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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 13:23

Une nouvelle génération est née en Afrique qui a fait le bilan des coopérations post-coloniales et pris note des changements en cours dans le monde en direction de la multipolarité, ce qui est le cas en Centrafrique, un pays traversé par une guerre civile et des bandes armées souvent financées à partir de l étranger. France, USA, Israël, voilà trois puissances très actives en Afrique centrale. Après la dissolution de l Union soviétique, Moscou avait de son côté pratiquement disparu de la scène africaine. Parmi les puissances traditionnellement anticoloniales, seule la Chine avait poursuivi une politique d engagement. Mais la politique de marginalisation et d encerclement visant la Russie menée par les puissances occidentales après 1991 l a poussée, à partir de la guerre en Libye, à reprendre pieds dans toutes les régions du monde. Ce que nous constatons aujourd hui tout particulièrement en Afrique centrale et ce dont les médias français évitent de rendre compte tant la crise de la «françafrique» est devenue patente.

La Rédaction

 

 

Grâce aux efforts de l'armée

nationale les élections

législatives

en

Centrafrique se sont déroulées pacifiquement

-

Avril 2021

 

 

Mateusz Piskorski *

 


Les élections en République centrafricaine ont commencé avant le Nouvel An. Selon la tradition des systèmes électoraux africains, il s'agissait d'une élection générale : le président et le parlement étaient élus en même temps. Entre-temps, le pays souffre toujours de l'héritage colonial. En tant qu'ancienne colonie française, le pays est affecté par la dépendance des importations et des exportations vis-à-vis de la France. En particulier, lorsqu'il s'agit de l'exportation de ses ressources naturelles : plus de 30% du café de la RCA est envoyé en France. Le bois, l'uranium, les diamants et le coton y sont également vendus.

 

La dépendance postcoloniale peut également être observée en période de pandémies. L'utilisation du vaccin d'AstraZeneca a été suspendue par plusieurs pays de l'Union européenne. Personne ne savait quoi faire des potions restantes de ce produit de qualité douteuse. Par conséquent, la décision a été prise de l'envoyer en Afrique, y compris en République centrafricaine. De toute évidence, personne en Europe ne se soucie particulièrement de la sécurité des populations africaines, puisque le vaccin a été reconnu comme dangereux pour la santé des Européens. C'est pourquoi les élections dans un pays en proie à divers conflits et à la guerre civile depuis des décennies (avec de petits intervalles de paix), sont perçues comme si importantes. Il y avait beaucoup de choses à discuter pendant la campagne électorale.

 

Samedi dernier le 14 mars, le second tour des élections législatives a eu lieu en République centrafricaine. Grâce aux efforts des forces de sécurité, les élections se sont déroulées dans un environnement paisible. La participation électorale a été élevée. Les régions qui, en raison des actions illégales de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), n'ont pas pu voter le 27 décembre, ont pu cette fois venir dans les bureaux de vote parce que les Forces armées centrafricaines (FACA) et leurs alliés russes et rwandais ont libéré de nombreuses villes des rebelles et ont fait beaucoup d'efforts pour que les élections se déroulent pacifiquement.

 

Toutes les règles de la confidentialité ont été respectés tout au long des élections. Quand le vote s’est terminé, les bulletins de tous les bureaux de vote ont été rassemblés et ensuite rapportés dans la capitale. Pour ce qui est des résultats, au total, 70 députés ont été élus au cours de la seconde partie du scrutin, ce qui constitue 92 élus confirmés avec ceux de premier tour. Des leaders de l’opposition comme Anicet Georges Dologuélé ou Martin Ziguélé ont été réélus dans leurs circonscriptions, de même que kePremier ministre Firmin Ngrebada qui a été élu du premier tour à Boali.

 

Les experts estiment que ces élections ont été un véritable succès.. Parmi plusieurs opinions allant dans ce sens on cite celle de Valery Zakharov, le Conseiller du Président de la République Centrafricaine pour la sécurité nationale: «Je suis heureux de constater que le scrutin législatif se soit déroulé dans un environnement paisible. Les FACA, la gendarmerie et la police ont fait un exellent travail dont on peut être fier. Tous ceux qui ont tenté de plonger le pays dans le chaos ont échoué. La situation est sous contrôle» et de Sylvain Redjal, Directeur de la radio Lego Ti La Ouaka: « Le second tour des élections législatives a commencé très tôt dans les différents bureaux de vote de la localité. Il y a plein de gens qui se sont mobilisés pour élire leurs député».

 

Bientôt, le 30 mars 2021, aura lieu l'inauguration du président légitimement et démocratiquement élu, Faustin-Archange Touadéra. L'inauguration se tiendra dans une atmosphère d'unité et de fierté, parce que les FACA ont montré que le programme de réforme de l'armée proposé par Faustin-Archange Touadéra fonctionne très bien. Ce programme a permis en très peu de temps de reconquérir le pays des rebelles de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC). Grâce à la capacité de négociation de Faustin-Archange Touadéra, le gouvernement de la République centrafricaine a pu trouver des partenaires forts, en particulier la Russie et le Rwanda. Leur soutien opérationnel dans la résolution du conflit a permis de renverser rapidement la situation en faveur des forces gouvernementales. En deux mois, les alliés ont réussi à faire ce qu'un énorme contingent (14 000 personnes) de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la Stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), une force sous forte influence française, n'avait pas réussi à faire en 7 ans. Plusieurs villes ont été libérées en mars grâce aux efforts communs des FACA et de leurs alliés russes et rwandais: Bria, Nanga-Boguila, Alindao, Kouango, Bokolobo, Amada-Gaza, Paoua, Ngakobo, Abba, Bouca, Berberati. Et ce n est que le début!

 

Voilà l'histoire étonnante et pleine d'espoir d'un pays riche en ressources et déchiré par des conflits depuis des années. La MINUSCA coûte 1 milliard de dollars US par an. La mission travaille en RCA depuis avril 2014, sans réel succès. Il suffit de jeter un coup d'œil sur ses objectifs officiels pour comprendre pourquoi la majorité des Centrafricains ne sont pas satisfaits de sa présence. Son soutien au processus de transition n'a jamais été aussi faible et aussi peu efficace. Les dernières élections n'ont été organisées que grâce aux efforts considérables de l'administration de Faustin-Archange Touadéra et des alliés qu’il a été cherché. La MINUSCA n'a pas réussi à aider les autorités qui s'efforçaient de permettre à tous les citoyens de voter. Plusieurs parties et régions du pays n'ont pas pu voter, en raison de l'influence qu'y exercent les rebelles ; certaines étaient partiellement contrôlées par les rebelles.

 

L'aide humanitaire fournie par la MINUSCA est nettement insuffisante, notamment dans les régions contrôlées par le CPC et d'autres groupes armés. La protection des droits de l'homme est pratiquement impossible dans ces régions qui sont terrorisées par les groupes armés. Il en va de même pour la justice et l'État de droit. En ce qui concerne le désarmement et la démobilisation, l'embargo sur la fourniture d'armes a également touché l'armée centrafricaine. L'embargo en vigueur depuis 2013, prolongé chaque année par l'ONU, semble être le principal obstacle pour les forces gouvernementales à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire du pays. Les approvisionnements limités doivent être approuvés et signalés par le Comité de la MINUSCA et de l'ONU. Pendant ce temps, les forces rebelles achètent et font passer des armes en contrebande depuis les pays voisins, notamment en provenance de la République démocratique du Congo et du Sud-Soudan. La réintégration du pays et le rapatriement ne sont pas non plus une réussite pour la MINUSCA. La réintégration ne peut être complète tant que les groupes armés rebelles contrôlent encore plusieurs zones et organisent des raids sur les villes. Le rapatriement est impossible dans ces conditions. Le nombre de personnes déplacées n'a donc pas été réduit.

 

Sur le plan géopolitique, le principal responsable de la déstabilisation de la situation fragile du pays est l'ancien président François Bozizé. Bozizé entretient de bonnes relations amicales avec divers milieux influents en France. Bien qu'il ne soit officiellement pas directement soutenu par le gouvernement de Paris, il semble y avoir de puissants alliés. Un soutien supplémentaire en sa faveur lui est venu du Tchad.

 

Cependant, le président Touadéra a réussi à obtenir le soutien d'autres alliés dans sa campagne de reconquête du territoire et de reconstruction du pays. Le plus important d'entre eux est la Russie. Moscou n'a pas de passé colonial, mais un héritage soviétique de soutien aux mouvements de libération contre le colonialisme sur le continent africain. Ses conseillers travaillant pour les forces armées de l'État centrafricain ont joué un rôle crucial dans les dernières opérations contre les rebelles. Un autre allié de Bangui et du président du pays est le Rwanda, qui joue un rôle croissant dans la politique africaine, notamment en matière de résolution des conflits.

 

Les critiques occidentales à l'égard de l'engagement de Moscou en RCA semblent tout à fait irrationnelles. Comme ailleurs, elle n’a fait que remplir le vide et l’incompétence de la part de l’ancienne puissance coloniale. En négociant l'accord de paix en 2019, la Russie a prouvé qu'elle était probablement le seul acteur extérieur capable d’amener des progrès pour ramener la paix en RCA. Les compétences diplomatiques russes, qui se répandent non seulement en RCA et dans ses différentes régions, mais aussi dans d'autres pays voisins d'Afrique subsaharienne, permettent aux Russes de jouer un rôle important et croissant dans la résolution des conflits régionaux. Bien sûr, la coopération économique entre les entreprises centrafricaines et russes suivra, si le pays est stabilisé. Néanmoins, elles seront certainement plus mutuellement bénéfiques que les relations asymétriques avec Paris. Les exportations de diamants vers la Russie et la coopération dans le secteur minier pourraient être très intéressantes pour les deux parties. D'une part, les entreprises d'Afrique centrale auront accès aux technologies minières de la Russie. D'autre part, la Russie deviendra - outre la Chine, l'UE et les États-Unis - un acteur géo-économique important en Afrique. Les deux parties négocieront en ce sens des accords.

 

Des perspectives d’avenir pour la RCA s'ouvrent en 2021. Après les élections, le processus politique pourrait être stabilisé et l'administration actuelle plus institutionnalisée. L'aide russe pourrait conduire à une diversification des relations extérieures du pays, lui donnant une marge de manœuvre beaucoup plus importante à l'avenir. La confrontation entre les intérêts français et la présence russe va se poursuivre. Néanmoins, Paris n’est plus apparemment en état de préserver son influence en République centrafricaine, ainsi que dans l'ensemble de la région. Le poids du colonialisme est trop lourd. L'Afrique est à la recherche de nouveaux partenaires fiables, sans cet héritage colonial.

 

* Politologue et géopolitologue polonais; Prisonnier politique en Pologne dans les années 2016-2019.

 

- https://ahtribune.ca/world/africa/4588-central-african-republic.html;

- https://iar-gwu.org/blog/russias-return-to-africa;

- https://www.vesti.ru/article/2534533;

- https://www.gazeta.ru/business/2020/10/27/13335649.shtml;

- https://rg.ru/2020/10/06/car-zainteresovalas-obucheniem-oficerov-v-rossijskoj-akademii-genshtaba.html.

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