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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 16:09

 

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Depuis le démantèlement du contrepoids soviétique et la fin du monde bipolaire, le « nouvel ordre mondial » promis par Bush père a accouché d'un monde de guerres permanentes qui démontrent la justesse de l'affirmation faite par Jean Jaurès à la veille de la Première Guerre mondiale : « Le capitalisme produit la guerre comme la nuée porte l'orage ». Ce système, sans le contrepoids du mouvement social (et socialiste) des peuples, ne semble que pouvoir mener vers des guerres permanentes, à la fois explicables logiquement et absurdes dans une perspective historique longue. Vingt ans, cela permet d'avoir la distance nécessaire permettant de déceler les processus et démontrer le caractère illusoire ou hypocrite de ceux qui ont pu soutenir que la fin du « socialisme réel » allait aboutir à la fin de la spirale des dépenses consacrées aux guerres ...et des profits qu'en tirent les propriétaires-actionnaires du système. Pour s'en convaincre, il faut aller chercher l'information au centre même de « l'empire » qui, pour le moment, permet toujours d'avoir accès à beaucoup de ses propres analyses et de ses propres stratégies, preuve qu'il n'est pas réductible à une simple conspiration de ses élites. Analyses qu'il faut ensuite traiter avec la distance nécessaire, en s'appuyant sur l'expérience historique. Ce qui est particulièrement faisable dans les sociétés visées de longue date par l'agressivité du « centre ». En particulier donc en Amérique latine, et ce que démontre cet article. Région du monde suivie çà et là dans ce processus de compréhension du monde politique réellement existant d'aujourd'hui par d'autres « sociétés émergentes », au moment où le principal théâtre d'affrontement entre puissances en crise et puissances émergentes se déroule dans ce que George W. Bush a défini comme « le Grand Moyen-Orient », espace où les sociétés peinent depuis le début dudit « printemps arabe » à différencier ce qui provient de tensions et de pesanteurs internes à leurs propres sociétés de ce qui est généré, exploité et manipulé par des intervenants étrangers.

 

L'article ci-joint analyse dans le détail la logique économico-militaire du système dominant en crise. Il explique les processus de privatisation, de militarisation, de mercenarisation et de lumpenisation qu'il exporte sur la planète entière. Il esquisse également les contours de son évolution interne, reprenant en fait ce que Karl Marx avait déjà théorisé sous le nom de « loi de la rétribution historique » dans un article qu'il avait écrit dans le New York Tribunesur la révolte des Cipayes aux Indes qui entraîna des violences d'une rare ampleur contre les colons anglais et les Indiens convertis au christianisme. Violences que la propagande coloniale anglaise expliquait par la barbarie des insurgés hindous et musulmans, et que Marx expliqua comme une violence réactive des « offensés » qui retournaient en fait à ses géniteurs la violence originelle de situation et de répression introduite par les « offenseurs ». Or, nous pouvons constater aujourd'hui que la barbarisation des relations et des guerres qui se déroulent sous nos yeux dans tout ledit « Grand Moyen-Orient », et qui fut d'abord testée en Amérique latine puis en Yougoslavie, provient en fait des centres mêmes de l'empire. Violence aveugle, sectaire, effrayante, qui entraîne un processus de barbarisation croissante des relations à l'intérieur même du « centre ».

 

La Rédaction

 

 


La mutation du système d'intervention militaire des

 

États-Unis

-

Printemps 2013



Par Jorge Beinstein*

   

 

Traduit de l'espagnol par Ramon Bell-LLoch

(version en espagnol à la fin - version en espanol al final del articulo)


 

« Les Illusions désespérées produisent de la vie dans tes veines »

St. Vulestry



« Les gens croient que les solutions proviennent de leur capacité à étudier raisonnablement la réalité discernable. En réalité, le monde ne fonctionne déjà plus ainsi. Nous formons maintenant un empire et, quand nous agissons, nous créons notre réalité propre. Et pendant que  tu étudieras cette réalité là, nous, nous agirons de nouveau, en créant d'autres réalités que tu pourras aussi étudier. Nous sommes les acteurs de l'histoire, et,  à vous, à vous tous, il ne vous reste seulement qu'à étudier ce que nous faisons ».

Karl Rove, Conseiller de George W. Bush, été 20021



Guerre et économie


Des concepts comme celui de « keynésianisme militaire » ou d' « économie de la guerre permanente » constituent de bons déclencheurs pour comprendre le long cycle de prospérité impériale des États-Unis : Leur décollage il y a un peu plus de sept décennies, leur essor et leur réponse récente à son étape d'épuisement ouvrant un processus militariste-décadent actuellement en cours.


En 1942, Michal Kalecki exposait le schéma de base de ce qui a été postérieurement connu sous le nom de « keynésianisme militaire ». En s'appuyant sur l'expérience de l'économie militarisée de l'Allemagne nazie, l'auteur signalait les résistances des bourgeoisies d'Europe et des États-Unis à l'application de politiques étatiques de plein emploi basées sur des stimulants directs consacrées au secteur civil et leur prédisposition à les favoriser quand on les orientait vers les activités militaires2. Par la suite, Kalecki, déjà en pleine Guerre froide, décrivit les caractéristiques décisives de ce qu'il qualifiait comme étant le triangle hégémonique du capitalisme USAnien3 qui combinait la prospérité interne avec le militarisme décrit comme la convergence entre des dépenses militaires, la manipulation médiatique de la population et de hauts niveaux d'emploi4.

Cette ligne de réflexion, à laquelle ont adhéré entre autres Harry Magdoff, Paul Baran et Paul Sweezy, postulait à la fois une économique marquée par le succès à moyen terme de la stratégie de « l'économie du Beurre + des Canons » (« Guns and Butter Economy ») et le renforcement simultané de la cohésion sociale interne des États-Unis avec de leur présence militaire globale, processus comportant aussi ses limites et annonçant son épuisement inévitable à long terme. Sweezy et Baran pronostiquaient (fort justement) vers le milieu des années 1960 qu'une des limite décisive pour la reproduction du système provenait de la dynamique technologique du keynésianisme militaire elle-même, provoquée par la sophistication technique croissante de l'armement qui tendait inévitablement à augmenter la productivité du travail en réduisant ses effets positifs sur l'emploi, ce qui, en finale, aboutirait à ce que l'augmentation des coûts de l'armement aurait des effets nuls, voire négatifs, sur le niveau général de l'emploi5.

 

Ce qui a été rendu évident depuis la fin des années 1990, quand a commencé une nouvelle étape d'augmentation des dépenses militaires, processus qui se poursuit actuellement, et qui a marqué la fin de l’ère du keynésianisme militaire. Le développement actuel aux États-Unis de l'industrie de l'armement et de ses secteurs associés augmente les dépenses publiques, causant un déficit fiscal et un endettement, sans contribuer pour autant à augmenter en termes nets le niveau général de l'emploi. En réalité, le poids financier et le développement technologique de ce secteur contribuent de manière décisive à maintenir de hauts niveaux de loisirs et une croissance économique nationale anémique ou négative qui le transforme en fait en catalyseur accélérant et approfondissant la crise de l'Empire6.


D'autre part, les premiers textes relatifs à ce qu'on a appelé l' « économie de la guerre permanente » sont apparus aux États-Unis au début des années 1940. Il s’agissait d'une vision simplificatrice quisous-estimait, généralement, les rythmes et les raccourcis concrets de l'histoire, mais qui s'avère aujourd'hui suprêmement utile pour comprendre le développement du militarisme dans le très long terme. Vers 1944, Walter Oakes définissait une nouvelle phase du capitalisme où les dépenses militaires occuperaient une position centrale ; il ne s'agissait pas d'un fait conjoncturel imposé par la Seconde Guerre mondiale alors en cours, mais d'une transformation qualitative intégrale du système dont la reproduction étendue universellement pendant plus d'un siècle, avait fini par produire des masses d'excédents de capital qui ne trouvaient pas d'espaces d'application dans les puissances centrales dans l'économie civile productrice de biens et services de consommation et de production.


L'expérience des années 1930, comme le démontrait Oakes, indiquait que ni les chantiers publics mis en oeuvre lors du New Dealde Roosevelt aux États-Unis, ni la construction d'autoroutes en Allemagne nazie, n'avaient pu aboutir à une reprise significative de l'économie et de l'emploi : c'est seulement la mise en ordre de marche d'une économie de guerre en Allemagne, et à partir de 1940 aux États-Unis qui avait permis d'atteindre dans un premier temps ces objectifs7. Dans le cas allemand, la course à l'armement s'est terminée par une défaite catastrophique, dans le cas USAnien, la victoire n'a pas mené à la réduction du système militairo-industriel, mais au contraire, à son expansion.


Avec la diminution des effets économiques de la guerre, l'économie des États-Unis a commencé à connaître un refroidissement, et le danger de récession a alors pointé son nez, mais le début de la guerre froide puis la guerre de Corée (1950) ont éloigné ensuite ce spectre, en ouvrant un nouveau cycle de dépenses militaires.


En octobre 1949, le professeur de l'Université de Harvard, Summer Slichter, qui jouissait d'un grand prestige, indiquait devant une convention de banquiers : « La Guerre (Froide) augmente la demande de biens, aide à maintenir un haut niveau d'emploi, accélère le développement de la technologie, donc elle créée tout ce qui améliore le niveau de vie dans notre pays… En conséquence, nous devrions remercier les Russes pour leur contribution à ce que le capitalisme fonctionne mieux que jamais aux États-Unis ». Et vers 1954, la revue U.S. News andWorld Reportpouvait du coup formuler un tel constat : « Ce que signifie pour le monde des affaires la Bombe H ? : une longue période de grosses ventes qui iront en augmentant durant les prochaines années. Nous pourrions conclure par cette affirmation : la bombe H a jeté la récession par la fenêtre »8.


Comme l'indiquait au début des années 1950, T . N. Vance, un des théoriciens de « l'économie de la guerre permanente », les États-Unis avaient désormais versé dans une succession de guerres qui définissaient de manière irréversible les grandes orientations de la société, y compris, après la guerre de Corée, lorsqu'il convenait seulement d'attendre de nouvelles guerres9. Dans le texte constitutif de sa théorie, Walter Oakes formulait deux prévisions décisives : l'inévitabilité d'une Troisième Guerre mondiale qu’il plaçait vers 1960 et l'appauvrissement des travailleurs USAniens depuis la fin des années 1940, provoquée par la dynamique de concentration des recettes effectuées par le complexe militairo-industriel10.


Nous pouvons considérer en principe que ces prévisions se révélèrent inexactes. La Troisième Guerre mondiale ne s'est pas produite malgré le renforcement de la tendance vers la prolongation de la Guerre froide, qui a pu maintenir la vague militariste pendant plus de quatre décennies traversées par deux grandes guerres régionales (les guerres de Corée et du Vietnam) accompagnées d'une série dense d'interventions impériales directes et indirectes, petites et moyennes. Et, quand la Guerre Froide se termina, après un bref intervalle durant les années 1990, la guerre universelle de l'Empire s'est finalement poursuivie, cette fois contre de nouveaux « ennemis » qui justifiaient son prolongement (« guerres humanitaires », « guerre globale contre le terrorisme », etc, etc.) : l'offre de services militaires, l' « appareil militariste » et les secteurs associés à ce dernier créaient, inventaient, leur demande propre. L'appauvrissement des classes affaiblies des États-Unis ne s'est pas produit non plus d'une façon précipitée ; au contraire, la redistribution keynésienne de recettes a pu être maintenue jusqu'aux années 1970, le niveau de vie des
travailleurs et des classes moyennes s'est amélioré substantiellement, et l'interaction positive entre militarisme et prospérité générale a fonctionné. Plusieurs facteurs ont contribué à cela, parmi lesquels l'exploitation de la vaste périphérie du monde grâce à l’émergence des États-Unis comme superpuissance mondiale appuyée sur leur appareil militaire, le rétablissement des puissances capitalistes touchées par la guerre (Japon, Europe occidentale) et qui se sont retrouvées étroitement associées aux États-Unis dans la nouvelle ère ainsi que l'énorme effet multiplicateur au niveau interne des dépenses militaires sur la consommation, l'emploi et l'innovation technologique. Certains de ces facteurs, sous-estimés par Oakes, avaient cependant été indiqués vers le milieu des années 1960 par Sweezy et Baran11.


Toutefois, c'est l'arrivée de Ronald Reagan à la Maison Blanche (1980) qui marqua une rupture avec cette tendance (bien que déjà depuis les années 1970 les premiers symptômes de la maladie soient apparus), et on entama alors un processus de concentration des profits qui a augmenté de plus en plus vite dans les décennies postérieures. Entre 1950 et 1980, le 1% le plus riche de la population des États-Unis absorbait près 10% du profit national (et même moins entre 1968 et 1978), mais à partir du début des années 1980, cette proportion a monté, et vers 1990 elle atteignait 15% et s'approchait de 25% en 2009 ; Pour leur part, les 10% les plus riches absorbaient 33% de la richesse nationale en 1950, se maintenant toujours sous les 35% jusqu'à la fin des années 1970, alors qu'en 1990 ils arrivèrent à 40% et à 50% en 200712.


Le salaire horaire moyen a augmenté en termes réels depuis les années 1940 jusqu'au début des années 1970 lorsqu'il a commencé à diminuer, et un quart de siècle plus tard, il avait baissé de presque 20% 13. À partir de la crise de 2007-2008, et avec l'augmentation rapide du loisir la concentration des bénéfices et la chute des salaires se sont accélérées : quelques auteurs utilisent le terme d' " « implosion salariale »14 pour qualifier cette évolution. Une bonne expression pour caractériser la détérioration sociale correspondant à l'augmentation de la proportion des USAniens recevant des bons d'aide alimentaire (« food stamps »). Cette population indigente atteignait presque 3 millions en 1969 (en pleine prospérité keynésienne), mais elle est montée à 21millons en 1980, à 25 millions en 1995 et à 47 millions en 201215.


Pendant ce temps, les dépenses militaires n'ont pas cessé de croître, propulsées par des vagues bellicistes successives incluses lors du premier grand cycle, celui de la Guerre froide (1946-1991), puis lors du second cycle de la « guerre contre le terrorisme » et des « guerres humanitaires », depuis la fin des années 1990 jusqu'à présent (Guerre de Corée, Guerre du Vietnam, « Guerre des Étoiles » de l’ère Reagan, Guerre du Kosovo, Guerres d'Irak et d'Afghanistan, etc. etc). Après la Seconde Guerre Mondiale, nous pouvons établir deux périodes bien différenciées dans la relation entre les dépenses publiques et la croissance économique (et celle de l'emploi) aux États-Unis. La première s'étend du milieu des années 1940 jusqu'à la fin des années 1960 lorsque les dépenses publiques augmentaient et que les taux de croissance économique étaient maintenus à un niveau élevé, ce furent les années dorées du keynésianisme militaire. Période qui fut suivie par une période où les dépenses publiques continuèrent à augmenter tendanciellement alors que les taux de croissance économique oscillaient autour d'une ligne descendante, marquant ainsi la décadence puis la fin du keynésianisme : l'effet multiplicateur positif des dépenses publiques déclina inexorablement jusqu'à arriver au point où se pose un dilemme sans solution. Chose qui devint évidente au cours de ces dernières années de croissance économique anémique, lorsque la réduction des dépenses de l'Etat produit des forts effets récessifs tandis que son accroissement possible (à chaque fois moins possible) n’améliore pas de manière significative la situation. De la même façon que le « succès » historique du capitalisme libéral au XIXe siècle a produit simultanément les conditions de sa crise, son stade supérieur, keynésien, a aussi généré les facteurs de sa décadence postérieure.


Le succès de la marche du capitalisme libéral dans sa phase initiale s'est terminé par une gigantesque crise de surproduction et une accumulation de capitaux qui a libéréles rivalités inter-impérialistes, aboutissant au militarisme qui a prit la forme de la Première Guerre mondiale (1914-1918). La « solution » à cette époque a consisté tout spécialement à organiser l'expansion de l'État, de sa structure militaire, avec l'Allemagne et le Japon jouant un rôle pionnier dans ces évolutions. Puis une période de transition turbulente entre le vieux et le nouveau système a duré environ trois décennies (1914-1945) à partir de quoi ont émergé stratégiquement les États-Unis comme seule superpuissance capitaliste intégrant dans sa sphère de domination les autres grandes économies du système. Le keynésianisme militaire est alors apparu dans le centre dominant des États-Unis : au centre même du monde capitaliste. Vance indiquait que « avec le début de la Seconde Guerre Mondiale, les États-Unis et le capitalisme mondial sont entrés dans ce qui est la nouvelle ère de l’Économie de la Guerre Permanente»16. Voilà ce qui se passa si nous comprenons ce processus comme étant marqué par la victoire définitive du nouveau système qui fut précédée par une étape préparatoire complexe, entamée pendant la seconde décennie du XXe siècle.


Sa genèse a été marquée par le nazisme, première tentative à succès-catastrophe du « keynésianisme militaire »: sa trame idéologique, qui porte jusqu'à la limite la plus extrême le délire de suprématie occidentale, continue à apporter des idées aux méthodes impérialistes les plus radicales de l'Occident, comme le démontrent les faucons George W. Bush ou les néonazis sionistes du XXIe siècle. D'autre part, des études rigoureuses sur le phénomène nazi permettent de découvrir non seulement ses racines européennes (fascisme italien, nationalisme français, etc.) mais aussi USAnienes17. Et cela même si après la Seconde Guerre mondiale, le triomphe de l'économie militarisée aux États-Unis a pris une apparence « civile » et « démocratique », permettant de dissimuler ses fondements guerriers. La décadence du keynésianisme militaire trouve une première explication dans son hypertrophie et son intégration dans un espace parasitaire impérial plus vaste où la base financière occupe une place décisive. Dans une première étape, l'appareil industriel et son environnement se sont développés en transformant aux frais de l'État des emplois directs et indirects orientés vers des transferts technologiques dynamisant du secteur privé, et garantis par des opérations impérialistes menées vers l'extérieur, etc. Mais avec le temps, la promotion de la prospérité impériale a stimulé et a été stimulée par une multiplicité de méthodes sociales parasitant le reste du monde en même temps qu'elles prenaient un poids interne chaque fois plus grand.


En outre, la dynamique de développement de la croissance économique continue s'est terminée en provoquant la saturation des marchés locaux, les accumulations croissantes de capital, la concentration d’entreprises et des profits. Le capitalisme USAnien et global se dirigeait à la fin des années 1960 vers une grande crise de surproduction « provoquant les premières perturbations importantes sous la forme de crises monétaires (crise de la livre sterling, fin de l'étalon dollar-or en 1971), des chocs énergétiques (chocs pétroliers de 1973-74 et 1979) traversés par des ajustements inflationnistes et récessifs ». Dans les décennies suivantes, la crise n'a pas été dépassée mais elle a été amortie, retardée et traversée grâce à la surexploitation et au pillage de la périphérie, à la financiarisation, à l'augmentation des dépenses militaires, etc. Tout cela n'a pas permis cependant de réinstaller le dynamisme de l'après-guerre mais a seulement empêché l'écroulement du système en atténuant la maladie sur le court-terme, tout en l'aggravant sur le long terme. Le taux de croissance réelle de l'économie USAniene a connu une ligne descendante de manière irrégulière et, en conséquence, ses coûts improductifs croissants ont été chaque fois moins compensés par la collecte fiscale. Au déficit fiscal, est venu aussi s'ajouter le déficit du commerce extérieur provoqué par la perte de la compétitivité globale de l'industrie.


L'Empire s'est alors transformé en un méga parasite mondial, accumulant des dettes publiques et privées, et versant dans un cercle vicieux déjà connu dans d'autres empires en décadence : le parasitisme dégrade le parasite et le rend plus dépendant du reste du monde parce qu’il exacerbe son interventionnisme global, son agressivité militaire.


Le monde est trop grand du point de vue de ses ressources concrètes (financières, militaires, etc.) mais la réalisation de l'objectif historiquement impossible de domination globale constitue pourtant la seule possibilité de salut pour l'Empire. Les dépenses militaires et le parasitisme en général augmentent, les déficits croissent, l'économie se bloque, la structure sociale interne se détériore… ce que Paul Kennedy définissait comme une « extension impériale excessive »18 devient un fait objectif déterminé par les nécessités impériales qui opèrent comme un piège historique dont l'Empire ne peut pas sortir.

 


Dépenses militaires


Les dépenses militaires des États-Unis sont sous-estimées dans les statistiques officielles. En 2012, les dépenses du Département de la Défense ont atteint officiellement quelque 700 milliards de dollars US. Mais, si à ces dernières, on ajoute les dépenses militaires diluées dans d'autres secteurs du Budget (Département d'État, USAID, Département de l'Énergie, CIA et autres agences de sécurité, paiements d'intérêts, etc.) on arriverait à un chiffre proche a des 1.3 billions (millions de millions) de dollars US19. Ce chiffre représente presque 9% du produit intérieur brut, 50% des recettes fiscales prévues, 100% du déficit fiscal. Ces dépenses militaires réelles ont représenté presque 60% des dépenses militaires globales, et si nous ajoutons à cela les dépenses de leurs partenaires de l'OTAN et de quelques pays vassaux situés hors de l'OTAN comme l'Arabie Saoudite, Israël ou l'Australie, on arriverait à un taux d'au moins 75%20. À partir du grand élan initial de la Seconde Guerre mondiale et de la diminution des dépenses militaires réelles de USA dans l'immédiat après-guerre, c'est une tendance globalement ascendante qui a succédé, et qui a traversé quatre grandes vagues militaristes : la guerre de Corée au début des années 1950, la guerre du Vietnam depuis les années 1960 jusqu'à la moitié des années 1970, la « guerre des étoiles » de l’ère Reagan dans les années 1980 et les guerres « humanitaires » et « contre la terreur » de l'après guerre froide.


Le keynésianisme militaire de l'Empire provient du passé, mais l'idée que guerre externe et prospérité interne vont de pair continue à dominer l’imaginaire de vastes secteurs sociaux aux États-Unis, constituent des survivances idéologiques sans plus aucune base réelle dans le présent mais sert d'instrument pour la légitimation des aventures guerrières. Nestor Kirchner, l'ancien président argentin, a révélé dans une entrevue qu'il a eu avec le metteur en scène Oliver Stone pour son documentaire « South of the Border », que l'ancien président des États-Unis George W. Bush était convaincu que la guerre constituait la manière de faire croître l'économie des États-Unis. La rencontre entre les deux présidents s'est déroulée lors d'un sommet à Monterrey, au Mexique, en janvier 2004, et la version qu'en donnait le président argentin est la suivante : « J'ai dit au Président Bush que la solution aux problèmes se posant à l'heure actuelle, était celle du lancement d'un nouveau Plan Marshall. Il s’est mis en colère et m'a dit que le Plan Marshall était une idée folle des démocrates, et que la meilleure façon de revitaliser l'économie c'est la guerre. Et que les États-Unis se sont renforcés avec la guerre. »21


Récemment, Peter Schiff, Président du consultant financier « Euro Pacific Capital » a écrit un article délirant largement diffusé par les publications spécialisées dont le titre dit tout : « Pourquoi pas une autre guerre mondiale ? »22.


Son article commence en montrant le consensus qui règne entre les économistes et selon lequel, la Seconde Guerre Mondiale a permis aux États-Unis de dépasser la Grande dépression et que si les guerres d'Irak et d'Afghanistan ne sont pas parvenues à réactiver de manière durable l'économie USAnienne cela est dû au fait que « ces conflits sont trop limités pour être économiquement importants ».

 

Si nous concentrons notre analyse sur les dépenses militaires, le PIB et l'emploi, nous constatons ce qui suit : les dépenses militaires sont passées de 2 800 millions de dollars US en 1940, à 91 milliards en 1944, ce qui a propulsé le Produit intérieur Brut nominal de 101 milliards de dollars US en 1940 à 214 milliards en 1944 (il a doublé en seulement quatre ans), le taux de chômage a alors baissé à peine de 9% en 1939 à 8% en 1940, mais en 1944, il était tombé à 0.7 %. Le premier bond important dans les dépenses militaires s’est produit entre 1940 et 1944, quand elles sont passées de 2 800 millions de dollars US à 12 700 millions, soit l'équivalent de 10% du PIB23, une proportion assez semblable à celle de 2012 (1.3 billions de dollars US, approximativement 9% du PIB). Ceci signifie que les dépenses militaires de 1944 équivalaient à quelque sept fois celles de 1941. Si nous comparons ce bond aux chiffres actuels, cela signifie que les dépenses militaires réelles des États-Unis devraient arriver en 2015 à quelques 9 billions (millions de millions) de dollars US, soit l'équivalent de sept fois le déficit fiscal de 2012.


Mais des bonds successifs dans les dépenses publiques entre 2012 et 2015 provoqueraient une gigantesque masse de déficits que ni les épargnants USAniens ni ceux du reste du monde ne sont en état de couvrir en rachetant des titres de dette d'un empire devenu fou. Schift rappelle dans son article que les épargnants USAniens ont acheté pendant la Seconde Guerre mondiale 186 milliards de dollars US de bons de la dette publique équivalents à 75% de la totalité des dépenses du gouvernement fédéral entre 1941 et 1945, mais il conclue en constatant que cette « prouesse » est aujourd'hui impossible. Simplement, nous explique Schift qui pousse à l'extrême son raisonnement sinistre, parce qu'il n'y a pas où obtenir l'argent nécessaire pour mettre en marche une stratégie militaire qui relancerait l’économie comme ce fut le cas de 1940-45. En fait, cette impossibilité a des causes encore beaucoup plus profondes. L'économie des États-Unis de 1940 était dominée par des secteurs productifs, principalement industriels, alors que, actuellement, avec la consommation, le développement de toute une classe de services parasitaires (en commençant par la finance), la décadence généralisée de la culture de production, etc., aboutissent à ce que, même en appliquant une injection de dépenses publiques équivalente à celle de 1940-45, on ne pourrait obtenir une réactivation de même envergure. Le parasite est devenu trop fort, sa sénilité est très avancée, il n'y a aucune médication keynésienne qui peut traiter ou qui, au moins, serait capable de reconstituer une partie significative de sa vigueur juvénile.



Privatisation, développement de l'économie informelle, élitarisme et lumpen-impérialisme


La stratégie de guerre asiatique, la plus ambitieuse de l'histoire des États-Unis, a fracassé la stabilité politique et économique. La stratégie de domination de la bande territoriale qui s'étend des Balkans jusqu'au Pakistan en passant par la Turquie, la Syrie, l'Irak, l'Iran et les ex- républiques soviétiques d'Asie centrale est taujourd'hui embourbée. Toutefois, son développement a permis de transformer le dispositif militaire de l'Empire en transformant ses machines de guerre traditionnelles en un nouveau système flexible, à mi-chemin entre les structures formelles régies par la discipline militaire conventionnelle et les réseaux touffus d'amateurs groupés autour de noyaux opérationnels officiels et de bandes de mercenaires. Le processus d'intégration de mercenaires dans les opérations militaires trouve ses antécédents dans les derniers moments de la guerre froide, avec l'organisation des « contras » au Nicaragua et  des « moudjahidines » en Afghanistan qui peuvent être considérés comme les premiers pas durant les années 1970 et 1980 vers de nouvelles stratégies d'intervention. Des dizaines de milliers de mercenaires ont alors été formés, armés et financés pour aboutir à des résultats réussis pour l'Empire. Selon diverses études sur le sujet, les États-Unis et l'Arabie Saoudite ont dépensé alors quelque 40 milliards de dollars US dans les opérations afghanes (quand a commencé sa carrière internationale à cette époque le jeune ingénieur Osama Bin Laden) en portant un coup décisif à l'URSS24. Un autre pas important a été franchi avec les guerres ethniques en Yougoslavie, pendant les années 1990, lorsque les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN, avec l'Allemagne en tête, ont mené à bien une tâche complexe de désintégration de cet Etat, avec un succès qui s'est appuyé sur l'utilisation de mercenaires. Le cas le plus notoire a été celui de la guerre du Kosovo, quand l'UCK (« Armée de Libération du Kosovo ») est apparue, et dont les membres furent principalement recrutés à partir de réseaux mafieux (trafic de drogues, etc.) et sous le commandement direct de la CIA, puis en étendant ses liens jusqu'à l'ISI (le service de renseignement du Pakistan). Actuellement, l' « État » kosovar « indépendant » se voit relié à l'intervention de l'OTAN en Syrie, ce qui explique pourquoi, en juin 2012, le ministre russe des Affaires étrangères exigeait la cessation des opérations de déstabilisation de la Syrie effectuées depuis le Kosovo25.


Ces nouvelles pratiques d'intervention ont été accompagnées par un intense processus de réflexion des stratèges impériaux provoqué par la défaite au Vietnam. La « Guerre de basse intensité » a constitué un de ses résultats, et les théorisations autour de ce qui a été appelé la « Guerre de Quatrième Génération (4GW) » ont consolidé la nouvelle doctrine militaire dont l’acte constitutif a été rédigé en 1989 par William Lind et trois membres des forces armées des États-Unis qui ont alors publié leur article dans le Marine Corps Gazette26où furent dès lors effacées les frontières entre les secteurs civil et militaire : toute la société ennemie, et spécialement son identité culturelle, devient dès ce moment, l'objectif de la guerre. La nouvelle guerre est définie comme étant une guerre décentralisée, en mettant l'accent sur l'utilisation de forces militaires « non étatiques » (c'est-à-dire paramilitaires), et en employant des tactiques d'usure propres aux guérillas, etc. A cela s'ajoute l'emploi intense du système médiatique qui doit être concentré afin de pouvoir viser l'ensemble de la société ennemie sous le terme d' « annonce publique globale » (le peuple ennemi est simultanément attaqué psychologiquement et isolé du reste du monde) combiné avec des actions de guerre de haut niveau technologique. Dans ce dernier cas, il s'agit de profiter de la fracture technologique gigantesque existant entre l'empire et la périphérie pour frapper l'adversaire sans être menacé de représailles, ce que les spécialistes appellent la confrontation asymétrique « high-tech/no-tech ».


Les statistiques officielles relatives aux mercenaires sont généralement confuses et partielles, mais quelques données provenant de sources gouvernementales, civiles ou militaires, peuvent nous montrer l'ampleur du phénomène. D'abord, le rôle du Département de la Défense, qui est le principal contractant de mercenaires. La part du budget destiné à ces dépenses a augmenté d'environ 100% entre 2000 et 2005, le plus souvent par le biais de l'utilisation de modalités propres au fonctionnement des grandes entreprises transnationales comme la terciarisation et la relocalisation d'activités, ce qui a produit un gigantesque univers en expansion d'affaires privées consacrées à la guerre … et financées par l'État, et génératrices de règles complexes de corruption et de corrupteurs27.


Le « Commandement Central » militaire des États-Unis (US CENTCOM) a fourni récemment quelques données significatives sur ce sujet : les mercenaires engagés et identifiables comme tels dans le secteur Moyen-Orient/Asie Centrale arriveraient à quelque 137 000 personnes travaillant directement pour le Pentagone, parmi lesquels seulement quelques 40 000 d'entre eux seraient des citoyens des USA. Mais, selon des données du Département de la Défense, et en ajoutant les données de l'Afghanistan et de l'Irak, il y aurait en fait 190 000 mercenaires sur le terrain contre quelques 175 000 soldats réguliers, soit 52% du total 28.


À ces chiffres, nous devons d'abord rajouter celui de mercenaires engagés par d'autres secteurs du gouvernement US, comme le Département d'État ainsi que les contrats dans d'autres zones du monde comme l'Afrique, où l'AFRICOM (commandement militaire US pour ce continent) a augmenté exponentiellement ses activités pendant la dernière décennie. Ce à quoi nous devons encore ajouter les mercenaires agissant sous le commandement stratégique US mais engagés par des pays vassaux, comme les pétromonarchies du Golfe arabo-persique, chose que l'on a pu constater dans les cas libyen et en Syrie.


Doivent être aussi pris en compte les mercenaires présents dans d'autres régions d'Asie et en Amérique latine. Mais le compte ne termine pas encore là, puisqu'à cette nébuleuse il est nécessaire d'ajouter les réseaux mafieux et/ou paramilitaires présents dans tous les continents avec un « personnel disponible » qui s'autofinance grâce à des activités illégales (drogues, prostitution, etc.) protégées de fait par diverses agences de sécurité US comme la DEA (« Drug Enforcement Administration »)ou bien qui intègre les « agences de sécurité privée » très présentes par exemple en Amérique latine et dans d'autres pays périphériques, où elles sont légalement établies et étroitement liées aux agences de sécurité privées US et/ou à la DEA, à la CIA ou à d'autres organismes du renseignement de l'Empire.


Et la liste se prolonge… Récemment a été publiée par le Washington Postune étude relative à l' « ultra-Amérique secrète » (Top Secret America), celle des agences de sécurité. Etude qui nous informe sur l'existence actuelle de 3 202 agences de sécurité (1 271 publiques et 1 931 privées) employant quelques 854 000 personnes, travaillant dans des secteurs comme l' « antiterrorisme », la sécurité intérieure et le renseignement en général, et qui sont domiciliées dans quelque 10 000 lieux répartis à travers le territoire des États-Unis29. En ajoutant les différents chiffres mentionnés plus haut et en évaluant les données occultes, certains experts avancent un nombre approximatif global (pour l'intérieur et hors du territoire des États-Unis) proche du million de personnes présents sur les théâtres de combats de la périphérie, faisant de l'espionnage, élaborant des manipulations médiatiques, activant des « réseaux sociaux », etc.


Comparons par exemple ces données avec les 1 million 400 mille personnes qui forment approximativement le système militaire public de l'Empire. Pour leur part, les troupes régulières ont souffert d'un rapide processus d'informatisation, de rupture avec les normes militaires conventionnelles, et former des commandos d'intervention inscrits dans une dynamique ouvertement criminelle. C'est le cas de ce qu'on appelle le Commandement Conjoint pour les Opérations spéciales ou « JSOC » (Joint Special Operations Command). Commandement conjoint secret en liaison avec le commandement direct du Président et du Secrétaire à la Défense, avec autorité pour élaborer une liste d'assassinats ciblés, et qui possède son propre service de renseignement, sa flotte de drones, ses avions de reconnaissance, ses satellites, et aussi ses groupes de Cyber-guerriers capables d'attaquer les réseaux d'internet. Le JSOC dispose de nombreuses unités opérationnelles. Créé en 1980, puis enterré après son échec retentissant en Iran lorsqu'il a tenté de libérer le personnel de l'ambassade US à Téhéran, il a été récemment ressuscité. En 2001, il disposait de quelques 1 800 membres, mais actuellement, ils arriveraient à 25 000. Dans les derniers temps, il a effectué des opérations létales en Irak, au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie, en Libye, et très probablement au Mexique et en Colombie et ailleurs. Il s'agit d'un groupement d' « escadrons de la mort » de portée globale, autorisé à effectuer toute une catégorie d'opérations illégales, depuis des assassinats individuels ou de masse, jusqu'à des sabotages, des interventions dans la guerre psychologique, etc. En septembre 2003, Donald Rumsfeld avait édicté une résolution plaçant le JSOC au centre la stratégie « antiterroriste » globale, et depuis lors, son importance est allée croissant pour devenir aujourd'hui, sous la présidence du prix Nobel de la paix Barak Obama, une sorte d’exercice clandestin au profil criminel clair sous les ordres directs du Président des Etats-Unis30. Les forces d'intervention des États-Unis ont acquis maintenant une tournure clairement privée-clandestine, conforme au concept de « Guerre de Quatrième Génération », et elles fonctionnent à chaque fois de plus en plus à la marge des codes militaires et des conventions internationales. Un récent article d'Andrew Bacevich décrit les étapes de cette mutation franchies pendant la décennie écoulée et qui aboutissent actuellement à ce que l'auteur nomme « l'ère Wickers » (du nom de l'actuel Sous-secrétaire au renseignement du Département de la Défense) concentré sur l'élimination physique d' « ennemis », l'utilisation dominante de mercenaires, la multiplication de campagnes médiatiques et de réseaux sociaux, tout cela destiné à déstructurer des organisations et des sociétés définies comme hostiles aux USA.


Au début de l'année passée, celle qui était alors Secrétaire d’État, Hillary Clinton, a prononcé une phrase qui ne requiert pas de grandes explications : « Les États-Unis se sont réservés le droit de s'attaquer en tout lieu du monde à tout ceux qui sont considérés comme une menace directe pour leur sécurité nationale »31. Si nous ajoutons à cette orientation mercenaire-gangster de l'Empire, d'autres aspects comme la financiarisation intégrale de leur économie dominée par le court terme, sa désintégration sociale interne avec l'accumulation accélérée de marginaux pour une population totale qui représente 5% de la population mondiale mais comptant une masse de prisonniers équivalent à 25% du total de personnes emprisonnées dans le monde, etc., nous arriverons à la conclusion que nous sommes en présence d'une sorte de lumpenisation de l'impérialisme, désormais complètement dominé par des intérêts parasitaires, embarqué dans une logique destructive de son environnement qui dégrade en même temps ses bases de préservation internes32.



L'illusion du metacontrôle du chaos


Nous pourrions établir une convergence entre l'hypothèse de « l'économie de guerre permanente » et de celle du « keynésianisme militaire », quand ce dernier constituait la première étape du phénomène (qui dura approximativement entre 1940 et 1970). Ce furent les années de la prospérité impériale, alors que ses dernières réalisations étaient déjà mêlées avec des symptômes évidents de crise, période qui se prolongea jusqu'à la fin de la guerre froide. À cette étape fleurissante, succéda une seconde étape post -keynésienne caractérisée par la domination financière, la concentration des profits, la baisse des salaires, la marginalisation sociale et la dégradation du niveau culturel général, avec un appareil militaire qui opérait comme accélérateur de la décadence en provoquant des déficits fiscaux, et des endettements publics. L'option de la privatisation de la guerre qui fut alors choisie apparaît dans ce contexte comme une réponse « efficace » au déclin de l'esprit de combat de la population (difficultés croissantes à réaliser le recrutement forcé de citoyens à partir de la défaite du Vietnam). Toutefois, le remplacement du citoyen- soldat par le soldat-mercenaire, et la présence décisive de ce dernier aboutit tôt ou tard à des dommages sérieux dans le fonctionnement des structures militaires : ce n'est pas la même chose que d'avoir à administrer des citoyens normaux et une masse de délinquants. Quand le lumpen, les bandits, prédominent dans une armée, cette dernière se transforme en une armée de bandits, et une armée de bandits, ce n'est déjà plus une armée. Le potentiel désintégrateur des mercenaires se produit sur le long terme et le contrôle devient presqu'impossible, car les erreurs commises lors des combats ne peuvent être compensées que très partiellement par des déploiements technologiques très coûteux et aux résultats incertains. La formation de forces clandestines d'élite non-mercenaires, appuyées sur un appareil technologique sophistiqué capable d'asséner des coups ponctuels destructeurs contre l'ennemi, comme c'est le cas pour le JSOC, constituent de bons instruments terroristes, mais ils ne peuvent remplacer les fonctions d'une armée d'occupation et, à moyen terme (et même souvent à court terme), ils aboutissent à renforcer l'esprit de résistance de l'ennemi. Nous pouvons synthétiser de manière caricaturale la nouvelle stratégie militaire de l'Empire en partant de la prédominance de diverses formes de « guerre informelle » combinant mercenaires (beaucoup de mercenaires) et escadrons de la mort (type JSOC), bombardements massifs, drones, contrôle médiatique global, meurtres technologiquement sophistiqués de dirigeants périphériques. La guerre devient dès lors élitiste, elle est transformée en un ensemble d'opérations mafieuses, et s'éloigne physiquement de la population des USA qui perçoit son cercle dominant comme étant dvenu un jeu virtuel dirigé par des gangsters.


D'autre part, l'adoption comme méthode dominante de structures mercenaires et clandestines d'intervention externe produit des effets contre-indiqués pour le système institutionnel de l'empire, tant du point de vue du contrôle administratif des opérations que des modifications (et de la dégradation) des relations internes de pouvoir. Le comportement de gangster, la mentalité mafieuse finissent dans ce contexte par prendre de fait le pouvoir dans les hautes sphères civiles et militaires, ce qui se traduit au début par des actions dirigées vers l'extérieur, périphériques, et par la suite (rapidement) par des remises au point et la généralisation de tels comportements à l'intérieur même du système de pouvoir.


L'horizon objectif (au-delà des discours et des convictions officielles) de la « nouvelle stratégie » n'est donc pas l'établissement de régimes vassaux solides, ni l'installation d'occupations militaires durables visant à contrôler des territoires de manière directe mais il vise à déstabiliser plutôt, à casser des structures sociales, des identités culturelles, à dégrader ou à éliminer des dirigeants. Les expériences de l'Irak et de l'Afghanistan (et du Mexique), et plus récemment, celles de la Libye et de la Syrie confirment cette hypothèse. Il s'agit d'une stratégie du chaos périphérique, de transformer des nations et des régions entières en zones désagrégées, balkanisées, avec des États fantômes, des classes sociales (supérieures, moyennes, inférieures) profondément dégradées, sans capacité de défense et de résistance devant les pouvoirs politiques et économiques occidentaux qui pourront ainsi piller impunément leurs ressources naturelles, leurs marchés et leurs ressources humaines (résiduelles).


Cet impérialisme fanatique du XXIe siècle correspond aux tendances visant à la désintégration qui existent au sein des sociétés capitalistes dominantes, en particulier celle des États-Unis. Ces économies ont perdu leur potentiel de croissance vers la fin 2012, après une décennie de crise financière, elles oscillaient entre croissance anémique (États-Unis), stagnation tournant vers la récession (Union européenne) et contraction productive (Japon).


Les États, les entreprises et les consommateurs sont écrasés sous les dettes, la somme de dettes publiques et privées représentent plus de 500% du Produit intérieur Brut au Japon et au Royaume-Uni, plus de 300% en Allemagne, en France et aux États-Unis où le gouvernement fédéral a été en 2011 au bord de la faillite. Au-dessus de ces dettes et des systèmes productifs financiarisés, il existe une masse financière globale équivalente à quelque vingt fois le Produit Brut mondial, moteur dynamisant, drogue indispensable du système qui a cessé de croître depuis approximativement une décennie et dont les gouvernements des puissances centrales essaient d’éviter qu’il ne se dégonfle. Se présente alors à leurs yeux l'illusion d'une espèce d'objectif de contrôle stratégique global contrôlé depuis leurs grandes hauteurs, depuis les sommets d'un Occident regardant de haut sur les terres basses, périphériques, où pullulent des milliers de millions d'êtres humains dont les identités culturelles et les institutions sont perçues comme autant d'obstacles à leur prédation. Les élites occidentales, l'empire collectif dominé par les États-Unis, sont chaque jour plus convaincues que cette prédation prolonge leur vieillesse, et éloigne d'elles le fantôme de la mort.


Le chaos périphérique apparaît à la fois comme le résultat concret de ces interventions militaires et financières (produit de la reproduction décadente de ses sociétés) et comme la base féroce de prédations. Le géant impérial cherche à profiter du chaos mais il
finitpar introduire le chaos dans ses propres rangs, car la destruction postulée de la périphérie n'est pas autre chose que l'autodestruction du capitalisme en tant que système global, avec perte rapide de rationalité. Le fantasme du metacontrol impérialiste du chaos
périphérique exprime une profonde crise de perception du monde réel, la croyance dans le fait que les désirs des puissants se transforment facilement en faits réels, le fait que ce qui est virtuel et ce qui est réel soient confondus, formant ainsi un gigantiesque marécage psychologique.


En réalité, la « stratégie » ayant pour objectif le contrôle impérial du chaos, avec ses méthodes opérationnelles concrètes transforment l'empire en un entrelacs de tactiques qui tendent à former une masse croissante incohérente, prisonnière du court terme. Ce qui prétend constituer une nouvelle doctrine militaire, une pensée stratégique innovante répondant à la réalité globale actuelle facilitant la domination impérialiste sur le monde n'est pas autre chose qu’une illusion désespérée produite par la dynamique de la décadence. Derrière l'aspect d'une offensive stratégique, apparaissent les camouflages historiquement défensifs d'un système dont la coupole impériale perd sa capacité d'appréhension de la réalité globale, la raison d'État se transforme en un délire criminel extrêmement dangereux vu le gigantisme technologique des État-Unis et de ses partenaires européens.



(*) Membre du Conseil scientifique de La Pensée libre; Économiste, écrivain, éditeur, Argentine. Conférence prononcée à l'occasion du Séminaire“Nuestra America y Estados Unidos: desafios del Siglo XXI”. Facultad de Ciencias Economicas de la Universidad Central del Ecuador, Quito, 30 y 31 de Enero de 2013.

 

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1 Ron Suskind, “Without a doubt: faith, certainty and the presidency of George W. Bush”, The New York Times, 17-10-04.

2 Marshall Society (Cambridge), printemps 1942. Michal Kalecki, “Political Aspects of Full Unemployment”, Political Quaterly, V 14, oct.-dec. 1943.

3NDLR. Devant le dilemme qui s'ouvre à tout chercheur devant l'emploi d'un terme satisfaisant désignant les habitants des Etats-Unis d'Amérique tenant compte du fait que les USA ne forment qu'un Etat parmi les multiples autres Etats USAniens, nous aurions pu reprendre le vocable de « nord-USAnien » utilisé le plus fréquemment en Amérique latine, ce qui englobe cependant aussi les Canadiens, les Groënlandais et les habitants de St-Pierre et Miquelon. Nous avons donc préféré reprendre le néologisme inventé au Québec d'USAnien pour qualifier les habitants des USA.

4 Michal Kalecki, « The Last Phase in the transformation of Capitalism », Monthly Review Press, New York, 1972.

5 Paul Sweezy & Paul Baran, « Monopoly Capital, » Monthly Review Press, New York, 1966.

6 Scoot B. MacDonald, “Globalization and the End of the Guns and Butter Economy”, KWR Special Report, 2007.

7 Oakes, Walter J., “Towards a Permanent War Economy?”, Politics, February 1944.

8 John Bellamy Foster, Hannah Holleman y Robert W. McChesney, “The U.S. Imperial Triangle and Military Spending”, Monthly Review, October 2008.

9 Vance, T. N. 1950, “After Korea What? An Economic Interpretation of U.S. Perspectives”, New International, November–December; Vance, T. N. 1951, “The Permanent Arms Economy”, New International.

10 Oakes, Walter J, Op. Cit.

11 Paul Sweezy & Paul Baran ,Op. Cit.

12 Thomas Piketty & Emmanuel Saez, “Top Incomes and the Great Recession: Recent Evolutions and Policy Implications”, 13th Jacques Polak Annual Research Conference, Washington, DC─November 8–9, 2012.

13 U.S. Bureau of Labor Statistics.

14 Lawrence Mishel and Heidi, “The Wage Implosion”, Economic Policy Institute, June 3, 2009.

15 FRAC, Food Research and Action Center- SNAP/SNAP/Food Stamp Participation.

16 Vance T. N, “The Permanent War Economy”, New International, Vol
17, No 1, January-February 1951.

17 Domenico Losurdo, “Las raices norteamericanas del nazismo”, Enfoques Alternativos, no 27, Octubre de 2006, Buenos Aires.

18 Paul Kennedy, “Auge y caida de las grandes potencias”, Plaza & James, Barcelona, 1989.

19 Chris Hellman, “$ 1,2 Trillon: The Real U.S. National Security Budget. No One Wants You to Know About”, Alert Net, March 1, 2011.

20 Fuentes: SIPRI, Banco Mundial y calculos propios.

21 El video de la entrevista Kirchner-Stone publicado por Informed Comment/Juan Cole esta localizado. english: -angrily-said-war-would-grow-us-economy.html&ei=BYYCUYCnC4P88QSX3oGACA

22 Peter D. Schiff, “Why Not Another World War ?”, Financial Sense,
19 Jul 2010.

23 Vance T. N, 1950, Op. Cit.

24 Dilip Hiro, “The Cost of an Afghan 'Victory'”, The Nation, 1999 February 15.

25 « Una delegacion de la oposicion siria viajo a Kosovo, en abril de 2012, para la firma oficial de un acuerdo de intercambio de experiencias en materia de guerrilla antigubernamental ». Red Voltaire, “Protesta Rusia contra entrenamiento de provocadores sirios en Kosovo”, 6 de Junio de 2012.

26 William S. Lind, Colonel Keith Nightengale (USA), Captain John F. Schmitt (USMC), Colonel Joseph W. 12 Sutton (USA), and Lieutenant Colonel Gary I. Wilson (USMCR), “The Changing Face of War: Into the Fourth Generation”, Marine Corps Gazette, October 1989.

27 David Isenberg, “Contractors and the US Military Empire”, Rise of the Right, Aug 14th, 2012.

28 David Isenberg, “Contractors in War Zones: Not Exactly “Contracting”, TIME U. S., Oct. 09, 2012.

29 Dana Priest and William M. Arkin, “Top Secret America. A hidden world, growing beyond control”, Washington Post, July 19, 2010.

#sdfootnote30anc">30 Dana Priest and William M. Arkin, “Top Secret America, A look at the military's Joint Special Operations Command”, The Washington Post, September 2, 2011.

31 Andrew Bacevich, “Uncle Sam, Global Gangster”, TomDispatch.com,
February 19, 2012.

32 Narciso. Isa Conde, “Estados neoliberales y delincuentes”, Aporrea, 20/01/2008, http://www.aporrea.org/tiburon/a49620.html. Karen DeYoung and Karin Brulliard, “As U.S.-Pakistani relations sink, nations try to figure out ‘a new normal’”, The Washington Post /National Security, January 16, 2012.13

 


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Version en espanol

 

 

La ilusión del metacontrol imperial del caos(*)

La mutación del sistema de intervención militar de los Estados Unidos

 

Jorge Beinstein

jorgebeinstein@gmail.com

 

Las Ilusiones desesperadas generan vida en tus venas”

St. Vulestry

La gente cree que las soluciones provienen de su capacidad de estudiar

sensatamente la realidad discernible. En realidad, el mundo ya no

funciona así. Ahora somos un imperio y, cuando actuamos, creamos

nuestra propia realidad. Y mientras tú estás estudiando esa realidad,

actuaremos de nuevo, creando otras realidades que también puedes

estudiar. Somos los actores de la historia, y a vosotros, todos vosotros,

sólo os queda estudiar lo que hacemos”.

Karl Rove, asesor de George W. Bush, verano de 2002 (1)

 

Guerra y economía

 

Conceptos tales como “keynesianismo militar” o “economía de la guerra permanente” constituyen buenos disparadores para entender el largo ciclo de prosperidad imperial de los Estados Unidos: su despegue hace algo más de siete décadas, su auge y el reciente ingreso a su etapa de agotamiento abriendo un proceso militarista-decadente actualmente en curso.

 

En 1942 Michal Kelecki exponía el esquema básico de lo que posteriormente fue conocido como “keynesianismo militar”. Apoyándose en la experiencia de la economía militarizada de la Alemania nazi, el autor señalaba las resistencias de las burguesías de Europa y Estados Unidos a la aplicación de políticas estatales de pleno empleo basadas en incentivos directos al sector civil y su predisposición a favorecerlas cuando se orientaban hacia las actividades militares (2). Más adelante Kalecki ya en plena Guerra Fría describía las características decisivas de lo que calificaba como triángulo hegemónico del capitalismo norteamericano que combinaba la prosperidad interna con el militarismo descripto como convergencia entre gastos militares, manipulación mediática de la población y altos niveles de empleo (3).

 

Esta línea de reflexión, a la que adhirieron entre otros Harry Magdoff, Paul Baran y Paul Sweezy, planteaba tanto el éxito a corto-mediano plazo de la estrategia de “Manteca + Cañones” (“Guns and Butter Economy”) que fortalecía al mismo tiempo la cohesión social interna de los Estados Unidos y su presencia militar global, como sus límites e inevitable agotamiento a largo plazo.

Sweezy y Baran pronosticaban (acertadamente) hacia mediados de los años 1960 que uno de los límites decisivos de la reproducción del sistema provenía de la propia dinámica tecnológica del keynesianismo militar, pues la sofisticación técnica creciente del armamento tendía inevitablemente a aumentar la productividad del trabajo reduciendo sus efectos positivos sobre el empleo y finalmente la cada vez más costosa carrera armamentista tendría efectos nulos o incluso negativos sobre el nivel general de ocupación (4).

 

Es lo que se hizo evidente desde fines de los años 1990, cuando se inició una nueva etapa de gastos militares ascendentes que continúa en la actualidad, marcando el fin de la era del keynesianismo militar. Ahora, el desarrollo en los Estados Unidos de la industria de armas y sus áreas asociadas incrementa el gasto público causando déficit fiscal y endeudamiento, sin contribuir a aumentar en términos netos el nivel general de empleo. En realidad, su peso financiero y su radicalización tecnológica contribuyen de manera decisiva a mantener altos niveles de desocupación y un crecimiento económico nacional anémico o negativo transformándose así en un catalizador que acelera, profundiza la crisis del Imperio (5).

 

Por otra parte los primeros textos referidos a la llamada “economía de la guerra permanente” aparecieron en los Estados Unidos a comienzos de los años 1940. Se trataba de una visión simplificadora que, por lo general, subestimaba los ritmos y atajos concretos de la historia, pero que hoy resulta sumamente útil para comprender el desarrollo del militarismo en el muy largo plazo.

 

Hacia 1944 Walter Oakes definía una nueva fase del capitalismo donde los gastos militares ocupaban una posición central; no se trataba de un hecho coyuntural impuesto por la Segunda Guerra Mundial en curso, sino de una transformación cualitativa integral del sistema cuya reproducción ampliada universal durante más de un siglo, había terminado por generar masas de excedentes de capital que no encontraban en las potencias centrales espacios de aplicación en la economía civil productora de bienes y servicios de consumo y producción.

 

La experiencia de los años 1930, como lo demostraba Oakes, señalaba que ni las obras públicas del New Deal de Roosevelt en los Estados Unidos, ni la construcción de autopistas en Alemania nazi, habían conseguido una significativa recuperación de la economía y el empleo: solo la puesta en marcha de la economía de guerra, en Alemania primero y desde 1940 en los Estados Unidos, había logrado dichos objetivos (6).

En el caso alemán la carrera armamentista terminó con una derrota catastrófica, en el caso norteamericano la victoria no llevó a la reducción del sistema militar-industrial sino a su expansión.

 

Al reducirse los efectos de la guerra, la economía de los Estados Unidos comenzó a enfriarse y el peligro de recesión asomó su rostro, pero el inicio de la guerra fría y luego la guerra de Corea (1950) alejaron al fantasma abriendo un nuevo ciclo de gastos militares.

En octubre de 1949 el profesor de la Universidad de Harvard Summer Slichter, de gran prestigio en ese momento, señalaba ante una convención de banqueros: “[La Guerra Fría] incrementa la demanda de bienes, ayuda a mantener un alto nivel de empleo, acelera el progreso tecnológico, todo lo cual mejora el nivel de vida en nuestro país… en consecuencia nosotros deberíamos agradecer a los rusos por su contribución para que el capitalismo funcione mejor que nunca en los Estados Unidos” . Hacia 1954 aparecía la siguiente afirmación en la revista U.S. News & World Report: “¿Qué significa para el mundo de los negocios la Bomba H?: un largo período de grandes ventas que se incrementarán en los próximos años. Podríamos concluir con esta afirmación: la bomba H ha arrojado a la recesión por la ventana”(7).

 

Como lo señalaba a comienzos de los años 1950 T. N. Vance, uno los teóricos de la “economía de la guerra permanente”, los Estados Unidos habían ingresado en una sucesión de guerras que definían de manera irreversible las grandes orientaciones de la sociedad, después de la guerra de Corea solo cabía esperar nuevas guerras (8).

En su texto fundacional de la teoría, Walter Oakes realizaba dos pronósticos decisivos: la

inevitablidad de una tercera guerra mundial que ubicaba hacia 1960 y el empobrecimiento de los trabajadores norteamericanos desde fines de los años 1940, provocada por la dinámica de concentración de ingresos motorizada por el complejo militar-industrial (9).

Podemos en principio considerar desacertados a dichos pronósticos. No se produjo la tercera guerra mundial aunque se consolidó la Guerra Fría, que mantuvo la ola militarista durante más de cuatro décadas, atravesada por dos grandes guerras regionales (Corea y Vietnam) y una densa serie de pequeñas y medianas intervenciones imperiales directas e indirectas. Cuando se esfumó la Guerra Fría, luego de un breve intermedio en los años 1990 la guerra universal del Imperio prosiguió contra nuevos “enemigos” que justificaban su desarrollo (“guerras humanitarias”, “guerra global contra el terrorismo”, etcétera): la oferta de servicios militares, el “aparato militarista” y las áreas asociadas al mismo creaban, inventaban, su propia demanda.

 

Tampoco se precipitó el empobrecimiento de las clases bajas de los Estados Unidos; por el contrario, la redistribución keynesiana de ingresos se mantuvo hasta los años 1970, el nivel de vida de los trabajadores y las clases medias mejoró sustancialmente, funcionó la interacción positiva entre militarismo y prosperidad general. A eso contribuyeron varios factores, entre ellos la explotación de la periferia ampliada gracias a la emergencia de los Estados Unidos como superpotencia mundial apuntalada por su aparato militar, el restablecimiento de las potencias capitalistas afectadas por la guerra (Japón, Europa Occidental) que en la nueva era se encontraban estrechamente asociadas a los Estados Unidos y el enorme efecto multiplicador a nivel interno de los gastos militares sobre el consumo, el empleo y la innovación tecnológica. Algunos de estos factores, subestimados por Oakes, habían sido señalados a mediados de los años 1960 por Sweezy y Baran (10).

Sin embargo la llegada de Ronald Reagan a la Casa Blanca (1980) marcó una ruptura en la tendencia (aunque ya desde los años 1970 habían aparecido los primeros síntomas de la enfermedad), y se inició un proceso de concentración de ingresos que fue avanzando cada vez más rápido en las décadas posteriores.

 

Entre 1950 y 1980 el 1 % más rico de la población de los Estados Unidos absorbía cerca del 10 % del Ingreso Nacional (entre 1968 y 1978 se mantuvo por debajo de esa cifra) pero a partir de comienzos de los años 1980 esa participación fue ascendiendo, hacia 1990 llegaba al 15 % y cerca de 2009 se aproximaba al 25 %.

Por su parte el 10 % más rico absorbía el 33 % del Ingreso Nacional en 1950, manteniéndose siempre por debajo del 35 % hasta fines de los años 1970, pero en 1990 ya llegaba al 40 % y en 2007 al 50 % (11).

 

El salario horario promedio fue ascendiendo en términos reales desde los años 1940 hasta comienzos de los años 1970 en que comenzó a descender y un cuarto de siglo más tarde había bajado en casi un 20 % (12). A partir de la crisis de 2007-2008 con el rápido aumento de la desocupación se aceleró la concentración de ingresos y la caída salarial: algunos autores utilizan el término “implosión salarial” (13).

Una buena expresión del deterioro social es el aumento de los estadounidenses que reciben bonos de ayuda alimentaria (“food stamps”), dicha población indigente llegaba a casi 3 millones en 1969 (en plena prosperidad keynesiana), subieron a 21millones en 1980, a 25 millones en 1995 y a 47 millones en 2012 (14).

 

Mientras tanto los gastos militares no dejaron de crecer, impulsados por sucesivas olas belicistas incluidas en el primer gran ciclo de la guerra fría (1946-1991) y en el segundo ciclo de la “guerra contra el terrorismo” y las “guerras humanitarias” desde fines de los años 1990 hasta el presente (Guerra de Corea, Guerra de Vietnam, “Guerra de las Galaxias” de la era Reagan, Guerra de Kosovo, Guerras de Irak y Afganistán, etcétera).

Luego de la Segunda Guerra Mundial podemos establecer dos períodos bien diferenciados en la relación entre gastos públicos y crecimiento económico (y del empleo) en los Estados Unidos. El primero abarca desde mediados de los años 1940 hasta fines de los años 1960 donde los gastos públicos crecen y las tasas de crecimiento económico se mantienen en un nivel elevado, son los años dorados del keynesianismo militar.

El mismo es seguido por un período donde los gastos públicos siguen subiendo tendencialmente pero las tasas de crecimiento económico oscilan en torno de una línea descendente, marcando la decadencia y fin del keynesianismo: el efecto multiplicador positivo del gasto público declina inexorablemente hasta llegar al dilema sin solución, evidente en estos últimos años de crecimientos económicos anémicos donde una reducción del gasto estatal tendría fuertes efectos recesivos mientras que su incremento posible (cada vez menos posible) no mejora de manera significativa la situación.

Así como el “éxito” histórico del capitalismo liberal en el siglo XIX produjo las condiciones de su crisis, su superador keynesiano también generó los factores de su posterior decadencia.

 

La marcha exitosa del capitalismo liberal concluyó con una gigantesca crisis de sobreproducción y sobreacumulación de capitales que desató rivalidades interimperialistas, militarismo y estalló bajo la forma de Primera Guerra Mundial (1914-1918). La “solución” consistió en la expansión del Estado, en especial su estructura militar, Alemania y Japón fueron los pioneros.

 

La transición turbulenta entre el viejo y el nuevo sistema duró cerca de tres décadas (1914-1945) y de ella emergieron los Estados Unidos como única superpotencia capitalista integrando estratégicamente a su esfera de dominación a las otras grandes economías del sistema. El keynesianismo militar norteamericano apareció entonces en el centro dominante de los Estados Unidos: el centro del mundo capitalista. Vance señalaba que “con el comienzo de la Segunda Guerra Mundial los Estados Unidos y el capitalismo mundial entraron en la nueva era de la Economía de la Guerra Permanente” (15). Fue así si lo entendemos como victoria definitiva del nuevo sistema precedida por una compleja etapa preparatoria iniciada en la segunda década del siglo XX.

 

Su génesis está marcada por el nazismo, primer ensayo exitoso-catastrófico de “keynesianismo militar”: su trama ideológica, que lleva hasta el límite más extremo el delirio de la supremacía occidental, sigue aportando ideas a las formas imperialistas más radicales de Occidente, como los halcones de George W. Bush o los sionistas neonazis del siglo XXI. Por otra parte, estudios rigurosos del fenómeno nazi descubren no solo sus raíces europeas (fascismo italiano, nacionalismo francés, etcétera) sino también norteamericanas (16). Aunque luego de la guerra el triunfo de la economía militarizada en los Estados Unidos asumió un rostro “civil” y “democrático”, ocultando sus fundamentos bélicos.

 

La decadencia del keynesianismo militar encuentra una primera explicación en su hipertrofia e integración con un espacio parasitario imperial más amplio donde la trama financiera ocupa un lugar decisivo. En una primera etapa el aparato industrial-militar y su entorno se expandieron convirtiendo al gasto estatal en empleos directos e indirectos, en transferencias tecnológicas dinamizadoras del sector privado, en garantía blindada de los negocios imperialistas externos, etcétera. Pero con el correr del tiempo, con el ascenso de la prosperidad imperial, incentivó y fue incentivado por una multiplicidad de formas sociales que parasitaban sobre el resto del mundo al mismo tiempo que tomaban cada vez mayor peso interno.

 

Además el continuo crecimiento económico terminó provocando saturaciones de mercados locales, acumulaciones crecientes de capital, concentración empresaria y de ingresos. El capitalismo norteamericano y global se encaminaba hacia fines de los años 1960 hacia una gran crisis de sobreproducción que provocó las primeras perturbaciones importantes bajo la forma de crisis monetarias (crisis de la libra esterlina, fin del patrón dólar-oro en 1971), luego energéticas (shocks petroleros de 1973-74 y 1979) atravesadas por desajustes inflacionarios y recesivos (“estanflación”).

 

En las décadas siguientes la crisis no fue superada sino amortiguada, postergada través de la superexplotación y el saqueo de la periferia, la financierización, los gastos militares, etcétera. Todo ello no reinstaló el dinamismo de la postguerra pero impidió el derrumbe, suavizó la enfermedad agravándola a largo plazo.

 

La tasa de crecimiento real de la economía norteamericana fue recorriendo de manera irregular una línea descendente y en consecuencia sus gastos improductivos crecientes fueron cada vez menos respaldados por la recaudación tributaria. Y al déficit fiscal se le sumó el déficit del comercio exterior perpetuado por la pérdida de competitividad global de la industria.

 

El Imperio se fue convirtiendo en un mega parásito mundial, acumuló deudas públicas y privadas ingresando en un círculo vicioso ya visto en otros imperios decadentes; el parasitismo degrada al parásito, lo hace más y más dependiente del resto del mundo, lo que exacerba su intervencionismo global, su agresividad militar.

 

El mundo es demasiado grande desde el punto de vista de sus recursos concretos (financieros, militares, etcétera) pero el logro del objetivo históricamente imposible de dominación global es su única posibilidad de salvación como Imperio. Los gastos militares y el parasitismo en general aumentan, los déficits crecen, la economía se estanca, la estructura social interna se deteriora… lo que Paul Kennedy definía como “excesiva extensión imperial” (17) es un hecho objetivo determinado por las necesidades imperiales que opera como una trampa histórica de la que el Imperio no puede salir.

 

Gastos militares

 

Los gastos militares de los Estados Unidos aparecen subestimados en las estadísticas oficiales. En 2012 los gastos del Departamento de Defensa llegaron a unos 700 mil millones de dólares, si a los mismos se les adicionan los gastos militares que aparecen integrados (diluidos) en otras áreas del Presupuesto (Departamento de Estado, USAID, Departamento de Energía, CIA y otras agencias de seguridad, pagos de intereses, etcétera) se llegaría a una cifra cercana a los 1,3 billones (millones de millones) de dólares18. Esa cifra equivale a casi el 9 % del producto Bruto Interno, al 50 % de los ingresos fiscales previstos, al 100 % del déficit fiscal.

 

Esos gastos militares reales representaron casi el 60 % de los gastos militares globales aunque si les sumamos los de sus socios de la OTAN y de algunos países vasallos extra-OTAN como Arabia Saudita, Israel o Australia se llegaría como mínimo al 75 %19.

A partir del gran impulso inicial en la Segunda Guerra Mundial y el descenso en la inmediata post guerra los gastos militares reales norteamericanos oscilaron en torno de una tendencia ascendente atravesando cuatro grandes olas belicistas: la guerra de Corea a comienzos de los años 1950, la guerra de Vietnam desde los años 1960 hasta mediados de los años 1970, la “guerra de las galaxias” de la era Reagan en los años 1980 y las guerras “humanitarias” y “contra el terrorismo” de la post guerra fría.

 

El keynesianismo militar del Imperio ha quedado en el pasado, pero la idea de que guerra externa y prosperidad interna van de la mano sigue dominando el imaginario de vastos sectores sociales en los Estados Unidos, son restos ideológicos sin base real en el presente pero útiles para la legitimación de las aventuras bélicas.

Néstor Kirchner, ex presidente de Argentina, reveló en una entrevista con el director Oliver Stone para su documental “South of the Border”, que el ex presidente de los Estados Unidos George W. Bush estaba convencido de que la guerra era la manera de hacer crecer la economía de los Estados Unidos. El encuentro entre ambos presidentes se produjo en una cumbre en Monterrey, México, en enero de 2004, y la versión del presidente argentino es la siguiente: “Yo dije que la solución a los problemas en este momento, le dije a Bush, es un Plan Marshall. Y él se enojó. Dijo que el Plan Marshall es una idea loca de los demócratas y que la mejor forma de revitalizar la economía es la guerra. Y que los Estados Unidos se han fortalecido con la guerra” (20).

 

Recientemente Peter Schiff, presidente de la consultora financiera “Euro Pacific Capital” escribió un texto delirante ampliamente difundido por las publicaciones especializadas cuyo título lo dice todo.” ¿Porque no otra Guerra mundial?” (21). Comenzaba su artículo señalando el consenso entre los economistas de que la Segunda Guerra Mundial permitió a los Estados Unidos superar la Gran Depresión y que si las guerras de Irak y Afganistán no consiguieron reactivar de manera durable a la economía norteamericana se debe a que “dichos conflictos son demasiado pequeños para ser económicamente importantes”.

 

Si enfocamos el análisis en la relación entre gastos militares, PBI y empleo constataríamos lo siguiente: los gastos militares pasaron de 2800 millones de dólares en 1940 a 91 mil millones en 1944 lo que impulsó al Producto Bruto Interno nominal de 101 mil millones de dólares en 1940 a 214 mil millones en 1944 (se duplicó en solo cuatro años), la tasa de desocupación apenas bajó del 9 % en 1939 al 8 % en 1940 pero en 1944 había caído al 0,7 %, el primer salto importante en los gastos militares se produjo entre 1940 y 1941 cuando pasaron de 2800 millones de dólares a 12700 millones equivalentes al 10 % del PBI (22) proporción bastante parecida a la de 2012 (u$s 1,3 billones, aproximadamente 9 % del PBI). Esto significa que el gasto militar de 1944 equivalía a unas siete veces el de 1941. Si trasladamos ese salto a cifras actuales eso significa que el gasto militar real de los Estados Unidos debería llegar en 2015 a unos 9 billones (millones de millones) de dólares equivalentes por ejemplo a siete veces el déficit fiscal de 2012.

 

La sucesión de saltos en el gasto público entre 2012 y 2015 acumularía una gigantesca masa de déficits que ni los ahorristas norteamericanos ni los del resto del mundo estarían en condiciones de cubrir comprando títulos de deuda de un imperio enloquecido.

Schift recuerda en su texto que los ahorristas norteamericanos compraron durante la Segunda Guerra Mundial 186 mil millones de dólares en bonos de deuda pública equivalentes al 75 % de la totalidad de gastos del gobierno federal entre 1941 y 1945 concluyendo que esa “proeza” es hoy imposible. Simplemente, nos explica Schift llevando al extremo su razonamiento siniestro, no hay de donde obtener el dinero necesario para poner en marcha una estrategia militar-reactivadora similar a la de 1940-45.

 

En realidad esa imposibilidad es mucho más fuerte. La economía de los Estados Unidos de 1940 estaba dominada por componentes productivas, principalmente industriales, actualmente el consumismo, toda clase de servicios parasitarios (empezando por la maraña financiera), la decadencia generalizada de la cultura de producción, etcétera, nos indican que ni aun aplicando una inyección de gastos públicos equivalente a la de 1940-45 se podría lograr una reactivación de esa envergadura. El parásito es demasiado grande, su senilidad está muy avanzada, no hay ninguna medicina keynesiana que lo pueda curar o que por lo menos sea capaz de restablecer una parte significativa de su vigor juvenil.

 

Privatización, informalización y elitización. Lumpen-imperialismo.

 

La guerra asiática, la más ambiciosa de la historia de los Estados Unidos, fracasó tanto desde el ángulo político-militar como del económico, la estrategia de dominación de la franja territorial que va desde los Balcanes hasta Pakistán pasando por Turquía, Siria, Irak, Iran y las ex repúblicas soviéticas de Asia central se encuentra hoy empantanada. Sin embargo, su desarrollo permitió transformar el dispositivo militar del Imperio convirtiendo su maquinaria de guerra tradicional en un sistema flexible a medio camino entre las estructuras formales regidas por la disciplina militar convencional y las informales agrupando una maraña confusa de núcleos operativos oficiales y bandas de mercenarios.

 

El proceso de integración de mercenarios a las operaciones militares tiene antecedentes en los tramos finales de la guerra fría, la organización de los “contras” en Nicaragua y de los “muyahidines” en Afganistán pueden ser consideradas como los primeros pasos en los años 1970 y 1980 de las nuevas estrategias de intervención. Decenas de miles de mercenarios fueron en esos casos entrenados, armados y financiados con resultados exitosos para el Imperio.

 

Según diversos estudios sobre el tema, los Estados Unidos y Arabia Saudita gastaron unos 40 mil millones de dólares en las operaciones afganas (donde comenzó su carrera internacional el por entonces joven ingeniero Osama Bin Laden) asestando un golpe decisivo a la URSS (23). Otro paso importante fueron las guerras étnicas en Yugoslavia durante los años 1990, donde los Estados Unidos y sus aliados de la OTAN, principalmente Alemania, desarrollaron una compleja tarea de desintegración de ese país cuyo éxito se apoyó en la utilización de mercenarios, el caso más notorio fue el de guerra de Kosovo donde se destacó el ELK (”Ejército de Liberación de Kosovo”) cuyos integrantes eran principalmente reclutados desde redes mafiosas (tráfico de drogas, etcétera) bajo el mando directo de la CIA extendiendo sus lazos hasta el ISI (servicio de inteligencia de Pakistán). Actualmente, el “estado” kosovar “independiente” aparece vinculado con la intervención de la OTAN en Siria, en Junio de 2012 el ministro de relaciones exteriores de Rusia exigía el cese de las operaciones de desestabilización de Siria realizadas desde Kosovo (24).

 

Estas nuevas prácticas de intervención fueron acompañadas por un denso proceso de reflexión de los estrategas imperiales disparado por la derrota en Vietnam. La “Guerra de Baja Intensidad” fue uno de sus resultados y las teorizaciones en torno de la llamada “Guerra de Cuarta Generación (4GW)” consolidaron la nueva doctrina en cuyo paper fundacional (1989) redactado por William Lind y tres miembros de las fuerzas armadas de los Estados Unidos y publicado en el “Marine Corps Gazete” (25) son borradas las fronteras entre las áreas civil y militar: toda la sociedad enemiga en especial su identidad cultural pasa a ser el objetivo de la guerra.

 

La nueva guerra es definida como descentralizada, poniendo el énfasis en la utilización de fuerzas militares “no estatales” (es decir paramilitares), empleando tácticas de desgaste propias de las guerrillas, etc. A ello se agrega el empleo intenso del sistema mediático tanto focalizado contra la sociedad enemiga como abarcando a la llamada “opinión pública global” (el pueblo enemigo es al mismo tiempo atacado psicológicamente y aislado del mundo) combinado con acciones de guerra de alto nivel tecnológico. En este último caso se trata de aprovechar la gigantesca brecha tecnológica existente entre el imperio y la periferia para golpearla sin peligro de respuesta, es lo que los especialistas denominan confrontación asimétrica “high-tech/no-tech”.

Las estadísticas oficiales referidas a los mercenarios son por lo general confusas y parciales, de todos modos algunos datos provenientes de fuentes gubernamentales, civiles o militares, pueden ilustrarnos acerca de la magnitud del fenómeno. En primer lugar el rol del Departamento de Defensa, principal contratista de mercenarios, su presupuesto destinado a esos gastos se incrementó en cerca de un 100 % entre el 2000 y el 2005 empleando modalidades propias de las grandes empresas transnacionales como la tercerización y la relocalización de actividades, lo que ha producido un gigantesco universo en expansión de negocios privados consagrados a la guerra… financiados por el Estado y generadores de intrincados entramados de corrupciones y corruptelas (26).

 

El llamado “Mando Central” militar de los Estados Unidos (US CENTCOM) dio a conocer recientemente algunos datos significativos: los mercenarios contratados reconocidos en el área de Medio Oriente-Asia Central llegarían a unos 137 mil trabajando directamente para el Pentágono, de ese total solo unos 40 mil serían ciudadanos norteamericanos. Aunque según datos del Departamento de Defensa sumando los datos de Afganistán e Irak estarían en el terreno unos 175 mil soldados regulares y 190 mil mercenarios: el 52 % del total (27).

 

A estas cifras debemos agregar en primer lugar a los mercenarios contratados por otras áreas del gobierno norteamericano, como el Departamento de Estado y luego los contratos en zonas del mundo como África donde el AFRICOM (mando militar norteamericano en ese continente) ha incrementado exponencialmente sus actividades durante el último lustro y luego debemos incorporar a los mercenarios actuando bajo el mando estratégico norteamericano pero contratados por países vasallos como las petromonarquías del Golfo Pérsico visible en los casos de Libia y Siria.

 

Deben ser también incluidos los mercenarios operando en otras regiones de Asia y en América Latina. Pero la cuenta no termina allí, ya que a ese universo es necesario agregar a las redes mafiosas y/o paramilitares agrupando en todos los continentes a un “personal disponible” que se autofinancia gracias a actividades ilegales (drogas, prostitución, etcétera) protegidas por diversas agencias de seguridad norteamericanas como la DEA o bien que integra “agencias de seguridad privada”, muy notorias por ejemplo en América Latina legalmente establecidas en los países periféricos y estrechamente vinculadas a agencias privadas norteamericanas y/a la DEA, la CIA u otras organismos de inteligencia del Imperio.

 

Y la lista sigue… recientemente apareció publicada en el “Washington Post” una investigación referida a la “América ultra secreta” (Top Secret America) de las agencias de seguridad que informa acerca de la existencia actual de 3202 agencias de seguridad (1271 públicas y 1931 privadas) empleando a unas 854 mil personas trabajando en temas de “antiterrorismo”, seguridad interior e inteligencia en general, instaladas en unos 10 mil domicilios en el territorio de los Estados Unidos (28).

 

Sumando las distintas cifras mencionadas y evaluando datos ocultos algunos expertos adelantan un total aproximado global (dentro y fuera del territorio de los Estados Unidos) próximo al millón de personas combatiendo en la periferia, haciendo espionaje, desarrollando manipulaciones mediáticas, activando “redes sociales”, etcétera. Comparemos por ejemplo ese dato con las aproximadamente 1 millón 400 mil personas que conforman el sistema militar público del Imperio.

 

Por su parte las tropas regulares han sufrido un rápido proceso de informalización, de ruptura respecto de las normas militares convencionales, conformando comandos de intervención inscriptos en una dinámica abiertamente criminal. Es el caso del llamado Comando Conjunto de Operaciones Especialeso “JSOC” (Joint Special Operations Command). Comando conjunto secreto en línea de mandos directa con el Presidente y el Secretario de Defensa con autoridad para elaborar su lista de asesinatos, tiene su propia división de inteligencia, su flota de drones y aviones de reconocimiento, sus satélites e incluso sus grupos de ciber-gerreros capaces de atacar redes de internet.

 

Dispone de numerosas unidades operativas. Creado en 1980 quedó sepultado por su estrepitoso fracaso en Irán cuando trató de rescatar al personal de la embajada norteamericana en Teherán, fue resucitado recientemente. En 2001 disponía de unos 1800 miembros, actualmente llegarían a 25 mil, en los últimos tiempos ha realizado operaciones letales en Irak, Pakistán, Afganistán, Siria, Libia y muy probablemente en México y Colombia, etcétera. Se trata de un agrupamiento de “escuadrones de la muerte” de alcance global, autorizado para realizar toda clase de operaciones ilegales, desde asesinatos individuales o masivos, hasta sabotajes, intervenciones propias de la guerra psicológica, etcétera. En Septiembre de 2003 Donald Runsfeld había dictado una resolución colocando al JSOC en el centro la estrategia “antiterrorista” global y desde entonces su importancia ha ido en ascenso pasando hoy a ser, bajo la presidencia del premio nobel de la paz Barak Obama, una suerte de ejercito clandestino de claro perfil criminal bajo la órdenes directas del Presidente (29).

 

Las fuerzas de intervención de los Estados Unidos tienen ahora un sesgo claramente privado-clandestino, en plena “Guerra de Cuarta Generación” funcionan cada vez más al margen de los códigos militares y las convenciones internacionales. Un reciente artículo de Andrew Bacevich describe las etapas de esa mutación durante la década pasada que culminan actualmente en lo que el autor denomina “era Wickers” (actual subsecretario de inteligencia del Departamento de Defensa) focalizada en la eliminación física de “enemigos”, el uso dominante de mercenarios, de campañas mediáticas, redes sociales, todo ello destinado a desestructurar organizaciones y sociedades consideradas hostiles.

A comienzos del año pasado la entonces Secretaria de Estado Hillary Clinton pronunció una frase que no requiere mayores explicaciones: “Los Estados Unidos se reservan el derecho de atacar en cualquier lugar del mundo a todo aquello que sea considerado como una amenaza directa para su seguridad nacional” (30).

 

Si sumamos a esta orientación mercenaria-gangsteril del Imperio, otros aspectos como la

financierización integral de su economía dominada por el cortoplacismo, su desintegración social interna con acumulación acelerada de marginales, con una población total que representa el 5 % de la mundial pero con una masa de presos equivalentes al 25 % del total de personas encarceladas en el planeta, etcétera, llegaríamos a la conclusión de que estamos en presencia de una suerte de lumpen imperialismo completamente dominado por intereses parasitarios embarcado en una lógica destructiva de su entorno que al mismo tiempo va degradando sus bases de sustentación interna (31).

 

La ilusión del metacontrol del caos.

 

Podríamos establecer la convergencia entre la hipótesis de la “economía de guerra permanente” y la del “keynesianismo militar”, este último expresó la primera etapa del fenómeno (aproximadamente entre 1940 y 1970). Fueron los años de la prosperidad imperial cuyos últimos logros ya mezclados con claros síntomas de crisis se prologaron hasta el final de la guerra fría. A esa etapa floreciente le sigue una segunda post keynesiana caracterizada por la dominación financiera, la concentración de ingresos, el desinfle salarial, la marginalización social y la degradación cultural en general donde el aparato militar opera como un acelerador de la decadencia provocando déficits fiscales, y

endeudamientos públicos.

 

La opción por la privatización de la guerra aparece como una respuesta “eficaz” a la declinación del espíritu de combate de la población (dificultades crecientes en el reclutamiento forzado de ciudadanos a partir de la derrota de Vietnam). Sin embargo el remplazo del ciudadano-soldado por el soldado-mercenario o la presencia decisiva de este último termina tarde o temprano por provocar serios daños en el funcionamiento de las estructuras militares: no es lo mismo administrar a ciudadanos normales que a una masa de delincuentes.

 

Cuando el lumpen, los bandidos predominan en un ejército, el mismo se convierte en un ejército de bandidos y un ejército de bandidos ya no es un ejército. El potencial disociador de los mercenarios es a largo plazo de casi imposible control y su falencias en el combate no pueden ser compensadas sino muy parcialmente por despliegues tecnológicos sumamente costosos y de resultado incierto.

 

La conformación de fuerzas clandestinas no-mercenarias de elite, respaldadas por un aparato tecnológico sofisticado capaz de descargar golpes puntuales demoledores contra el enemigo, como es el caso del JSOC, son buenos instrumentos terroristas pero no remplazan las funciones de un ejército de ocupación y a mediano plazo (muchas veces a corto plazo) terminan por fortalecer el espíritu de resistencia del enemigo.

 

Podríamos sintetizar de manera caricatural a la nueva estrategia militar del Imperio a partir del predominio de diversas formas de “guerra informal” combinando mercenarios (muchos mercenarios) con escuadrones de la muerte (tipo JSOC), bombardeos masivos, drones, control mediático global, asesinatos tecnológicamente sofisticados de dirigentes periféricos. La guerra se elitiza, se transforma en un conjunto de operaciones mafiosas, se aleja físicamente de la población norteamericana y su cúpula dominante empieza a percibirla como un juego virtual dirigido por gangsters.

 

Por otra parte la adopción de estructuras mercenarias y clandestinas de intervención externa como forma dominante tiene efectos contraproducentes para el sistema institucional del imperio tanto desde el punto de vista del control administrativo de las operaciones como de las modificaciones (y de la degradación) en las relaciones internas de poder. El comportamiento gangsteril, la mentalidad mafiosa termina por apoderarse de los altos mandos civiles y militares y se traduce al comienzo en acciones externas, periféricas y más adelante (rápidamente) en ajustes de cuentas, en conductas habituales al interior del sistema de poder.

 

El horizonte objetivo (más allá de los discursos y convicciones oficiales) de la “nueva estrategia” no es el establecimiento de sólidos regímenes vasallos, ni la instalación de ocupaciones militares duraderas controlando territorios de manera directa sino más bien desestabilizar, quebrar estructuras sociales, identidades culturales, degradar o eliminar dirigentes, las experiencias de Irak y Afganistán (y México) y más recientemente las de Libia y Siria confirman esta hipótesis.

 

Se trata de la estrategia del caos periférico, de la transformación de naciones y regiones más amplias en áreas desintegradas, balcanizadas, con estados-fantasmas, clases sociales (altas, medias y bajas) profundamente degradadas sin capacidad de defensa, de resistencia ante los poderes políticos y económicos de Occidente que podrían así depredar impunemente sus recursos naturales, mercados y recursos humanos (residuales).

 

Este imperialismo tanático del siglo XXI, se corresponde con tendencias desintegradoras en las sociedades capitalistas dominantes, en primer lugar la de los Estados Unidos. Esas economías han perdido su potencial de crecimiento, hacia finales de 2012 luego de un lustro de crisis financiera oscilaban entre el crecimiento anémico (Estados Unidos), el estancamiento girando hacia la recesión (la Unión Europea) y la contracción productiva (Japón).

Los estados, las empresas y los consumidores están aplastados por las deudas, la suma de deudas públicas y privadas representan más del 500 % del Producto Bruto Interno en Japón e Inglaterra y más del 300 % en Alemania, Francia y los Estados Unidos donde el gobierno federal estuvo en 2011 al borde del default. Y por encima de deudas y sistemas productivos financierizados existe una masa financiera global equivalente a unas veinte veces el Producto Bruto Mundial, motor dinamizador, droga indispensable del sistema que ha dejado de crecer desde hace aproximadamente un lustro y cuyo desinfle tratan de impedir los gobiernos de las potencias centrales.

 

Se presenta entonces la ilusión de una suerte de metacontrol estratégico desde las grandes alturas, desde las cumbres de Occidente sobre las tierras bajas, periféricas, donde pululan miles de millones de seres humanos cuyas identidades culturales e instituciones son vistas como obstáculos a la depredación. Las elites de Occidente, el imperio colectivo hegemonizado por los Estados Unidos, están cada día más convencidas de que dicha depredación prolongará su vejez, alejará el fantasma de la muerte.

 

El caos periférico aparece a la vez como el resultado concreto de sus intervenciones militares y financieras (producto de la reproducción decadente de sus sociedades) y como la base de feroces depredaciones. El gigante imperial busca beneficiarse del caos pero termina por introducir el caos entre sus propias filas, la destrucción deseada de la periferia no es otra cosa que la autodestrucción del capitalismo como sistema global, su pérdida veloz de racionalidad. La fantasía acerca del metacontrol imperialista del caos periférico.

 


expresa una profunda crisis de percepción, la creencia de que los deseos del poderoso se convierten fácilmente en hechos reales, lo virtual y lo real se confunden conformando un enorme pantano psicológico.

 

En realidad la “estrategia” de metacontrol imperial del caos, sus formas operativas concretas la convierten en una maraña de tácticas que tienden a conformar una masa crecientemente incoherente, prisionera del corto plazo. Lo que pretende convertirse en la nueva doctrina militar, en un pensamiento estratégico innovador que responde a la realidad global actual facilitando la dominación imperialista del mundo no es otra cosa que una ilusión desesperada generada por la dinámica de la decadencia. Bajo la apariencia de ofensiva estratégica, irrumpen los manotazos históricamente defensivos de un sistema cuya cúpula imperial va perdiendo la capacidad de aprehensión de la totalidad real, la razón de estado se va convirtiendo en un delirio criminal extremadamente peligroso dado el gigantismo tecnológico de los Estado Unidos y sus socios europeos.


(*), Conferencia dictada en el Seminario “Nuestra América y Estados Unidos: desafíos del Siglo XXI”. Facultad de Ciencias Económicas de la Universidad Central del Ecuador, Quito, 30 y 31 de Enero de 2013.

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(1), Ron Suskind, “Without a doubt: faith, certainty and the presidency of George W. Bush”, The New York Times, 17-10-04.

(2), Su exposición desarrollada en la Marshall Society (Cambridge) en la primavera de 1942 fue publicada el año siguiente. Michal Kalecki, “Political Aspects of Full Unemployment”, Political Quaterly, V 14, oct.-dec. 1943.

(3), Michal Kalecki, The Last Phase in the transformation of Capitalism, Monthly Review Press, Nueva York, 1972.

(4), Paul Sweezy & Paul Baran, Monopoly Capital, Monthly Review Press, Nueva York, 1966.

(5), Scoot B. MacDonald, “Globalization and the End of the Guns and Butter Economy”, KWR Special Report, 2007.

(6), Oakes, Walter J., “Towards a Permanent War Economy?”, Politics, February 1944.

(7), Ambas citas aparecen en el texto de John Bellamy Foster, Hannah Holleman y Robert W. McChesney, “The U.S. Imperial Triangle and Military Spending”, Monthly Review, October 2008.

(8), Vance, T. N. 1950, “After Korea What? An Economic Interpretation of U.S. Perspectives”, New International, November–December; Vance, T. N. 1951, “The Permanent Arms Economy”, New International.

(9), Oakes, Walter J, artículo citado.

(10), Paul Sweezy & Paul Baran, libro citado.

(11), Thomas Piketty & Emmanuel Saez, “Top Incomes and the Great Recession: Recent Evolutions and Policy Implications”, 13th Jacques Polak Annual Research Conference, Washington, DC─November 8–9, 2012.

(12), Fuente: U.S. Bureau of Labor Statistics.

(13), Lawrence Mishel and Heidi, “The Wage Implosion”, Economic Policy Institute, June 3, 2009.

(14), FRAC, Food Research and Action Center- SNAP/SNAP/Food Stamp Participation ().

(15), Vance T. N, “The Permanent War Economy”, New International, Vol 17, Nº 1, January-February 1951.

(16), Doménico Losurdo, “Las raices norteamericanas del nazismo”, Enfoques Alternativos, nº 27, Octubre de 2006, Buenos Aires.

(17), Paul Kennedy, “Auge y caída de las grandes potencias”, Plaza & James, Barcelona, 1989.

(18), Chris Hellman, “$ 1,2 Trillon: The Real U.S. National Security Budget No One Wants You to Know About”, Alert Net, March 1, 2011.

(19), Fuentes: SIPRI, Banco Mundial y cálculos propios.

(20), El video de la entrevista Kirchner-Stone publicado por Informed Comment/Juan Cole está localizado en: -angrily-said-war-would-grow-us-economy.html&ei=BYYCUYCnC4P88QSX3oGACA

(21), Peter D. Schiff, “Why Not Another World War ?”, Financial Sense, 19 Jul 2010.

(22), Vance T. N, 1950, artículo citado en (14).

(23), Dilip Hiro, “The Cost of an Afghan 'Victory'”, The Nation, 1999 February 15.

(24), “Una delegación de la oposición siria viajó a Kosovo, en abril de 2012, para la firma oficial de un acuerdo de intercambio de experiencias en materia de guerrilla antigubernamental”. Red Voltaire, “Protesta Rusia contra entrenamiento de provocadores sirios en Kosovo”, 6 de Junio de 2012.

(25), William S. Lind, Colonel Keith Nightengale (USA), Captain John F. Schmitt (USMC), Colonel Joseph W.

Sutton (USA), and Lieutenant Colonel Gary I. Wilson (USMCR), “The Changing Face of War: Into the Fourth Generation”, Marine Corps Gazette, October 1989.

(26), David Isenberg, “Contractors and the US Military Empire”, Rise of the Right, Aug 14th, 2012.

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Published by Jorge Beinstein - dans article classé
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