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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 20:18

L’exacerbation du conflit en Syrie suite à l’intervention de la Turquie pour empêcher l’armée syrienne de reprendre la dernière poche du territoire national encore aux mains des groupes takfiristes bénéficiant de la protection d’Ankara a fait oublier l’exacerbation en cours du conflit en Libye et le rôle que tente d’y jouer Ankara. Derrière les inteventions turques dans différents pays arabes il y a certes la volonté d’Erdogan s’affirmer comme puissant dirigeant régional mais aussi celle d’accéder à tous les champs de gaz ou de pétrole possible sous terre ou sous la mer, en particulier à un moment où l’économie turque rencontre quelques difficultés.

La politique ambiguë des puissances européennes et de l’OTAN apparaît dans ce contexte toujours aussi trouble que ce soit dans le traitement des conflits syrien, yéménite ou libyen, à un moment où l’Irak manifeste ses désirs d’indépendance et que l’Iran s’affirme envers et contre tout comme puissance régionale. Et alors que les diplomaties syrienne et algérienne reprennent du poil de la bête. Dans ce contexte, le président Erdogan qui est menacé d’isolement suite aux déboires successifs consécutifs aux conséquences d’un « printemps arabe » désormais bien fané semble vouloir jouer auprès des Européens autant la carte de la peur des réfugiés qu’il pourrait envoyer sur le vieux continent, que celle du contrepoids qu’il pourrait jouer face aux puissances émergentes d’Eurasie qu’il cherche par ailleurs à amadouer. D’où la nécessité d’examiner toutes les évolutions en cours, et en particulier celles qui se déroule en ce moment en Libye où, entre les deux pôles de pouvoir assis sur de nombreux seigneurs de la guerre plus ou moins contrôlés, on ne doit pas oublier le rôle des tribus libyennes et en particulier celui que joue parmi elles Seif el Islam Kadhafi, le fils de l’ancien guide libyen assassiné par les supplétifs de l’OTAN en 20111.

La Rédaction

 

 

Libye : la menace terroriste

-

Mars 2020

 

Mateusz Piskorski*

 

La préparation de la Turquie à un nouveau cycle de confrontation en Libye n'est pas de bon augure non seulement pour ce pays, mais aussi pour l'Europe. Tout d'abord, cela promet de nouveaux flux de réfugiés arrivant par la mer Méditerranée. Deuxièmement, et contrairement à ce qui se passe en Syrie, les islamistes transférés par la Turquie en Libye se trouvent à portée directe de l'Europe - à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes italiennes.

 

L'armée nationale libyenne a accusé à plusieurs reprises la Turquie de transporter des combattants d'Al-Qaida en Libye. Pour sa part, la milice de Nawasi, qui ne fait pas partie du gouvernement de Tripoli, a récemment annoncé que les « rebelles » syriens transférés par la Turquie en Libye sont membres de DAESH2.

 

Les médias soudanais ont également publié récemment des informations selon lesquelles, au cours des dernières années de la présidence d'Omar Bashir, les services de renseignements soudanais ont formé des combattants d'Al-Qaïda pour le compte du gouvernement de Sarraj, dans le cadre de la guerre en Libye3.

 

L'implication d'Abdel Hakim Belhadj, ancien chef du groupe de combat libyen associé à Al-Qaida et résidant actuellement en Turquie, dans le transfert de combattants de la Syrie vers la Libye est également révélatrice car cela montre les liens entre les terroristes et certaines parties du gouvernement de Sarraj4.

 

On peut donc affirmer que la Turquie est en train de créer un groupe d'islamistes militants bien équipés (jusqu'aux chars et à l'artillerie lourde) qui constituent une menace directe pour la securité européenne. Jusqu'à présent, la Turquie avait agit avec l'aide tacite des dirigeants européens qui préfèrent reconnaître internationalement le gouvernement de Sarraj.

 

Selon le Financial Times, la Turquie a fourni des systèmes de défense aérienne américains "Hawk" au gouvernement el-Sarraj pour couvrir le territoire contrôlé par le gouvernement, de Zawiya, à l'ouest de Tripoli, à Misrata, à l'est de la capitale.

 

Alors que l'année dernière, on a surtout principalement parlé des drones turcs Bayraktar TB2, des armes légères et des véhicules blindés fournis à la Libye, maintenant il s’agit surtout d’armes lourdes, y compris de lance-roquettes multiples, des SAU et des chars. Le MLRS Kasirga de 300 mm est le MLRS le plus puissant et ayant la plus longue portée de l'armée turque. Le char Leopard 1T est le principal char de combat de fabrication allemande qui est en service en Turquie. 

 

Le T-155 Firtina est le SAU à plus longue portée en service dans l'armée turque (il touche des cibles à des distances allant jusqu'à 40 km). Ces SAU ont récemment été repérés dans les rues de Libye5.

 

Resserrement de la rhétorique

 

La nature et l'ampleur des transferts d'armes turques démontrent clairement les préparatifs d'une offensive majeure des combattants du gouvernement el-Sarraj à Tripoli contre les positions de l'armée nationale libyenne. Ces armes seront utilisées pour pirater la défense de l'ennemi. 

 

Ce faisant, les civils de Tripoli, Misrata et d'autres villes sous contrôle du gouvernement el-Sarraj seront mis en danger. La ligne de front en Libye est maintenant telle que les positions de la l'armée nationale libyenne seront étirées depuis des zones densément peuplées. En provoquant la riposte de l'armée nationale libyenne, l'armée turque et ses alliés causeront de nombreuses victimes civiles.

 

L'hypothèse d'une attaque imminente est également soutenue par certaines déclarations des dirigeants du gouvernement el-Sarraj. Ainsi, le 18 février, le gouvernement el-Sarraj basé à Tripoli s'est retiré des négociations des représentants militaires des parties en conflit à Genève au format "5x5" sous prétexte de la violation du cessez-le-feu qui aurait été commise par la l'armée nationale libyenne. L’armée nationale libyenne a alors rapporté qu'elle avait attaqué un navire turc dans le port de la capitale et qu’il transportait illégalement des armes. Dans le même temps, selon les représentants de l'armée nationale libyenne, ils ont subi une réaction de la part de leur adversaire. Plus tard, le 24 février, les autorités libyennes (le chef du Conseil suprême d'État de Libye, Khaled Mishri) ont demandé la suspension des négociations politiques à Genève6.

 

Selon l'opinion exprimée par les opposants au gouvernement el-Sarraj, le gouvernement de Tripoli retarde délibérément le processus de négociation. Il s'attend à ce que les armes et les militants turcs soient réapprovisionnés pour lancer une offensive dans un avenir proche, ce qui devrait déclencher un nouveau cycle de combats7.

 

Les provocations constantes des militants du gouvernement el-Sarraj qui obligent l'armée nationale libyenne à lancer des contre-attaques ponctuelles, démontrent également la volonté du gouvernement el-Sarraj d'intensifier le conflit.

 

Le resserrement de la rhétorique turque est également révélateur. Le 25 janvier, le président turc Recep Erdogan a reconnu la mort de deux soldats turcs en Libye, les désignant sous le vocable de shahid, de martyrs. Auparavant, Erdogan avait sévèrement critiqué l'intention des pays de l'UE d'organiser une mission militaire pour mettre fin à la contrebande d'armes vers la Libye. Dans le même temps, il a déclaré qu'il soutenait le retrait des représentants du gouvernement el-Sarraj des pourparlers de paix à Genève. Selon M. Erdogan, la Turquie continuera à soutenir le gouvernement de Tripoli pour "établir sa domination" sur l'ensemble du territoire du pays8.

 

* Politologue polonais connu pour ses analyses et des prises de position critiques envers l’OTAN. Il a visité la Libye au cours du conflit de 2011. Il a été libéré au printemps 2019 après avoir passé trois ans de prison « préventive » en Pologne sous l’accusation de liens avec les services secrets russes, chinois et iraniens. Accusations qui n’ont jamais reçu un début de preuve ce qui a expliqué la dénonciation des autorités polonaises par le Comité des Nations Unies sur les arrestations arbitraires. Aujourd’hui, interdit de quitter le territoire polonais et de fait interdit à l’embauche dans l’enseignement et la recherche il tente de poursuivre des activités autonomes de recherches et de journalisme.

 

Notes : 

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