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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 22:44

La Libye est partagée depuis 2011 entre de multiples gros et petits chefs de guerre qui s“allient ou se combattent au gré de leurs intérêts changeants. Les puissances étrangères qui s“étaient ingérées dans la guerre de 2011 sont restées sur le terrain, tandis que d“autres acteurs se sont depuis introduits.

Grosso modo, il y a trois pôles géographico-politiques dans le pays, l“Ouest, l“Est et le Sud. La région de Tripoli est contrôlée par les amis libyens de la Turquie et ses alliés, celle de Benghazi est contrôlée par ceux qui s“opposent à l“hégémonie régionale turque, et le Sud semble attendre en manifestant plutôt sa sympathie pour Seif el Islam Kadhafi, qui joue la carte de l“apaisement et de la réconciliation.

C“est dans ce contexte qu“on assiste à une tentative de retour de l“influence des Etats-Unis alors que la France semble hésiter et que la Russie semble vouloir contrebalancer le jeu d“Ankara.

La Rédaction

 

 

L'intervention diplomatique des Etats-Unis

en

Libye menace d'entraîner un désastre

-

Février 2021

 

 

Mateusz Piskorski*

 

 

Le 4 février, le président américain Joe Biden a déclaré que les États-Unis allaient jouer un rôle plus actif dans le monde. Il s'est adressé aux responsables du Département d'État américain:

 

“Mais gouverner par la diplomatie, c’est aussi engager un dialogue diplomatique avec nos adversaires et nos concurrents là où cela est dans notre intérêt et où cela contribue à la sécurité du peuple américaini.

 

Le discours interventionniste libéral de M. Biden ne laisse aucun doute sur le fait que les États-Unis vont accroître leurs efforts pour s'implanter dans des régions qui ont reçu peu d'attention durant la présidence de Donald Trump. L'une de ces régions est la Libye. Le 28 janvier, Richard Mills, l'ambassadeur américain adjoint des Etats-Unis, a appelé la Russie, la Turquie et les Emirats arabes unis à "respecter la souveraineté libyenne et de cesser immédiatement toutes les interventions militaires en Libye". La Russie et la Turquie ont été les plus critiquées. Mills a exhorté Moscou et Ankara "à entamer immédiatement le retrait de leurs forces du pays et le retrait des mercenaires étrangers et des substituts militaires, qu’ils ont recrutés, financés, déployés et soutenus en Libye".

 

Quelle est la raison de ce ton dur des Américains ? Ce n'est pas du tout un sujet de préoccupation pour le peuple libyen. C'est simplement que les États-Unis retournent dans ce pays et cherchent à saper les positions des autres acteurs.

 

Intervention diplomatique

L'intervention de l'OTAN en Libye en 2011 a été en grande partie le fait de l'administration Barack Obama, dont Joe Biden était vice-président. De plus, l'actuel conseiller du président pour la sécurité nationale, Jake Sullivan, était l'un des conseillers d'Hillary Clinton, alors secrétaire d'État américain, qui a élaboré le plan d'invasion américain en Libye. Il est donc probable qu'il fera pression pour que les États-Unis retournent dans ce paysii. Les principaux groupes de réflexion américains, comme la Brookings Institution, demandent d’ailleurs maintenant à Washington "d'accroître sensiblement son engagement diplomatique en Libye"iii.

 

En plein accord avec ces recommandations, les Américains ont renforcé leur rôle dans le processus diplomatique engagé sur la Libye dès l'automne 2020, mettant de fait les autres puissances sur la touche. Stephanie Williams, qui a dirigé jusqu'à récemment la mission d'appui des Nations unies en Libye (MANUL), est l'ancienne chargée d'affaires américaine en Libye. C'est elle qui a lancé le Forum de Dialogue politique libyen (FDPL) et qui a supervisé la sélection des participants. Ce forum se tient officiellement sous l'égide des Nations unies et vise à aider les Libyens à élire un nouveau gouvernement provisoire, à unir toutes les parties au conflit, à établir un cadre de coexistence pacifique. En fait, ce forum est devenu un outil entre les mains des États-Unis, grâce auquel Washington peut essayer d'amener ses propres sympathisants au pouvoir en Libye.

 

Le 5 février, Abdulhamid al-Dabaiba a été élu Premier ministre de la Libye lors d'une élection à huis clos organisée par le FDPL. C'est un homme d'affaires originaire de Misrata, peu connu en dehors du pays. On pense qu'il a des liens avec la Turquie et le groupe extrémiste des Frères musulmansiv. Jake Sullivan a eu des entretiens avec son homologue turc il y a quelques joursv. Reste à savoir si les États-Unis ont conclu un accord avec la Turquie ou si Washington a surenchéri sur le candidat turc.

 

Les membres du Conseil présidentiel étaient Mohammed Younis Al-Manfi, un diplomate (candidat d`Orient à la présidence du Conseil présidentiel); Abdallah Hussein al-Lafi, un membre de la Chambre des représentants (Tripoli) et Moussa al-Koni en tant que représentant du Sud de la Libye.

 

Risque d'effondrement du dialogue

Dans le même temps, de nombreuses craintes existent que le Forum de Dialogue politique sur la Libye ne débouche pas sur un véritable processus de paix en Libye. Les États-Unis pourraient prendre le contrôle du "leadership" officiel de la Libye, mais la guerre civile se poursuivra. Le fait qu'une liste insuffisamment crédible ait gagné soulève des questions sur la volonté des Libyens d'accepter la nouvelle direction du pays. Les principaux acteurs internes libyens - accepteront-ils une telle décision ? Sinon, le pays pourrait plonger dans un nouveau conflit. En novembre, Abdulhamid al-Dabaiba a été accusé d'avoir soudoyé des participants au Forum libyen pour le Dialogue politiquevi.

 

Tout cela remet en question la légitimité de la nouvelle direction de Tripoli, élue à huis clos par des personnes qui n'ont pas été élues par le peuple libyen lui-même. La population libyenne s'attend également à ce que les décisions du Forum de Dialogue politique libyen puissent conduire à la guerre. C'est ce que dit notamment le sociologue russe Maxim Shugaley. Il a passé plus d'un an et demi dans la prison de Mitiga en Libye où, dit-il, il a été jeté sur ordre des États-Unis. Mitiga est d'ailleurs contrôlée par les islamistes de la Force Rada (aussi appelée les Forces spéciales Rada), subordonnés à Fathi Bashagha.

 

M. Sugaley a récemment présenté une étude sociologique qui, selon lui, a été réalisée en Libye par la Fondation russe pour la Défense des Valeurs nationales. Selon cette étude, 52,6 % des Libyens ne font pas confiance aux décisions du FDPL, 43,1 % des personnes interrogées craignent qu'après toute décision du FDPL, les hostilités ne reprennent dans le pays, 49 % ne savent pas qui représente leurs intérêts au sein du FDPL, 46,5 % ne savent pas qui est candidat à des postes élevés dans le pays et plus de 40 % ne font pas confiance au chef de MANUL pour participer au choix d'un nouveau gouvernement pour la Libyevii. L'absence totale de transparence du FDPL le délégitimise donc, ainsi que toute décision qui est prise sous son égide. Ce sondage ne fait donc que confirmer la position des experts sur le sujet.

 

Scénario catastrophe

 

Dans ce contexte, l'avenir de la Libye semble incertain. Il est fort probable que si les personnalités officielles ne reconnaissent pas le gouvernement et le Conseil présidentiel élus dans le cadre du FDPL, le pays ne pourra éviter d’entrer dans un nouveau cycle de guerre. Il est révélateur qu'une seule personne ait jusqu'à présent prôné la négociation et la réconciliation avec le principal opposant militaire du gouvernement d'Union nationale - le maréchal Khalifa Haftar, qui est soutenu par Paris, Moscou et Abu Dhabi. Et ce n'est pas le nouveau premier ministre intérimaire de la Libye, mais le premier vice-président du gouvernement d'Union nationale, Ahmed Miitig, mais il n'a pas été autorisé à gagner. Ce réconciliateur pourra-t-il maintenir sa position dans le nouveau gouvernement ? Dans le cas contraire, ce serait un signal sérieux d'une escalade du conflit.

 

Dans ce cas, outre les Libyens, des problèmes attendent également les Européens. La Libye reste une zone à problème, par où les extrémistes et les migrants clandestins de toute l'Afrique entrent en Europe. En cas de nouveau conflit, le chaos dans le pays ne fera que faciliter la pénétration des éléments les plus radicaux. La dépendance d'Abdulhamid al-Dabaiba à l'égard des Frères musulmans et de la Turquie, qui fait déjà du chantage à l'Europe en utilisant les réfugiés syriens, y contribuera également. Maintenant, Ankara va vouloir faire chanter l'Union européenne en utilisant les migrants africains et les militants islamistes afin de faire pression sur l'Italie et la France et en menaçant les avoirs de Total et d'ENI en Libye. Non seulement les Libyens, mais aussi les Européens devront dès lors payer pour les ambitions américaines.

 

* Géopolitologue, Enseignant-chercheur, Journaliste

 

Notes :

 

ii https://www.algemeiner.com/2021/01/19/questions-for-incoming-national-security-advisor-jake-sullivan/.

vi https://almarsad.co/en/2020/11/16/abdul-hamid-dbaiba-all-libyans-respect-ali-dbaiba-bribes-are-not-our-way/.

vii https://fznc.world/wp-content/uploads/2021/02/socio-political-tendencies-in-libya_lpdf_jan-feb-2021.pdf.

 

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