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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 10:52

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A la multiplication des conflits armés témoigne non seulement de l’exacerbation des crises politique, sociale et économique au sein du « Nouvel ordre mondial » annoncé par le président Bush père. Mais elle s’appuie aussi sur l’intérêt à tester de nouveaux armements nécessaires à une fausse relance économique. La généralisation des armes robotisées, censées limiter les pertes humaines, risque en fait d’aboutir à l’augmentation du nombre des conflits où les pertes humaines pour les grandes puissances seront limitées et multipliées pour les « populations dangereuses » du Tiers monde. Pour les puissants, cette évolution semble aussi garantir des victoires faciles, mais jusqu’à présent, les conflits en Afghanistan et en Irak ont démontré qu’aucune guerre ne peut se gagner sans tenir compte du facteur humain. En définitive, ce sont les peuples qui paieront la facture du progrès technique dévoyé.

 La Rédaction


La guerre contre le terrorisme - Première guerre robotisée

-
Juillet/Août 2005

 

Par Karim Lakjaa*


« Deux mains jointes font plus d’ouvrage sur terre que tous les roulements des machines de guerre » Victor Hugo

Les Forces spéciales américaines engagées en Afghanistan ont été amenées assez rapidement à réclamer des armes adaptées aux types de combats caractérisant ce conflit ouvert depuis 2001. Elles ont ainsi souhaité être dotées de Tomahawk, un casse-tête amérindien en pierre qui donne aussi son nom à un missile de croisière. En effet, la version modernisée (métal ultra résistant et ergonomie optimisée) de cette arme millénaire s’est avérée être très efficace dans le corps à corps, notamment dans les nombreuses grottes afghanes hébergeant les derniers carrés de Talibans.

Cependant, les demandes des troupes américaines d’occupation de l’Afghanistan ne se sont pas réduites à des équipements issus de la préhistoire. En utilisant massivement pour la première fois certains matériels, elles ont fait entrer l’humanité dans une nouvelle ère militaire : celle des drones et des robots de combat.

Certes, l’usage de robots (Unmmaned Ground Vehicle) et d’avions télécommandés (drone ou Unmmaned Aerial Vehicle (UAV)) n’est pas nouveau. Mais, jusqu’en 2002, il relevait avant tout sur le plan militaire des domaines du déminage, de la reconnaissance, de l’observation et de la surveillance sur divers théâtres d’opérations : Afrique du sud, Algérie, Cuba, Irak, Liban, Pakistan, Palestine, Syrie, Viêt-nam, ex-Yougoslavie, etc.

Toutefois, les années 2001- 2002 apparaissent comme une rupture tant technologique que polémologique dans les objectifs de cet emploi. En attestent deux espèces rapprochées dans le temps :

Le 4 novembre 2002, une opération de la CIA menée au Yémen à l’aide d’un drone « Predator » (Prédateur) capable de tirer des missiles « Hellfire » (Feu de l’enfer) aboutissait à l’élimination physique d’un groupe d’hommes suspectés d’appartenir à la nébuleuse d’El Qaida. Il s’agissait là d’une exécution extra-judicaire à l’image de celles pratiquées par Israël (le plus souvent, elles aussi au moyen de tirs depuis un drone). Le mois suivant, en décembre 2002, un drone « Predator » tirait (sans succès) deux missiles « Stinger » sur un avion Mig 25 irakien dans l’une des zones d’exclusion aérienne imposée illégalement à l’Irak (de 1991 à 2003).

Ainsi, la mission initiale[1] dévolue aux drones (et de manière générale à l’ensemble des véhicules sans pilote) s’étoffe en conjuguant désormais au classique rôle de surveillance, des tâches réservées jusqu’à présent à l’homme seul car relevant du combat contre d’autres hommes. Il s’agit là d’une évolution majeure, d’une rupture dans l’art de la guerre, sa pratique et le droit qui lui est propre. Cette nouvelle manière de faire la guerre constitue une évolution aussi importante que celles qui intervinrent avec la 1ère guerre mondiale (chars, mitrailleuses, gaz, aviation) et avec la seconde guerre mondiale (bombardements aériens massifs et arme nucléaire).

Dans un rapport au congrès américain, deux spécialistes des questions de défense, notaient de la sorte que « la guerre globale contre le terrorisme a mis sur le devant de la scène, la fonction première des UAV à savoir, obtenir des renseignements. En outre, l’efficacité militaire des UAV démontrée lors de conflits récents comme l’Irak (2003), l’Afghanistan (2001) et le Kosovo (1999) a ouvert les yeux à de nombreuses personnes quant aux avantages et inconvénients des UAV. Il est notamment admis de manière générale que les UAV offrent deux avantages majeurs sur les avions avec pilote : ils sont considérablement moins chers et leur usage permet de minimiser les risques pesant sur les pilotes »[2].

Des hommes comme le Président Bush ont pris toute la mesure de cette mutation. Dès décembre 2001, il expliquait que « le « Predator » en est un bon exemple. Ce drone est capable de tournoyer autour des forces ennemies, d’acquérir des renseignements, de les transmettre instantanément au commandement qui peut alors tirer sur ces cibles avec une extrême précision. Avant la guerre (contre le terrorisme NDLR), l’usage du « Predator » suscitait un certain pessimisme, car il n’empruntait pas les anciens chemins. Aujourd’hui, il est clair que les militaires ne disposent pas d’un nombre suffisant d’UAV. Nous entrons dans une nouvelle ère caractérisée par le rôle grandissant que joueront des véhicules sans pilote de toutes sortes »[3].

Ces mots, le Président Bush les a transformés en espèces sonnantes et trébuchantes. Si en 2001, 667 millions de dollars étaient alloués aux UAV, en 2003, c’était 1,1 milliard de dollars. Ces sommes ont permis la mise en œuvre d’une armada de 163 drones : 4 « Global hawk » rattachés à l’Air Force, 48 « Predator » rattachés à l’Air Force sans compter ceux de la CIA, 47 « Pioneer », rattachés à la Navy et aux Marines Corps, 43 « Hunter » rattachés à l’Army et enfin 21 « Shadow » rattachés à l’Army[4].

Cette liste nous amène directement à une remarque du Colonel Richard Szafranski : « les noms octroyés aux drones en service ou en projet – Chasseur (Hunter), Raptor, Serre de rapace (Talon), Prédateur (Predator), Etoile noire (Darkstar (comme dans Star Wars NDLR) – sont autant d’indices démontrant qu’au-delà de l’absence de pilote, les UAV sont désormais destinés davantage au combat qu’à la simple surveillance »[5].

On comprend dans ces conditions qu’aujourd’hui, « les drones stratégiques et tactiques d’observation/reconnaissance ou de combat sont au cœur des préoccupations de toutes les armées »[6]. Si les armes de destructions massives, qu’elles soient biologiques, chimiques, nucléaires, ou radiologiques sont l’héritage du 20ème siècle (et à ce titre demeurent d’actualité), les drones de combat, qu’ils soient aériens, maritimes, terrestres, sont les armes du 21ème siècle. Leur existence est la traduction d’un fossé technologique entre le Nord et le Sud (voir Nord- Nord). Alors que le Sud rattrape qualitativement le Nord sur le plan des armes de destruction massive (sans que cela ne soit vrai sur le plan quantitatif), le Nord opère un nouveau saut technologique à travers le développement, la mise en œuvre et la prolifération des drones et des robots de combat.

Cette nouvelle manière de faire la guerre pèsera lourdement sur les relations internationales, notamment en ce qui concerne d’une part les conflits entre les Etats membres de l’OTAN et les pays du Sud et d’autre part les conflits entre Israël et le monde arabo-musulman. L’emploi massif de drones de combat en Afghanistan puis en Irak apparaît ainsi comme une préfiguration de l’avenir.

1) Considérations sur « la guerre contre le terrorisme »

1.1) une guerre pour l’hégémonie

À la suite des attaques tragiques et meurtrières menées contre les États-Unis le 11 septembre 2001, ceux-ci décidèrent d’engager leurs forces armées dans des opérations militaires qu’ils qualifièrent de « guerre contre le terrorisme ». Ils conférèrent à cette dernière un cadre juridique en activant l’article 5 du Traité de Washington (constitutif de l’OTAN) et en obtenant du Conseil de sécurité des Nations Unies plusieurs résolutions (1368 et 1373 notamment) les autorisant à lutter contre « le terrorisme global ».

Le temps aidant et l’émotion suscitée par le 11 septembre s’estompant peu à peu, cette « guerre contre le terrorisme » initiée en 2001 apparaît aujourd’hui ni plus ni moins que comme une tentative de redessiner la carte mondiale à l’aube d’un nouveau siècle et d’un nouveau millénaire, en renforçant (théoriquement) les intérêts américains (face à diverses puissances : Chine, Iran, mais aussi Russie et Europe). Certes, cette motivation première dans la poursuite de la « guerre contre le terrorisme » n’efface en rien l’existence d’une mouvance internationale islamiste antidémocratique, réactionnaire, sanguinaire et totalitaire ayant recours à diverses formes de violences dont le terrorisme.

La « guerre contre le terrorisme » est bien une guerre pour « l’hégémonie » où sont en cause « les intérêts matériels de l’Occident (par exemple, celui de continuer à disposer des ressources pétrolières et à garantir son approvisionnement énergétique) »[7]. Constat partagé par le Général Gallois pour qui : « le 11 septembre 2001 a déclenché des hostilités dont nous ne voyons pas la fin, les stratégies d'hégémonie et d'appropriation des sources d'énergie entretenant le phénomène que, de toute manière, l'antagonisme israélo-palestinien tend à perpétrer »[8]. Il faut donc voir dans les attentats tragiques du 11 septembre, « une contestation radicale et asymétrique de (la) domination » des Etats-Unis[9], « l’hyper-terrorisme répondant à l’hyper-puissance »[10] américaine.

1.2) le « terrorisme global », un mode violent asymétrique et spectaculaire.

Dans ce contexte, la nature même du terrorisme est masquée. Rappelons qu’il est par nature, une forme de violence répondant à une situation asymétrique caractérisée par une domination militaire exercée par l’un des belligérants. En l’espèce, le « terrorisme global » (initié avec les événements du 11 septembre 2001) est une réponse à la situation décrite dès 1997 par le Major Robert C Nolan II dans un rapport sur les drones : « la domination aérienne donne aux Etats-Unis un avantage asymétrique sur n’importe quelle Nation du monde »[11]. Face à une telle domination, l’« hyperterrorisme » n’est-il pas une réponse asymétrique à l’armada aérienne et balistique américaine susceptible d’écraser sous un déluge de feu n’importe quel État, comme ce fut le cas pour l’Afghanistan en août 1998, l’Irak en décembre 1998, la Serbie en 1999, l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003 ? C’est ce que constate Gilles Andréani, directeur du Centre Analyse et de Prévision du Ministère français des affaires étrangères : « le 11 septembre 2001 a vérifié les pires appréhensions de l’Amérique de l’après guerre froide, qui étaient de voir leurs ennemis adopter des stratégies nouvelles qui éviteraient le choc frontal avec elle pour prendre la forme d’une guerre asymétrique. Empêchés de s’en prendre directement à elle, ses ennemies recourraient à des moyens indirects ou subversifs, au terrorisme de masse, pour parvenir à leurs fins »[12].

Le « terrorisme de destruction massive » apparaît donc comme « une stratégie alternative du faible au fort » selon les termes mêmes de l’Union de l’Europe Occidentale[13]. Qui plus est, cette stratégie prend appui sur le système médiatique des sociétés occidentales pour renforcer son impact psychologique à « travers le surgissement d’une violence spectaculaire »[14]. Aujourd’hui plus que jamais, « la particularité de la méthode terroriste est d’engager une guerre psychologique entre le groupe et le pouvoir politique qu’il attaque, au cœur de laquelle le spectacle de la violence est essentiel »[15].

1.3) un glissement sémantique autour du « concept » de terrorisme

Les États-Unis (et à leurs côtés la Grande-Bretagne, l’Australie, l’Espagne, l’Italie et la France notamment) sont impliqués dans des interventions revêtant divers aspects (soutien et appui aux forces militaires locales, engagement de quelques milliers d’hommes dans des opérations de contre guérilla voire occupation massive d’un État) et prenant place sur un arc de cercle constitué de la côte atlantique de l’Afrique (opération Pan Sahel), de la Méditerranée, du Moyen-Orient, de l’Asie centrale, de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est. Or, cet espace correspond approximativement à l’ère d’influence de la civilisation arabo-musulmane.

Laurent Bonnelli[16] considère d’ailleurs, qu’appréhendé « sous l’angle du terrorisme », « l’islam apparaît donc aujourd’hui comme un projet global de subversion susceptible de se substituer au communisme, frappé par les restructurations du capitalisme post-fordiste et l’effondrement de l’URSS. Il cumule en effet une dimension transnationale (cohérente avec la manipulation étrangère) et de fortes communautés implantées dans les États occidentaux, mais occupant des positions basses dans les hiérarchies sociales ». Certains glissements sémantiques permettent de masquer cette réalité et ces processus.

Il en est un qui notamment érige le terrorisme en acteur diabolique. Dans leurs discours, les dirigeants politiques et les médias évoquent le terrorisme comme si celui-ci était un individu. Gilles Andréani souligne ainsi « un glissement sémantique qui fait passer la guerre contre les terroristes à la guerre contre le terrorisme et, enfin à la guerre contre la terreur »[17]. Un tel glissement est d’autant plus curieux, que « le terrorisme n'existe pas au singulier, sinon dans les expressions utilisées par les medias et les gouvernements en mal de simplification. Tous les auteurs, à l'exception de ceux qui croient au fil rouge (ou au fil noir), sont d'accords pour différencier le terrorisme d'origine interne, issu de la société, et le terrorisme exporté, venant de gouvernements étrangers. Au-delà, des divergences apparaissent pour qualifier plus finement ces formes. On parle de terrorisme idéologique, religieux, irrédentiste, fanatique, international… »[18].

De même, « le « terrorisme » ne décrit pas une réalité objective qui s’imposerait à tous. L’armée allemande utilisait ce terme pour parler des résistants français, la Russie le fait pour les combattants tchétchènes et aucun groupe clandestin ne se revendique comme tel, préférant selon les cas « combattants de la liberté », « nationalistes », « avant-garde du prolétariat », « soldats de l’islam », etc. L’apposition du label « terrorisme » n’est de la sorte qu’un instrument de délégitimation de certains mouvements et de leurs revendications »[19].

Le terrorisme étant élevé au rang de protagoniste à part entière, il est immédiatement qualifié d’irrationnel (renvoyant à une idéologie religieuse, même si les dirigeants des États-Unis évoquent eux aussi la puissance divine). De ce fait, les motivations profondes des terroristes ne sont aucunement recherchées, car connues par avance. Ne voudrait-on pas voir que « dans le sentiment qui alimente le terrorisme et l’islamisme entrent, au moins pour une part, la soumission des régimes autoritaires de la région à l’Amérique et le soutien indéfectible qu’elle apporte à Israël »[20] ?

1.4) Une indignation médiatique sélective

Au demeurant, dans le décompte macabre des victimes du terrorisme, certaines comptent moins que d’autres. Seules sont comptabilisées et ont droit à la compassion médiatique celles qui sont frappées dans les métropoles occidentales. Celles nombreuses qui tombent en Irak (100 morts suite à des explosions de bombes et de camions en Irak uniquement le 17 juillet 2005), transformés en un brasier terroriste mondial sont invisibles. Pascal Boniface, dans le Nouvel observateur du 12 mai 2005 s’interrogeait avec ironie : « comment prendra fin cette guerre ( ?) Lorsqu’il n’y aura plus d’attentats ? Mais où ? Dans le monde occidental ? Sur l’ensemble de la planète ? ».

1.5) Les sociétés occidentales soumises à des politiques sécuritaires et des manipulations

De plus, ce conflit mené à des milliers de kilomètres des sociétés occidentales et qui se rappelle à elles régulièrement lors d’attentats ou d’enlèvements, a entraîné une remise en cause des libertés individuelles à travers l’adoption de lois ou d’actes juridiques répressifs ou régressifs (comme le Patriot Act américain, la loi Sarkozy sur la sécurité intérieure et la loi Perben II), à travers la violation répétée et organisée des Droits de l’Homme (De la prison d’Abou Ghraïb au camp de Guantanamo, sans oublier les autres prisons dissimulées et les exécutions extra-judiciaires) et enfin à travers la sous-traitance de la torture (transfert de suspects/prisonniers aux forces de police et services de renseignement d’États pratiquant ouvertement la torture). À cela s’ajoute la stigmatisation des populations immigrées (notamment des jeunes) originaires de pays arabo-musulmans.

Les sociétés occidentales sont également en proie à des manipulations de masse. Au terme d’une campagne de désinformation sans précédent, une grande partie de l’opinion publique était convaincue que l’Irak détenait un stock important d’armes de destruction massive et qu’il était impérieux et urgent d’intervenir pour remédier à cette situation dangereuse. Aucune découverte majeure en la matière n’a été effectuée dans les deux ans qui ont suivi la conquête du territoire irakien. Il a par contre été clairement établi que le mensonge avait été employé pour justifier l’action militaire contre Bagdad. Aujourd’hui, la guerre et la violence sont durablement installées en Irak. En octobre 2004, la revue anglaise médicale, The Lancet faisait état d'un chiffre choc : 100 000 décès «excédentaires» en Irak depuis mars 2003. D’autres estimations[21] se situent aux niveaux suivants: 10 000, 22 000, 26 000, 39 000 décès imputables à cette guerre que les dirigeants américains et britanniques présentent désormais par le biais d’un changement dans leur argumentation, comme un élément essentiel de la « guerre contre le terrorisme ». La participation du Royaume-Uni à ce conflit expliquerait ainsi les attentats de Londres du 7 juillet 2005. La guerre en Irak menée au nom de faux arguments alimente en conséquence le « terrorisme global » de Bagdad à Londres en passant par Madrid…

C’est donc dans ce cadre précis que s’est développé l’usage de drones et de robots de combat. En témoigne le recours permanent pour les besoins de l’Opération Iraqi Freedom (Opération Liberté pour l’Irak) à un drone « Global hawk » et à 16 drones « Predator ». Au sujet de ces derniers, le spécialiste américain des questions de défense, Bill Sweetman[22], notait en mars 2005, que le « Predator » est l’un des outils que le Pentagone utilise le plus dans la « guerre contre le terrorisme ». Quoi qu’il en soit, la pseudo « guerre au terrorisme » a bel et bien contribué à accélérer l’emploi de drones (armés ou non) et de robots terrestres (armés ou non) et par conséquent elle a renforcé une tendance préexistant à ce conflit.

2) Les drones non armés (UAV)

À chaque moment de la nuit ou du jour, près de 3 à 4 « Predator » surveillent le ciel et le sol irakiens et afghans[23]. Cette présence permanente apporte la démonstration que « le drone est devenu un élément majeur de la panoplie des moyens militaires mis en en œuvre pendant la guerre en Afghanistan et en Irak ».[24] En effet, « l’emploi en Afghanistan et surtout en Irak des grands drones américains Predator et Global Hawk, capables de voler plus de 30 heures, a donné une dimension nouvelle à la gestion du champ de bataille : la permanence de l’action en temps réel. À ce titre, ils représentent un maillon essentiel dans le nouveau concept de « guerre en réseau » adopté par les armées occidentales ». Le potentiel des drones non armés (UVA) est exploité dans le cadre des missions suivantes :

Ø Intelligence, Surveillance, Target Acquisition and Reconnaissance (ISTAR) ou Reconnaissance, Surveillance and Target Acquisition (RSTA) : en d’autres termes, il s’agit de Surveiller, Identifier et Désigner (SID). Pour assurer ces missions, les drones constituent des plates-formes dotées de radars et autres systèmes optiques ou électroniques de surveillance. En février 2003 (soit à quelques semaines de la guerre contre l’Irak), les drones représentaient 1,18% du total des aéronefs possédés par les États-Unis[25]. Dans le même temps, ils assuraient plus de 32% des missions de reconnaissances !

Ø Relais de télécommunication : les drones affectés à ces fonctions sont équipés de relais permettant de contrôler d’autres drones ou aux troupes au sol de communiquer, voire de se positionner (GPS).

Les sociétés aéronautiques ont très vite appréhendé l’ampleur des besoins. Dès 2001, près de 55 États possédaient une industrie nationale produisant des drones. À cette date, 80 types de drones étaient disponibles sur le marché, contre plus de 250 modèles aujourd’hui.

En février 2003, les États-Unis alignaient 5 modèles principaux de drones : 4 « Global Hawk » (57 millions de dollars pièces), 48 « Predator » (4,5 millions de dollars), 47 « Pioneer » (1 million de dollars et développé en collaboration avec Israël), 43 « Hunter » (1,2 million de dollars et développé en collaboration avec Israël) et 21 « Shadow » (350 000 dollars et développé en collaboration avec Israël), soit un total de 163 drones auxquels s’ajoutent ceux de la CIA (notamment des « Predator ») et des centaines d’autres drones moins coûteux.

Si en 1991, lors de la guerre du Golfe, les États-Unis ne possédaient qu’un seul modèle (le « Pioneer »), ils en déployèrent trois fin 2001 en Afghanistan (le « Global Hawk », le « Pointer » et le « Predator ». Enfin, plus de dix types de drones survolent actuellement le territoire irakien (le « Global Hawk », le « Pointer », le « Predator », le « Shadow », le « Dragon Eye » et le « Pioneer » notamment).

2.1) l’Afghanistan : l’Opération Enduring Freedom (OEF)

Outre les missions de type « ISTAR », les « Predator » ont été utilisés comme plate-forme de télécommunication permettant une prise de décision quasi immédiate quant à l’attaque d’une cible suivant sa détection. Ils ont été également associés aux forces aériennes notamment aux AC – 130 (avion lourdement armés de canons et mitrailleuses dit « faucheurs de marguerites ») et aux F-18 pour la désignation au moyen d’un laser de cibles au sol. Ce trinôme a fait preuve d’une efficacité certaine.

Quant au « Global Hawk », de décembre à 2001 à décembre 2002, il a fourni au cours de cinquante missions représentant un millier d’heures de vol, plus de 15 000 images. Lors de ces missions, ils ont été impliqués dans la désignation de 50% des cibles détectées et « engagées » par les forces militaires participant à « OEF ».

2.2) l’Irak : de « South Watch » et « North Watch » à l’Opération Iraqi Freedom (OIF)

L’usage de drones contre l’Irak remonte à 1991 avec 533 missions opérées par des « Pioneer ». Avec la mise en place des opérations « South Watch » et « North Watch » dans le cadre des zones d’exclusion aérienne instaurées en violation du Droit international par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France (qui s’en est retirée en 1996), les drones sont revenus dans le ciel irakien, là aussi avec des missions ISTAR, autour notamment des défenses anti-aériennes irakiennes. Ces dernières réussirent même à abattre quelques « Predator ».

Au cours d’OIF, les « Predator » servirent à localiser ces défenses anti-aériennes et à les tester. En avril 2003, un « Predator » fut également impliqué dans une mission de sauvetage d’un pilote. Plus globalement, le « Predator » a été utilisé lors d’OIF et depuis 2003, pour assurer la protection des troupes au sol. Le 46ème escadron expéditionnaire de reconnaissance de l’US Air Force appuie ainsi l’US Army en gardant « un œil sur la situation des combats au moyen des « Predator » »[26]. Un œil que le Major Michael Bruzzini, commandant le 46ème escadron n’hésite pas à qualifier de « divin » et d’ajouter que « le « Predator » a des yeux actifs en permanence et est capable d’informer les soldats sur ce qui se passe autour d’eux ». Ces soldats utilisent également des drones plus petits comme le « Desert Hawk » du 407ème escadron de forces de sécurité grâce auquel des caches d’armes ont été découvertes et des convois routiers sécurisés ou le « Raven » (35 000 dollars pièce et 250 000 dollars pour le système de lancement et de contrôle) doté de caméras de divers types (couleurs, infrarouge, nuit et jour). Le « Raven » est particulièrement adapté à la reconnaissance en zones urbaines.

Le « global Hawk » fait lui aussi partie de la panoplie de drones présents en Irak. Son radar à ouverture synthétique fut singulièrement apprécié lors du déclenchement d’OIF, en mars 2003, pour son efficacité dans la désignation de cibles. Les UAV ont démontré des capacités importantes dans l’acquisition d’informations sur le terrain que ce soit en Afghanistan ou en Irak. Or, entre ces deux États se trouve l’Iran, accusé d’être un soutien au terrorisme global et dont le programme nucléaire est utilisé par les États-Unis pour légitimer sa politique de contre-prolifération et de sape de l’architecture internationale de non – prolifération des armes de destruction massive[27].

2.3) l’Iran

L’Iran est donc dans le collimateur des États-Unis pour deux raisons principales :

Ø Son soutien au terrorisme : l’Iran est le principal soutien du Hezbollah libanais, parti politique mais aussi force paramilitaire ayant joué un rôle important dans les succès emportés par la résistance libanaise contre la présence israélienne au sud-Liban ; succès ayant conduit à l’évacuation israélienne. Frontalière avec l’Afghanistan, Téhéran constituerait un refuge pour certains éléments talibans. Également frontalière avec l’Irak, l’Iran instrumentalise des groupes chiites irakiens et d’autres groupes, dans le cadre d’une guerre larvée et masquée avec les États-Unis.

Ø Son programme nucléaire : l’Iran développe un programme militaire nucléaire placé sous surveillance internationale notamment celle de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

C’est dans ce contexte, que le 12 février 2005, le Washington Post révélait que certaines sources officielles américaines reconnaissaient violer la souveraineté aérienne iranienne en faisant survoler à des drones le territoire iranien depuis avril 2003.

Ceux-ci, équipés de caméras, d’appareils photographiques, de radars et de filtres à air ont différentes missions : recenser les installations nucléaires et les installations militaires, localiser et tester les défenses anti-aériennes, peser sur le climat politique iranien (notamment sur les élections présidentielles qui ont vu la victoire d’un des candidats parmi les plus durs). Preuve de ces survols, un drone s’est écrasé (ou a tout simplement atterri) dans le nord de l’Iran (à proximité d’Arak où se trouve une installation nucléaire). Depuis, l’Iran et la Russie (elle aussi victime de tels vols) se sont rapprochés à l’image du rapprochement effectué au début de 2000 entre la Serbie et l’Irak et qui avait permis à Bagdad d’abattre plusieurs drones américains.

Cette situation a suscité de vives protestations des autorités iraniennes qui, privées de relations diplomatiques avec Washington, ont utilisé le biais du gouvernement suisse. Pour autant, Téhéran est allé beaucoup plus loin. Dans un climat de fortes pressions sur la Syrie (la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations Unies exigeant le retrait syrien du Liban), l’Iran a fourni au Hezbollah plusieurs drones de type Misrad[28].

Le 8 novembre 2004, un Misrad 1 survolait la ville israélienne de Nahariya pendant une durée de 20 minutes curieusement sans aucune réaction des batteries de missiles « Patriot » et « Hawk » positionnées dans la périphérie de cette cité et le long de la frontière. De plus, aucune riposte militaire d’Israël ne suivait ce survol. Le 11 avril 2005, le Hezbollah récidivait en envoyant un second Misrad 1 au-dessus du territoire israélien au cours d’un vol de près de 18 minutes ; Plusieurs villes israéliennes et installations militaires étant cette fois observées. Si un chasseur F-16 réussit à décoller, il échoua dans l’interception du drone. Le Hezbollah annonça ce second survol au moment même ou le Premier ministre israélien rencontrait le Président des États-Unis. Le journal libanais Daily Star notait ainsi que « le drone du Hezbollah délivrait non seulement un message à Israël mais aussi à d’autres destinataires ».

Cet autre destinataire est bien sur les États-Unis qui encerclent l’Iran grâce à leurs bases en Irak, en Afghanistan et dans d’ex-républiques soviétiques d’Asie centrale. Le 29 mars 2005, le Président afghan déclarait à ce sujet qu’il était hors de question que Washington puisse utiliser le territoire afghan pour lancer des attaques contre l’Iran. Mais est-il vraiment maître chez lui ? En novembre 2004, l’Iran par la bouche du général Zolqadr, commandant les gardiens de la révolution, avait déjà adressé un double message destiné aux États-Unis et à Israël « Ni Israël, ni aucune puissance dans le monde n’est capable d’attaquer les installations nucléaires iraniennes. Malgré tout, si Israël ou toute autre puissance attaquait un site iranien, nous ne connaîtrions aucune limite pour menacer leurs intérêts où que ce soit dans le monde ».

Le message est aussi clair pour Israël qui voit pour la première fois depuis très longtemps sa maîtrise aérienne remise en cause, certes modestement, car l’asymétrie demeure entre d’un côté, des centaines de chasseurs modernes aux mains de pilotes expérimentés et entraînés et de l’autre, quelques drones. Toutefois, ces deux survols apparaissent comme une victoire psychologique, voire un outil de pression psychologique. En effet, ces drones de fabrication iranienne, envoyés par le Hezbollah dans l’espace aérien israélien (et pilotés depuis le sol par des techniciens iraniens ?) constituent une véritable épée de Damoclès pour Israël. En témoignent les propos d’un des dirigeants du Hezbollah, le cheikh Nasrallah indiquant que les Misrad pourraient dans l’avenir emporter quelques dizaines de kilos d’explosifs et ce en n’importe quel endroit d’Israël. Israël, le premier utilisateur massif de drones de l’histoire de l’aviation militaire, se trouve ainsi, tel l’arroseur arrosé, sous la menace de drones parmi les plus primitifs.

2.4) Israël, le Liban et les territoires occupés

À la fin des années 70, l’industrie israélienne de défense réussit à développer et produire des drones fiables. Ils furent utilisés massivement lors de l’invasion du Liban par Israël en 1982 : « les forces aériennes israéliennes firent tomber les défenses syriennes dans la vallée de la Bekaa et détruisirent les forces aériennes syriennes au cours de l’une des plus importantes batailles aériennes ayant eu lieu depuis la deuxième guerre mondiale. La clef de cette victoire résida dans de petits avions sans pilote utilisés pour leurrer et détruire le système de défense aérien intégré syrien. Cet incident focalisa l’attention du monde militaire sur le développement de ces UAV »[29].

Depuis 1982, Israël a été le principal producteur et développeur de drones : « Hunter », « Searcher », « Ranger », « Heron », « Pioneer », « Scout », etc. L’État hébreu en a fourni à l’Angola, la Belgique, la Côte d’Ivoire, les États-Unis, la France, l’Inde, la Russie et d’autres pays[30]. Le 18 avril 2005, un contrat avec la Turquie était ainsi annoncé, d’un montant de 200 millions d’euros pour l’achat de drones « Heron » (fabriqués par Israel Aircraft Industries) et de stations au sol de contrôle (fabriquée par Elbit). L’industrie israélienne demeure à la pointe de la technologie comme en atteste l’un de ses derniers-nés le drone « Skylite ». Il s’agit d’un mini-drone spécialisé dans la surveillance et l’acquisition d’informations utilisables par les troupes au sol en temps réel. « Skylite » est particulièrement adapté au terrain urbain (les villes palestiniennes) et à la détection, l’identification et la désignation de cibles de la taille d’un homme. La durée de son vol (90 minutes) permet de contrôle un territoire de plusieurs kilomètres carrés avec un rayon d’action de 10 km. Sa discrétion le rend difficilement détectable par les cibles humaines.

Malgré la haute technologie des drones, leur usage et l’interprétation des informations qu’ils fournissent ne sont pas toujours aisés. Une vive polémique s’est ainsi instaurée à la suite de la diffusion d’images vidéo prises par un drone israélien dans la bande de Gaza en 2004. Là où les militaires israéliens voyaient un groupe de terroristes transportant des roquettes, les Nations Unies (UNRWA, l’organisme en charge des réfugiés palestiniens) apercevaient un groupe de brancardiers transportant tout naturellement un brancard dans une ambulance. Les terroristes n’en étaient pas. Si le drone avait été armé, son tir décidé en temps réel aurait fait d’innocentes victimes. Quoi qu’il en soit la vive polémique visait certainement à affaiblir le responsable de l’UNRWA qui avait dénoncé le massacre de Jénine et les destructions systématiques de maisons palestiniennes par l’armée israélienne ? Dans le même temps, treize employés des Nations Unies étaient arrêtés, car accusés d’être impliqués dans des activités terroristes…

Quelques mois plus tard, le 9 mai 2005, l’ONU, par la voix de son Secrétaire général, Kofi Annan, interpellait une nouvelle fois Israël quant à sa propension à utiliser des drones, cette fois-ci pour survoler l’espace libanais. Si le Hezbollah a, à deux reprises, entre novembre 2004 et avril 2005 (soit 6 mois), envoyé un drone au-dessus du territoire israélien, Israël fait de même, mais sans compter. Un rapport des Nations Unies[31] en date du 1er février 2005 constatait dans ce sens, entre le 27 décembre 2004 et le 17 janvier 2005 (soit 3 semaines) vingt-trois violations de l’espace aérien libanais dont huit imputables à des avions, deux à des hélicoptères et treize à des drones ! Au demeurant, Israël et les États-Unis ont tous deux franchi un cap important dans l’utilisation de leurs drones en armant ceux-ci…

3) Les UCAV ou drones de combat

Au cours de la guerre du Viêt-nam, les États-Unis avaient déjà conçu et employé un drone armé : le « BQM-34 » doté d’un missile « Maverick » et surnommé « FireBee » (abeille de feu). Mais il s’agissait avant tout d’un premier essai. Les développements technologiques récents autorisent un saut sans comparaison dans l’usage des drones. Ainsi, « les UCAV (actuel NDLR) se distinguent parce qu’ils annoncent une nouvelle tendance : l’émergence des guerres technologiques. Plus qu’un affrontement entre hommes, c’est un affrontement entre machines dont il s’agit »[32].

Les premiers essais d’armement moderne d’un drone datent donc d’août 2000. Dès 2001, naissait le « Predator MQ1B » équipé de deux missiles « AGM-Hellfire » (antichar). Depuis, son armement a été largement étendu et augmenté (notamment aux bombes de 227 kilogrammes à guidage laser, voire quatre missiles anti-char). Avec d’autres drones armés comme le hunter, son emploi est double : des opérations de combat et des opérations d’exécutions extra-judiciaires.

3.1) Les opérations de combat

Les opérations de combat au cours desquels les drones armés sont employés relèvent essentiellement de deux types. Premièrement et classiquement, il s’agit de missions de type guerre électronique et destruction de défense anti-aérienne (Suppression of Ennemy’s Air Defence (SEAD)). Elles se composent donc d’opérations de leurrage (comme en 1973 et 1982 lors des conflits israélo-arabes) ou de brouillage électronique (Kosovo) et de détection des défenses anti-aérienne (Irak 2003). Elles renvoient également à des actions de types SEAD comme ce fut le cas dans les mois qui précédèrent l’intervention contre l’Irak en 2003. Le 8 novembre 2002, la revue militaire américaine Jane’s Defense Weekly rapportait ainsi que des sources officielles américaines reconnaissaient l’utilisation de drones armés dans le cadre des zones d’exclusion aérienne (« South Watch » et « North Watch ») contre des radars mobiles irakiens et des défenses anti-aériennes. Ils ajoutaient que ces drones armés pourraient être utilisés pour détruire des lanceurs de Scud ou d’autres missiles, des unités mobiles de défense anti-aérienne et toute autre cible pertinente (notamment humaine)[33].

Les zones d’exclusion aérienne ont enfin servi de laboratoire à l’essai de drones armés de missiles air –air de type « Stinger ». Fin décembre 2002, un drone américain tentait en conséquence d’abattre un Mig 25 irakien, sans succès. Il s’agissait là du premier combat entre un UCAV et un avion avec pilote de l’histoire de l’aviation militaire. Si le drone n’a pas encore démontré sa capacité sur le plan air –air, « il se pourrait que la prochaine génération de drones de combat soit dotée de capacités air-air qui lui permettraient de mener à bien toutes les missions de supériorité aérienne » et « promet, à longue échéance (2025), d’être un instrument fécond et puissant de supériorité aérienne »[34].

Le second type de missions renvoie à l’appui aérien aux troupes au sol, comme l’Afghanistan et l’Irak l’ont illustré. Couplés aux AC-130 « gunship », aux bombardiers B52 et aux F-18, les drones ont apporté un appui important aux troupes intervenant en Afghanistan. Le Lieutenant – Colonel canadien Carl Doyon notait ainsi qu’en 2001 (soit en l’espace de 4 mois), le « Predator » avait à son actif une dizaine d’attaques air-sol dont « l’efficacité frisait la perfection »[35]. Le général américain Franks commandant OEF déclarait pour sa part dès novembre 2001 : « le « Predator » est mon outil le plus efficace en matière de recherche – destruction des dirigeants d’Al Qaida et des Talibans et il est essentiel à notre capacité militaire »[36].

En Irak, les mêmes recettes ont servi. Les « Predator » sont utilisés pour éliminer des groupes armés de résistants à l’occupation en les mettant sous le feu de leurs missiles « Hellfire », en lien avec les avions F-16. Leur sont associés des drones « Hunter » armés de la munition « Viper » une munition anti-char dérivée de la munition « BAT ».

3.2) les exécutions extra-judiciaires

Parallèlement à ces missions de combat, les drones sont utilisés également pour des exécutions extra-judiciaires. La première d’entre elles a avoir fait l’objet d’une large couverture médiatique, fut celle menée par la CIA le 4 novembre 2002 au Yémen contre six activistes islamistes soupçonnés d’avoir participé à l’attaque du destroyer américain Cole (17 morts) en octobre 2000. Les 6 activistes furent éliminés, en pleine violation du Droit international et de la souveraineté yéménite, au moyen d’un missile tiré depuis un drone « Predator » lui-même contrôlé à partir d’une base située à Djibouti.

Mais en matière d’exécutions extra-judiciaires au moyen de drones, Israël est le champion toute catégorie ; Même si cette politique d’assassinats ciblés est fortement contestée en son sein[37]. Cette politique a conduit à l’élimination de 148 personnes selon les autorités israéliennes, dont 29 n’étaient pas des activistes (soit officiellement 19% d’erreurs ou de « dommages collatéraux »). Toutefois, selon l’organisation pacifiste israélienne B’Tselem, les civils seraient non pas 29 mais 111, soit 75% d’erreurs ou de « dommages collatéraux ». La polémique ONU – Israël en 2004 sur les images de surveillance recueillies par un drone donne force aux affirmations de B’Tselem.

Quoi qu’il en soit, les drones armés constituent un élément clef du dispositif coercitif israélien. Les officiels israéliens considèrent ainsi que « l’usage de ces drones doit faire frissonner de peur les terroristes préparant de futurs attentats » ; qu’Israël « les emploie pour dissuader de nouvelles attaques. Ils fournissent des renseignements de manière continue, en temps réel sur le terrain, très en amont, de manière à apporter une réponse immédiate et forte »[38]. Enfin, « les drones montrent que nous pouvons toujours intervenir (à Gaza NDLR) sans y maintenir une présence ».

Dès 2002, Israël a fait profiter l’Inde de son expérience des drones armés avec des munitions anti-tank et anti-bunker, puis, en 2005 la France (équipement du drone « Sperwer » avec des munitions de type « Spike »). Pour terminer sur l’expérience israélienne, il convient de noter que le Premier ministre Ariel Sharon est en permanence soumis à la surveillance – protection d’un drone armé. Cette protection est davantage tournée vers une menace intérieure (colons et extrémistes de droite) que vers une menace palestinienne ou autre (Hezbollah, Iran, Syrie, etc.).

4) Les robots terrestres (UGV)

Dès la seconde guerre mondiale, des robots comme le « Goliath » étaient déjà en dotation dans certaines armées avec pour fonction première le déminage et la reconnaissance. Globalement, ces fonctions n’ont pas véritablement évolué. Les changements apportés quant à l’emploi des UGV sont moins marquants que pour les drones. Toutefois les mêmes tendances sont à l’œuvre : développement quantitatif de leur usage et armement des plates-formes qu’ils constituent.

4.1) Les missions de reconnaissance, surveillance, déminage et détection NBC

Aujourd’hui, la fonction première des UGV s’articule autour de missions de reconnaissance, de surveillance, de déminage et de détection Nucléaire – Biologique – Chimique, sur de nombreux terrains (zones urbaines, zones accidentées, zones contaminées). De ce fait, « les interventions récentes en Irak et en Afghanistan ont démontré l’importance de la robotique comme élément démultiplicateur de force et comme élément de protection des soldats sur le terrain »[39]. Ainsi, si « les UAV ont montré des avantages indubitables pour les soldats autour des missions reconnaissance, surveillance et acquisition de cibles, les robots deviennent également capables de démultiplier la puissance de feu des troupes »[40]. Que se soit en Afghanistan ou en Irak plusieurs modèles de robots terrestres sont en service.

« L’Irobot » est à l’origine un robot développé pour les « SWAT Team » (équivalent américain du Raid ou du GIGN). Il a été utilisé en Afghanistan à partir de 2002 pour sécuriser des grottes, des bunkers et des immeubles. Depuis 2003, il est employé en Irak dans un contexte plus urbain. Sa vitesse est de 14 kilomètres/heure et son poids de 18 kilogrammes. Il est porté à dos d’homme. Il est équipé d’un GPS et de divers senseurs (thermique, vidéo, microphone). Il sert principalement à la détection d’Explosive Ordnance Disposal (EOD), c’est-à-dire de tout dispositif explosif auquel les troupes au sol peuvent être confrontées : mines, bombes, véhicules piégés et munitions non explosées. En Irak, les EOD constituent un problème quotidien, notamment en raison des actions de la résistance irakienne.

La mission du robot « Omni-Directional Inspection System » (ODIS) relève exclusivement de l’inspection du dessous des véhicules lors de points de contrôle routier. Les troupes américaines utilisent « l’ODIS » constitué d’une plate-forme très basse (10 cm de hauteur sur 1 mètre de longueur et de largeur) pouvant se glisser sous un véhicule et manipulable à plus de 75 mètres, pour mener à bien des contrôles de véhicules à l’abri des tirs de snipers et des explosions. Le robot « Dragon runner » est lui aussi un mini-robot, pesant 4 kilogrammes et mesurant 40 centimètres sur 28 centimètres pour une hauteur de 13 centimètres. Adapté au terrain urbain, il est doté d’une caméra permettant de voir la nuit. Le robot « Talon » appartient à une autre classe avec ses 45 kilogrammes. Il peut être télécommandé à plus de 800 mètres de distance. Il fut le premier robot à intervenir en Afghanistan. D’octobre 2001 à fin 2004, plus de 20 000 missions (de reconnaissance ou de déminage) ont été menées avec l’aide d’une centaine de « Talon ». Les UGV armés ou UGCV (C pour Combat) sont quant à eux bien moins nombreux sur le terrain puisqu’ils ne sont que dix-huit en Irak.

4.2) Les robots de combat (UGCV)

C’est la firme Foster – Miller, conceptrice du « Talon » qui a développé le premier robot de combat ou robot armé. Il s’agit en fait d’une simple version du « Talon », dédiée à la reconnaissance armée, baptisée « Special Weapons Observation Reconnaissance and Detection System ». Son acronyme est « SWORDS » ce qui signifie en langue anglaise « épées ». D’un coût de 230 000 dollars pièce, sa vitesse est de 6,6 kilomètres/heure et son autonomie de 4 heures. Il a pour mission principale de reconnaître un terrain ou un immeuble susceptible d’abriter des ennemis et de les amener à dévoiler leur position. Il peut riposter voir attaquer grâce à sa plate-forme, qui outre des senseurs, peut accueillir diverses armes : fusils d’assaut M16, mitrailleuses (M240, M249), roquettes anti-char, lance-grenades, armes non létales, etc. La précision de son tir dépasse celle du soldat moyen.

Certes les évolutions des UGV sont moins spectaculaires que celles enregistrées dans le domaine des UAV/UCAV. Cependant, il s’agit d’une « prémonition de ce qui va advenir prochainement » affirme John Pike directeur de GlobalSecurity.org, ajoutant que « ces choses n’ont pas de famille à qui il faut écrire en cas de décès sur le théâtre des opérations. Elles sont sans peur. Vous pouvez les positionner à des endroits, où il serait très difficile d’envoyer des soldats… ». Peu développés encore, ils sont néanmoins annonciateurs de ce que sera notre avenir.

5) Les projets en cours

Nombreux sont les projets en cours. Il est d’ailleurs impossible d’en dresser une liste. Par contre, il est possible de dépeindre les grandes lignes et tendances à l’œuvre.

5.1) Les UCAV

Ces drones de combat peuvent intervenir soit en étant contrôlés par un opérateur (basé au sol, sur navire ou en couple avec un avion piloté ou un hélicoptère piloté) ou en autonomie. Dans ce cas, la mission est pré-planifiée et donc sans intervention humaine. En 2001, le Congrès des États-Unis a ajouté une clause au Defense Autorisation Act définissant comme objectif à atteindre au cours de la prochaine décennie une proportion de 30% d’UCAV dans le total des avions de frappe en profondeur alignés par les États-Unis. Comme le note le Lieutenant Colonel français Mochin, « l’évolution vers la robotisation de la campagne aérienne semble (donc) inévitable »[41].

Cette robotisation intégrera donc les missions confiées actuellement aux avions pilotés : missions en profondeur, missions SEAD, frappes de précisions, appui aux troupes au sol et guerre électronique. Les UCAV apparaissent donc en définitive comme des plates-formes aériennes d’armes : canons, missiles, bombes à guidage laser ou GPS, armes à énergie (micro-ondes ou laser) opérant depuis des bases terrestres ou des navires (de surface ou sous-marins).

Le « X-45 » (A/B/) (comme son clone naval le « X-47 ») en est une illustration parfaite. Il est présenté comme un avion pouvant voler au-dessus du territoire ennemi, prêt à détruire immédiatement toute menace sans aucun risque pour un pilote[42]. Lors d’une attaque en meute, les X45 déterminent eux-mêmes lequel d’entre eux est le plus à même d’éliminer la cible, du fait de sa proximité avec elle, de ses réserves en carburant et de son stock d’armes (de 500 à 1500 kilogrammes).

Le « NEURON » (Dassault et EADS) est la réplique d’une partie de l’Europe, aux « X-45 » et « X-47 » américains. Il est davantage considéré comme un démonstrateur (comme ces « concept car », c’est-à-dire ces voitures innovantes qui ne voient jamais le jour) que comme un projet d’UCAV réel. Sa fonction est de permettre à certains industriels européens de rester dans la course technologique. Les premiers essais sont prévus pour 2008.

5.2) Les UAV

Dans ce domaine, le futur est tout tracé pour les Européens qui tenteront de rattraper les Américains et les Israéliens. « L’Euromale » est un projet qui vise à produire un « Global Hawk » européen. Les UVA vont peu à peu occuper les fonctions (télécommunication – observation) réservées aux satellites géostationnaires, car ils sont moins coûteux (pas de coût de lancement par fusée) et font preuve de davantage de souplesse dans leur utilisation. Les mini-UAV, portables à dos d’homme (au maximum une vingtaine de kilogrammes) doteront les fantassins du futur notamment lors des combats urbains.

Aux cotés des UAV, les UCAR (véhicules à voilure tournante ou hélicoptères sans pilote) comme le « Tracker » et le « Scorpio » devraient connaître d’importants développements pour de nombreuses raisons. Premièrement du fait de l’abandon du projet de nouveau modèle d’hélicoptère « Comanche » par l’industrie américaine de défense et le vieillissement du parc américain actuel constitué de « Cobra » et d’« Apache ». Deuxièmement, les UCAR comme le « Hummingbird A160 » font preuve de performances sans égal (endurance de 4 000 kilomètres et de 24 heures avec comme fonction principale le relais de télécommunications).

5.3) Les UGV ou mules

Le Future Combat System[43] américain prévoit qu’à partir de 2010 l’armée américaine disposera de 1663 robots, dont 1200 « Multifonctionnal Utility Logistics and Equipement Vehicle » (MULE) d’un rayon d’action de 100 kilomètres. Les « MULEs » pourront emporter près d’une tonne d’armes, de senseurs, de munitions, de vivres, de soldats, de mini-drones, d’éléments d’éclairage pour la nuit ou d’autres matériels. À terme, elles devraient être dotées de commandes vocales et d’une bibliothèque de 1 000 mots. Elles serviront également lors de combat de protection face aux tirs ennemis. Les UGV prendront également la forme de senseurs abandonnés sur le théâtre des opérations et fournissant des renseignements à distance sur les activités et mouvements de l’ennemi.

5.4) Les Unmanned Ground Combat Vehicule (UGCV) ou robots de combats

De la taille d’un quad à celle d’un char, ils disposeront de 4 à 8 roues, voire de chenilles. Le « Gladiator » est un projet développé par les Marines pour le soutien à l’infanterie au moyen d’une capacité de tirs directs. Le « COUGAR » dispose d’armes létales « Hellfire » et est destiné à la protection de convois, étant télé-opéré depuis un véhicule qui le suit ou le précède. L’Armed Robotic Vehicle (ARV) est destiné à un terrain urbain et à la destruction d’immeubles, de bunker et de véhicules blindés. De même pour le robot français « Système d’Acquisition et de Neutralisation d’Objectifs » (SYRANO) développé autour de scénarii urbains et d’un rayon d’action de dix kilomètres. Le Remote Detection Challenge And Response a pour sa part une vitesse de pointe de 60 kilomètres/heure et sa plate-forme emporte des armes, tant létales que non létales.

Le projet le plus prometteur est le « Spinner » dont le rayon d’action atteint 450 kilomètres et dont la taille se rapproche de celle d’un 4x4 Hummer. Mais là encore, Israël apparaît comme l’État le plus à la pointe du progrès technologique avec le « Gardium » qui peut intervenir à l’encontre d’éléments suspects pénétrant un périmètre donné et les retenir jusqu’à ce qu’une patrouille humaine arrive. Il peut également être utilisé pour éliminer une menace. Sa vitesse est de 80 kilomètres/heures et il peut être équipé outre de divers senseurs, d’armes létales ou non létales. Ses patrouilles peuvent être pré-planifiées, l’opérateur humain n’intervenant alors qu’en cas d’incident[44]. Il s’inscrit, au demeurant, dans un projet plus global de « frontière électroniquement gardée » par des UGV/UGCV/UAV/UCAV/USV/UUV. Selon des officiels israéliens, les « terroristes » pourront y être éliminés de manière automatique[45]. Ce système repose dans un premier temps sur une identification électronique d’individus reconnus comme des éléments hostiles. Dans un second temps, le système proposera lui même à l’opérateur humain de sélectionner le vecteur (UGV ou drone) le plus approprié de par sa position ou son armement pour éliminer ces éléments. Rappelons-nous la polémique israélo-onusienne…

Les UGCV peuvent également prendre la forme de munitions abandonnées. Le « Netfire » en est un exemple avec ses missiles d’une précision de 40 kilomètres contenus dans des silos déposés au sol par des camions ou des hélicoptères et un jour certainement par des drones ou des UGV. Le « Netfire » est doté d’un missile « LAM » qui peut patrouiller sur zone pendant 30 minutes et sur 70 kilomètres avant de frapper. Ne seront-ils pas un jour couplés aux senseurs abandonnés et pourvus d’une certaines autonomie, c’est-à-dire bénéficiant de la capacité d’engager des cibles prédéfinies à l’avance ?

5.5) Les Unmanned Surface Vehicle (USV) et Unmanned Underwater Vehicle (UUV)

De surface ou sous-marin, ils existent déjà comme le « Protector » développé en Israël et équipé de mitrailleuses ou le « Spartan » projet commun aux États–Unis et la France. Le « Spartan » est ainsi en cours d’essais en France depuis mai 2005 et devrait entrer en dotation en 2008 autour de missions de déminage, anti-sous-marine, d’attaque d’autres navires et de protection. D’autres projets à plus long terme portent la création de navires téléopérés de grande taille : navires lance-missiles, navire portes-drones, sous-marins portes-drones, etc.

5.6) Les micro-drones

Les micro-drones comme le « Micro Air Vehicule » (MAV) commandé à 350 exemplaires en 2005 par les États-Unis et doté d’un budget de développement de 30 millions de dollars ne mesurent que quelques centimètres pour un poids de quelques centaines de grammes (la société Tecknisolar produit ainsi des micro-drones pesant 400 grammes). Destinés à l’espionnage, à la surveillance, ils pourraient être regroupés en essaims pour des actions d’élimination de cibles. Le nano-drone Libellule (6 centimètres) qui se veut «l'oeil déporté» du soldat du futur en est une préfiguration. Ils peuvent également être utilisés pour des missions relevant des forces de l’ordre.

5.7) Applications ans le domaine du maintien de l’ordre

Drones et robots constituent des plates-formes de senseurs, d’armes létales ou non létales dont de nombreuses applications peuvent servirent dans le domaine du maintien de l’ordre. Certains robots trouvent d’ailleurs leur origine dans ces missions comme le « Talon ». Dans ce secteur, les projets sont également nombreux comme en témoignent :

Ø La communication intitulée « Robotics for law enforcement » de Hoa G Nguyen et de John P Bott, lors du symposium international sur les technologies de sécurité, à Boston du 5 au 8 novembre 2000.

Ø Le développement d’ « URBOT » (Urban Robot), un robot urbain équipé armes létales et non létales.

Ø Les projets de l’industrie française qui se démarque ici en proposant un robot se mouvant comme un serpent et intitulé en conséquence VIPER pour « Véhicule Intelligent de Pénétration par Reptation », destiné à l’écoute et la surveillance, mais aussi à la neutralisation d’individus (qualifiés de terroristes) au moyen d’armes non létales incapacitantes, voire d’explosifs.

 

Ø Le drone de 4.5 kilogrammes (coût 80 000 €) produit par Tecknisolar dont le dirigeant Pascal Barguidjian, déclare « cet équipement est particulièrement adapté au survol de manifestations rassemblant plusieurs milliers de personnes. En cas de débordement, il peut identifier rapidement, grâce à sa caméra embarquée, les émeutiers et les immobiliser en projetant du gaz »…
Face à cette avalanche de projets, nos sociétés sont en prises à d’anciennes questions et à de nouvelles.

6) Les questions posées à la société par la robotisation de la guerre

6.1) la robotisation ne favorise-t-elle pas un recours plus fréquent à la violence ?

Plusieurs éléments laissent à penser que oui. Le faible coût théorique (développement/production/maintenance) du drone apparaît comme un premier argument. On peut aussi considérer que « sur le plan économique, un UCAV réutilisable est moins coûteux à long terme qu’un missile de croisière à un million de dollars pièce servant une seule fois »[46]. De plus, comme le souligne le Général Henry « Hap » Arnold, « Pour le prix d’un B-17 larguant une bombe unique de 2,7 tonnes, nous pouvons envoyer 500 petits UCAV au dessus du territoire ennemi ; chacun emportant avec lui 360 kilogrammes d’explosif (soit un total de 180 tonnes) »[47]. Enfin selon l’UEO[48], les drones permettraient de rationaliser à faible coût les armées de l’air en retirant l’élément humain et en éliminant les dépenses associées. Le principal défaut de la présence humaine resterait son coût considérable pour les budgets de la défense. La formation d’un pilote représenterait de 12 à 14% du prix total d’un F16. De ce fait, le montant d’une heure de vol d’un drone serait 18 fois inférieure à celle d’un F-35 (Joint Strike Figther). De manière générale et en moyenne, un soldat coûterait 4 millions de dollars par an contre 400 000 par an pour un robot !

Un second argument réside dans l’absence d’équipage qui permet de réduire le volume du véhicule et d’accroître ses performances (durée des missions, furtivité, capacité d’emport d’armes). En cas de perte, personne ne pleurera la mort du drone et il n’y aura pas de pilotes à exhiber devant les caméras. Pas de frais de formation, ni de paie, ni de retraite, ni de famille et encore moins de cercueil à montrer aux journaux télévisés, ni même de pitié, le drone et le robot ont des qualités bien supérieures aux humains dans la perspective d’un recours plus fréquent à la violence.

De part ces considérations, ils constituent des multiplicateurs de puissance destinés à gagner des guerres selon l’UEO. Dit autrement, « Les UCAV fournissent à notre politique de leadership diplomatique un moyen militaire supplémentaire permettant de ne pas risquer des vies américaines »[49]. Pour le Canadien Carl Doyon, « les drones de combat sont susceptibles de devenir l’une des technologies qui transformeront le plus radicalement les opérations militaires traditionnelles dans tout l’éventail des combats depuis le maintien de la paix jusqu’aux guerres régionales ».

De même pour le Lieutenant Colonel Vandendorpe : « les système de drones deviendront assurément un outil privilégié des responsables politico-militaires pour les conflits du 21ème siècle»[50]. Il y a donc consensus dans les milieux militaires autour de l’idée suivante : « Si des vies et de l’argent sont économisés, avec un accroissement réel de l’efficacité des missions menées, alors les véhicules sans pilote deviendront un outil essentiel dans la conduite des guerres »[51]. L’usage des drones contribuera donc à renforcer cette « domination aérienne (qui) donne aux États-Unis un avantage asymétrique sur n’importe quelle Nation du monde »[52]. Or, nous savons ce qu’en font les États-Unis… S’ils obtiennent davantage de suprématie militaire à moindre coût et à moindre vie américaine, ils ne feront que davantage usage de la coercition. Comme l’affirmait Montesquieu « un empire fondé par les armes a besoin de se soutenir par les armes ».

6.2) Cette nouvelle prolifération n’est-elle pas un gouffre financier à l’image de la course aux armements qui avait prévalu lors de la guerre froide, alors que tant de besoins sociaux ne sont pas satisfaits faute d’argent ?

Là aussi la réponse semble positive. D’autant que l’UEO reconnaît que « le défi technologique que représentent les UAV mobilise des ressources croissantes aux États-Unis et en Europe » et » que les drones ouvrent « des perspectives nouvelles pour les industries de défense ». Mais quelles sont ces perspectives ? 300 millions d’euros pour le projet européen « Neuron » et 175 millions de dollars pour les UCAV américains uniquement sur 2004… D’ici à 2011, le marché des UAV/UCAV est estimé à 5 à 6 milliards d’euros par an dont 50% avec une progression de 15% par an (La tribune 26.08.2003). En 2003, la France a consacré 60 millions d’euros pour la recherche sur les drones soit six fois le budget du ministère de la cohésion sociale pour son opération « Ville, vie et vacances » concernant chaque été 800 000 jeunes. Quant au drone « Euromale », il constituera à lui tout seul un marché[53] de 1 à 2 milliards d’euros vers 2010.

6.3) Que devient la place de l’homme dans la violence organisée ?

L’UEO reconnaît une nouvelle fois de manière clairvoyante que « les UCAV permettent de limiter l’intervention humaine et les contraintes qui y sont liées » et représentent « une révolution dans l’aéronautique de défense : le remplacement de l’homme par la machine pour des opérations de combat ». Le robot « Système d’Acquisition et de Neutralisation d’Objectifs » est d’ores et déjà capable de s’auto-protéger « d’agressions » en déclenchant dans son périmètre de surveillance des tirs de munitions incapacitantes. Qui plus est, « les projets actuels visent à donner une autonomie accrue aux UGV et à les rendre moins dépendants des opérateurs humains. L’idée de base est que ces véhicules (…) puissent fonctionner d’après des données programmées au début de la mission et, une fois déployés, accomplir leur tâche de manière autonome ».[54] Dans l’apparente cacophonie consensuelle qui entoure le développement des drones et des robots, certaines voies contradictoires se font toutefois entendre, comme celle du Général Reimer de l’US Army pour qui « quand la technologie échoue, rien ne peut remplacer la souplesse et la discipline de soldats parfaitement entraînés »[55].

De l’autre coté de l’Atlantique, le Lieutenant Colonel français Mochin pousse la réflexion à son ultime point : « La technologie n’est pas près de produire un clone du cerveau humain auquel on enseignerait toutes les techniques et tactiques de combat, en y ajoutant le jugement critique et un sens du « fair play » ou de la clémence, étrangère aux courants électriques qui parcourent les circuits intégrés. L’intelligence artificielle suffira-t-elle à garantir dans la Majorité des cas un emploi légitime de la force grâce au discernement et à la précision des frappes ? »[56]. Et il ajoute qu’il « convient donc de préserver la place de l’homme dans la boucle décisionnelle afin que les schémas de pensée qui le caractérisent puissent s’exprimer au travers des machines qui engageront le combat à sa place (…) La mission d’un militaire est aussi de s’assurer que soient réduits au minimum les risques d’une escalade inutile de la violence. La mise en œuvre des drones de combat pose la problématique de la place de l’homme dans le cycle de l’emploi des armes ».

Or, la « guerre au terrorisme » nous habitue déjà à une déshumanisation de la guerre. Notamment en véhiculant une déshumanisation de l’adversaire favorisée par une culture propice (jeux vidéos et films hollywoodiens) conduisant à des comportements contraires aux valeurs de la démocratie, des droits de l’homme et du Droit international. Qu’en sera-t-il demain lorsque l’ennemi ne sera plus perçu qu’à travers des senseurs électroniques effectuant leurs mesures à des milliers de kilomètres ou tout du moins à bonne distance ? Qu’en sera-t-il lorsque cet ennemi diabolisé massivement (les Arabes et les musulmans sont tous des terroristes potentiels selon l’image récurrente transmise par les médias) sera appréhendé de la manière identique à celle utilisée dans les jeux vidéos ? Enfin qu’en sera-t-il lorsqu’un fossé technologique incommensurable séparera les États dotés de drones et de robots et les autres ?

6.4) Le nouveau fossé technologique ne menace-t-il pas également l’Europe ?

Si le fossé est clairement établi entre le Nord et le Sud (avec des éléments de relativisation pour l’Inde et l’Iran), le fossé est également mais dans une moindre mesure Nord – Nord. L’Europe ne dispose pas aujourd’hui de drones équivalant à ceux que possèdent les États-Unis, comme le « Global hawk » de type « High Altitute Long Endurance ». Certes, elle tente de rattraper son retard avec des programmes comme « l’Euromale », un clone du « Global hawk » ou le « Neuron », une réponse aux « X-45 » et « X-47 ». Mais du chemin reste à faire, faute de quoi la place des Européens dans les futures guerres et interventions sera celle de supplétifs incapables d’aligner des drones et incapables d’agir en interopérabilité avec Washington. Faiblement autonome sur le plan des renseignements, l’Europe sera reléguée à la fourniture de troupes aux sols (comme c’est déjà le cas en Afghanistan et en Irak) et essuiera le cortège de cercueils qui s’ensuivra. Consciente de cette réalité, le 30 novembre 2004, l’Assemblée de l’UEO déclarait donc que « la coopération entre les États-Unis et l’Europe en matière d’avions de combat sans pilote est une nécessité ».

Que conclure au regard de l’ensemble de ces éléments ?

Premièrement la prolifération des drones et des robots porte en elle, le risque du développement des interventions de type Afghanistan et Irak. La prolifération nucléaire, tout aussi condamnable soit-elle, notamment au regard du Droit international, n’a pas entraîné à ce jour, un usage banalisé de l’arme nucléaire car un tel emploi signifiait la destruction assurée de l’ensemble des protagonistes. Les deux camps de la « Guerre froide » se neutralisaient donc dans ce que l’on a qualifié « d’équilibre de la terreur ». Drones et robots nous ramènent à l’époque de la politique de la canonnière. Les armes nucléaires ne pouvaient être utilisées qu’une seule et ultime fois, les drones et les robots sont de toute autre nature car il s’agit d’armes consommables, donc employables à volonté…

Deuxièmement, lors de la Guerre froide, l’humanité ne fut jamais à l’abri d’un incident technologique pouvant mener à sa destruction. Avec les drones et les robots, notamment dans la perspective d’un réseau de drones et de robots autonomes et de satellites interconnectés (voir notamment le projet Mulitmedia Intelligent Network of Unattended Mobiles Agents)[57], ce risque est démultiplié. Cette menace constitue d’ailleurs le sujet d’un film hollywoodien actuellement sur les écrans français. Le spectateur peut ainsi découvrir une fiction dont le personnage central est un drone[58] qui décide de s’en prendre à ses créateurs. Tel le GOLEM (créature humanoïde faite de terre glaise par l’homme pour se protéger de ses ennemis) de la mythologie hébraïque qui un jour se retourne contre son géniteur, demain drones et robots pourraient emprunter le même chemin…

Face à ses évolutions technologiques et polémologiques, une citation extraite du Petit livre rouge de Mao Tsé-Toung est peut-être source d’espoir : « l’armement est un facteur important mais non décisif dans la guerre. L’Homme, non l’armement, est un facteur décisif ». À moins que le développement des drones et des robots de combat ne donne raison à l’avertissement sans équivoque de John Kennedy, (un contemporain du Grand Timonier): « L’humanité doit mettre un terme à la guerre, où la guerre mettra un terme à l’humanité ». En définitive, c’est bien de cela dont il s’agit en l’espèce…

 

*Biographie:

- Diplômé du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris

- Doctorant en Droit (Université de Reims – CERRI)

- Collectif d’Etudes et de Recherches sur le Monde Arabe (CERMA)

 

Notes :

[1] Les Anglo-saxons qualifient ces missions de « 3 D » pour Dull (ennuyantes), Dirty (sales) et Dangerous (dangereuses), c’est-à-dire les taches qui ne requièrent pas un pilote dans le cockpit.

[2] Elisabeth Bone et Christopher Bolckcom, « Unmanned Aerial Vehicles : Backround and Issues for Congress », 25 avril 2003, Report for Congress.

[3] « President Speaks On War effort To Citadel’s Cadets”, Whitehouse.gov, Remarks by the President, décembre 2001.

[4] Il est difficile d’avoir des éléments précis. Ceux-ci correspondent à la date du 1er février 2003, à l’inventaire officiel des équipements de l’armée américaine dans ses 4 composantes : aérienne (Air Force), navale (Navy) terrestre (Army), et Marines.

[5] Airpower Journal, Fall 1996, page 70.

[7] Entretien avec Jürgen Habermas, « Qu’est-ce que le terrorisme ? », Le Monde diplomatique, février 2004, page 17.

[8] Général Pierre Marie GALLOIS, « Ces Guerres qui abattent une civilisation », juin 2005,
http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Analysesterrorisme/guerres-civilisations.html

[9] Serge Sur, « l’Hégémonie américaine en question », AFRI, 2002, page 3.

[10] Idem, page 41.

[11] Major Robert C . Nolan II, “The Pilotless Air Force ? A Look at Replacing Human Operatos with Advanced Technology”, Research Departement Air Command and Staff College, mars 1997, page 36.

[12] Gilles Andréani, « La guerre contre le terrorisme : le piège des mots », AFRI 2003, page 110.

[13] A/1783, “Les capacités militaires européennes dans le contexte de la lutte contre le terrorisme international”, 3 juin 2002, page 6.

[14] Xavier Crettiez et Isabelle Sommier, “Les attentats du 11 septembre: continuité et rupture du terrorisme », AFRI 2002, page 62.

[15] Idem, page 67.

[16] Laurent Bonelli, “Quand les services de renseignement construisent un nouvel ennemi”, Le Monde diplomatique, avril 2005.

[17] Gilles Andréani, Op. Cit., p. 106, note de bas de page.

[18] Didier Bigo et Daniel HERMANT, « Guerre et Terrorisme », 1986.
http://www.conflits.org/document.php?id=1146

[19] Laurent Bonelli, “Quand les services de renseignement construisent un nouvel ennemi”, Le Monde diplomatique, avril 2005, page 12.

[20] Gilles Andréani, Op. Cit., p. 113, 114.

[21] « Les civils, premières victimes de la guerre », Libération, 18 juillet 2005.

[22] Bill Sweetman, « Birth Of a Predator », Unmanned Systems, mars – avril 2005, page 38. Cet auteur peut être contacté à l’adresse courriel suivante: BillSweetman@compuserve.com

[23] Bill Sweetman, Op. Cit., p. 41.

[24] Bertrand Slaski, « L’Europe des drones », Science et Vie hors série « Aviation 2005 », juin 2005, p. 133.

[25] Elisabeth Bone et Christopher Bolckcom, Op. Cit., p. 7.

[26] Unmanned Systems, « Predators Protect Troops in Iraq », mars 2005, p. 8.

[27] Voir notamment un article de l’auteur intitulé « Etat de la prolifération des armes de destruction massive », paru en 4 parties dans le Quotidien d’Oran en février 2005.

[28] Il existe différend modèle de drone Misrad. Ceux employés par le Hezbollah sont des Misrad 1. Le Misrad 2 a pour vocation la photographie navale et est fréquemment utilisé par l’Iran dans le Golfe persique pour surveiller les navires américains.

[29] Major Robert C . Nolan II, Op. Cit. p. 5.

[30] L’Algérie a été évoquée régulièrement comme un client de l’industrie dronautique israélienne. Il est par contre certain qu’Alger a acheté au Sud-africain Denel divers drones.

[31] A/59/686 – S/2005/58, 1er février 2005, voir également A/59/686 – S/2004/1021, 29 décembre 2004. dans ce dernier document, 5 survols du territoire libanais par des drones israéliens sont constatés entre le 15 décembre et 19 décembre 2004.

[32] Union de l’Europe Occidentale, « Les avions de combat sans pilote et l’avenir de l’aéronautique militaire », A/1884, 30 novembre 2004, paragraphe 32.

[33] Craig Hoyle, « Yemen drone strike : just the start ? », Jane’s Defence Weekly, 8 novembre 2002.

[34] Carl Doyon, « Le remplacement du CF-18 Hornet : le drone de combat ou l’avion de combat Joint Strike Figther », Revue militaire canadienne, volume 6, printemps 2005.

[35] Idem.

[36] Air Force Background Paper, 31 janvier 2003.

[37] Charles Enderlin, « Les erreurs de stratégie d’Israël », Libération, 13 juillet 2005, p. 32.

[38] Aaron Klein, « Israel’s secret drone revealed », WorldNetdaily.com, 3 juin 2005.

[39] W.J. Smuda, L. Freiburger, S. Rogan et G. Gerhart, « Robots at War – Experiences in Iraq and Afghanistan », Us Army, TARDEC Robotocs Lab, 2005.

[40] Fiche de présentation du robot « Talon » de la firme Foster – Miller : www.foster-miller.com

[41] Lieutenant Colonel Mochin, « Avion piloté ou drone de combat : quel sera le vecteur armé des opérations aériennes de demain ? », Collège interarmées, mars 2003.

[42] Unmmaned System, “X-45 A UCAVs Show Combat Skills”, mars 2005, p. 8.

[43] Andrew Feickert, « The Army’s Future Combat System (FCS) : Background and Issues for Congress », CSR report for Congress, 28 avril 2005.

[44]
http://www.defense-update.com/products/g/guardium.htm

[45] Aaron Klein, “Israel creating “remote control” border. Star Wars-like systeme will indetifi, kill terrorists”,WorldNetDaily, 19 juin 2004.

[46] Major Kenneth E. Thompson, « F-16 Uninhabited Air Combat Vehicles”, Air Command ans Staff College, Air University, Maxwell Air Force, Alabama, 1998.

[47] Major Kenneth E. Thompson, « F-16 Uninhabited Air Combat Vehicles”, Air Command ans Staff College, Air University, Maxwell Air Force, Alabama, 1998.

[48] Union de l’Europe Occidentale, « Les avions de combat sans pilote et l’avenir de l’aéronautique militaire », A/1884, 30 novembre 2004.

[49] Major Kenneth E. Thompson, « F-16 Uninhabited Air Combat Vehicles”, Air Command ans Staff College, Air University, Maxwell Air Force, Alabama, 1998.

[50] Lieutenant Colonel Vandendorpe, « Le drone : un outil révolutionnaire pour la conduite de la campagne aérienne de demain ? », Collège inter armées, mars 2003.
http://www.college.interamress.defense.gouv.fr/03pub/memoire/mem-fic/htm

[51] Nolan, op. cit., p. 11.

[52] Major Robert C . Nolan II, “The Pilotless Air Force ? A Look at Replacing Human Operators with Advanced Technology”, Research Departement Air Command and Staff college, mars 1997, page 36.

[53] Supplément au TTUn°528, 16 février 2005, lettre hebdomadaire d’informations stratégiques, page 3.

[54] Union de l’Europe Occidentale, « Les avions de combat sans pilote et l’avenir de l’aéronautique militaire », A/1884, 30 novembre 2004.

[55] Général Reimer, cours donnés en septembre 1996 au USAF Air Command and Staff College, Maxwell, Alabama.

[56] Lieutenant Colonel Mochin, « Avion piloté ou drone de combat : quel sera le vecteur armé des opérations aériennes de demain ? », Collège inter armées, mars 2003.

http://www.college.interamress.defense.gouv.fr/03pub/memoire/mem-fic/htm

[57] Ce projet est développé pour la Marine américaine par l’Université de Los Angeles. Ce réseau n’est pas sans rappeler le réseau Skynet du célèbre film Terminator. http://www.accountancyage.com/vnunet/news/2118786/navy-recruits-network-unmanned-vehicles
[58] Ce film est intitulé « furtif ». Un avion de combat à intelligence artificielle sans pilote humain (EDI), se révèle être un combattant hors pair. Lors d’un vol, EDI est touché par la foudre. Le cerveau du drone a des réactions étranges. Lors de leur mission suivante, EDI rencontres des problèmes, et les pilotes qui vole en binôme avec lui décident d'annuler la mission... mais EDI refuse d'obéir à ses ordres et mène tout de même l'attaque. EDI poursuit alors de lui-même mission qui, si elle aboutit, pourrait bien entraîner une guerre nucléaire à l'échelle mondiale... A l’opposé de ce film américain, sort en même temps un film français intitulé l’avion et racontant l’histoire d’une amitié entre un enfant et un avion rendu vivant par la haute technologie. A travers ces deux films, deux visions du monde sont perceptibles.Ajoutez votre contenu ici .

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Published by Karim Lakjaa - dans article classé
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commentaires

Replique M16 31/08/2016 11:58

Réflexion assez intéressante sur ce conflit qui mine notre société et le monde :(