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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 18:59

 

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Cet article provient d'une conférence faite au Centre culturel syrien et tentant de replacer la crise syrienne dans son contexte géopolitique international, la crise syrienne ayant cessé, si jamais elle l'avait jamais été, d'être le résultat de facteurs strictement d'origine locale pour devenir un enjeu dans les tentatives de « rééquilibrages » des rapports internationaux entre puissances « traditionnelles » et puissances « émergentes ».


La Rédaction

 

 

 


 

La crise syrienne.


L'émergence de nouveaux rapports de force internationaux

et

l'arrêt mis aux tentatives de désagrégation des

États-nations

-

Mars 2013


 


 

Conférence : « Le chemin vers le dialogue en Syrie : la résistance et les rapports de force internationaux », Union nationale des étudiants syriens, Union des patriotes syriens; Centre culturel arabe syrien de Paris, 02 mars 2013

 

 

Depuis l'antiquité mais plus encore avec le développement des communications modernes, la Syrie constitue la « porte du Levant » qui ouvre la voie vers l'intérieur de la masse continentale de l'Eurasie. Elle constitue le coeur du monde arabe et du cercle culturel arabo-musulman. Située hier aux limites de l'Etat des croisés, aujourd'hui située aux limites de l'entité « juive » rêvée par Oliver Cromwell au nom d'une lecture littéraliste de la Bible. Monde arabo-musulman qui se situe lui-même à la jonction entre un « centre occidental », aujourd'hui en crise profonde, et les masses marginalisées et appauvries du tiers-monde parmi lesquelles émergent, en Asie/Eurasie en particulier, de nouvelles puissances.

 

Dans ce contexte international, la crise syrienne occupe aujourd'hui une place prépondérante. Comme à d'autres moments de l'histoire récente des rivalités entre pôles de puissance, d'autres pays ont pu occuper cette place de « ligne de front », la Corée après 1948, la Vietnam après 1956, la Palestine dans les années 1970. La crise syrienne constitue donc pour le moment le baromètre des contradictions internationales. On peut constater que les événements qui se sont déroulés au cours des deux dernières années ayant démontré que les Etats-Unis et leurs affidés de l'OTAN ne pouvaient parvenir à faire s'écrouler l'Etat syrien et son régime, des négociations ont été récemment engagées. A la fois entre les puissances déclinantes euro-atlantiques et les puissances montantes d'Eurasie, comme entre le gouvernement de Damas et des fragments consistant de l'opposition. Il faut poser la question de savoir où ces négociations peuvent mener. Peuvent-elles mener à un compromis acceptable pour toutes les parties en présence, syriennes et non syriennes ? Ne constituent-elles qu'un jeu dans la poursuite de la stratégie des puissances de l'OTAN et de Tel Aviv visant à fragmenter sans le claironner la Syrie et les autres Etats du « Grand Moyen-Orient » ? Ne sont-elles pas une étape dans une « stratégie du chaos » qui, sans apporter d'accalmie en Syrie, permettrait de maintenir le conflit sous perfusion et d'empêcher ainsi que ce pays ne se reconstitue comme base arrière durable face à la terre de Palestine, dans le contexte d'une lutte planétaire des peuples s'opposant aux politiques de domination, d'injustice, d'inégalité et d'exploitation ?

 

Car, et indépendamment des désirs ou des humeurs des dirigeants politiques placés aujourd'hui en position de pouvoir dans les puissances occidentales, la question du rapport de force entre puissances déclinantes et émergentes, et donc des retournements d'alliance envisageables pour certaines d'entre elles au moins, la France ou l'Allemagne en particulier, c'est évidemment le constat qu'une sortie de crise aboutit toujours à une modification des rapports de force qui dicte les comportements ultimes des uns ou des autres. Car il est clair qu'un Etat, qu'un pays, qu'un peuple qui sort victorieux d'une confrontation militaire est toujours à terme, et malgré les destructions subies, toujours plus fort qu'il ne l'était avant le début du conflit. Il en sera donc ainsi de la Syrie, si elle sort du conflit pacifiée et unie. Il en sera également ainsi des puissances qui l'ont soutenue. Il faut donc poser la question de savoir si les USA et leurs protégés directs peuvent se permettre de conclure un compromis qui renforcerait les dynamiques de rapprochement et de coopération interméditerranéennes, au sein de la vaste Eurasie/Afrique qui se constitue aujourd'hui en marché et en espace de communication et d'échange privilégié face à une Amérique du Nord risquant d'être graduellement rejetée vers la « périphérie » ?


 

La fin du projet de « Grand Moyen-Orient » ?1

 

Dans le cas syrien, on ne peut que constater le fait que, quoiqu'on pense du régime au pouvoir à Damas, ce régime a tenu le choc puissant auquel il a été confronté depuis deux ans, l'armée syrienne, composée de conscrits et non de soldats payés comme de simples mercenaires, ne s'est pas débandée comme les armées confrontées à une situation révolutionnaire. Ce qui implique d'accepter la conclusion logique de ce fait qui est que l'Etat syrien réellement existant jouit d'une assise consistante, et donc d'une base populaire indéniable. Les faits sont têtus en effet.

 

La question est donc de savoir si les plans du remodelage du « Grand Moyen-Orient » qui avaient vu le jour à l'époque de l'administration Bush, plans envisagés à l'époque de la conjonction entre néo-conservateurs, chrétiens sionistes et sionistes tout court, à l'époque donc du « hard power » le plus strict ont été définitivement remisés aux magasins des accessoires avec la situation actuelle où le « soft power » occupe à Washington le devant d'une scène qui reste néanmoins marquée par la synthèse plus globale conçue comme le « smart power »2? Combinaison plus subtile que sous Bush mais poursuivant en fait les mêmes objectifs à long terme, directement liés aux intérêts de l'économie de marché mondialisée et sans frontières. Buts qui rappellent en plus consistant les traditionnelles politiques des empires qui ont morcellé en leur faveur les régions dominées, des accords Sykes-Picot pour le Levant à la fragmentation de l'empire chinois soumis aux guerres de l'opium et aux seigneurs de la guerre jusqu'à la renaissance nationale de 1949. Partout en effet, les puissances coloniales modernes et en principe progressistes ont préféré jouer dans leurs dépendances sur les tribalismes, les traditionalismes, les archaïsmes avec quelques hochets modernistes plutôt que d'y apporter un vrai progrès économique, technique et idéologique. On peut donc doûter que Washington et Tel Aviv aujourd'hui aient vraiment intérêt à un retour de la paix dans les rares pays vraiment indépendants du Moyen-Orient. A moins que les rapports de force internationaux ne les y obligent, et qu'ils hésitent devant la coûteuse fuite en avant dans une guerre qui ne pourrait être que mondiale, ou qu'ils préfèrent s'engager dans d'autres théâtres d'opération plus immédiatement importants ou moins hasardeux pour leurs intérêts, voire pour leur survie3.


 

Crise mondiale et crise de légitimité

 

La crise syrienne, comme toute crise, contient des facteurs internes et des facteurs externes qu'il faut aussi savoir analyser. Il était illusoire de penser que la pression du mondialisme capitaliste n'ai pas pu avoir de conséquences sur la population syrienne, comme sur tous les peuples du monde. Dans ce contexte, la pression de l'économie mondialisée au profit d'intérêts de plus en plus restreints exerce une pression sur toutes les sociétés qui ne sont jamais en état de se protéger entièrement. Ce qui entraîne, à des degrés divers liés à la taille des pays et à leur puissance de cohésion, polarisations, émiettements, fragmentations des Etats, des nations, des classes, des idéologies, des religions. Face à cette pression constante depuis une trentaine d'années, soit depuis le retour d'un processus de mondialisation entré en crise en 1914, l'ordre-désordre dominant aujourd'hui amène individualismes, société de la convoitise, consumérisme infantilisant, identités refuges, cultes de rituels opposés les uns aux autres mais tous vidés de leur force interne originale. Cela concerne aussi bien les religions que les idéologies laïques qui se sont toutes retrouvées logées à la même enseigne, celle du marché, nouvelle idole suprême des temps post-modernes. Pour contrôler ce désordre, l'OTAN avec son aile israélienne, a voulu devenir le gendarme du monde, alors même que, avec l'auto-dissolution pacifique du Pacte de Varsovie puis de l'URSS, sa légitimité était devenue nulle.

 

L'économie mondiale actuelle, au sein de laquelle a essayé de se mouvoir de façon originale la Syrie depuis 1991, est marquée par l'affaiblissement des protections nationales, la généralisation des flux financiers et criminels incontrôlés, les paradis fiscaux, la désindustrialisation, la précarisation, la polarisation sociale et la lumpenisation des masses, en particulier des jeunes, éduqués ou non. En général mal éduqués et donc incapables de comprendre la logique de fonctionnement du monde actuel. Fragmentations sociales et économiques qui vont de pair avec l'hyperconcentration de la propriété des médias et des moyens de production et d'échanges désormais aux mains de quelques-uns. Ce qui ne les empêche pas de vouloir rester dans l'ombre la plupart du temps dans un « monde de la communication » où des médias uniformes dominent 90% des flux d'information4...et donc de propagande. Propriétaires mal connus qui démultiplient leurs oppositions à toute idéologie collectivement mobilisatrice, à toute religion collectivement mobilisatrice, à tout Etat-nation collectivement mobilisateur, dont la Syrie. Au profit des idéologies ou religions stérilisantes de la différenciation et de la fragmentation.

 

Les deux dernières décennies ont prouvé que la puissance euro-atlantique s'appuyant sur ses piliers sécuritaires et économiques que sont les USA, l'OTAN, l'Union européenne et l'entité israélienne s'est bien sûr attaquée en priorité aux idéologies anti-impérialistes, communisme, socialisme/nationalisme arabe ou islam mobilisateur (anti-usuraire) comme on peut le voir dans le cas de l'Iran, du Hezbollah et du Djihad islamique palestinien, ou du Hamas avant le rachat de plusieurs de ses chefs par le Qatar. Mais au delà, il s'est aussi attaqué à tout Etat voulant maintenir une politique un tant soit peu indépendante, et une économie orientée vers le développement de sa propre société, même lorsque celui-ci avait renoncé à son idéologie mobilisatrice. C'est pour cela que des Etats aussi différents que l'Union des républiques socialistes soviétique d'hier ou la Russie capitaliste d'aujourd'hui, Cuba ou l'Algérie, le Venezuela ou la Chine, la Corée (Nord) ou la Biélorussie, l'Afghanistan des talibans ou la Libye de Kadhafi, l'Irak de Saddam Hussein ou l'Iran, et bien sûr la Syrie « baathiste » se sont retrouvés sur la liste des cibles impériales. Une tendance comparable est d'ailleurs imposée également dans les régions du monde qui se sont soumises aux règles dominantes, ce qu'on peut en particulier observer avec la mise en place graduelle d'une Europe fédérale des régions5par exemple, dont l'objectif est de casser les solidarités nationales et citoyennes. Partout dans le monde, nous avons pu constater que la tendance à soutenir les séparatismes ethniques ou ethnico-religieux est omniprésente à l'heure du mondialisme : soutien constant aux séparatismes taïwanais, baloutche6, kurde(s), Tigres tamouls à Sri Lanka7, aux intégrismes, « bouddhistes » à Sri Lanka8, au Tibet ou en Birmanie, « hindou »9à Sri Lanka ou en Inde, aux séparatismes ethnico-religieux dans la Caucase10, sans oublier les alliances bien connues entre les pétromonarchies, les takfiro-islamistes, les sionistes juifs et les néo-évangélistes chrétiens « born again »11. Autant d'exemples qui s'appuient sur la tendance mondialiste au délitement des nations politiquement constituées sur la base d'une communauté de citoyens égaux devant la loi, tant à leurs yeux et qu'à celui de leur Etat, et quelque soit son régime politique.

 

La Syrie a donc subi les pressions « internationales », comme les autres, et même plus fortement en raison de sa taille réduite, de ses frontières artificiellement dessinées par les accords Sykes-Picot et mal défendables, et d'un manque de ressources naturelles (récemment, on a en revanche découvert beaucoup de gaz en Syrie ce qui excite les convoitises12!). Pressions extérieures qui ont amené à une certaine libéralisation de son économie au cours des deux dernières décennies et qui a pu produire des clivages entre couches sociales et entre régions favorisées et moins favorisées, situation qui a facilité la crise actuelle13. Mais qui n'a pas empêché les dirigeants syriens d'atteindre à la veille de la crise présente, quatre objectifs clefs : l'auto-suffisance alimentaire, l'auto-suffisance en matière de production de médicaments, la création d'une industrie cinématographique nationale de qualité à destination des spectateurs arabes et le non endettement envers les Banques usuraires mondiales. A l'heure où tant d'Etats « islamiques » dénoncent les manquements apparents aux « règles » d'un islam à géométrie variable dont ils estiment avoir le monopole de l'interprétation, il est nécessaire de rappeler que, pour un musulman (comme il en était à l'origine pour tout chrétien et tout juif), le plus grand des péchés après l'adoration des idoles est celui de pratiquer ou de se soumettre à l'usure. La politique de Damas dans ce domaine est donc bien plus « islamique » si l'on s'en tient à l'esprit des textes que l'imposition littéraliste et purement formelle de textes sélectionnés pour être capitalisto-compatibles par des royautés affairistes en perte de repères. L'islamisme takfiro-salafiste échevelé a autant de lien avec l'islam que la corde avec le pendu ou les inquisiteurs avec Jésus-Christ.

 

Il faut aussi rappeler que si le gouvernement syrien semble avoir parfois suivi une ligne changeante et parsemée de contradictions dans sa politique économique, ce qui est la conséquence de la crise du « socialisme arabe » et plus largement du socialisme à une époque marquée par le retour de « l'idéologie du petit propriétaire » qui camoufle en fait la concentration de la propriété aux mains d'une élite mondialisée, ce sont quand même plutôt des fonctionnaires syriens ayant fait carrière au PNUD plutôt qu'au FMI qui ont élaboré les politiques économiques du pays14. Bref, sans nier les tensions sociales et économiques qui se manifestent en Syrie, on constate que la politique suivie à Damas depuis la crise du « socialisme réel » ne pouvait convenir ni aux puissances financières occidentales, ni aux monarchies affairistes de la péninsule arabique ni aux bourgeois parvenus de Turquie. Pays tous traversés par des phénomènes de polarisation sociale qui ont produit une masse de jeunes lumpenisés,sans avenir, frustrés et facilement manipulables par une idéologie simpliste, réductrice et littéraliste. Le véritable problème de la Syrie aujourd'hui est donc désormais celui-ci : Après avoir stoppé les vagues d'attaques visant les grands centres syriens, vers où vont se diriger les regards et l'argent des pétromonarchies et des puissances occidentales qui ont intérêt à diriger vers l'extérieur la haine accumulée de leurs jeunes désoeuvrés et de ceux dont ils se sont servis à travers l'ensemble du monde musulman, depuis la guerre d'Afghanistan jusqu'en Libye et au Mali ? Vers la Syrie ? Vers d'autres cieux ? Ou vers un lent et difficile programme de reclassement de ces jeunes dans une économie de paix et de développement ?

 

Car la masse des jeunes du monde arabe ou d'ailleurs est soumise, en particulier par le biais des chaines de télévisions du Golfe et la multiplication de sites takfiro-islamistes, à la propagande d'un « islam politique de marché », d'un « islam de gadgets néohollywoodiens », à un télécoranisme à la mode du télévangélisme anglo-saxon et à ses « fatwas internet » n'exigeant ni savoir, ni réflexion, ni recul, ni effort (ijtihad) mais fournissant « en un seul kit et en un seul clic » un « produit théologique immédiatement consommable », néolibéralisme oblige. C'est d'ailleurs un même phénomène qu'ont pu constater chez eux les services de sécurité de la Russie et de la Chine, pays menacés par des groupes terroristes « islamistes » ou autres dont on découvre les liens avec les puissances occidentales et le Mossad15.


 

Géopolitique des tensions internationales

 

C'est dans ce contexte que les grandes puissances émergentes, en particulier la Russie et la Chine, ayant analysé le processus et les conséquences du démantèlement de l'Etat libyen, ont décidé de dire « stop ! » aux manoeuvres extérieures visant à verser le l'huile sur le feu de la contestation syrienne. Contestation qui a bien sûr des racines locales, mais qui n'aurait jamais débouché sur le drame actuel sans une ingérence militaire, secrète, financière, venue de monarchies « arabo-islamiques » connues pour leurs liens avec Washington, et même Tel Aviv. Ce contexte a coïncidé avec la décision non seulement du gouvernement syrien qui, seul, n'aurait pu rien faire, mais avec celle d'une partie importante de la société syrienne, et en particulier des conscrits de l'armée et des comités populaires locaux, de dire « stop ! » aux tentatives de déstabilisation du seul Etat arabe de la « ligne de front » qui a activement soutenu sans interruption la résistance libanaise et palestinienne dans ses diverses tendances et factions.

 

Les médias occidentaux « mainstream »16, massivement acquis par les intérêts qui soutiennent les politiques d'ingérences otaniennes, ont finalement dû admettre que les « minorités » en Syrie ne se sont pas associées à la rébellion. Ils ont admis tardivement qu'une « bourgeoisie » syrienne d'origine musulmane sunnite n'avait pas rompu avec le régime. Ils oublient en revanche en général de constater que les ouvriers des usines ne peuvent pas plus soutenir de leur côté les « combattants » qui viennent piller et incendier leurs usines pour revendre les machines et les pièces sur le marché turc17! Faits dont la connaissance permet de remplir ce « trou noir » de l'information que la presse dominante refuse de voir : pourquoi, soumis à une telle pression militaire et économique, luttant sur quasiment toutes ses frontières, la « régime de Bachar el Assad » tient envers et contre tout depuis deux ans ? Il est clair que n'importe quel régime soumis à de telles pressions et sans partenaire solide à aucune de ses frontières, ne peut tenir sans l'appui d'une grande partie de son peuple. Cela ne veut pas dire que les forces d'opposition n'ont pas de base sociale en Syrie et que les dirigeants au pouvoir soulèvent un appui enthousiaste et unanime, chose qui n'existe nulle part sur la planète. Cela ne signifie pas non plus que les autorités syriennes n'ont pas commis des erreurs et des répressions inconsidérées dans le passé et au début des manifestations les visant. Mais cela prouve que, dans une situation de confrontation entre un camp gouvernemental ayant le contrôle de l'Etat, et des groupes armés de rébellion soutenus, armés et formés en partie au moins à l'étranger, une partie décisive de la société syrienne a décidé de soutenir l'Etat.

 

Cela, dans une situation internationale où plusieurs autres Etats puissants ont eux-aussi décidé de soutenir la Syrie : la Russie, l'Iran et la Chine. La Syrie n'est pas seule car elle est l'objet de menaces qui visent d'autres Etats non alignés dans le monde. Il est clair que cette coalition d'intérêts qui s'est formée autour de Damas a réussi à stopper les tentatives de déstabilisation des puissances prônant un mondialisme incontrôlé, et que l'équilibre ou le déséquilibre du monde se joue en ce moment, pour une bonne part, en Syrie et autour de la Syrie. Il faut aussi commencer à poser la question, au cas où les rapports de force internationaux obligeront à tenir des négociations sérieuses, de ce qui va se passer avec la masse de jeunes « combattants » venus de la péninsule arabique, de Turquie, des pays arabes ou musulmans en crise ou en déshérence comme la Libye, la Tunisie, l'Egypte, les pays du Sahel, la Somalie, etc. Seront-ils abandonnés à leur propre sort auquel cas ils chercheront à se recycler dans des conflits sans fin, ici ou là ? Rome avait déjà connu une telle situation avec « ses » barbares à la fin de l'empire d'Occident. Reviendront-ils vers leurs pays d'origine où ils constitueront une masse frustrée et prête à tout pour déstabiliser ceux qui les ont laissé tomber, ce qui concerne en particulier la Turquie, l'Arabie saoudite, le Yémen, l'Irak ? Karl Marx, à l'occasion des violences commises aux Indes contre les colons anglais et les convertis au christianisme par les Cipayes, des insurgés hindous et musulmans faisant front commun contre le colonisateur, avait formulé la thèse de « la loi de la rétribution historique » selon laquelle c'est l'offenseur qui élabore les comportements qui sont ensuite simplement repris par l'offensé contre son oppresseur. Si cette loi se confirme en Syrie, on peut penser que c'est vers les pays qui ont envoyé en Syrie leurs « affidés » que vont désormais se retourner les violences auxquelles nous assistons. Retour du balancier qui ne peut que faire peur aux « offenseurs ». On peut donc poser la question : est-il encore temps pour revenir vers une politique rationnelle de paix et d'équilibre vers laquelle tendent tous les peuples du monde, à commencer par les Syriens qui ont été les premières victimes de l'instrumentalisation de leurs problèmes internes ? La Syrie et les autres Etats non alignés sur le bloc USA/OTAN/UE/Israël en crise existentielle et économique ont-ils l'énergie pour élaborer un ou des projets de société porteur de progrès social et économique, échappant aux règles d'un capitalisme échevelé et désormais mortifère ?

 

Il est clair en tout cas que le simple fait que Damas ai tenu depuis deux ans déjà constitue un arrêt décisif à une évolution qui semblait, dans la foulée desdits « printemps arabes » qui faisaient eux mêmes suites aux « révocolors » dans les pays de l'ex-bloc soviétique, devoir emporter tous les Etats refusant de souscrire non plus au « nouvel ordre économique mondial » prôné par les Etats non alignés dans les années 1970, mais à un « nouvel ordre mondial » formulé par Bush père et qui ne comportait plus aucune perspective de développement, mais seulement un ordre sans perspectives.

 

Le rapport de force étant désormais connu, en Syrie comme au niveau mondial, les négociations peuvent commencer puisqu'aucun protagoniste n'est capable d'imposer sa paix à lui tout seul. Il reste à savoir si tous ont compris qu'ils ont intérêt à privilégier la paix et la réconciliation sur toute autre considération, ou si des pêcheurs et des prêcheurs en eaux troubles ne vont pas continuer à saboter toute initiative permettant aux Syriens attachés avant toute chose au maintien de l'indépendance de leur pays, le seul pays arabe vraiment souverain avec l'Algérie aujourd'hui, de négocier un compromis acceptable pour tout patriote. De la paix ou du chaos, c'est finalement les forces capables de proposer une issue sur le long terme qui gagneront mais, pour cela, le chemin peut encore être parsemé d'embûches. En tout cas, tous les peuples du monde ne peuvent se désintéresser du sort de Damas qui, comme à l'époque des invasions mongoles, symbolise l'avenir du monde, car, après avoir conquis et détruit Bagdad, c'est sous les murs de Damas, que le chef mongol Hulagu fut défait. Damas qui, avec Alep, sont considérées comme les deux plus anciennes cités (« civitas ») du monde, et donc de ce que nous appelons la « civilisation ». Notre civilisation commune à tous.

 

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1 Voir sur ce sujet, entre autre, Ahmed Bensaada, Arabesque américaine (le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe). Éditions Michel Brulé. Montréal, Québec, Canada. 2011, 119 p.; Vincent Capdepuy, « Grand Moyen-Orient – Greater Middle East. Le lieu d'un moment », M@ppemonde, N°93, 2009.

2 Pour une synthèse rapide des principaux éléments de cette doctrine dont les origines ont été formulées dès le début de la Guerre froide, voir Nye, Joseph. « Get Smart : Combining Hard and Soft Power », Foreign Affairs. Retrieved 12 April 2012.

3Autant, on peut constater que les milieux dirigeants des Etats-Unis peuvent être partagés sur la préférence à accorder à leur propre économie, et donc à d'autres questions telles que les rapports directs avec la Chine, l'importance de l'Amérique latine, la priorité vers l'Atlantique ou le Pacifique, l'importance du contrôle des flux énergétiques et financiers et donc du Moyen-Orient, dans une perspective plus ou moins pacifique, autant on doit poser la question des défis qui menacent l'entité sioniste qui s'est implantée en Palestine, et dont l'avenir paraît incertain, tant pour des raisons externes qu'internes, dans une situation de paix prolongée qui amènerait logiquement au rapprochement de tout le monde arabe dans lequel « l'Israël-Palestine » est encastrée. Ce qui, malgré les tensions que l'on décèle au sein même de l'establishment militaire de Tel Aviv, laisse supposer qu'une paix durable, en particulier en Syrie, serait le plus mauvais scénario de son point de vue. Ce qui pose en conséquence la question de la puissance de « l'Israel lobby » aux USA et chez leurs alliés à imposer une politique de guerre coûte que coûte.

4Voir http://www.globalissues.org/article/159/media-conglomerates-mergers-concentration-of-ownership et C. Edwin Baker, Media concentration and democracy : why ownership matters, Cambridge University Press, Cambridge, etc., 2007, 256 p.

5 Pierre Hillard (auteur), Edouard Husson (postface), Paul-Maire Coûteaux (Préface), Minorités et régionalismes dans l'Europe Fédérale des Régions : Enquête sur le plan allemand qui va bouleverser l'Europe, François Xavier de Guibert, 2004, 422 p.

6 Antoine Decaen (Buenos Aires), « Quand le Mossad se fait passer pour la CIA pour recruter des terroristes de Jundallah », Mecanopolis reprenant un article de Foreign policy, http://centpapiers.com/quand-le-mossad-se-fait-passer-pour-la-cia-pour-recruter-des-terroristes-de-jundallah

7Jean-Pierre Page, http://www.lapenseelibre.org/article-entretien-avec-jean-pierre-page-sur-le-sri-lanka-79682753.html

8 Tariq A. Al Maeena, « Neo-Fascism On The Rise In Sri Lanka », February 23, 2013, Gulf News; Uppul Joseph Fernando, « Is Israel Whipping up Anti-Muslim Feelings in Sri Lanka Through Mossad. Agents Embedded in Govt and Security Establishments? », 20 February 2013, Ceylon today

9Sajjad Saukat, « Official Confession of ‘Hindu Terrorism’ », http://readersupportednews.org/pm-section/109-109/15882-official-confession-of-hindu-terrorism

10Voir http://zebrastationpolaire.over-blog.com/article-sotchi-2014-debut-du-blitzkrieg-activisto-informationnel-115817370.html

11Et ne négligeons pas les mélanges a priori étonnant de sollicitudes pour les « banlieues » françaises, donc pour les jeunes des classes populaires d'origine immigrée, où l'on voit l'interventionnisme financier du Qatar s'amalgamer avec les ingérences de l'ambassade des USA : http://www.marianne.net/Banlieues-OPA-americaine-sur-les-beurs-et-les-blacks_a86469.html et les prêches des néoévangélistes d'outre-Atlantique.

12http://www.leblogfinance.com/2011/08/syrie-hausse-des-productions-de-gaz-et-de-petrole.html ; http://www.wikistrike.com/article-syrie-la-guerre-pour-le-gaz-104498838.html

13Voir http://www.ptb.be/nieuws/artikel/rencontre-avec-samir-amin-washington-ne-veut-pas-liberer-la-syrie-mais-laffaiblir.html

14Voir Bruno Drweski, « L'économie sociale de marché », dans « Syrie : Le chemin de Damas. L'avenir d'un peuple », coordination Yves Vargas, pp. 67-89, Le temps des Cerises, 2007.

16« Intervention de Bahar Kimyongür à la Conférence sur la Syrie au Palais des Nations en marge de la 22e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Genève », http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3258

17Syrie/Pillage d'usines : Damas accuse la Turquie. http://fr.rian.ru/world/20130110/197183523.html

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Published by Bruno Drweski - dans article classé
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