Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de la-Pensée-libre
  • Le blog de la-Pensée-libre
  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
  • Contact

Profil

  • la-pensée-libre
  • Philo-socio-anthropo-histoire.
Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
  • Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq

Recherche

Liens

3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 21:37

 

 logo730

 

Le cas de Sri Lanka est emblématique. En raison de la position stratégique de ce « porte-avion » possédant un port en eau profonde dans l'Océan indien, voie reliant le Moyen-Orient et l'Afrique avec leurs richesses à l'Asie orientale en plein développement. A un moment où « l'empire euro-atlantique » est entré dans une crise dégénérative profonde mais défend becs et ongles les restes de son statut de « vainqueur de la Guerre froide » et de puissance « unipolaire ». Nous avions déjà abordé la question dans notre numéro 41.

 

Nous reproduisons ici deux nouveaux articles parus à Sri Lanka, dans leur version originale en anglais et traduit en français, d'un des membre de notre Conseil scientifique. Qui a longtemps travaillé à l'ONU pour le droit au développement avant d'être ambassadrice de son pays dans plusieurs pays d'Amérique latine dont Cuba puis à Genève auprès de l'ONU. Et qui poursuit aujourd'hui à l'ONU avec l'appui des pays non alignés, sa lutte pour le droit au développement et contre les politiques d'ingérence des Etats de l'OTAN qui maintiennent leur pression en utilisant systématiquement le chantage aux droits de l'homme avec une telle hypocrisie et une telle arrogance que ce concept est aujourd'hui devenu largement une coquille vide qui continue pourtant à impressionner les faibles. Dans ce premier article, Tamara Kunanayakam relate les divisions profondes qui existent dans l'establishment de son pays et portant sur l'attitude à adopter envers les exigences occidentales. Article qui démontre que ce que Malek Bennabi, le théoricien algérien de l'anticolonialisme, nommait « la colonisabilité » existe toujours. Ce qui nous permet de comprendre, à partir de l'exemple de Sri Lanka, les aller et retours constatés dans les rapports de force internationaux alors même que le système dominant se trouve aujourd'hui largement délégitimé et sans plus aucune vision d'avenir.

 

La Rédaction

 

 

Le retour de Darusman: Rapport de Navi Pillay sur le Sri Lanka

 

(Version française – English version)

 

-

 

printemps 2013


Tamara Kunanayakam

(20 Février 2013)


« Oh, mais grand-mère! Qu'est-ce que vous avez de grandes dents! 'C'est pour mieux te manger!' Et avec cela, le loup se jeta sur Little Red-Cap, dévorant son ensemble ».

Les Frères Grimm


«La vérité, l'âpre vérité»

Georges Jacques Danton

 


Qui est derrière Navi Pillay[1] ?


Compte tenu des bruits rassurants et conciliant qui ont émergé à Sri Lanka dans les milieux liés à l'establishment de sa politique étrangère ces derniers mois, notamment les déclarations selon laquelle il n'était pas question de critiquer Navi Pillay qui s'est opposée au représentant permanent de Sri Lanka à Genève,[2] il est probable que ces élites ont été brutalement réveillées de leur profond coma par la véhémence du rapport de la Haut-Commissaire et l'apparition presque simultanée d'un même projet véhément de résolution US qui sera déposé au Conseil des droits de l'homme dans quelques semaines maintenant[3] !


Apparemment, Washington et certains de ses alliés européens ont réussi à mettre l'establishment diplomatique de notre pays dans un état de profonde inconscience lui permettant de ressasser des assurances et réassurances, selon lesquelles il n'y aurait pas de résolution déposée cette fois parce que ses auteurs étaient satisfaits des progrès réalisés jusqu'ici. Et pourtant, il allait de soi que le Conseil allait être obligé de prendre position par une forme d'action, bonne ou mauvaise, portant sur un rapport qu'il avait lui-même demandé au Haut-Commissaire de lui soumettre pour examen à sa 22e session, et donc de placer formellement Sri Lanka à son ordre du jour.



La dernière sortie de lapin du chapeau de Navi Pillay !


Le gouvernement a été prié par le Conseil de présenter un plan d'action détaillé décrivant les mesures qu'il a prises et prendra pour mettre en œuvre les recommandations du rapport de la commission sri lankaise « Lessons Learnt and Reconciliation Commission » - LLRC[4], et pour traiter des violations présumées du droit international. Le Bureau du Haut Commissaire a été chargé de faire un rapport sur les conseils et l'assistance technique apportés par le Bureau, ainsi que sur les mécanismes de procédures spéciales pertinentes, qu'il a été encouragé à fournir pour mettre en œuvre ces mesures, exigeant toutefois que de tels conseils et assistance soient étendus «en consultation avec et en concurrence avec le gouvernement ».


Néanmoins, en dépassant grossièrement le caractère technique de son mandat, le Bureau a concocté un rapport politique qui ressemble à celui d'un mécanisme de suivi plutôt qu'à un rapport technique décrivant les besoins déterminés par le gouvernement sri lankais, les conseils et l'assistance technique que le Bureau pourrait offrir dans ce but. Le rapport contient une évaluation arbitraire de la situation sur le terrain, la recherche des lacunes dans le travail de la LLRC, présente des allégations comme étant des faits, portant a priori des jugements sur ce que le gouvernement a fait ou n'a pas fait, et se permet de définir unilatéralement les domaines devant être prioritaires dans l'action du gouvernement.


Ayant dépassé le rôle de fournisseur d'assistance technique à l'autorité politique, en violation du mandat donné à son bureau et en empruntant beaucoup de ses recommandations au rapport Darusman[5], le Haut Commissaire dicte pratiquement les mesures que le gouvernement devrait prendre !


L'aiguillon dans le rapport cependant, se trouve dans son dernier paragraphe, avec une recommandation, cette fois adressée au Conseil, et qui n'est rien d'autre qu'une reproduction de la recommandation 1 (B) du Groupe Darusman.


Compte tenu de la partialité notoire et de la sélectivité du Bureau et de sa persistance à vouloir jouer le rôle de catalyseur, un rôle expressément interdit par le Conseil, il appelle à « une enquête internationale indépendante et crédible sur les violations présumées des droits humains internationaux et du droit humanitaire, qui pourrait aussi contrôler tout le processus national dans le but rendre des comptes. » Il encourage le Conseil à faire ainsi en invoquant les points de vue des groupes de pression qualifié de « nombreux acteurs au Sri Lanka, comprenant aussi des éminents leaders communautaires » qui auraient affirmé que l'attention portée par le Conseil pour « les questions de responsabilité et de réconciliation » a « contribué à créer un espace de débat et catalysé des avancées positives. »

 

Navi Pillay a donc été clairement inspirée par Darusman ! Elle commence son analyse et la termine avec Darusman, empruntant la voie visant à fournir des munitions et la justification nécessaire pour amener la question de Sri Lanka un peu plus loin, celle d'un simple problème technique vers un problème politique devant être présenté sous le point 4 de l'ordre du jour du Conseil, ouvrant ainsi la voie menant à un contrôle international sur ce pays, et confirmant ce que j'ai déclaré dans une interview à Ayesha Zuhair du Daily Mirror, le 22 Avril 2012, selon lequel la référence à la LLRC dans la résolution du Conseil était une feinte comme il en existe dans la stratégie militaire, et que le véritable objectif de ses auteurs était de mettre de l'avant la nécessité de rendre des comptes et de donner une légitimité au rapport Darusman. De là à ce qu'il atterisse à New York, ce n'est plus qu'une question de temps !


L'importance accordée au controversé « Groupe d'experts sur l'obligation de Sri Lanka à rendre des comptes » dirigé par Darusman dans le deuxième paragraphe du rapport n'est guère innocente, étant donné que les introductions aux rapports de l'ONU sont généralement consacrées à établir la liste des autorités législatives sur lesquelles elles s'appuient. C'est calculé pour servir un objectif politique prédéterminé, le paragraphe en question répétant de manière sélective, comme des perroquets, l'allégation notoire que le Groupe spécial Darusman « a trouvé des allégations crédibles de violations potentielles graves du droit international commises par le gouvernement de Sri Lanka et les Tigres de libération de l'Eelam tamoul ( LTTE) » !

 

Rappelons la session de Septembre 2011 du Conseil des droits de l'homme, lorsque nous avons réussi à galvaniser le soutien des pays en développement visant à prévenir la tentative de nos détracteurs d'imposer la légitimité du rapport Darusman en le faisant entrer par la porte de derrière pour le présenter au Conseil par l'intermédiaire de son président de l'époque ?

 

Dans une vision caricaturale de son rôle, le Haut Commissaire met en place un noeud coulant pour justifier le fait d'aborder des questions politiques. Par conséquent, le rapport proprement dit se fonde sur les questions identifiées dans un paragraphe du préambule, paragraphe qui n'a aucune validité opérationnelle et qui n'est pas lié à la demande expresse faite au Bureau. Le résultat est qu'il permet de jongler avec les faits et de porter des jugements a priori permettant de servir l'agenda politique de auteurs de la résolution, qui se trouvent également être les principaux bailleurs de fonds du Bureau et les trésoriers de l'écrasante majorité de son personnel au Haut-Commissariat - un fait connu de tous, mais que l'establishment de la politique étrangère du Sri Lanka a choisi d'ignorer ! Le rapport fait un effort maladroit pour réécrire l'histoire, afin de démontrer la continuité qui existerait entre les événements de 2009 et la situation actuelle, de sorte que Sri Lanka relèverait dès lors de la compétence du Conseil, afin de monter un dossier visant à démontrer que le gouvernement sri lankais n'est pas disposé ou est incapable de protéger ses propres citoyens, préalable juridique permettant d'invoquer la tristement célèbre «responsabilité de protéger» par une «communauté internationale» nébuleuse.


La conclusion tirée de cette tentative grossière est reflétée dans le résumé du rapport qui mérite d'être cité :


 «Les mesures prises pour enquêter sur de nouvelles allégations de violations graves des droits de l'homme n'ont pas été concluantes, manquant de l'indépendance et de l'impartialité nécessaire pour inspirer confiance. Au même moment, on continue à signaler des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements et des disparitions forcées au cours de la dernière année, ce qui souligne l'urgence de lutter contre l'impunité ».


Comme je l'ai déclaré à Ayesha Zuhair dans mon interview, l'objectif des auteurs de la résolution de Mars 2012 a été d'établir un rapport accablant à l'occasion de la prochaine session, qui a) donne une légitimité à Darusman, cette fois-ci en utilisant la personne du Haut Commissaire, ce pourquoi la résolution a été déposée en vertu de l'article 2 portant sur son rapport annuel et non au titre du point 11 concernant l'assistance technique; b) relie le passé, le présent et l'avenir, et c) démontre la mauvaise foi du gouvernement sri lankais et l'absence de volonté politique visant à résoudre les problèmes soulevés dans la résolution. Grâce à mon accès privilégié à l'information au sein du Bureau du Haut Commissaire, j'ai eu connaissance dès le début de ce plan visant à réintroduire le plan Darusman, mais les dirigeants de notre establishment de la politique étrangère ont rejeté cette information, comme ils le faisaient pour tous les autres renseignements ou analyses que j'ai fournies ou pour les suggestions que j'ai formulées.


Mes observations et mes analyses sont basées sur ma propre expérience au sein du système des droits de l'homme de l'ONU depuis 1989, expérience qui a débuté avant les métamorphoses du Centre pour les droits de l'homme qui fonctionnait comme secrétariat d'un organisme multilatéral à celle de Bureau politique du Haut Commissaire qui est souvent en conflit avec l'organisme d'où elle tire son autorité. J'ai eu connaissance du fait que l'ONU publiait des rapports de mission rédigés par certains puissants gouvernements, avant même que la mission n'ai eu lieu ! Le reste appartient à l'histoire !


Dans un avant-goût des choses à venir, le dernier lapin que Navi Pillay a sorti de son chapeau ne fait pas mystère sur les intentions réelles des auteurs - légitimer Darusman et l'intervention internationale visant Sri Lanka; valider la résolution du Conseil de Mars 2012; isoler Sri Lanka en réfutant les arguments juridiques et procéduriers que certains d'entre nous avaient proposé en Mars 2012 lors du précédent réglage de la nature de la résolution, ce qui avait contribué à galvaniser le soutien des pays en développement, et s'était reflété dans les votes contre ou les abstentions concernant la résolution présentée par les Etats-Unis; encercler la direction sri lankaise, ouvrant ainsi la voie à un changement de régime.

 


L'Establishment de la politique étrangère du Sri Lanka: myopie, incompétence ou calcul (ou «jouer  pour perdre») ?


La myopie de l'establishment de la politique étrangère de Sri Lanka à l'égard de son importance stratégique sur le grand échiquier de la politique mondiale, ou - pour lui donner le bénéfice du doute - son incompétence, ou bien même le calcul de certains secteurs puissants à l'intérieur du pays qui peuvent tirer profit de la défaite, a abouti à l'isolement rampante de Sri Lanka au niveau international, à l'encerclement de son Président en vue d'un «changement de régime», ou tout simplement, à la suppression d'un chef d'Etat indépendant et trop imprévisible, mais toujours très populaire, qui, avouons-le, constitue la véritable cible. Je pourrais être accusée d'être une théoricienne de la conspiration, mais ce n'est pas parce que l'homme et le chien semblent être situés physiquement sur les côtés opposés qu'ils ne travaillent pas ensemble pour rassembler les moutons qui se trouvent entre eux !


Pourquoi l'establishment a-t-il mis en place une politique étrangère qui a pris dans un piège le pays en l'amenant dans un cercle vicieux ? Pourquoi nos adversaires ont-ils adopté une sempiternelle politique défensive visant à s'assurer du « temps et de l'espace», tout en «plaidant coupable» pour avoir abattu le terrorisme sans leur aide ? Pourquoi blâmer une « diaspora » obscure pour des interventions conçues par les grandes puissances, poussant à mettre tous les Sri Lankais vivant à l'étranger dans un même panier, quel que soient les communautés auxquelles ils appartiennent, y compris la majorité de la diaspora tamoule qui ne soutient pas le terrorisme ou le séparatisme ? Pourquoi faire montre de chaleur puis ensuite de froideur envers la personne de Navi Pillay, sans regarder derrière elle, en direction de l'institution qu'elle représente, qui n'est qu'un simple reflet du rapport de force international dans le monde réel, un instrument du grand et du puissant ?


A notre establishment de la politique étrangère nous devons poser la question de savoir comment les objectifs de la politique étrangère de Washington sont définis, ou celle de Londres, de Paris, ou  d'Ottawa? Est-ce que Mme Navi Pillay peut influencer les décisions de Washington, ou est-ce que sont les actions de Washington qui influencent Navi Pillay ?

 

Est-ce la «diaspora», ou le LTTE et ses partisans, qui influence Washington et ses alliés, ou sont-ils seulement de simples outils dans leurs mains pour faire avancer les objectifs impérialistes à travers la mise en place d'une nouvelle architecture internationale fondée sur la suprématie et l'unilatéralisme étatsunien plutôt que sur le multilatéralisme, un système basé sur les principes de l'égalité souveraine des Etats et le droit des peuples à l'autodétermination qu'ils considèrent comme un anachronisme, en particulier dans le contexte de l'effondrement de l'économie occidentale, de l'émergence de la Chine, et d'un équilibre mondial du pouvoir tendant à se déplacer loin de son orbite de contrôle? Est-ce que l'establishment de la politique étrangère de Sri Lanka a étudié les interventions extérieures en Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Mali, ou en Amérique latine, et comment les interventionnistes ont créé et utilisé des dissensions internes et transformé en mercenaires des opposants sans scrupules et sans principes ?


Pourquoi notre establishment de la politique étrangère reste-t-il aveugle aux ambitions mondiales des États-Unis et de leurs alliés, ignorant un domaine d'étude appelé la géopolitique et sa branche qui s'occupe de géostratégie ? Il n'y a pas longtemps, j'ai été consternée d'entendre le fonctionnaire le plus haut placé aux affaires extérieures me dire que Sri Lanka n'a pas d'importance stratégique !


Pourquoi notre establishment de la politique étrangère n'affronte-t-il pas la tête haute les défis mondiaux de notre temps dont Sri Lanka, à l'instar de nombreux autres pays en développement, n'est qu'une victime, joignant nos forces avec le même esprit visant à la restauration de son rôle historique en tant que promoteur du non-alignement qui a joué un rôle essentiel dans la construction d'un véritable multilatéralisme, le seul système qui puisse garantir l'égalité souveraine entre les grands et les petits, les puissants et les faibles, les riches et les pauvres, les pays développés et les pays en développement, le Nord et le Sud ? Sommes-nous en train de nous éloigner de la Mahinda Chintana[6] ?


Notre establishment de la politique étrangère a grossièrement sous-estimé les instruments et les moyens que le système multilatéral met à notre disposition pour assurer le respect de la souveraineté, tout en surestimant le rôle de la personne de Navi Pillay. S'il y avait eu un minimum de compréhension du jeu des rapport de forces internationaux et de l'importance de renforcer la position internationale de négociation de Sri Lanka, le ministère des Affaires extérieures aurait saisi le sens de mon initiative préventive d'écrire au Haut Commissaire en lui demandant de clarifier un courriel interne qui a exposé le rôle de catalyseur joué par le Haut-Commissariat pour la promotion de la résolution 2012 face à Sri Lanka, ce qui a soulevé des doutes quant à son impartialité, son objectivité et sa non-sélectivité, en violation du mandat que lui a confié l'Assemblée générale. Au lieu de saisir cette occasion en or, le ministère des Affaires extérieures s'est publiquement distancié de la déclaration de son propre représentant permanent à l'ONU, rassurant Navi Pillay, qu'il n'avait pas l'intention de porter des accusations contre elle,[7] cédant ainsi sans combat un outil de négociation inestimable. L'establishment de la politique étrangère a également rejeté comme une patate chaude notre initiative visant à prendre les devants pour proposer une résolution qui était populaire et visait à assurer la transparence du Bureau du Haut Commissaire et l'obligeait à rendre des comptes à l'organe multilatéral d'où il tire son autorité, une résolution qui aurait pu être adoptée avec une majorité écrasante et considérablement renforcer notre crédibilité et notre pouvoir de négociation. Mais quand l'Occident s'est vicieusement opposé à toute initiative qui aurait pu affaiblir son emprise sur l'institution et saper ses positions, cela ne faisait pas partie de la stratégie de compromis choisi par notre establishment de la politique étrangère. Dans ces circonstances, la récente critique de Navi Pillay par le Secrétaire par intérim Kshenuka Seneviratne de notre Ministère des relations extérieurs portant sur ses déclarations sur Sri Lanka sonne creux et hypocrite, et a peu de poids, désarmés que nous sommes et tanguant comme nous le faisons d'une attitude extrêmement conciliante à une hostilité apparente, dépourvue de raisonnement et de vision.


Pourquoi l'establishment de notre politique étrangère place-t-il une confiance infinie dans nos détracteurs, tout en trahissant nos amis et alliés naturels au sein de la communauté internationale, ce qui entrave l'avancement des questions promues par le Mouvement des pays non alignés, appliquant aveuglément les sanctions étasuniennes unilatérales illégales contre des pays qui se sont tenus de notre côté, réagissant par un silence assourdissant en renonçant à nos principes en échange d'avantages éphémères et contestables, et en soutenant tacitement les interventions extérieures en Syrie, Iran, Corée du Nord, en Palestine, en Libye, en Afghanistan, en Irak, pays qui ont eu des gouvernements ciblés pour un «changement de régime» par les mêmes puissances qui s'apprêtaient à intervenir militairement pour sauver Prabakharan et ses acolytes[8], qui n'ont pas pardonné à Sri Lanka sa victoire en solitaire sur le terrorisme, et qui continuent d'avoir leurs yeux rivés sur nous ? Et pourtant, ce même establishment de la politique étrangère, sans vergogne, va s'adresser aux pays en développement qui détiennent la majorité au sein du Conseil, pour les prier de lui accorder leurs votes ! Pas étonnant que Sri Lanka ai acquis à Genève l'opinion d'être un allié peu fiable et opportuniste, qui cherche le contact avec des représentants de pays uniquement lorsqu'un vote lui est nécessaire !


Quiconque a eu à négocier sait que si quelque chose doit être atteint, il faut le faire à partir d'une position de force. Pourquoi alors avons-nous affaibli notre position de négociation dans les moments les plus cruciaux, en allant demander à genoux à nos ennemis de l'aide, en quémandant pour obtenir plus d'argent, plus de prêts du FMI, dans le cadre du Generalized System of Preferences (GSP), arguant que notre survie économique dépendait de leur bienveillance, succombant à des conditionnalités extérieures et compromettant ainsi les principes mêmes pour lesquels nos parents et grands-parents se sont battus ? Pourquoi l'establishment de la politique étrangère a-t-il choisi les moments cruciaux de la bataille pour diviser ses forces en opposant des diplomates de carrière contre les nominations politiques, des chefs de missions contre leurs adjoints, des représentants du commerce contre des représentants de la politique étrangère, du personnel national contre du personnel recruté localement, et ainsi de suite, sans fin ?


Pourquoi face à une telle hostilité, l'establishment de notre politique étrangère abaisse les défenses du pays, ce qui affaiblit nos positions, et renforce les leur, en se laissant isoler, encercler et exposer à une attaque extérieure dont, en fin de compte, les gens ordinaires seront victimes ?


Notre establishment de la politique étrangère serait-il affligé de myopie, ou est-ce de l'incompétence ou de la cupidité de certains secteurs lorgnant pour avoir une part du butin par une alliance opportuniste avec le riche et le puissant ?

 


Sri Lanka, dans l'œil du cyclone ?


A la veille de la 22ème session du Conseil, Sri Lanka apparaît sous une lumière sombre, dans un scénario du style petit Chaperon Rouge de Grimm, avec des conditions objectives et subjectives jouant contre elle. Son pouvoir de négociation est en lambeaux, et elle sera littéralement jetée aux loups, ou AU loup !


Le Conseil sera saisi, d'au moins deux documents officiels: un rapport accablant du Haut Commissaire et un autre sur l'Examen périodique universel. Il y a aussi la possibilité que le fantôme du rapport Darusman fera sa réapparition sous la forme d'une référence au rapport Petrie Charles de révision interne de l'ONU sur les actions de l'ONU à Sri Lanka au cours des dernières étapes de la guerre, une recommandation de Darusman qui ne montre pas Sri Lanka sous une lumière positive.


Sri Lanka n'est pas membre du Conseil et n'y a pas de droit de vote. Elle devra faire face à un bloc puissant de pays alliés avec les Etats-Unis, un autre membre votant, avec la Pologne à sa tête qui préside le Conseil.


Si l'establishment de la politique étrangère décide de s'en prendre à ses adversaires, la tête haute - ce qui est très peu probable connaissant son penchant pour transiger sur les principes avec ses propres ennemis, il aura des difficultés à trouver un proxy pour parler en son nom, étant donné que Cuba n'est plus un membre du Conseil. Rares sont les pays qui ont le courage de se mouiller pour des questions de principes, et qui sont dotés de ce noble sentiment de solidarité envers leurs semblables. Sri Lanka aura également perdu la Russie et la Chine, qui sont hors du Conseil cette année. Il est également probable que, depuis Mars 2012, Sri Lanka aura perdu quelques-uns de ses amis non-alignés, qui ont été consternés par les tentatives de l'establishment de la politique étrangère de saboter les questions qui leur tiennent à cœur, questions qui reflètent la poursuite du débat sur la décolonisation et la défense du multilatéralisme.


A moins de démontrer que le maintien de Sri Lanka à l'ordre du jour peut créer un dangereux précédent affectant négativement la souveraineté et l'indépendance des autres pays et le multilatéralisme en général, et si dans les quelques jours et semaines à venir, nous pouvons regagner la confiance de nombreux amis et alliés que nous avons perdus au cours des trois dernières années écoulées depuis la session spéciale de 2009, on peut penser que peu de pays en développement vont se mouiller pour défendre Sri Lanka contre une initiative étasunienne.


Nous nous sommes mis dans une position de faiblesse et le décor est planté pour une résolution de consensus, dans laquelle Sri Lanka se place contre Sri Lanka !


Notre pays et son peuple ont besoin d'une vision permettant de rétablir son rôle historique, d'avoir une stratégie à long terme qui soit dans leur intérêt, d'une analyse correcte de la situation internationale, géopolitique et la géostratégique, d'une cohérence et d'arguments convaincants, et de moyens permettant de défendre nos valeurs millénaires. Aujourd'hui, nous nous trouvons peut-être avec un pas de plus vers le « changement de régime », mais le pays n'est pas désarmé pour autant, doté qu'il est de femmes et d'hommes de qualité, patriotes, capables de faire face à cette nouvelle menace à sa souveraineté, sans précédent par sa gravité depuis que l'indépendance a été gagnée en 1948 !

 

 

English version :

 


Geneva :  “Responsibility to Protect” Vs sovereignty of the people!

 

Tamara Kunanayakam

 

“Only the working class in its mass remained loyal to the profaned homeland!”

Francois Mauriac, 1943

 

 

Reactions to the latest US resolution adopted by the Human Rights Council have varied from lamenting about unjust criticism when significant progress in resettlement, reconstruction and demining has been made, to complacency about minor amendments, although these have left intact its essence, the relentless logic that underpins the “Responsibility to Protect” (RtoP). Despite these differences, there seems to be a consensus that the text is soft, harmless, and “nothing to worry about.”

 

It is this latter interpretation, which disregards that accountability is only a pretext for Washington to advance its geopolitical interests in the region, that I consider my duty to challenge in this piece, an interpretation for which, until recently, I had a more charitable explanation – erroneous reading of the text! I have meanwhile revised this position. The startling suggestion from certain high quarters that Sri Lanka “become a stronger geopolitical and strategic ally” of the US and confirmation of behind the scenes concessions to Washington as the US draft was being considered by the Council, indicate that sections of the ruling elite might have chosen to capitulate and bargain away our independence and sovereignty.

 

The relentless logic that underpins the “Responsibility to Protect” (RtoP) remains intact! According to that logic, if the State fails to protect its citizens, then that responsibility is transferred away from the people within that State to an alien power. This new concept that the US seeks to impose on UN member States as an ideological pillar of the new international architecture attacks the sovereignty principle, effectively depriving the people of their inalienable right to self-determination, and its corollary, permanent sovereignty over natural wealth and resources, without which the right to self-determination will be bereft of substance. RtoP effectively transfers sovereignty from the people to an alien power, meaning, in today’s still unipolar world, the USA. The ideology that underpins RtoP, which is that peoples’ of developing countries are incapable of governing themselves, is no different from the ideology of racial superiority advanced by former colonial powers in their so-called “civilising mission” over peoples of Africa, Asia and Latin America that lasted over five centuries.

 

Speaking to press in September 2001, Silvio Berlusconi, declared, “

We should be conscious of the superiority of our civilisation, which consists of a value system that has given people widespread prosperity in those countries that embrace it, and guarantees respect for human rights and religion.” He also said the West was "bound to occidentalise and conquer new people.

 

 

In this context, it is legitimate to question the motivations behind sections of the ruling elite who argue that if harshness there is in Washington’s attitude toward Sri Lanka, then it is due to the unkindness or “megaphone diplomacy” on the part of some of us. Is it meant to disarm the people, to justify a choice that swings between discarding all dignity and pleading for “time and space” (to do what is, anyway, the country’s sovereign right and responsibility to do), or capitulating and accepting a strategic alliance with Washington? 

 

Under the circumstances, it is a moral obligation and a patriotic act to examine the text thoroughly, grasp its implications, and understand why “the Sri Lanka issue” is increasingly moving centre stage in the most politicised of all UN fora. Only that will arm the people, collectively, with the knowledge, conviction, and the confidence to assume responsibility for defending their sovereignty in the months and years ahead, in the context of US ambitions to dominate Asia in its quest for global supremacy that is, elsewhere, leaving behind ruin, dissension, chaos, death, deprivation, and despair for all those who have become victims of its aggression.

 

Washington’s focus on accountability – pillar of the controversial “Responsibility to Protect” (RtoP)

 

Government and critiques alike, for different reasons, provide a skewed interpretation of the text, wrongly concluding that the focus of the resolution is on reconciliation and LLRC recommendations, missing its essence – accountability. It ignores the fact that the entire US text is built on a concern that LLRC and the National Action Plan do not “adequately address serious allegations of violations of international human rights law and international humanitarian law.”

 

This focus on accountability is not motivated by a genuine belief that there can be no reconciliation without it, but because accountability is the pillar upon which the Responsibility to Protect (RtoP) stands, a concept initially known as the “right to intervene,” which Washington is forcing upon the UN so as to provide legitimacy for its increasingly aggressive unilateral interventions, and domination of peoples and their wealth and resources in countries of strategic interest to Washington!

 

As early as 2011, the High Commissioner for Human Rights declared her intention to send a team to identify the gaps in the LLRC report. The thrust of the report of Stephen J. Rapp, Ambassador-at-Large in the Office of Global Criminal Justice at the US State Department, presented to the US Congress in April 2012, was that an independent mechanism must be established to investigate the “credible allegations, which the LLRC failed to address.”The March 2012 and 2013 resolutions, both authored by the US, acknowledge only LLRC’s “possible contribution” to reconciliation.

 

Washington’s stand, in the case of Sri Lanka, is that there can be no reconciliation without accountability, contrary to that it adopted for those responsible for apartheid South Africa or US-supported military juntas in Latin America. US Ambassador Eileen Donahoe, speaking to the press in Geneva, was clear that the resolution was a signal by the international community that “lasting peace and reconciliation in Sri Lanka will require meaningful steps toward truth and accountability.” “The international community,” she said, “knows an independent and credible investigation must go forward and that that’s what’s lacking.”

 

As for the language and meaning of the text, Washington is also very clear: “if you compare the text from last year… it is fair to say there’s a strengthening in the language and the meaning of the text … and does rely heavily on the findings of the High Commissioner, which were serious and reasserted the need for a truth mechanism. Very clearly!”  

International machinery set in motion

 

In a smart move that seems to have gone totally unnoticed by the foreign policy establishment, Washington has sneaked into the resolution the beginnings of the international machinery conceptualized by the Darusman Panel and incorporated in the Navi Pillay Report. Since then, Sri Lanka’s foreign policy makers have adopted an Ostrich-like attitude, perhaps wishing away a mechanism that is suddenly taking on frightening proportions.

 

The resolution sets in motion the monitoring component of the international investigation mechanism; the mandate is assigned to OHCHR, a “constructive role for the Office,” according to US Ambassador Michele Sison in Colombo. The Office is asked to report to the Council in five months, and again in seven months, on the implementation by the Government of the requests contained in operative paragraphs 2 and 3, which focus primarily on accountability.  The Council approved the allocation of General Budget funds to engage a professional staff person for 5 months to conduct research, consult with “stakeholders”, and to produce draft texts. It is likely that additional staff will be recruited using voluntary funds originating from rich countries with conditions attached.

 

OHCHR will be monitoring and reporting on the steps taken by the Government to: (1)conduct an independent and credible investigation into allegations of violations of international human rights law and international humanitarian law, as applicable”; (2) implement “effectively” the “constructive” recommendations of LLRC (meaning those related to accountability); and, (3) “fulfil its relevant legal obligations and commitment to initiate credible and independent actions to ensure justice, equity, accountability, and reconciliation for all Sri Lankans.

 

In a clear indication that Washington is moving resolutely toward international action, the only request addressed to OHCHR is monitoring and reporting. Unlike the 2012 resolution, the 2013 resolution does not request OHCHR to provide technical assistance to Sri Lanka; it only “encourages” it to do so.

 

Implacable logic of “Responsibility to Protect” (RtoP)

The 2013 resolution subjects Sri Lanka, henceforth, to the implacable logic of the “responsibility to protect,” applicable to four specified crimes: genocide, war crimes, ethnic cleansing and crimes against humanity, as well as to their incitement. A controversial concept, it was initially conceived as the “right to intervene” by Bernard Kouchner, former Minister of Foreign Affairs of France, who participated in the 2009 operation to rescue Prabhakaran, along with US Secretary of State Hillary Clinton and British Foreign Secretary David Milliband. 

 

It is significant that all three pillars of this still debated concept are reflected in the latest US resolution: (1) the primary responsibility of the State to protect its populations; (2) the responsibility of the “international community” to encourage and assist States in fulfilling this responsibility; and, (3) the responsibility of the “international community” to protect in a “timely and decisive” manner when the State is unable or unwilling to do so, through “appropriate” diplomatic, humanitarian and other means, including coercive military intervention.

 

As for pillar one, the latest resolution is further defines the steps the Government must take to fulfill its responsibility.

 

Elements of pillar two are reflected in the encouragement to OHCHR and special procedures mechanisms to provide advice and technical assistance to the Government to fulfil that responsibility. This point was also emphasised by US Ambassador Donahoe in her press statement: “The United States stands ready to assist Sri Lanka... The Office of the High Commissioner, as well as the Special Procedures, are also standing by ready to assist the government of Sri Lanka with technical assistance and capacity building so that they can move forward toward a sustainable peace and reconciliation, based on truth and accountability.

 

The Charter obligation to cooperate with UN mechanisms, in accordance with articles 55 and 56 of Chapter IX on International Economic and Social Cooperation, is also reflected in the request to OHCHR to prepare the report on Sri Lanka “with input from relevant special procedures mandate holders.” Despite the trumpeting about “small victories” achieved through “amendments,” the request to OHCHR meets Washington’s objective of providing Navi Pillay with the space necessary to demonstrate that GoSL is failing in its Charter obligation, should it continue to ignore them.

 

However, it is the decision to put in place the monitoring and reporting components of an international investigation mechanism that is the most significant, in that it sets in motion the still debated and controversial third pillar of RtoP, which authorises the “international community” to utilise a wide range of tools, from peaceful to coercive measures such as economic and political sanctions or military intervention. 

 

The language of the resolution is harsh. It seeks to demonstrate that GoSL is unwilling – not just unable – to protect its own populations and has also failed to cooperate with the UN in carrying out this primary responsibility, so as to justify application of the third pillar. While providing the Government another opportunity to conduct “independent and credible investigations” domestically, the decision to ensure external monitoring also signals the lack of confidence in its willingness to do so.

 

The text is clear in its judgement that the Government has failed to adequately address accountability for past abuses and by doing so, has also failed to prevent “continuing ... violations of human rights,” thus bringingthe Sri Lanka issue squarely within the mandate of the Council, which handles ongoing, not historical, situations. It is noteworthy that “discrimination on the basis of religion or belief” was added to the list of “continuing reports of violations” only in the final version. Its simultaneity with the dispatch of a letter addressed to the Government by the 57 member Organisation of Islamic Cooperation expressing concern over the anti-Muslim campaign launched even as the Council was meeting, is an indication that Sri Lanka may risk losing the traditional support it has benefited from.

 

US Ambassador Donahoe, speaking to the press in Geneva shortly after adoption of the resolution, claimed that the US had put forward the resolution “out of a genuine concern about the lack of follow-through on the promises by the government of Sri Lanka to carry out a credible form of domestic accountability.” Linking impunity to continuing reports of violations of human rights, she referred to “the deteriorating human rights situation in Sri Lanka” over the past year and recalled strong concerns “over the lack of progress on these vital issues as well as backsliding on respect for human rights and the rule of law” and the “protection of human rights in the current situation as well.”

 

The logic pursued is that if there is no accountability for past crimes, impunity for present crimes will continue and give rise to similar crimes in the future, which, in turn, justifies external intervention to ensure that the population is protected from future crimes. As will be shown below, the resolution clearly envisages the establishment of an international investigation mechanism as a next step.

 

With this implacable logic, it would have been sufficient victory for Washington had the resolution only contained four elements, one implying failure of the Government to take independent and credible action to ensure accountability, another expressing concern about continuing violations,  a third implying failure to cooperate with UN mechanisms, and, a fourth, requesting the High Commissioner to report on implementation! A reference to “international investigation” would not even have been necessary, since it is the logical next step!

 

Possible next steps

 

The next steps will depend on the content of the monitoring reports, oral and written, submitted by the High Commissioner to the Council at its September 2013 and March 2014 sessions.  US Ambassador Donahoe admitted that the latest resolution had relied “heavily on the findings of the High Commissioner.” That resolution now contains all the elements necessary for Navi Pillay to orient her future reports.

 

Declarations of the foreign policy establishment, its representative in Geneva, statements of certain members of the Government, and the interpretation given to the text, all indicate that the ruling class is unlikely to respond to the real issues posed in the latest resolution or adopt a domestic and foreign policy capable of rendering the country less vulnerable to external pressures. Instead, the signs are that it is caving under US pressure, surrendering the country’s sovereignty and independence, isolating it further from its natural allies – the UN majority – with whom the country shares common interests, and increasing its vulnerability to external intervention.

 

Sri Lanka should remember that a similar line was adopted by Yugoslavia’s Slobodan Milošević, Iraq’s Saddam Hussein, Libya’s Muammar Gaddafi, Sudan’s Omar Hassan Ahmad Al-Bashir, and to a certain extent, Syria’s Bashar al-Assad  – who all initially conceded to US pressures in the delusion that Washington was a friend.

 

It is likely that the reports produced by OHCHR in September 2012 and March 2014 will seek to confirm that Sri Lanka is not willing to fulfil its responsibility to protect by conducting “independent and credible” investigations and cooperating with UN mechanisms. Any allegation received by UN special procedures mandate holders during this period and any instance of impunity, will be utilized to demonstrate the failure to arrest a dangerous trend.

 

The next step is reflected in the first operative paragraph of the latest resolution, which by welcoming Navi Pillay’s Report and its conclusions and recommendations, implicitly endorses her call for an independent and credible international investigation into alleged violations of international human rights law and international humanitarian law.” To remove any ambiguity, the call is explicitly spelled out in the preamble.

 

And, for those who haven’t understood, US Ambassador Michele Sison, speaking to the Foreign Correspondents Association in Colombo on 8 April, said that what happens next depends on the government of Sri Lanka. The UN High Commissioner for Human Rights’ report ... reaffirmed a long-standing recommendation for ‘an independent and credible international investigationinto alleged violations of international human rights and international humanitarian law in Sri Lanka. The latest resolution took note of this call, and asks the Office of the High Commissioner to update the Council on Sri Lanka’s progress at the September 2013 session and present a comprehensive report in March 2014. The latest resolution also encourages Sri Lanka’s government to respond to the eight outstanding requests by UN special procedures mandate holders.

 

In an earlier statement, Ambassador Sison said that Washington would renew “consideration of all options available in the UNHRC and beyond,” pointing out that international mechanisms can be appropriate when States are either unable or unwilling to meet their own obligations. A few days after the resolution was adopted, US Assistant Secretary of State for South and Central Asian Affairs, Robert Blake, warned that it may be forced to investigate alleged war crimes if the Sri Lankan government does not conduct its own "independent and credible" inquiry.

 

It is likely that in a follow-up resolution, the US will focus on a combination of pillar two and three responsibilities of the international community to “respond collectively in a timely and decisive manner when a State is manifestly failing to provide such protection.”

 

Available tools for external intervention – pacific and coercive

 

The 2005 World Summit Outcome Document endorsed by the General Assembly,  provides a range of tools available under the UN Charter to the international community, both pacific measures envisaged under Chapter VI on Pacific Settlement of Disputes and Chapter VIII on Regional Arrangements that have traditionally been carried out either by intergovernmental organs or by the Secretary-General, as well as coercive measures under Chapter VII, should peaceful means be inadequate and national authorities manifestly failing to protect their populations from genocide, war crimes, ethnic cleansing and crimes against humanity.” Under Chapter VII, the Security Council may authorize coercive measures, including economic and political sanctions or coercive military intervention.

 

·          Peaceful measures

 

Chapter VI provides for peaceful measures, including negotiation, enquiry, mediation, conciliation, arbitration, judicial settlement, resort to regional agencies or arrangements, or other peaceful means, including by appointing eminent persons or special envoys to initiate dialogue and prepare for local, regional or UN mediation or facilitation efforts as in the case of Libya, or Southern Sudan, or Syria.

 

Washington could, as a next step, and through the UN, call for international assistance under pillar two in the form of an international commission of inquiry, a Special Rapporteur, or an Independent Expert to establish the facts and to identify the perpetrators of crimes and violations relating to RtoP.

 

Commissions of Inquiry and fact-finding missions are increasingly used and may be established by the Secretary-General, the Security Council, or the Human Rights Council as it did in the case of Syria to conduct investigations and gather “a body of evidence” that will help ensure accountability. At its recent session, the Council also established a Commission of Inquiry on the Democratic Peoples’ Republic of Korea, a country that Sri Lanka recently joined Washington in condemning! It is noteworthy that Darusman was the Council’s Special Rapporteur on DPRK and is also expected to serve on the Commission. Both Commissions were established on the basis of reports submitted by Navi Pillay.

 

In an indication of the consequences, Rupert Colville, Navi Pillay’s spokesman pointed out that “earlier Commissions of Inquiries played really key roles in moving situations into the area of international justice, for example … a Commission of Inquiry…in the former Yugoslavia, which predated the Hague Tribunal…”   What Rupert Colville does not say is that the first illegal war of aggression led by US-led NATO forces against Yugoslavia, under the guise of protecting human rights, resulted in thousands of civilian deaths and more than 6,000 seriously injured, according to the Independent Commission of Inquiry called by Ramsey Clark, former US Attorney General. Children made up 30% of all casualties and 40% of total number injured.  In addition, approximately 300,000 children suffered severe psychological traumas and will require continuous medical surveillance and treatment. Having got rid of Milosevic, the aggressors dismantled Yugoslavia – the only NAM country in Europe – giving birth to the now famous “Kosovo model” championed by Washington and its allies.  According to European Union expert Swiss Senator Dick Marty, Kosovo has become the centre of trafficking – from drugs, to arms, to human organs, to prostitution, under the control of the so-called freedom fighter and current Prime Minister of this artificial state, Hashim Thaci.

 

Chapter IV of the UN Charter also authorizes the General Assembly and the Secretary-General to bring “situations which are likely to endanger international peace and security” to the attention of the Security Council, as in the case of Syria. The High Commissioner may request the Security Council to bring to its attention her report on Sri Lanka, a request that the Council may or may not grant, depending on the Government’s ability to unite its forces internally and externally through actions at domestic, regional and international levels. Navi Pillay’s recommendation to the Security Council on 12 February 2013 to refer Syria to the International Criminal Court is an indication of a course of action open to her.

 

The Security Council may refer cases to the International Criminal Court, where the Court may not otherwise exercise jurisdiction, an authority recognized in the Rome Statute. It exercised this power for the first time in March 2005 when it referred “the situation prevailing in Darfur since 1 July 2002.” Sudan was not party to the Rome Statute. The second such referral was in February 2011 when the Council asked the Court to investigate the Libyan government’s violent response to the Libyan civil war.

 

·         Coercive measures

 

When a State fails to respond to diplomatic and other peaceful measures, the Security Council may authorise coercive measures under Articles 41 and 42 of the Charter, including sanctions that may include complete or partial interruption of economic relations and of rail, sea, air, postal, telegraphic, radio, and other means of communication, freezing of financial assets and imposition of travel bans; suspending credits, aid and loans from international financial institution

s; restricting provision of other financial services; the severance of diplomatic relations; sports embargoes; restrictions on scientific and technical cooperation.

 

Eventually, the Security Council may authorize the use of force, under Chapter VII, Article 42, of the Charter, including coercive military action that may include demonstrations, blockade, and other operations by air, sea, or land forces of Members of the United Nations.

 

Illegal unilateral interventions

 

The US Administration is empowered by Congress to institute unilateral coercive measures, in violation of the UN Charter and international law, including sanctions, blockades and embargoes, against other States if they fulfil the "rogue and recalcitrant" requirement.

 

Washington’s concept of “regime change” does not end with a change in leadership, but with the dismantling of the Nation State, disarming the people by dividing them, usually on ethno-religious lines, as between Muslims and Orthodox in Yugoslavia, Sunnites and Shiites in Iraq, Sunnites and Alaouite in Syria, Muslims and Christians in Sudan, the tribes in Libya, etc. The partitioning of countries on communitarian lines, a system theorised by the US Administration, particularly by former Secretary of State Madeleine Albright, is a clear demonstration that Washington’s doesn’t care a dime about reconciliation!

 

US imposed unilateral sanctions may take the form of arms embargoes, foreign assistance reductions and cut-offs, export and import limitations, asset freezes, tariff increases, import quota decreases, revocation of most favoured nation (MFN) trade status, votes in international organizations, withdrawal of diplomatic relations, visa denials, cancellation of air links, and credit, financing, and investment prohibitions. Over the past several years, Congress has enacted – and the Administration has implemented – the equivalent of a financial system meltdown on the Islamic Republic of Iran and on Syria, by means of sanctions targeting the countries’ financial systems.

While the sanctions are presumed to exempt humanitarian trade in food and medicine, such commerce is severely constrained, because of executive orders blocking the attendant financial transactions.

 

Sri Lanka, in an international quagmire of its own making

 

Today, Sri Lanka finds itself in an international quagmire largely of its own making. The decision-makers have tragically failed in their duty to meet the political, social and economic aspirations of the people, without whose backing and sacrifice, whatever their ethnic origins, the defeat of terrorism and separatism would not have been possible in May 2009.

 

The immediate aftermath of the war provided the conditions necessary for the adoption of independent socio-economic policies and the search for a political solution to the national question that would have facilitated reconciliation and unity among all Sri Lankans. Buttressed by socio-economic policies aimed at eliminating disparities and the emergence of a common Sri Lankan identity would have also rendered the country less vulnerable to external pressures and conditionalities.

 

However, instead of taking advantage of the favourable conditions thus created to pursue the choice of the people for peace and socio-economic development and well-being, decision-makers have squandered away the peace dividend by aligning themselves to the demands of an elite, whose interests are closely tied to that of US-led global capital.

 

The pursuit and further reinforcement of a foreign debt-driven, export-oriented neoliberal development model, referred to as the “Washington Consensus,” has made Sri Lanka more dependent and vulnerable to external pressures, shocks and conditionalities and has drastically reduced its ability to pursue an independent foreign policy. It is significant that in the affair of the Ceylon Electricity Board, US Ambassador Michele Sison felt invested with a "responsibility to protect" by acting like a proconsul. Tying Sri Lanka’s future well-being to decisions taken in Western capitalist nations, where the model is on the verge of collapse, also, irresponsibly, exposes the entire country and people to the unprecedented shock that is inevitable.

 

What will be the response to the anticipated disaster? A search for scapegoats, diversionary tactics, as the country has known in times of serious socio-economic crises? How will it facilitate reconciliation and unity? How will tax-exempted casinos improve the real economy and the lives of the majority of ordinary people who depend upon it?

 

The consequences of this neoliberal vision for Sri Lanka’s foreign policy are becoming evident! Less than one month after the US resolution was adopted, a strategically-placed Sri Lankan representative pleaded for a stronger “geopolitical and strategic” alliance with the USA, as part of John Kerry’s Asia Pivot to reverse “China’s drive to tighten its grip” on the region! Rumours also have it that discussions on the establishment of a US base on this strategic island might have been revived. Fifty-five years ago, in 1957, the British were forced to withdraw their military bases in the country, and Sri Lanka officially became a Non-Aligned country. Washington has never made a mystery of its interest to acquire Trincomalee for its Seventh Fleet.

 

Having once been a front-line British base against the Japanese during World War II, will Sri Lanka now become a front-line base for the US, against China or even India?  Is this confirmation of a radical shift from Sri Lanka’s traditional policy of Non-Alignment in international relations? Is India playing a risky game with the US that may help create a Trojan Horse on its southern flank, through a partition of Sri Lanka with possible repercussions for its own territorial integrity and credibility in the region?

 

Are we also seeing a surrender of Sri Lanka’s sovereignty to powerful US lobbies, which are speaking on our behalf? A recent edition of The Sunday Times (7th April) reported on a decision by the Central Bank, during the recent session of the Human Rights Council, to hand over defense of Sri Lanka’s economy and finance to Thomson Advisory Group LLC (TAG) in Washington.

 

To complete the picture, Dr. Dayan Jayatilleke made another revelation about a secret agreement made with Israel, even before war ended, for post-conflict cooperation on Homeland Security, indicating that there might be a strengthening of those same forces within the centres of power, which are ready to sacrifice people and country for mercenary ambitions.

 

The ruling class with its vassal mentality, as reflected in its refusal to reject the threats and orders decreed from Washington, cannot be relied upon to consolidate Sri Lanka’s political sovereignty, which requires a strategy that renders the country economically independent of those who seek its subjugation and domination, a strategy capable of defending the choices of the people.

 

If Sri Lanka is to avoid a disastrous scenario, experienced by those who also believed they would be spared by Washington, it has no other alternative, but to rely on its own people and their unity – not on an alien power – to protect and advance its interests.  It is equally necessary to unite in resolute opposition to the criminal logic of RtoP, which aims not only at disarming the people, but at replacing governance by a national elite with domination by an alien elite.

 

What is needed is a collective effort to develop a new society and a common identity, founded on a shared heritage of values​​ and principles and based on recognition of the needs and aspirations of all groups of people living within the national borders. To permit genuine reconciliation, this vision must respond to the need for social justice, equality and non-discrimination, founded on social aspirations rather than on the greed of an arriviste elite, thus also strengthening the economic and social base of the country.

 

Internationally, Sri Lanka must consolidate its political independence by eliminating its vulnerability to pressures from Washington and its allies and by freeing itself through diversification of its economic, financial and political relations, based on mutual respect, solidarity, reciprocity, and complementarity.

 

Only thus will Sri Lanka regain its rightful place in the international community and respect for the dignity of its people and its millenary history!

 



[1]    Navanethem "Navi" Pillay (née en 1941), Sud-Africaine d'origine indienne tamoule, est le Haut Commisaire des Nations Unies pour les droits de l'homme.

[2]          “We won’t accuse Pillay: Government” Daily Mirror, 09 June 2012.

[3]    NDLR. Projet déposé depuis et adopté.

[4]    NDLR. Travaux de la Commission sri lankaise de réconciliation : <   www.slembassyusa.org/downloads/LLRC-REPORT.pdf >

[5]    Rapport établi par des experts appointés à titre privé sous la direction de Marzuki Darusman : < www.un.org/News/dh/infocus/Sri_Lanka/POE_Report_Full.pdf >

[6]    NDLR. Vision élaborée en 2006 à Sri Lanka pour un Etat développé et autonome.

[7]    Daily Mirror, op. Cit.

[8]    NDLR. Prabakharan dirigeait la rébellion séparatiste et violente des Tigres tamouls au nord de Sri Lanka soutenue par les puissances occidentales jusqu'à sa chute.

Partager cet article

Published by Tamara Kunanayakam - dans article classé
commenter cet article

commentaires

electricien 26/03/2015 12:39

J'apprécie votre blog, n'hésitez pas a visiter le mien.
Cordialement