd’hui acquises par la décision de dissolution du Parlement annoncée par le Président. Le pays est calme, le nouveau gouvernement a été mis en place, il est composé d’anciens ministres qui se sont ralliés et d’une partie de ceux qui étaient au pouvoir avant 2015. Ils se sont mis très vite au travail et toute une série de mesures sociales d’urgence ont été prises pour soulager les gens. 

 

Une importante réforme fiscale est annoncée, y compris avec le rétablissement de la commission d’appel, le prix des transports, du carburant, ont baissé ! Mais surtout, ce sont les prix des denrées de base comme les lentilles, le dhal, la farine, le sucre, les pois chiches, le sucre, etc. En réduisant les taux d’emprunts, un soutien immédiat a été apporté aux petits producteurs d’oignons, de pommes de terre, de riz. Les taxes sur les fertilisants, on été réduites. Il a été estdécidé la suppression des intérêts bancaires sur l’épargne, la réduction du prix des télécommunications, l’arrêt des privatisations. Simultanément, se négocie un relèvement des salaires en particulier pour les travailleurs des plantations qui étaient en lutte, déjà les chauffeurs et personnels des sociétés de bus ont vu leurs rémunérations passées de 14 000 à 25 000 roupies. Le traité de libre échange avec Singapour doit être renégocié !

 

Les élections provinciales auront lieu en 2019 d’autant que leur report systématique par R.W prive actuellement 6 provinces sur 9 de toute administration. Il faut redonner du sens et des moyens au développement de l’économie locale, afin de permettre une meilleure réponse aux besoins. Le Sri Lanka, par ses richesses naturelles et le savoir-faire de son peuple, en a les moyens. Cette vision peut contribuer à restaurer la souveraineté du pays, car il ne saurait y avoir de politique internationale indépendante sans respect de l’intégrité territoriale, sans une économie indépendante.

 

Restaurer la crédibilité internationale du Sri Lanka est à ce prix !

Pour la droite qui tient depuis deux semaines un discours apocalyptique, ces mesures sont irresponsables, elles vont aggraver le déficit, l’effondrement de l’économie est en vue, et les sanctions vont pénaliser le pays de manière irrémédiable. Ces déclarations cherchent avant tout à faire diversion sur ses propres responsabilités. Dorénavant, comme le montre les déclarations des Etats-Unis, de l’U.E, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, du Canada, la bataille politique va se déployer avec ces relais sur le thème de la démocratie. Toutefois, il faut noter certaines inflexions dans le discours. On ne parle plus d’anti-constitutionnalité mais d’agir dans le cadre et le respect de la constitution Quant à l’Inde de Narendra Modi, elle se montre plus prudente83, comme le souligne la déclaration de son Ministre des affaires étrangères Raveesh Kumar. Supramanian Swamy84, un des dirigeants du BJP85, considère que le TNA aurait pu obtenir un bon « deal » en négociant avec Mahinda Rajapaksa et qu’en dernière analyse, les élections sont une bonne chose car elles permettront de trancher. Enfin, beaucoup s’interrogent sur le silence de l’ancienne Présidente Kumaratunga qui avait pourtant joué aux cotés de l’UNP un rôle capital dans le complot en faveur d’un changement de régime et de la promotion de la candidature de Sirisena. 

 

En 2004, dans une interview au « Time », elle donnait une explication sur ce qui l’avait conduite à se séparer de R.W, à l’époque Premier ministre, et de convoquer des élections générales86. L’éclairage est assez saisissant venant de la part d’une personne particulièrement hostile à Mahinda Rajapaksa !

 

Quant aux trois partis, UNP, TNA et JVP, ils se mobilisent contre la décision de dissolution du Parlement et de nouvelles élections générales qu’ils jugent anti-démocratiques. Ensemble, ils sont décidés à engager une action auprès de la « Cour suprême de justice » ...tout en se préparant aux prochaines consultations électorales. Au mépris de ses prérogatives et de l’indépendance de sa fonction, le Président du Parlement, Karu Jayasuria, s’est rangé de manière partisane derrière l’UNP et ses alliés.

 

On substitue ainsi au débat nécessaire sur les causes de la situation, celui sur le non-respect de la constitution, la non convocation du parlement, la dictature qui se mettrait en place et la corruption des politiciens prêts à se vendre au nouveau gouvernement en prébendes et fonctions ministérielles.

 

Le nouveau gouvernement et ceux qui le soutiennent sont face à des exigences sociales fortes. Le changement espéré va-t-il se concrétiser par une rupture ou par une forme de continuité en faveur d’un aménagement plus softdes politiques précédentes ? Là est le débat des prochaines semaines !

 

Tout est affaire de volonté politique. Pour l’heure, si la droite est sous le choc de la dissolution et d’élections générales, elle va très vite se ressaisir, s’employer avec tous les moyens possibles dont elle dispose à reconquérir le pouvoir perdu. Les semaines qui viennent vont par conséquent être décisives. Ainsi les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Australie, la Grande Bretagne se mobilisent également et menacent. De nouveau, revient en boucle la perspective d’un bain de sang. Jusqu’où seront-ils prêt à aller au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis aujourd’hui menacés !

 

Le pays n’est pas à l’abri de provocations du type Maïdan ou de celles connues au Venezuela ou au Nicaragua. Les forces du conservatisme sont coutumières de ce genre de pratiques. Elles peuvent y recourir de nouveau.

 

Pour les forces du changement, elles doivent s’appuyer et contribuer à la mobilisation populaire et pas se laisser placer sur la défensive comme elles ont été entraînés ces derniers jours sur des discussions et des prises de position déconnectées du réel. Elles se sont enlisées, comme par exemple, celles portant sur la constitutionnalité ou la non constitutionnalité du changement de Premier ministre. Cette stratégie a contribué à neutraliser des forces politiques. L’agitation dont font preuve certains n’est pas indifférente à la peur de perdre les avantages que leur accordent leurs positions de parlementaire ! Il y a aussi le risque de contribuer à de nouvelles désillusions en sous-estimant la portée du contenu du changement à mettre en œuvre. 

 

C’était là le calcul de la droite et des gouvernements occidentaux qui, chaque jour, chaque heure, font monter la pression. Jusqu’à présent, ceci a été très largement minoré par une partie des forces du changement malgré les appels répétés de nombreuses forces progressistes. 

 

Le rapport des forces a changé mais la situation demeure périlleuse. Elle peut s’aggraver si le nouveau pouvoir prend le risque de s’enfermer dans des tactiques politiciennes au détriment de la mobilisation de ceux qui ont intérêt aux changements. 

 

Il est heureux que ceux qui ont montré qu’il existait une autre alternative qui consistait à replacer l’intervention populaire au cœur de la bataille l’aient pour l’heure emportée. Les calculs politiciens, le débauchage que privilégiaient certains, ne contribuaient qu’à se détourner de l’essentiel, tout en renforçant le discrédit qui frappe une partie de la classe politique du pays.

 

La décision courageuse du Président de prononcer la dissolution du Parlement et de provoquer des élections générales ouvre une perspective pour le mouvement populaire. C’est lui qui, en dernière analyse, doit décider de la route que le pays doit prendre. « L’histoire ne fait rien, c’est l’homme, réel et vivant qui fait tout87 »

 

Le dépositaire de la souveraineté reste le peuple, à moins de remettre en cause le principe de démocratie représentative, il l’exprime de différentes manières, y compris, il le fait à travers l’expression électorale. C’est ce qui est dorénavant à l’ordre du jour et ce pourquoi le peuple a imposé ce changement. Il revient de contribuer à lui donner confiance dans la force matérielle qu’il représente. « Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous ! »88C’est le choix fait par le peuple sri lankais. 

 

jean.pierre.page@gmail.com

 

Colombo, le 10 novembre2018

 

Additif :

 

GEORGE SOROS, RANIL WICKRAMASINGHE 

ET LE 

SRI LANKA

 

Tamara Kunanayakam89

 

George Soros a longtemps cherché à orienter la vie politique du Sri Lanka, promouvant la partition du pays et soutenant activement un parti politique contre un autre. Ce n’est cependant qu’après la nomination de M. Ranil Wickramasinghe comme Premier ministre qu’il a pu prendre pied dans le pays, modeler la politique gouvernementale et yinstaller un bureau. 

 

Le lien entre George Soros et Ranil Wickramasinghe remonte à la Société du Mont Pèlerin, une organisation secrète connue sous le nom de « Mère de tous les think tanks », créée en 1947 au Mont Pèlerin, un village des Alpes suisses, pour promouvoir les intérêts expansionnistes de la finance mondialisée.

 

L’engagement de Soros au Sri Lanka est à la fois direct et indirect : par le biais de son Open Society Foundationet d’institutions qu’il finance, comprenant en particulier le Centre pour le Développement international de l’Université Harvard dirigé par le professeur vénézuélien Ricardo Hausmann, un autre associé de Soros.

 

En janvier 2016, George Soros a été impliqué dans l’organisation et le financement du Forum économique du Sri Lanka sous les auspices du Premier ministre Wickramasinghe, sur le thème « L’agenda 2023 du Premier ministreRanil Wickremesinghe pour la prospérité économique ». L’hôte principal était Joseph Stiglitz, qui a accusé le président Donald Trump d’avoir des « tendances fascistes » et d’être inapte à présider les États-Unis. 

 

Dans ce Forum, le professeur Hausmann et l’équipe de son Centre de Harvard ont présenté une stratégie de développement économique pour le Sri Lanka et un plan de développement de l’économie sur trois ans. Répondant à des questions posées au Parlement sur la participation de Soros au Forum, le Premier ministre a affirmé qu’il n’avait pas invité Soros, mais que Soros l’avait invité. L’opération Harvard, gardée secrète jusqu’au dernier moment, était entièrement financée par Soros et son Open Society FoundationsPeu après, en août 2015, l’Open Society Foundationa annoncé son projet de s’installer au Sri Lanka pour « pour stimuler les réformes démocratiques déjà en cours au Sri Lanka et promouvoir le progrès économique ».

 

Pour ses actions intrusives au Sri Lanka, Soros utilise également Human Rights Watch; l’International Crisis Group (ICG), dont il est un administrateur, le Global Centre for Responsibility to Protect (R2P), Centre mondial pour la responsabilité de protéger, étroitement associé à Samantha Powers, et la Human Rights Foundation, Fondation pour les droits de l’homme en Afrique du Sud, tous financés par lui, etqui ont régulièrement critiqué le gouvernement sri-lankais, pendant et après la guerre contre le terrorisme et le séparatisme, tout en minimisant les atrocités commises par les Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE), lesTigres de libération de l’Îlam tamoul. Un mouvement qui a pourtantété désigné comme « organisation terroriste étrangère » par le Département d’État américain depuis le 8 octobre 1997 et qualifiéede « Specially Designated Global Terrorist » (SDGT) depuis le 2 novembre 2001. Le FBI a décrit les LTTE comme les « extrémistes les plus dangereux et les plus meurtriers » au monde et les a lui-mêmeclassés avant al-Qaïda et le Hamas. Selon lui, « les tactiques impitoyables des LTTE ont inspiré des réseaux terroristes dans le monde entier, y compris al-Qaïda en Irak ». Selon le FBI, les LTTE sont la seule organisation terroriste à avoir assassiné deux dirigeants mondiaux. 90 

 

La directrice exécutive de la Fondation pour les droits de l’hommeen Afrique du Sud financée par Soros, Yasmin Sooka, faisait p artie du groupe de trois membres du Groupe d’experts du Secrétaire gén&ea

La directrice exécutive de la Fondation pour les droits de l’hommeen Afrique du Sud financée par Soros, Yasmin Sooka, faisait p artie du groupe de trois membres du Groupe d’experts du Secrétaire général de l’ONU sur la responsabilité du Sri Lanka qui a préparé le rapport discrédité de 2011 et qui est à la base de la résolution 30/1 controversée du Conseil des droits de l’homme de l’ONU adoptée contre le Sri Lanka. Yasmin Sooka est membre du Conseil consultatif de l’Initiative pour les droits de l’homme de l’Open Society Foundations de Soros, et a été première invitée de la chaire inaugurale George Soros à l’École de politique publique (SPP) de l’Université d’Europe centrale (CEU) pour le semestre d’automne 2015. 

 

George Soros a également soutenu les revendications séparatistes des LTTE d’autres manières, par exemple par le biais des opérations – qu’il a financées – du Cadre inter-institutionnel de coordination de l’action préventive des Nations unies (l’équipe cadre, ou FT dans son sigle anglais). Celui-ci, dans les années 2012 et 2013, a tenu des réunions et des séminaires à huis clos où la partition d’États membres des Nations unies était débattue, y compris celle du Sri Lanka et du Népal. Selon des rapports, le FT a aussi formé certains activistes dans le monde, en particulier dans les pays en développement et d’autres pays ayant des gouvernements pro-occidentaux, visantà utiliser « le système » pour obtenir des changements. 

 

En Europe, les opérations de Soros visant à soutenir un parti politique ou un autre suscitent de plus en plus d’inquiétudes et d’oppositions. À Washington, des membres républicains du Congrès ont remis en cause les fonds de l’USAID provenant de l’argent des contribuables américains qui financent les projets de Soros, notamment en Macédoine et dans d’autres pays d’Asie. Le sénateur républicain de l’Utah, Mike Lee, s’est dit préoccupé, dans le cadre d’un soucisplus large, par le fait que les financements d’USAID vont à l’Open Society Foundations de Soros en Macédoine, et que l’ambassade américaine a pris parti dans la politique partidaire locale. Le sénateur Lee a écrit : « J’ai reçu des rapports crédibles selon lesquels, ces dernières années, la mission américaine en Macédoine est intervenue activement dans la politique des partis du pays ainsi quedans le modelage de son environnement médiatique et de sa société civile, favorisant souvent des groupes défendant une opinion politique plutôt qu’une autre. » 

 

Tamara Kunanayakam Colombo, le 12 novembre 2018

 

tamara.kunanayakam@gmail.com

 

Notes :

1Frida Kahlo de Rivera (1907-1954), peintre mexicaine, communiste, compagne du muraliste Diego Rivera.

2Si 90% du transport mondial est maritime, le Sri Lanka représente plus de 70% du trafic pétrolier et plus 50% de celui des containers. En augmentation constante, et au centre du projet pharaonique chinois de « route de la soie », cette situation explique le caractère stratégique du développement des infrastructures portuaires du port de Hambatota au sud du pays sous l’impulsion de la Chine et de l’élargissement considérable du port de Colombo où la Chine et l’Inde sont en compétition.

3Quelques instants plus tard, le décret était publié dans une édition extraordinaire du « Journal officiel de la République démocratique et socialiste du Sri Lanka ».

4Galle, ville du Sud du Sri Lanka, port important dès l’Antiquité pour le commerce de la cannelle, de l’ivoire, des épices et des pierres précieuses, fréquenté par les Perses, les Chinois…. Colonie portugaise à partir de la fin du 15esèche, puis hollandaise et enfin britannique.

5Octave Mirbeau (1848-1917), écrivain, journaliste, voyageur.

6UNP : Parti de l’Unité Nationale, droite pro-occidentale, présidé par l’ex-premier ministre Ranil Wrichmensinghe

7UPFA : « United People’s Freedom Alliance » dont le SLFP, « Sri Lanka Freedom Party » est le parti du Président Sirisena et de Mahinda Rajapaksa. Toutefois ce dernier a créé depuis le SLPP « Sri Lanka People’s Front », devenu en deux années la principale force politique du pays.

8Maithripala Sirisena est Président du Sri Lanka depuis 2015. Secrétaire général du SLFP ancien parti du président Mahinda Rajapaksa, ancien Ministre. Il avait en 2014, à la surprise générale, rallié le camp de la droite de Ranil Wrikamensinghe, de l’ex-présidente Chandrika Rumnatunga, du TNA longtemps paravent parlementaire des Tigres du LTTE, du JVP qui se réclame du marxisme léninisme et de petits partis musulmans soutenus par les monarchies pétrolières. Cette alliance bénéficiait du soutien actif politique et financier des Etats-Unis, des gouvernements occidentaux et de l’Inde inquiets de l’influence grandissante de la Chine dans la région en général et au Sri Lanka en particulier. Devant les conséquences de l’action du nouveau gouvernement issu des élections de 2015, cette trahison avait rapidement été jugée sévèrement par les Sri Lankais. Ceci s’est traduit en février 2018 par l’effondrement électoral de ceux qui avaient soutenu Sirisena et son alliance avec la droite au bénéfice du nouveau parti de Mahinda Rajapaksa, le SLPP associé aux partis de la gauche (ex JVP+PC+trotskistes) et d’autres partis moins significatifs.

9Karu Jayasurya : président du Parlement sri lankais, homme de droite, UNP.

10R.W pour Ranil Wickremesinghe, plus familièrement appelé « Ranil », ancien premier ministre du Sri Lanka.

11Royal College, école publique, St Thomas école privée, sa rivale sur le modèle Oxford et Cambridge, Harvard et Yale, Laidie’s College est l’établissement scolaire pour les jeunes filles de la bonne société. Ces écoles très privilégiées furent créées par les Britanniques à l’époque de la colonisation. Ils sont les établissements scolaires des enfants de l’élite. En avoir été élève vous situe socialement et immédiatement comme faisant partie des « happy few ». L’évènement social de l’année est le traditionnel match de cricket opposant Royal Collegeà St. Thomas. Il existe depuis 1880.

12Gotabaya Rajapaksa est le frère de l’ancien Président Mahinda. Il fut secrétaire d’État à la Défense pendant la guerre. Son nom est fréquemment associé à la victoire sur les séparatistes. Il est aussi apprécié pour le rôle qu’il a joué en faveur du réaménagement de Colombo pour en faire une des villes les plus propres et les plus attrayantes d’Asie du Sud-Est. Très lié a de nombreux intellectuels qu’il sollicite dans la perspective probable de sa candidature aux prochaines élections présidentielles.

13RAW : « Research and Intelligence Wing » service de renseignements indien. Mis en place en 1968 sous Indira Ghandi, il est sous l’autorité directe du Premier Ministre.

14« Mahinda Rajapksa was President 3rd option »,Newsfirst, 05/11/2018. 

15« Temple Trees » est la résidence officielle du Premier Ministre et l’a été parfois de Présidents. Situé au cœur de Colombo dans Galle road, son vis-à-vis ne sont rien d’autre que les gigantesques installations de l’ambassade US.

16Mahinda Rajapaksa a été Président du Sri Lanka de 2005 à 2015, précédemment il fut premier ministre. Artisan de la paix après une guerre couteuse en vies et destructions. Sa popularité est restée très forte dans le peuple, tout particulièrement les plus défavorisés. Animal politique et politicien d’une grande habileté. Doué d’un grand charisme, il est un nationaliste fervent, internationalement non aligné, se situant en alliance avec la gauche, il est souvent présenté comme proche de la Chine et anti-occidental. Les USA et l’UE le considèrent comme leur « bête noire ». Il défend souvent des positions anti-impérialistes, et s’est fait connaître par son soutien inconditionnel à Cuba et à la cause palestinienne. Ami personnel de Yasser Arafat, de Raoul Castro et de Hugo Chavez.

17Le Brésil et le Sri Lanka n’en ont pas moins des relations diplomatiques anciennes avec un ambassadeur dans chaque pays. Le Sri Lanka à deux ambassades en Amérique Latine : le Brésil et Cuba dont d’ailleurs il fut le premier pays d’Asie à reconnaître en 1959 le triomphe de la révolution et se féliciter de la chute de la dictature de Batista. Sri Lanka a été par ailleurs un des fondateurs du Mouvement des États non alignés aux côtés de Cuba. Dès juin 1959 Che Guevara vint à Colombo pour signer le premier accord commercial entre les deux pays. 

18Jair Bolsonaro, nouveau Président du Brésil, nostalgique de la dictature militaire, anticommuniste maladif, raciste, misogyne, homophobe.

19Paulo Guèdes est le fondateur du think-tank« Millenium », et de la banque d’investissement BTG Pactual. Il est un partisan fanatique des thèses ultra-libérales des « Chicago boys » de Milton Friedman déjà mises en œuvre sous Reagan, Thatcher, Pinochet et les dictateurs latino-américains, avec les résultats que l’on connaît.

20La Société du Mont Pèlerin est une fondation tentaculaire créée aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale par Friedrich Hayek et Milton Friedman, initiateur de l’école de Chicago, les trop fameux « Chicago boys » connus pour leurs exactions économiques en Europe de l’Est et en Amérique Latine, avec les désastres sociaux que l’on sait. Elle donna par la suite naissance à un vaste réseau international de 500 fondations et instituts de recherche fonctionnant à travers le monde, financés par les transnationales les plus représentatives de l’oligarchie mondialiste, étroitement associés à l’administration US, à des services d’intelligence, des lobbies, et de nombreux gouvernements occidentaux pour faire la promotion du libre marché.

21Tamara Kunanayakam ancienne ambassadeur du Sri Lanka : « Sri Lanka sovereignty non negotiable » in « The Island », june 24, 2018

22Le « cornac » est le compagnon à vie, le guide, et le soigneur de l’éléphant. L’éléphant est l’animal sri lankais le plus populaire. La grand majorité d’entre eux vivent en liberté. De couleur verte, il est le symbole du parti UNP de R.W.

23Déclaration de Tung-Lai Margue le 30 octobre 2018 au nom de l’Union européenne pendant la rencontre avec le Président Sirisena. Elle a menacé de manière très provocatrice de retrait du GSP+, le système de préférence commercial accordé par l’UE au Sri Lanka.

24« Sri Lanka’s legitimate Finance Minister explain economic fallout… », Colombo Telegraph, 05/11/2018

25« US and Japan freeze development aid », Newsfirst, 04/11/2018

26Samantha Powers, ancien ambassadeur US et représentante permanente à New York à l’ONU. Elle fait partie du premier cercle intellectuel autour de Barack Obama. Elle est très impliquée sur le dossier sri lankais. Elle s’est fait connaître par son livre « A problem from hell : America and the age of genocide » prix Pulitzer 2003.

27« UN envoys meet Sri Lanka prez. », Business Standard, 31/10/2018

28Jeremy Hunt est le nouveau ministre britannique des affaires étrangères. « Britain, observing Sri Lanka devlopments with concern », Financial Times, 31/10/2018

29« Lord Naseby : M’R appointment is legitimate »,Newsfirst, 07/11/2018

30« Why political crisis in Sri Lanka is bad news for India »,Times of India, 29/10/2018. Il faut noter que quelques semaines avant ces évènements, le premier ministe de l’Inde, Narendra Modi, avait rencontré successivement Mahinda Rajapaksa, R.W et Sirisena.

31« Face the Nation » Tamara Kunanayakam sur la chaine de télévision, Newsfirst,07/11/2018

32« Chinese ambassador calls on Mahinda and Ranil »,Adaderena,27/10/2018

33Après l’élection présidentielle de janvier 2015, appliquant l’accord secret convenu entre lui et l’alliance anti-Mahinda Rajapaksa, le nouveau président Siriséna avait imposé comme premier Ministre Ranil Wrikmasinghe de l’UNP, bien que celui-ci ne disposait que d’une minorité de 46 sièges, contraignant au départ sous la pression le premier Ministre D.M Jayaratne qui lui disposait de 144 sièges.

34Al Jazzeraa été jusqu'à organiser un débat télévisé sur « Sri Lanka : on the path to dictatorship » 31/10/2018 avec 3 comparses, dont Alain Keenan du Crisis group.Voir l’article « Al Jazzera a tool of the west » de Shenali Waduge. Lankaweb, 08/11/2018.

35« Avis de tempête sur le Mouvement des Non-Alignés » Jean-Pierre Page, Investig’Action, 30/04/2015

36TNA : parti régionaliste tamoul, représentatif des intérêts de la bourgeoisie des provinces Nord et Est. Longtemps considéré comme le paravent parlementaire du mouvement séparatiste des Tigres du LTTE que le TNA considérait comme le seul représentant des aspirations nationales des Tamouls. Parti soutenu activement par le gouvernement de droite du Tamil Nadu en Inde et les Occidentaux. Il dispose de 16 députés au Parlement, mais vient d’éclater avec la constitution d’une nouvelle force politique radicale séparatiste, proche du LTTE.

37JVP « The people’s liberation Front » qui se réclame du marxisme léninisme, mais qui soutient R.W et son gouvernement pro-occidental. Rejeté par la gauche (Parti communiste + trotskistes) qui le considère comme corrompu et manipulé par l’UNP et des services de renseignements étrangers. Dispose de 6 députés au Parlement.

38« The crisis in Sri Lanka- invented by western medias » Dr.Palitha Kohona- ancien ambassadeur, International Press Syndicate, 05/11/2018

39« UNP to go to supreme court », Mangala Samaraweera ancien ministre des Affaires Etrangères, puis de l’Economie a considéré que Sirisena est un tyran, un fou ! « On pensait avec Sirisena avoir élu un nouveau Mandela, il ne fut qu’un Robert Mugabe, ce fou dangereux ancien président du Zimbabwe ».

40Jayawardena décida unilatéralement, sans élections, de prolonger la vie du Parlement parce qu’il y disposait d’une majorité.

41Chandrika Kumaratunga, ancienne présidente sri lankaise, fille de S.W.R.D Bandanaraike l’ancien premier Ministre assassiné en 1956 et de Sirimavo son épouse, la première femme chef d’État au monde connue comme une des fondatricedu Mouvement des Etats non alignés. Chandrika en 2004, annonça qu’elle changeait de premier ministre alors que celui-ci sortait de la Maison Blanche après un entretien avec Georges Bush. Il s’agissait déjà de Ranil Wickemensinghe, elle le remplaça par Mahinda Rajapksa qui devint Président un an plus tard.

42« Craintes d’un bain de sang au Sri Lanka », Euronews, 29/10/2018

43Le Ministre et son garde du corps ont été arrêtés, emprisonnés puis libérés sous caution. Une instruction est engagée contre eux. On n’en a dit aucun mot dans les médias.

44« Otpor », est un mouvement instigateur des « révolutions de couleur », il met en pratique les théories de Gene Sharp. A joué un rôle dans le changement de régime en Serbie, puispendant le printemps arabe. Financé par l’administration US et des fondations comme celle de Georges Soros. Lire sur le sujet « Arabesques » de Ahmed Bensaada, Investig’action 2015

45« Black july », le 24 juillet 1983 le gouvernement du Président Jayewardene, pour faire diversion, manipule l’opinion, excite et mobilise des gangs, des mercenaires s’assure du laissez faire de la police, le bilan en sera plusieurs milliers de morts, 8 000 maisons et 5 000 magasins brulées plus de 200 000 sans abris, des destructions innombrables. De nombreux Tamouls feront le choix del’émigration. Cet acte criminel offrira l’occasion aux séparatistes du LTTE de justifier leurs actions tout aussi criminelles.

46Les Sri Lankais l’ont affublé du titre de « looser ». De toute sa carrière, il n’a jamais, en plus de 40 ans de carrière politique, gagné une élection, par contre il en a perdu 29. Seules les alliances de circonstance lui ont permis d’accéder au pouvoir.

47R.W : Ranil Wrichamasinghe, Premier Ministre sri lankais déposé le 26 octobre 2018. Il était en poste depuis 2015 par le résultat d’un complot et d’une pression internationale en faveur d’un changement de régime voulu et organisé depuis la fin de la guerre en 2009 par les Occidentaux contre le président Mahinda Rajapaksa.

48Les dissensions internes à l’UNP étant nombreuses, R.W étant fortement contesté depuis des années par son obsession de pouvoir. Il est vraisemblable que la situation nouvelle va relancer les batailles dans l’appareil du parti.

49 La dette du Sri Lanka est pour l’essentiel due aux institutions financières internationales, au FMI et aux pays occidentaux. La dette en augmentation constante s’élèverait à 65 milliards de roupies. Contrairement à ce que les médias affirment la Chine ne représente que 10% de cette dette globale Les principaux partenaires commerciaux du Sri Lanka sont les Etats-Unis, l’Union européenne, le Japon, l’Inde et la Chine.

50Le parti de Ranil Wrickamensinghe est l’UNP, il est en alliance au sein de l’UNFGG avec un parti régionaliste tamoul, un parti musulman financé par les monarchies pétrolières, il bénéficie du soutien politique du JVP qui se réclame dans sa rhétorique du marxisme léninisme, du TNA autre parti tamoul du Nord et l’Est longtemps présenté comme ayant été la vitrine du mouvement séparatiste LTTE.

51Mot d’ordre défendu par un allié pittoresque de l’UNP, l’ex-trotskiste Vrikramabahu Karunaratne, dont le parti se résume a lui-même. Hier, supporter du LTTE, aujourd’hui de Ranil Wrickemsighe.

52Le port et l’aéroport d’Hambantota sont devenus des enjeux géopolitiques. Ces méga-projets construits par les Chinois se situent au sud du Sri Lanka sur l’un des corridor maritime les plus importants au Monde, lien naturel entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Les Chinois en assurent le fonctionnement tout comme celui de la zone économique spéciale. Les Américains on exigé en retour le contrôle du port de Trincomalee, le plus grand port en eau profonde d’Asie. En compensation, les Indiens, inquiets de voir les Chinois disposant d’un port pouvant servir à des usages militaires, ont récupéré l’aéroport de Matala qui se trouve a proximité.

53« Bond scam II Sri Lanka’s bigest cober up »,Newsfirst, 09/08/2018. Le nouveau gouvernement a immédiatement annoncé qu’il engageait la procédure d’extradition de Mahendran.

54La roupie est flottante ! Depuis janvier elle a perdu plus de 12,5% de sa valeur par rapport au dollar US.

55 Jusqu’en 2015, la croissance sri lankaise était la seconde en Asie, derrière la Chine.

56« Dole » est une multinationale US. Elle est le plus grand producteur de fruits et légumes au monde, implantée dans 90 pays. Son revenu annuel est évalué à 4,5 milliards de dollars US (2016). Elle dispose aussi d’une flotte maritime.

57Au point de voir son ex-ministre des Affaires étrangères, Mangala Samaraweera, considérer le non-alignement comme un concept dorénavant obsolète !

58John Kerry, secrétaire d’État de Barack Obama de 2013 à 2017. « John Kerry praises Sri Lanka on reforms and pledge renew ties… », The Guardian, 02/05/2015

59« Le fardeau de l’homme blanc » (The White Man’s burden) Rudyard Kipling, 1899

60« Sri Lanka, independant republic, to vassal state » Tamara Kunanyakam, The Island, 03/04/2018

61Conseil des droits de l’homme de l’ONU, résolution 30/1 sur le Sri Lanka du 02/10/2015.

62« Constitution making, an American project », Tamara Kunanayakam, The Island, 07/09/2017.

63Le détroit de Malacca entre Malaisie et Indonésie, très étroit est un des corridor maritime stratégique les plus important du monde.

64Trincomalee, le plus grand port en eau profonde d’Asie du Sud-Est. Occupé pendant la 2eme guerre mondiale par la marine britannique, bombardé par les Japonais. Les Tigres du LTTE séparatiste en avaient proposé l’utilisation aux Etats-Unis. L’Inde souhaite également s’accaparer une partie des installations, elle en négociait actuellement les conditions avec le gouvernement de R.W, après avoir récupéré l’aéroport de Mattala a proximité du Port d’Hambatota finalement cédé à la Chine par le gouvernement de droite avec un bail de 99 ans. L’Inde veut également récupérer une partie des installations portuaires de Colombo. Elles lui ont été promises par R.W juste avant sa chute, sans consultations du gouvernement ou du Président

66Ces deux organisations aux moyens financiers considérables, associés au NED (National Endowment for Democracy) on fait du Sri Lanka une priorité de leur action en Asie.

67Georges Soros dans ses propos accorde une grande importance au Sri Lanka. Il fut d’ailleurs le premier invité de notoriété par R.W, et même bien avant le secrétaire d’État US de l’époque John Kerry.

68Les représentants d’ «Atlas» et «Advocata» siègent dans des bureaux mitoyens à ceux du Premier ministre, du Ministre de l’économie et du Président. La tête pensante de ce réseau international est Razeenn Sally membre influent de la SMP.

69Lire « Néolibéralisme contre souveraineté » le cas du Sri Lanka, une étude de Tamara Kunanayakam, La Pensée libre, lapenseelibre.org, novembre 2018

70« The FIRM » the inside story of McKinsey par Duff McDonald, A Oneworld book, London 2014. McKinsey est la plus grande entreprise mondiale de consultants en« management ».

71Le Sri Lanka a été avec l’Egypte de Nasser, la Yougoslavie de Tito, l’Indonésie de Soekarno, l’Inde de Nehru, le Ghana de NKrumah un des pays fondateurs du Mouvement des Etats non alignés.

72« Eliya » signifie la lumière, et « Viyathmaga » signifie : « les chemins de la connaissance », cette dernière fonctionne comme un Think Tank.

73 « Constitutional crisis, 28 billions of roupies flees Sri Lanka in two weeks » Lanka Business on Line,09/11/2018

74Lire et écouter le remarquable discours sur les priorités et la lutte contre la corruption du nouveau Président Pakistanais Imran Khan à l’Ecole Centrale du Parti communiste chinois, Pékin, novembre 2018 < https://www.youtube.com/watch?v=S74iBD-Ucbk >

75Lire dans « La Pensée libre »< lapenseelibre.org > une série d’études sur le Sri Lanka, notamment « Qui sont nos amis, qui sont nos ennemis » de Jean-Pierre Page-17/07/2011, « Entretien avec Jean-Pierre Page sur le Sri Lanka » 18/07/2011 et « Les années Rajapaksa entre triomphe et désastre » 08/04/2016, « Le retour de Darusmann, rapport de Navi Pilay sur le Sri Lanka »-03/06/2013 de Tamara Kunanayakam.

76Le Sri Lanka a été colonisé pendant 450 ans par les Portugais, les Hollandais, puis enfin les Britanniques.

77Sur 340 collectivités locales, 239 ont été gagnées par le SLPP et ses alliés.

78Mangala Samaraweera est l’ex-Ministre de l’économie des finances et des médias, entendez par là : la propagande officielle. Ancien Ministre des affaires étrangères, il est celui qui a accepté les conditions imposées unilatéralement par les USA à la Commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève en 2015. Il est connu pour ses relations étroites avec le département d’État d’Hillary Clinton qu’il a soutenue face à Trump, et le premier cercle de Barack Obama comme Samantha Powers, Tom Malinowski, ancien dirigeant de Human Rights Watch, Nisha Biswal et plusieurs Fondations dirigés par les néoconservateurs US comme « Heritage Foundation » .

79« The joint opposition » J.O rassemble le SLPP de Mahinda Rajapksa et plusieurs formations de gauche dont le MEP, scission dans les années 70 du LSSP (troskyste affilié à la 4einternationale), du Parti communiste, du LSSP, du Democratic left Frontde Vassudeva Nanayakara (ex LSSP, troskiste) et du National Freedom Frontde Wimal Wirawensa, résultat d’une scission du JVP.

80UNP : United National Party, le parti de Ranil Wrickemensinghe

81« PM no-confidence vote and yahapalanayas’ divided loyalties », Daily Mirror, 28/03/2018

82Wassenta Senanayake : dirigeant de l’UNP, ancien Ministre d’État aux affaires étrangères dans le gouvernement de R.W est aujourd’hui Ministre du Tourisme et de l’environnement dans le nouveau gouvernement de Mahinda Rajapaksa. Il est un des héritiers politiques de D.S Sennayake, un des fondateurs de l’UNP, «  le père de la nation » qui fut son arrière grand père et le premier « premier ministre » du Sri Lanka, Daily Mirror, 26 octobre 2018.

83« International community continue to weigh on Sri Lanka »,Newsfist, 09/11/2018 

84« Western nations displeased by President Sirisena action » , Newfirst, 09/11/2018

85Le B.J.P est le parti au pouvoir du Premier ministre Narendra Modi.

86Interview de Chandrika Kumaratunga  : « Q : Qu’elle était votre raison de convoquer des élections générales ? R : J’y étais obligé car il y avait une véritable rupture dans la cohabitation gouvernementale entre R.W et moi. Il me harcelait et me mettait à l’écart. Il avait une seule et unique obsession : il voulait devenir Président. Il se moquait de ce qui arriverait au pays. Nous étions dans une impasse ! La seule solution qui me restait était de consulter le peuple pour qu’il me donne un mandat clair » Alex Perry, pour Time magasine 29/03/2004

87Karl Marx, Friedrich Engels, L’idéologie allemande, 1846.

88Pierre Victurnien Vergniaud(1753-1793) et Elisée de Loustalot (1762-1790).

89Tamara Kunanayakam est ancienne ambassadeur à Cuba, au Vatican et Représentante Permanente du Sri Lanka à Genève auprès des Nations Unies, Présidente et rapporteur du Groupe de Travailintergouvernemental de l’ONU sur le Droit au Développement.

90Voir “Taming the Tamil TigersFrom Here in the U.S”., The FBI, 01/10/08, <https://archives.fbi.gov/archives/news/stories/2008/january/tamil_tigers011008>

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