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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 10:23

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Depuis le début du XXe siècle, on a parfois soutenu l'hypothèse que la périphérie orientale de l'Europe, à cause de son caractère proche mais « archaïque », préfigurait souvent les processus qui allaient s'étendre ensuite vers l'Ouest. On ne peut nier que les premiers gouvernements sociaux-démocrates occidentaux ont vu le jour seulement après que la Russie,puis ses voisins, aient opté pour le socialisme. Et quoiqu'on pense de cette hypothèse, on ne peut pas nier non plus que depuis 1989, les anciens pays du bloc de l'Est ont servi de terrain d'expérimentation auxpolitiques néolibérales imaginées et souhaitées par les élites possédantes occidentales. Il est clair que les nouvelles-anciennes élites des ex-pays socialistes se sont attelées dans la plupart des cas, avec une ardeur de néophyte, àla mise en place de politiques néolibérales accompagnées de sauces qui traditionalistes en apparence, qui nationalistes en apparence, qui religieuses en apparence, qui libérales bobos en apparence, etc. Avec les résultats que l'on connait : une nord-américanisation des modes de vie des nouveaux possédants et une latino-américanisation de celui des masses. Bref, comme l'annonçait Nikita Khrouchtchev au sortir des rigidités staliniennes qu'il avait lui même imposées à ses compatriotes avant d'opérer un retournement digne d'une danseuse étoile du Bolchoï, on a bien réussi là-bas à « rattraper l'Amérique ! ». Mais comment tout cela a-t-il été possible ? Comment cela s'est-il réalisé ? Et quels sont les résultats de ces politiques ?

Nous donnons ici la parole à un des anciensacteurs du combat des ouvriers polonais d'avant 1989, toujours militant de base, et pour la base. Il nous apporte le regard envers ces changements de ceux qui n'en profitent pas, et il tente de décrire la scène politique et sociale polonaise à l'étape actuelle. D'une certaine façon, cet article ne répond pas seulement aux questions que l'on peut se poser si l'on veut suivre l'évolution d'un pays comme la Pologne, car on ressent bien qu'il décrit quelque chose qui est aussi souvent présent désormais dans la réalité des sociétés occidentales. La disparition de la vitalité et de l'engagement social dans des sociétés désenchantées et apathiques, dans des sociétés que l'auteur décrit comme étant en état d'hypnose. Suite à l'emploi de méthodes économiques et médiatiques jusque là inédites à une telle échelle par les puissants du moment.

 La Rédaction


Dépolitisation de masse et disparition de la gauche

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Analyse du cas polonais depuis 1989

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Juin 2010

 

Piotr Ikonowicz*

 

L'antidote au manque de sentiment, à l'atomisation, à l'indifférence envers l'injustice, c'est l'empathie : la capacité à ressentir un lien avec celui qui souffre, à se placer dans sa situation, à s'identifier à ses pensées, à ressentir ce qu'il ressent. Toutefois, à l'heure de la panique généralisée dans un monde où il est préférable de ne pas aller faire des examens médicaux car de toute façon on n'aura pas les moyens pour se soigner, c'est devenu un exercice difficile ou même impossible. Personne ne veut même imaginer ce que cela signifie d'être rejeté, expulsé, repoussé. Voilà ce qu'on expulse de sa conscience. C'est cette peur de penser qui permet de dénoncer les victimes du système sous les applaudissements de ceux dont le tour n'est pas encore arrivé. Le spectateur objectif, donc celui qui n'est pas encore totalement paniqué par le théâtre de la vie sociale, se retrouve devant un choix. Ou bien nous sommes face à de méchantes gens qui augmentent en nombre et qui méritent d'être punies, sous forme de pauvreté pour leurs péchés, ou bien c'est le système qui fait naître de plus en plus de victimes innocentes, et alors le seul choix rationnel est de s'y opposer avant que le nombre de victimes n'augmente encore. Décidez vous avant qu'il ne soit trop tard. Car les décisions prises une fois l'exclusion sociale accomplie perdent de leur importance.

 

La scène politique polonaise en 2010 est toujours loin d'avoir débouché sur une structuration durable. Depuis le début de la transformation systémique, elle a toujours été marquée par l'apparition continuelle de nouveaux partis politiques qui disparaissaient ensuite, pour laisser place à d'autres. Depuis quelques années cependant, on parle de plus en plus en Pologne de la cristallisation d'un système bipartis. Les enquêtes donnent en effet à la « Plateforme civique » (PO) et à « Droit et Justice »1 (PiS) plus de 80% des réponses favorables, tandis que les débats publics sont dominés par ces deux formations. Le Parti agrarien polonais PSL, membre de la coalition gouvernementale, comme l'Alliance de la gauche démocratique (SLD)2 sont de plus en plus marginalisés dans la vie politique, descendant désormais l'un ou l'autre souvent au-dessous de la barre fatidique et éliminatoire des 5% d'intentions de vote. Les agrariens ne font montre d'aucune spécificité idéologique ou programmatique, et restent dans l'ombre de PO. La SLD de son côté ne parvient pas vraiment à rivaliser avec le PiS, le principal parti d'opposition sur le thème des exigences sociales ou des attaques visant le gouvernement.

 

Pour comprendre la politique polonaise en l'an de grâce 2010, il faut savoir que ni le système partisan ni la démocratie n'ont profondément pris racine dans la société polonaise, et que les partis constituent le plus souvent un phénomène médiatique, virtuel, plutôt qu'une réalité sociale. Il suffit de savoir que tous les membres des partis politiques enregistrés dans la République de Pologne pourraient se rassembler dans un grand stade de football. Le parti gouvernemental déclare compter 50 000 adhérents, mais seule une petite moitié de ce nombre a participé aux primaires visant à désigner le candidat du PO aux élections présidentielles. Pour un tel parti, qui regroupe des personnes éduquées, bien placées et habitant dans les grands centres urbains, un taux de participation si faible n'étonne pas, mais nous pousse à réfléchir sur la véracité du nombre officiel de ses adhérents. Ce n'est pas par hasard non plus si le PO compte, malgré tout, le plus grand nombre de membres, même si les sondages montrent qu'il devrait plutôt en avoir beaucoup plus. Il faut en effet réfléchir sur ce mystère qui fait que dans un pays comptant 38 millions d'habitants, un parti qui obtient dans les sondages régulièrement 50% et plus d'appuis ne compterait que 50 000 membres au maximum.

 

Quels partis post-modernes d'un nouveau type ?

Pour répondre à cette question, il faut d'abord savoir qui adhère en Pologne à un parti politique, et sur quelle base. Quand on se rend à une réunion du parti politique gouvernemental, on constate que la majorité des présents portent le complet cravate, l'uniforme de travail des bureaucrates. Et effectivement, ces gens vont en réunion pendant leurs heures de travail. Ce sont des personnes qui doivent leur poste au Parti. Ces partis ressemblent donc à des bureaux de l'emploi, ses adhérents et les membres de leurs familles trouvant par leur intermédiaire des postes dans la fonction publique, l'administration d'État ou territoriale, et les entreprises d'État. On a d'ailleurs constaté que le nombre des adhérents aux partis politiques a augmenté après la réforme de l'administration régionale qui est passée en 1999 de deux à trois échelons, à l'époque du gouvernement de Jerzy Buzek (Action électorale « Solidarité »), ce qui a permis d'augmenter le nombre de postes à pourvoir pour les partis remportant les élections. En un mot, 50 000, voilà le nombre d'adhérents difficile à dépasser, car il n'existe pas plus de postes à pourvoir dans l'État pour la nomenclature de n'importe quel parti. Tous les partis gouvernementaux approchent donc de ce nombre d'adhérents, sans pouvoir le dépasser. L'absence de principes idéologiques ou d'idéaux clairs dans les différents programmes aboutit aussi au fait que ce sont souvent les mêmes personnes qui occupent les mêmes fonctions dans l'administration, tout en appartenant successivement à différents partis gouvernementaux. On peut considérer ce phénomène comme positif sur le plan de la continuité et de l'accumulation d'expérience pour le service public, mais il démontre qu'il existe un rapport utilitaire, pragmatique, pour ne pas dire cynique, envers la politique qui n'existe en fait que pour ces quelques citoyens et citoyennes de la République de Pologne qui se décident à adhérer à un parti politique.

 

Cette aliénation et ce clientélisme des partis politiques font que le prestige politique de la profession de politicien est excessivement bas. Dans une récente enquête d'opinion, on a proposé une liste de 36 métiers. Le poste de ministre arrivait en terme de prestige à la 34e position, celui de député à la 35e, et celui de permanent d'un parti politique à la dernière place, 36ème, tous donc en dessous de la fonction de coursier (32ème), ou d'ouvrier non qualifié de la construction (31ème).3 Cette attitude n'est qu'en apparence contradictoire avec la réaction de la masse de la population à la catastrophe de Smolensk.4 Même si nous mettons de côté le fait que cette réaction massive a été chauffée par les médias qui ont souvent exagéré le nombre d'assistants aux cérémonies de deuil, le regret réel devant la mort des victimes de l'accident reste un fait réel, qui ne provient pas du fait que les défunts étaient des politiciens, mais plutôt des « célébrités ». Des personnes qui étaient tous les jours présentes dans nos demeures, dans les bars et même dans les gares de chemin de fer par l'intermédiaire de la télévision. Ce décalage entre le jugement négatif envers les politiciens en soi, et la tristesse pour le décès de célébrités nous montre encore plus fortement que la politique polonaise est caractérisée par son côté médiatique et non par son aspect social.

 

Les partis qui sont absents de notre vie sociale quotidienne, s'invitent en revanche dans notre vie privée par le biais des médias audiovisuels. Cette existence médiatique leur permet donc de ne pas avoir à exister dans la vie réelle de la société. Il n'y a donc pas de larges débats avec la base partisane, car il n'y a tout simplement pas de base. La soumission, qui est liée à la dépendance hiérarchique au travail, entraîne la discipline de parti, discipline qui remplace la démocratie à l'intérieur du Parti. Les communiqués des partis suivent donc plutôt une voie allant de haut en bas que de bas en haut. Les locaux des partis ne s'ouvrent qu'au moment des campagnes électorales. L'absence d'enracinement des partis politiques au sein de la population qui est, elle, obligée d'affronter quotidiennement les règles brutales du marché, la force à consommer la politique du gouvernement et des pouvoirs locaux, ce qui rend les partis aveugles et sourds aux problèmes sociaux les plus importants. Hormis une maigre couche de personnes à succès, d'hommes d'affaire, les membres des partis politiques sont en fait des employés occupant des postes sécurisés et financés par les contribuables.

 

Dépolitisation de masse

La faible proportion de personnes ayant adhéré à n'importe quel parti politique ne provient donc pas uniquement du désenchantement ayant suivi le changement de régime politique, et qui vise la démocratie représentative en soi. Ce désenchantement provient de l'absence de tout changement de politique, quelque soit le gouvernement et l'option politique nominale au pouvoir. Dans les domaines liés aux besoins matériels fondamentaux de la société : adoptions des lois du travail, politique salariale (et salaire minimum), niveau de sécurité sociale, accès à l'éducation et aux soins, chômage, niveau de réponse aux besoins de logement ou aux inégalités de revenus et de propriétés. Le modèle néolibéral basé sur le Consensus de Washington a en effet été maintenu par toutes les équipes au pouvoir depuis 1989.

 

Cette absence de choix politique n'est cependant pas la seule raison expliquant la faible participation électorale, ou le refus d'adhérer à un parti. Il faut aussi rappeler qu'à l'époque de la Pologne populaire n'importe quelle activé sociale qui n'avait pas été initiée au sommet était non seulement illégale, mais tout simplement impensable pour la majorité des citoyens. Le résultat de cette habitude a fait que la société a perdu toute capacité d'auto-organisation. Le seul changement intervenu par rapport à cette époque est le fait que, une fois tous les quatre ans, on vote, et qu'ensuite il ne reste plus qu'à écouter, en se plaignant plus ou moins. Nous avons donc affaire en Pologne non seulement à un désert politique, mais à un désert civique. La prétendue société civile ne constitue qu'un simple projet théorique sans véritable base dans la réalité polonaise de 2010.

 

Il y a encore quelques années, l'activiste social et chercheur Jakub Wygnanski5 constatait que le mouvement social le plus massif, et qui se développait le plus dynamiquement, était celui des comités de parents protestant contre la liquidation des écoles dans le cadre de la réforme de l'éducation et de l'administration. Aujourd'hui, la seule trace d'une activité civique de base est constituée par le mouvement des locataires qui constitue une réaction contre la mise sur le marché très brutale et même sauvage du système locatif.6 La majorité des organisations non gouvernementales sont en revanche des entreprises élitistes, très professionnalisées, consacrant la majorité de leur temps et de leur énergie à trouver des fonds pour leur activité, et pour laquelle à un moment donné il se trouve des fonds.

 

Enfin, l'image d'un désert social et de la complète aliénation des individus au sein de la société polonaise devient totale quand on prend en compte l'effondrement du mouvement syndical. Dans un pays qui est arrivé à la démocratie à la suite d'un mouvement de grève massif ayant porté l'exigence de syndicats libres, le niveau de syndicalisation est descendu au taux misérable de 8% ! Et cette proportion baisse constamment à mesure qu'on privatise d'autres pans de l'économie qui n'ont pas encore été privatisés. La création d'une organisation syndicale est devenue en fait impossible, tant pour des raisons légales que politiques. Le mouvement syndical n'a obtenu aucune représentation notable dans les organes représentatifs, malgré le fait que les deux plus grandes centrales syndicales ont toujours avec conséquence appuyé « leur » parti : NZSS « Solidarnosc » pour le PiS, et l'OPZZ pour la SLD. Les articles de la constitution et du droit garantissant les droits syndicaux restent donc sur le papier, et la Diète introduit constamment de nouvelles limitations visant le mouvement syndical.

 

La majorité des Polonais et des Polonaises n'appartient donc à aucune organisation, et ceux-ci ne connaissent personne autour d'eux qui serait actif socialement ou politiquement. La « fenêtre » de l'écran de la télévision suffit pour les séparer de la politique et de la démocratie. Cette anomie sociale fait que sur la scène politique, le discours public est libre de tout lien clair et de toute intermédiation avec la vie de la société réellement existante. L'Union européenne a proclamé l'année 2010, année de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, mais aucun des quatre partis politiques parlementaires, et aucune station de télévision ou de radio ou aucun des grands organes de presse, n'ont porté leur attention sur ce sujet. Nous avons seulement appris par le biais d'un communiqué provenant de l'UE qu'un enfant sur quatre en Pologne était sous-alimenté. C'est aussi l'Union européenne qui nous a informé du fait que plus de la moitié de la société polonaise était pauvre, car les élites politiques polonaises ne se sont pas intéressées à ce sujet, malgré le fait que l'UE a déclaré que les enquêtes effectuées en Pologne avaient été menées par des chercheurs polonais.

 

La Plateforme civique, ou le parti auquel on veut s'identifier

Après la période marquée par le conflit historique entre « Solidarnosc » et les hommes de l'ancien système « socialiste » qui, comme le futur président de la République, Aleksander Kwasniewski, avaient « choisi l'avenir », le moment d'un nouveau conflit semble arrivé. Un conflit entre la Pologne de catégorie A et celle de catégorie B, entre celles que les populistes appellent les « enseigneux » (« wyksztalciuchy »)7,et celle que les élites possédantes appellent « les bonnes femmes couvrant leurs cheveux avec un bonnet de laine »8, entre la Pologne catholique, conservatrice sur le plan des mœurs, et la Pologne « progressiste », la nouvelle classe moyenne, et tous ceux qui ont cru dans ce mythe. Un conflit entre la tendance récurrente menant vers une catharsis morale devant éliminer les souffrances et les injustices par le sourire et l'optimisme du bureaucrate cachant les conflits sociaux et les problèmes, au nom de la concorde. Car les deux partis, PO et PiS, font tous les deux référence à une seule forme du vivre ensemble : la communauté nationale. Et la gauche nominale, la SLD, a accepté de se moûler dans ce langage. Tous les acteurs de la vie politique ont donc plein de « Polonais » à la bouche, et ils les déclinent sur tous les tons. Ce n'est qu'exceptionnellement, et plutôt dans la bouche de quelques intellectuels encore invités à la télévision, que des mots comme « société », plus rarement « groupe d'intérêt », et pratiquement jamais « classe » résonent. Il n'est donc pas étonnant de constater que l'escapade exotique du chef et candidat aux élections présidentielles de la SLD, Grzegorz Napieralski, à six heures du matin devant les grilles d'une usine a provoqué tout au plus un grand étonnement, aussi bien de la part des ouvriers que de l'opinion publique. Ce sont les haussements d'épaule qui en fait ont dominé. Ce beau geste en effet ne pouvait annuler les nombreuses années de rhétorique nationale, de rhétorique sur le solidarisme social qui n'avaient rien à voir avec la tradition et l'éthique de la gauche9.

 

Plus de 70% des Polonais déclarent cependant que leur situation matérielle n'est pas mauvaise.10 Alors même que les experts des banques déclarent que c'est faux, car ils connaissent au mieux la situation difficile de leurs clients. Ce constat est confirmé par le simple fait que c'est une proportion comparable de membres de la société polonaise qui ne prend pas de vacance, non par workolism, mais tout simplement parce qu'ils en sont incapables matériellement. Le besoin d'être un homme à succès provenant de la nouvelle échelle de prestige mercantile fait que même ceux qui ne font qu'aspirer à pouvoir être considérés comme des gens à succès s'identifient à PO, le parti de ceux qui prospèrent. La généralisation du fait que ce sont les gens les moins bien placés, les moins éduqués, provenant de la province et non des métropoles qui votent pour PiS n'a fait que renforcer cette tendance. Ces gens « optimistes » ne veulent tout simplement pas être associés ou s'identifier aux perdants. Cette tendance est particulièrement forte dans la jeunesse qui ne connait pas d'autre monde que celui où personne n'a droit à quoique ce soit, et dans lequel il faut tout conquérir avec ses dents et ses griffes. Ils acceptent donc avec calme leur difficile situation de départ dans la vie, en ayant confiance dans ce que leur affirment la publicité et le marketing politique des puissants. L'absence de liens horizontaux réduit leur monde à celui de la famille la plus proche et aux amis, ce qui les condamnent à être « mangés » intellectuellement par les spin doctors des campagnes politiques. Les faibles, les malades, les anciens, les chômeurs, ou tout simplement les pauvres, deviennent tout simplement invisibles dans ce monde à succès. Ils ne créent pas de problème qui pourrait être formulé par quelqu'un, ici ou là, et qu'il faudrait alors résoudre d'une façon ou d'une autre.

 

Le monde de PO, c'est le monde d'un spectateur de match de football qui applaudit éternellement l'équipe gagnante. Cette équipe a pour nom « PO & Pologne ». « Pologne & PO ». Le plus pauvre des chômeurs, en votant pour PO, éprouve le sentiment qu'il a gagné, puisqu'il a parié dans ce match sur l'équipe gagnante. Car personne ne veut être perdant. Puisque l'on sait que personne ne se soucit des perdants ? La seule équipe c'est donc PO, c'est « la Pologne », avec son drapeau rouge et blanc. Nous avons donc en Pologne les meilleurs spectateurs du monde qui, comme les tifosi italiens, sont en état d'oublier leurs problèmes quotidiens, leurs échecs personnels et leurs factures impayées, dans les stades. Le premier ministre se félicite que la Pologne gagne encore une fois, et avec elle ses supporters. Nous sommes les seuls dans toute l'Union européenne à avoir une croissance économique. Nous pouvons regarder de haut tous les autres, y compris les pays plus riches. Car « le Polonais sait faire ! »

 

Le parti libéral PO qui a dans son programme de tout privatiser ce qu'il est possible de privatiser, d'assainir les finances publiques en coupant sur le budget national, et même d'introduire un impôt non progressif, se présente comme étant le parti de toute la nation. En faisant soigneusement en sorte de ne pas montrer les conflits existant entre les groupes d'intérêts, et en ne se prononçant pas clairement pour aucune des parties en conflit, lorsqu'ils se produisent. Il est comme la patrie, comme un puissant papa qui aime tous ses enfants. Même lorsqu'ils se querellent. Il a rompu clairement avec le langage de l'idéologie, en faveur du langage tenu à l'époque du socialisme de Gierek dans les années 1970 sur « l'Unité morale et politique de la nation »11, par la monopolisation de la scène politique par le parti du premier ministre, Donald Tusk. Puisque nous sommes tous des Polonais et que nous avons tous de « bonnes intentions », il suffit dès lors que nous cessions de nous plaindre et que nous nous mettions tous au travail, et l'on constatera automaiquement que, comme à l'époque des slogans du socialisme réel finissant, « La Pologne va se renforcer, et les gens vivront de mieux en mieux »12.

 

Ceux qui ont connu de façon consciente la Pologne populaire se rappellent quelle importance revêtait alors les nominations aux postes de 1er secrétaire des organisations régionales du Parti. De quel parti ? Bien, de « celui-là » voyons, du seul qui existait alors. C'est à partir de ce siège régional que le « baron » Edward Gierek a atterri au pouvoir. Et donc, lorsqu'au début de 2010, les médias ont commencé à porter une attention accrue aux conflits visant à conquérir les postes de chefs des organisations régionales de PO, cela a sonné à nos oreilles comme une vieille mélodie bien connue. La seule question publique d'importance était devenu la conquête d'un poste régional pour ce seul parti. Il n'y a dès lors plus qu'un pas à faire pour arriver à la situation où, lorsqu'on dira « le Parti », nous saurons tous qu'il s'agit du PO.

 

Vers le modèle mexicain ou vers celui des USA ?

La crainte que le PO puisse devenir pour les prochaines décennies une espèce de Parti révolutionnaire institutionnel à la mexicaine13 n'est pas si exagérée que cela pourrait sembler au premier coup d'œil. Rappelons que les partis politiques n'existent et n'ont de membres en Pologne que parce qu'ils arrivent au pouvoir de temps en temps, et qu'ils distribuent alors des postes. A cela, ajoutons le fait que le système de contrôle des médias publics et que le système de financement des partis politiques ferme la voie du parlement et à l'existence politique aux nouveaux partis; et que ceux qui restent pendant plusieurs mandatures hors du gouvernement sont condamnés à l'état végétatif, puis à la mort (...). Hors du parlement, il n'existe aucun moyen de reconstruire sa position politique en s'appuyant sur une base sociale, car les partis n'en ont pas. Leur seul appui, c'est le monde du business et l'appareil administratif. Dès lors que l'on a perdu l'appui de ce dernier, on peut oublier aussi celui du business. Les patrons constituent d'ailleurs le seul groupe d'intérêt assez bien organisé et influent.

 

Nous avons en Pologne quatre partis parlementaires, et les sondages montrent qu'il ne pourrait plus y en avoir que trois après les prochaines élections. Le PiS constitue l'alternative au pouvoir de PO, mais, pour la première fois dans l'histoire de notre parlementarisme, il ne semble pas en état ne serait-ce que de s'approcher de la position du parti au pouvoir, malgré le fait que tout parti au pouvoir perd en principe de l'influence au fur et à mesure que le temps passe14. Il n'y a que deux explications possibles à ce nouveau phénomène intéressant. Ou bien PO gouverne de façon formidable, et les gens vivent si bien sous ses gouvernements que c'est la raison qui explique la défaite de l'opposition dans les sondages, ou bien ce que propose l'opposition ne résiste pas à la concurrence de l'offre du parti gouvernemental.

 

La première hypothèse ne tient pas, dès lors qu'on mesure les chiffres dramatiques montrant l'augmentation des déficits dans les budgets familiaux, le taux de chômage élevé, l'absence de toute politique sociale, les bas salaires, le temps de travail le plus élevé en Europe, et ce qui va avec, le taux élevé d'exploitation. Il semble donc plutôt que les gens veulent voter PO non pas à cause d’un grand bonheur qui les comblerait d'aise, mais plutôt par manque de vision alternative.

 

Le grand succès du PiS et des frères Kaczynski après 2004 provenait du fait, qu'ils avaient alors réussi à occuper les deux principales fonctions du pouvoir dans l'État à partir d'une analyse très rationnelle des difficultés et des injustices répandues dans la société lors des transformations systémiques. Les Kaczynski furent les second après 1989 (après l'épisode de l'exotique et éphémère candidat Tyminski qui avait, en 1990, du fond de sa forêt amazonienne, apporté en Pologne l'idée que le capitalisme était une mauvaise chose15) à dire que le roi était nu. Lors de leur campagne présidentielle comme législative de 2004, ils ont commencé, bien qu'appartenant moralement à la droite traditionaliste, à utiliser un langage de gauche portant sur les inégalités sociales, les dangers induits par la privatisation de secteurs sensibles comme la santé, et finalement les divergences d'intérêts entre la société polonaise, les banques et l'oligarchie financière mondiale. La SLD n'avait jamais eu le courage d'utiliser une telle rhétorique si radicalement de gauche. En entendant cette rhétorique nouvelle, les gens en ont conclu qu'enfin, quelqu'un disait la vérité sur les vrais problèmes, et qu'il ne s'agissait plus d'un conflit de salon à base de méchancetés. Et ils ont donc voté, en pensant que celui qui les avait enfin remarqués, serait en état de les aider. La déception fut donc double.

 

Les gouvernements Kaczynski furent en effet trop concentrés sur la lutte visant le PO et sur la dénonciation de réseaux mythiques16 pour pouvoir réaliser leurs promesses explicites et implicites. Et aussi, parce que l'atmosphère de conflits permanents, de soupçons et de chasse aux sorcières avait provoqué la fatigue d'une opinion refusant la psychose collective. La société a donc accueilli avec soulagement les gentils et polis dirigeants de PO lors des élections suivantes, en les soutenant massivement. L'aventure des frères Kaczynski vers la gauche avait seulement permis de confirmer la thèse aussi vieille que la démocratie, selon laquelle les politiciens ne remarquent les autres gens que lorsqu'ils ont besoin de leurs voix. Le drame du PiS provenait du fait que ses dirigeants croyaient dans l'existence d'un réseau de pouvoir mais qu'ils n'ont pas compris, ce qui aurait été compréhensible pour une vraie gauche sociale, qu'ils ne devaient pas s'attaquer à des réseaux, mais au capitalisme périphérique en soi, dans sa version darwiniste polonaise brutale. Et, dès lors, ils se sont heurtés à un mur. Sans chercher, par exemple, à sonder l'honnêteté des frères Kaczynski, leur promesse électorale phare de construire 3 millions de logements locatifs était irréalisable. En effet, cela aurait signifié la fin des bénéfices extraordinaires en faveur des developpers et des banques accordant les crédits hypothécaires. De toute façon, rien ne montre qu'ils ont réellement essayé de réaliser leur projet.

 

L'expérience humiliante dès lors de leur grosse défaite électorale et les notations élevées accordées à PO depuis ont amené le PiS à rejeter désormais non seulement leur stratégie initiale de conflits incessants et de querelles, mais aussi toute rhétorique sociale et de gauche. Le PiS ne peut donc plus que chercher à exploiter les différences culturelles, religieuses, dans le cadre d'une société polonaise qui devient de plus en plus matérialiste, qui va de moins en moins à la messe et qui donne de moins en moins à la quête, ce qui ne lui promet pas de grandes perspectives d'avenir.

 

Lorsque donc Jaroslaw Kaczynski, candidat au poste de président laissé vacant par son frère mort tragiquement, a déclaré qu'il voulait construire le capitalisme et a renoncé à attaquer le parti gouvernemental, il semble s'être soumis à la règle de devoir jouer le rôle d'une force qui allait elle-aussi promouvoir encore la même politique néolibérale, celle contre laquelle il n'y a pas si longtemps il était pourtant arrivé au pouvoir. La nation unie autour du cercueil de Lech Kaczynski s'unifie aujourd'hui autour du gouvernement dans la lutte contre les effets des inondations massives qui ravagent le pays depuis quelques semaines. Le besoin de s'unifier dans une communauté nationale artificielle permet d'éliminer du débat public les sujets qui divisent, et dont la solution devrait être la mission qui incombe aux politiciens et à la démocratie. Le PiS en est réduit au rang d'un PO plus petit. Séparé du pouvoir, des influences et des postes donc. Condamné à une vie végétative sur les bancs de l'opposition pour une, voire deux mandatures, et il pourrait dès lors s'assécher de la même façon que s'est asséchée la SLD, dès lors qu'elle s'est retrouvée exclue du pouvoir. Au fur et à mesure de l'éloignement des perspectives d'un retour rapide au pouvoir, les rangs du PiS, déjà maigres et limités à des cadres, pourraient s'effilocher. Il ne restera alors sur la place publique que le parti du pouvoir et du succès, le monstre télévisuel, invincible, et qui va agrandir chaque année sa force de persuasion et de contrôle. Hypothèse probable mais qui reste à vérifier.

 

L'état des partis paysans : Autodéfense et PSL

Il faut encore rappeler qu'en 2010 le candidat paysan du mouvement « Autodéfense », Andrzej Lepper, est parti en campagne avec le slogan : « Je ne suis pas un de ceux là, je suis l'un d'entre vous ». Lorsque Lepper a commencé à monter dans la vie sociale et politique dans les années 1990, des paysans étaient derrière lui, car il se battait pour qu'ils aient une vie meilleure.17 Ils organisaient le blocage des routes, il n'y avait alors pas d'ordinateurs dans les écoles rurales, pas d'argent dans les poches et on ne donnait que quelques centimes pour chaque récolte, si seulement les paysans arrivaient à la vendre. « Autodéfense » a été le seul parti politique qui soit né après 1989 d'une rébellion, d'une auto-organisation sociale sur la base d'un groupe social précis – les agriculteurs, et principalement ceux qui avaient les pieds dans les réseaux de commerce. Lorsque Lepper est arrivé au parlement toutefois, il a mis un complet veston, et il a commencé à trébucher. Il a perdu ce qui constituait sa force – sa base sociale. Les dotations de l'UE ont fait le reste. Mais sa tentative de revenir maintenant sur le devant de la scène n'est pas pour autant totalement dénuée de sens. S'il a compris sa faute, ce que laisse montrer son slogan électoral, alors il gagnera en clarté par rapport aux autres candidats qui en sont en majorité dépourvus, ce qui pourrait à terme constituer un atout difficile à contrer. Car si Kaczynski a pu devenir un libéral, cela ne serait même pas crédible pour Lepper. C'est plutôt de son côté donc que l'on aurait pu s'attendre à une rhétorique sociale, et non de la part du candidat de la SLD Napieralski.

 

Le PSL, l'autre parti paysan, constitue un autre phénomène social intéressant. C'est le parti de la classe moyenne rurale, et pas seulement rurale, de son business aussi. C'est un parti-entreprise qui possède beaucoup d'entreprises, en particulier dans le secteur agro-industriel. Une force économique s'appuyant sur la prise de contrôle de l'industrie agro-alimentaire par des intérêts privés, ou directement par l'appropriation au profit du Parti, en liaison avec des organisations sociales uniques comme celle des pompiers volontaires, dont Waldemar Pawlak, le chef du Parti, est le dirigeant, ce qui lui permet de contrôler beaucoup de communes et d'arrondissements ruraux. C'est donc un pouvoir stable, enraciné par le biais de réseaux d'affaire et de connaissances. Lorsque la situation était difficile pour les agriculteurs, le PSL ne disait rien. C'est « Autodéfense » qui appelait les gens au combat, et qui a commencé ensuite à distribuer les postes. Mais lors de l'accès )à ces postes, on n'a pas vu les mêmes que ceux qui avaient organisé le blocus des routes, un phénomène aussi ancien que le monde. Et on ne doit donc pas s'étonner si une grande partie des conseillers locaux et des notables d' « Autodéfense » ont alors rejoint le PSL et ses réseaux bien rodés. Car le PSL constitue le seul parti en état de survivre longtemps, non seulement à l'écart du camp gouvernemental mais même hors du parlement. Car il est présent au parlement pour la même raison que celle qui fait que la majorité des adhérents d'un parti fait de la politique. Par intérêt personnel. On voit d'ailleurs bien que le PSL joue en permanence le rôle de balance du pouvoir, de commis aux coalitions, avec les libéraux de la SLD puis ceux de PO, ce qui démontre qu'il ne s'agit pas d'idées, et même pas d'accès au pouvoir, mais d'accès à l'argent. Et c'est cet argent qui permet à ce parti de durer.

 

A la recherche de la gauche

On peut dire que la SLD est un groupe « post-communiste » en ce sens qu'elle n'a rien à voir réellement avec le communisme, ou même avec le socialisme, sous aucun rapport. Ayant peur du bagage historique qu'elle portait, elle s'est même fait un point d'honneur à se placer à l'avant-garde des transformations systémiques qui ont amené le pays à la crise sociale qu'il connait. On se serait trompé donc au départ si l'on supposait que la campagne électorale du leader de la SLD, Grzegorz Napieralski, allait se concentrer sur des questions du type : injustice du système fiscal, allocations sociales ou salaire minimum trop faible. Pourtant, la campagne très personnelle de Napieralski a changé la donne car, contre l'appareil de son parti, il a forcé la réapparition de slogans sociaux et de gauche. Dans la grande querelle entre les deux Polognes, entre les libéraux et les démocrates chrétiens conservateurs, la SLD en tant que parti joue néanmoins globalement plutôt le rôle d'un spectateur qui ne comprend pas vraiment ce qui se passe plutôt que celui d'un arbitre ou d'un sujet autonome.

 

Dans ce débat qui divise tout le pays, il faut choisir clairement son camp, sinon on perd l'appui des deux. Les sondages misérables caractérisant depuis quelques années la SLD démontrent justement cela. Ce parti préfère s'appuyer désormais sur des slogans anticléricaux18, sur les questions de mœurs, en imitant le premier ministre espagnol Zapatero. Son problème est cependant que l'Eglise espagnole avait collaboré avec le régime fasciste de Franco et que les opinions anticléricales étaient incomparablement plus fortes en Espagne qu'en Pologne, où l'opposition contre le régime non démocratique du Parti ouvrier unifié polonais d'avant 1989 avait trouvé refuge dans les églises. Ramener la gauche à des questions idéologiques et de mœurs a placé la SLD parmi les partis bourgeois socio-libéraux. Les enquêtes d'opinion démontrent qu'en Pologne le besoin pour un tel parti atteint rarement 10% de la population. On a fort justement décrit parfois la SLD non pas comme un rassemblement d'idées, mais une alliance de biographies communes liées au pouvoir d'avant 1989. Ce qui rassemble ce parti, c'est la crainte commune d'une limitation des droits civiques ou sociaux dans le cadre de ce qu'on a appelé la décommunisation (comme ce fut par exemple le cas lors de la diminution des retraites pour les anciens employés de la sécurité politique d'avant 1989).

 

En 1993, le parti du future président Aleksander Kwasniewski19 est apparu face au camp issu de l'ancien syndicat « Solidarnosc » comme l'annonce d'un regard tourné vers l'avenir et non plus vers le passé, un parti qui permettait de tourner la page de l'avant 1989 devenue rapidement anachronique. Mais aujourd'hui, cet atout moderniste a été repris par la Plateforme civique.

 

Une analyse rapide de la scène politique démontre qu'une simple promotion conséquente des slogans sociaux au seul niveau des discours de la social-démocratie européenne, en mettant toutefois de côté la « troisième voie » de Schröder ou du New Labour, pourrait procurer de grands succès à n'importe quel parti, ce qu'a finalement imposé Napieralski et ce qui lui a ouvert une honorable troisième place au premier tout. En particulier, parce qu'il suffit en Pologne de mentionner les solutions apportées aux problèmes sociaux telles qu'elles fonctionnent encore de façon réelle dans les pays de la vieille UE, ce qui légitime ce type de programme de réformes sociales. Qu'est-ce qui fait donc que la SLD s'est enracinée pendant des années seulement sur des positions de parti anticlérical et s'y maintient ? Un de ses leaders influents, Krzystof Janik, a apporté autrefois une réponse partielle à la question de savoir pourquoi son parti ne s'occupait pas des pauvres, en répondant que c'était parce qu'ils ne votaient pas. Toutefois, après les dernières révélations publiées par l'UE, d'où il ressort que 56% des familles polonaises connaissent la pauvreté, cette réponse perd sa valeur pragmatique20.

 

Une explication de nature sociologique semble donc plus proche de la vérité. En effet parmi les troupes et les supporters de la SLD « ex-communiste », on ne compte qu'une très faible proportion de personnes socialement exclues ou menacées d'exclusion sociale. Lors des conventions de ce parti, on constate toujours la présence sur le parking d'une quantité impressionnante de voitures de grandes marques, et le succès financier y est autant apprécié que dans les partis libéraux. On trouvera dans ce parti très peu de la honte typiquement social-démocrate devant les richesses accumulées par certains de ses militants. Fait caractéristique, à l'époque où la droite a essayé d'introduire un impôt progressif, Marek Borowski, le leader d'alors de la SLD a contesté cette idée, et les cadres du niveau moyen de ce parti ont alors massivement imprimé des appels pour soutenir l'impôt unique. On considérait alors Borowski dans la SLD comme un libéral, mais visiblement, il ne parvenait pas au niveau de libéralisme de « l'appareil moyen du Parti ». Les militants et les membres de la SLD, pour reprendre une expression datant de l'époque d'avant 1989, ne sont pas « sur de justes positions de classe», et ils réfléchissent plus en tant que patron qu'en tant que travailleur21.

 

Une grande coalition pour une nation unifiée ?

Au fur et à mesure de la découverte du fait que la domination de la Plateforme civique (PO) sur la scène politique n'est pas l'effet d'une conjoncture passagère, mais constitue une réalité durable, la pensée politique de tous les autres partis devient chétive, et tend à ressembler à une cour de garçons prétendant à la main d'une demoiselle. Un tel défaitisme n'a même pas épargné le PiS, le principal rival de PO. La fraction libérale du PiS mentionne de plus en plus ouvertement son désir de réchauffer la vieille conception d'une alliance PO-PiS, pour former une grande coalition des deux partis qui ont réussi à dominer la vie politique polonaise au cour des dernières années. Elle pourrait apparaître de plus en plus possible au fur et à mesure qu'il deviendra extrêmement facile de considérer comme une simple rhétorique les différences de programme. Les deux partis qui occupent sur le marché de la politique la place d'un oligopole pourraient donc former à l'avenir un monopole.

 

L'extrême gauche constituera-t-elle une avant-garde ou un épigone ?

Alors que la stratégie de la SLD était depuis 1989 de gagner les élections pour occuper les fonctions les plus liées au pouvoir, ce sans quoi elle ne s'imaginait pas d'objectif politique, autant pour les militants des petites organisations se situant à gauche de ce parti, la chose la plus importante était de se constituer une base sociale, en conservant l'espoir d'un prochain soulèvement, d'une révolte sociale, ou même d'une révolution. Des partis comme le Parti polonais du travail, la Nouvelle gauche, l'Alternative de gauche, la Démocratie des travailleurs ne peuvent envisager de jouer un rôle important sur la scène politique, mais les expériences accumulées lors des luttes des travailleurs, des locataires ou dans les actions anti-guerre leur permettent de former de nouveaux cadres pour la future gauche polonaise qui entrera en scène, en traitant des vrais problèmes et en recherchant des solutions réelles et progressistes. Mais une telle évolution dépend de la mobilisation sociale contre la politique de privatisation des bénéfices et de socialisation des pertes. Contre l'équilibre budgétaire de l'État au prix d’une amputation des budgets familiaux de la majorité des citoyens.

 

Le processus d'accumulation et de concentration du capital impose des crises du type de celle de la révolte grecque, et c'est dans un moment comme celui-là qu'il faut être prêt à présenter une alternative. Mais si la société n'entre pas dans le jeu, alors une telle gauche n'a tout simplement aucune chance de naître. La poursuite de l'intensification de l'exploitation et de la différenciation sociale pourrait tout aussi bien se produire dans une situation de silence total accompagnant une passivité sociale complète. Plus les gens vivront mal, plus il sera facile de les discipliner et de les manipuler. Une place pour la gauche sur la scène politique est en train de se libérer, à cause du retournement vers la droite effectué en ce moment par le PiS. Il se peut que nous assistions à la fin de la période où le PiS, en l'absence d'une gauche authentique, pouvait remplir en partie ce rôle. Mais pour que cela puisse se réaliser, il faudrait qu'une gauche existe. Ce qui nécessite un débat ouvert, avec la participation de radicaux comme de pragmatiques.

 

Malheureusement, l'establishment, et les principaux acteurs médiatiques, comme TVN ou Adam Michnik22, savent que dans un pays comme la Pologne, le besoin social pour une gauche augmente. Et ils s'y préparent. Ils ont parié sur un groupe de jeunes intellectuels liés à la Revue Krytyka Polityczna. Cette revue, généreusement financée, constitue une entreprise élitiste qui a plutôt comme objectif d'empêcher la naissance d'un radicalisme de gauche, en particulier au sein de la jeune génération, en ramenant le débat au niveau de la métalinguistique, qui touche très faiblement à la réalité sociale. C'est pourquoi le lancement d'un débat authentique avec la participation des militants sociaux et de politiciens de gauche actifs constitue une question urgente et de la plus haute importance.

 

Le langage que l'on utilise a une fonction capitale. La majorité silencieuse qui ne participe pas aux élections, car elle n'y trouve pas son parti23, reste très sensible au fait de savoir si une personne défendant publiquement une idée, comprend, connait et ressent sa situation. Car on ne peut pas apprendre cela dans les livres, cela s'apprend par l'activité quotidienne au sein des milieux menacés d'exclusion sociale. Ce n'est pas par hasard que, selon toutes les enquêtes, ce sont les institutions de l'Union européenne qui rencontrent en Pologne le degré de confiance le plus élevé par rapport à leur propre parlement ou à leur gouvernement national. Les gens se sont mis à croire dans l'Union européenne, car elle est associée à leurs yeux à « l'État-providence », et à ces aspirations vers lesquelles la gauche devrait tendre. On peut être en effet désigné comme étant d'extrême gauche en Pologne en 2010, si l'on demande simplement l'introduction d'un impôt progressif. Si l'on demande donc la simple égalisation des règles sociales et fiscales avec celles en vigueur dans les États de la « vieille Union », on est qualifié « d'extrême gauche ».

 

La recherche d'un modèle pour la gauche

La chute du camp socialiste a donné naissance au besoin de construire à nouveau une identité de la gauche. Et il s'est avéré que l'éthos de la gauche, ruiné à l'Est, n'a survécu que dans l'ouest de l'Europe. La gauche polonaise et la gauche de tous les anciens pays de démocratie populaire doivent donc rechercher leurs inspirations dans la vieille Europe. Mais pas à la façon bâclée et mécanique pratiquée jusqu'à récemment par Grzegorz Napieralski (SLD) qui s'est proclamé le nouveau Zapatero, mais par une coopération et une discussion portant ne serait-ce que sur l'avenir de l'Union européenne. Le slogan de l'Europe sociale peut, en Pologne, se révéler extraordinairement mobilisateur si l'ont réussit à démontrer à l'opinion publique les différences positives existant entre la barbarie polonaise du libre marché, et les manifestations d'un État social à l'Ouest. Malgré les évolutions négatives se produisant à l'Ouest, on peut les observer par exemple avec le droit des locataires en Allemagne, où je peux personnellement dire, en écho au slogan des altermondialistes « un monde meilleur est possible » : « Moi, je l'ai vu !».

 

Des millions de jeunes ont fui le miracle économique de Donald Tusk vers des endroits où l'on peut payer ses factures, manger à sa faim et avoir encore quelque chose dans sa poche. Pour ces gens là, ce fut un choc. Comme c'est un choc aussi de constater qu'il existe un mouvement syndical, des droits pour les travailleurs ou des aides sociales qui ne seraient pas uniquement de la charité symbolique. Ils ont quitté la Pologne car ils n'y trouvaient pas de travail, de logement, de perspectives. S'il n'y avait pas eu l'ouverture des marchés du travail dans l'UE, s'ils avaient dû rester au pays, ils auraient sans doute constitué le début d'un changement important, radical du pays, mais ils ont servi au développement économique de l'Irlande ou de l'Angleterre. Ceux d'entre eux qui reviennent apporteront avec eux une mentalité différente, d'autres aspirations, plus européennes, plus modernes, plus progressistes. Il est aussi important que cela amène à rejeter le nationalisme provincial, à changer la communauté nationale artificielle, endeuillée par l'accident du Tupolev présidentiel, par une communauté des exploités et des opprimés.

 

A côté de la perspective social-démocrate, dont la référence est le modèle capitaliste existant dans différents pays européens, il existe aussi la perspective altermondialiste ou, tout simplement, la perspective socialiste, qui exige de remettre en question le compromis de Washington, la bourse, la spéculation. En particulier dans le contexte des crises successives produit par ce système. Mais pour qu'on puisse lancer ce débat, il est indispensable qu'existe dans la conscience collective une gauche proposant une alternative politique et sociale.

 

Il existe enfin une autre référence très importante. Ce sont les processus sociaux et politiques qui se produisent au Venezuela et dans d'autres pays d'Amérique latine. D'un côté, ils montrent la vitalité et l'impact des idéaux de gauche. D'un autre, ils démontrent l'existence d'une tentative de s'arracher à la dépendance néocoloniale de la part de cette grande partie du monde. L'identité de la gauche polonaise et européenne doit en effet se former également au niveau d'une analyse globale du système capitaliste et des tentatives importantes de casser sa logique.

 

La politique étrangère

L'année 2010 aura aussi été marquée par l'installation en Pologne des missiles étasuniens « Patriot ». Une base militaire étasunienne est en train de naître. L'option pro-atlantique a totalement dominé la classe politique, et seule la masse de la société fait preuve de bon sens, en condamnant notre participation aux deux guerres américaines d'agression, en Irak et en Afghanistan. On ne doit pas oublier que c'est le gouvernement de Donald Tusk qui a retiré les armées polonaises d'Irak, et que c'est le gouvernement de la SLD qui les avait envoyées là-bas. Sur les questions internationales, les Polonais sont devenus européens en fait, et préfèrent tenir la ligne européenne plutôt que celle des USA. Mais l'opinion que la Pologne constitue la 5ème colonne des USA au sein de l'UE lui colle tellement, ce qui a été encore renforcé par l'installation des « Patriot » et le scandale des tortures des prisonniers de la CIA sur notre territoire.

 

La réaction russe à la tragédie de Smolensk, puis les déclarations honnêtes du président Medvedev sur la question de Katyn, ont dans une large mesure permis le réchauffement de l'opinion polonaise envers la Russie et les Russes. Et ici de nouveau, c'est la politique conciliatrice de PO qui s'est avérée plus habile, et la modération du ton de la part de Kaczynski n'a fait que rattraper le leader de la Plateforme civique. Il est cependant intéressant de constater que 80% des Polonais enquêtés soutiennent l'idée que la Pologne doit aider au développement des pays pauvres. Ce qui constitue encore une manifestation de l'européanisation de sa conscience et de la sortie du nationalisme provincial.

 

Mais le problème de la participation de la Pologne aux côtés des USA dans la prétendue guerre contre le terrorisme reste entier. C'est encore une manifestation de la totale aliénation des partis politiques présents au parlement par rapport à la société. Il existe en effet un consensus obligatoire entre tous les partis parlementaires sur ce sujet. Ils sont d'accord pour que, en dépit de l'opinion de la majorité écrasante de la société (plus de 80% !), la Pologne continue à participer à l'occupation de l'Afghanistan. Mais sur cette question, et pas seulement en Pologne, l'opinion publique, la démocratie, se révèle impuissante.

 

Il n'est pas encore tout à fait clair quelles seront les priorités de la prochaine présidence polonaise de l'UE d'ici un an. La crise de l'eurozone exigera une attention de notre part, même si la Pologne elle-même se trouve à la croisée des chemins sur la question de l'adhésion à la monnaie commune, et alors que le Commissaire aux questions du développement qui se trouvait récemment en Pologne a conseillé de réfléchir longuement sur cette question, car la possibilité de mener sa propre politique de change donne pour le moment une grande supériorité à la Pologne par rapport aux pays qui souffrent à cause du déficit budgétaire d'une partie des membres de la zone euro. Une protestation contre l'entrée dans un mécanisme qui ne défend pas face aux turbulences, mais qui, en dépit des annonces, ôte toute influence sur sa propre économie, serait certainement une mesure qui pourrait rapprocher la gauche nominale des standards de la gauche réelle.

 

La campagne présidentielle : des nains et des géants

Même si elle semble peu probable, la victoire de Jaroslaw Kaczynski, et cela malgré le fait que les opinions à son égard aient augmenté à un niveau qui n'avait jamais été atteint par le défunt Lech Kaczynski, sous la vague d'émotion pour la perte de son frère et la diffusion dans la partie inculte de la population des thèses conspirationnistes sur cette tragédie, pourrait freiner la prise totale du pouvoir par PO. Cela constituerait également un signal pour les hommes de pouvoir qu'ils doivent un peu plus compter avec l'opinion publique, ou bien la manipuler encore plus efficacement. Mais ceux qui pensent qu'un président Jaroslaw Kaczynski opposerait son veto contre les réformes libérales avec la même conséquence que son frère défunt pourraient être fortement déçus.

 

La victoire de Komorowski en revanche signifie que la voie vers des changements constitutionnels sera ouverte. La réalisation du programme longtemps camouflé de changements néolibéraux extrêmes sera ouverte. Le taux d'imposition unique, le gel en fonction des revenus des barrières empêchant de bénéficier des aides sociales, le déplacement de l'âge de la retraite, la privatisation finale des services de santé et d'éducation. Cela ne veut pas signifier pour autant, comme le pensent les naïfs, que le résultat final sera une rébellion populaire. Il est encore plus fréquent que, plus les choses vont mal, plus elles continuent à aller mal. En particulier maintenant lorsque, à la différence de l'époque industrielle, les gens sont condamnés à vivre dans de très petits groupes, principalement limités à la famille la plus proche.

Beaucoup dépendra donc de la conjoncture économique. La crise actuelle commence à toucher la classe moyenne polonaise. Les électeurs de PO sont licenciés eux aussi. Et à de nombreuses reprises dans l'histoire, on a vu qu'une classe moyenne déclassée ne se rend pas sans combattre. C'est ce qu'a bien compris le premier ministre Donald Tusk, puisque c'est en direction de ce groupe qu'il a décidé de consacrer des moyens budgétaires. C'est la classe moyenne qui bénéficie des aides sur les intérêts des crédits hypothécaires dans le cadre du programme « Une famille dans son chez soi », et les représentants de cette classe peuvent compter sur le fait que, s'ils perdentleur travail, le gouvernement paiera pendant un an les versements dus au titre du crédit hypothécaire. Mais dans le cas d'une dépression économique plus profonde, cela pourrait ne pas suffire. Alors viendra le temps de se retourner vers les seules réserves accessibles, c'est-à-dire une plus grande redistribution du budget national. C'est alors que pourrait venir le temps de la gauche, si elle est alors prête intellectuellement et politiquement. Depuis le début de la transformation systémique, on a assisté à un processus permanent de diminution de la part du budget dans la croissance du revenu national. La part des couches sociales les moins bien placées dans la division du revenu a donc baissé et continue à baisser.

 

La crise sociale

La crise sociale qui va en se renforçant pourrait avoir une importance fondamentale sur le développement de la scène politique polonaise. Cette crise est le prix que le pouvoir actuel paie volontiers pour pouvoir se féliciter de la croissance du PIB. Les Polonais ont le temps de travail le plus élevé d'Europe et un des plus élevés dans le monde. C'est officiellement 42 heures par semaine, mais 46% des personnes interrogées répondent qu'elles travaillent beaucoup plus que 8 heures par jour.24 Dans la construction, le commerce, les services, l'agriculture, travailler une dizaine d'heures par jour est devenu la norme. Les heures travaillées en contradiction avec les normes du code du travail (particulièrement fréquentes dans les firmes de gardiennage) ne sont pas payées, et on les impose en menaçant de licenciement.

 

C'est ce temps de travail prolongé qui a été la cause de la hausse de la productivité et, depuis le début de la transformation systémique, il a été plus élevé que dans les autres pays de l'ancien bloc de l'Est. Dans une large mesure, ce sont ceux qui sont les plus exploités qui sont à l'origine de la dynamique de développement, les travailleurs sans contrat, au noir. Selon diverses estimations, ils représenteraient entre 15 à 21% de la force de travail (soit 5 millions de personnes).25 Ces travailleurs ne sont pas seulement forcés de travailler plus longtemps, mais ils le font pour un salaire très faible. Une force de travail peu coûteuse, disciplinée, et possédant des qualifications relativement élevées dans une situation de taux minimal de syndicalisation (là encore un des plus bas en Europe), cela donne une croissance qui permet d'affronter la crise économique, au prix d'une crise sociale importante, qui n'a pas commencé avec la chute de Lehman Brothers, mais avec la chute du socialisme réel (dans les années 1990-93, le taux moyen d'emploi a baissé de 3 millions de personnes). Le salaire moyen pour une heure de travail en Pologne est plus bas qu'au Brésil, et le salaire minimum deux fois plus bas qu'au Venezuela.

 

De bas salaires, des licenciements collectifs, le renoncement de l'État à ses fonctions sociales, la liquidation du fond de consommation collectif et la diminution du pourcentage du budget de l'État dans le PIB, voilà les phénomènes de la période de transformation qui ont entraîné la désindustrialisation et le darwinisme social à l'américaine. Le développement économique constaté en Pologne a un caractère de non employabilité et il est le résultat de l'exploitation, et non de la création de nouveaux emplois. Lors des discussions menées au sein de la gauche polonaise dans les années 1990, on émettait souvent la crainte que l'entrée de notre pays dans l'UE allait provoquer l'érosion des fonctions sociales dans les États de la vieille Union, selon le mécanisme du dumping social. Mais ces craintes se sont affaiblies avec l'ouverture des États occidentaux à la force de travail polonaise. On a au contraire, constaté une influence assez positive sur le marché du travail polonais, où il a commencé à manquer d’ouvriers qualifiés, en particulier dans la construction. Mais ce moment n'a même pas duré une année. C'était comme un court printemps au delà du cercle polaire, après quoi on assisté au retour de l'hiver dur et terrible avec la règle du salaire différencié. La nouvelle de la crise économique mondiale a fait que les entreprises se sont lancées dans des licenciements collectifs, en dépit du fait qu'elles n'ont pas noté de baisse de leurs ventes, mais elles les ont faites « au cas où ». La hausse rapide du chômage, le retour d'une partie des travailleurs émigrés a provoqué l'augmentation de la crise sur le marché du travail, ce qui a permis aux employeurs de revenir aux pratiques antérieures, dans le style du XIXe siècle.

 

On assiste quotidiennement à des licenciements de salariés à cause d'une simple tentative de créer des organisations syndicales. Et même lorsqu'on gagne un procès au tribunal du travail, cela se termine par une amende symbolique, au lieu d'être réembauché. En même temps, la coalition gouvernementale libérale a introduit des modifications dans le code du travail, qui fait que, en cas de procès perdu, c'est au travailleur de payer l'avocat du patron. Le gouvernement a également pris l'initiative de limiter et de liquider en pratique les syndicats les plus combatifs. Dans une situation où les syndicats les plus massifs ont depuis longtemps été « apprivoisés » par les patrons et les connexions politiques, on peut supposer que cela amènera à la poursuite de la détérioration de la situation des travailleurs.

 

Le capitalisme polonais est fortement enraciné idéologiquement dans la tête de ses victimes. Une majorité de Polonais a tendance à se considérer responsable de ses propres échecs, sans en rendre responsable le système, les employeurs, la politique d'État. Les Polonais pauvres s'opposent à l'augmentation de l'impôt des riches, car on les a habitués à s'identifier à ces derniers. Leszek Balcerowicz, le liquidateur du secteur minier polonais, qui a libéré tous les prix à l'exception de celui du charbon, qui jouait le rôle d'ancre anti-inflationniste (donnant ainsi l'apparence fausse que le secteur minier n'était pas rentable), a reçu en Haute-Silésie, lors des élections, un nombre record de voix, comme récompense pour avoir liquidé des centaines de milliers d'emploi dans cette région. Aujourd'hui, à l'heure de l'épuisement des ressources mondiales d'énergie, on sait déjà que la politique qui a entraîné la fermeture de dizaines de mines de charbon fut une erreur. Ce fut le premier terrain d'expérimentation dans la division et la mise en concurrence de différentes catégories sociales défavorisées. Les primes de licenciement avec lesquelles on n'a créé aucun emploi (car il était impossible d'en créer), ont servi à exciter contre les licenciés les personnes encore plus engluées dans la misère et la paupérisation. Autour des mines fermées, les vendeurs de marques d'automobiles populaires ont ouvert des salons de vente, pour les fermer peu après, lorsque l'argent des primes de licenciement s'est tari.

 

La situation dramatique de cette catégorie de travailleur est apparue clairement lors de la catastrophe récente dans la mine « Wujek » de Ruda Slaska. A l'occasion d'une explosion de gaz méthane qui a tué 15 mineurs, et blessé sérieusement plusieurs dizaines d'autres, il s'est avéré que les mineurs, suivant les consignes de l'encadrement, falsifiaient massivement les instruments de mesure du gaz méthane. Lorsqu'on leur a demandé pourquoi personne n'avait signalé cela aux autorités, ils ont répondu la vérité : par peur d'être licencié. Un tel scandale avec les instruments de mesure avait déjà eu lieu en 2007 avec la catastrophe encore plus tragique de la mine « Halemba ». Les mineurs, privés de tout soutien syndical véritable, risquent leur vie et meurent par peur de perdre leur travail. Ce n'est même plus le tableau décrit par Emile Zola dans Germinal, ou une nouvelle version du film « L'homme de fer ». Le modèle polonais de capitalisme exclut l'existence d'une politique sociale. Il est vrai qu'on n'est pas allé aussi loin que le président colombien Uribe, qui a tout simplement liquidé les ministères du travail et de la santé, mais la logique visant à leur liquidation est visible à chaque pas.

 

Le ministère du travail estime que le taux de chômage en juillet 2009 est monté à 10,8%. Le nombre de chômeurs enregistrés dans les bureaux de l'emploi à la fin juin 2009 était de 1,658 million, dont 1,39 million n'avait aucun droit à une assurance chômage (83%). Le chiffre d'offres d'emploi signalées par les employeurs auprès des bureaux de l'emploi en juillet 2009 était de 78 200, et le ministère de l'économie estimait que jusqu'à la fin 2009, le taux de chômage augmenterait à 12%.26 L'assurance chômage est fixe, et n'a aucun lien avec le salaire précédent ou le coût de la vie. Le taux de base en Pologne est de 551,8 zloty brut et il n'augmentera pas dans un avenir proche, dans une situation de chômage en hausse. La période au cours de laquelle on reçoit une allocation de chômage varie de 6 mois à 12 mois, dans les régions de chômage massif. Mais ce ne sont que les chiffres officiels. Non officiellement, on sait qu'il y a beaucoup plus de chômeurs. On ne s'enregistre pas puisqu'on ne reçoit pas d'allocation. Et les administrations profitent de chaque occasion pour améliorer les statistiques en rayant des listes tous ceux qui ne s'enregistrent pas dans les temps, ou qui n'acceptent pas un travail vers lequel le bureau de l'emploi les a dirigés. Ce sont en général des contrats tout à fait défavorables au chômeur. Et il faut aussi dire qu'il est devenu fréquent que les offres d'emploi proposées aux chômeurs soient des offres de travail au noir. Il est évident que la majorité des chômeurs sans droit d'allocation, et une partie de ceux qui y ont droit, travaillent au noir, pour ne pas mourir de faim ou ne pas perdre son logement.

 

Car il n'existe rien qui pourrait empêcher le mécanisme implacable qui fait qu'un être humain licencié de son travail ne soit pas condamné à l'expulsion de son logement. Même les personnes employées selon des contrats poubelles (légaux) ont de grands problèmes pour pouvoir payer leurs loyers, et encore plus pour celles qui travaillent au noir avec des salaires encore plus faibles. Les familles nombreuses, les parents isolés, etc.

 

Pourquoi n'y a-t-il pas de gauche ?

En Europe occidentale, là où il existe encore une gauche, des grèves massives ont lieu. Les gens sont habitués à se battre pour leurs droits. Sortir dans la rue, faire grève. De nombreux militants ont été interdits là-bas dans leurs emplois à cause de leurs opinions communistes. Mais les militants et membres de notre Alliance de la gauche démocratique (SLD) étaient habitués à fonctionner dans le cadre des structures de l'État et d'un parti où l'on pouvait faire carrière. Il y a là une différence de biographie fondamentale.

 

Ce phénomène d'absence de gauche réelle en Pologne est d'autant plus étonnant que la société fait toujours montre d'inclinations socialistes évidentes. La majorité des personnes enquêtées se prononce régulièrement en faveur d'une répartition égalitaire, juste, des revenus. Le parti traditionaliste PiS a d'ailleurs démontré cela lorsqu'il a gagné les élections de 2004 en utilisant des slogans sociaux et de gauche. Pour beaucoup de personnes âgées et d'âge moyen, la période de la Pologne populaire était celle des départs en vacances, à la mer ou à la montagne. Et presque tous savent que ces temps sont terminés et ne reviendront pas. La SLD a souvent cligné de l'œil vers les électeurs en mentionnant qu'elle provenait de la Pologne populaire, pour pouvoir être perçue positivement, mais elle n'a jamais essayé d'entreprendre la moindre tentative visant à préserver n'importe quelle loi sociale, qui sont décrites par les élites systématiquement privilégiées comme étant des ...privilèges.

 

Mais, comme l'a souligné tout particulièrement Ryszard Bugaj27, lors des accords de la « Table ronde », les élites de « Solidarnosc » ont décidé que la gauche ne devait pas exister, qu'elle était inutile.28 Donc, on a accordé ce terrain politique aux ex-communistes, ce qui fut la meilleure solution pour la droite. Dans un pays où l'on rend à l'Eglise des bâtiments d'utilité publique en se basant sur des droits de propriétés datant du Moyen-Age, on n'a jamais rendu au Parti socialiste polonais ses biens confisqués lors de son absorption forcée dans le Parti ouvrier unifié polonais (communiste) en 1948. On l'a fait en Tchéquie où la social-démocratie a retrouvé ses biens, ce qui lui a permis de participer à égalité à la vie politique. Le Parti socialiste polonais, privé de moyens, a donc été forcé de conclure une coalition avec les ex-communistes, ce qui l'a amené en finale à la non existence, dont il lui sera difficile de se sortir.

 

Il existe aussi une règle historique. Les pays sortant du communisme vivent un tournant historique vers la droite, et ceux qui, comme le Portugal ou l'Espagne, sortent du fascisme, évoluent vers la gauche. L'aveuglement idéologique provenant de ce « balancement historique » est tel en Pologne que dans un manuel d'histoire pour la quatrième année de l'école primaire, on écrit que des milliers de personnes sont mortes pendant l'occupation hitlérienne. Cela afin que ce chiffre ne permette pas de constater un nombre de victimes plus élevées que celui de Katyn29. On enseigne aux jeunes lors des leçons d'entreprenariat dans les lycées, que les chômeurs sont des personnes qui ne veulent pas travailler. Dans l'article 13 de la Constitution, on met un signe d'égalité entre communisme et fascisme, et on introduit dans le code pénal l'interdiction de porter et de montrer publiquement les symboles traditionnels du mouvement ouvrier.

 

L'inondation massive qui se produit actuellement en Pologne constitue une excellente occasion pour le Premier ministre de se présenter en imperméable et en bottes de caoutchouc partout où l'on aurait plutôt besoin de pompiers, et pas d'un premier ministre. Mais cela donne l'impression d'avoir affaire à un politicien engagé et compatissant, qui vit la vie de sa nation. Et dans les reportages, ce ne sont plus les personnes ayant subi l'inondation qui sont les héros, elles ne constituent plus que l'arrière-fond derrière le Premier ministre, bon maître de maison.

 

Voilà une nouvelle espèce de politique. La politique de l'apparence. Sans aucun contenu réel. Cela renforce le pressentiment que les élections ne sont qu'une espèce de casting, dans lequel on place ceux qui devront jouer le rôle des compatissants, sensibles, bons, courageux, président, ministres, maires. Tant que la société sera passive, apathique, soumise, ce seront ceux qui jouent le mieux leur rôle qui prendront les places.

 

Qu'en sortira-t-il ?

Indépendamment du fait de savoir, si sur la scène politique polonaise, on aura encore affaire à deux, trois ou quatre partis, chacun d'eux restera virtuel, isolé du corps social, séparé des réalités vécues par le citoyen lambda. Les élections permettent de savoir qui va faire exactement la même politique que son prédécesseur. Car nous avons affaire à un choix de personnes et non de programmes. Personne ne lit plus les programmes, et on n'essaie même plus de prétendre en avoir un. Les débats, si jamais il y en a, se limiteront à des échanges plus ou moins retenus de méchancetés. Et les tentatives de changement visent à limiter le pluralisme déjà fort limité par une modification de la loi électorale. Il est déjà difficile pour les partis plus petits de se faufiler dans les circonscriptions où il y a moins de sièges à obtenir. Mais lorsqu'on aura introduit les circonscriptions à un siège, seuls deux partis resteront sur le devant de la scène. La majorité silencieuse n'est aujourd'hui pas représentée, et n'étant pas en état de s'identifier avec les partis présents, elle ne prend pas part au vote. La loi électorale majoritaire fera en plus que ceux qui auront voté pour les partis plus petits ne seront pas représentés.

 

Il y a encore une autre idée en cours pour limiter le rôle de tous les partis, hormis PO, et qui est toute aussi démagogique que la loi électorale majoritaire, c'est celle de renoncer au financement des partis politiques sur le budget de l'État. Il est évident qu'un parti gouvernemental, sans financement public, peut compter sur « l'appui » du business, alors que les autres devront faire des campagnes économiques, ce qui au moment où domine la politique des « Public Relations » ne pourra se terminer que par leur défaite.

 

Les campagnes électorales constituent le seul moment où les groupes politiques plus petits, et surtout moins connus, peuvent se présenter. Mais ce n'est qu'en théorie. Déjà depuis un certain temps, les campagnes électorales sont menées dans différentes classes. Dans la classe business, on présente les principaux prétendants, alors que les autres doivent accepter de siéger ramassés dans la classe touriste. Comment dans cette situation les électeurs sauraient-ils pour qui voter ? Le contrôle politique sur les médias publics et privés par les géants crée une situation où le spot publicitaire d'un parti est difficile à relier à un programme. Le résultat est que les gens votent pour le candidat qui reçoit un appui dans leur programme télévisuel préféré ou de la part de leur présentateur préféré. Cette médiocratie donne aux propriétaires des stations de télévision un pouvoir comparable à celui des ministres et des présidents. Un tel type de pouvoir empêche à un Berlusconi enfreignant constamment la loi d'éviter toute responsabilité pénale.

 

Les politiciens sont devenus des célébrités, des proches habitant quasiment chez nous, des personnes que l'on voit incomparablement plus souvent que nos vieilles mères ou vieux pères. Qu'est-ce qui a fait que nous les aimons tant ? Pourquoi croyons nous en eux, alors même que nous considérons avec grand mépris le métier de politicien ? Le résultat collectif du syndrome de Stockholm. Un ensorcellement collectif. Quand on est si fréquemment et de façon si proche en telle compagnie, il devient facile de s'identifier à cette personne, comme on le fait pour le héros d'un feuilleton télévisé que l'on apprécie.

 

Ce modèle d'hypnose collective ne pourra être brisé que par celui qui réussira à séparer les gens de leur téléviseur. Et ce sera certainement quelqu'un de gauche. On peut évidemment ne pas être d'accord avec les méthodes pleines de rage et de colère employées par les Grecs, mais on doit reconnaître une chose : ils ne regardent pas beaucoup la télévision. Et parce qu'ils ne la regardent pas, on sait qu'ils deviennent en général plus intelligents.

 

*Journaliste, juriste. Ancien militant clandestin de « Solidarnosc » avant 1989. Un des fondateurs en 1987 dans la clandestinité du Parti socialiste polonais. Arrêté à plusieurs reprises à l'époque du « socialisme réel » puis aussi après 1989, pour s'être opposé aux expulsions de locataires handicapés. Président de la Chancellerie de justice sociale. Dirigeant de la Nouvelle gauche.

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Notes :

1NDLR : PO : parti libéral de centre droit ; PiS : parti traditionaliste catholique et plutôt nationaliste, marqué par une relative sensibilité sociale.

2NDLR : PSL : parti agrarien formé au XIXe siècle et qui a été associé aux communistes avant 1989, avant d'évoluer sur des positions de centre-droit aujourd'hui. SLD : parti créé à l'origine par l'aile « libérale » de l'ancien parti « communiste » (PZPR) au pouvoir avant 1989, et qui se positionne aujourd'hui sur une ligne social-libérale et atlantiste. Même si son candidat aux élections a légèrement infléchi le ton vers la gauche, au grand dam de la majrotié de ses notables.

3 Cf. http://wiadomosci.gazeta.pl/wiadomosci/1,53600,2407765.html

4 NDLR. Accident d'avion où mourut le président de la République, Lech Kaczynski, et 95 autres personnes, parmi lesquelles 1/3 des membres de la direction du PiS, la totalité de l'état-major de l'armée, plusieurs dignitaires politiques d'autres partis, des membres d'associations d'anciens combattants et les membres de l'équipage de l'avion.

5http://www.sourcewatch.org/index.php?title=Jan_Jakub_Wygnanski

6 Le Prof. Czaplinski dans Diagnoza spoleczna za rok 2009, informe que 46% des ménages éprouvent des difficultés à payer leur loyer. A télécharger sur :

http://www.telepraca-dopiewo.pl/pl/lokalny_osrodek_aktywizacji_zawodowej/raporty_badania.html

7 NDLR. Néologisme inventé dans le parti PiS pour désigner péjorativement ceux qui se présentent comme étant capables de juger la réalité sur la base de leur diplôme.

8 NDLR. Il s'agit des vieilles femmes des villes de province symbolisant une Pologne traditionnelle, pauvre, marginalisée, catholique bigote, nationaliste.

9NDLR. Constatons toutefois qu'à force d'endurance personnelle, et malgré les réticences des notables de son propre parti, le jeune Napieralski a réussi à atteindre au premier tour des élections le score de 14% des voix environ, en grande partie dans les couches jeunes, rurales et pauvres de la population, ce qui semble signaler le retour d'une sensibilité de gauche sociale sur le devant de la scène. Et ce qui a dors et déjà forcé les deux candidats restant du deuxième tour à se référer explicitement pour la première fois depuis 20 ans, aux idées de gauche, et à accepter la proposition lancée par Napieralski d'une table ronde nationale sur le futur du système de santé. Exit donc les projets de la droite de privatiser à la hussarde ce secteur.

10Idem.

11NDLR. Slogan en vigueur sous l'ère Gierek (1970-1980), lorsque le « pouvoir populaire » renonça à l'idéologie de la lutte des classes au profit d'un socialisme censé désormais unir toute la nation par-dessus des clivages sociaux « dépassés ».

12NDLR. Slogan rassembleur lancé par Gierek pour mobiliser la société dans un effort censé garantir à travers la fierté nationale l'objectif de l'amélioration des conditions de vie des individus.

13NDLR. Parti de fait quasi-unique qui gouverna le Mexique depuis l'entre-deux-guerres jusqu'aux années 1990.

14NDLR. La constitution polonaise accorde une primauté au parlement ce qui limite le pouvoir du président de la République et renforce celui de premier ministre. Ce qui explique pourquoi le premier ministre actuel, Donald Tusk, leader incontesté de PO, n'a même pas envisagé d'être candidat aux élections présidentielles actuelles, laissant son parti appuyer la candidature de l'assez terne Bronislaw Komorowski.

15NDLR. Bien que n'ayant pas réussi à être élu président de la République, en 1990, Tyminski avait réussit à battre au premier tour le premier ministre en exercice, Tadeusz Mazowiecki, ouvrant la porte au second tout à l'élection par défaut de Lech Walesa.

16NDLR. La campagne de propagande du PiS pour la décommunisation radicale s'appuyait sur le soupçon que les cercles aux pouvoirs avant 1989 avaient conservé des positions clefs dans l'économie, les services secrets et l'administration suite à une politique de collaboration secrète, lancée dès avant 1989, avec les leaders pro-occidentaux de la dissidence qui provenaient eux aussi à l'origine de la « famille » communiste, et qui monopolisèrent les postes politiques et médiatiques après 1989. Cette vision d'une alliance de tous les « enfants de la haute nomenklatura » s'appuyait sur des faits réels, mais elle échoua par absence de réflexion sur le fait que c'était dans la logique même du capitalisme qui recycle n'importe qui pourvu qu'il en ai les moyens et qu'il accepte les règles du marché et de la propriété privée des moyens de production et d'échanges. Ce qui était bien le cas de tous ceux qui étaient parvenus au pouvoir grâce à l'ascenseur social communiste, mais qui voulaient désormais débarquer à l'étage : pouvoir personnel, individualisation et consommation débridée.

17Le mouvement « Autodéfense « d'Andrzej Lepper, qui se proclame de « gauche patriotique », s'est bâti dans les luttes sociales et les violences de paysans surendettés. Parvenu au pouvoir en 2004 au sein d'une coalition avec le PiS, il renonça alors assez largement à son radicalisme social, ce qui mena son parti vers l'effondrement d'où il n'est pas parvenu à sortir jusqu'à présent.

18NDLR. Après avoir cherché à courtiser l'Eglise chaque fois qu'elle se trouvait au pouvoir.

19NDLR. Alors chef de la SLD et futur président de la République.

20cf. Czaplinski, op. cit.

21NDLR. Il est trop tôt pour savoir si le succès personnel de Napieralski au premier tour des élections de juin 2010 et qui a pu devenir candidat du parti à la suite du décès du candidat officiel de la SLD, Jerzy Szmajdzinski, dans l'accident de l'avion présidentiel, réussira à forcer les notables « ex-communistes » de la SLD a accepter de revenir vers une rhétorique sociale de gauche. Il est en tout cas évident que le candidat de la SLD est parti d'une estimation d'intentions de vote oscillant autour de 5% pour finalement atteindre 14% des voix grâce à la mobilisation d'électeurs de gauche dormants depuis des années car déçus par l'élitisme de la SLD.

22NDLR. Ancien dissident phare avant 1989 issu d'une famille communiste. Créateur en 1989 de l'empire médiatique autour du quotidien « Gazeta Wyborcza », « organe » de référence du changement systémique depuis 1989.

23NDLR. Lors du premier tour des élections présidentielles de juin 2010, la participation s'est élevée à 52% des électeurs inscrits.

24http://www.gazetapodatnika.pl/artykuly/romaszewska_czas_pracy_polakow_jest_najdluzszym_w_europie-a_2981.htm

25http://www.rp.pl/artykul/423286_Praca_na_czarno__wydatki_na_bialo_.html

26http://www.stat.gov.pl/gus/5840_1487_PLK_HTML.htm

27NDLR. Un des dirigeants de l'aile gauche du syndicat « Solidarnosc », négociateur en 1989 de la « Table ronde sociale » censée accompagner la « Table ronde politique » ...mais dont les décisions devinrent caduque dès les élections passées.

28cf. http://www.jerzyrobertnowak.com/ksiazki/jak_oszukano_narod.htm#Spis_tre%C5%9Bci:

29NDLR. Environ 6 millions de citoyens polonais sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale, pour moitié d'origine juive, pour moitié d'origine « aryenne ». L'immense majorité des victimes fut exterminée par les nazis. A Katyn, et lors des exécutions similaires qui eurent lieu suite à la même décision prise au Kremlin au printemps 1940, plus de 20 000 officiers polonais furent exécutés.

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commentaires

Drweski 22/06/2016 19:57

Je vais transmettre à l'auteur de l'article. Pour ma part je pense que vos négligez la situation de rattrapage de l'économie périphérique russe et la nécessité ensuite pour le jeune État soviétique de faire comme Staline a dit en 1931 : "nous avons dix ans pour construire une industrie militaire compétitive, sinon ils nous écraserons" ...10 ans ...1931 ...1941. La plus-value soviétique allait à l'industrialisation, à l'urbanisation et à la défense.

Jao Aliber 22/06/2016 18:49

Pour la majorité des gens, communistes ou pas, le léninisme est l’application politique du communisme découvert par Karl Marx et Engels.Mais cette croyance est une illusion.Elle dû au fait que les lois de la reproduction progressive de l’économie ne sont pas connu du grand public.

Donc pour comprendre l’exploitation léniniste, il faut connaître comment la reproduction progressive(croissance économique) se fait au sein du capitalisme.

Ceux qui patienteront et étudieront cette reproduction progressive du capital total de la société verront que:

1° La production des articles de consommation(section 2) doit croître plus vite que la production des moyens de production(section 1).Marx donna plusieurs exemples pour illustrer cette loi.

2° Dans le cas contraire, c’est à dire, si c’est la production des moyens de production qui croit plus vite que la production des articles de consommation alors il se produit une pénurie des articles de consommation pour les ouvriers parce que, dans ce cas, les articles de consommation qui doivent s’échanger contre les salaires seront insuffisants.Résultat: des salaires seront distribués mais les magasins seront à moitié vide, c’est la pénurie permanente.

Or , en URSS, il suffit de consulter les manuels d’économie politique pour savoir que c’est la production des moyens de production qui croissait plus vite que la production des articles de consommation en contradiction totale avec la loi marxienne de la reproduction progressive.C’était la loi économique centrale de l’économie soviétique.

Et c’est Lénine lui-même qui formula cette théorie pour la première fois dans son ouvrage « Pour caractériser le romantisme économique »( p.12 ) puis en 1899 dans son ouvrage « Le développement du capitalisme russe » mais cette fois-ci en falsifiant carrément la théorie de la reproduction progressive de Marx .

C’est pourquoi, il est important d’étudier cette loi à travers Marx lui-même pour ne pas être piégé par les falsifications léninistes.

Maintenant nous savons qu’en URSS, l’économie devait produire nécessairement de la pénurie chronique d’articles de consommation parce que la production des moyens de production croissait plus vite que l’autre section de la production en contradiction flagrante avec la loi normale du développement des entreprises.La question qui se pose maintenant est pourquoi Lénine et ses successeurs ont falsifié Marx malgré les pénuries que ce type de production engendre ?

Pour répondre à cette question, il faut revenir à la théorie de la reproduction progressive.En effet, lorsque la production de la section 1 va vite que la section 2, la théorie marxienne nous montre qu’il se crée:

1° Un surproduit de moyens de production(qui doit être exporté pour prendre la forme argent) dans la section 1.

2° Un surproduit d’articles de consommation qui devrait(si normalement la section 2 allait vite que la section 1) être distribuée comme salaires aux ouvriers pour produire les articles de consommation qui manque parce que la section 1 va plus vite que la section 2.

Ce sont ces deux surproduits qui constituent la nouvelle forme de plus-value historique depuis l’ avènement du capitalisme que les dirigeants soviétiques(la nomenklatura dont le père est Lénine lui-même) extorquent annuellement aux travailleurs.C’est là secret de l’exploitation léniniste dont la pénurie d’articles de consommation en est inhérent.

En somme, la plus-value soviétique diffère de la plus-value capitaliste(occidental) en ce que la première est produite de façon global sur l’ensemble des salariés par l’étatisation(mais la cause de cette exploitation n’a rien avoir l’étatisation en elle-même, de même qu’un couteau peut-être utile en cuisine ou dangereux comme arme) et que la deuxième est produite par des entreprises privées sur un ensemble restreint de salariés.

la-pensée-libre 22/06/2016 20:23

Je vais transmettre à l'auteur de l'article. Pour ma part je pense que vos négligez la situation de rattrapage de l'économie périphérique russe et la nécessité ensuite pour le jeune État soviétique de faire comme Staline a dit en 1931 : "nous avons dix ans pour construire une industrie militaire compétitive, sinon ils nous écraserons" ...10 ans ...1931 ...1941. La plus-value soviétique allait à l'industrialisation, à l'urbanisation et à la défense.