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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 16:22

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En moins d'un an, à partir de la rive sud de la Méditerrannée, les tensions sociales et politiques se sont répandues sur la rive nord, tandis que des mouvements de grandes ampleurs atteignaient l'Islande, l'Irlande et même le coeur du système financier mondialisé, le Royaume-Uni. Mais c'est désormais surtout vers la Grèce que se tournent les regards. Car la crise politique qui secoue ce pays est directement liée à la crise financière qui est elle-même liée aux conséquences de la construction européenne bâtie sur les dogmes du néolibéralisme importé d'outre-atlantique. La Grèce constitue donc aujourd'hui un point nodal des crises qui mérite une attention particulière. C'est là que le processus de délégitimation des dogmes qui ont dominé la planète depuis une trentaine d'années semble particulièrement poussé, au point où, comme le souligne l'auteur de cet interview pourtant a priori peu suspect de radicalisme en raison de ses fonctions, une victoire du Parti communiste grec avec d'autres nouveaux groupes d'extrême gauche ne semble plus impensable ...une génération à peine après la „fin de l'histoire” et la „chute” du mur de Berlin. Dans l'espoir de promouvoir une économie d'où l'usure et la spéculation auraient disparu. Tout le contraire donc de ce qui a dominé jusqu'à récemment, et qui semble annoncer une possible nouvelle révolution culturelle contre le dogme thatchérien de „TINA(There is no alternative). Bref, réfléchir sur la Grèce aujourd'hui, en gardant un oeil sur tous les pays méditerrannéens, mais aussi sur les îles de l'Atlantique nord, permet de déceler les processus en cours. Et peut-être les possibles jusqu'à récemment inimaginables 

La Rédaction


Comment la Grèce en est arrivée là ?

-

Juin 2011

 

                                             

Entretien avec Leonidas Chrysanthopoulos * 

 

L’entretien a été réalisé pour la revue roumaine CriticAtac1de Bucarest, qui nous l’a offerte gracieusement pour publication en français.

 

Comment la Grèce s'est-elle retrouvée dans cette situation ? Est-ce la responsabilité du gouvernement grec ou est-ce que la Grèce ne constitue que le premier symptôme d'une crise plus profonde du système capitaliste lui-même ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

 

Cette crise est le résultat d'une combinaison de plusieurs facteurs. Il est impossible de désigner un seul coupable car, pour répondre à cette question, nous devons revenir au minimum à la période qui a suivi l'effondrement de la dictature des colonels dans la Grèce d'après 1974. La Grèce a rejoint l'Union européenne sept ans après seulement, à un moment où le pays n'avait pas encore pleinement retrouvé sa santé après avoir subi le viol de la part de la junte militaire – adhésion qui fut donc décidée car elle était perçue comme constituant la seule garantie de paix, de démocratie et de liberté, en même temps que le marché commun devait aider à la croissance de l'économie et au développement du pays.

 

Lorsque la Grèce a rejoint l'UE, elle avait une agriculture, une industrie, un tourisme et des services florissant. Nous avons été obligés de réduire graduellement notre production agricole afin de contribuer à diminuer l'étendue des mers d'huiles d'olive que l'UE possédait alors, ce qui a fait que les subsides de l'UE ont contribué à réduire notre production agricole. Nous avons été obligés de fermer ou de vendre nos aciéries pour répondre aux règles de l'UE sur la concurrence équitable et, en finale, il ne nous est plus resté que le tourisme.

 

Simultanément, l'UE, dans ses efforts pour amener la Grèce vers les « Standards de vie centre-européens » a commencé à exporter des marchandises vers la Grèce2. Mais revenons à la situation du début des années 1980. Bien évidemment, les Grecs souhaitaient avoir tous les articles de luxe ainsi que les belles voitures chères, les maisons, les systèmes de climatisation, de téléphonies et de télécommunications, etc. Et les banques étaient heureuses de leur apporter les moyens de les acheter – sans avoir à vérifier si les individus avaient les revenus permettant de rembourser les prêts. Beaucoup de programmes de développement de l'UE ont été lancés pour aider les Grecs à augmenter leur niveau de vie – et aider des pays industrialisés de l'UE à vendre leurs produits. Et amener les Grecs à consommer. Le nouveau courant économique de la mondialisation a contribué à renforcer cette spirale. Au lieu d'investir dans les Etats membres, les grosses industries de l'UE sont allées vers l'Est et ont pris soin de diminuer le chômage en Chine afin d'inonder les marchés de l'UE avec des produits bon marchés de mauvaise qualité. En Grèce, 1/3 des magasins de détail des produits de haute qualité ont été forcés à fermer pendant la crise alors que les produits chinois à bas prix ont automatiquement augmenté leurs parts de marché.

 

Lorsqu'en 1999, Clinton a aposé sa signature sur le Glass-Stegall Act, toute possibilité de contrôler le système bancaire a disparu. Simultanément, l'UE a créé sa monnaire unique, l'Euro – une monnaie que 60% des Grecs refusaient et que 90% des Allemands n'ont jamais demandé. La zone euro a constitué un rassemblement de marchés et de nations placées dans une structure commune qui ne pouvait pas être plus diversifiée qu'elle ne l'était. Les structures de revenus étaient très fortement différenciées, de même que les systèmes de retraite, d'impôts, de sécurité sociale, de santé, etc. - Et pourtant tous ont été obligés d'utiliser la même monnaie sans avoir la possibilité d'ajuster la compétitivité de leurs industries par le biais de la dévaluation monétaire. Bien évidemment, il y avait aussi des règles à respecter : selon le traité de Maëstricht, le rapport PIB/endettement des pays membres de la zone euro ne pouvait dépasser 60%. La réalité était dès le départ différente, l'Italie avait un taux de 105,8%, la Grèce de 97,6%, la Belgique de 89,6%, la France de 68%, le Portugal de 66,4% et l'Allemagne de 65,9%. On doit donc poser la question de savoir pourquoi les politiciens de l'UE ont créé l'euro tout en étant pleinement conscients que six pays violaient dès le départ les règles du jeu.

 

En finale, le traité de Lisbonne – que très peu d'hommes politiques ont lu – a attribué à l'UE toutes les décisions dans ce domaine.

Et c'est alors que tout le système a échoué.

Est-ce la faute du gouvernement grec ? Pas seulement. Même s'il est certain qu'une nation peut attendre de son gouvernement qu'il prenne les décisions qui sont en faveur de son pays et de sa sa population – et qu'il se batte pour elles. Une nation peut au moins attendre légitimement que son gouvernement et ses soi-disant spécialistes sachent ce qu'ils font et possèdent une connaissance sérieuse, et une expérience dans le domaine de leur expertise. Mais tel n'était pas le cas. Même le FMI a admis lors d'un processus d'analyse interne, qu'il n'avait aucune idée que la crise grecque allait venir, et comment y réagir. Et les commentaires provenant des autres politiciens sont pareillement si conséquemment inconsistants qu'on a l'impression qu'ils ne savent pas vraiment ce qu'ils font et pourquoi. En finale, la question à poser est celle de savoir pourquoi la population – si vous lisez les commentaires des médias – savait ce qui allait arriver avec l'introducion des mesures imposées d'austérité alors que ce n'était pas le cas des politiciens.

 

Et qu'on fait les politiciens de la zone euro ? Ils se souciaient uniquement de promouvoir leurs propres intérêts nationaux et manquaient d'une vision concernant l'euro. Car, s'ils avaient une telle vision, les Français n'auraient pas forcé un pays au bord du défaut de paiement comme la Grèce à acheter les six frégates valant des milliards d'euros ou les Allemands n'auraient pas fait pression sur la Grèce pour qu'elle achète des avions et des sous-marins. Au contraire, ils auraient interdit à tous les membres de la zone euro de vendre des armes à la Grèce. Car ce n'est pas le peuple grec de toute façon qui maintiendra l'emploi des ouvriers français et allemands de l'armement. Ce qui nous amène à constater un fait intéressant. La Grèce dépense environ 4% de son PIB pour l'armement, et depuis 1974, la majorité de ces armes viennent d'Allemagne pour un coût annuel de 300 millions d'euros, et de 2,6 milliards pour les seules cinq dernières années.

 

Oui, cela témoigne de la crise profonde du système capitaliste. Analysez la crise financière mondiale. Car si un pays comme l'Allemagne va avoir besoin de 1 500 ans pour payer ses dettes à raison de remboursements de 100 millions d'euros par mois – pour la seule dette, et donc sans les intérêts – il doit bien y avoir quelque chose qui cloche dans le système capitaliste.

Donc, on peut dire que ce que la Grèce a obtenu à travers l'UE et l'euro n'était certainement pas ce à quoi nous nous attendions – au moins pas sur le long terme. Aujourd'hui, nous sommes sous le contrôle de l'UE et du FMI, et nous avons donc perdu notre souveraineté en tant que nation, en plus la démocratie semble être désormais mise en cause.

 

Les gens ordinaires ne peuvent être blâmés pour la situation de la Grèce, mais ce sont eux maintenant qui devront payer l'addition. N'y a-t-il pas moyen de distribuer ces coûts autrement, de telle façon que ceux qui en ont les moyens paient une part plus élevée ?

 

Le moyen le plus facile pour un gouvernement d'acquérir de l'argent, c'est de taxer les salaires, les retraites ainsi que par le biais d'une taxation indirecte. C'est ce que la gouvernement grec a fait l'année dernière. Les retraites ont diminué d'environ 20 à 30%, les revenus des fonctionnaires ont diminué d'environ 25% et les taxes ont augmenté. Aujourd'hui, l'essence pour les automobiles coûte 20 centimes de plus en Grèce qu'en Allemagne – alors que les Allemands gagnent deux ou trois fois plus que le salaire moyen des Grecs pour un poste ou un travail équivalent. Nous avons un taux de TVA de 25%. Et dans ce contexte, voilà que le FMI et l'UE se demandent pourquoi, après l'introduction de ces mesures, les revenus provenant des taxes n'ont pas fleuri et n'ont pas augmenté comme ils l'avaient prévu – le plus probable est qu'ils n'ont tout simplement pas compris qu'une baisse de 25% des revenus entraîne une baisse de 25% du revenu des taxes. Le représentant du FMI a été particulièrement étonné de découvrir que la taux d'inflation a augmenté jusqu'à 5,6%, sans imaginer que l'augmentation des taxes et des prix faisaient que l'industrie répercutait cette charge sur le consommateur, ce qui entraînait donc une augmentation de l'inflation. Les taxis ont augmenté leurs prix, les transports publics, même le lait et le pain ont augmenté. Créer de l'argent voulait dire « créer de l'efficacité » aux yeux des prêteurs – et la seule solution trouvée par nos politiciens était de ne plus assurer l'emploie des gens. Et donc le taux de chômage a atteint maintenant 16%. Les gens n'ont pas d'argent pour acheter. Les boutiques ferment. Il y a plus de chômeurs dans les rues. On vend donc moins. Et encore plus de boutiques ferment. C'est le cercle vicieux de la récession qui a été introduit. Il n'est donc pas étonnant si le ministre espagnol des finances a rejeté la semaine dernière les propositions de l'UE similaires à celles qui ont été imposées à la Grèce. De telles mesures, a-t-elle dit, ne vont pas stimuler la croissance mais mener à la récession.

 

Au sommet de tout cela, on trouve que l'argent des subventions entre et sort immédiatement – comme taux d'intérêts pour les pays prêteurs de l'UE qui reversent aux banquiers l'argent de leurs propres intérêts de leurs dettes. Dans ce contexte, il n'y a pas d'investissements dans l'industrie et l'économie du pays – et sans une restructuration de l'économie, il ne peut y avoir de fin à ce cercle vicieux. Plus de dettes vont simplement créer plus d'intérêts à payer qui nécessiteront de nouvelles subventions pour payer plus d'intérêts. J'ai encore en tête les statistiques pour l'Allemagne, pays qui est toujours prise comme exemple d'un pays florissant de l'UE. Elle a récemment emprunté 300 milliards d'euros (en gros l'équivalent de la totalité de la dette grecque) pour payer les intérêts d'autres dettes qu'elle a contracté auparavant.

 

Ainsi, le citoyen moyen paie effectivement la facture, alors que les investisseurs et les personnes plus riches, qui sont généralement leurs propres employeurs, conservent entre leurs mains une grande variété d'instruments et de possiblités de déclarer comme coûts leurs revenus afin d'utiliser les possibilités légales d'exemptions d'impôts.

Est-ce qu'on pourrait répartir cela plus équitablement ? - Évidemment, il y aurait une possibilité. Je n'ai pas de solution prête. Mais je suis convaincu que lorsque de vrais penseurs et des experts pragmatiques de ce monde viennent et s'asseoient ensemble pour exercer une certaine réflexion en dehors des cadres étriqués, ils peuvent en resortir avec des solutions permettant au pauvre et au riche de vivre mieux dans ce monde. La terre possède les ressources pour cela – c'est seulement la répartition des besoins qui doit être ajustée. Et la contribution de l'individu comme des corporations.

 

Peut-être devons nous repenser notre théorème de croissance continue. Les physiciens nous disent qu'il existe une limite naturelle à la croissance et que elle est dépassée; une explosion ou une destruction doit se produire – et il semble bien qu'il en aille de même avec le système financier global.

 

Le programme d'austérité est très impopulaire en Grèce et on a assisté à des manifestations de masse. Certains disent que les Grecs veulent tout simplement prolonger leur mode de vie insoutenable et au-dessus de leurs moyens. Qu'est-ce qui est au-dessus de leurs moyens ?

 

Oui, le peuple grec proteste car il en a assez. Il en a assez des politiciens qui leur mentent tout en continuant à dépenser l'argent en utilisant des hélicoptères, des avions d'État pour leur transport et de loger dans des hôtels de luxe quand ils voyagent. Ils en ont assez d'un système qui a volé la proportion de ce qu'ils ont versé à partir de leurs salaires et de leurs retraites. Et cela n'est qu'un exemple de ce que le peuple grec ne peut plus tolérer. Pour la première fois au cours de l'histoire contemporaine, nous avons affaire à des manifestations populaires d'une telle ampleur et qui ne sont pas contrôlées ou organisées par un parti politique ou un syndicat. Simplement pour dimanche dernier, cinq cent milles personnes se sont rassemblées dans les rues d'Athènes pour protester de façon pacifique contre les nouvelles mesures et contre les partis politiques qui ont violé le pays. Et les partis politiques sont effrayés. Comme l'est le gouvernement. Les ministres ont été bombardé avec des yoghourts. Ils n'osent plus marcher dans les rues d'Athènes. Les gens exigent des décisions maintenant, des solutions et des possibilités pour aller de l'avant.

 

Les Grecs sont très conscients du fait qu'il y a une dette impayable qui pèse sur leurs épaules et que cela signifiera des temps difficiles pour gérer tout cela. Mais ils demandent qu'on leur apporte des réponses raisonnables, pragmatiques, pour régler ce problème. Ils veulent seulement payer ce qu'ils doivent réellement – mais pas ce que les banksters et les politiciens ont inventé au cours de leurs constructions financières obscures. En finale, ils veulent avoir devant eux une voie qui leur permette de s'en sortir et non de s'enfoncer encore plus en acceptant de nouvelles subventions qui en réalité ne sont rien d'autres que de nouvelles dettes.

 

Qui vit au-dessus de ses moyens ? Tout d'abord laissez moi constater que le monde entier vit au-dessus de ses moyens. Nous utilisons et consommons les ressources de 2,5 planètes alors qu'une seule est exploitable. Nous avons tout réduit à une seule valeur, même ce que la planète avait offert gratuitement à l'humanité. La terre, l'eau, la nourriture étaient gratuites à l'aube de notre civilisation. Alors, en dernière analyse, nous avons tous besoin de réduire notre mode de vie à un niveau normal et cesser de vivre au dessus de nos moyens.

 

Pour ce qui est de la Grèce – il y a beaucoup de commentaires dans la presse non grecque présentant les Grecs comme vivant au-dessus de leurs moyens. Tout Grec moyen dépend du contrat de location de sa voiture, de la licence qu'il doit payer pour son camion, de son logement qui n'est pas encore complètement payé, et il ne peut certainement pas être celui à blâmer pour cela. Il est vrai que l'économie du pays ne correspond pas aux dépenses de ses citoyens, car toute l'économie de la Grèce, du secteur primaire au tertiaire, est paralysée. Mais on ne peut pas blâmer pour cela le Grec individuel qui essaie de vivre avec un salaire ouvrier moyen mensuel de 700 euros. Et certainement pas à ce moment précis où les mesures d'austérité ont même opéré des coupes dans ce revenu là. Pour le moment, les Grecs vivent de leurs épargnes et – ce qui ne sera pas possible plus longtemps – ils essaient d'obtenir des prêts pour ne pas mourir de faim. De nouvelles voitures ? Le taux de vente de voitures a baissé de 50% depuis l'année passée. De nouveaux appartements ? Les personnes qui le peuvent reviennent à la campagne pour épargner sur leurs dépenses et rejoignent d'autres membres de leur famille pour économiser sur les locations. « Enoikiazetai » (louer) et « poleitai » (vendre) sont devenus les slogans des réclames les plus communs dans la Grèce d'aujourd'hui.

 

Même si l'UE finance toutes sortes de privilèges pour ses fonctionnaires et ses politiciens, la pauvreté est en hausse dans beaucoup de pays de l'Union. En Allemagne, un résident sur six se trouve au-dessous du seuil de pauvreté alors que l'Allemange considère que le niveau de pauvreté est en-dessous d'un revenu de 11 151 euros annuel. Un niveau de pauvreté exceptionnellement élevé existe en Roumanie avec 1 297 euros de revenus.

Mais selon les derniers titres des journaux allemands à propos des Grecs, ceux-ci travaillent moins et accèdent plus tôt en retraite. Cela jusqu'à ce que les statisticiens découvrent que c'était un mensonge de « relation publique », et que ce sont les Allemands qui travaillent beaucoup moins et qui profitent de leurs retraites plus tôt que nous. Dès lors, sommes nous des citoyens vivant au-dessus de nos moyens ? Non. Mais il y en a qui vivent au-dessus, sinon nous ne serions pas dans cette situation. Est-ce qu'un bankster vit au-dessus de ses moyens quand il empoche des millions d'euros de bonus à la fin de l'année ? Ou bien ces investisseurs qui ont spéculé sur les crises grecques ? Oui ? Car ils vivent au dessus des moyens de tous les autres ?

 

Lorsque l'économie européenne a redémarré après la Seconde Guerre mondiale, nous avions partout des entrepreneurs – la plupart exerçant dans des activités familiales en pensant au futur et à ce qu'il allait advenir de leurs employés et de leurs enfants si jamais ils devaient fermer leur entreprise. Aujourd'hui, nous avons affaire à de grosses corporations. Les propriétaires de petites affaires ou leurs gestionnaires ne prenaient en moyenne pas plus que dix fois le salaire de l'ouvrier de leur compagnie. Aujourd'hui, un employé de banque derrière son comptoir gagne 1 500 euros, et son manager en empoche 15 millions ? Nous avons perdu le sens des réalités. Ce monde ne se pose plus la question de la supportabilité, mais uniquement de l'équilibre des actionnaires pour les trois prochains mois. Et c'est là le problème.

 

Une alternative serait que la Grèce refuse tout simplement de payer sa dette. Dans quelle mesure couper avec cela est une réelle possibilité ?

 

C'est une question facile avec une réponse facile. La Grèce ne sera jamais en état de payer ses dettes. Pas plus que n'importe quel autre pays européen ou bien les USA. Dès lors, ou bien nous tomberons en défaut de paiements, ou bien nous transférerons la dette grecque à la Banque centrale européenne. Le dernier plan, qui pourrait être plus pratique que ce qui se passe actuellement avec les subventions, devrait faire baisser la dette à mettre en vente vers des obligations de 10 ans à 3% d'intérêts. La Grèce paierait ainsi 3% pour dix ans à la Banque centrale européenne. Toutes ces solutions permettraient à la Grèce de réduire ses obligations de dette et laisseraient l'espoir d'une possibilité et suffisamment d'argent de subventions pour commencer à reconstituer et à revigorer son économie.

 

La Grèce a aujourd'hui un gouvernement social-démocrate qui a théoriquement vocation à mener une politique de justice sociale. Or, la réforme de la sécurité sociale et les coupes sévères dans les dépenses sociales ne correspondent par vraiment à l'idéologie socialiste du parti gouvernemental actuel. Pourquoi en est-il ainsi et est-ce qu'une renaissance de politiques sociales justes en Grèce est envisageable ?

 

La Grèce est supposée avoir un gouvernement socialiste et non pas social-démocrate. Le PASOK est un parti socialiste et Georges Papandreou est le président actuel de l'Internationale socialiste. Mais Moubarrak aussi était membre de l'Internationale socialiste. Après l'éclatement de l'Union soviétique, les différences entre la gauche et la droite sont dans le monde entier graduellement devenues troubles, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus beaucoup de différences entre les politiques de gauche, du centre et de droite. Cela fut aussi le cas en Grèce, où il n'existe plus beaucoup de différences entre la Nouvelle démocratie de centre-droit et le PASOK. Le PASOK justifie ses mesures d'austérité en soutenant qu'il ne savait pas qu'il allait trouvé une situation aussi catastrophique lorsqu'il a fait des promesses électorales assez ouvertes. Il semble que tous les partis dans le monde de nos jours essaient de se positionner au centre. La raison provient sans doute du désir de rassembler sous son toit politique autant de personnes que possible. Le désavantage de cette évolution réside dans le fait que les partis manquent tous d'une vision claire en terme de programme et d'actions – et progressivement aussi aux yeux des électeurs. Le futur nous dira si les partis vont survivre avec leurs lignes actuelles tout en conservant un large appui populaire. En Grèce, une renaissance de politiques sociales justes pourrait être possible après une chute contrôlée et socialement responsable. Il semble que cela doive être fait par de nouveaux partis politiques et non par les partis existant.

 

Est-ce que cela aiderait si la Grèce quittait la zone euro ?

 

Il n'y a pas de clause de sortie de la zone euro dans le traité de Lisbonne. C'est un club d'adhérents éternels. De telle sorte qu'une sortie d'un membre de la zone euro devrait être négocié. Si la Grèce devait quitter la zone euro et revenir au drachme, cela pourrait être bénéfique pour le pays sur le long terme, car dévaluer le drachme rendrait les exportations plus compétitives à l'extérieur, ce qui en conséquence stimulerait l'économie grecque. L'euro ne peut être dévalué. Cela amène automatiquement à la spirale actuelle de réduction des dépenses, qui ouvre la voie à une récession comme nous venons de le voir. Si un gouvernement grec gère de façon correcte la transition, cela pourrait être bénéfique pour le peuple de Grèce. Il y a toujours l'autre possibilité dont Bruxelles a peur. C'est le défaut de paiement à l'intérieur de la zone euro, avec l'euro. Dans ce cas, c'est toute la zone euro qui pourrait s'effondrer si l'on en croit l'opinion de certains banquiers. Ce qui arriverait dans une telle situation suivant l'annonce du défaut de paiement, c'est que l'euro perdrait alors environ la moitié de sa valeur. En considérant le fait que l'euro a déjà perdu environ 20% de sa valeur en comparaison avec le franc suisse ou le dollar australien ou d'autres monnaies encore, au cours des années passées (ce n'est plus que par rapport au dollar US que l'euro a gardé sa supériorité), un tel développement serait fortement indésirable. Les soi-disant marchés (qui sont en réalité les spéculateurs) commenceraient par mettre la pression sur le Portugal, l'Espagne et l'Irlande, mettant ainsi ces pays dans la même situation que la Grèce, avec un résultat similaire. L'Italie suivrait. Ce qui signifierait l'effondrement possible de la zone euro, ce qui aboutirait à un nouveau bouleversement financier. J'espère qu'une telle éventualité ne se produira pas, car si tel était le cas, ce serait la victoire du dollar US. Mais si cela était le résultat d'un défaut de paiement grec, cela pourrait être bénéfique pour la Grèce et son peuple. Alors qu'il en soit ainsi, peut-être fauil envisager comme point de départ un retrait contrôlé de la zone euro avant que l'effondrement complet du système pour contribuer à la survie des autres. Évidemment, les autres « PIGS »3pourraient suivre l'exemple de la Grèce et commencer eux aussi à quitter la zone euro, ce qui aboutirait en finale à dissoudre la zone euro. Ce qui permettrait à coup sûr de confirmer que toute cette construction était un échec dès le début. Une telle solution pourrait être en fait la moins domageable pour les peuples et leurs conditions de vie.

 

La situation du système bancaire est si critique que n'importe quelle banque importante pourrait s'effondrer en Grèce dans la période à venir. Le plus probable dans ce cas est que le gouvernement ne sera alors pas en position de distribuer comme la dernière fois une subvention de grande ampleur. Était-ce donc une bonne idée que le peuple grec ai sauvé les banques, et cela doit-il être répété ? Quelle serait la solution ?

 

Le système international des banques et des grosses corporations avec l'avarice des banquiers/investisseurs constituent une des raisons de la crise financière globale. En Grèce, le Grec moyen n'est pas très intéressé par l'investissement financier. Il est intéressé à épargner une petite quantité d'argent qu'il a déposé dans les banques. Actuellement, alors que les banques ont été amenées vers le chaos, la corruption et une situation malsaine, il réagit en retirant ses dépôts bancaires et en gardant son argent à la maison. Même si laisser son argent à la banque pourrait constituer une meilleure option, faute de quoi les banques pourraient tomber en défaut de paiement. Je ne veux pas poser maintenant la question de savoir où tout l'argent important est parti par le biais de cautions mutuelles, et avec quoi ils paient leurs millions de bonus. Mais il est évident qu'ils ont besoin de l'argent des pauvres pour pouvoir le faire. Sinon, ils seraient moins effrayés par le fait que les gens ferment leurs comptes. Qu'est-ce que la situation nous montre donc ? Rien d'autre encore une fois que l'avarice humaine a perverti la notion même d'esprit bancaire – qui au départ s'est développé principalement pour que les gens puissent avoir des dépôts sécurisés pour leur argent quand ils voyagent ou quand ils n'en ont pas besoin pour une certain temps, avec la possibilité de le récupérer à un autre moment à un autre endroit. Qu'une banque prenne une somme pour effectuer ces services est évident. Mais c'est l'avarice qui a pris le dessus. Ils prêtent à d'autres pour un temps précis avec des taux d'intérêts énormes qui dépassent largement les coûts nécessités par leurs services.

 

La restructuration du système bancaire global est nécessaire pour qu'il puisse fonctionner plus en fonction des intérêts des dépositaires plutôt que des banksters. Le système bancaire islamique peut nous apporter de bons exemples dans le mesure où il n'utilise les intérêts que d'une façon extrêmement limitée visant à couvrir les coûts, tout en interdisant totalement les spéculations et l'usure. Et ce système semble fonctionner. Tout au moins, aucune de ces banques n'a été jusqu'à présent mêlée à aucun des problèmes financiers répandus au cours de la crise financière mondiale. Et ce n'est pas le peuple grec qui a sauvé les banques. Ce sont les grosses banques qui les ont « sauvées » en leur assurant des profits supplémentaires en introduisant le mécanisme des cautions grecques.

 

Une enquête d'opinion publiée dans Kathimerini en 2009 révélait que 46% des Grecs avaient une opinion positive du socialisme; 21-26% des personnes agées de 18 à 34 ans considéraient que « Nous avons besoin d'une révolution »; et 60-65% de tous les groupes d'age considéraient que « Nous avons besoin d'un changement social profond ». Voyez vous une possibilité de changement radical en Grèce ?

 

Cette enquête date déjà d'il y a deux ans lorsqu'aucun Grec n'était conscient de ce qui était arrivé réellement et du degré de désastre de la situation et de la façon désastreuse dont elle allait être traitée par les spécialistes. Aujourd'hui, les réponses seraient certainement différentes. Une révolution et un profond changement social sont en train de se produire en Grèce. Il est pacifique et nous faisons tout notre possible pour qu'il le reste. La colère du peuple est si grande que s'il y avait des élections en Grèce aujourd'hui, il semble assez possible que le Parti communiste grec avec d'autres partis qui ne sont jamais entrés au parlement auparavant ou qui viennent d'être créés, pourraient entrer au parlement pour former un gouvernement de coalition. Les autres partis et les politiciens qui ont participé au viol du pays pourraient même ne plus entrer au parlement. Oui, la scène politique de la Grèce va changer d'une façon radicale car c'est ce dont notre pays a besoin.

 

* Secrétaire Général de l’Organisation de Coopération économique de la Mer Noire. Né en 1946 à Athènes où il a fait des études de Sciences politiques et d’Économie à l’Université d’Athènes. Il a été le représentant de la Grèce à l’ONU, le Directeur du cabinet diplomatique du Ministère grec des affaires européennes ainsi que son directeur général. Ses activités diplomatiques s’étendent de Toronto à Varsovie et d’Erevan à Pékin.

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Notes:

2 Récemment le député allemand de la CDU, Kauder, a déclaré dans un journal allemand qu'ils auraient encore à guider la Grèce avec une main de fer vers les Standards centre-européens

3« Cochons », terme acronyme anglais utilisé dans les médias anglo-saxons pour désigner, à partir de leurs initiales, le groupe d'Etats : Portugal, Irlande, Grèce, Espagne.

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