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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 14:53

 

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A notre époque de suicides de masse, en Grèce entre autre, et d'attentats-suicides là où le désespoir témoigne de l'omniprésence du « no future », à l'heure d'une gauche le nez sur le guidon et le regard fixé sur le rétroviseur de ses épopées passées permettant de cultiver l'illusion encore possible du refus de voir que la route mène vers l'abîme, et qu'il va bien falloir ou s'y jeter, ou opérer bientôt un tournant radical, ou se fabriquer vite des ailes pour s'envoler au-dessus du vide, une chercheuse roumaine nous apporte une réflexion sur notre état actuel « d'entre deux ».

            Après que tous les anciens possibles, nationaliste, social-démocrate, socialiste réel, néolibéral, mondialiste aient été expérimentés et avant que d'autres possibles ne soient imaginés. Alors que déjà les indignés de tous bords, ceux plus « calmes » des rives nord de la Méditerranée et du Rio Grande encore un peu consommatrices, et ceux plus « excités » des rives sud plus frustrées nous démontrent que le possible actuel n'est plus possible et que seul l'impossible devient désirable.

 

La Rédaction

 


DE NOUVEAU, « QUE FAIRE » :

 

NOTES SUR LA GAUCHE ACTUELLE AU CARREFOUR

 

Juin 2012

  Ana BAZAC*


Résumé. L’article pose en particulier le problème de la spontanéité et de la forme d'organisation nouvelle et évidente des mouvements de mobilisation de l’année 2011. Le cadre de ce problème est le capitalisme transnational dors et déjà incapable de stopper la crise du système. La structure sociale des mouvements de mobilisation montre que les illusions sociales-démocrates n’ont plus aucune base. Raison qui pousse à la construction d’une gauche nouvelle.

 

 

I

 

Le développement de l’économie à notre époque en « vient à imposer partout la formation de nouveaux liens personnels de dépendance et de protection »[1]. Cet aspect qui nous fait penser à l’Ancien Régime est néanmoins aussi caractéristique du capitalisme tardif. Son importance se relève, par exemple, dans la comparaison à faire entre ce système et l’alternative communiste, alternative qui n’a rien à voir avec ce que fut « le socialisme réellement existant ». Cette comparaison n'est pas le sujet du présent essai : c'est le fait incroyable, que la réalité des dépendances personnelles entre en collision avec le sacro-saint principe libéral de l’individualisme méthodologique et sociologique. Selon ce principe, les exploits de l’individu atomisé et indépendant expliquent le déroulement et la formation des relations sociales, y compris la hiérarchie des puissances individuelles. Mais les faits contredisent cette conjecture. Pourquoi cette conjecture, qui s'avère fausse, serait-elle si importante ? Parce qu’elle est le fondement de la politique de droite qui cherche à convaincre en partant justement de cette base.

 

 En plus, il existe une puissante opposition entre le principe libéral et l’attitude réelle du capitalisme envers l’individu. En effet, ce dernier devient inutile s’il ne consomme pas, et le capitalisme a donc besoin d’hommes quand ils achètent les biens produits dans le cadre de l’organisation économique capitaliste, mais il n’en a pas besoin quand ceux-ci ne participent pas à l’économie de marché et exigent un État social. De là découle son attitude face aux révoltes : ceux qui « demandent » – d’une manière diverse, y compris par le luxe et les marchandises offertes – doivent être défendus. À n’importe quel prix, fut-il par la réduction de la partie de la population quasiment inutile du point de vue de la consommation.

 

La gauche représente les gens qui consomment moins, mais comme ceux-ci sont hétérogènes, celle-ci se divise en différents types de gauche, historiquement (assez) antagoniques. La description de la gauche en fonction de la participation de la multitude à l’économie de marché ne suggère point que la solution du problème de la consommation serait la répartition équitable des biens. Tout au contraire, l’explication de l’antagonisme entre les différents types de gauche dépend du questionnement des relations structurelles qui déterminent et encadrent la consommation.


En outre, la manifestation politique des différentes catégories sociales dominées reflète leur position face à la consommation, comme moyen de montrer leur capacité d’agir individuellement : certaines couches de la classe dominée sont « supérieures » au reste, et sont ainsi déterminées à protester fermement, et ont plus de moyens de le faire que les autres. En effet, la modernité, c'est-à-dire la société occidentale, met en évidence le fait que les très pauvres ont plus tendance à être découragés qu'à être prêts à protester : les lumpen qui avaient attiré l’attention de Karl Marx, constituent plutôt une masse de manœuvre pour les forces réactionnaires. Ceux qui protestent ou qui conduisent les manifestations – même s’ils constituent des catégories différentes – veulent obtenir des résultats concernant l’amélioration de leur situation, et du coup, ils n’ont pas l’intention de toucher à la logique sociale qui les encercle. Peu importent les belles phrases qui légitiment leur révolte d’individus destinés à mener des vies ratées, la tension insupportable à laquelle ils sont soumis vient de la contradiction entre leur volonté d’utiliser la force collective afin de changer la direction de leur vie individuelle unique et, d’autre part, la peur d’aller plus loin qu’il ne leur est permis : le mouvement qui vise à l’amélioration des conditions et non à leur changement parvient à être sacralisé par les acteurs ou les candidats se déclarant au poste permettant de faire jouer l’histoire.

 

II

 

Il existe deux points de vue permettant de caractériser la gauche. Le premier vise les structures sociales et décrit les mouvements et la représentation des classes et couches dominées face et dans les relations de domination – soumission. Le second est historique et se réfère à la constitution concrète des manifestations et représentations des catégories dominées. Le capitalisme occidental a vu l’apparition du concept de gauche dans le contexte  de la lutte entre différentes classes aisées mais antagoniques dans leur lutte pour le pouvoir ; plus tard, l’étendard des luttes sociales a été reçu par le prolétariat à l'époque de la première révolution industrielle. Avec le capitalisme transnational, qui a commencé il y a environ 30 à 40 ans, les choses sont devenues plus compliquées : d’une part, nous observons depuis la transition vers le prolétariat de la seconde révolution industrielle, une coexistence et une superposition des différents niveaux historiques et professionnels, des différents niveaux de vie et de mentalités de la force de travail. Cette transition entraîne, d'une part, une évidente inertie des formes et institutions de représentation politique.

 

On voit bien ici qu’il s’agit de deux aspects essentiels de l’ontologie des relations sociales : celui des mouvements, plus ou moins spontanés, mais issus des intérêts et des situations constitutives des catégories dominées, et celui de leur représentation politique, ce qui inclut les relations asymétriques à l’intérieur des structures prolétaires.

 

A l'époque du capitalisme national – quand par exemple, les marchands britanniques vendaient les produits faits par la force ouvrière de Manchester – une certaine convergence entre, d'une part, l’esprit spontané de lutte contre la domination et d’autre part, l’organisation syndicale et des partis de gauche s'est instituée. Mais dès que le processus de trans-nationalisation a commencé à montrer sa puissance – par la délocalisation de la production des pays développés et, en conséquence, par la tendance visant à déréglementer l’État social – la divergence entre l’esprit spontané et l'organisation traditionnelle de la gauche alla de pair  avec leur recul face à l'immense manipulation néolibérale en cours. La tertiarisation de l’économie occidentale et l’essor de « la classe moyenne » consécutive ont constitué la base de la conscience sociale marquée de nouveau par l'individualisme et par l’indifférence envers les coûts sociaux de son propre bien-être : tant pour les coûts internes qu’en dehors des métropoles. L’idéologie dominante effaça l’idée de classe sociale et de division de classes en la substituant par celle des marginaux involontaires, pour lesquels on devait faire encore un petit effort afin de les inclure et les intégrer.

 

La société de consommation paraissait être le but enfin atteint par tant de nouveaux travailleurs, en titre ou pas, dans les bureaux des services hyper développés ; et cela se produisit de deux points de vue : de celui du (néo)libéralisme et de celui de la social-démocratie qui, tous deux, faisaient du jeu de l’offre et de la demande l'essence de la société marchande capitaliste et la preuve de son infinie supériorité face à l’alternative « communiste ». Au stalinisme qui tablait sur « le socialisme dans un seul pays »[2], la gauche social-démocrate lui opposait un « capitalisme dans un seul pays », c'est-à-dire l’illusion que la société marchande pourrait assurer le développement de chaque entité étatique, et de chaque population vivant dans ces entités, sans être gênée ni par les relations concurrentielles entre les États ni par le prix social payé par les peuples extérieurs au « premier monde ».

 

C’est ainsi que ces deux faces de la même idéologie dominante ont montré la même position devant la transgression des principes démocratiques dans la vie réelle interne et dans les relations internationales. Ce sont plutôt les couches « excentriques », telles que les étudiants et les jeunes intellectuels, qui ont protesté contre cet empiètement. « Le printemps 1968 » en fut l’illustration. Et c'est justement à cause de la position traîtresse observée alors par la gauche traditionnelle, social-démocrate et stalinienne, que l’Occident a connu des mouvements anarchistes et des évolutions violentes – d’ailleurs fréquemment orchestrées / instaurées par les services de renseignement[3] –  qui effrayaient une fois de plus les bons bourgeois soucieux de leur sûreté et qui, en même temps, ne représentaient pas des moyens efficaces pour changer les choses.

 

La séparation entre la protestation spontanée et le comportement politique de la gauche organisée: ce phénomène historique de grande importance s'est produit en Occident surtout avec le pacte de la social-démocratie avec l’establishment de la société marchande privilégiée capable de soutenir un État social. Ce pacte explique la défaite des mouvements spontanés ou spontanément soutenus pendant toute cette période.

 

III

 

« Le règne autocratique de l’économie marchande », dont parlait déjà en 1967 Louis Debord, s'est poursuivi en dépit de toutes les protestations pratiques et de toutes les critiques développées par des intellectuels focalisés sur le fonctionnement du capitalisme et sur les situations montrant la dégradation des conditions de vie malgré l’essor de la société de consommation. En effet, une direction principale de l’activité intellectuelle a été de tenter d'avoir une meilleure compréhension du fonctionnement de la société en vue de suggérer des moyens de le corriger : mais sans trop la déstabiliser ; des manifestations comme celles de Einstein et Bertrand Russell – voir leur Manifeste en 1955 et le Tribunal international des crimes de guerre – étaient des exceptions vite oubliées dans les années 1970, 1980 et 1990.

 

Le capitalisme avait encore des réserves, ou bien il ne pouvait pas rendre les armes avant d'utiliser toutes les forces productives – la science et la technique qui étaient/ sont à la base d'une nouvelle révolution industrielle – développées dans le cadre de ses relations. On se trouvait alors seulement au seuil de la crise systémique : la trans-nationalisation puis la financiarisation[4] de l’économie étaient considérées comme la manière miraculeuse de sauver la baisse tendancielle du taux du profit observable déjà dès les années 1970, et les sommes d’argent créées par ces processus soutenaient les grandes affaires faites lors des guerres et de la mondialisation de la société du spectacle.

 

Des pertes de plus en plus grandes, des destructions, des assassinats de masse silencieux, des déséquilibres irréversibles de l’environnement, des souffrances sociales et le gaspillage de la créativité unique et irremplaçable de chaque personne humaine, tout ça à un niveau toujours plus élevé que jamais, dépassant largement les progrès obtenus : la course à la trans-nationalisation et à la financiarisation les a aggravées tellement que ni les théories économiques ni les méthodes de gestion les plus sophistiquées ne peuvent rééquilibrer une crise qui n’en est plus une d’étape (comme celle du capitalisme monopoliste, marqué par la Grande Dépression de 1929-1933) mais de système.

 

C’est justement au cours de la période d’intermezzo des années 1970-1990 (ou 1970-1999) que « la domination spectaculaire a pu élever une génération pliée à ses lois »[5], c'est-à-dire que la manipulation a pu généraliser une retraite quasi-totale de l’esprit critique d’après-guerre au sein de la population occidentale et imposer la domination, aidée en cela par le réformisme social-démocrate, de la politique d’alternances sans alternatives. L’effort visant à préserver l’État social a dû affronter un capital trans-national de plus en plus fort et plus puissant que les mécanismes politiques visant à préserver un tant soit peu les intérêts de la masse de la population.

 

Mais plus d’une décennie d'accumulations issues du spectacle et de leur démenti par et dans la vie réelle, y compris par la crise économique, ont permis le bond qui s'est produit en 2011: pour le moment seulement initié, et toujours ouvert, mais pas moins antagonique pour autant par rapport à l’entière continuité antérieure du mécanisme économique et politique, de sa fixité idiosyncrasique. L’analyse présente questionne donc la fixité de toute la gauche traditionnelle. A laquelle on peut se poser la question : est-elle encore de gauche ?

 

IV

 

De nos jours, la plus ardente contradiction présente dans l’attitude de la gauche est celle existant entre son organisation formelle traditionnelle (partis de type social-démocrate, syndicats « dans un seul pays ») et, d’autre part, sa manifestation spontanée. Ou bien, celle existant entre son inefficacité, liée surtout à son organisation formelle, et les attentes de gauche : celles de changer le cours des choses, d'en finir une fois pour toutes avec la constitution d’une société qui engendre tant de choses intolérables. Mais l’impatience de voir nous-mêmes les fruits de notre espérance n’est que l’allumette qui brûle au dessus du charbon de plus en plus dense au fond de notre âme : de même qu’on ne peut pas se chauffer avec des allumettes, on ne peut pas substituer le combustible de la détermination d’agir du point de vue de la gauche par le seul désir de voir l’étincelle du changement.

 

Ce combustible, c'est l’analyse permanente, la capacité d’autocritique, le refus de ne pas oublier ne serait-ce qu'une seconde les objectifs de la gauche et leurs enjeux dans les souffrances socialement créées, le gaspillage de tant des vies, la mort avant terme qui n’est absolument pas inéluctable. Ce combustible, c'est la volonté de juger l’organisation sociale du point de vue de ces enjeux et simultanément de ne pas s’illusionner en confondant les occurrences favorables aux changements avec les conditions objectives et subjectives d’un processus révolutionnaire.

 

« On ne doit pas être effrayé de vouloir ce qu’on désire réellement »[6] : le combustible, c'est la volonté de ne pas oublier de « rêver » aux alternatives au capitalisme et, évidemment, d’oser proposer des procédures capables d’ouvrir ces rêves et ces alternatives aux situations actuelles paraissant inébranlables, comme le pouvoir qui les domine.

 

Il est certainement difficile de ne pas montrer de faiblesse devant cette tension de la volonté. Certains disent que la seule manière de freiner cette faiblesse est d’être si idéaliste qu’on puisse mourir pour une idée. Et comme on voit bien que notre temps marqué par « le bonheur paradoxal »[7] de l'hyperconsommation, ou bien par une civilisation qui nous invite à la goûter pleinement, minimise la disponibilité pour les batailles d'idées, du moment que celles-ci paraissent insuffisamment efficaces (pour changer ou pour élargir l’horizon du bonheur) ; et  puis aussi puisqu'il nous apparaît que presque personne ne veut plus mourir pour une idée, il nous semble donc qu'on ne pourra jamais disloquer l’ordre social capitaliste.

 

Mais en fait, on ne doit absolument pas mourir pour une idée[8] : c'est tout le contraire, on doit vivre pour elle. Et qu’est-ce que cela veut dire : vivre pour une idée ? C'est juger la vie justement au travers du filtre des idées, et les idées au travers des faits de la vie. Vivre pour une idée, c’est la créer continuellement : afin qu’elle ne reste pas en arrière des faits, qu’elle ne devienne pas un frein à la pratique politique, qu’elle condense la variété des situations et les jugements les plus responsables concernant cette variété.

 

V

 

Aujourd’hui, beaucoup des gens arrivent le plus souvent spontanément à l’idée que le rythme d’action pour arrêter le cours du capitalisme est trop lent : il faut donc le presser. Mais comment ?

Certains croient qu'un contrôle strict des procédures démocratiques serait le moyen de rétablir l’ordre constitutionnel antérieur aux dérapages actuels et que le système serait suffisamment sain pour pouvoir les écarter à l'avenir[9]. Ce point de vue souligne l’importance de la loi et des procédures qui doivent être respectées ; mais en même temps, la loi seule ne suffit pas : car qu’est-ce qu’elle est sinon la consécration des rapports des forces ? Et comment donc pourrait s’établir une « réconciliation entre capitalisme et démocratie » ?

 

D’autres considèrent qu’il faut plus[10] : tout d’abord transformer la théorie de l’organisation nécessaire afin que le pouvoir soit pris, selon les leçons des partis de gauche[11] et du stalinisme, dans une théorie correspondant aux exigences démocratiques horizontales[12] de notre contemporanéité générée par la deuxième révolution industrielle en cours et par la structure sociale afférente. Comment aménager l’organisation  et  la spontanéité[13] ? Voilà  une des questions les plus urgentes qui implique la reconstruction de l’idée de lutte sociale. Et en effet – c’est la seule suggestion qu’on puisse faire ici – si le mouvement spontané reflète l’étape et le niveau du capitalisme présent, alors la relation entre ce mouvement et l’organisation en vue d’atteindre l’efficacité ne ressemblera pas aux modèles historiques connus. Et si, selon Trotski, la direction de la Révolution russe n’avait pas appartenu au Parti bolchevique, le mouvement inorganisé aurait pu être canalisé vers une version russe de ’fascisme’, cinq ans avant la marche sur Rome. Aujourd’hui, il nous apparaît que cette évolution politique vers l’extrême droite pourrait devenir possible, justement à cause de la séparation entre les organisations soi-disant de gauche et de fait obsolètes, et la masse de la  population.

 

Tout cela parce que les organisations pensent d’une manière fixiste de type social-démocrate[14], et que les mouvements de mobilisation eux-mêmes doivent ou vont constituer leurs propres moyens de coordination. Tous les phénomènes spontanés actuels (occupy, indignados, « démocratie maintenant ») de l’année 2011 montrent la nécessité du caractère révolutionnaire des organisations – c'est-à-dire allant au delà des exigences d'un État providence, exigences adressées aux gouvernements nationaux et au capital se manifestant dans le cadre de l’État - nation – : le plus probablement construit de bas en haut, par l’intermédiaire de formes ad hoc de démocratie directe inventées à l'occasion des mouvements spontanés ; mais absolument nécessaire[15].

 

Alors que le Parti communiste de l'époque du « socialisme réellement existant » avait substitué à la mobilisation révolutionnaire la quête neutre du bien-être matériel comme moyen de mesurer le succès du développement « post-révolutionnaire » de la nouvelle organisation de la société[16] (de cette manière, le parti communiste avait subordonné la mesure originelle du communisme – la dignité de chaque personne et la manifestation de créativité de chaque personne – à la mesure capitaliste ; signe de défaite, plus, de capitulation absolu), aujourd’hui les mouvements spontanés traitent déjà la relation avec l’ordre capitaliste en ayant la prétention de le changer pour qu’une vie meilleure[17] soit réalisée, et la revendication du droit à un régime qui puisse stopper les conséquences écologiques et sociales inévitables de la logique capitaliste. C’est là la raison des objectifs des mouvements occupy : « trop vagues »,  selon le goût des coryphées bourgeois et petit-bourgeois habitués aux demandes fragmentées des partis et des syndicats « dans un seul pays », simplement anti-capitalistes, selon la volonté des participants. Et ces mouvements ne sont pas le fruit des organisations de la gauche traditionnelle[18].

 

VI

 

Ce problème est lié à celui des rapports entre les valeurs[19] universalistes de gauche (égalité sociale, respect de la dignité de la personne, autonomie de la personne, obligation envers la collectivité, activisme social) – traditionnellement européennes – et celles qui sont  spécifiques aux mouvements issus de l’autre histoire de la modernité, celles de la lutte contre la colonisation et la domination des populations et des cultures. Ces deux espèces des valeurs sont historiques et ne se substituent pas l'une à l'autre : elles s’enrichissent plutôt mutuellement. Il existe même une équivalence entre elles : au sens que les valeurs universalistes tirent leur sève de la concrétisation des histoires particulières ; ces valeurs, formulées plutôt d’une manière abstraite, sont des valeurs particulières devenues dominantes au cours de l'évolution ; c’est la raison pour laquelle la gauche doit s’ouvrir à toutes les expériences et aspects des valeurs.

 

Il n’y a de primordialité que selon les contradictions et les problèmes concrets des rapports des forces qui font avancer la gauche. Mais il n’est pas du tout productif de juger les choses d’une manière préconçue ni, par exemple, celle de la nécessité d’un État social en Occident, sans tenir compte de l’asymétrie économique historique avec le reste du monde, ni l’exigence de garder et de développer la culture des pays de l'Est européen, tout en considérant que les arguments culturels se substitueraient à ceux de l’économie.

 

Le traitement théorique[20] des complexes historiques de supériorité et d’infériorité est lié au processus de démocratisation, promu par les valeurs universalistes d’égalité sociale et freiné par la nostalgie tournée vers le passé[21]. En même temps, il est lié à un rationalisme conséquent tout à fait opposé à une critique du « socialisme réellement existant » qui passe sous silence le capitalisme et son modèle fixe de démocratie (à la manière de V. Havel, par exemple[22]).

 

La théorie politique se développe en se confrontant aux tentatives d’émancipation[23]. Concrètement, en se confrontant par exemple aux buts poursuivis par la gauche informelle se situant sur le flanc de la gauche mainstream américaine : demander au président et au congrès de fixer un moratoire sur toutes les expulsions domiciliaires, d’étendre Medicare à tous les Américains sans exception, de réclamer des élections financées publiquement et l’interdiction faite aux responsables élus de quitter leur fonction pour devenir lobbyistes, de créer une banque publique, propriété de l’État, dans chacun des 50 états et d’imposer des règles strictes sur toutes les compagnies qui ont tiré un profit énorme de la dérégulation (« et la première de ces règles est celle-ci : 'Ne faites de mal à personne' ». La seconde est : « Il faut toujours se poser la question : est-ce pour le bien de tous ? »), de déclarer que toutes les ressources énergétiques sur terre et en-dessous sont notre propriété collective, à nous tous (« Exactement comme ils le font dans l’Alaska 'socialiste' de Sarah Palin »), etc.[24] Ou en se confrontant à des objectifs de la gauche européenne comme la réduction de la dette du Tiers Monde avec, en même temps, la re-consolidation de l’État social.

Toutes ces propositions, importantes du point de vue de la critique morale implicite et de la démonstration qu’il y a toutefois des alternatives (donc combattant la thèse de droite explicite ou camouflée)[25], nous poussent vers la théorie visant à reprendre la démonstration qu’il ne peut y avoir d’État social limité à des fragments du monde, et que sa réalisation mondiale présuppose d'emblée un autre fonctionnement de la logique économique, autour des besoins de chacun/e et de tous/toutes et non autour du profit privé, etc.

 

VII

 

Mais avec ou sans fondements théoriques menant aux actions conséquentes, leur réalisation implique une position active des différentes couches de la multitude sociale. La critique et l’amélioration des actions peuvent avoir lieu seulement dans le cadre de ce processus. Les mouvements spontanés de 2011 montrent leur spécificité justement par l’effort « du peuple » d’assumer la qualité (et pas seulement « le rôle » ou « la fonction ») de sujet historique actif et de créateur d’alternatives (c'est-à-dire de subjectivité). Ces alternatives ne suivent pas (seulement) les exploits des dirigeants, quelles que soient leurs intentions. Si la bourgeoisie avait œuvré à « la révolution passive », dont parlait Gramsci, si la tentative de perestroïka, de renaissance et de transparence fut une réforme, c'est-à-dire l’œuvre de la classe dominante et « sans le peuple »[26], la crise du système re-génère de nouveau un mouvement de sens alternatif[27].

 

VIII

 

La tournure des mouvements contestataires en 2011 montre le changement de la base sociale qui leur est à la source. Il s’agit du nouveau prolétariat issu de la deuxième révolution industrielle (IT etc.), et en même temps de la prolétarisation des couches tertiaires déterminée par la même révolution industrielle : tout cela sur fond de crise du système. En effet, même si la mondialisation/le capitalisme transnational représente une phase supérieure du capitalisme, née de sa propre logique – ayant ainsi la fonction d’assurer le développement du capital, donc de lui donner encore du temps –, cette phase tend cependant à se superposer à la crise du système : les coûts dépassent largement les bénéfices, et même la croissance du capital n’a plus lieu principalement par le biais d'investissements productifs mais par financiarisation et  « accumulation par dépossession »[28] comme l’a bien observé David Harvey.

 

Pour le moment, les illusions des tertiaires qu’ils vont retrouver leurs standards de pouvoir d’achat et de position sociale antérieurs minent leur conscience sur le caractère définitif de la chute imposée par la bifurcation sociale : ils se conçoivent encore comme « classe moyenne » ; il en va de même avec les nouveaux prolétaires. C’est la cause de la continuité du sens des (seulement) protestations et demandes dans beaucoup de manifestations ; c’est aussi le terrain vulnérable permettant la conversion de leur courroux vers des issues nationalistes, racistes, particularistes, vers une nouvelle subordination aux messages d’extrême droite.

Mais le noyau du nouveau prolétariat existe déjà : il s’agit de la jeunesse éduquée d’une manière intégrative dans la présente révolution scientifique et qui n’a pas encore les chaînes qui forcent vers la captivité le reste de la population. Si le processus technique exclut de plus en plus la force de travail du champ du labeur, en générant le sentiment que la condition d’exploité serait même un privilège, cette jeunesse éduquée refuse toutes les trajectoires marquées par cette condition : elle ne veut plus d'un simple boulot lui permettant de perpétuer une vie réduite à la satisfaction matérielle, mais elle désire la transformation de ce régime même. Elle ne veut pas seulement « avoir » mais surtout « être », vivre à la lumière des valeurs du souci mutuel, de sollicitude envers le monde[29].

Pourtant le moment présent est (encore) celui d'une coexistence des niveaux de révolutions industrielles et de structures sociales, et, évidemment, de conscience sociale. C’est la raison de la transition qui caractérise la période présente. L’inertie peut paraître décourageante : mais le rythme historique est plus alerte que jamais.

 

IX

 

On se souvient de la question exaspérée de La Boétie : comment est-ce possible qu’ils ne protestent pas ? Eh bien, voilà qu’ils protestent : mais jusqu’où ? Quelle est la limite de la protestation aujourd’hui ? La limite principale est le travail et la position des gens face au travail.

Au 19ième siècle, les travailleurs ne pouvaient pas faire la révolution, parce que la domination politique était la transposition de la division technique du travail – physique et intellectuel – et ainsi il y avait encore la nécessité de l’exploitation. De nos jours, nous sommes seulement dans une étape de transition, la division technique du travail existe encore, même si elle n'a pas uniquement comme source la logique technique et scientifique mais aussi/ surtout les freins mis par le capital. Et c'est justement les forces antagoniques et les différents niveaux du travail qui constituent le terrain de limite des mouvements : au fond de leur cœur, les gens ne veulent pas changer le régime capitaliste parce qu’ils sont effrayés de perdre l’ordre qui leur est assuré par le boulot, le métro… (Camus) et qui constituent une partie déterminante du contenu de la vie.  Évidemment que le changement du régime capitaliste changera l’ordre : mais pas avec le désordre. Les gens iront au travail – même plus d’entre eux qu’aujourd’hui – mais, justement à cause de la substitution du profit comme élément clef de l’économie, et donc de la logique des emplois, avec les besoins, ils pourront  travailler et toujours étudier dans des séquences réglées par la nécessité sociale mondiale réelle  (y compris écologique) et par leurs désirs réels[30].

D’autre part, une certaine majorité qui proteste en Occident[31] – et qui n’est donc pas la majorité silencieuse – est formée de cadres et de membres de la classe moyenne : pas seulement en terme de salaire et de pouvoir d’achat (au sens de Veblen) mais surtout en terme de propriété (au sens traditionnel du concept de classe moyenne). Cette majorité ne veut pas, évidemment, perdre le privilège des positions qu’elle a acquis. De cette manière, le kairos, le moment juste est perdu[32], parce que ce moment n’est pas seulement celui de la prise du pouvoir mais aussi celui où les hommes peuvent imposer leurs propres objectifs aux « conditions pétrifiées », ce qui veut dire saisir les tendances divergentes existant dans les conditions pétrifiées et utiliser ces tendances au profit des buts humains.

 

X

 

Le danger d'une glissade vers une politique radicale de droite, et même vers des éléments d’extrême droite, élections où la droite est gagnante, et inévitablement plus radicale qu’auparavant, gouvernant même avec des lois formellement non démocratiques et transgressant les procédures démocratiques[33], où l’autoritarisme tient comme réserve des éléments d’extrême droite, la substitution d’un État capitaliste mais en général re-distributif par un État néolibéral[34], tout cela a été permis par la gauche de type social-démocrate[35], « demandant infiniment » à l’État qui semble considéré comme si c'était quelque chose qu'on ne pouvait pas disloquer. C’est une situation de « parasitisme réciproque » entre l’État capitaliste et cette gauche faux-semblant qui le soutient, alors qu'une autre solution doit être imaginée : celle de transformer le caractère de l’État, par l’intermédiaire d’une action politique anti-capitaliste.

De ce point de vue, l’exemple de Chavez en Venezuela montre une voie que la gauche ne peut pas repousser[36] avec des arguments. Cette voie, précédée par un autre moment latino-américain d’attaque du capitalisme[37], n’est pas seulement une action qui répèterait la lutte pour créer un État socialiste, en affrontant donc le capitalisme local – puisque cette manière a été vaincue par le capitalisme international – mais elle doit être en plus une action tendant à construire des « véhicules nouveaux »[38] pour une mobilisation démocratique réelle et ressentie spontanément comme nécessaire. En tout cas, on ne peut pas affirmer que le modèle de démocratie représentative occidentale soit indépassable, ou que les propositions, de nouveau, de mesures comme la taxe Tobin ou la taxation des riches « pour sortir de la crise »[39] seraient réalistes, ou enfin que seulement une seule manière de transformation révolutionnaire serait viable[40].


La valorisation de la spontanéité et la contrainte de l’organisation efficace forment le cadre de l’action présente de la gauche. Et parce qu’on est déjà passé par l’expérience du retard (et de l’inefficacité) du front populaire qui s'est opposé à l’extrême gauche d’entre les deux guerres, on sait qu'il vaut mieux prévenir les succès de la droite radicale : non pas en répétant la méthode du front populaire, fragmenté, et aux buts limités par la collaboration entre le capital national et les travailleurs, mais en proposant  un nouveau « front », réellement internationaliste, puisque le capitalisme est déjà transnational, et en dépassant les querelles sectaires, les querelles historiques qui n’ont plus de pertinence face à l’état d’urgence du monde. On peut choisir de se retirer pétrifié devant le mythe de la puissance absolue du capital ou « décider là où la décision paraît impossible »[41].

Les mouvements spontanés de l’année 2011 n’engendrent pas de fausses espérances. L’optimisme qu’ils émanent est tempéré dans la même mesure que le pessimisme qui résulte de la phase d'après le présent regroupement des forces impérialistes et de leur stratégie agressive[42] : il s’agit seulement de tendances et seulement de la volonté de minimiser hic et nunc les souffrances sociales. La lucidité est soutenue par la conscience de nos limites face à la complexité de la société et donc de la nécessité de l’audace[43].

 

Références:

 

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[1]           Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, 1988, XXVI, http://pagesperso-orange.fr/dumauvaiscote/commentaire4.htm.

 

[2]              Voir la critique de Trotsky: La révolution défigurée, Paris, Rieder, 1929 ; The Revolution Betrayed, 1936, http://www.marxists.org/archive/trotsky/1936/revbet/index.htm; aussi Ana Bazac, « What felt? Remarks on the ontology of communism », Alternativy, 2010, http://www.alternativy.ru/en/node/1334.

[3]              Voir plus tard les subventions pour les mouvements menant à la subordination des pays au capital, http://asymetria-anticariat.blogspot.com/2011/12/les-financements-national-endowment-for.html.

[4]              Voir combien de fois la valeur des transactions financières dépasse celle des échanges commerciaux.

[5]              Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, III,

                 http://pagesperso-orange.fr/dumauvaiscote/commentaire4.htm.

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span lang="ro" xml:lang="ro">[6]              Slavoj Žižek speaks at Occupy Wall Street: Transcript, October 25, 2011, http://www.imposemagazine.com/bytes/slavoj-zizek-at-occupy-wall-street-transcript.

[7]              Gilles Lipovetsky, Le bonheur paradoxal. Essai sur la société de hyperconsommation, Paris, Gallimard, 2006.

[8]              Ce point de vue appartient également, on le sait bien, à l’extrême droite, et il peut apparaître pendant les crises sociétales y compris au sein de la gauche. D’ailleurs la crise historique de la gauche – commencée avec la social-démocratie de Bernstein comme réponse de la classe ouvrière de la première révolution industrielle « dans un pays » développé et sans tenir compte des coûts sociaux extérieurs à la distribution des restes après l’accumulation des profits par le capitalisme de ces pays, et ainsi comme antagonisme entre cette logique social-démocrate et celle (théorisée par Marx) du prolétariat mondial et de son évolution dans le système – a été le témoin du désespoir des situations- limite où se trouvaient des mouvements vaincus. Ces états- limite avaient généré une espèce de platonisme où l’idée et sa pureté révolutionnaire généreraient le succès par l’intermède des convictions idéologiques absolues, écartant tout doute et critique, comme toute conception évolutionniste des idées résultant des problèmes et situations sociaux. En ce platonisme, le révolutionnaire était caricaturé comme « mourant pour une idée ».

[9]              Georg Diez, Habermas, the Last European. A Philosopher's Mission to Save the EU, 25 novembre 2011, http://www.spiegel.de/international/europe/0,1518,799237,00.html.

[10]             Parce que ni la théorie traditionnelle selon laquelle la démocratie consisterait seulement en des procédures de limitation du pouvoir, de contrôle des dirigeants (et ne serait absolument pas le pouvoir du peuple) n’est plus réaliste : car ces procédures dépendent de rapports de forces entre la bourgeoisie et le prolétariat, et des situations dans lesquelles se trouvent la classe du capital (la crise de système).

[11]            Voir Roberto Michels, Zur Soziologie des Parteiwesens in der modernen Demokratie. Untersuchungen über die oligarchischen Tendenzen des Gruppenlebens, 1911, traduit comme Sociologia del partito politico nella democrazia moderna : studi sulle tendenze oligarchiche degli aggregati politici,  augmenté, 1912; Les partis politiques; essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, traduit par S. Jankélévitch (1914), http://www.archive.org/stream/lespartispolitiq00michuoft#page/n3/mode/2up.

[12]            Voir David Graeber, On Playing by the Rules – the Strange Success of #OccupyWallStreet http://www.nakedcapitalism.com/2011/10/david-graeber-on-playing-by-the-rules-%E2%80%93-the-strange-success-of-occupy-wall-street.html.

[13]            Voir aussi Paul Mattick, Stalinisme et bolchévisme, 1947, http://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=12.

[14]            Immanuel Wallerstein, L’illusion social-démocrate, 15 septembre 2011, http://www.medelu.org/L-illusion-sociale-democrate.

[15]            Idée soulignée maintes fois par le Comité International de la 4ième Internationale ; toutefois je ne suis pas d’accord avec l’auteur de Greece: The Syntagma Square movement—no real democracy, 24 June 2011, http://www.wsws.org/articles/2011/jun2011/gree-j24.shtml; le mouvement « démocratie maintenant » est une épreuve qu’on doit assumer, tout en dépassant ses limites.

[16]              Imre Szeman, “The Left and Marxism in Eastern Europe: An Interview with Gáspár Miklós Tamás”, Mediations, Journal of the Marxist literary group, Volume 24, no 2, 2010, http://www.mediationsjournal.org/articles/the-left-and-marxism-in-eastern-europe.

[17]             Slavoj Žižek speaks at Occupy Wall Street: Transcript, ibidem: “We don’t want higher standard of living. We want a better standard of living”.

[18]            Voir aussi Eric Duhaime, Life lessons learned by Occupiers, December 01, 2011, http://www.charlesadler.com/2011/12/life-lessons-learned-by-occupiers.html.

[19]             « Le passage du possible au réel suppose que ce possible soit valorisé, puisqu’un avenir humain ne peut naître  que si la conscience le conçoit et l’approuve avant de le réaliser », Yvon Quiniou, « La dialectique du nécessaire, du possible et de la valeur dans l’idée de révolution »,  en Bertell Ollman et Lucien Sève coordinateurs, Dialectiques, aujourd’hui, Paris, Syllepse, 2006, p.222.

[20]            Voir Ovidiu Ţichindeleanu, O deschidere către… piei estice, măşti europene, Cluj-Napoca, Tact, 2011 [Une ouverture vers…peaux d’est, masques européennes].

[21]            Samir Amin, The democratic fraud and the universalist alternative, 23 novembre 2011, http://www.pambazuka.org/en/category/features/78169.

[22]            Slavoj Žižek, Attempts to Escape the Logic of Capitalism, http://www.lrb.co.uk/v21/n21/slavoj-zizek/attempts-to-escape-the-logic-of-capitalism. Mais voir aussi le mea culpa de Gáspár Miklós Tamás, ibidem.

[23]             Voir aussi Louis Althusser, « Marx dans ses limites » (1978), et Louis Althusser, Écrits philosophiques et politiques, Tome I, textes réunis et présentés par François Matheron, Paris, Stock/Imec, 1994, p. 381. Mais retenons, p. 380 : « la critique est critique du réel existant  par le réel existant lui-même (soit par un autre réel, soit par la contradiction interne au réel). Pour Marx, la critique c’est le réel se critiquant lui-même, éliminant lui-même ses propres déchets, pour dégager et réaliser laborieusement sa tendance dominante, active en lui ».

[25]             Voir István Mészáros, A tőkén túl (Beyond Capital, 1994), Budapest, L’Harmattan – Eszmélet Alapitvány, 2009, Tome II, le slogan (« Il n’y a pas d’alternative – Margaret Thatcher, On peut faire du business avec M. Gorbatchev »). Tandis qu’un penseur marxiste comme Georg Lukács avait insisté sur le fait que pendant les grandes contraintes de l’histoire, on devrait toujours avoir des alternatives – compatibles avec les objectifs communistes et en même temps avec les conclusions éthiques des analyses – « en dépit même de la déviation de la nécessité historique », p. 40.

[26]             István Mészáros, A tőkén túl, Tome III, même édition, 2010, p. 206-233.

[27]            Voir aussi Bernard Cassen,  Vers un tournant « post-altermondialiste » des Forums sociaux ?, 4 janvier 2010, http://www.medelu.org/spip.php?article323: « l’abandon du terme 'anti-mondialisme' au profit d’'altermondialisme'. Donc par le passage du refus à la proposition, ce qui correspondait mieux au mot d’ordre des Forums : 'Un autre monde est possible' ». Voir aussi  Appel final, Altermondialisme et post –altermondialisme, 26 janvier 2008, http://www.medelu.org/Appel-final.

[28]             Ce processus est spécialement lié de l’histoire post 1989 des pays de l’Est.

[29]            Voir le rapport concernant les émeutes des villes anglaises au mois d’août 2011, Julie Hyland, Report concludes British riots provoked by police brutality and poverty, 8 December 2011, http://www.wsws.org/articles/2011/dec2011/riot-d08.shtml.

[30]            Alain Badiou, « Le courage du présent », Le Monde, 14 février 2010 : « l'organisation du travail n'implique pas sa division, la spécialisation des tâches, et en particulier la différenciation oppressive entre travail intellectuel et travail manuel. On doit viser, et on le peut, une essentielle polymorphie du travail humain. C'est la base matérielle de la disparition des classes et des hiérarchies sociales ».

[31]             Voir les manifestations contre l’invasion américaine en Irak en 2003, rappelées par Žižek, et qui avaient assuré le confort moral des participants mais n’avaient pas continué et n’avaient pas montré la puissance de la pression sociale : à cause des dirigeants bien sûr, mais aussi à cause d’une faiblesse intérieure qui doit devenir un objet d’étude pour la gauche.

[32]             Cf. Michael-Matsas Savas, « La Dialéctique et la Révolution-maintenant », en Bertell Ollman et Lucien Sève coordinateurs, Dialectiques, aujourd’hui, Paris, Syllepse, 2006, p. 239.

[33]             Au niveau de l’Union européenne aussi : voir la manière dont on substitua Papandréou et Berlusconi, ou mieux, dont on effaça la procédure de référendum, pas seulement celle liée à la réforme récente afin de sauver l’euro et l’Union, mais aussi celle liée au projet de Constitution européenne ; les résultats négatifs des référendums des Pays-Bas, de France et puis d’Irlande ont conduit simplement à annuler le projet et à le substituer par le Traité de Lisbonne qui, n’étant formellement pas une Constitution, n’exige pas des référendums.

[34]            Voir les récentes manifestations anti-Poutine de Moscou : c’était majoritairement la classe moyenne qui a afflué dans les rues de la capitale en se subordonnant à la politique qui veut refaire la Russie d’Eltsine, nouvel espace vital pour le capitalisme en crise, même ce n'est qu'à titre temporaire. Voir   http://www.guardian.co.uk/world/2011/dec/24/russia-europe-news et Russia protesters demand political change, http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=/c/a/2011/12/24/MN551MGPCU.DTL.

                   Mais ce qui est très important est que les protestataires ont assumé la logique du mécanisme politique capitaliste et la légitimité afférente : ils demandent seulement la résignation de Poutine et des nouvelles  élections, sans fraudes, ne questionnant pas du tout les relations structurelles ; Il y a ainsi une différence notable entre l’agenda de la classe moyenne et celle de la population. Selon les protestataires, le régime politique – peu démocratique, plutôt autoritaire – et le système économique et social seraient équivalents. Mais ils ne le sont pas.

[35]             En Roumanie – mais elle ne constitue pas une exception – même les éléments minimaux de gauche (comme la laïcité et le républicanisme) ne sont pas soutenus, ou suffisamment soutenus, par la social-démocratie qui s’est alliée avec les libéraux afin de gagner les élections. Et beaucoup des libéraux sont royalistes etc.

               De plus, les sociaux-démocrates ne se sont pas du tout opposés au démantèlement de l’État social, tout en agitant des propositions sans un minimum de bon sens, mais en même temps tout en relevant la corruption – réellement à un degré inimaginable ; voir Ana Bazac, Which are the significances of the change of Labour Code of a European peripheral country?”, http://www.alternativy.ru/en/node/1528.

[36]            Slavoj Žižek,  Resistance Is Surrender, 2007, http://www.lrb.co.uk/v29/n22/slavoj-zizek/resistance-is-surrender.

[37]             Salvador Allende, Textos escogidos, Caracas, Fondo editorial Ipasme, 2008: „La Nacionalización del cobre” (AB, ! face à la nationalisation capitaliste des pertes privées et aussi des pertes fictives qu’on expérimente de nouveau), p. 145-172 et “Crear una sociedad socialista en democracia, pluralismo y libertad”, p. 257-314: l’institutionalisation  nouvelle est efficace seulement si elle est ouverte aux forces populaires et si elle devient suffisamment flexible pour tolérer et pousser vers des transformations structurelles ; ces transformations visent à rétablir la dignité de la majorité des citoyens, car on ne peut pas parler de dignité quand 2% de la population contrôle 46% de la richesse nationale et 60% des familles touchent un salaire inférieur aux besoins vitaux.

                   Les expériences de faire un « socialisme dans un seul pays » mais en n’oubliant pas les leçons des révolutions de l’Est et en s’appuyant sur une régionalisation alternative à celle promue par le capitalisme (comme l’Union européenne) sont analysées par Rémy Herrera, Les avancées révolutionnaires en Amérique Latine. Des transitions socialistes au XXIe siècle ?, Lyon, Parangon/Vs, 2010 : « Il faudra…travailler à la convergence maximale de mouvements dont l’action procède des forces populaires réellement aux prises sur le terrain, mettre en œuvre quand cela est possible des programmes aux contenus tactiques en termes de réformes structurelles et de (re)conquête des droits sociaux et de la dignité des travailleurs, dans la perspective stratégique du dépassement du capitalisme et de la construction d’une démocratie socialiste participative. Les gauches radicales devront réagir dans ce sens-là, au-delà des conflits de personnes, des particularismes d’appareils et du tacticisme électoraliste, dans un nouvel esprit unitaire.  Il s’agit donc de passer, sur des positions de classe, de la résistance à l’offensive globale », p. 141-142.

[38]             Slavoj Žižek, Resistance Is Surrender.

[39]            Voir la critique de ces propositions chez Adam Booth, There is no reformist way out of the crisis of capitalism. I, http://www.marxist.com/capitalist-crisis-marxism-reformism.htm, et II, http://www.marxist.com/capitalist-crisis-marxism-reformism2.htm.

[40]            Robert Young, The Violent State, 2009, http://nakedpunch.com/articles/38.

[41]            Jacques Derrida, Sauf le nom, Éditions Galilée, 1993, p. 109.

[42]             Même si « les méthodes de la démocratie spectaculaire sont d’une grande souplesse », Guy Debord, ibidem, XIII, c'est-à-dire si les réformes néolibérales sont « silencieuses », progressives et faisant qu’il n’y auraient pas des alternatives (Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.), L'Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, avant-propos de Serge Halimi, La Découverte / Le Monde diplomatique, 2010), en réalité il n’y a pas des éléments innombrables de ces méthodes, seulement leur répétition pleine de toupet du pouvoir. Cet aspect nous aide certainement dans la compréhension des rapports de la gauche face à l’establishment.

[43]            Samir Amin, De l’audace, encore de l’audace !, 9 novembre 2011, http://www.m-pep.org/spip.php?article2436.

 

 


* Professeur à l’Université Polytechnique de Bucarest.

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