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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 14:20

Nous reprenons ce texte du site communiste « Histoire et Société » caractérisé par de nombreux articles incisifs, inégaux sans doute, mais poussant tous à réagir et très souvent à réfléchir. Et la question de savoir comment réagir à l’abrutissement généralisé en cours, constitue une question clef à laquelle nous devons essayer de répondre si nous ne voulons pas la mort de la Pensée, et donc de la pensée libre. Raison pour laquelle nous avons décidé de reprendre cet article sur notre site.

La Rédaction

 
La baisse du QI moyen
et
l’appauvrissement de la pensée

-

Avril 2021


 

Danielle Bleitrach

 

« Le QI moyen de la population mondiale, qui a toujours augmenté de l’après-guerre à la fin des années 90, est en baisse au cours des vingt dernières années… ». L’avantage de ce genre de constat c’est qu’il vous fait vous sentir de plus en plus intelligent au fur et à mesure que baisse le niveau de vos contemporains, ce qui est déjà un paradoxe. Surtout si vous êtes capable de vous exclamer: ”C’est le retournement de l’effet Flynn.Qu’est-ce que “l’effet Flynn”?

 

Étudiant des résultats de tests de QI mesurés depuis plusieurs décennies, James R. Flynn « constate que les résultats de ces individus à la version la plus récemment étalonnée sont systématiquement inférieurs à ceux qu’ils obtiennent à la version la plus ancienne. Comme le résultat à un test d’intelligence représente la position d’un individu au sein de la distribution de l’échantillon d’étalonnage de ce test, Flynn en conclut que le niveau moyen de l’échantillon d’étalonnage s’est élevé lors de chaque ré-étalonnage d’un même test ».

 

Dans les années 1990, l’effet semble s’être arrêté, voire inversé dans plusieurs pays occidentaux. Aussi, la nature (temporaire ou irréversible) et les causes de ces effets hypothétiques restent discutées. Entre autres interrogations, comme par exemple les conditions de l’étude, sont invoquées des facteurs tels que les pratiques nutritionnelles, la pollution, le milieu social, éducatif ou biologique. Si elles sont aujourd’hui insuffisantes pour expliquer à elles seules l’effet Flynn, ces considérations extérieures fournissent des pistes de recherches en cours d’exploration. Bref de nombreux chercheurs sont en train de se pencher sur les raisons pour lesquelles globalement dans les sociétés occidentales nous devenons de plus en plus bêtes...

 

Il semble en effet que le niveau d’intelligence mesuré par les tests diminue dans les pays les plus développés. Ce constat à lui seul pose un problème qui a toujours été celui des tests de QI, il ne s’agit pas en effet d’un niveau d’intelligence dans l’absolu mais de celui qui est mesuré par les tests, et donc il faut aussi s’interroger sur la nature des tests et leur incapacité à mesurer une évolution intellectuelle. On peut en effet imaginer non sans ironie que ceux qui nous paraissent sur la voie du crétinisme intégral sont simplement en train d’accéder à une nouvelle forme d’intelligence supérieure, l’intelligence “artificielle” celle des robots.

 

Pour faire simple, l’intelligence n’est rien d’autre que la capacité d’adaptation et celle qui est mesurée par les QI est l’adaptation aux tests proposés. Peut-être ne mesure-t-on pas ce qui est justement en train d’évoluer et qui vise à faire de l’humanité celle destinée aux voyages intersidéraux… mais pour le moment on a parfois l’impression qu’ils sont incapables de s’élever au-dessus de la rumination et des causalités les plus élémentaires… Même le plus “moyen” de mes contemporains est capable d’un tel constat s’il est trop surexposé aux réseaux sociaux.

 

Au titre des qualités constatées il y a une patience étonnante, une absence de rancune, une mémoire de poisson rouge : il est inutile de s’exciter sur une machine. Et ce trait est d’autant plus étonnant qu’il se combine avec son contraire: l’incapacité à accepter la moindre frustration par incapacité à se projeter dans des bénéfices ou un châtiment ultérieur. De ce fait l’adolescence parait s’éterniser. Sur ce point là, il faut certainement accorder un rôle important à la précarité. Il reste d’ailleurs à mieux connaître les tranches d’âge, les “cohortes”. Le phénomène parait plus concerner une adolescence qui s’éternise entre trente et quarante ans et que l’on ne peut confondre avec l’aggravation des conditions offertes par l’Etat à la jeunesse dans les couches populaires, là encore l’épidémie, l’enseignement à distance n’a été qu’un révélateur des barrages sociaux mis au développement, et leur aggravation, à partir des années 1990 quand le capital n’a plus de contrepoids et impose sa logique néolibérale.

 

D’ailleurs, le constat de la baisse du QI porte sur les “sociétés occidentales”, à savoir les États-Unis, l’Europe, où “l’effet Flynn” croît jusque dans les années 1990. Tiens qu’est-ce qui disparait à ce moment-là et qui est peut-être ce qui tirait réellement “l’effet Flynn”? C’est une simple hypothèse… mais elle va a contrario de toutes les idées reçues, et certainement à l’explication orwellienne en terme de « big brother » et la robotisation, en revanche elle interroge ce que sont nos “élites” devenues, quand elles n’ont même plus Billancourt à désespérer et qu’elles aspirent à une éternelle adolescence soixante-huitarde.
 

Appauvrissement du langage, donc de la capacité à exprimer et à penser

Car il est un fait et il correspond à ma propre expérience, celui du passage de ce que j’appelle ironiquement “la civilisation Gutenberg” au numérique me parait marqué dans ma propre société par l’incapacité au théorique, à la complexité d’un langage et à une pensée qui ne sait que fonctionner sur un mode binaire appauvri. Une affirmation simple tenant en trois lignes ou une dénégation toujours en trois lignes. Il est impossible – enfin ça l’est pour moi - de raisonner dans un tel carcan, ce qui peut se dire est de l’ordre de la foi avec ses totems et ses tabous, son positivisme étroit et ses incantations magiques Ce qui par ailleurs génère une incrédulité généralisée …

 

Face à un tel phénomène non dans la vraie vie mais dans les réseaux sociaux, ce qui est le plus souvent souligné est l’appauvrissement du langage. C’est comme si pour tenter de faire coïncider le mot avec la chose, on aboutissait à priver la pensée de toute ouverture, de l’indicible même, c’est-à-dire la littérature, la poésie en particulier et de justement ce que le théorique permet de connaissance.

 

Sur le plan politique, par rapport au “socialisme”, il ne reste plus que les citations, les vagues interprétations, il faudrait rendre Marx lisible, ça avait pourtant bien commencé avec la lecture symptômale d’Althusser, mais c’était au prix de la dialectique hégélienne. Il y a eu donc un premier temps où l’appauvrissement s’est présenté comme un raffinement élitiste, celui qui marquait la distance avec le peuple, “la distinction” chère à Bourdieu. Le secret est peut-être là…

 

Cette réduction ne concerne pas seulement la littérature, le théorique, mais elle touche le langage courant, il ne s’agit pas seulement de la réduction du vocabulaire utilisé, mais aussi des subtilités linguistiques qui permettent d’élaborer et de formuler une pensée complexe. La disparition progressive des temps (subjonctif, imparfait, formes composées du futur, participant passé) donne lieu à une pensée presque toujours au présent, limitée actuellement : incapable de projections dans le temps. Souvenez vous que Robbe Grillet et le nouveau roman firent du seul emploi du présent l’alpha et l’omega de l’appropriation de la réalité.

 

Je reçois sur les réseaux sociaux ce constat : 
« 
La simplification des tutos, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont des exemples de « coups mortels » à la précision et à la variété de l’expression. Juste un exemple : supprimer le mot « jeune fille » (désormais désuet) ne signifie pas seulement abandonner l’esthétique d’un mot, mais aussi promouvoir involontairement l’idée qu’il n’y a pas de phases intermédiaires entre une enfant et une femme. Moins de mots et moins de verbes conjugués impliquent moins de capacité à exprimer les émotions et moins de possibilités d’élaboration d’une pensée. Les études ont démontré que la violence dans les sphères publiques et privées provient directement de l’incapacité à décrire ses émotions à travers les mots. Pas de mots pour construire un raisonnement, la pensée complexe est rendue impossible. »

 

Mais le paradoxe est que l’auteur de ces remarques, dans la foulée, s’en réfère à Orwell et aux régimes “totalitaires” , un rassurant consensus…
 

En fait, est-ce que ce ne serait pas justement le contraire?

Les “régimes” socialistes dirigés par des partis communistes non seulement initient leur citoyens à une culture scientifique, aux arts, à l’histoire, mais obligent quasiment les régimes capitalistes à suivre le challenge. Là on s’aperçoit plus que jamais à quel point cette notion de totalitarisme est un faux concept et qui, loin d’éclairer la réalité en devenir, a une fonction idéologique et non scientifique, celle de prétendre bloquer autour du statu quo. Une dent creuse qui ne mord sur rien: il y a foule de mots qui remplissent la même inutilité.

 

Un exemple, cette idée de totalitarisme renvoie à un régime autoritaire qui déshumanise l’individu en fait un robot. La récente épidémie nous permet de constater que le traitement des citoyens n’a rien à voir sous un régime “autoritaire” comme Bolsonaro et un autre régime “autoritaire” ou défini comme tel comme Cuba (1), la Chine et le Viêt-nam. Le dialogue avec les citoyens, leur éducation scientifique, leur responsabilisation sont totalement différents.

 

La pratique de la lecture y est également différente, comme celle du sport, des arts. Nous avons donc avec la référence à Orwell, le souci libertaire qui est prêté à cet anticommuniste, homophobe, raciste, l’exemple type de l’appauvrissement d’une explication tout à fait caractéristique de nos sociétés. La difficulté à lire et à s’initier aux oeuvres dont on se contente de répéter la “rumeur” sur l’auteur est sans doute la caractéristique majeure avec l’art de s’engouffrer dans tout ce qui se situe justement au niveau de la dite rumeur. Et quand le niveau de la rumeur atteint la délation, voir le harcèlement, cela est réellement immonde.

 

Ce n’est pas dans les sociétés socialistes que l’on assiste à des propositions réitérées de censurer des oeuvres du 14e siècle comme celle de Dante (2).

 

Est-ce qu’il faut faire confiance aux nouveaux possibles ? Certainement, mais là encore tout dépend du citoyen que l’on souhaite voir gérer la cité. Je vous renvoie à Jean-Claude Delaunay et à sa réflexion sur le Crédit social en Chine. Et surtout, j’en suis convaincue, que malgré tous leurs efforts, ceux qui refusent la situation telle qu’elle est sont obligés de penser, et quelquefois c’est dans le silence… Quand les communistes se taisent, ce n’est pas toujours mauvais signe, cela signifie simplement qu’ils commencent à chercher à se dégager de la confusion dans laquelle on les maintient… quand je parle des communistes, c’est pour signaler ceux qui ne se résignent pas et que cela rend diantrement intelligents (capacité à s’adapter à la nécessité de la révolution).

Danielle Bleitrach

5 AVRIL 2021

 

Notes :

(1) A ce propos, je voudrais souligner un aspect étrange de l’inefficacité à laquelle nous sommes réduits dans les réseaux sociaux: quand il y a un texte sur Cuba, comme toutes tendances communistes nous sommes d’accord sur ce sujet, nous ne nous informons pas, nous ne diffusons pas, du moins pas assez, mais nous préférons perdre notre temps avec les derniers leurres que le Capital nous propose pour nous diviser… cet exemple peut être étendu à tout ce qui est réellement important, et là encore c’est la grande différence avec les sociétés socialistes. (J’en profite pour vous suggérer d’envoyer une somme pour l’aide alimentaire à Cuba asphyxié par le blocus et la pression sur le tourisme. Adressez vos chèques à Cuba coopération, 32 avenue Lénine, 94200 Ivry sur Seine. Au moins cette longue réflexion nous aura mené vers une action…)

 

(2) Certains de ses passages sont en effet dirigés contre les figures de l’Islam comme Mahomet et le prophète Ali : les deux se retrouvent en enfer avec des peines grotesques, comme le sont la plupart des peines dantesques. Mahomet est comparé à un fût de vin, offense double pour une certaine madame Mme Sereni (qui prétend porter l’affaire devant l’ONU) vu que le vin est interdit par la religion islamique. Dante a aussi des propos homophobes, ce qui s’explique par l’interdiction et la condamnation de la religion chrétienne concernant la sodomie. Pour Mme Sereni, Dante contribuerait « à diffuser de fausses accusations qui ont coûté des millions de vies au travers des siècles. » Quand on en est là, il est tout de même illogique de s’appuyer sur Orwell pour dénoncer le totalitarisme socialiste.

 

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