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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 01:52

 

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Les médias occidentaux ont finalement peu parlé de la mort du vrai symbole de la fin du « socialisme réel » et de l'Union soviétique. Ce qui montre leur propension à ne même pas se souvenir de ceux-là même qui ont ouvert le voie aux victoires de leur modèle social. Amnésie systématique qui contribue petit à petit à la délégimitation du système dominant en crise.

Dans cette étude, écrite par un Moldave vivant en Roumanie mais qui a étudié à Leningrad et qui connait bien ce que fut la société soviétique finissante et sa transition du socialisme réel, assez peu communiste, vers le libéralisme réel, assez peu « libéral » au sens anglo-saxon du terme, nous avons une interprétation du phénomène Berezovsky comme élément d'un processus social profond qui échappa en finale à son promoteur. Tandis que la culture et le savoir intellectuel entraient dans une lente agonie, en URSS comme ailleurs.

Le capitalisme commence toujours par un vol. C'est une évidence pour tout économiste. Alors l'auteur constate ici que le cynisme le plus absolu a permis de produire en Russie le capitalisme le plus sauvage, un capitalisme d'abordage, un capitalisme de corsaires, car il fallait, comme toujours dans ce système, voler le premier million. L'auteur n'aborde pas la question des réseaux qui furent utiles à ces quelques oligarques pour s'assurer la primauté dans le pillage de ce qui était censé être leur pays et leur peuple. On sait d'ailleurs aujourd'hui que de « menues sommes » leur furent accordées en provenance d'Amérique du Nord ou d'Israël. Et comme ce capitalisme était un système de réseau, on pourrait aussi s'intéresser sur les fondements générationnels, régionaux, sociaux, ethniques auxquels les Berezovsky & Co. se sont liés pour obtenir ces premières sommes. Sans doute pas beaucoup, mais dans un pays où il n'existait alors pas du tout de riches propriétaires, il suffisait d'un peu de richesse pour devenir vite corsaire et, comme le dit l'auteur, un « héros » du nouveau système censé promouvoir à partir de rien les plus cyniques ...système qui fut en fait transitoire vers une autre étape, celle d'un capitalisme d'Etat russe qui a finalement broyé en exil Berezovsky. Un homme qui semble avoir compris au soir de sa vie, qu'il n'avait servi à rien, si ce n'est qu'à détruire pour permettre à d'autres de reconstruire un pays qu'il semble avoir redécouvert en rendant le dernier souffle comme étant le sien. Et le peuple russe dans tout cela ? Une grande inconnue pour le moment encore, dont en tout cas on peut dire que c'est déjà de ses colères qu'on a eu peur lorsque Berezovsky & Co. ont cautionné la transition du capitalisme de corsaires sous Eltsine vers un capitalisme d'Etat sous Poutine.

La Rédaction


Berezovsky

L’icône du néolibéralisme ou la courte histoire de la victoire dans l’Est européen communiste

Avril 2013



par Vasile Ernu (écrivain et membre de la rédaction de CriticAtac,Bucarest)


On peut avec conviction affirmer qu’avec la mort de Berezovsky s’est achevée une époque. Cependant, il serait bon de comprendre que ce qu’elle nous lègue est plus vivant que jamais et que, présentement, nous commençons à peine à colliger les effets véritables de l’action de petits groupes d’acteurs économiques et politiques dont la victoire est un triomphe douloureux et une catastrophe tragique pour une entière communauté humaine.

Généalogie: de la conversion au libéralisme pendant les années 1960 au revanchisme des années 1990

Selon la généalogie de Berezovsky qui n’est, de fait, qu’un modèle idéal et générique de l’oligarque, il faudrait rappeler trois phénomènes importants qui eurent lieu en URSS et qui préparèrent le terrain à ce qui se passerait au cours des années 1990 (ceci étant aussi valable pour l’ensemble des pays du bloc communiste). Par manque de place, je vais ici simplifier l’histoire de cette généalogie car, sans cette approche, il me semble qu’on ne peut comprendre correctement les années 1990.

Premier phénomène: En URSS pendant les années 1950, voire après la Seconde Guerre mondiale, on installe les bases d’une infrastructure et d’un système d’éducation nationale qui vont massivement contribuer au développement et à l’extension d’un groupe social très important : l’intelligentsia technique, spécialisée et scientifique (ingénieurs, médecins, agronomes, physiciens, mathématiciens, géologues, etc.). Pour la première fois, il se crée dans la société un phénomène sans précédent, une masse critique d’intellectuels, une sorte de classe moyenne de l’intelligentsia communiste légitime, une super-élite intellectuelle qui commence à vivre du potentiel énorme de cette classe moyenne intellectuelle. C’est de cette couche sociale que sortira la génération „spoutnik”, la „génération du dégel” et plus précisément la génération de la „pérestroïka”, celle qui enterrerait le communisme. Le fer de lance de cette couche sociale sera donc une intelligentsia technique et non point humaniste, laquelle a eu cependant un rôle relativement important. De cette époque, sortira une grande partie des oligarques, quoique la généalogie de ce groupe provienne de diverses racines (des structures du PCUS, des groupes de diverses structures étatiques spécialisées, des groupes maffieux traditionnels réorganisés pendant les années 1970, etc.). Berezovsky arrive par le biais de cette filière : ingénieur, mathématicien, chercheur à l’Académie des sciences de l’URSS. Mon sentiment, établit sur des données biographiques, est que les plus importants oligarques russes, tout autant que les groupes oligarchiques qui joueront un rôle important dans les années 1990, proviennent de cette couche sociale : la classe moyenne de l’intelligentsia technique.

Le second phénomène. Une fois le procès de déstalinisation commencé en 1956 au sein du Parti communiste soviétique après le XXe congrès (moment oublié aujourd’hui), l’intelligentsia soviétique va faire un demi-tour complet (U turn) : dans sa majorité elle devient fondamentalement libérale. (A propos des intellectuels directement liés au pouvoir politique je ne m’en souviens plus parce qu’ils n’ont plus joué de rôle important, seulement des rôles rituels). Commençant avec cette période, l’intellectuel soviétique typique appartenant à cette catégorie écoute de la musique et des radios étrangères, lit des livres et discute de sujets interdits ou partiellement tolérés par le pouvoir. Tout est donc interprété dans une grille de lecture de type libérale-dissidente. Prenons un exemple dans la littérature. Le style de littérature qui a, de fait, gagné la mise et qui est lu par tout intellectuel soviétique comme le „Notre père”, c’est Boulgakov (avec une préférence pour Cœur de chien, que tout intellectuel russe connaît par cœur : l’histoire raconte la revanche du prolétariat sur la bourgeoisie sur un ton ironique tout à fait admirable), Pasternak (icône de l’intelligentsia libérale), Soljenitsyne (la conscience morale et tout ce qu’il a donné de meilleur à cette intelligentsia), etc. Et avec pour résultat, la monopolisation du discours par ce groupe d’intellectuels et la marginalisation des autres traditions. Les directions de pensée de l’intelligentsia révolutionnaire et socialiste ont été marginalisées jusqu’à leur disparition ou alors, elles ont été utilisées comme une sorte de massue idéologique au service de la critique des groupes libéraux. Cela peut aller jusqu’aux critiques très dures du régime comme Platonov ou Chalamov, qui furent ultra-marginalisés par ces libéraux (pour le pouvoir cela apparaissait comme „normal”), car leur manière de poser le problème créait un inconfort non seulement pour la pensée officielle soviétique, mais aussi pour la pensée libérale. C’est le cas d’Alexandre Zinoviev, le plus pertinent. Tant qu’il critiqua le communisme, il fut un héros, mais à partir du moment où il commença à proposer une critique forte du capitalisme, il s’est transformé en un traître pour ce groupe de libéraux des années 1970-1980. Au pays du „socialisme”, les groupes d’intellectuels de gauche étaient devenus une rareté marginale, même Marx fut mis à l’index!

Dans la tradition de l’intelligentsia russe du XIXe siècle, cette couche sociale d’intellectuels assumait la fonction de représenter les gens simples, les gens du peuple et leurs intérêts face au pouvoir. De cette tradition sortiront les grands courants socialistes et révolutionnaires qui non seulement représenteront les intérêts du peuple, mais, et plus encore, lutteraient pour leur réalisation. La Révolution d’Octobre en fut le point nodal, le moment où les masses populaires prirent leur revanche sur la bourgeoisie et l’aristocratie russe qui d’une part furent ignorante et, de l’autre, très cynique devant la réalité sociale et économique de la population de l’Empire russe. La tradition se poursuivit jusqu’au moment des grandes épurations staliniennes. Après la Seconde Guerre mondiale, les choses se transforment radicalement : l’élite intellectuelle soviétique, même devenue libérale, élitiste et „incomprise” du peuple, se considéra néanmoins comme une partie de ceux qui ont consenti le „sacrifice de la révolution” accomplie par les prolétaires et les masses, tandis que pour le bien de son confort, elle se tiendra toujours auprès de la nomenclature communiste, dût-elle totalement la mépriser. Cette intelligentsia joua sur deux plans : libérale en pensée, conformiste dans ses attitudes pratiques afin de conserver ses privilèges. De fait, l’élite intellectuelle devint une nouvelle aristocratie qui n’eut plus aucune liaison avec le peuple et qui ne représenta que ses propres intérêts. Dans la pratique, on peut avancer que l’élite intellectuelle préparait la revanche des années 1990 quand elle se présenterait comme l’avant-garde de la mise en place du nouveau régime et de la nouvelle idéologie néolibérale au détriment des intérêts du peuple qu’elle méprisait avec compassion.

Le troisième phénomène: En URSS à la fin des année 1960 apparut pour la première fois une nouvelle couche sociale qui, d’un point de vue économique, commença à fonctionner selon d’autres règles que celle de l’économie planifiée. L’Homme soviétique en tant qu’agent économique et légal était un homme qui avait un salaire dû à un travail légalement accompli, tandis que les chances d’obtenir d’autres revenus étaient minimes. Sous le communisme, ne pas être „intégré dans la sphère du travail” plaçait automatiquement la personne dans une situation pénale passible d’une condamnation. C’est pourquoi, avoir des revenus illégaux „immérités” créait une situation très périlleuse pour n’importe quel citoyen soviétique. Les condamnations pour revenus illicites étaient très dures et appliquées sous la rubrique du „vol du bien public”, tandis que pour les délits économiques d’un certain niveau, la peine pouvait aller jusqu’à la peine capitale. Il faut le dire, au commencement des années 1960, les dissidents étaient mieux tolérés du pouvoir que les „éléments” qui volaient le „bien public”. (Ici je ne fait pas référence au „vol” toléré par le pouvoir comme forme de re-paiement non-conventionnel ou comme manière d’assurer un revenu minimal : petit pot-de-vin, le seau de tomates ou de pommes-de-terre pris par le paysans kolkhozien, etc.). Et malgré ces condamnations, dans les années 1970-1980, on voit se développer une économie parallèle qu’il eût été très difficile d’imaginer à l’époque stalinienne. Les premiers à donner le ton, ce sont les gangsters et les spéculateurs qui, dans les années 1970, se réorganisent en créant un véritable réseau de marché noir, suivis par divers groupes qui vont offrir des prestations de service et du commerce à la limite de la légalité. Petit à petit, cette économie alternative va atteindre le sommet de l’élite communiste. Une bonne part des intellectuels sont entrés dans ce jeux : donnant des conseils, rendant divers services, y compris dans le commerce, etc. L’intellectuel soviétique libéral était de plus en plus attiré par les biens de consommation qui manquaient tant, mais que l’on pouvait se procurer avec de l’argent. C’est pourquoi, il lui fallait trouver les moyens de gagner l’argent nécessaire à son désir de consommer ! Le malheur de l’époque se résume à cela : comment peut-on vivre du revenu d’un seul salaire ? Ce domaine de l’économie alternative a représenté l’un des aspects les plus intéressants et les plus significatifs de la phase terminale du communisme, et qui est totalement ignoré des chercheurs contemporains.

Berezovsky (et l’ensemble des élites de l’oligarchie russe des années 1990) est le produit typique de ces phénomènes et à la lecture de sa biographie nous les retrouvons tous rassemblés.

Les années 1990: Le rêve doré du néolibéralisme parmi la jeunesse ou, du grand hold-up à sa légitimation en tant que lutte pour la démocratie et l’extension du capitalisme

Si vous souhaitez trouver le plus de vérités sur le début de la transition du communisme au capitalisme, à la „lutte pour la démocratie et le marché libre”, je vous suggère de ne pas lire les rapports établis par les institutions officielles occidentales (FMI, Banque Mondiale, ambassade des États-Unis, et d’autres encore dont je ne me souviens plus, etc.), ni les opinions des analystes politiques, des experts et des économistes, même s’il est vrai qu’il y a des exceptions. Je ne dis pas qu’il ne faille pas du tout les lire, je dis qu’il ne faut pas commencer par eux, parce que dans le meilleur des cas ils mentent, armés des meilleures intentions. (Il y a ainsi une catégorie de textes infâmes qui ne mentent point, sans pour autant dire la vérité, comme cette caméra qui choisit pour filmer un angle présentant une image réelle, mais, de fait, celle d’une fausse réalité). Le mieux, c’est de commencer par lire les biographies de ceux qui ont réalisé de grandes fortunes à cette époque. C’est simultanément très intéressant de lire des interviews, car très souvent, ces hommes disent des vérités cyniques tout en reconnaissant des choses qui normalement entraînent au minimum des condamnations à la prison à vie. L’histoire de ces hommes d’affaires qui travaillaient dans les années 1990 nous montre que certains disparurent prématurément, tandis que d’autres sont devenus les piliers de la nouvelle société. Toutes ces histoires représentent de fait l’essence et la vérité récente de la grande rupture des années 1990. C’est pourquoi je voudrais esquisser quelques idées significatives en partant de la biographie et du discours du plus important de ces oligarques des années 1990 à l’Est communiste : Boris Abramovici Berezovsky.

Pirates et pillages comme forme d’accumulation du capital nommée privatisation

Berezovsky demeure donc l’étalon et le héros de la période initiale, de l’époque des débuts du capitalisme dans l’espace soviétique. Il représente l’homme arrivé sur le marché des biens avec rien, sans argent, sans capital et qui a mis la main sur à peu près tout : industries, usines, banques, ressources naturelles et contrôle politique. Dans cette guerre des années 1990 où l'on voit le transfert de propriété passer des mains de l’État à celles d’un petit groupe privé opérant avec les méthodes les plus illégales et les plus criminelles, Berezovsky devient le leader unanimement accepté. Ces temps demandaient un héros, et lui est arrivé avec l’image du „génie de la combine”, de celle du „démon et de l’ange”, porte-drapeau de cet immense hold-up qui se nomme les grandes privatisations. Sur les techniques et la manières dont cet homme a mis la main la VAZ (la plus importante usine de construction de machines de l’URSS), sur Sibneft (pétrole), sur l’Aeroflot ou ORT (le poste national de télévision de l’URSS-Russie), il n’est pas la peine de s’étendre car on peut lire cela dans tous les grands médias. Et puis, au bout du compte, les schémas ne sont pas si compliqués qu’ils faillent leur attribuer autant de génialité qu’on leur décerne. La grande privatisation, ce super-vol postcommuniste demeure en permanence un thème tabou à l’Est et il est peu probable de penser que quelqu’un le soulèvera un jour sérieusement parce que pas une seule force politique interne ni externe ne le désire. Pourquoi ? Parce que tous les groupes politiques et financiers importants (internes et externes) impliqués dans ce jeu ont profité au maximum de cette „privatisation”, et tous savent que ce phénomène ne s’est jamais effectué sur une base légale ni même après un débat politique réellement démocratique dans le pays. Illégitime et criminel c’est peu dire! Quant à moi, présentement, c’est autre chose qui m’intéresse.

Si derechef nous regardons plus attentivement cette période initiale (une suggestion que m’a faite Boris Kagarlitsky1), alors nous pouvons observer que les actions des premiers hommes d’affaires importants de ce capitalisme primitif, ainsi que celles des groupes qui devaient jouer un rôle fondamental dans le procès de la „grande privatisation”, ressemblaient de manière frappante avec celles des pirates des Caraïbes du XVIIe siècle. De fait, ils refont le cheminement des début du capitalisme : des groupements d’hommes en rien remarquables, et d’autres pas mieux dotés gravitant autour d’eux ne s’élèvent pas, car les premiers sont disposés à faire n’importe quoi pour mettre la main sur le „trésor-capital“. A ce moment Berezovsky & Co ont accompli la première loi fondamentale du capitalisme dans l’époque ainsi nommée de la « concurrence sans limite » : quand l’un gagne, les autres perdent disait n’importe quel oligarque qui se respecte. Parfois même les idéologues du néolibéralisme reconnaissaient ce schéma. Berezovsky a donc réalisé le rêve libéral de la couche sociale à laquelle il appartenait, il a atteint le sommet et a été contraint de marcher sur de très nombreux cadavres, y compris sur ceux de ses condisciples du rêve néolibéral, car, lorsque l’un gagnait énormément, beaucoup d’autres perdaient à peu près tout.

Dans un tel contexte, des qualités normalement considérées comme négatives dans la plupart des cultures et des époques, deviennent des qualités positives, très appréciées et respectées. Ce n’est pas l’effet du hasard si le monde de la pègre, les célèbres bandits de l’espace soviétique (et ceci est valable partout dans le monde dans une période de transition) se sont retrouvés très proches et très impliqués dans les affaires des hommes qui avaient pour nom oligarques, devenant même l’emblème d’une époque. C’est l’époque de l’absence de limites et de règles élémentaires ainsi qu’en rêvaient les honnêtes néolibéraux. Les années 1990 sont donc l’époque du rêve doré du néolibéralisme parmi la jeunesse. Mais cela c’est déjà une vieille histoire : le premier million qui s’est gagné grâce au vol est devenu une règle acceptée. Le problème n’est plus le vol, mais bien sa légitimation post-factum.

Les mécanismes de légitimation du grand Hold-up

L’Oligarchie n’a rien inventé de neuf, elle a seulement répété certains mécanismes déjà utilisés par les pays occidentaux quand ils passèrent jadis par des périodes de transitions plus longues. La grande tragédie de l’Est, c’est le manque de temps dans cette course effrénée pour récupérer les décalages du développement. L’Est est un Occident plus pauvre qui a perdu dès le départ et qui court sans cesse pour récupérer le temps perdu. Si nous regardons avec attention aussi bien la période stalinienne que celle dite de „transition”, nous pouvons observer un phénomène similaire. Staline voulait une modernisation rapide et radicale de l’État afin de récupérer ce décalage. „Les réformistes”, les restaurateurs du capitalisme veulent la même chose, rapidement et radicalement pour atteindre en quelques années le développement des États-Unis si cela est possible. Ils veulent brûler les étapes, car ils n’ont plus le temps. Le résultat se montre alors : beaucoup de sang, beaucoup de souffrances bien visibles, d’où peu gagnent et une grande majorité perd. En Occident, ce sang et cette souffrance se sont étendus sur une plus longue période temporelle ; maintenant ils sont repoussés à la périphérie, c’est pourquoi le sang et la souffrance y sont moins visibles. Mais revenons à présent aux mécanismes de légitimation des oligarques en partant de l’analyse des actes et des affirmations de Berezovski.

Le discours:

Il semble hallucinant d’écouter le discours de légitimation de ces individus. Ce discours vient du discours libéral promu pendant la période soviétique, mais tout autant, sinon plus, du discours néolibéral. La première thèse utilisée par tous : le communisme est le mal, le capitalisme et donc la démocratie sont le bien, aussi n’avons-nous fait que de détruire le communisme et construire une société meilleure. Cela ne comptait nullement qu’il existait déjà un État, une société, une législation : la fin justifiait n’importe quel moyen si l’on était contre l’„Empire du Mal”. Le discours des oligarques n’est en rien différent de celui des intellectuels anti-communistes. Et ce n’est pas l’effet du hasard si tous les intellectuels anti-communistes ont reçu des prix et ont sérieusement travaillé (revues, centres d’analyse, bourses, prix) avec l’argent des oligarques.

La seconde thèse est beaucoup plus réaliste : il n’existe pas de manière juste et équilibrée de privatiser (Berezovsky), mais tout était à notre portée car l’État était faible. Comme l’aurait dit S.O.Vîntu (un oligarque roumain) : défendez votre État sinon nous le prenons-volons et vous ne pouvez rien nous faire.

La troisième thèse se base sur une sorte de darwinisme : nous avons mis la main sur les ressources et le pouvoir parce que nous l’avons pu, c’est pourquoi nous le méritons. Puis une autre thèse encore plus employée : ce que nous avons fait ce n’est que la lutte pour le capitalisme, c’est-à-dire pour la démocratie et les droits de l’homme. Tous les oligarques importants se considèrent comme les plus grands combattants s’étant mis au service de la démocratie. La démocratie devient dans leur optique l’équivalent de l’accumulation du capital, et cette idéologie sera imposée jusque dans le village le plus reculé de la Sibérie grâce à la propagande des mass-médias qu’ils contrôlent. La thèse centrale est donc le discours néolibéral le plus caractéristique : marché libre, dérèglementation, la main invisible, retrait de l’État du jeu économique, etc. Aussi assument-ils que ce qui est advenu n’a été au bout du compte que l’effet „naturel” du capitalisme.

Mass-médias. Très vite, Berezovsky comprendra qu’il a besoin non seulement du capital, mais d’instruments tout aussi importants que la politique et l’économie modernes, les mass-médias. Il investira donc des sommes énormes afin de se créer un empire médiatique, et avec l’aide de cette arme réussira facilement à se construire une nouvelle image pour influencer l’opinion publique et particulièrement pour propager la nouvelle idéologie dominante. Si nous comparons cela avec la vieille école de la propagande soviétique, cette dernière ressemble à un jeu d’enfant. (A cet effet, je recommande peut-être le plus important roman qui se déroule au cours de cette époque : La génération P de Viktor Pelevin). Tous les grands oligarques de cette époque, des années 1990, se bâtiront de cette manière des trusts audio-visuels et les contrôleront de très près, ce qui est le cas aujourd’hui et non seulement en Russie.

L’approche et la confiscation du pouvoir d’État

Le pas suivant et fort important deBerezovsky a été la création d’un mécanisme pour lui permettre de s’approcher du pouvoir. Pour ce faire, il utilisa plusieurs stratégies : des prêts à des gens ou à des institutions afin de pourvoir ensuite les contrôler, l’organisation de banquets (à coup sûr des partouzes) et la pratique du chantage. Aussi, assez rapidement, Berezovsky deviendra-t-il non seulement un proche du Kremlin, mais l’un de ses stratèges. Vers la fin de la carrière de Boris Eltsine, il se comporte et parle comme s’il était à peu près l’homme possédant les pleins pouvoirs en Russie. Les gestes et la manière qu’il avait de communiquer à cette époque nous semblent aujourd’hui hallucinants. Parfois même, il parlait des plus importants personnages de l’État russe comme de pions ou d'employés. De fait, c’est lui qui va introduire ce type de „management politique” en Russie, celui où la politique est vue comme un business qui doit se soumettre aux règles contrôlées par un patron. Dans sa conception, l’État se transforme en une quelconque entreprise. Pour lors, quand Berezovsky se confond avec le pouvoir politique, il n’a plus besoin d’aucune légitimation. C’est à ce moment là que les premiers signes d’un changement vont apparaître.

Eltsine étant plongé dans un état avancé de déchéance physique et mentale (maladie, alcoolisme, etc.), le problème de son remplacement se pose. Le paradoxe est là, car l’un des hommes clef qui avait dessiné le modèle du nouveau dirigeant était précisément Berezovsky. Et Poutine arrive très largement au pouvoir grâce aux suggestions de Berezovsky. D’après les textes et les témoignages des gens impliqués dans la nomination du successeur de Eltsine à la tête de la Russie, le choix et la „sélection” de Poutine ressemble à s’y méprendre au recrutement du dirigeant principal d’une multinationale. Et ceci n’est pas dû au hasard.

Berezovsky face à face avec Poutine ou de la piraterie à la multinationale

A la fin des années 1990 au début des années 2000 les signes du changement apparaissent. Berezovsky, le corsaire intrépide du capitalisme russe le sent. Toutefois, il semble qu’il ne comprenne pas que le temps du capitalisme „romantique”, celui de la piraterie aventurière vit ces derniers moments. Le capital est mené par sa propre dynamique tandis que le romantisme perd de plus en plus de terrain. Après être passé par une période d’aventures et de „romantisme”, le capitalisme entre dans une période conservatrice et bureaucratique qui demande du calme et de l’ordre. Quel que soit notre déplaisir à parler du caractère oligarchique du capitalisme russe et de ses élites, il nous faut constater que cette époque a duré environ dix ans. Heureusement et en raison de divers motifs, l’oligarchie russe n’a pas réussi à se maintenir au pouvoir.

L’époque „romantique” des oligarques russes ne pouvait pas durer pour quelques simples raisons. La bourgeoisie construite durant le régime communiste et postcommuniste est fondamentalement bureaucratique, fortement liée aux structures étatiques, et dépendante d’elles. On peut voir cela parmi les pays européen postcommunistes qui se trouvent à la périphérie du capitalisme occidental, et plus particulièrement parmi ceux dont l’économie de base est fondée sur l’exportation de matière première. Un deuxième aspect nous apprend que cette bourgeoisie est liée à l’ancienne construction de l’État communiste et à la structure de ses couches sociales : les États communistes ont été des États sociaux dont le niveau cultural moyen était fort relevé, si bien que même en faillite, il est difficile de les rejeter dans le „tiers-monde”. La destruction radicale de cet État et de ses structures augmentait énormément le risque de voir surgir des révoltes voire même une guerre civile. Les couches sociales les plus importantes, les intellectuels, les travailleurs et même les paysans avaient perdu à ce moment toute stabilité sociale et le peu de privilèges qu’ils avaient eu auparavant. Tous les mécanismes de protection sociale minimale se sont grippés puis bloqués, depuis l’accès aux ressources jusqu’aux fonctions professionnelles, rendant de ce fait impossible toute ascension sociale. L’accès à la protection sanitaire, à l’éducation, à la protection sociale, aux droits sociaux, et plus précisément, l’accès au travail spécialisé et non seulement cela, étaient devenus le luxe et le privilège d’une élite. Le pays subit donc une violente régression, et le risque que ces couches sociales ne puissent plus accepter ces ruptures dues à la pression socio-économique radicale était énorme. La nouvelle direction était devenue consciente des risques intérieurs qui pouvaient surgir à tous moments, et ce d’autant plus que la Russie a derrière elle une longue tradition de révoltes et de guerres civiles. Il y avait aussi des facteurs externes, mais ils ressortissent à une autre analyse.

A la fin des années 1990, nous avions donc un choc entre d’une part les intérêts des pionniers du capitalisme postcommuniste, ces pirates „romantiques” fermement décidés à piller le pays avec le scénario d’une aventure très spectaculaire, aventure en général accompagnée de crimes et de luttes urbaines, et d’autre part la logique froide, corporative et bureaucratique, d’une nouvelle étape du capitalisme. La logique individualiste agressive perdait de sa force et de son pouvoir face à la logique corporative-bureaucratique que le capital commençait à s’imposer comme une dynamique de classe plus large et supérieure tant à la logique individuelle qu’à celle des petits groupes.

Cette époque coïncide avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau leader au Kremlin, Vladimir Poutine, qui comprend qu’il peut renforcer son pouvoir en négociant avec ces groupes agressifs et influents, tandis qu’une bonne partie d’entre eux comprennent de leur côté qu’il est de leur intérêt de renoncer à une part de leur capital et de leurs privilèges en contrepartie d’une paix garantie qui leur assurera le passage vers une nouvelle étape de profits. Afin de faire un peu d’ordre, l’histoire nous dit que Poutine convoqua et négocia avec tous les oligarques du pays. Il leur proposa le rachat par l’État des secteurs stratégiques, essentiellement l’énergie, en échange de cela, à côté de l’argent qu’ils reçurent pour ce rachat, l’État leur offrit une légitimité, un accès libre à d’autres secteurs de l’économie, et naturellement la liberté. A peu près tous les héros des années 1990 comprirent qu’une nouvelle étape commençait et acceptèrent ce marché. L’État réussit ainsi a récupérer quelques secteurs stratégiques, ainsi que les ressources énergétiques avec lesquelles il a construit un type de capitalisme d’État (uniquement dans ce domaine, pour le reste, l’économie demeure du bon néolibéralisme) qui est devenu une arme stratégique importante tant pour la politique intérieure que pour la politique extérieure. A partir de gains énormes fait avec l’exportation de matières premières, et en particulier le gaz et le pétrole, l’État peut assurer un minimum de paix sociale par redistribution, tandis que le géant Gazprom est devenu une arme politique géostratégique permettant à la Russie de se relever „après avoir été mise à genoux”.

Fin de l’histoire (2)

Berezovsky quant à lui a choisi de se placer avec Khodorkovski, Gusinsky & Co de l’autre côté du fleuve, et partit pour l’exil londonien, s’auto-intitulant „le plus grand ennemi de Poutine”. Ceci étant dit, il est devenu un ennemi très pratique pour Poutine et, simultanément, un allié pour l’Occident. La propagande interne en Russie a fait de lui un Méphisto, le personnage incarnant le Mal qui pille la Mère-Russie, accusé de tous les maux possibles et impossibles, tandis que les Occidentaux lui ont bâti une image positive, quoique controversée en l’utilisant comme instrument de propagande contre le Kremlin. Berezovsky, depuis sa villa londonienne, assumait son rôle d’opposant numéro Un „au despotisme de Poutine”, de combattant pour la démocratie et les droits de l’homme, se dessinant l’image du réfugié et du démocrate devenu une réelle victime du „dictateur du Kremlin”, jouant parfaitement les deux rôles.

Durant les derniers moments de sa vie, il était de plus en plus évident que le pirate des années 1990, ce „génie des combines” ne réussissait pas à s’adapter au capitalisme développé qui joue selon d’autres règles. Il savait prendre à l’abordage les vaisseaux ballotés par la tempête du capitalisme primitif, mais n’avait pas la patience d’attendre les bonnes occasions dans les zones d’accalmie et d’ennui du capitalisme monopolistique-bureaucratique. Et alors, comme n’importe quel pirate, il a consumé ses biens aussi rapidement qu’il les avait volés sans pour autant devenir plus heureux. L’histoire dit qu’une bonne partie de ses biens a été pris par divers réseaux établis parmi ses commensaux qui, aujourd’hui, ont envahi le monde en tant qu’investisseurs respectables et piliers d’honnêtes sociétés commerciales et financières.

Dans la dernière interview qu’il accorda à Forbes, on se rend compte que Boris Abramovitch Berezovsky est plongé dans un état de dépression, se manifestant toujours plus impuissant. Il a même écrit une lettre à Poutine lui demandant pardon, l’implorant de le gracier afin qu’il puisse revenir vivre en Russie. Ses conclusions sont simples : il a cru pouvoir vivre hors de Russie, mais il a sous-estimé la Russie et surestimé l’Occident. Enfin, ce qui me paraît le plus intéressant arrive au moment de conclure, quand il affirme qu’il n’aurait pas du quitter la Russie et ce, quelle que soit la peine à laquelle il eût été condamné. Le reporter lui demande alors : si vous étiez resté en Russie, vous auriez reçu la même peine que celle donnée à Khodorkovsky, la confiscation de vos biens et la perte de votre liberté ? Berezovsky réfléchit et conclut ainsi : Khodorkovsky a tout perdu, mais il n’a pas perdu la chose la plus importante, et plus précisément le sens de l’idée de combat, le sens de la vie. Moi, ici, à Londres, j’ai gardé ma liberté et mon bien, en revanche j’ai perdu le sens, je ne sais plus pour quoi lutter. Ici, j’ai perdu le sens de vouloir vivre encore. Il semble donc que l’exil ou la prison transforment les hommes du pouvoir en véritables sages.

Les héros des années 1990 nous quittent peu à peu, en revanche nous commençons à peine à colliger tous les effets du chaos et du désastre social, économique et politique de ce temps. Serait-ce là le début d’un printemps ?

Traduction et notes de Claude Karnoouh

1 Depuis 2007 le directeur de l’Institut de la globalisation et du mouvement social (IGSO) dont on dit qu’il est le « meilleur think tank de gauche » de Russie.

2 Pour une brève histoire des « sept banquiers » qui ont activement participé au démantèlement de la puissance publique soviétique, voir < http://fortune.fdesouche.com/26769-breve-histoire-de-loligarchie-en-russie#more-26769 >

Pour les sept oligarques : < http://www.dementieva.fr/russie/geopolitique3.html >

Boris Abramovitch Berëzovski, homme d’affaires russo-israélien, est le plus connu de ces oligarques. Sa fortune trouve son origine dans la vente frauduleuse des voitures produites par la société d’Etat AvtoVaz, plus connue en Europe sous le nom de LADA. Il parvient ensuite à se rapprocher de la “famille” Eltsine. Il s’empare alors d’actifs pétroliers et industriels, puis de la gestion de la compagnie Aéroflot, qu’il amène au bord de la faillite. L’éditeur de la version russe du magazine “Forbes”, le russo-américain Paul Klebnikov, lui consacre un ouvrage très critique, « le parrain du Kremlin ». Sa liberté de parole lui vaut d’être assassiné le 9 juillet 2004 à Moscou. Le soutien ouvert de Paul Klebnikov à la politique de restauration de l’Etat de Vladimir Poutine explique que son assassinat a eu très peu d’écho en France, contrairement à celui d’Anna Politovskaïa deux ans après.

Vladimir Alexandrovitch Goussinski, est également un homme d’affaires russo-israélien. Sa fortune provient de la banque qu’il fonde en 1989, et de son alliance avec le maire de Moscou, Youri Loujkov. Il fonde le premier groupe de médias privé et regroupe ses activités au sein de «Média Most». Il livre à Boris Berëzovski un combat à mort au début des années 90, puis se réconcilie avec lui en 1996, afin de soutenir la candidature d’Eltsine. Il est un membre éminent du congrès juif mondial, et fonde avec Mikhaïl Friedman, le Congrès juif russe. La crise de 1998 l’affaiblit durablement.

Vladimir Olegovitch Potanine, dont le poste au ministère du commerce extérieur lui permet de s’enrichir considérablement et de créer son groupe financier, INTERROS, et sa banque, ONEXIM, est un autre oligarque fameux. En 1995, il est le concepteur du système de prêts contre actions, qui permet aux banquiers d’acquérir à peu de frais des pans entiers de l’industrie russe. Pour quelques centaines de millions de dollars prêtés à l’Etat russe à la limite de la banqueroute, les oligarques s’emparent alors d’actifs qui en valent plusieurs milliards. Vladimir Potanine, grâce à ce système, s’empare de Norilsk Nickel.

Mikhaïl Borisovitch Khodorkowski débute sa carrière comme membre influent du Komsomol de Moscou (organisation de jeunesse soviétique où étaient recrutées les futurs cadres du parti communiste). C’est grâce aux fonds de cette organisation et à ses liens avec le Parti communiste, qu’il fonde sa banque, la MENATEP. Il s’empare ensuite des actifs de la compagnie Yukos grâce au système prêts contre actions. La privatisation de Yukos est émaillée de nombreux assassinats et se fait au mépris le plus absolu du droit des actionnaires minoritaires, notamment étrangers. Le maire de Neftyougansk, où se trouve le plus gros actif de Yukos, et qui avait entrepris une grève de la faim pour obtenir le paiement des taxes dues à sa ville au bord de la ruine, est assassiné le 26 juin 1998, jour de l’anniversaire de Khodorkowski. Le chef de la sûreté de Yukos, Alexeï Pitchouguine, est toujours en prison pour ce crime. Ceux qui s’apitoient sur le sort de l’oligarque en pensant qu’il paie très cher des opérations financières feraient bien de s’informer sur les crimes de sang de l’ère Khodorkowski. Khodorkowski se lie avec les milieux d’affaires états-uniens et dépense sans compter auprès des agences de communication pour se construire une image positive, abusant les très complaisants médias occidentaux.

Mikhaïl Maratovitch Friedman reste encore aujourd’hui l’un des plus puissants hommes d’affaires russe. Avec son associé Piotr Aven, ministre du commerce extérieur au début des années 90, il fonde le groupe consortium “Alfa”, dont les fleurons sont la banque “Alfa” et la compagnie pétrolière “TNK”.

Vladimir Victorovitch Vinagradov privatise à son profit la banque d’état “Inkombank” en 1993. Il disparaît de la scène politico-économique après la banqueroute de sa banque, lors de la crise de 1998.

Alexander Pavlovitch Smolenski, condamné à l’époque soviétique pour divers trafics refait lui surface en créant la banque “Stolichny”. La privatisation à son profit de la banque d’état AGROPROM, lui permet de fonder “SBS AGRO”, première banque privée et deuxième banque de Russie. En 1998, la banque est emportée par la crise et ruine plusieurs millions de petits épargnants. Il perd alors toute influence politique, même s’il conserve sa fortune.


Ces sept banquiers ne sont pas les seuls hommes riches et influents de l’ère Eltsine, mais ce sont eux les “faiseurs de rois”. Ils ont construit leur fortune sur le triptyque “Tchénovnik” (responsable politique), mafieux, homme d’affaires. On trouve également dans les provinces russes, des oligarques locaux très puissants, ayant construit leur pouvoir sur la même base.

Pour résumer comment le règne de ces oligarques arriva à son terme : < http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2615&print=1&no_cache=1 >

« ...C’est Vladimir Poutine qui mit fin aux agissements des oligarques. Il mit en garde contre de nouvelles implications et menaça d’enquêter sur l’origine des fortunes. Berezovski et Gussinski en tirèrent les conséquences et quittèrent la Russie. La famille du premier émigra en Israël et lui-même se rendit en Grande-Bretagne. Gussinski devint citoyen israélien et créa dans l’Etat hébreu un empire médiatique. Khodorkovski resta, voulant tenir tête à Poutine. Il ne manqua pas une occasion de montrer qu’il se sentait lié à l’Occident. Lorsqu’il voulut fusionner Yukos et Sibneft, groupes stratégiquement importants – le second appartenait à Roman Abramovitch – et les vendre ensuite à ExxonMobile (Rockefeller), Poutine en eut assez, d’autant qu’il avait été menacé verbalement par Khodorkovski lors d’un différend personnel. Poutine fit enquêter sur ce dernier puis le fit arrêter. Les délits qui lui sont reprochés seraient également punissables en Occident. Khodorkovski comptait fermement que son immense fortune et ses amis occidentaux, comme Kissinger, Rockefeller, Rothschild, et le lobby pro-Israël aux Etats-Unis le protégeraient de toutes poursuites.

Source: interinfo, suite 387, mars 2011

 

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Published by Vasile Ernu - dans article classé
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commentaires

Lionel 08/04/2013 02:59

Aïe les amis ! Le texte est rendu illisible par les recouvrements en marges G et D...