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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 12:16

La question du « réchauffement climatique » fait aujourd’hui partie des « grandes peurs » systématiquement et compulsivement répétées à longueur de médias et de déclarations des politciens des plus conservateurs au plus « sociétaux ». Il est certes évident que le système dominant actuel contribue largement au déséquilibre environnemental à l’échelle planétaire et que cette question mérite d’être analysée sérieusement pour pouvoir y remédier le plus rapidement possible. Il est tout aussi évident que nous assistons à des évolutions climatiques qui posent de graves problèmes pour notre avenir commun. Mais la question des causes réelles de ces phénomènes, quoiqu’en disent les médias, les politiciens et la partie des scientifiques qui les soutiennent, restent pour le moment incertaines et pas toujours prouvées. Quant aux responsabilités dans la dégradation de l’environnement, elles sont le plus souvent élargies à un « nous » censé culpabiliser l’ensemble de l’humanité et non pas les milieux réellement décideurs.

    C’est la raison pour laquelle nous reprenons ici deux articles d’un collègue géographe qui a travaillé sur la question et pose le problème de façon rationnelle et non pas, comme c’est le cas généralement, sur le mode émotionnel, y compris chez certains prétendus scientifiques. Nous signalons à cet égard un troisième article, collectif celui-là, déjà paru et que l’on pourra aussi consulter : Drweski Bruno, Lenormand Pierre et Suing Guillaume : « Lutter pour le climat ? Les raisons d’une défiance » (http://ancommunistes.org, rubrique environnement, 3 juin 2019).
La Rédaction

 

Changement climatique :

le consensus lézardé
-
Printemps 2021


 

Pierre Lenormand*

Dès sa création en 1988, le diagnostic porté par le l’IPCC ∕GIEC attribue le réchauffement global observé d’un degré depuis 1880 aux facteurs « humains » que sont les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant des énergies fossiles, susceptibles d’augmenter la température moyenne mondiale de plusieurs degrés en 2100. Les rapports successifs du GIEC multiplient dès lors les alertes et alimentent les inquiétudes. Leur alarmisme et leur refus persistant d’examiner les possibles causes naturelles de ce réchauffement suscitent cependant, dès le début également, diverses contestations des thèses du GIEC, et de grandes controverses sont portées sur la place publique.

Amorcée dès 1992 avec la Convention Cadre de Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) c’est en 2015 qu’une véritable politique climatique mondiale  (PCM) est décidée lors de la COP 21 de Paris où une unanimité de façade s’est faite autour de l’objectif de limiter le réchauffement à 2 degrés à la fin de ce siècle, en adoptant des mesures non contraignantes d’adaptation et surtout d’atténuation, par la réduction volontaire des émissions de GES et le développement d’énergies renouvelables susceptibles de remplacer les combustibles fossiles. Coûts financiers et environnementaux, intermittence des énergies renouvelables, hypothèses de réduction des besoins en énergie sont dénoncées par de nombreux opposants à cette PCM et au « consensus scientifique » sur lequel elle repose.

Mais portées par des campagnes médiatiques sans précédent et fortes de « l’accord de Paris » les thèses du GIEC disposent dès lors d’une validation quasi-universelle qui les érigent en une sorte de pensée unique, en véritable dogme climatique, rejetant en bloc les scientifiques dissidents dans l’enfer du « climato-scepticisme ». Diverses catastrophes - canicules répétées, fonte accélérée des glaciers, élévation du niveau des mers, transferts massifs de populations -  sont annoncées pour la fin du siècle « si rien n’est fait ». Suscitant peurs et angoisses, ces prédictions sont de surcroît amplifiées par la promotion planétaire des collapsologues et autres théoriciens d’un effondrement global, dont seule la date resterait à préciser.

Mais loin des objectifs initiaux, les émissions de GES continuent globalement à croître, entraînant des prédictions de plus en plus inquiétantes, et des objectifs de plus en plus drastiques, comme la ‘neutralité carbone’  (ou zéro-carbone net) en 2050, voire 2030. Les gouvernements apparaissant incapables de prendre les décisions nécessaires, de grandes « luttes pour le climat » dénonçant « l’inaction des États » se  déroulent dans un certain nombre pays, développés surtout. A l’appel de diverses associations et ONG relevant de la mouvance écologiste, la jeunesse scolarisée s’est mobilisée à plusieurs reprises. Tout en reprenant les mots d’ordre extraits du catéchisme climatique ambiant, ces luttes ont fait surgir des exigences et des arguments nouveaux.


Motifs de défiance et raisons d’un échec annoncé

Car derrière cette « inaction des États », il existe de vraies raisons qui font que les émissions de gaz à effet de serre, données comme responsables du réchauffement actuel et à venir, continuent à croître.   
 
Il y a d’abord une inefficacité prévisible liée au carcan économique néolibéral dans lequel est enfermée la PCM : dès l’origine la réduction des émissions de GES repose exclusivement sur des mécanismes de marché et la fiscalité : signal-prix, fixation d’un prix et mise en place d’un marché du carbone, écotaxes. Ajoutons-y le refus de principe de toute planification. Derrière l’approximation naïve du slogan « changeons le système, pas le climat ! » des militants de plus en plus nombreux mettent clairement en cause le capitalisme, le pillage des ressources et la prédation des milieux vivants, dans la recherche sans fin du profit et de l’accumulation. Au concept a-historique d’« anthropocène », attribuant « aux hommes » en général le ‘dérèglement’ climatique, des observateurs critiques opposent celui, plus explicatif, de « capitalocène ». Il y a là des évolutions sensibles et des convergences possibles.

Outre son inefficacité, cette PCM présente aussi des aspects délétères, que découvrent au fil des actions les mobilisations ‘pour le climat’ :

Derrière l’approche mondialiste de la PCM se cachent en effet des atteintes aux droits des peuples : l’affaire du Parc Yasuni avait bien montré la duplicité des puissants appelant les Équatoriens à ‘laisser le pétrole sous terre’, au mépris du droit au développement. Au nom de la défense de la forêt amazonienne se profilent des projets d’intervention - le droit d’ingérence ‘climatique’ prenant la suite du sinistre droit d’ingérence ‘humanitaire’. Et quand nos amis latino-américains refusent d’endosser la responsabilité de la fonte des glaciers des Andes, imputent clairement à l’agrobusiness les incendies de la forêt amazonienne, et avancent la revendication de ‘justice climatique’, ils témoignent d’un anti-impérialisme que nous partageons.

Sur le plan politique, la révolte des ‘gilets jaunes’ a vite fait comprendre à la plupart des jeunes manifestants français que le primat accordé aux taxes indirectes pesait avant tout sur les plus pauvres, préoccupation que l’on retrouve derrière le mot d’ordre de  « justice sociale !» qu’il ont été nombreux à porter. Dans les classes populaires comme dans le public averti, la priorité donnée par des gouvernements de toute tendance à la question climatique est souvent comprise comme une opération de diversion et de division dirigée contre les luttes sociales. Et quand la parole d’experts « hors sol » l’emporte sur les choix des citoyens, quand les plus ardents défenseurs du climat préconisent le passage en force de mesures impopulaires, la démocratie est décidément en péril.

Sur le pan idéologique enfin, la PCM et ses promoteurs en appellent au nom d’une ‘nécessaire décroissance’ à une société post-industrielle, voire anti-industrielle selon une vision profondément malthusienne, très répandue chez la plupart des tenants de l’écologie politique, et partagée par une grande partie des mouvements de défense de la nature. Les uns et les autres peuvent combattre l’idée même de progrès, comme notion dépassée, voire funeste. Longtemps dominées par les droites libérales, les résistances à ces campagnes se développent, et les militants les plus résolus du mouvement ouvrier dénoncent désormais clairement une idéologie rétrograde et anti-populaire.  

Les ‘luttes pour le climat’ n’ont pas atteint toutefois le caractère massif et durable souhaité par leurs initiateurs : désenchantement, rejet d’une pression médiatique pesante, sentiment d’avoir été manipulés ont fait refluer le mouvement, désormais relayé par des opérations coups de poing organisées par des mouvements dits de ‘désobéissance civile’ d’origine anglo-saxonne, comme le très médiatique mouvement XR (Extinction Rébellion). Ils poursuivent le même combat, qui unit étroitement les scientifiques du GIEC, les associations et ONG « pro-climat », et - au moins en parole - la plupart des gouvernements, autour de l’ ‘urgence climatique’ et de la priorité accordée à la réduction des GES. Mais face à cette vérité établie, des doutes persistent dans la population concernant l’efficacité des mesures de réduction des GES de plus en plus sévères pour contenir le « dérèglement climatique » . Quels effets en attendre ? réels ou illusoires, minimes ou décisifs, inquiétants ou prometteurs ? Au nom du « consensus » établi, le débat qui permettrait de lever - ou conforter - ces réticences est aujourd’hui pratiquement interdit. C’est pourquoi nous sommes de plus en plus nombreux (militants politiques, syndicalistes, défenseurs de l’environnement et scientifiques de diverses disciplines) à appeler à rouvrir un débat rationnel concernant les causes et l’ampleur du réchauffement climatique actuel et à venir, y compris en réexaminant le diagnostic du GIEC et le « consensus scientifique » qui l’entoure.

 

Redonner toute sa place au débat scientifique en matière de climat.
Les luttes récentes ont d’ailleurs commencé à lever une des hypothèques pesant sur cette réouverture. Alors que le rapport  Brundtland (notre avenir à tous, 1987) mettait en évidence les divers aspects de l’actuelle crise environnementale, les trois décennies suivantes ont vu une sorte de prise en otage progressive des questions environnementales par le changement climatique. A l’inverse de cette tendance, les récentes manifestations ont repris le slogan ‘sauver la planète’ : derrière cette naïve prétention on peut lire aussi la volonté implicite de sortir du suprématisme climatique, pour la prise en compte de l’ensemble des problèmes environnementaux : raréfaction des ressources minérales (combustibles fossiles, phosphates et potasse, métaux et terres rares) atteintes à la biosphère (forêts, océans, terres agricoles) multiplication des pollutions et des déchets, ainsi que toutes les contraintes que le capitalisme fait peser sur l’avenir de l’humanité. Des évolutions sont en cours : le dernier rapport du GIEC, décidément omniscient, a étendu ses compétences à l’agronomie. En mai 2019, le premier rapport de l’IPBES (‘plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques’, construite sur le modèle du GIEC) estimait qu’un million d’espèces sont menacées d’extinction, ramenant ainsi au premier plan une question reléguée derrière l’urgence climatique. Cet élargissement de la problématique permet immédiatement d’isoler et dénoncer ceux qui, pour des raisons religieuses, économiques ou politiques nient la réalité du réchauffement climatique et/ou sombrent, comme Donald Trump - et beaucoup d’autres - dans le déni de la crise environnementale contemporaine.   

Mais le coeur du débat porte sur le diagnostic établi et régulièrement confirmé par le GIEC. Ne sous-estimons pas les difficultés : L’invocation incessante du caractère scientifique de ses analyses et l’objectif inlassablement martelé de réduction des GES bouche l’horizon et pèse sur nombre d’observateurs critiques, y compris les plus lucides, les plus résolus, qui se refusent à mettre en cause la doxa climatique officielle. Il y a là un véritable tabou dont il va falloir sortir, car la très jeune science climatologique a encore besoin de débats pour progresser, et à cet égard le «consensus scientifique» affiché peut d’autant plus sembler prématuré qu’il existe un corps solide d’objections.

1.  La première objection résulte de la feuille de route que reçut le GIEC à sa création : établir les responsabilités humaines dans le réchauffement climatique. On ne s’étonnera donc pas qu’il s’y soit consacré. Mais aux scientifiques et au public, ‘averti’ ou non, qui appellent à prendre en compte l’ensemble des facteurs, y compris naturels, qui déterminent les climats réels, les scientifiques du GIEC opposent leur analyse conforme à l’école climatologique du suédois Arrhénius, qui depuis plus d’un siècle, lie réchauffement et effet de serre. Il existe pourtant depuis plus d’un siècle une autre grande école climatologique, héritée du serbe Milankovitch, qui attribue les variations de températures à des facteurs naturels, d’origine avant tout astronomique. Les chercheurs qui appartiennent à cette école demandent que leurs travaux soient pris en compte dans l’analyse du réchauffement actuel, ce que la thèse dominante leur refuse désormais. Mais nombre de climatologues - ‘alignés’ ou non - aspirent à ce que la discussion soit ré-ouverte. Ouvrant la voie à une synthèse, l’idée que le réchauffement observé puisse être d’origine naturelle mais serait désormais accéléré par les émissions de GES fait son chemin. Le retour à un débat serein, argument contre argument, sans a priori, et en évitant autant que possible toute interférence politique ou idéologique, permettrait alors peut-être de voir ces deux écoles sortir d’une opposition stérile pour devenir complémentaires. Quelles que soient les conclusions de ce débat, on est en droit de penser que la science climatique aurait tout à y gagner.  

2.  Une seconde hypothèque réside dans l’approche globalisante d’un climat mondial qui n’existe pas mais qui prend le pas sur l’analyse des climats réels, lesquels varient d’un continent, d’une zone, d’une région voire d’un point du globe à un autre. La mesure d’une température moyenne mondiale n’est pas illégitime, elle permet d’apprécier l’importance d’un réchauffement en effet global, elle ne nous dit rien ou pas grand chose des mécanismes complexes qui président à « la succession habituelle des états de l’atmosphère au dessus d’un lieu », dont  l’étude est au coeur de la notion même de climat. Les températures effectivement relevées, tant sur mer que sur terre, s’écartent parfois largement, en plus ou en moins, d’une telle moyenne. Il en va de même des données, variables d’un hémisphère à l’autre concernant l’étendue des banquises océaniques ou des glaciers terrestres. L’élévation moyenne du niveau des mers estimée par le calcul ne se traduit pas de manière identique partout, les niveaux observés par les marégraphes dépendant en outre d’autres facteurs comme les phénomènes de subsidence ou les mouvements relatifs des plaques tectoniques. C’est donc bien une remise à plat de l’étude des climats réels, dans leur diversité, qu’il faudrait effectuer : mais on ne part pas de rien.   

3. La troisième incertitude, reconnue d’ailleurs par ses promoteurs, réside dans les méthodes de modélisation très poussées - mais pour certains réductrices - mises en œuvre dans l’étude de l’évolution passée et future des climats. Les écarts entre les ‘prédictions’ des premiers modèles climatologiques et les températures observées depuis ont fait l’objet de vives critiques. Des progrès, bien entendu, ont été faits pour les améliorer, mais les contestations persistent sur deux points :
   
Le premier porte sur la non-prise en compte des cycles apparents (lisibles sur les courbes même du GIEC) dans la hausse de la température moyenne mondiale depuis un siècle et demi, y compris le « hiatus », la pause observée de 1998 à 2012. Leur existence suppose l’intervention d’autres facteurs que la seule croissance de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre , passée de 0,3 à 0,4 pour mille entre 1880 et 2015 : ce qui, pour ces critiques, renvoie à des facteurs naturels non pris en compte, au demeurant mal connus ou compris.
 
Du coup, les prédictions reposant sur des modélisations fondées sur la seule élévation de la teneur en GES et les effets rétroactifs qui en découleraient se trouvent, quel que soit le scénario présenté, fragilisées. Connaissant l’incertitude qui subsiste sur des prévisions météorologique à huit jours, alors qu’un recul d’une trentaine d’années est nécessaire pour bien définir un climat, les esprits critiques ont beau jeu d’être sceptiques sur une augmentation annoncée de plusieurs degrés de la température moyenne mondiale d’ici à la fin du siècle, et sont en droit de dénoncer l’alarmisme et les images de chaudron ou de poêle à frire que les médias ont multipliées à notre intention.

Il importe cependant, et pour tous, d’être modestes : la multiplication inouïe des données, la complexité et la sophistication des méthodes de la climatologie contemporaine échappent au simple mortel, et obligent à recourir à des spécialistes de haut niveau, auxquels il appartient en retour de rendre intelligible au plus grand nombre l’essentiel de leurs démarches et conclusions.

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Une adresse mondiale de 13 scientifiques issus de 13 pays et soutenue par plus de 700 scientifiques a été envoyée en septembre 2019 au secrétaire Général de l’ONU. Appelant à ce que la science climatique soit ‘moins politique’, et les politiques climatiques ‘plus scientifiques’, elle affirme qu’ « il n’y a pas d’urgence climatique ». Sortant de vérités fabriquées et d’émotions intéressées, pourrait-on saisir cette opportunité pour relancer, sans préjuger de ses conclusions, un débat qui puisse éclairer les choix qu’en tout état de cause, dans le respect des écosystèmes comme des sociétés humaines, nous allons être conduits à faire ? Comment, en sortant de l’exploitation et de l’accumulation capitalistes, définir et mettre en œuvre de nouvelles politiques en matière agricole et industrielle, d’habitat, de transport, d’éducation et de santé, correspondant aux besoins sociaux démocratiquement établis.

 

Pierre Lenormand                                        

28 novembre 2019

* Géographe, retraité, militant du Collectif communiste « Polex » et de l’Association nationale des communistes.

Changement climatique:

 

Revenir à la raison et à la science

 

Trop c’est trop : l’annonce quotidienne de nouvelles catastrophes, la menace d’un effondrement général lancée chaque jour par les collapsologues de toute obédience, la création médiatique d’un climat d’angoisses et de peurs ont fini par produire un effet contraire à l’objectif officiellement poursuivi. Dans une population déjà portée, et pour de bonnes raisons, à la défiance (1), une telle accumulation a joué contre des mobilisations que bien des gens honnêtes pensent indispensables ‘contre l’inaction des gouvernements’ : en dépit d’une couverture médiatique sans précédent, notamment en direction de la jeunesse, les appels aux ‘marches mondiales pour le climat’ n’ont pas fait le plein, notamment en France. Le message répété à l’infini est pourtant simple : le changement climatique est le problème des problèmes et la réduction des émissions des gaz à effet de serre la solution des solutions.

 

Car notre sociologue d'exportation Bruno Latour l’avait, à la veille de la COP 21, proclamé depuis New York : « le débat est clos » : le réchauffement climatique est dû à des causes humaines, à l'exclusion de toute autre cause, naturelle notamment. C'est sur cette même ligne qu’en octobre 2015, l'Humanité avait sorti son Atlas de la révolution climatique « spécial conférence de Paris ». Cinq ans plus tard, c'est un hors série (juin-juillet-août) du Figaro, sous le titre « Réchauffement : la terre en 2050 », qui donne la parole aux experts du Groupement Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC) pour marteler à nouveau le message de l'orthodoxie climatologique, relevant non pas d'une 'vérité' scientifique établie, d'une analyse unanimement reconnue, mais d'un simple ‘consensus‘: les scientifiques qui en sont porteurs sont nombreux, voire majoritaires (?) mais il en est d'autres qui le contestent.

 

Il faut savoir que depuis plus d'un siècle la question du réchauffement climatique oppose principalement deux grandes 'écoles' attribuant le changement climatique soit à des phénomènes naturels essentiellement astronomiques, soit à des causes humaines, aujourd’hui réduites aux seules émissions 'anthropiques' de gaz à effet de serre (GES), et particulièrement du CO2 provenant de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz).

 

Le consensus sur cette deuxième hypothèse s'est pourtant imposé pour devenir une vérité officielle, base d'une Politique Climatique Commune (PCM) universelle (1). Dans une période où est avancée la notion de « crime climatique »,  de « justice climatique », de « tribunal du climat », tous ceux qui mettraient en doute cette doxa climatique sont donc indifféremment rejetés dans la catégorie fourre-tout et mal définie des « climato-sceptiques », quand ils ne sont pas traités de 'négationnistes' ou de 'criminels'.

 

Vous avez dit « climato-sceptiques ?

Il y a ceux - certains intégristes religieux et néo-conservateurs américains - qui nient la réalité du réchauffement climatique mondial moyen de l’ordre du degré observé depuis les années 1880. Il y a ceux qui pour des intérêts économiques et politiques font semblant de ne pas le voir, le considèrent comme négligeable, ou aisément soluble : c'est notamment le cas de Trump et des lobbies des combustibles fossiles, alimentant des deux côtés de l’Atlantique un climato-business profitable. Nous devons dénoncer et combattre ces positions, qui relèvent du déni de réalité.

 

Mais il y a aussi ceux qui pour des raisons scientifiques, économiques ou politiques contestent les prédictions alarmistes du GIEC et les politiques qu’il inspire : réunis en France dans l’association des climato-réalistes, ils organisent chaque année, en décembre, une ‘contre-Cop’, et publient sur leur site la plupart des textes critiques.

 

Il y a enfin ceux qui comme nous analysent cette politique climatique mondiale comme une des tentatives du capitalisme mondialisé pour se survivre sur de nouvelles bases politiques et idéologiques, sans pour autant remettre en cause la recherche du profit et l'accumulation du capital qui constituent son logiciel fondamental. Nous connaissons en effet les impacts que les défrichements, les pratiques agricoles, l’urbanisation peuvent avoir sur notre environnement, y compris climatique : mais nous les replaçons dans le contexte d’un mode de production prédateur, responsable de la surexploitation et des pollutions qui frappent les eaux marines et continentales, les sols, les forêts, l’atmosphère, jusqu’aux ressources du sous-sol. Et il nous apparaît urgent de sortir les questions environnementales de l’exclusive climatique (2).

 

Et comme un tiers de nos concitoyens, nous nous interrogeons sur la responsabilité exclusive, donc exorbitante, accordée aux émissions de GES sur les processus complexes, et les facteurs multiples du système chaotique qui régit les climats du globe. Sortant des émotions comme des vérités médiatisées, nous appelons au retour à un débat rationnel sur les causes et l'ampleur prévisible du réchauffement climatique en cours.

 

Un consensus lézardé ?

Consacrée aussi bien par le MEDEF que par le forum de Davos et par l’ONU, « l’urgence climatique » est présentée comme une évidence, comme allant de soi, puisque « ce sont les scientifiques qui nous le disent »… Les accords de Paris ont en fait politiquement sanctifié les analyses et prédictions de cet étrange organisme politico-scientifique qu’est le GIEC, et à de rares et minimes exceptions près, aucun débat public n’a lieu depuis 2015 sur l’aspect scientifique des controverses concernant le changement climatique.

 

Plusieurs faits récents tendent toutefois à montrer que ce ‘consensus’ pourrait se lézarder. Parmi d’autres (3), on retiendra :

- La pétition, très argumentée, lancée en juin 2019 par le Professeur Uberto Crescenti, contestant l'origine exclusivement anthropique du réchauffement, signée par une centaine de scientifiques italiens de diverses disciplines.

- Le récent article de Pascal ACOT, « en finir avec le climatologie politicienne » (4)

- L’appel ‘contre l’alarmisme climatique’ lancé au Secrétaire général de l’ONU en septembre par des scientifiques originaires de treize pays pour que s’ouvre un vrai débat sur le fond.

 

Ne serait-il pas temps et utile que soient mis en confrontation, lors de débats contradictoires, sereins, ouverts, argument contre argument, hors de toute contrainte politique ou idéologique, les mesures, les analyses et les modèles des spécialistes de diverses écoles climatiques ? Ne serait-il pas possible d'en tirer quelques conclusions, même provisoires, sur la responsabilité respective des causes naturelles et humaines dans le réchauffement observé depuis la fin du 'petit âge glaciaire' ? (5)

 

Ne nous cachons pas les difficultés auxquelles la réouverture d’un tel débat va devoir affronter :

- d’une part, l’enfermement des deux grandes ‘écoles’ dans des certitudes étroites : ainsi certains scientifiques critiques peuvent-ils réfuter ou négliger par avance toute cause humaine, offrant ainsi à la partie adverse des arguments pour rejeter toute discussion. Mais la plupart d’entre eux le réclame, et c'est l'orthodoxie climatique aujourd’hui dominante, pour laquelle les facteurs autres que les émissions de GES n'auraient aucune part de responsabilité dans les changements observables, qui s’y oppose. Sortir des intégrismes s’avère ici comme ailleurs indispensable si l’on veut avancer dans le sens d'une possible synthèse, refusée par les ultras des deux bords.

- une autre difficulté réside, d’autre part, dans l’étrange réticence de certains de nos amis - parmi les plus avertis et les plus résolus pourtant - à voir réexaminer la vulgate climatique qu’une campagne universelle d’organisation du consentement a su ériger en pensée quasi unique. On s’interroge sur les raisons de ce véritable tabou, qui peut aller jusqu’au refus de rouvrir le débat.

 

Sortir du tabou, revenir au débat et à la science !

Il nous faudra pour cela extraire la question climatique du seul critère réducteur de la température moyenne mondiale, au profit des phénomènes complexes, vents et courants, anticyclones et dépressions, précipitations, qui déterminent les climats concrets dans leur diversité, sans négliger l’examen des antécédents historiques, des failles de la mémoire collective ou des angoisses contemporaines. Prendre donc en compte l’ensemble des facteurs intervenant dans les modifications climatiques et leur perception dans chaque zone, chaque espace continental ou insulaire, pour le court, le moyen et le long terme : autant de questions qui, en contradiction avec la théorie de la cause unique des émissions anthropiques de GES, demeurent ouvertes.

 

On m'objectera que ce sont là des questions d'experts, inaccessibles à la plupart d'entre nous. On ne réglera pas, en effet, la question climatique sur un coin de table ! La multiplication inouïe des données, la sophistication des méthodes, la complexité des modélisations de la climatologie contemporaine obligent à recourir à des spécialistes de haut niveau, auxquels il appartient en retour de rendre intelligible au plus grand nombre l'essentiel de leurs démarches et conclusions.

 

L’appel à des spécialistes qualifiés est d’autant plus nécessaire que l’argument sans cesse opposé par le courant dominant aux climato-critiques est qu’ils ne seraient pas de vrais scientifiques. Avec un peu de recul, ne peut-on pas retourner un semblable argument à ceux qui, protégés par le « consensus » médiatique en leur faveur, refusent d’interroger les cycles parfaitement lisibles sur les courbes des températures observées depuis un siècle et demi, éludent le problème de l’ancienneté du réchauffement séculaire actuel, et ignorent la question du sens de la corrélation entre augmentation des teneurs en CO2 et croissance des températures ?

 

Qu'en attendre ? D’abord, une meilleure évaluation des politiques « d'atténuation » fort coûteuses, promues par la PCM : leurs effets seront-il minimes ou décisifs, réels ou illusoires, inquiétants ou prometteurs ? Et donc quelle place accorder aux politiques d'« adaptation » ? Comment élaborer et mettre en œuvre des politiques de l'eau, de l'énergie, des transports et de l'habitat, partant non plus des injonctions d’experts ‘hors sol’ mais de la prise en compte fondamentale des besoins sociaux ?

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Plus largement, la question complexe du changement climatique oblige chacun d’entre nous, entre illusions scientistes et délires anti-sciences, à préciser notre position par rapport au progrès scientifique dans le domaine des sciences de la nature comme au progrès humain à la lumière des sciences sociales : Soumis au matraquage médiatique, profondément malthusien, prônant une nécessaire ‘décroissance’, nombreux sont ceux qui ‘à gauche’ ont fini par abandonner aux libéraux de toute sorte l’idée même de progrès pour sombrer dans la désespérance… Loin des prescriptions délétères de l'écologisme médiatisé, revenons à la raison, à la science, à une vraie confiance dans l’avenir que notre espèce humaine a le pouvoir et le devoir de promouvoir. Au sein d’une ‘nébuleuse verte’ plus diverse qu’il n’y paraît, une petite frange résolument anti-capitaliste s’est récemment affirmée. Recherchons avec elle, et en nous appuyant sur la science des écosystèmes qu’est l’écologie, les voies et les moyens nécessaires pour construire de manière positive et planifiée de nouveaux rapports entre biosphère et sociétés humaines. Ce qui nous impose de sortir au plus vite d’un capitalisme vieillissant : c’est là qu’est l’urgence.

Pierre Lenormand

 

NOTES :

(1) Voir Drweski (B.) Lenormand (P.) et Suing (G.) : "Lutter pour le climat ? Les raisons d’une défiance" (http :∕∕ancommunistes.org, rubrique environnement, 3 juin 2019)

(2) Sous le poids des réalités (notamment les atteintes à la biodiversité) la ‘lutte pour le climat’ s’est depuis peu élargie à d’autres questions, quitte il est vrai à se diluer dans une vague et douteuse défense ‘de la planète’ ou dans la dénonciation d’un ‘système’ non spécifié…

(3) Ainsi la charge de la Libre Pensée contre 'la grande messe pour le climat et l'invention du délit de blasphème scientifique' (14 mars). Notons aussi la réaction à la censure du chimiste Jean-Claude Bernier, attribuant le réchauffement récent à la variabilité naturelle du climat (...) ‘peut-être accélérée (ou peut-être pas) par nos émissions de gaz à effet de serre’ : retiré par la Société Chimique de France, son article a été remis en ligne en mai suite à la protestation de 25 membres sur les 33 que compte la section chimie de l'Académie des Sciences. Signalons enfin le dossier ‘contre l'alarmisme climatique’ publié dans « le Spectacle du monde » (supplément à l’hebdomadaire 'Valeurs actuelles') du 23 juin.

(4) Voir http:∕∕ancommunistes.org, rubrique environnement, 30 août 2019). Pascal ACOT y reprend en les actualisant les principaux arguments avancés dans son ouvrage de 2005 « le climat : un débat dévoyé » arguments qui furent alors, comme ceux du climatologue Leroux, vivement combattus.

(5) Période dont le coeur correspond au règne de Louis XIV, marqué par les crues glaciaires alpines, les froids hivernaux et les étés pourris, à l’origine des grandes famines de 1697 et 1709.

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