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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 17:12

 

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Le débat sur l'intervention française au Mali n'a pas provoqué dans les « grands » médias publics et privés l'intérêt et les polémiques qu'auraient dû occasioner dans une situation normale l'entrée en guerre de notre pays sur un nouveau théâtre militaire. Force est par ailleurs de reconnaître également que, depuis l'échec de la gauche anti-impérialiste et anti-guerre face aux conflits en Yougoslavie et en Irak, les rangs et les convictions semblent faiblir, en même temps que la crise du capitalisme s'approfondit ...Un peu comme en 1914 ?


Dans ce contexte, on ne peut que saluer les auteurs qui, dans la diversité de leurs opinions, ont décidé de prendre position sur le conflit en cours en sortant, même un peu des sentiers battus. Avec des opinions qui ont parfois choqué et qui doivent être débattues. Le respect que l'on peut éprouver pour les travaux et l'activité de chaque militant et de chaque penseur ne peut être pris au sérieux qu'à la condition de pouvoir aussi les critiquer. Il nous a donc semblé nécessaire d'entreprendre la critique et la déconstruction de l'article d'un des personnage éminent de la mouvance anti-impérialiste, Samir Amin, qui est paru dans notre précédent numéro. Cette critique est parue au même moment que d'autres le visant, qui ont provoqué plusieurs réactions de l'auteur. Réactions que nous avons souhaité publier en même temps que les nôtres, avec l'accord de Samir Amin et qui se termine par sa propre réponse. Ce dossier permet à nos yeux d'affiner les positions de chacun et d'entretenir un débat vif et nécessaire pour aider à éclaircir les raisons fondamentales de chaque choix portant sur l'intervention de l'Etat français au Mali, les positions des autres puissances de l'OTAN et des pétromonarchies, la situation de l'Algérie et la question de « l'islam politique » qui tend souvent à recouvrir désormais les autres aspects des interventions menées dans les pays du cercle culturel « arabo-musulman ». On peut tenter de résumer de débat par la formule : Est-ce qu'au Mali, ou ailleurs, le takfiro-islamisme1 constitue un danger spécifique ou n'est-ce qu'une marionnette d'un impérialisme anglo-saxon relayée par leurs alliés des pétromonarchies absolutistes ? D'où cette publication en sept parties. Pour laquelle nous commençons par reprendre l'article de Samir Amin dont nous n'avions que mentionné la source originelle dans notre numéro précédent.



La Rédaction



Débat Mali février 2013



Partie I :



Mali : Analyse de Samir Amin



Je suis de ceux qui condamnent par principe toute intervention militaire des puissances occidentales dans les pays du Sud, ces interventions étant par nature soumises aux exigences du déploiement du contrôle de la Planète par le capital des monopoles dominant le système

.

L’intervention française au Mali est-elle l’exception à la règle ? Oui et non. C’est la raison pour laquelle j’appelle à la soutenir, sans néanmoins penser le moins du monde qu’elle apportera la réponse qu’il faut à la dégradation continue des conditions politiques, sociales et économiques non seulement du Mali mais de l’ensemble des pays de la région, laquelle est elle-même le produit des politiques de déploiement du capitalisme des monopoles de la triade impérialiste (États-Unis, Europe, Japon), toujours en œuvre, comme elle est à l’origine de l’implantation de l’Islam politique dans la région.

 I.- L’Islam politique réactionnaire, ennemi des peuples concernés et allié majeur des stratégies de la triade impérialiste [1]

L’Islam politique – au-delà de la variété apparente de ses expressions – n’est pas un « mouvement de renaissance de la foi religieuse » (que celle-ci plaise ou non), mais une force politique archi-réactionnaire qui condamne les peuples qui sont les victimes éventuelles de l’exercice de son pouvoir, à la régression sur tous les plans, les rendant par là même incapables de répondre positivement aux défis auxquels ils sont confrontés. Ce pouvoir ne constitue pas un frein à la poursuite du processus de dégradation et de paupérisation en cours depuis trois décennies. Au contraire il en accentue le mouvement, dont il se nourrit lui-même.

Telle est la raison fondamentale pour laquelle les puissances de la triade – telles qu’elles sont et demeurent – y voient un allié stratégique. Le soutien systématique apporté par ces puissances à l’Islam politique réactionnaire a été et demeure l’une des raisons majeures des « succès » qu’il a enregistrés : les Talibans d’Afghanistan, le FIS en Algérie, les « Islamistes » en Somalie et au Soudan, ceux de Turquie, d’Egypte, de Tunisie et d’ailleurs ont tous bénéficié de ce soutien à un moment décisif pour leur saisie du pouvoir local. Aucune des composantes dites modérées de l’Islam politique ne s’est jamais dissociée véritablement des auteurs d’actes terroristes de leurs composantes dites « salafistes ». Ils ont tous bénéficié et continuent à bénéficier de « l’exil » dans les pays du Golfe, lorsque nécessaire. En Libye hier, en Syrie encore aujourd’hui ils continuent à être soutenus par ces mêmes puissances de la triade. En même temps les exactions et les crimes qu’ils commettent sont parfaitement intégrés dans le discours d’accompagnement de la stratégie fondée sur leur soutien : ils permettent de donner de la crédibilité à la thèse d’une « guerre des civilisations » qui f0acilite le ralliement « consensuel » des peuples de la triade au projet global du capital des monopoles. Les deux discours – la démocratie et la guerre au terrorisme – se complètent mutuellement dans cette stratégie.

Il faut une bonne dose de naïveté pour croire que l’Islam politique de certains – qualifié à ce titre de « modéré » – serait soluble dans la démocratie. Il y a certes partage des tâches entre ceux-ci et les « salafistes » qui les déborderaient dit-on avec une fausse naïveté par leurs excès fanatiques, criminels, voire terroristes. Mais leur projet est commun – une théocratie archaïque par définition aux antipodes de la démocratie même minimale.

 II.- Le Sahélistan, un projet au service de quels intérêts ?

De Gaulle avait caressé le projet d’un « Grand Sahara français ». Mais la ténacité du Front de Libération National (FLN) algérien et la radicalisation du Mali de l’Union Soudanaise de Modibo Keita ont fait échouer le projet, définitivement à partir de 1962-1963. S’il y a peut être quelques nostalgiques du projet à Paris, je ne crois pas qu’ils soient en mesure de convaincre des politiciens dotés d’une intelligence normale de la possibilité de le ressusciter.

En fait le projet de Sahélistan n’est pas celui de la France – même si Sarkozy s’y était rallié. Il est celui de la nébuleuse constituée par l’Islam politique en question et bénéficie du regard éventuellement favorable des États-Unis et dans leur sillage de leurs lieutenants dans l’Union Européenne (qui n’existe pas) – la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

Le Sahélistan « islamique » permettrait la création d’un grand Etat couvrant une bonne partie du Sahara malien, mauritanien, nigérien et algérien doté de ressources minérales importantes : uranium, pétrole et gaz. Ces ressources ne seraient pas ouvertes principalement à la France, mais en premier lieu aux puissances dominantes de la triade. Ce « royaume », à l’image de ce qu’est l’Arabie Saoudite et les Emirats du Golfe, pourrait aisément « acheter » le soutien de sa population clairsemée, et ses émirs transformer en fortunes personnelles fabuleuses la fraction de la rente qui leur serait laissée. Le Golfe reste, pour les puissances de la triade, le modèle du meilleur allié/serviteur utile, en dépit du caractère farouchement archaïque et esclavagiste de sa gestion sociale – je dirai grâce à ce caractère. Les pouvoirs en place dans le Sahélistan s’abstiendraient de poursuivre des actions de terrorisme sur leur territoire, sans pour autant s’interdire de les soutenir éventuellement ailleurs.

La France, qui était parvenue à sauvegarder du projet du « Grand Sahara » le contrôle du Niger et de son uranium, n’occuperait plus qu’une place secondaire dans le Sahélistan [2].

Il revient à F. Hollande – et c’est tout à son honneur – de l’avoir compris et refusé. On ne devrait pas s’étonner de voir que l’intervention qu’il a décidé ait été immédiatement soutenue par Alger et quelques autres pays pourtant non classés par Paris comme des « amis ». Le pouvoir algérien a démontré sa parfaite lucidité : il sait que l’objectif du Sahélistan vise également le Sud algérien et pas seulement le Nord du Mali [3]. On ne devrait pas davantage s’étonner que les « alliés de la France » – les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, sans parler de l’Arabie Saoudite et du Qatar – sont en réalité hostiles à cette intervention, qu’ils n’ont accepté du bout des lèvres que parce qu’ils ont été mis devant le fait accompli – la décision de F. Hollande. Mais ils ne seraient pas mécontents de voire l’opération s’enliser et échouer. Cela redonnerait de la vigueur à la reprise du projet du Sahélistan.

 III.- Gagner la guerre du Sahara

Je suis donc de ceux qui souhaitent et espèrent que la guerre du Sahara sera gagnée, ces Islamistes éradiqués dans la région (Mali et Algérie en particulier), le Mali restauré dans ses frontières. Cette victoire est la condition nécessaire incontournable, mais est loin d’être la condition suffisante, pour une reconstruction ultérieure de l’Etat et de la société du Mali.

Cette guerre sera longue, coûteuse et pénible et son issue reste incertaine. La victoire exige que soient réunies certaines conditions. Il faudrait en effet non seulement que les forces armées françaises n’abandonnent pas le terrain avant la victoire, mais encore qu’une armée malienne digne de ce nom soit reconstituée rapidement. Car il faut savoir que l’intervention militaire des autres pays africains ne pourra pas constituer l’élément décisif de la victoire.

La reconstruction de l’armée malienne relève du tout à fait faisable. Le Mali de Modibo était parvenu à construire une force armée compétente et dévouée à la nation, suffisante pour dissuader les agresseurs comme le sont les Islamistes d’AQMI aujourd’hui. Cette force armée a été systématiquement détruite par la dictature de Moussa Traoré et n’a pas été reconstruite par ses successeurs. Mais le peuple malien ayant pleine conscience que son pays a le devoir d’être armé, la reconstruction de son armée bénéficie d’un terrain favorable. L’obstacle est financier : recruter des milliers de soldats et les équiper n’est pas à la portée des moyens actuels du pays, et ni les Etats africains, ni l’ONU ne consentiront à pallier cette misère. La France doit comprendre que le seul moyen qui permettra la victoire l’oblige à le faire. L’enlisement et la défaite ne seraient pas seulement une catastrophe pour les peuples africains, elles seraient tout autant pour la France. La victoire constituerait un moyen important de restauration de la place de la France dans le concert des nations, au-delà même de l’Europe.

Il n’y a pas grand chose à attendre des pays de la CEDEAO. Les gardes prétoriennes de la plupart de ces pays n’ont d’armée que le nom. Certes le Nigeria dispose de forces nombreuses et équipées, malheureusement peu disciplinées pour le moins qu’on puisse dire ; et beaucoup de ses officiers supérieurs ne poursuivent pas d’autre objectif que le pillage des régions où elles interviennent. Le Sénégal dispose également d’une force militaire compétente et de surcroît disciplinée, mais petite, à l’échelle du pays. Plus loin en Afrique, l’Angola et l’Afrique du Sud pourraient apporter des appuis efficaces ; mais leur éloignement géographique, et peut être d’autres considérations, font courir le risque qu’ils n’en voient pas l’intérêt.

Un engagement de la France ferme, déterminé et pour toute la durée nécessaire implique que la diplomatie de Paris comprenne qu’il lui faut prendre des distances à l’égard de ses co-équipiers de l’OTAN et de l’Europe. Cette partie est loin d’être gagnée et rien n’indique pour le moment que le gouvernement de F. Hollande soit capable de l’oser.

 IV.- Gagner la bataille diplomatique

Le conflit visible entre les objectifs honorables de l’intervention française au Mali et la poursuite de la ligne diplomatique actuelle de Paris deviendra rapidement intolérable. La France ne peut pas combattre les « Islamistes » à Tombouctou et les soutenir à Alep !

La diplomatie française, accrochée à l’OTAN et à l’Union européenne, partage la responsabilité de ses alliés dans les succès de l’Islam politique réactionnaire. Elle en a fournit la preuve éclatante dans l’aventure libyenne dont le seul résultat a été (et cela était prévisible et certainement voulu, au moins par Washington) non pas de libérer le peuple libyen de Kadhafi (un pitre plus qu’un dictateur) mais de détruire la Libye, devenue terre d’opération de seigneurs de guerre, directement à l’origine du renforcement d’AQMI au Mali.

Car l’hydre de l’Islam politique réactionnaire recrute autant dans les milieux du grand banditisme que chez les fous de Dieu. Au-delà du « djihad », leurs émirs – qui s’autoproclament les défenseurs intransigeants de la foi – s’enrichissent du trafic de la drogue (les Talibans, l’AQMI), des armes (les seigneurs de guerre libyens), de la prostitution (les Kosovars).

Or la diplomatie française jusqu’à ce jour soutient les mêmes, en Syrie par exemple. Les médias français donnent crédit aux communiqués du prétendu Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, une officine connue pour être celle des Frères Musulmans, fondée par Ryad El Maleh, soutenue par la CIA et les services britanniques. Autant faire crédit aux communiqués d’Ansar Eddine ! La France tolère que la soit disant « Coalition Nationale des Forces de l’Opposition et de la Révolution » soit présidée par le Cheikh Ahmad El Khatib choisi par Washington, Frère Musulman et auteur de l’incendie du quartier de Douma à Damas.

Je serais surpris (mais la surprise serait agréable) que F. Hollande ose renverser la table, comme De Gaulle l’avait fait (sortir de l’OTAN, pratiquer en Europe la politique de la chaise vide). On ne lui demande pas d’en faire autant, mais seulement d’infléchir ses relations diplomatiques dans le sens exigé par la poursuite de l’action au Mali, de comprendre que la France compte plus d’adversaires dans le camp de ses « alliés » que dans celui de ses « ennemis » ! Cela ne serait pas la première fois qu’il en serait ainsi lorsque deux camps s’affrontent sur le terrain diplomatique.

 V.- Reconstruire le Mali

La reconstruction du Mali ne peut être que l’œuvre des Maliens. Encore serait-il souhaitable qu’on les y aide plutôt que d’ériger des barrières qui rendent impossible cette reconstruction.

Les ambitions « coloniales » françaises – faire du Mali un État client à l’image de quelques autres dans la région – ne sont peut être pas absentes chez certains des responsables de la politique malienne de Paris. La Françafrique a toujours ses porte-paroles. Mais elles ne constituent pas un danger réel, encore moins majeur. Un Mali reconstruit saura aussi affirmer – ou réaffirmer – rapidement son indépendance. Par contre un Mali saccagé par l’Islam politique réactionnaire serait incapable avant longtemps de conquérir une place honorable sur l’échiquier régional et mondial. Comme la Somalie il risquerait d’être effacé de la liste des Etats souverains dignes de ce nom.

Le Mali avait, à l’époque de Modibo, fait des avancées en direction du progrès économique et social comme de son affirmation indépendante et de l’unité de ses composantes ethniques.

L’Union Soudanaise était parvenue à unifier dans une même nation les Bambara du Sud, les pêcheurs bozo, les paysans songhaï et les Bella de la vallée du Niger de Mopti à Ansongo (on oublie aujourd’hui que la majorité des habitants du Nord Mali n’est pas constituée par les Touaregs), et même fait accepter aux Touaregs l’affranchissement de leurs serfs Bella. Il reste que faute de moyens – et de volonté après la chute de Modibo – les gouvernements de Bamako ont par la suite sacrifié les projets de développement du Nord. Certaines revendications des Touaregs sont de ce fait parfaitement légitimes. Alger qui préconise de distinguer dans la rébellion les Touaregs (désormais marginalisés), avec lesquels il faut discuter, des Djihadistes venus d’ailleurs – souvent parfaitement racistes à l’égard des « Noirs » –, fait preuve de lucidité à cet endroit.

Les limites des réalisations du Mali de Modibo, mais aussi l’hostilité des puissances occidentales (et de la France en particulier), sont à l’origine de la dérive du projet et finalement du succès de l’odieux coup d’état de Moussa Traoré (soutenu jusqu’au bout par Paris) dont la dictature porte la responsabilité de la décomposition de la société malienne, de sa paupérisation et de son impuissance. Le puissant mouvement de révolte du peuple malien parvenu, au prix de dizaines de milliers de victimes, à renverser la dictature, avait nourri de grands espoirs de renaissance du pays. Ces espoirs ont été déçus. Pourquoi ?

Le peuple malien bénéficie depuis la chute de Moussa Traoré de libertés démocratiques sans pareilles. Néanmoins cela ne semble avoir servi à rien : des centaines de partis fantômes sans programme, des parlementaires élus impotents, la corruption généralisée. Des analystes dont l’esprit n’est toujours pas libéré des préjugés racistes s’empressent de conclure que ce peuple (comme les Africains en général) n’est pas mûr pour la démocratie ! On feint d’ignorer que la victoire des luttes du peuple malien a coïncidé avec l’offensive « néolibérale » qui a imposé à ce pays fragilisé à l’extrême un modèle de lumpen-développement préconisé par la Banque mondiale et soutenu par l’Europe et la France, générateur de régression sociale et économique et de paupérisation sans limites.

Ce sont ces politiques qui portent la responsabilité majeure de l’échec de la démocratie, décrédibilisée. Cette involution a créé ici comme ailleurs un terrain favorable à la montée de l’influence de l’Islam politique réactionnaire (financé par le Golfe) non seulement dans le Nord capturé par la suite par l’AQMI mais également à Bamako.

La décrépitude de l’Etat malien qui en a résulté est à l’origine de la crise qui a conduit à la destitution du Président Amani Toumani Touré (réfugié depuis au Sénégal), au coup d’État irréfléchi de Sanogho puis à la mise sous tutelle du Mali par la « nomination » d’un Président « provisoire » – dit de transition – par la CEDEAO, dont la présidence est exercée par le Président ivoirien A. Ouattara qui n’a jamais été qu’un fonctionnaire du FMI et du Ministère français de la Coopération.

C’est ce Président, dont la légitimité est aux yeux des Maliens proche de zéro, qui a fait appel à l’intervention française. Ce fait affaiblit considérablement la force de l’argument de Paris bien que diplomatiquement impeccable : que Paris a répondu à l’appel du Chef d’Etat « légitime » d’un pays ami. Mais alors en quoi l’appel du chef de l’Etat Syrien – incontestablement non moins légitime – au soutien de l’Iran et de la Russie est-elle « inacceptable » ? Il appartient à Paris de corriger le tir et de revoir son langage.

Mais surtout la reconstruction du Mali passe désormais par le rejet pur et simple des « solutions » libérales qui sont à l’origine de tous ses problèmes. Or sur ce point fondamental les concepts de Paris demeurent ceux qui ont cours à Washington, Londres et Berlin. Les concepts « d’aide au développement » de Paris ne sortent pas des litanies libérales dominantes [4]. Rien d’autre. La France, même si elle gagnait la bataille du Sahara – ce que je souhaite – reste mal placée pour contribuer à la reconstruction du Mali. L’échec, certain, permettrait alors aux faux amis de la France de prendre leur revanche.

NOTES

Dans le souci de conserver à cet article sa brièveté et sa centralité sur la seule question malienne j’ai écarté des développements sur les questions majeures adjacentes, réduits à des indications en notes de bas de pages, évitant ainsi de longues digressions.

L’article ne traite pas de l’agression d’In Amenas. Les Algériens savaient que s’ils ont gagné la guerre majeure contre le projet d’Etat dit islamiste du FIS (soutenu à l’époque par les puissances occidentales au nom de la « démocratie » !) le combat contre l’hydre reste permanent, à mener sur deux terrains : la sécurité, la poursuite du progrès social qui est le seul moyen de tarir le terrain de recrutement des mouvements dits islamistes. Sans doute l’assassinat d’otages américains et britanniques contraint-il Washington et Londres à mieux comprendre qu’Alger a opéré comme il le fallait : aucune négociation n’est possible avec des tueurs. Je ne crois malheureusement pas qu’à plus long terme cette « bavure » des terroristes infléchisse le soutien des États-Unis et de la Grande-Bretagne à ce qu’ils continuent de qualifier d’Islam politique « modéré » !

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Notes

[1] Ce rappel bref de ce qu’est réellement l’Islam politique réactionnaire s’impose en introduction. L’utilisation stratégique des mouvements en question par les forces du capitalisme/impérialisme dominant n’exclut pas les couacs. La mobilisation d’aventuriers « djihadistes » (« terroristes ») est le moyen incontournable par lequel l’Islam politique réactionnaire peut imposer son pouvoir. Ces aventuriers sont évidemment enclins à la criminalité (le pillage, la prise d’otages, etc.). De surcroît les « fous de Dieu » parmi lesquels ils recrutent leurs « armées » sont toujours, par nature, capables d’initiatives imprévisibles. Le leadership du mouvement (le Golfe wahabite) et celui de l’establishmentdes États-Unis (et par ricochet les gouvernements des alliés subalternes européens) sont conscients des limites de leur capacité de « contrôler » les instruments de la mise en œuvre de leur projet commun. Mais ils acceptent ce chaos.)

[2] La France a maintenu son contrôle sur le Niger et son uranium par le moyen d’une politique « d’aide » à bon marché qui maintient le pays dans la pauvreté et l’impuissance. Voir note (4). Le projet du Sahélistan balaye les chances de la France de pouvoir maintenir son contrôle sur le Niger.

[3] Faisant contraste avec la lucidité d’Alger, on constatera le silence du Maroc, dont la monarchie avait toujours exprimé ses revendications sur Tombouctou et Gao (villes « marocaines » !) dans des discours tonitruants répétés. Une explication de ce repli de Rabat reste à être donnée.

[4] Yash Tandon (En finir avec la dépendance de l’aide, CETIM, 2009) a démontré que « l’aide » associée à la conditionnalité commandée par le déploiement de la mondialisation libérale n’était pas un « remède » mais un poison. Dans l’introduction de cet ouvrage j’en ai moi-même fourni un exemple, précisément celui du Niger.

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Partie II :

 

SAMIR AMIN

 

Bref commentaire concernant l'ensemble des critiques adressées à mon article « Mali janvier 2013 » ( rédaction du 10 février 2013)

 

La plupart de ces critiques disent la même chose : que la France de Hollande est une puissance impérialiste, ex coloniale, qu’elle défend ses intérêts impérialistes, qu’elle n’a jamais renoncé à exercer son emprise sur des Etats clients en Afrique etc. Le lecteur de mon article constatera que je ne dis pas autre chose et que j’en tire la conclusion : la France, telle qu’elle est, ne peut pas contribuer à la reconstruction du Mali. A moins d’un miracle auquel je ne crois pas : qu’elle abandonne les concepts « libéraux » du « développement ».

 

Ces critiques font dériver directement de leurs prémices une conclusion et une seule : la condamnation de l’intervention française. Sans proposer d’alternative autre que rhétorique et générale : il appartient aux Maliens et aux Africains de régler seuls ce problème, sans dire comment. Les critiques ne disent rien du projet de pouvoir dit « islamique » établi au Nord Mali. Quels intérêts se profilent derrière ce projet ?

 

De facto donc leur attitude permet aux sécessionnistes du Nord d’établir leur Etat, voire de conquérir le Sud malien et d’établir un ou deux Etats « islamiques ». Ce résultat correspond précisément à l’objectif poursuivi par les Etats-Unis et, dans leur sillage, l’Europe. Ce projet avait d’ailleurs été entériné par Sarkozy.

 

Les peuples africains et malien tireront-ils un avantage de cette solution ? Ces Etats dits « islamiques » constitueront-ils un rempart contre l’impérialisme ? Mes critiques ne disent rien sur ces questions décisives. Ce que je dis par contre, c’est que cette solution répond parfaitement à la poursuite du contrôle de la région par l’impérialisme, qu’elle n’affaiblirait pas ce contrôle mais au contraire le renforcerait.

 

La preuve en est donnée chaque jour : les Etats-Unis et l’Europe ne « suivent » pas Hollande. Les positions prises par de nombreuses ONGs dont certaines sont connues pour leur inspiration directe par la CIA se joignent au chœur. Certes la diplomatie française s’emploie à cacher ces faits en prétendant que les Etats-Unis et l’Europe sont engagés avec la France, ce qui n’est tout simplement pas vrai.

 

Il y a une fissure qui s’est dessinée entre la France et ses alliés majeurs, qui restent ses alliés en Syrie et ailleurs. Face à ce fait, que mes critiques paraissent ignorer, que faire ? Soutenir de facto le projet de Washington et de ses alliés européens, accepter le démantèlement du Mali et l’installation de régimes dits islamiques ? Je dis que c’est la pire solution. Les critiques en question font comme si les Etats-Unis et l’Europe étaient « moins impérialistes » que la France. Ils prennent position de facto comme si le soutien des Etats-Unis « contre » la France pouvait servir les intérêts des peuples africains. Quelle erreur tragique ! Ces critiques font comme si on pouvait ignorer que la « conquête » du Nord du Mali n’a pas été le produit d’un mouvement populaire. Pas du tout, cette conquête a été le fait de groupes armés dont les motivations restent douteuses, pour le moins qu’on puisse dire : imposer par la violence leur pouvoir, piller et organiser leurs réseaux de trafics en tout genre. La base militaire des « djihadistes » établie dans la région vise directement l’Algérie. Ses émirs poursuivent l’objectif d’en détacher le Sahara algérien, à défaut de pouvoir prendre le pouvoir à Alger. Une perspective qui n’est pas pour déplaire forcément aux Etats Unis. L’incursion d’In Amenas, préparée longtemps avant l’intervention française au Mali, en donne une preuve lisible.

 

Que la minorité touareg du Nord Mali ait en grande partie soutenu ces groupes « djihadistes », en réponse aux politiques inacceptables de Bamako à l’endroit de leurs revendications légitimes est tragiquement malheureux ; et dans l’avenir Bamako doit changer d’attitude à leur égard. Mais dans la situation créée par l’intervention des groupes armés prétendus « islamiques » il fallait accepter les risques que comporte l’intervention française.

 

La France est mal placée pour contribuer au redressement économique du Mali. Car la reconstruction du Mali passe par le rejet pur et simple des « solutions » libérales qui sont à l’origine de tous ses problèmes. Or sur ce point fondamental les concepts de Paris demeurent ceux qui ont cours à Washington, Londres et Berlin. Les concepts « d’aide au développement » de Paris ne sortent pas des litanies libérales dominantes. Au plan politique la France, avec les pays de la CDEAO, préconise l’organisation rapide d’élections. Cela n’est certainement pas le moyen de reconstruire le pays et la société ; c’est même le moyen le plus certain pour ne pas y parvenir, comme toutes les expériences, du monde arabe par exemple, le démontrent. Et de quel droit la France, ou même la prétendue « communauté internationale » (cad les Etats Unis, leurs alliés subalternes européens, et les acolytes du Golfe), peuvent se prévaloir à ce titre ? Il appartient au peuple malien de s’organiser pour définir les moyens de sa reconstruction. Travailler avec les forces progressistes maliennes et africaines pour que le Mali parvienne à imposer sa solution juste à son problème : reconstruire l’unité du pays, de sa société et de l’Etat, dans le respect démocratique de la diversité de ses composantes.

 

Certains de mes critiques mettent en avant avec insistance les droits des Touaregs, selon eux minorité opprimée par l’Etat malien. Cette question des minorités (parfois majorités) des peuples ou « ethnies » (appelez comme vous voulez) victimes de discriminations n’est pas sans importance. Mais quelle est la réponse qu’il faut donner à ces questions ? Les critiques suggèrent la généralisation de la mise en oeuvre de formules « d’autonomie » (et Paris reprend cet objectif pour le Mali de demain). Ils défont par là ce que les mouvements anticolonialistes avaient réussi à construire : l’unité des peuples en question contre le colonialisme qui, lui, pratiquait la devise « diviser pour mieux régner ». Est-ce là un pas en avant ou en arrière ? Ne favorise-t-on pas l’éclatement de petits Etats déjà jugés « non viables »  en Etats encore plus petits, donc encore davantage non viables ? Et à quels objectifs répond cette stratégie ? Ne s’agit-il pas là de la stratégie des Etats Unis et de leurs alliés européens ? Et oui, la géostratégie, ça compte !

 

Le peuple touareg réclame-t-il l’autonomie ? ou la fin des discriminations ? Le mouvement autonomiste donne tous les signes d’être l’œuvre de petits groupes, animés de surcroît par quelques individus au passé discutable (les accusations de trafic de drogue ne sont pas sans fondements). L’armée malienne de Modibo avait-elle « écrasé dans le sang » la révolte du peuple touareg en 1962/63 ? On oublie qu’à l’époque la France caressait encore le projet de détachement du Sahara malien (par le moyen de l’Organisation commune des régions sahariennes). Cette révolte était celle de groupes minoritaires chez les Touaregs, qu’on peut soupçonner d’avoir été manipulés par Paris.

 

La manipulation des questions « ethniques » n’est pas chose nouvelle dans la géostratégie (et oui la géostratégie ça existe) des puissances. Et on pourrait illustrer la mise en œuvre de la règle « deux poids, deux mesures » pratiquée en l’occurrence. Washington a créé un (et même deux) Etats kurdes en Iraq, tandis qu’elle soutient Ankara contre les Kurdes de Turquie.

 

La seule réponse à ces questions implique le soutien aux forces démocratiques africaines, en lutte pour l’égalité de traitement de tous les citoyens. Elle ne passe pas par l’éclatement des Etats.

 

Comme tous les autres, le peuple malien est confronté au même défi : construire une force sociale et un Etat capables de s’engager sur la voie de la démocratisation associée au progrès social, définie dans le cadre d’un projet souverain qui contraindrait l’impérialisme mondialisé à en accepter les conditions.

 

La CIA a compris que le meilleur moyen de rendre impossible cette réponse des peuples est de provoquer l’éclatement des Etats, l’annihilation de leur pouvoir, de leur substituer des « ethnocraties » – par définition anti démocratiques quand bien même elles seraient « élues » –, encore mieux si celles-ci sont associées à des théocraties gérées par des pouvoirs d’apparence convenable. Et si ces pouvoirs tombent aux mains de chefs de guerre mafieux, on fait avec ! Le Kosovo en constitue une belle illustration. Les « djihadistes » du Nord Mali ne sont pas différents.

 

Beaucoup de nos détracteurs marchent à fond dans le jeu de cette stratégie centrale de l’impérialisme. Soit qu’ils la légitiment par la répétition d’un discours creux, habillé du langage marxiste, selon lequel « la lutte des classes est axiale », sans se soucier des exigences de la mise en place d’un cadre de système de pouvoir qui permet le déploiement des luttes des exploités et des opprimés. Soit qu’ils puisent leurs arguments dans les discours « post modernes », « culturalistes » ou dits « post coloniaux » qui donnent la priorité absolue au « droit à la différence », et ignorent tout le reste, sans se soucier de savoir si le respect de ce droit n’est pas mieux garanti par un Etat viable que par les pouvoirs de démagogues qui s’en revendiquent pour établir leur autorité absolue, anti démocratique et soumise inconditionnellement aux exigences de déploiement de la domination impérialiste contemporaine. Soit encore qu’ils essayent de faire avaler leur prise de position par le moyen du « French bashing », sport populaire en Amérique du Nord, selon lequel il n’y aurait plus d’impérialisme (mais seulement – à la Negri – un « Empire » sur lequel le leader – le gouvernement des Etats Unis – exerce son pouvoir « soft » !), et qu’il n’y a donc plus qu’un seul colonialisme rétrograde, odieux, particulier à la tradition française, le seul qui mérite d’être combattu  ! On restera donc silencieux sur la stratégie des Etats Unis ; traverser le Rubicon risquerait de perdre le soutien (financier bien entendu) dont on vit ! Dis moi qui te finance je te dirai qui tu es.

 

D’autres commentaires sont d’une nature tout à fait différente. Elles expriment des craintes explicites que la poursuite du projet français de recolonisation du Mali ne finisse par l’emporter sur toute autre considération. Je le crains également, et je crois l’avoir dit, peut-être pas suffisamment ! Il reste que « l’Islam politique » tel qu’il est, et pas un autre qui n’existe pas pour le moment, porte la responsabilité immédiate du désastre malien. Cela dit la responsabilité des forces démocratiques maliennes demeure majeure : la reconstruction du Mali passe par leur capacité d’analyser avec lucidité les raisons de l’effondrement de l’Etat et de la société du Mali, et, à partir de là de reconstruire un front des forces sociales et politiques à la hauteur des défis.

 

Le lecteur pourrait compléter cette lecture par celles d’autres textes « publiés » dans Face Book par Samir Amin , sous les numéros 48 et 52.

 

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Partie III :

 

 

Mali: gauche proguerre et recolonisation

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Réponse à Samir Amin



Février 2013





Bruno Drweski*, Jean-Pierre Page **



La gauche anti-guerre dans le camp de la guerre ?



Alors que le monde capitaliste s'enfonce dans une crise systémique sans précédent et que le monde arabe est traversé par des tentatives de déstabilisation qui sont dues aux décennies de pillage et de dictature mais qui ne sont pas toutes, loin de là, le résultat de facteurs locaux, que l'Afrique vit à l'heure du pillage et de conflits non réglés, du Congo à la Cote d'Ivoire, du Sud-Soudan à la Libye, la France s'est engagée de nouveau dans un conflit armé dans une de ses anciennes colonies, le Mali. La "gauche antiguerre" est globalement passée entretemps de la condamnation du bout des lèvres des bombardements en Yougoslavie et en Afghanistan au soutien déclaré à l'ingérence en Libye, en Syrie et au Mali. On doit essayer de comprendre pourquoi ? Et pourquoi il peut être difficile de naviguer entre les réseaux occidentaux de la gauche ex-antiguerre à la gauche anti-impérialiste des pays du Sud ?


L'inaction coupable, voire l'aquiescement aux thèses dominantes, de beaucoup de « progressistes » occidentaux sur les questions de la guerre et de la paix au cours des derniers événements de Libye, de Syrie ou du Mali tranchent radicalement avec le « guerre à la guerre » de Henri Barbusse, slogan qui fut fondateur, en France, de la gauche anti-impérialiste, anticolonialiste et anticapitaliste. Et dans ce contexte, on peut ressentir la position prise par Samir Amin en particulier sur les événements du Mali1, comme une rupture avec les principes qui fondent l'internationalisme : souveraineté, indépendance, non ingérence mais également une rupture avec, par exemple, la gauche latino-américaine et plus largement celle des pays du Sud.


Comment peut-on présenter Hollande et le gouvernement « socialiste » comme étant désintéressé et quasimment représentant l'honneur d'une Europe incapable de position commune face aux crises arabe et africaine et face au grand méchant loup US – Américain, avec également un flou sur la question de l'attitude à avoir à l'égard de la Chine et de la Russie ? Alors que nous avons affaire en France à un gouvernement qui incarne l'ingérence, l'interventionnisme, dans le droit fil de ce que furent historiquement en France les « socialistes » : un instrument du colonialisme et d'une répression féroce contre le mouvement de libération nationale (voir en particulier : Mitterand et l'Algérie). Un passif qui n'a jamais été analysé, dénoncé, et donc dépassé par les intéressés.


Nous attendons du Président du Forum des alternatives (Samir Amin) qu'il présente une alternative à la prolongation des errements de la gauche socialiste depuis la période coloniale qui s'est en fait poursuivie tout au long des gouvernements de gauche depuis 1981. L'interventionisme militaire des États riches, qui plus est ex-pays colonisateurs, a tout pour lui, sauf de constituer une référence morale et philantropique de la part de ceux-là même qui ont mis en place et entretenu après les indépendances des régimes fantoches comme celui existant encore aujourd'hui au Mali ! Après le renversement par la force et la manipulation des services néocoloniaux du gouvernement progressiste du grand patriote malien Modibo Keita2. Comportement grotesque donc que ne peuvent accepter les authentiques soutiens aux pays du Tiers-monde qui réclament toujours sans succès depuis les années 1960 un véritable nouvel ordre économique mondial égalitaire, et donc un nouvel ordre politique qui soit, lui aussi, égalitaire, à l'opposé donc du « nouvel-ancien ordre mondial » prôné désormais par les centres impérialistes, dans la foulée des politiques réactionnaires menées tambour battant au cours des derniers trente ans.


Comment peut-on imaginer dès lors que ce soit la France, avec son passé, qui pourrait assurer les négociations au Mali ? Au nom de quoi, de qui, pourrait-elle le faire de façon équilibrée ? Au fond, n'est-ce pas là nous renvoyer encore une fois à la fameuse « responsability to protect »concoctée par les droidelomistes d'outre-Atlantique en justifiant, ou en légitimant ici, l'ingérence militaire française au Mali, à partir du même concept à la mode du « droit à protéger ». Ce qui sera vécu, lorsque la poussière des chars sera retombée, par les peuples intéressés comme une arrogance, un mépris vis à vis des peuples d'Afrique qui doivent adorer voir dans les rues de Tombouctou les drapeaux français qu'on a distribué aux enfants, et où il ne manque en fait plus qu'on nous dise "merci bwana !"


Ces reportages de propagande sont de véritables insultes pour ceux qu'on présente comme « les bons nègres » qui applaudissent les piou piou français, comme voici plus d'un siècle, ceux qui « amenaient la civilisation aux peuplades déshéritées et incultes ». Au fond, après avoir raillé le discours de Dakar de Sarkozy et sa façon de présenter l'Afrique, et en particulier celle « sur l'incapacité de l'homme africain à entrer dans l'histoire»3, c'est exactement en fait le même discours dont nous abreuvent les médias.

Enfin, un économiste « de gauche », si ce terme veut encore dire quoique ce soit, et « antiguerre », au moment où la France et l'Europe s'enfoncent dans la crise, le chômage de masse et la misère doit prendre position également sur le coût de cette guerre, les estimations variant entre 30 millions d'euros à ce jour (selon le ministre français de la guerre) jusqu'à un million d'euros par jour !4. Et de demander : et si ces sommes considérables étaient affectées au développement et à la coopération réelle du Mali avec la France, que resterait-il aux fameux « islamistes », ou aux séparatistes touaregs, ou à leurs alliés du Qatar et d'ailleurs, comme espace politique pour intervenir ?



Comment analyser la crise du Mali



Il est clair que les événements du Mali ne peuvent être séparés des effets à long terme de la colonisation et des politiques néocoloniales menées depuis le renversement du premier gouvernement malien réellement indépendant et voué au développement national, celui du président Modibo Keita, mis à mort en prison alors que les auteurs du coup d'état avaient été portés au pouvoir sous l'influence des pouvoirs français de l'époque. Coup d'état qui engagea jusqu'à aujourd'hui le Mali sur la voie de la soumission à l'influence néocoloniale et freina toute politique de développement autocentré.



Il est également clair que les événements actuels au Mali sont la conséquence directe de la destruction de l'Etat libyen due à l'ingérence des puissances de l'OTAN et des monarchies absolutistes de la péninsule arabique. Les armes et groupes armés rassemblés dans le nord du Mali à partir de la Libye ont été acheminés après la chute de l'Etat libyen vers le Mali, sans que les satellites spatiaux des Etats-Unis ne sonnent l'alarme.

 

Il est clair aussi que l'affaiblissement depuis plusieurs décennies de l'Etat malien et de son armée, comme celui d'autres Etats voisins, a été toléré, voire encouragé, par des puissances extérieures, et que les militaires maliens qui ont été formés par des militaires US sont en grande partie passés avec armes et bagages dans le camp rebelle lors de l'arrivée des groupes armés de différentes obédiences dans le Nord du Mali.



Il est clair également que le Mali, comme ses voisins, recelle des ressources stratégiques (uranium, pétrole, gaz, or) convoitées à l'heure où émergent sur la scène internationale des puissances concurrençant les Etats-Unis et leurs protégés, et qui sont à la recherche de sources d'énergie et de richesses pour assurer leur développement.



Il est clair aussi que le seul Etat constitué et indépendant dans la région est désormais l'Algérie, le plus grand pays d'Afrique depuis le démantèlement du Soudan unifié accompli sous influence des USA et d'Israël.



Il est clair également que le conflit au Mali est caractérisé d'une part par des contradictions traversant les puissances occidentales et les grandes compagnies transnationales dans une zone qui constitue le pré-carré traditionnel de la France coloniale et post-coloniale.



Et c'est dans ce contexte que l'on doit analyser l'engagement français qui a rencontré un appui distant de la part de ses alliés officiels et des puissances émergentes. Dans un pays qui ne possède pas de véritable gouvernement légitime puisque le gouvernement malien actuel est le résultat d'un rapport de force provoqué par un coup d'état et contre-coup d'état, et que l'intervention française jouit de l'appui d'une CEDEAO, organisation a prioristrictement économique, dont les dirigeants sont souvent contestés quant à leur souveraineté, en particulier celui de la Cote d'Ivoire dont le gouvernement a été mis en place à la suite d'une intervention extérieure, une première dans les anales internationales, chargée de décider qui était censé avoir gagné les élections dans ce pays. Rappelons à ce sujet que, en plus du caractère ignoble, agressif et criminel du gouvernement français de l'époque dans ce conflit toujours non réglé, le Parti socialiste français a alors manifestement accompagné ce mouvement en trahissant ses « camarades » du Front populaire ivoirien, parti membre de l'Internationale socialiste. Indépendamment par ailleurs des opinions que les Ivoiriens peuvent porter sur le gouvernement Gbagbo et qui sont les seuls en droit de porter un jugement sur ce sujet.



Il est clair par ailleurs que l'on a trouvé dans les cartons des stratèges de l'AFRICOM le vieux plan séparatiste français datant de la fin de la période coloniale du « grand Sahel », prévoyant de casser les Etats existant au profit d'une vaste entité désertique peu peuplée et facilement contrôlable. L'AFRICOM, c'est le commandement de l'armée US pour l'Afrique, qui cherche toujours, sans succès, un pays africain acceptant d'héberger son siège qui se trouve pour le moment « exilé » à Stuttgart, en Allemagne. Plan qui est donc repris comme hypothèse de travail par la puissance qui semble concurrencer sur ce terrain une France qui soutient désormais l'existence formelle des Etats aujourd'hui constitués5.



« Communauté de destin » atlantique et/ou contradictions inter-impérialistes ?


Puisque le Qatar est visiblement derrière toutes les tentatives de renversements violents dans les pays arabes et musulmans, en particulier au Mali, et que le Qatar constitue lui même, pour la majorité de son territoire, une base de l'armée US, comment concevoir les contradictions qui semblent émerger au Mali entre la position française et celle du Qatar ...et de son protecteur ?



Il semble donc dans ce contexte qu'il y a aujourd'hui d'une part complémentarité entre l'action de la France au Mali et l'objectif stratégique des USA de contrôler l'Afrique et de bloquer le développement des contacts entre les pays africains et les puissances émergentes du BRICS, en particulier la Chine, et d'empêcher aussi le maintien d'Etats forts et indépendants, tant politiquement que économiquement, dans cet axe qui commence sur les rives de l'océan Atlantique et se prolonge jusqu'au Xinjiang, axe qui permet de couper l'Afrique et l'Eurasie en deux parties.


Mais il existe aussi une contradiction inter-impérialiste entre le vieux colonialisme français et ses prolongements fatigués de ladite « Françafrique », et les puissances anglo-saxonnes, ce qui apparaît en particulier avec la concurrence entre le groupe Total et les groupes British Petroleum et Exxon Mobile. Et on peut supposer qu'il en va de même pour l'uranium et l'or.


Or, en Algérie, l'attaque venue de Libye qui a visé récemment le site gazier d'In Amenas visait un site de British Petroleum où, à la demande même de BP, il n'y avait pas de présence militaire algérienne, la sécurité étant déléguée en principe à des sociétés de sécurité privées choisies par la compagnie, ...et que l'on n'a pas vu agir lors de l'attaque terroriste. On aurait ainsi voulu faciliter l'attaque de ce site situé à proximité immédiate de la frontière libyenne qu'on ne s'y serait pas pris autrement, ce qui permet d'émettre l'hypothèse d'une provocation extérieure. La réaction rapide et surprenante des pouvoirs algériens a empêché une longue crise des otages qui aurait permis toutes les « médiations » et toutes les ingérences dans les affaires intérieures de l'Algérie. Pays dont la population a refusé de céder aux syrènes dudit « printemps arabe » et des partis algériens, tant « laïcs » que « régionalistes » ou « islamistes » qui sont reçus régulièrement par l'ambassadeur des USA et ses collègues des autres puissances occidentales ou qui entretiennent des télévisions satellitaires « islamiques » d'opposition basées à Londres et au Qatar. Ce qui peut expliquer la colère manifestée au départ par le premier ministre britannique envers Alger. L'Algérie, sans doute plus encore que le Mali, semble constituer une cible de choix pour les pouvoirs impérialistes de l'OTAN. Elle semble même constituer leur prochaine cible privilégiée. Tout ayant été fait pour que le long de toutes ses vastes frontières, du Maroc au Mali en passant par le Sahara occidental, et du Mali à la Libye, voire à la Tunisie, ce soient des pouvoirs ou des forces hostiles à ce pays non aligné et symbole d'une lutte ardue et réussie pour l'indépendance qui s'installent.


Dans ce contexte, on peut penser qu'il y a dans la crise du Mali deux niveaux de contradictions : tout d'abord une contradiction inter-impérialiste entre la France et les puissances anglo-saxonnes, entre les firmes transnationales basées en France et celles associées aux puissances anglo-saxonnes. Il y a ensuite simultanément une volonté de la France de renforcer sa position au sein même de l'alliance atlantique, en montrant le rôle incontournable qu'elle pourrait jouer dans le refoulement de toutes les tentatives de développement de relations plus étroites et plus avantageuses entre les pays africains et les puissances émergentes du BRICS, en particulier la Chine et l'ensemble des pays non alignés attachés au développement de relations économiques équitables « Sud-Sud ». A moins que l'on adopte le point de vue optimiste selon lequel, la France voudrait renouer avec sa tradition gaulliste, et soutenue en principe par le Parti communiste français à l'époque, d'une politique « arabe » et mondiale « équidistante » tout en rompant en plus avec la tradition de la « Françafrique », et qu'il s'agirait aussi d'imposer cela en Afrique. Mais pour le moment, rien ne le laisse supposer puisque même les hésitations manifestées par le candidat Hollande envers l'OTAN ont fait long feu dès son arrivée à l'Elysée, ce que les activités de la France en Syrie et les multiples consultations poursuivies entre Paris, Doha et Tel Aviv semblent démontrer.


Il est impossible, dès lors que l'on reste attaché à la Charte des Nations Unies et donc à la souveraineté nationale et à la non ingérence dans les affaires intérieures des Etats, d'appuyer une quelconque politique de puissance, de morcellement ou de domination en Afrique, d'où qu'elle vienne. On ne peut que soutenir le droit à l'autodétermination, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des pays arabes et africains. Et donc tout ce qui tendra vers la restauration de l'indépendance totale, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale du Mali et le maintien de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de l'Algérie et de tous les pays de la zone sahélienne. Raisons pour laquelle il faut au moins rester très prudent, voire circonspect, à propos des récents événements au Mali et dans les pays voisins. Pays qui sont tous menacés par des groupes terroristes implantés depuis longtemps, et d'abord connus pour leurs liens avec la criminalité et les services secrets occultes avant même de faire allégeance, pour la plupart, à un prétendu « islamisme » concocté sous l'influence de monarchies d'un autre âge et dont les activités ont été soutenues et le sont toujours par des puissances extérieures, en Libye, en Syrie ou ailleurs.


Nous ne pouvons donc, si c'est le progrès social et le progrès des peuples qui nous tient à coeur, que militer pour que la France fasse, avant toute prise de position, preuve de cohérence sur les principes mis de l'avant par son gouvernement, pour des raisons de pure forme sans doute, en dénonçant ces groupements transnationaux et leurs appuis dans la péninsule arabique, où qu'ils soient, et donc en particulier en Syrie, ce qui permettrait de créer les conditions permettant au Mali de jouir le plus rapidement possible de sa pleine indépendance et d'élaborer un calendrier de reconstruction rapide d'une armée nationale digne de ce nom, d'évacuation du pays par les forces étrangères en même temps qu'auront été créées les conditions pour des négociations de paix entre toutes les forces politiques maliennes, sans ingérences extérieures. Ce qui entre évidemment en contradiction avec les intérêts économiques à court terme des classes dirigeantes en France. Ce qui implique aussi que la France cesse toutes les activités en Libye qui prolongent les résultats de l'intervention désastreuse auquelle le précédent gouvernement français avait procédé et qu'elle cesse toute politique d'ingérence dans les affaires intérieures syriennes et coupe tout lien avec une opposition extérieure et armée dont la présence doit bien plus à des facteurs extérieurs qu'à un souhait jamais prouvé de la population syrienne. Qu'on le veuille ou non, il existe un lien direct entre les événements de Libye, de Syrie, du Mali et d'Algérie. Et la politique du gouvernement français ne pourra être appuyée que lorsqu'il aura fait preuve de cohérence. La fin de l'appui des monarchies absolutistes du Golfe, relais régional habituel de l'impérialisme US, aux groupes rebelles armés en Syrie, en Libye et au Mali devrait entraîner ipso facto,la fin des conflits dans ces pays et rendre donc inutile la présence de l'armée française au Mali. Si c'est là vraiment l'objectif recherché par Paris.


Dans ce contexte, nous ne pouvons que nous étonner que certaines voix comme Samir Amin, connues pour leur engagement anti-impérialiste prennent partie dans ce conflit, qui plus est en soutenant l'action de la France elle même appuyée par l'OTAN, alors même que, comme l'a rappelé l'ambassadeur russe à l'ONU, la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU ne donne pas à la France le droit de tout faire au Mali.



« L'islam

politique » comme élément légitimateur de l'ingérence



C'est dans ce contexte global là qu'il faut mesurer et analyser les questions qui troublent nombre de militants du progrès social, en particulier la question dudit « islam politique ». Il faut tout d'abord rappeler que cette notion est typiquement d'origine occidentale puisque le fondateur de l'islam fut d'abord le chef d'un parti politique revendiqué comme tel ayant pour nom « Hezbollah », et qu'il fut le chef d'un Etat établi à Médine qui élabora la première constitution au monde, constitution garantissant les règles de cohabitation de tribus et de religions différentes au sein d'un Etat commun. L'islam est donc par principe non seulement une croyance dans l'au delà, non seulement une éthique sociale et juridique, mais c'est aussi un projet politique depuis ses origines (économie non usuraire, égalité sociale devant la loi, tolérance religieuse, etc.) même si ce projet, comme d'autres, peut être lu et décliné sur un mode réactionnaire ou progressiste. Il est donc clair que, au même titre, qu'un Chavez, voire une Angela Merkel, peut se revendiquer d'un « christianisme politique » et social, et aussi d'une analyse sociale marxiste en parallèle dans le cas vénézuélien, on ne peut a priorirefuser à des musulmans le droit de proposer librement à leurs peuples une projet politique en accord avec leurs convictions profondes. A moins d'accepter, au nom du vieux laïcisme hypocrite social-démocrate dénoncé en son temps par Lénine, puis par Maurice Thorez, un deux poids deux mesures rappelant l'ethnocentrisme colonial. La question dudit « islamisme », en fait du takfirisme, de l'exclusivisme extrémiste, est ailleurs. Elle constituerait une stricte question intérieure pour les peuples concernés dont aucun Etat extérieur n'aurait le droit de se mêler, y compris s'il prenait la forme effectivement réactionnaire qu'il a le plus souvent pris de nos jours, si ces courants n'étaient pas souvent instrumentalisés par des grandes puissances impérialistes et leurs féaux des monarchies absolutistes absolument soumises aux règles politiques et économiques du capitalisme prédateur mondialisé.


On ne peut pas non plus confondre les groupes de trafiquants transnationaux de drogue, d'armes et de migrants qui ont pris le label « islamiste » comme paravent pour leurs activités lucratives et leurs luttes pour le contrôle du territoire, ce que l'on connait depuis au moins une vingtaine d'années dans les pays du Sahel, et ce que les grandes puissances impérialistes et leurs Etats vassaux ont laissé faire, voire favorisé, avec les activités d'autres « islamistes », aussi réactionnaires soient ils. Il est nécessaire de rappeler ici que, à l'époque du gouvernement des talibans en Afghanistan, la culture de l'opium avait été presque totalement éradiquée au nom des valeurs traditionnelles de l'islam et que, si l'Afghanistan est redevenu aujourd'hui le principal producteur de drogue, cela fait suite, à l'image de ce qui s'était fait auparavant sous l'égide de la CIA en Amérique latine, à l'occupation du pays par l'OTAN qui a renversé un gouvernement « islamiste » national, réactionnaire et indépendant pour le remplacer par un gouvernement « islamiste » soumis, s'appuyant sur tous les trafics possibles et non moins sinon plus réactionnaire encore dans les faits, que ce soit vis à vis des couches sociales et des régions marginalisées que vis à vis des femmes, hors de la scène médiatique centrale constituée par la capitale à usage des journalistes occidentaux.


Il est donc clair qu'il existe un lien entre les puissances impérialistes déclinantes d'Occident, les monarchies absolutistes créées de toute pièce par les colonialistes à l'époque de leur puissance et les réseaux de trafiquants « islamistes » utilisés par ces mêmes cercles qui aiment jouer aux pompiers pyromanes. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas des contradictions entre tous ces cercles. Il ne faut toutefois pas confondre les contradictions qui peuvent être à un moment donné non antagoniques au sein de la bourgeoisie impérialiste et compradore, et les contradictions antagoniques, ou qui peuvent le devenir éventuellement. On peut certes estimer que la France défend ses propres intérêts capitalistes au Sahel et que cela passe par des attitudes plus modérées envers les populations locales et envers des Etats indépendants comme l'Algérie, mais on ne peut nier que son intervention ouvre logiquement la voie à d'autres interventions, et que rien ne dit que l'intervention dont le ministre français de la « défense » actuel souhaite qu'elle se prolonge jusqu'à la victoire « totale » ne profite qu'à TOTAL en finale, et qu'elle n'entraine pas une guerre sans fin, achevant de désintégrer les Etats existant et ouvrant, comme cela est le cas en Libye actuellement, la voie à un désordre généralisé permettant aux compagnies transnationales les plus puissantes de « sécuriser » les mines et gisements qu'elles auront réussi à s'accaparer, laissant le reste du territoire aux mains de seigneurs de la guerre, à l'image de ce qui s'était passé pendant la période coloniale dans l'ex-empire de Chine dépecé jusqu'à la victoire de la Révolution chinoise qui restaura l'intégrité territoriale du pays à partir de 1949.


L'ennemi principal des peuples au Sahara n'est pas d'origine locale, il provient des centres même de l'impérialisme, et la France, si elle était sérieuse dans ses revendications de respect des peuples, prendrait le chemin d'un projet de coopération mutuellement avantageux avec ces peuples, d'une rupture avec l'OTAN et l'UE, et d'un rapprochement avec les puissances émergentes et les Etats réellement indépendants d'Eurasie, de Méditerrannée, d'Afrique et d'Amérique latine qui constituent aujourd'hui le seul contrepoids réel face aux menées guerrières et destructrices du capitalisme prédateur mondialisé, « sécurisé » autour de l'OTAN et des plus de 700 bases militaires US répandues dans le monde et de l'archipel des prisons secrètes de la CIA qui bénéficient de la coopération effective de tous les Etats membres de l'OTAN et de toutes les dictatures ou démocraties formelles qui lui restent soumis.


Quant au Maliens, rien ne permet de dire quelles sont leurs opinions envers les événements qui ensanglantent leur pays, puisque rien n'a été fait auparavant par les protagonistes extérieurs de la crise actuelle pour permettre des négociations entre toutes les parties représentatives de ce peuple. À l'apparence que semble procurer à certains la recherche de succès politiques ou médiatiques éphémères, nous préférons pour notre part la défense de principes.



Bruno Drweski*, Jean-Pierre Page**



* Historien, Politologue, Militant du Collectif d'associations « Pas en notre nom ».

** Syndicaliste, ancien responsable du département international de la CGT, ancien membre du Comité central du Parti communiste français.

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1 Voir http://www.m-pep.org/spip.php?article3184, consulté le 31 janvier 2013

2 Modibo Keïta est un homme politique malien, premier Président du Mali après son indépendance et promoteur de l'éphémère Fédération du Mali avec le Sénégal dont le gouvernement préféra en finale se rapprocher de Paris. Modibo Keïta a gouverné son pays entre 1960 et 1968 lorsqu'il fut renversé par un coup d'état qui bénéficiait visiblement de l'appui des cercles colonialistes. Il est né en 1915 à Bamako et est mort en détention au camp des commandos parachutistes de Djikoroni Para à Bamako, le 16 mai 1977, ses geôliers lui ayant apporté de la nourriture empoisonnée, à un moment où la crise de la politique néocoloniale française devenait patente. Panafricaniste et tiers-mondiste convaincu, Modibo Keïta a mené une politique de non alignement radical, établissant des rapports étroits avec les pays ayant opté pour le socialisme.

3 Pour « les deux discours de Dakar », voir http://www.lexpress.fr/actualite/politique/hollande-et-sarkozy-deux-versions-du-discours-de-dakar_1173898.html, consulté le 3 février 2013

5 Mireille Mendez-France-Fanon, « Mali : les dessous impérialistes d'une intervention franco-américaine », http://counterpsyops.com/tag/africom, consulté le 3 février 2013 ; Mahdi Darius Nazemroaya, Julien Teil, « America's conquest of Africa – The roles of France and Israel », http://counterpsyops.com/2011/10/08/americas-conquest-of-africa-the-roles-of-france-and-israel, consulté le 3 février 2013

 

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Partie IV :

 

Article de Samir Amin sur « l'islam politique »

 

 

L’ISLAM POLITIQUE EST-IL SOLUBLE DANS LA DEMOCRATIE ?

 

Ce bref commentaire, qui vient en complément d’écrits plus étoffés de l’auteur, ne se veut ni provocateur, ni polémique. Je veux seulement mettre les points sur les i. Je rappelle donc, dans une forme brève, ce que j’ai écrit et répété : je n’y discute pas « d’un Islam politique moderne possible qui serait démocratique », mais des partis qui existent sur le terrain et se revendiquent de l’Islam. Je ne discute pas davantage – et encore moins – de l’Islam comme religion.

 

Je me suis exprimé souvent, en arabe, en français et en anglais, et avec précision, sur ce que j’entends par « Islam politique réactionnaire », raccourci pour la périphrase que je rappelle de temps à autre : « mouvement prétendu islamique et de fait politique réactionnaire et anti démocratique ».

 

Je précise que ce qui doit être l’objet du débat ce n’est pas la qualification « d’Islamique » que ces mouvements se donnent. Par exemple je n’ai pas condamné le président Moursi parce qu’il est, ou se déclare, Islamique ou Frère Musulaman. Je le juge sur la politique économique et sociale qu’il met en œuvre. Celle-ci accepte sans la moindre hésitation le libéralisme économique, la liberté non entravée des marchés, y compris celui du travail, avec tous leurs effets sociaux catastrophiques. Peu importe qu’il « légitime » cette politique en la prétendant conforme aux principes fondamentaux de l’Islam tels qu’il les entend (« l’Islam respecte la propriété privée » etc). C’est là une interprétation possible de l’Islam. Il y en a d’autres également possibles, qui conduisent à des conclusions différentes. J’ai moi-même contribué à faire connaître par exemple Mahmoud Taha, théologien (en arabe fiqh) musulman de la libération, condamné par tous les mouvements qui se réclament de l’Islam et dont j’ai préfacé la traduction française du livre majeur. Mais la conformité de telle ou telle politique aux principes de l’Islam n’est pas mon problème. Je n’entre pas dans le jeu : ce parti qui s’auto proclame Islamique, l’est il ou non ? Je veux contraindre les défenseurs de tel ou tel parti « islamique » à entrer dans la discussion des politiques mises en oeuvre, non de leur légitimation islamique ou autre. Car ces mêmes politiques sont mises en oeuvre par des partis qui se réclament de la laicité, voire des partis « anti religieux ». Elles sont toutes également réactionnaires.

 

Sur le plan de la question démocratique les partis politiques que je critique, qu’ils s’autoproclament « islamiques » ou, pas, sont ceux qui refusent les libertés démocratiques nécessaires à l’expression libre des mouvements populaires de protestation et de lutte contre les politiques réactionnaires en question. C’est le cas par exemple des Frères Musulmans. Je les qualifie donc « d’anti démocratiques ».

 

Sur tous ces points je me suis prononcé avec force détails, par exemple dans mon livre en arabe « Thawra Misr » (La révolution égyptienne) ou l’article « Rasmalia al mahassib » (le capitalisme de connivence). S’agit-il de « partis » ou de « mouvements » autoproclamés « islamistes » ? Pas toujours. Dans certains cas il ne s’agit que de groupes armés qui se noment comme ils l’entendent (« djihadistes » par exemple) et se donnent le droit, au nom d’une interprétation de la religion qui est la leur, de conquérir des territoires pour y imposer leur loi. Dans ces cas il devient alors difficile de faire la distinction entre les différentes motivations qui animent ces actions : conviction religieuse ou pillage, organisation de trafics divers ? « Groupes armés religieux », ou seigneurs de guerre, ou mafias ? Le Nord du Mali en constitue un exemple : le territoire a été conquis par des groupes armés, non par un « mouvement populaire ».

 

Peut-on qualifier les partis en question de « fascistes » ?

 

Au Maghreb, du fait d’une meilleure connaissance de la culture politique française, ce qualificatif est souvent utilisé, peut être ici d’une manière efficace. Par ailleurs dans ces pays, du fait de la proximité du français et de la France, on se bloque parfois sur le débat français qui, prenant au mot l’auto qualification « d’Islamique » par les mouvents en question, en déduit que « tel est bien l’Islam ». Ce n’est pas mon problème.

 

En Egypte, au Mashreq et en Afrique sub saharienne je doute que le qualificatif de « fascistes » soit mieux compris que ma périphrase (« parti politique s’auto proclamant islamique, en fait réactionnaire et anti démocratique »).

 

Les pays du Golfe sont ils « fascistes » ? Je ne le crois pas. Ils sont archaiques et « esclavagistes », au sens où ils privent les travailleurs (ici à 90 % immigrés) de tous les droits même les plus élémentaires. Mais ils tentent de présenter leur interprétation de l’Islam (wahabite) comme seule correcte.

 

Les Frères Musulmans en Egypte sont ils « fascistes » ? Outre que ce qualificatif ne dit pas grand-choseau peuple ordinaire, il ne me paraît pas dire mieux que ce que j’exprime par ma périphrase. Le peuple égyptien qualifie de système de « rasmalia al mahassib » (en anglais « crony capitalism » ; en français « capitalisme des petits copains » si l’on veut). Cette qualification me semble très juste. C’est celle que j’ai reprise.

 

Il restera toujours des  incorrigibles  qui n’entreront pas dans le débat sur les politiques concrètes mises en œuvre ou promises et accepteront de se satisfaire du slogan « l’Islam (ou Dieu) règlera le problème, forcément correctement ». On peut imaginer que certains des dirigeants sont suffisemment cyniques pour savoir que c’est le moyen pour eux d’évacuer le débat et de n’avoir pas à dire ce qu’ils font ou veulent faire, parceque les masses qui les suivent ne l’accepteraient pas. Mais il y a aussi des personnes convaincues qu’il suffit de confier le pouvoir à ceux qui se réclament de l’Islam (ou de toute autre religion ou idéologie) pour que leurs problèmes soient réglés, sans exiger davantage de précision. Cette attitude n’est pas le propre exclusif des « Islamistes ». Les partisans du libéralisme ne sont pas moins des fondamentalistes dogmatiques, le plus souvent. Les dirigeants du FMI par exemple proclament ouvertement que « le marché règlera correctement tous les problèmes ». Je les appelle pour cette raison « les salafistes du capitalisme contemporain ». Ici également certains peuvent être soupçonnés de cynisme : ils savent quels intérêts ils servent, mais ne veulent pas le dire et se cachent derrière l’affirmation dogmatique des vertus absolues du marché. D’autres sont peut être des naïfs ou de bons élèves, nombreux parmi les universitaires, qui répètent le dogme qu’on leur a enseigné et y croient sincèrement. Que faire d’autre que de répéter inlassablement que ces dogmatiques sont creuses et le démontrer inlassablement en projetant la lumière sur les politiques mises en œuvre par ces  dogmatiques  et sur leurs conséquences désastreuses pour leurs victimes.

 

Ceux qui s’intéressent à la théologie (le fiqh dans l’Islam) ont parfaitement le droit de poursuivre leurs réflexions dans ce champ. Mais on a également le droit de ne pas vouloir participer à ces débats de théologie, sans pour autant que ce comportement exprime le moindre mépris de la croyance religieuse. Les personnes convaincues de l’importance des débats théologiques n’ont pas le droit de disqualifier le débat « laïc » sur les politiques mises en œuvre par les uns et les autres, y compris par les mouvements qui se réclament d’une pensée religieuse, ou d’une autre philosophie, quelle qu’elle soit.

 

L’Islam politique est-il soluble dans la démocratie ?

 

Les défenseurs de cette thèse ne manquent ; et servent d’alibis aux pouvoirs dominants de l’establishment de Washington et de ses alliés européens qui doivent à tout prix faire croire que le respect des « victoires électorales » de partis qui se réclament de l’Islam politique « moderne » (comme en Egypte et en Tunisie) pourrait ouvrir la voie au progrès de la démocratie dans les pays concernés. Cette position est hélas reprise dans certaines tribunes critiques respectables.

 

La question à laquelle il faut répondre est double : (i) quel est le projet de l’Islam politique en question, de celui-ci et pas d’un autre imaginaire ; (ii) en quoi ce projet sert parfaitement les objectifs de l’impérialisme dominant.

 

  1. La théocratie n’est pas soluble dans la démocratie.

Le projet des Frères Musulmans en Egypte et de la Nahda en Tunisie est un projet théocratique qui ne diffère en rien de celui en place en Iran (bien que l’un soit Chiite, et l’autre Sunnite). Il s’agit d’ériger le pouvoir religieux en pouvoir antérieur et supérieur à ceux de l’Etat moderne – le législatif (assumé par un Parlement élu), l’exécutif (Président élu) et le judiciaire. Le Conseil des Ayatollahs en Iran, le Conseil des Ulemas dans la constitution des Frères Musulmans en Egypte assument les responsabilités d’une sorte de Conseil constitutionnel religieux et de Cour Suprême qui veille à la conformité à « l’Islam » (en fait à son interprétation par ce Conseil) des lois proposées par le Parlement, des actes du gouvernement et des jugements des tribunaux. Le système est donc l’équivalent de celui d’un parti unique, prétendu « religieux », à la rigueur tolérant dans son sein quelques différences. Car aucun parti n’aurait, dans ce cadre, le droit de rejeter la suprématie du droit religieux. On ne voit pas pourquoi ce système, que les médias qualifient d’anti démocratique en Iran, serait devenu miraculeusement démocratique en Egypte, en Tunisie et demain en Syrie.

 

Cet Islam politique qui est farouchement réactionnaire sur tous les plans n’est pas soluble dans la démocratie. J’ai dit – et ne fais que répéter ici – que « l’Islam » en soi n’a rien à voir avec cette affaire politique. Une autre lecture de l’Islam, possible, serait parfaitement compatible avec la démocratie. J’en ai donné le seul exemple qui ait existé dans les temps actuels, celui du Soudanais Mahmoud Taha. Mais « l’Islam » tel que l’entendent les Frères Musulmans n’est pas de cette nature. Tout simplement. La condamnation à mort de Taha, approuvée par eux – bel exemple de tolérance –, le démontre.

 

La question du voile imposée aux femmes doit être replacée dans le cadre de ce projet théocratique. Il ne s’agit pas seulement de confirmer le statut inférieur de la femme (son témoignage en justice ne vaut pas celui d’un homme). Il s’agit d’imposer ce statut inférieur au nom du pouvoir supérieur et indiscutable de la religion (interprétée de cette manière, qui n’est pas celle de Taha, par exemple !) placé au dessus de tous les autres pouvoirs politiques et civils.

 

  1. Pourquoi alors les puissances occidentales soutiennent-elles ces régimes prétendus islamiques anti démocratiques par nature ?

La réponse est simple et évidente : ces régimes enferment les sociétés qui sont leurs victimes dans l’impuissance totale face aux défis du monde contemporain. Ils acceptent la soumission à toutes les exigences du « libéralisme » économique mondialisé. Ces régimes garantissent que les pays en question ne pourront pas s’élever au rang de pays émergents, concurrents éventuellement gênants des métropoles impérialistes occidentales. Et c’est cela qui constitue l’essentiel pour les puissances dominantes.

 

Cette soumission abolit toute perspective de démocratisation et de progrès social. Les forces puissantes en mouvement en Egypte et en Tunisie qui se battent contre ce pouvoir exercé par les Frères Musulmans l’ont bien compris. Pas les médias occidentaux, semble-t-il, qui qualifient ces mouvements « d’opposition minoritaire » comme si l’apparente victoire électorale des Islamistes constituait la référence exclusive pour la reconnaissance de l’état de « l’opinion ». Je ne ferai que rappeler ici ce qu’on feint d’ignorer - les moyens douteux mis en œuvre pour garantir la « victoire électorale » des islamistes-, comme on veut ignorer que beaucoup d’électeurs naïfs ont changé d’opinion lorsqu’ils ont vu ceux qu’ils avaient élus à l’œuvre. On feint d’ignorer que la référence démocratique authentique voudrait qu’on respecte l’action du mouvement, qui permet à la « minorité » d’entraîner la « majorité » dans la perspective d’avancées démocratiques associées au progrès social.

 

L’assassinat de Chokri Belaïd illustre la nature de la stratégie mise en œuvre par ces partis dits « islamistes », fondée sur une division du travail entre les partis de gouvernement qui s’autoproclament « démocratiques » et les Salafistes qui refusent cette qualification, prétendue « occidentale ». Les jeunes désœuvrés et les voyous recrutés par les Frères Musulmans et la Nahda, organisés dans des groupes qualifiés de « défenseurs de la révolution » (sur le modèle des pasdaran en Iran) sont chargés de basses besognes, que les dirigeants des partis « honorables » feignent de dénoncer de temps à autres. La ficelle est grosse. Mais nos défenseurs de « l’Islam politique soluble dans la démocratie » ne la voient pas.

 

Est-il également nécessaire de rappeler qu’aucun des gouvernements se revendiquant de cet Islam politique n’a dénoncé – sauf dans quelques cas extrêmes, et du bout des lèvres – les agissements des djihadistes armés (Talibans, Tchétchènes, Kosovars, Algériens du GIA, Libyens, Syriens, AQMI et autres), ni leurs exactions , ni leurs trafics mafieux, ni leurs prises d’otages. Ils n’ont jamais soulevé la question : ces groupes ont-ils le droit de se revendiquer de l’Islam ?

 

Compléments de lecture - documents placés dans ce même site Face Book, sous les numéros suivants :

37 L’émergence avortée : Turquie, Iran, Egypte

40 Egypte, réponses immédiates (capitalisme de connivence)

44 Mali janvier 2013

48 Mali 2013, commentaires de Samir Amin

49 Mahmoud Taha et la théologie islamique de la libération

51 Commentaires autour du texte de Tariq Amin-Khan

 

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Partie V :

Message de réponse de Samir Amin à Bruno Drweski et Jean-Pierre Page, auteurs de la réponse au texte original de Samir Amin parue dans
La Pensée libre


Chers Bruno et Jean Pierre,
 
Votre réponse me laisse pantois pour les raisons suivantes:
 
1- je n'ai jamais sous estimé les ambitions coloniales de la France, Hollande compris. J'ai même dit clairement que POUR CETTE RAISON, la France ne pouvait PAS contribuer à la reconstruction du Mali.
2- Vous parlez de partis politiques qui se réclament de l'Islam comme d'autres en Europe se réclament du Christianisme
et qui pourraient, les premiers, devenir démocratiques comme les second le sont. Mais en fait les partis qui se réclament de l'Islam et qui existent (je ne parle pas de partis qui n'existent pas mais pourraient exister), cad les FM ou Nahda, ont un projet THEOCRATIQUE qui par nature ne peut être démocratique. Vous n'en tenez pas compte.
3- Vous acceptez de ce fait un avenir "islamique" possible au Mali.  Vous ne voyez pas que cet avenir saccagerait le pays pour très longtemps, sur le modèle Somalie
4- vous parlez de "gauche anti guerre et de gauche dans le camp de la guerre"
C'est bien vague et fait l'amalgame. La gauche, au moins la gauche radicale de tradition marxiste (comme je la comprends) n'est pas "pacifiste" (contre toute guerre); mais elle est certainement anti impérialiste: contre toute guerre impérialiste.
Pour ma part, vous le savez, j'ai condamné sans restrictions les interventions impérialistes en Irak, Yougoslavie, Afganistan, Lybie, Syrie.
Pouruoi ne le dites vous pas? et me confondez avec d'autres?
5- Oui il y a une contradiction inter impérialiste : la France adopte au Mali une position qui n'est pas celle de ses alliés impérialistes.
Cette contradiction est une simple fissure, faible,. La France reste alignée sur ses alliés impérialistes en Lybie, Syrie et ailleurs.
Mais pourquoi ne PAS tenir compte de cette fissure?
 
Je joins 2 papiers,
1- mes commentaires sur le Mali
2-mes commentaires sur l'Islam soluble dands la démocratie
 
J'ai toujours respecté et continue à respecter ce que vous êtes, cad des combattants communistes anti impérialiste.
C'est pourquoi je ne peux pas laisser votre r&ponse sans réponse!
 
Amitiés de camarade

 Samir AMIN Visit the Third Word Formum Web Sites, Visitez les sites du Forum du Tiers Monde ; http://thirdworldforum.net http://forumtiersmonde.net http://samiramin.org -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 
Partie VI :
Notre réponse à Samir Amin

 

Cher Camarade,

 

Si nous avons rédigé cet article, c'est bien entendu parce que c'est notre opinion mais aussi parce que nous avons été en contact avec de nombreux militants anti-impérialistes, surtout dans les pays du Sud, mais aussi en Europe, en particulier en Grèce, au Portugal, en Allemagne, en Belgique et bien sûr aussi en France qui ne comprennent pas ta prise de position sur la crise malienne mais qui, en raison du prestige dont tu jouis, n'osaient pas se lancer à le manifester publiquement. Nous avons estimé que, justement, à cause du rôle que tu as joué et que tu joues dans le mouvement alternatif contrant la domination de l'impérialisme capitaliste, il nous fallait, ne serait-ce que par simple respect, faire preuve de franchise et débattre. Car les compliments et les approbations sur beaucoup de tes positions ne valent que parce que des critiques, constructives, peuvent être émises sur les points où il peut exister un désaccord. D'où notre initiative. Comme tu figures sur la liste d'envoi de Bruno qui t'envoie régulièrement des informations, tu as d'ailleurs été le premier à recevoir notre article répondant au tien.

 

Voilà quelques éléments de réponses à ta réponse qui permettront peut-être de préciser certaines choses :

 

Tu déclare ne pas sous estimer la dimension néo-coloniale de l'intervention de la France au Mali, tout en soutenant son intervention militaire, ce qui nous paraît contradictoire, d'autant plus que tu ajoutes que tu ne crois pas que ce soit à la France de reconstruire le Mali. Critiquer les intentions de la France n'a aucune importance si l'on approuve son action. Voilà ce qui nous semble le fond du problème.

 

Si nous avons parlé de « gauche anti-guerre dans le camp de la guerre », c'est parce que la gauche anti-guerre est largement passée dans le camp de la guerre. Si nous relisons par exemple les pages du Monde diplomatiqueet les arguments de tous ceux qui ont soutenu (de fait) l'intervention de l'OTAN en Libye, comme le NPA ou le PCF et le Front de gauche, nous percevons aujourd'hui les conséquences de ces interventions. Et qu'en est il de la Syrie ou, comme ces jours derniers du PCF qui a condamné la Corée pour ses essais nucléaire dans un monde où les puissances nucléaires sont, elles, tolérées et nombreuses ? Nous connaissons par ailleurs les positions de certaines gauches européennes contre Chavez, contre Cuba et contre Correa accusés de soutenir des dictatures au détriment de leur combat émancipateur en Amérique latine. Devons nous prendre position en faveur de leurs positions ou non ?

 

Et depuis quand les contradictions inter-impérialistes nous amènent-elles à devoir choisir un camp impérialiste par rapport à un autre ? Qu'il y ai fissure entre la France et les puissances anglo-saxonnes sur le Mali et plus largement l'Afrique et le Maghreb, sans doute, mais il faut poser la question quelle est la nature de cette fissure ? Car la France n'est pas devenue philanthrope pour autant et que l'on vole grâce a notre gouvernement socialiste au secours de la veuve et de l'orphelin. La France est là bas pour défendre les intérêts économiquse et géo-stratégiques de son capitalisme, c'est un combat qui n'est pas plus le nôtre que celui des impérialistes US.

 

Tu ne sembles pas prendre en compte aussi de ce qu'on pense de l'action française en Afrique, dans le monde arabe (hors milieux « laïcs » politisés et le plus souvent surtout occidentalisés), et aussi en Amérique latine, et à quel point ta position a choqué bon nombre de militants anti-impérialistes en Europe même aussi.

 

Nous n'avons par ailleurs jamais écrit que nous soutenions un avenir islamiste pour le Mali ? Mais l'on doit poser la question pourquoi les dits islamistes ne pourraient pas devenir démocrates comme plusieurs partis chrétiens le sont devenus. Quoiqu'on pense de ces partis, les exemples du Hezbollah, du Hamas montrent que ces partis sont capables de respecter les règles électorales et même, dans le cas du Liban d'être, à côté du Parti communiste libanais, le seul parti libanais à prôner la déconfessionalisation des institutions politiques libanaises. Qui sont confessionnelles par la volonté de la France coloniale, « républicaine et laïque » et des partis chrétiens, druzes, musulmans traditionnels de ce pays. Et que faire de l'Iran ? Faut-il le soutenir dans son combat contre l'impérialisme ou pas sous prétexte que c'est une République islamique ? Si non, on pourrait penser qu'il faut laisser faire les USA et Israël, exactement comme dans le cas de la France au Mali. Il nous semble donc que tu fais une fixation sur le dit islamisme, sans prendre en compte deux choses :

 
- a/ que les mouvements théocratiques chrétiens ont évolué et qu'on ne peut pas exclure qu'il n'en ira pas de même avec certains mouvements « islamistes ».

-b/ qu'il ne faut pas oublier sur cette question Lénine dont les prises de position en Russie au sortir de la guerre civile furent incomparablement plus justes et visionnaires que celles qui allaient être mises en place plus tard en URSS (voir : < http://www.lapenseelibre.org/article-marx-lenine-les-bolcheviks-et-l-islam-n-60-104736418.html >). Lénine a imposé contre les bocheviks russes d'Asie centrale, non seulement le droit à porter le voile mais aussi la légalisation des tribunaux de la sharia à côté des tribunaux soviétiques car l'islam étant la religion des opprimés on ne pouvait la réprimer comme on le faisait avec le christianisme, religion du colonisateur. Cela ne veut pas dire qu'on doive fermer les yeux devant les formes réactionnaires de l'islam, mais cela veut dire qu'il faut prendre en compte la sensibilité des populations qui voient leur tradition comme un pare-choc face au colonialisme. C'était le cas en Russie avant-hier, comme c'était d'ailleurs le cas avec Nasser en Egypte et avec le FLN en Algérie hier, des pays qui faisaient figurer l'islam dans leurs constitutions, il ne semble pas y avoir de raison pour qu'il en aille autrement aujourd'hui.

Si les mouvements purement laïcs (« laïcistes » comme disait Thorez) ont largement échoué dans les pays arabes, c'est peut-être, entre autre, parce qu'ils n'ont pas pris en compte cette donne. On peut donc penser que l'expérience historique démontre qu'il est exclu que des mouvements anti-impérialistes rencontrent un succès dans ces pays, sans avoir une composante islamique comme pour la théologie chrétienne de la libération en Amérique latine qui s'est développée face à une gauche laïque combattante mais trop faible et une sensibilité chrétienne trop longtemps contrôlée par les conservateurs.

Tu mentionnes Mahmoud Taha, fort bien, mais il est loin d'être le seul. Il y a de nombreux penseurs musulmans progressistes, vivants ou morts, où un mouvement progressiste peut puiser (Farid Esack, Ali Shariati, Malek Bennabi, Mohamed Iqbal, etc.) Et même certains dont le discours « trop » théologique peut rebuter, comme le Sheikh Imran Hosein en Malaisie, disent des choses sur l'économie capitaliste et l'impérialisme qui permettent de penser qu'il y a des passerelles à construire. ...Si nous, qui ne sommes pas d'origine arabe, nous connaissons ces personnes, ton rôle en tant qu'intellectuel de gauche lié au monde arabo-musulman est d'établir ces passerelles et non de les ignorer. Lorsqu'on a le contact avec la jeunesse musulmane des banlieues populaires de France, on se rend compte comme elle fait, instinctivement (instinctivement, car c'est la faute au PCF dont les cellules ont déserté ces banlieues), le lien entre la conscience de classe, affirmation anti-impérialiste, anti-colonialiste, anti-sioniste et les éléments de la foi musulmane qui poussent vers la justice et la rébellion contre l'injustice. Nous ne pouvons pas laisser ces classes populaires en déshérence et les forcer à faire un choix impossible entre une gauche laïciste souvent tentée par l'islamophobie et de vieux réflex coloniaux, et des prêcheurs en eau trouble qui profitent de ce climat d'humiliation systématique. Tariq Ramadan, dans une intervention à l'université de Paris X, a souligné la nécessité de réintroduire les concepts marxistes de classe. Sur plusieurs points, il a des positions bien plus progressistes que beaucoup de nos laïcards du parti socialiste, même si par ailleurs nous pouvons ne pas le suivre, sur la Syrie par exemple.

Pour ce qui est du démantèlement de l'Etat somalien, c'est là l'oeuvre des USA, expérience géostratégique lamentable s'il en est, et dont les islamistes ne portent pas la responsabilité, ils n'en sont que le résultat. En Somalie, nous nous opposons à l'intervention et à l'ingérence quelque soit les prétextes ou les gouvernements. Et telle doit être partout notre attitude. En Somalie, nous n'approuvons pas l'intervention éthiopienne camouflage de l'impérialisme. La Somalie était en passe de s'unifier, certes sous un gouvernement islamiste, mais nous ne voyons pas en quoi il y a progrès de la voir de nouveau morcelée et en guerre sans fin, avec d'un côté des « islamistes » encore plus radicalisés, et d'un autre des Ethiopiens, des occupants, armés par les USA. En Somalie comme ailleurs, il faut poser la question qui a saccagé ce pays ??? Qui ??? Qui a amené ce pays à la cassure ? Qui a amené les forces armées éthiopiennes d'invasion dans ce pays de tradition anti-éthiopienne puisque la moitié des Somaliens ont été rattachés de force à l'Ethiopie ? Qui soutient le satrape pro-US d'Addis Abeba contre la Somalie et d'ailleurs aussi contre le seul Etat progressiste, socialisant d'Afrique, l'Erythrée ? Érythrée laïque s'il en est, et pourtant accusée par les impérialistes de soutenir les « islamistes » en Somalie ! Preuve encore qu'il s'agit d'un épouvantail à géométrie variable créé et inventé par les impérialistes.


Tu as sans doute raison en revanche sur le fait que nous passons un peu vite sur ta propre évolution en donnant l'impression que nous t'amalgamons avec les évolutions plus anciennes des « pacifistes pro-guerre » qui, dès la Yougoslavie, ont glissé dans le pro-guerre, mais en fin de compte, si tu les rejoints au moment de la crise du Mali, y a-t-il fondamentalement une différence ? Certains en arrivent à se poser la question de savoir, si, sur les crises libyennes et syriennes, tu n'as pas, après tes critiques radicales de Kadhafi et d'Assad, qui ont certes quelques fondements sociaux au-delà des formulations trop affectives, opéré un retournement rapide quand tu t'es rendu compte que les soit-disant « révolutionnaires » étaient des « islamistes » en fait. Il faut que tu répondes à la question de savoir si c'est par anti-impérialisme, dénonciation du principe même des ingérences dans les affaires internes d'un peuple que tu t'opposes aux agressions visant la Libye ou la Syrie ou par « anti-islamisme » ?

Et pour finir, tu sais le rôle important que joue l'Algérie dans les stratégies impérialistes et la position beaucoup plus nuancée sur cette question d'Alger par rapport à Paris. A Alger, quoiqu'on pense de son gouvernement, ils savent le prix à payer des conflits, du colonialisme et de « l'islamisme », du takfirisme en fait ! Or, tu ne sembles pas lire la presse algérienne où l'on trouve d'excellents articles dénonçant et les USA et la France. Pourtant, dans la liste d'envoi du Collectif pas en notre nom que nous t'envoyons, il y a beaucoup d'articles algériens d'opinions diverses d'ailleurs qui apportent à une réflexion qui sur ces questions est visiblement en panne à gauche sur les rives de la Seine.

Bruno Drweski, Jean-Pierre Page


Partie VII :

Dernière mise au point : Samir Amin

 

1. Certes il y a des personnes qui se réclament de l’Islam et sont réellement des démocrates. Un : je n’ai jamais cessé de dialoguer avec eux, et je ne suis pas le seul à le faire, heureusement. En Egypte, c’est la pratique de la grande majorité de la gauche radicale, marxiste, socialiste et communiste. Mais deux : nous constatons qu’ils ne pèsent pas bien lourd, jusqu’aujourd’hui. Les directions des partis qui se réclament de l’Islam politique sont toutes ultra réactionnaires, rétrogrades. Tous les noms que tu cites, je les ai cités maintes fois. Mais constaté hélas, qu’aucune force « islamique » en place ne se revendique d’eux. « L’Islam politique bouge ». Non.

 

Notre divergence se situe exactement sur ce point. Vous pensez que le monde arabe et islamique contemporain est engagé sur la même voie que celle que « l’Occident » a parcourue : il a fallu du temps pour que ce dernier parvienne à la laïcité et à la démocratie, que des partis politiques qui se réclament du christianisme deviennent des partis démocratiques acceptant la laïcité. Pourquoi ne pas faire preuve de patience avec les Musulmans ? Ils évoluent également dans cette direction.

 

Vous faites là un vœu pieux. Oui, je voudrais bien aussi … Mais il n’y a pas d’indices que le monde musulman se dirige dans cette direction. Au contraire sa crispation « passéiste » se renforce chaque jour et le Wahabisme (la forme la plus archaïque, fondamentaliste et obscurantisme, l’analogue du christianisme de l’Inquisition) est gagnant.

 

Alors pourquoi en est-il ainsi ? Je n’ai jamais attribué cette régression à quelque « spécificité » de l’Islam (j’ai écrit le contraire). Je la rapporte à mon analyse non étapiste de l’histoire du capitalisme alors que vous adhérez de facto à la vision étapisteque je critique : le monde musulman parcourt avec retard le même chemin qui fut celui de l’Occident. Pour moi le capitalisme réel rend cela impossible.

 

Alors ? De deux choses l’une. Ou bien on fait un « saut » en avant (ou des « sauts ») comme Cuba, le Venezuela, ou hier Ataturk et Nasser. Je dis bien un ou des sauts, pas plus. Je soutiens ces sauts, en dépit de leurs limites. Et l’impérialisme lui les combat toujours (comme hélas, et sur ce point je vous rejoins, une bonne partie de la « gauche » européenne). Ou bien on ne le fait pas et on piétine, recule. C’est le cas hélas, des sociétés musulmanes dans la conjoncture présente.

 

2. Je partage votre point de vue et l’ai écrit maintes fois : j’ai pris position contre les interventions en Libye, en Syrie, et n’ai pas condamné la Corée du Nord (ni l’Iran) pour ses options nucléaires. J’ai même défendu Cuba, Chaves et Correa contre ceux (« à gauche ») qui les détractent, en Europe notamment.

 

  1. J’ai toujours dit et écrit que Hamas et Hezbollah sont des cas spéciaux, du fait qu’ils font face directement à l’agression israélienne.

 

  1. Lisez mon article sur la Somalie. Je crois qu’il en dit plus que vos commentaires.

 

  1. Que faire face aux initiatives rétrogrades et criminelles prises par des organisations qui hélas s’autoproclament islamistes (comme AQMI) ? La responsabilité de la lutte contre ces initiatives doit-elle être réservée exclusivement aux peuples concernés ? Ou doit-on mettre en œuvre la solidarité des autres peuples de la Planète ?

 

On entre ici dans la politique concrète. Celle-ci exige que les forces progressistes identifient le danger principal, l’ennemi principal du moment. Sans garantie contre l’erreur toujours possible. Mais on ne peut pas « éviter le danger de l’erreur » en se retirant de l’arène des confrontations réelles pour se contenter de rappeler des principes généraux abstraits. Bon nombre d’analystes critiques ne vont pas au-delà de la répétition de ces abstractions. Position confortable facile, mais rigoureusement sans efficacité. Car traduire les principes en choix concrets reste incontournable. Il faut agir pour que l’intervention des peuples autre que ceux directement concernés ne se laisse pas enfermer dans le cadre défini par l’impérialisme. En l’occurrence le peuple français doit (et peut) faire face à cette responsabilité. Et votre critique de la gauche française qui ne le fait pas est la mienne également. Elle l’a toujours été et le reste. On ne peut rien dire de plus : chaque situation doit être traitée concrètement et, à partir de là, permettre des postures positives ou du moins potentiellement positives.

 

Je fais un parallèle : l’Union soviétique a été l’alliée de l’impérialiste Churchill contre Hitler. Attention ne faites pas l’amalgame que je ne fais pas ; je ne dis pas que les rétrogrades prétendus islamistes sont Hitler, ou même fascistes. Je fais seulement une comparaison, toujours dangereuse, mais rien de plus. Et ne me faites pas un mauvais procès à cet endroit. Car il y a eu des individus et des partis qui ne voulaient pas distinguer Churchill de Hitler sous prétexte que les deux étaient des impérialistes, ce qu’ils étaient. D’autres ont pensé qu’Hitler était le danger principalet qu’il fallait courir le risque de s’allier avec le diable britannique. Je crois qu’ils avaient raison. Je dis qu’au Mali aujourd’hui le danger principal vient des djihadistes. Leur victoire ravagerait le Mali, sur le modèle de la Somalie, pour très longtemps. Le danger d’une mise sous tutelle néo coloniale française est certain, mais il sera bien moins difficile aux Maliens de s’en débarrasser que de remonter la pente de la destruction djihadiste.

 

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1 Nous avons décidé d'introduire le néologisme de takfiro-islamisme dans la mesure où les dénommés « islamistes », ou « djihadistes », prétendent représenter à eux seul le « vrai islam », excluant toutes les autres formes d'islam, dont ont pu se réclamer par exemple, Nasser, Boumedienne, Arafat, Soekarno, Modibo Keita, et tous les Etats progressistes du monde arabo-musulman qui ont fait figurer l'islam dans leurs constitutions comme élément fondateur de leur légitimité et de leur légalité. Ces dits « islamistes » sont donc incontestablement des « exclusivistes », en arabe des takfiri. L'usage dans les grands médias « mainstream » des vocables « islamiste » (ou « djihadiste ») alors qu'on a éliminé des médias ceux de « fondamentalistes » ou « d'intégristes » mais qu'on n'a pas introduit en parallèle les vocables de « christianistes » pour caractériser les conceptions de l'ex-président Bush et ses « born again christians » ou de « judaïstes » (ou « juivistes » ?) pour caractériser les intégristes du judaïsme sectaire introduits dans les allées du pouvoir à Tel Aviv, constituent visiblement une nouvelle forme de manipulation du langage correspondant à l'idéologie du « clash des civilisations » entre un hypothétique « judéo-christianisme » et un « islamisme » à géométrie variable. D'où notre choix qui reprend d'ailleurs une vieille tradition du mouvement ouvrier (sociaux-traitres, sociaux-fascistes, social-impérialisme, etc.).

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