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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 10:37

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A l'heure où, après la Grèce et sans doute avant d'autres pays, c'est l'ex- « tigre celtique » irlandais qui « vacille », il nous a paru bon de reprendre cet article de notre collègue qui nous rappelle fort à propos que les pays que le jargon « globish » mondialisé désigne sous le nom fort peu élégant de « PIGS », constituent autant de « dominos » dans un « jeu » contrôlé par une structure supranationale que les puissants souhaitent visiblement voir fonctionner en cercles concentriques. On avait pourtant parlé dans les milieux « irrévérencieux », lors de la création de la monnaie unique, « d'euromark », thème tombé ensuite en désuétude, et dont on peut à nouveau se demander désormais s'il n'était pas prémonitoire. Une monnaie qu'on a d'abord dit en état de faire contrepoids face à la monnaie mondialisée devenue purement virtuelle, le dollar. Comme l'Union européenne a pu être présentée comme un concurrent potentiel de l'empire nord-atlantique. Or, quand on creuse dans l'histoire de la construction de l'union européenne réellement existante, on découvre que ses prémisses furent élaborées à ...Washington dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et qu'elles visaient à créer sur ledit « vieux continent » une structure politiquement ingérable permettant de neutraliser les volontés de ses peuples et de les jeter contre les adversaires extérieurs des Etats-Unis. On pourrra toujours gloser pour savoir si les peuples européens ont voulu « l'Europe » car aucun mouvement populaire n'est jamais venu témoigner d'un tel rêve collectif, mais, en tout cas, ces peuples ont été ignorés chaque fois qu'ils ont pu prendre position sur la réalité du processus concret de construction de la seule Europe réellement existante, celle des traités de Rome, de Maastricht et de Lisbonne.

A mesure que l'antique civilisation méditerranéenne commune à toutes ses rives est devenue nominalement plus « européenne », puis plus réellement « atlantique », nord-atlantique en fait, le processus de démantèlement des acquis culturels et sociaux de cette civilisation s'est accéléré. Au moment où les colonels turcs connus pour leur alignement atlantiste coutumier semblent céder du terrain face à un gouvernement civil menant une politique plus digne de l'histoire de leur pays, ce que l'épisode de la flotille humanitaire de Gaza a souligné, c'est le pays où le nom de « Papandréou » avait pu autrefois signifier une volonté de dignité, de solidarité méditerranéenne et d'indépendance qui a succombé le premier au diktatvenu du Nord, sous la houlette d'un premier ministre peu respectueux du souvenir laissé par le nom qu'il porte. D'où, nous a-t-il semblé, la nécessité de rappeler comment ce processus a débuté, il y a quelques mois. Ce qui nous permet de constater que, pour le moment en tous cas, la réalité d'un monde multipolaire s'éloigne des côtes européennes de la Méditerrannée. Même si, plus loin vers l'Orient, on constate l'apparition de « puissances émergentes » qui pourraient faire contrepoids, si jamais les peuples prolongeaient ce processus pour le moment largement contrôlé par leurs élites possédantes. Et donc avant tout prudentes, car, comme l'habitude nous l'a montré, toujours marquées par la peur de perdre quelques uns de leurs fragiles avantages acquis. Depuis le printemps dernier pourtant, c'est un à un que les Etats vacillent sous le poids d'une dette injuste, alors que d'Athènes à Paris, de Londres à Rome, de Lisbonne à Dublin et de Madrid à Stuttgart, les peuples ont tendance à retrouver la chaleur des pavés. Phénomène qui fait écho aux mobilisations auxquelles on assiste dans les pays situés plus au Sud, eux aussi soumis, par dictateurs interposés, aux diktats de la haute finance « nomade », et supranationale.

La Rédaction


 

  La crise grecque :

 

Première «bataille» d'une «guerre» pour l'Europe

-

Automne 2010

 

 

Dimitris Konstantakopoulos *

 

«Nous ne mourrons pas pour Dantzig», disaient les Français il y a soixante-dix ans. «Nous ne paierons pas pour les Grecs», disent aujourd’hui les Allemands. Et si, entre temps, la force de l’argent a remplacé, en Europe, celle des armes, cela ne l’a pas rendue moins mortelle (ni même, en fin de compte, moins autodestructive).

 

L’attaque dont la Grèce fait l’objet de la part de forces «géo-économiques» puissantes, à savoir celles du capital financier totalement libéré de tout contrôle, d’un Empire de l’Argent en gestation, a une importance énorme au niveau mondial qui dépasse de loin la dimension de ce petit pays. C’est la première d’une série de batailles, qui vont déterminer l’avenir des États et des pays européens, celui de l’idée d’une Europe unie, indépendante, sociale, celle de notre démocratie et de notre civilisation.

 

La question à laquelle on essaie de répondre, en Grèce, est de savoir qui va payer la dette cumulée de l’économie mondiale, y compris celle due au sauvetage des grandes banques, en 2008. Est-ce que ce sera la population des pays développés, au prix de la suppression des droits sociaux et démocratiques acquis durant trois siècles de lutte, autrement dit, de la civilisation européenne? Ou bien les pays tiers? Va-t-on la payer par la destruction de l’environnement? Les banques vont-elles l’emporter sur les États, ou bien ces derniers l’emporteront-ils sur les banques?

 

L’Europe pourra-t-elle dominer de nouveau le monstre que constitue le capital financier totalement déréglé, en rétablissant une réglementation des flux de capitaux, dans le cadre d’un protectionnisme raisonnable et d’ une politique de croissance, en contribuant à la construction d’un monde multipolaire, donnant ainsi un exemple d’ordre mondial? Ou bien va-t-elle périr dans des conflits internes sans merci, en consolidant le rôle dominant, quoique vacillant aujourd’hui, des USA et demain peut-être, celui d’autres puissances, voire même de totalitarismes, au niveau mondial ou régional?

 

La crise grecque

Les gouvernements européens et leur Union, qui ont dépensé des sommes colossales pour le sauvetage des banques, imposent à la Grèce de prendre de mesures qui constituent la plus grande régression dans l’histoire du pays, exceptée la période de l’occupation allemande de 1941-1944, tout en la poussant dans la plus importante récession qu’elle ait connue depuis des décennies, la privant de toute perspective de croissance pendant un temps indéterminé. Ce qui, d’ailleurs, risque de rendre impossible le remboursement de sa dette, c’est-à-dire risque de faire de la Grèce une Lehman Brothers dans la nouvelle phase de la crise mondiale commencée en 2008.

 

Nous sommes arrivés à un point où la Banque centrale européenne prête aux banques à un taux de 1%, afin que celles-ci prêtent à l’État grec au taux de 6% ou 7%. En même temps, les gouvernements européens refusent de consentir a l’édition des euro-obligations par. ex., pouvant servir a la normalisation des taux payés par l’ Etat grec.

 

L’Allemagne contre l’Europe

Il y a vingt ans, l’Allemagne, nouvellement réunifiée, atteignant sa pleine «majorité stratégique», «acheva», par sa première action, la Yougoslavie multinationale et fédérale, en imposant à ses partenaires la reconnaissance des différentes Républiques. Le résultat en a été tout d’abord une série de guerres qui ont semé la ruine et la mort dans les Balkans, sans résoudre pour autant aucun de leurs problèmes, puis la mort dans l’œuf de la politique étrangère et de défense de l’UE et, enfin, le retour solennel des USA dans leur rôle de maître absolu du Sud-est européen.

 

Tout cela pourtant fera figure de simple délit, devant ce qui risque de se passer maintenant, comme conséquence de la courte vue de Berlin et de la manière dogmatique, extrêmement égoïste dont elle défend les règles de Maastricht, disposée, semble-t-il, à sacrifier un ou plusieurs de ses partenaires, appartenant même au «noyau dur» de l’ UE, la zone euro, en les faisant plonger dans le désastre économique et social.

 

Aujourd’hui, l’enjeu de la crise «grecque», de la crise «espagnole», «portugaise» ou d’ une autre demain, n’est pas seulement la politique européenne commune ni le sort des Balkans. C’est bien l’idée même de l’Europe unie qui risque de mourir, et sa monnaie commune avec elle, comme l’ont déjà noté les hommes politiques et les analystes économiques les plus pénétrants en Europe et au niveau international. Si en 1990-91, la politique allemande avait établi le… rôle des USA en Europe du Sud-est, la politique allemande actuelle conduit à la consolidation de leur rôle hégémonique aujourd’hui ébranlé dans les affaires européennes, sinon mondiales. Tout en privant l’Europe de la possibilité de jouer, en s’appuyant sur ses idées et sa civilisation, un rôle d’avant-garde dans la refonte si necessaire du système mondial.

 

Des erreurs historiques si colossales ne sont pas sans précédent dans l’histoire allemande : aujourd’hui, Berlin surestime sa puissance économique, comme il avait surestimé sa puissance militaire dans les années 1910 et 1930, contribuant ainsi à la destruction de l’Europe et de l’Allemagne elle-même, lors des deux Guerres mondiales. (1)

 

L’établissement de la monnaie unique et le mode de fonctionnement de l’UE, ont profité surtout à l’Allemagne qui refuse pourtant d’ «ouvrir sa bourse» à ses partenaires en difficulté. Elle ne défend pas l’Europe ni à l’extérieur, contre les attaques des banques internationales dominées par les Anglo-américains, ni contre celles du capital financier, nommés par euphémisme «les marchés». Elle ne la défend pas non plus à l’intérieur, non seulement parce qu’elle refuse d’assister un soi-disant partenaire, en l’occurrence la Grèce, mais aussi en l’insultant, par une campagne sadique et raciste des medias allemands, au moment où elle affronte des difficultés vitales ! (2)

 

L’ Allemagne et le traité de Maastricht

L’Allemagne a raison lorsqu’elle soutient que, en agissant de la sorte, elle défend les règles de Maastricht, qui interdisent toute sorte de solidarité et d’entraide entre les membres de l’UE et imposent, jusqu’à la fin des temps, une politique monétaire qui n’existe nulle part ailleurs au monde. Ces règles correspondent aux intérêts allemands, du moins tels que les conçoivent les milieux dominants de Berlin, et, surtout, à ceux des banques, et plus généralement des grands détenteurs du capital financier. C’est leurs profits que garantissent les règles de Maastricht, en association avec le régime de libéralisation totale des échanges de capitaux et de marchandises, qui interdisent explicitement ou implicitement aux Européens d’exercer une politique inflationniste, keynésienne, anticyclique, quand il le faut, mais aussi de se défendre contre l’antagonisme économique extérieur, de la part des USA ou de la Chine.

 

En soutenant cependant, à juste titre, que sa politique actuelle est dictée par le traité de Maastricht, qui doit être respecté comme l’Évangile, Berlin dévoile, malgré elle, le caractère monstrueux de l’actuel édifice européen. On n’a nullement besoin d’être économiste, le sens commun suffit, pour comprendre qu’aucune Union d’aucune sorte de personnes, de peuples, d’États, ni de quoi que ce soit, ne peut avoir une vie bien longue, si elle est fondée sur… l’interdiction de la solidarité entre ses composantes ! Les peuples de l’Europe n’ont pas consenti à l’idée de l’unification européenne pour … se ruiner ; ils y ont consenti pour acquérir davantage de sécurité et de prospérité.

 

En disant à ses partenaires … d’aller se faire voir ailleurs à la première difficulté, les dirigeants allemands délégitiment eux-mêmes, dans une grande mesure, aussi bien l’idée de l’Europe unie que celle de la monnaie unique, ainsi que leur propre ambition d’être à la tête de l’Europe. A quoi sert une Union qui a mobilisé tous ses moyens pour sauver les banques qui avaient provoqué la crise de 2008, et qui refuse de sauver un peuple européen menacé par ces mêmes banques renflouées au moyen de l’argent public ? La seule raison pour laquelle les membres de la zone euro, qui sont touchés par la crise, y demeurent encore, est leur crainte des conséquences d’un retrait (et divers intérêts de leurs milieux dirigeants). Mais pour combien de temps encore cette raison sera-t-elle suffisante, surtout dans le cas d’une éventuelle aggravation de la crise économique, qui transformera de vastes zones européennes en une sorte d’Amérique Latine ? De même qu’au XXe siècle, l’Allemagne paiera de nouveau, elle aussi, le prix de son égoïsme, politiquement, en minant son propre rôle et économiquement, en étouffant les acheteurs de ses produits. Mais elle risque de s’en rendre compte quand il sera trop tard pour réparer la situation.

 

La crise grecque comme crise de l’ eurozone

Il est presqu'évident que la crise grecque n’a pas à voir uniquement ni même essentiellement avec les problèmes intérieurs assez importants du pays, la faiblesse de son État et son système politique existant, source d’une vaste corruption. Ces problèmes, ainsi que le fait que la Grèce depense des sommes colossales pour se defendre d’une Turquie révisionniste, sont cependant des facteurs qui déterminent la forme, le moment d’apparition de cette crise et la capacité du pays à y faire face. Mais ils n’en constituent pas la cause, comme le prouve la crise en Espagne, au Portugal et ailleurs également. En Grèce, elle peut prendre l’aspect d’une crise de la dette publique, en Espagne de l’endettement privé, elle est cependant présente partout. Elle reflète l’incapacité à long terme des pays les plus faibles de l’Union à faire face, d’une part à une politique monétaire modelée sur les intérêts de l’Allemagne et des banques internationales, et d’autre part à la suppression de toute barrière de protection extérieure de la zone euro.

 

Le fonctionnement «intérieur» de la monnaie unique, faute de mécanismes compensatoires, conduit à un transfert permanant de plus-values du sud de l’Europe vers le nord. Le fonctionnement «extérieur» d’une zone euro qui s’est volontairement interdit toute protection contre la concurrence américaine et chinoise, toute politique industrielle et sociale, toute harmonisation fiscale conduit à la dégradation de la capacité européenne de production dans l’ensemble de l’Europe, en commençant par les plus faibles. L’ industrie grecque par exemple se délocalise de la Grèce du Nord vers les Balkans, les touristes désertent le pays d’une monnaie chère, l’euro, préférant le littoral turc. (4). Le problème va s’aggraver avec la fin, bientôt, des politiques de cohésion. Le problème structurel grec a certes accentué la situation et a amené la Grece en plein milieu de la crise européenne, mais ce n’est pas lui qui l’ a créé.

 

L’Europe du Sud n’est pas la seule à faire face à ces problèmes. La France, un pays plus central et métropolitain, coeur politique de l’ Europe, si l’ Allemagne en constitute le coeur industriel, les a également recensés et doit les affronter. Ils sont à l’origine du rejet de la constitution européenne par le peuple français en 2005. Depuis lors, d’importants intellectuels français ont mis en évidence l’impasse vers laquelle se dirige la zone euro. Par exemple Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Bernard Cassen, ATTAC et Maurice Allais pour ne citer que quelques uns, soulignent qu’il est impossible qu’une Europe productive et sociale puisse survivre sans quelque forme de protectionnisme. L’obstination dans les règles de la zone euro telles qu’elles se présentent actuellement mène au totalitarisme, dit Todd. L’Europe se dirige vers la catastrophe avec le système ultralibéral d’échanges et la suppression de la préférence communautaire par les autorités de Bruxelles.

 

Jusqu’à présent, les idées de réforme de la zone euro ne pouvaient pas être appliquées, faute de volonté politique. Ce serait une tragédie pour le peuple grec si, à cause, entre autres, de la façon dont le système politique grec et une élite politique en pleine degenerescence gère le pays, il était appelé payer au prix de sa catastrophe l’énergie nécessaire à une réforme de l’euro, qui serait mise en place, si elle l’est un jour, trop tard pour que la Grèce puisse en profiter.

 

Économie et Géopolitique

Pour ce qui est cependant de la dimension géopolitique du problème, les dirigeants allemands ne semblent pas avoir tiré les enseignements de leur propre histoire, c’est-a-dire se rappeler leur incapacité, durant les décennies qui avaient précédé la Première Guerre mondiale, d’encaisser les profits attendus de leurs progrès scientifiques et technologiques. Le capitalisme-casino, engendré par le dérèglement de ces dernières décennies et auquel ils ont consenti de façon intéressée, caractérisée par l’absence totale de perspicacité stratégique, est un enfant anglo-américain. Aucun joueur, si bon et si fort qu’il soit, ne l’a jamais emporté sur le propriétaire du casino!

 

On est en droit de se demander si quelque plan stratégique ne se cache pas derrière la crise déclenchée actuellement, non seulement par raport à la dette grecque, mais aussi contre l’euro, au moment même où ce dernier s’apprêtait à devenir une devise mondiale. D’autant plus que, maintenant nous le savons, Goldman Sachs se trouvait derrière l’attaque contre la Grèce et l’ euro.

 

En se barricadant derrière le traité de Maastricht, dans une Europe-«dictature des banques», les Allemands ont certes profité de leur suprématie économique, mais ont en même temps permis que soit tendu un énorme piège potentiel, qui vient d’être activé, contre l’Europe unie. Il fallait, d’ailleurs, s’attendre à ce que les choses évoluent dans ce sens, quand on voit par exemple l’architecte de la politique monétaire européenne n’étant autre que l’homme de Goldman Sachs, Otmar Issing. Un, du reste, dans un vaste reseaux d’ influence de cette banque en Europe.

 

On voit donc peut-être aujourd’hui se développer le plan stratégique qui intègre la géopolitique et la géoéconomie dans l’architecture du traité de Maastricht. La crise était inscrite dans le traité-même, avec deux aboutissements possibles: soit la transformation de l’Europe en une structure totalitaire assujettie, soit sa dissolution en ses composantes, ou en tout cas son maintien dans un état de déchirement dû à ses problèmes internes, qui l’empêche de gagner son autonomie vis-à-vis des USA et d’imposer des règles au capital financier mondial.

 

La politique de Berlin semble être fondée sur l’espoir de tirer meilleur profit dans le cadre de la mondialisation que s’il revendiquait pour le compte d’une Europe réformée d’être sur un pied d’égalité avec les USA, dans le cadre d’un monde multipolaire aux flux des capitaux et des marchandises règlementés. Justement parce que l'Allemagne a sans doute encore le souvenir de ses défaites, quand elle avait recherché l’hégémonie européenne et mondiale. Mais, ce faisant, elle semble oublier que la mondialisation est dominée par le secteur financier et du crédit, et point par l’industrie qui constitue pourtant le point fort de l’ Allemagne. Qui risque, en fin de compte, de se retrouver dans la même situation qu’elle avait connue vers la fin du «grand» siècle libéral, à la veille de la Première Guerre mondiale.

 

Les dirigeants allemands pensent peut-être qu’un «renvoi» ou un retrait forcé de la Grèce de la zone euro serait une solution qui, d’une part «servirait d’exemple» pour les autres membres de l’Union et augmenterait, d’autre part, l’homogénéité d’un noyau dur européen qui s’est trop «ramolli». L’idée d’une «Europe à plusieurs vitesses» et en cercles homocentriques, telle que l’avait formulée Karl Lammers, reste très populaire en Allemagne. Seulement, les cercles risquent finalement de s’avérer hétérocentriques.

 

Il est évident que pour la Grèce, mais aussi pour d’autres membres de la zone euro, le problème se posera de lui-même et, à ce qui parait, plus tôt et non pas plus tard qu’on ne l’imagine. Rester dans la zone euro n’a un sens pour la Grèce et pour d’autres pays que si celle-ci est réformée très vite et en profondeur. Mais il n’est pas du tout certain qu’un ou plusieurs retraits aient pour l’Allemagne les avantages auxquels elle s’attendrait.

 

En persévérant dans cette politique, Berlin risque de plonger la zone euro et l’UE dans une crise très grave. Elle mènera, en même temps, à une défaite stratégique majeure de l’Europe dans l’est méditerranéen, contribuant ainsi à la réalisation de l’objectif stratégique central des USA dans la région, à savoir la constitution d’une zone d’influence américano-turque depuis la mer Adriatique jusqu’au Caucase et Chypre.

 

Une telle zone, dans l’optique de «l’occupation du centre» de «l’échiquier stratégique» selon Brzesinski, s’interposerait entre l’Europe et les hydrocarbures du Moyen Orient, entre la Russie et les «mers chaudes». Elle participerait en plus à l’Union européenne. Elle serait, en d’autres termes, un des centres d’une Eurasie dominée par les USA, un outil qui servirait à la «paralysie stratégique» de l’Europe et une base de «containment» contre la Russie. On devrait savoir, en Europe, mais il est douteux que l’on veuille le savoir, depuis les fameux rapports de Wolfovitz et de Jeremia qui ont crystallisé la stratégie post-guerre froide des Etats-Unis, que l’objectif stratégique de Washington est le non avènement de forces antagonistes, et pour y parvenir, cet État applique des politiques propres à empêcher dès maintenant une telle éventualité, en «programmant» si possible de crises ou en mettant des obstacles à des collaborations et des alliances entre divers pôles du système international. Dans un cas, l’Allemagne l’a bien compris, quand elle a decidé de construire le gazoduc NordStream, la liant directement avec la Russie, mais en général elle continue d’être stratégiquement aveugle.

 

* Journaliste, écrivain, économiste, Athènes, Grèce.

 

En guise de complément :

 

IL EXISTE UNE AUTRE VOIE !

la pression des grandes banques américaines, de la Commission et dSou ses gouvernements européens, le gouvernement grec vient d’adopter, bon gré mal gré, des mesures qui ne conduisent qu’à l’approfondissement de la crise à laquelle fait face aujourd’hui la Grèce, une des plus graves et plus dangereuses que le pays ait connue depuis sonindépendance, il y a deux siècles.

 

Ces mesures conduisent à une mort lente l’économie et la société grecques, mettent en danger l’avenir et l’indépendance de la Grèce, sa capacité de se défendre contre les visées turques en Thrace, en mer Égée, en Chypre. L’injustice sociale est si profonde qu’elle marquerade façon permanente l’âme de notre nation et minera, du point de vuemoral et politique, toute réforme future et tout effort de redressement.

 

Ceux qui sont appelés à supporter le poids de la crise, ce ne sont pas les couches qui sont responsables de la situation désastreuse dans laquelle nous nous trouvons, qui ont systématiquement pillé la richesse publique et refusent de payer des impôts, mais les salariés et les retraités. C’est le triomphe politique du «Magouillistan» grec.

Cette politique annule les rêves des jeunes et empoisonne l’âme des retraités. Elle bafoue de façon flagrante toute idée de souveraineté populaire. Aucun mandat n’a été donné pour l’adoption d’une telle politique. Si le gouvernement veut l’appliquer, le recours à un référendum s’impose.

 

Les forces internationales qui imposent ces mesures n’agissent pas dans le sens de la relance de l’économie grecque. Elles agissent afin de garantir les profits du capital financier mondial. Elles veulent faire de la Grèce un exemple de passage à la barbarie sociale, du modèle qu’elles promeuvent dans toute l’Europe. Leur politique fait écho aux projets géopolitiques de Washington dans notre région et aux projets géoéconomiques de l’Europe des banquiers. Elles nous prescrivent un avenir d’asservissement désastreux. Loin de pouvoir rembourser la dette, nous plongerons de plus en plus dans son carcan.

 

Il est fort étonnant que le gouvernement qui s’est hâté de nous précipiter dans cet abîme social, n’ait fait aucun effort afin de percevoir de ressources ordinaires et extraordinaires (imposition d’une amende permettant la régularisation de certaines pratiques dans le secteur du bâtiment, imposition exceptionnelle des surprofits des banques et de certaines entreprises, consommation de produits de luxe, fortune de l’église, pour n’en citer que quelques exemples). Pourquoi justement il n’impose pas une contribution exceptionnelle aux professions libérales prospères qui se déclarent pauvres vis-à-vis du fisc ? Quelle loi de l’assujettissement grec nous oblige à maintenir des troupes en Afghanistan, au moment même où les plus grandes banques de nos «alliés» misent sur la faillite de la Grèce ? George Papandréou serait pris plus au sérieux par eux, s’il retirait immédiatement les forces grecques au lieu de visiter les USA. Pour quelle raison le gouvernement d’un pays menacé d’effondrement n’a pas encore nommé, cinq mois après son ascension au pouvoir, des administrations dans les organismes publics ? Pour quelle raison le gouvernement ne défend pas le pays contre les attaques internationales, mais le laisse exposé sans arrêt aux diffamations ? On se rit en Allemagne et chez Goldman Sachs de nos autocritiques internationales sur notre corruption, puisque ce sont eux qui payaient les deux partis au pouvoir (Pasok et ND) et nos hauts fonctionnaires.

 

Dans des situations exceptionnelles, lorsque la survie d’un peuple etd’une nation est en danger, on doit recourir à tous les moyens possibles. On s’adresse aux Grecs de l’étranger. On réclame enfin expressément l’indemnisation des dommages de guerre (de la part del’Allemagne). On élargit ses sources d’emprunt vers la Chine et la Russie. On menace, si nécessaire, de cessation des paiements et de restructuration de la dette. Pour ses dépenses de défense nationale on se tourne vers ceux qui sont solidaires envers le pays, et non pas ceux qui minent son économie et on les convertit en un atout decroissance. On négocie, enfin, l’immense valeur géopolitique du terrain «Grèce». C’est ici que s’étaient réunies les troupes de l’OTAN qui se sont préparées contre la Yougoslavie. C’est de l’aéroport de Souda, en Crète, qu’avait décollé pour l’Irak le plus grand nombre de bombardiers. Si la Grèce n’était pas un allié aussi consentant, il ne serait en aucun cas possible aux divers centres de décision de l’empire de donner le feu vert à leurs banques d’attaquer la Grèce. En deux mots, un gouvernement qui serait conscient du moment historique,  fait tout, mais ne laisse pas le pays se ruiner, cédant paniqué sous la pression des Protecteurs et des intérêts des «Magouilleurs». Si le gouvernement et le premier ministre persistent dans cette voie, ils risquent d’être tenus pour responsables d’une parmi les plus grandes catastrophes dans l'histoire de la Grèce.

 

Cet article a été publié dans le journal grec “Epikaira”, le 4 mars 2010.

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1/ La classe ouvrière allemande suit maintenant ses dirigeants avec une discipline « exemplaire », exactement comme elle l’a fait au XXe siècle, en acceptant la baisse de ses revenus en contrepartie d’une stabilisation du chômage. Il nous faudrait un nouveau Hegel pour décrire comment la discipline, incarnation suprême de la Raison et le plus grand atout de l’Allemagne, semble se transformer en sa plus grande faiblesse. Mais il est assez utopique d’espérer que les acquis des Allemands vont être préservés dans une Europe qui tourne à la ruine sociale. Brecht a très bien décrit ce processus: Au début, tout le monde avait observé passivement ce qui se passait concernant les communistes. Puis on a observé tout aussi passivement ce qui se passait avec les Juifs. Et finalement, il n’ y a plus eu personne pour défendre qui que ce soit.

 

2/ Il nous faudrait peut-être recourir à la psychanalyse pour comprendre le mécanisme suivant lequel un écrasement, tel que celui subi par les Allemands en 1945, semble les empêcher toujours de digérer leur propre histoire, et surtout l’histoire des tragédies qu’ils ont subies et infligées. En tout cas, la campagne des medias allemands contre la Grèce relève d’un caractère ouvertement sadique et raciste, et nous apprend plus sur l’Allemagne que sur les Grecs. Je suppose que l’humanité se souviendra plus longtemps de la Vénus de Milo, telle que l’a présentée le magazine allemand Focus pour insulter le peuple grec, que du centre commercial de Sony, que l’Allemagne a choisi de bâtir à la place du Mur, symbole d’un Rien égoïste et absolu qui menace de mort la civilisation européenne. Quant aux medias allemands, ils ne sont pas très prolixes sur les déficits commerciaux continus de la Grèce envers l’Allemagne, du fait que celle-ci a profité des travaux publics grecs et a acheté les meilleures firmes grecques à des prix avantageux, en faisant payer par la compagnie Siemens les politiciens grecs socialistes ou conservateurs, ni sur le fait que l’Allemagne n’a toujours pas versé à la Grèce des dédommagements pour les ravages massifs qu’elle a provoqués au pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Berlin n’a même pas restitué les réserves d’or de la Banque de Grèce, volées par les troupes nazies allemandes nazi à l’époque !

 

konstantakopoulosd@yahoo.gr

konstantakopoulos.blogspot.com

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Published by Dimitris Konstantakopoulos - dans article classé
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