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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 11:07

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A l'heure où la répétition compulsive du mot laïcité se conjugue avec l'omniprésence du culte de la convoitise et le retour du religieux pour tous ceux qui se sentent perdus, et ils sont nombreux, force est de constater que nous vivons dans une crise profonde qui bloque toute réflexion approfondie, intelligente et critique sur les phénomènes qui nous entourent et nous englobent. Chaque prétendant à une parcelle de pouvoir croit pouvoir piocher des mots dont on a perdu le sens original pour y trouver des arguments permettant de justifier le provisoire permanent et l'état de chose existant. Pourtant, après des millénaires d'imprégnation religieuse, des siècles de relativisation du fait religieux, et des décennies de quête d'un nouveau sens, l'être humain continue à éprouver des besoins qui se sont révélés durables et qui nous permettent de tenter de faire un bilan et des grandes aventures humaines à but célestes et des engagements sociaux à échéances terrestres. 

 

Le débat entre croyance et raison réapparait ainsi aujourd'hui sous un angle nouveau, souvent pollué par des considérations conjoncturelles et des intérêts immédiats non avoués. Il faut donc clarifier, ce qui nécessite une relecture de tous les textes fondateurs et leur réexamen à la lumière des expériences des derniers siècles dont il faut faire un bilan. En particulier autour de la Grande idée qui a tenu en haleine le siècle écoulé et qui continue de faire rêver beaucoup d'êtres humains : le socialisme. Socialisme dans lequel ils veulent toujours « croire », ce qui peut sans doute commencer en réapprenant à le regarder avec oeil neuf, en reposant autrement la question du rapport entre la raison et la conviction, le subjectif et l'objectif, la question de la croyance donc.

 La Rédaction


 

Le socialisme : idéalisme ou matérialisme ?

-

Au carrefour entre Croyance et Raison1


Avril 2011
 

Bruno Drweski

 

On vient de publier la thèse de Jean Jaurès2.Voilà un ouvrage oublié qui ressort à point nommé. Au moment où la déchristianisation, la « laïcisation », le désenchantement aussi, des sociétés occidentales et occidentalisées (la planète entière)3semble être arrivé à son aboutissement, la religion n’occupant plus dans les faits qu’une place souvent marginale, même aurait-on tendance à dire dans la vie privée de ceux qui se désignent « encore » comme des croyants, et qui agitent le plus souvent de simples slogans ou participent à la hâte à quelques cérémonies, entre courses, « emploi », consommation, mendicité, « vacances », « galères diverses », « évasions », soins ou lifting, « méditations transcendantales new wave » de toute sorte... Mais ce livre arrive aussi à un moment où l’on constate le phénomène généralisé et en apparence contradictoire, le « retour du religieux » sous plusieurs formes, sous nos cieux principalement celle de l’islam résistant et se développant parfois en Europe comme dans les pays musulmans voisins, ou dans les pays sous-développés d'Amérique latine à tendances révolutionnaires sous la forme d’une nouvelle vague plus concrète, plus incarnée, de christianisme, celle de la théologie de la libération. Mais aussi encore sous la forme sectaire de congrégations néo-évangéliques, chrétiennes sionistes, sionistes tout court ou aussi bouddhistes de toutes obédiences, petit et grand véhicule, lamaïstes et New Age de toutes catégories ; et bientôt, sait-on jamais, des adeptes du culte du poireau et du potiron ou du nombril, puisque tout est devenu possible dans la « post-modernité » !

 

Et voilà qu’on édite la thèse oubliée de Jaurès, l’un des fondateurs du socialisme, assassiné en 1914 pour être resté fidèle, rappelons le, aux principes de l’internationalisme radical et à l’opposition résolue à la marche de l’humanité vers ce qui allait être la Première Guerre mondiale, une première, la guerre du capitalisme et du nationalisme généralisée à toute la planète. Or, que dit dans son ouvrage Jean Jaurès, en s’appuyant sur une étude minutieuse des fondements du socialisme ? « Les socialistes s’affirment et se croient matérialistes (…) mais dans les replis profonds du socialisme survit le souffle allemand de l’idéalisme. » Selon lui donc, le socialisme, venu d’Allemagne, est au moins autant le fruit de la pensée déconstructrice de « l’extrême gauche matérialiste hégélienne » que celui de la longue tradition religieuse qui remonte, dans le monde chrétien, au moins à Luther, en particulier à la condamnation par Luther du prêt usurier.

 

Question fondamentale en effet, car elle pose celle du fondement même de ce que sera tout le processus d’accumulation capitaliste, inimaginable sans un système financier usuraire, sans crédit bancaire, sans spéculation, sans bourses des « valeurs », y compris plus tardivement des valeurs humaines ou religieuses mises elles aussi aujourd’hui à l’encan par le système. Toute la modernité en acte donc, contre laquelle s’opposeront et les partisans de plus en plus affaiblis de « l’ordre ancien », de la religiosité dite « traditionnelle », et les partisans d’une révolution qui aurait dépassé cette étape capitaliste, jugée par eux inéluctable mais également inacceptable et provisoire. Bref, Jaurès nous permet aujourd’hui de voir sous un jour tout à fait nouveau ce qui pourrait désormais nous apparaître plutôt sous la forme d’une émulation vers la vérité et son universalité que sous la représentation d’un conflit, celui opposant matérialisme à idéalisme. Mais tout conflit n’est-il pas d’ailleurs une émulation dialectique ? « L’unité des contraires » comme l’a affirmé Karl Marx.

 

Dans cette perspective, Marx aura peut-être été en fait non pas tant l’apôtre de l’athéisme intransigeant qu’on nous a décrit, mais bien plus l’iconoclaste qui aura à la fois dévoilé le « fétichisme de la marchandise », vaux d’or des temps capitalistes, et tenté d’éradiquer (en tant que protestant de formation) par une sorte de table rase les fioritures, ajouts, cultes des images et autres idolâtries néo-païennes qui s’étaient accumulées par couches successives sur les sédiments laissés par la lignée biblique, par la lignée des peuples du Livre : iconoclasme radical, iconoclasme redouté, iconoclasme purificateur. C’était déjà contenu, si l’on suit Jaurès, sans doute dans la lignée abrahamique, en tout cas plus particulièrement en Allemagne, dans celle de la Réforme protestante, où « protestante » est celle de la protestation au nom de la vérité suprême, but du savoir, but de l’humanité en son unité originaire. En lisant Jaurès, on peut donc tenter de déceler chez les socialistes, et en particulier donc aussi chez Marx, ce petit-fils de rabbin et fils d’un converti au christianisme luthérien, l’influence, le « souffle » pour reprendre le mot de Jaurès, d’une spiritualité (?) qui se serait perdue dans « les eaux glacées du calcul égoïste »4, bourgeois, pour reprendre ici les termes de Marx. Souffle prophétique donc, qui se serait conservé dans les soubassements de la pensée des socialistes, des communistes donc aussi, des « com-unistes », de ceux qui « convergent vers l’unicité », pour reprendre la signification première de ce terme.

 

 

Croyance à l’heure de la modernité

 

Si nous ajoutons à cette idée que nous pensons pouvoir tirer de celle de Jaurès, les réflexions « post-modernes » qui ont été menées depuis une trentaine d’années, c’est-à-dire depuis la crise du capitalisme certes, mais plus largement depuis la crise de la pensée marxiste aussi, et bien plus encore depuis la proclamation urbi et orbide la crise, voire de la fin de la modernité, nous découvrons que de nouvelles pistes s’ouvrent à nous. En effet, à la vieille religiosité chrétienne a succédé bien souvent, sous couvert de « laïcité », non pas la fin des croyances, mais l’émergence de croyances démultipliées, émiettées et dispersées, d’autant plus fortes et peu perceptibles qu’elles se sont souvent appuyées sur le ...mythe de la scientificité, de la neutralité, de la laïcité, et même de l’athéisme. Non pas sur la science, mais sur le mythe qui s’est forgé autour d’elle et au-dessus d’elle, qui s’est nourri d’elle, et qui l’a peut-être épuisée. Donc mythe non pas de la science mais du scientisme, non pas de la laïcité mais du laïcisme5, non pas aussi du temporel à côté du spirituel mais du temporel contre le spirituel, non pas du séculier dans l’éternel et l’infini, mais du séculier contre l’éternel. Nouvelle(s) religion(s) en fait qui adore(nt) et exige(nt) qu’on adore de multiples divinités au nom du Progrès et de la Raison certes, mais dans les faits non pas tant de ce qui serait scientifiquement observable et analysable, mais de ce qui est à nouveau décrété comme tel à croire, sans réflexion et analyse critique : le Marché (au singulier ou au pluriel) auquel le peuple doit « sacrifier » pour s’attirer sa « confiance », comme dans une « vulgaire » cérémonie sacrificielle tribale. Marché donc devenu la divinité suprême, capricieuse et imprévisible des temps modernes, et bien plus encore des temps post-modernes, quand toute démarche vers la rationalité s’est perdue. Divinité exigeante, jalouse, omniprésente ayant ses grands temples (les bourses), ses petits temples (les banques), ses grands prêtres (les économistes soit disant « mathématiques »), ses petits pharaons (les « politiques »), ses scribes (les « grands » médias et les intellectuels stipendiés), ses rites (les « courses du week-end » dans les super-hypermarchés), ses cours (celui des valeurs boursières certes, mais aussi ses cercles fermés, cercles de fréquentation, d’intrigues et d’initiations financières), ses « idoles » (showbizmédiatisé). Avec la modernité capitaliste nous sommes peut-être passés non pas de la religion vers la laïcité, mais du monothéisme à nouveau vers le... polythéisme. Un polythéisme certes « modernisé », aseptisé, et de plus en plus désenchanté, mais une croyance irrationnelle et polythéiste quand même.

 

Et à côté donc du culte de la divinité suprême ayant pour nom « Marché », ont émergé quantité d’autres divinités subalternes utilisables et jetables comme dans tout paganisme : fétichisme de la marchandise et culte de la convoitise (pour reprendre l’expression que le philosophe marxiste György Lukács préférait à celle de consommation); culte de l’argent devenu quasiment virtuel et donc auquel on ne peut que « croire », sinon il s’effondre comme le montre en particulier le dollar US, monnaie spéculative adossée sur plus rien, produite d'un coup de « clic » sur ordinateur, et facteur de crise sans limite. Cultes, au choix, de l’apparence, du simulacre, du corps, de la jeunesse, des gadgets, de la supranationalité, de l’Europe, des régions, des nouvelles tribus, du « village-global », des « nouvelles » religions et des sectes self-service, des modes, des fringues, de « minorités » émiettées, d’une science sans conscience, de l’art pour l’art, du sport pour nouvelles tribus skinheads, de la technique, de la techno, des techno-parades, des gay pride ou des concerts satanistes, etc., etc., etc. ; en bref, religion de l’individu-roi, de l’egoréduit à l’égoïsme, du subjectivisme sans subjectivité transcendante, de la dispersion et de l’éphémère, souvent alliée à une vague « conscience cosmique », voire « transgalactique » pour les plus « pseudonéomystiques » New Age, sans exigence autre que celle de « légitimer le tout », c’est-à-dire le triomphe de nos penchants individuels immédiats et changeant, mis sur la place publique… Rituels decoming-out exigés pour le plus grand profit des maîtres de cérémonies de ce « village global », des pharaons des temps (post-)modernes et de leur cour, réduite à ceux qui ont accès aux paradis off-shore, le saint des saints virtuel de nos temps troubles et indigents (dürftigerzeit), accessibles aux seuls initiés, auteurs de délits... d’initiés.

 

Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la science, la rationalité ? Avec une analyse qui se voudrait objective ? De la science, on n’a semble-t-il gardé qu’une certaine froideur et une certaine distance, tout au plus. Et même cette laïcité-là, la laïcité de la bourgeoisie, qui était censée faire sortir l’humanité (l'Europe occidentale en fait) de la période des guerres de religions, peut être perçue comme une prolongation sous une autre forme des guerres de religions, entre religions « traditionnelles » désormais et nouvelle religiosité laïciste.

 

Ne pouvait-on pas d’ailleurs dire déjà à propos des guerres de la Révolution française, par exemple, qu’elles furent la prolongation, sous une autre apparence, des guerres de religions qui avaient divisé le Royaume de France et l’Europe occidentale, pas seulement depuis l’émergence de la Réforme protestante d’ailleurs, mais depuis les l'élimination des cathares, l’éradication des Templiers, l’expulsion et les massacres des juifs et des musulmans auparavant, puis celle des Levellerset des hussites ? Vu sous cet angle, nous ne serions donc jamais vraiment sortis du religieux ? Conflit révolutionnaire qui, dans le cas de la France, eut au moins l’avantage de pacifier effectivement à terme le pays de ses vieux démons guerriers, en circonscrivant la place de l’Eglise, structure de pouvoir spirituel qui avait confisqué le temporel (voir le vieux conflit entre l’Empereur et le Pape). Révolution française qui ne fit pas disparaître pour autant la propension des Français, et dans une moindre mesure des autres Européens, pour des querelles portant sur la religion et la question de la visibilité de la religion. Les récentes affaires du foulard islamique puis du niqabreprenant en quelque sorte le vieux registre d’une législation devant imposer une seule et unique vérité révélée, à laquelle sont venus s’ajouter des miasmes de post-colonialisme. Et qui va à l'encontre de la loi de 1905 sur la laïcité prévue, doit-on le rappeler, pour promouvoir la liberté de conscience et non pas pour encadrer les convictions et les croyances. Dans ce contexte, beaucoup de « laïcs » ne diffèrent pas vraiment dans leurs comportements de ceux des catholiques à leur « grande époque », au point où certains auteurs ont même avancé le terme de « catholaïcisme ».6

 

 

Regards post-modernes sur la croyance

 

Pour arriver néanmoins au stade historique d’une laïcité devenue un culte combiné avec le néopolythéisme du marché capitaliste, nous sommes passés par ce que les déconstructeurs de la modernité ont nommé « la théologie politique de la modernité »7, c’est-à-dire, les nouvelles formes de cultes « politisés », « laïcisés », qui ont ponctué l’expansion du monde moderne, occidental, capitaliste, mais aussi avec ses contre-tentatives socialistes, à l’Est, dans le « second monde », ou « non capitalistes », dans le « tiers monde » : État, Nation, Parti, Plan, Guide suprême, héros nationaux, avec leurs différentes bases de classe contradictoires, et pour lesquels on a demandé aux masses des sacrifices énormes... idoles « dépassées » désormais selon la vulgate en cours, et que l’on saccage aujourd’hui, ou dont on enferme le reste des éléments de culte dans des musées auparavant stérilisés, figés sur des monuments de plus en plus ignorés, ou en conservant quelques noms de rues ou d’autres lieux, noms éveillant de moins en moins d’échos pour les jeunes générations à qui l’on n’a plus transmis l’héritage de ces époques. Sans aucun respect donc pour ceux qui ont cru et lutté, et en laissant en même temps au bord du chemin la masse à qui l’on avait pourtant promis des « lendemains qui chantent » pour prix de leurs sacrifices. Qui est responsable de ces promesses non tenues ? Qui en est redevable ? Qui a une dette ?

 

Ce fut imaginé à l’Ouest, transféré à l’Est puis au Sud, et dont le reflux repasse à l’Ouest. Pas étonnant donc que dans ce contexte ce soit du Sud que viennent les rappels, puisque « nous avons perdu le Nord ». Rappels qui irritent tant les puissants de ce monde du no future en déconstruction permanente que l’on nous propose comme horizon indépassable.

 

Or, décrivant l’insurrection hindouisto-islamique antibritannique, et donc antichrétienne, des Cipayes, présentés dans la presse des pays coloniaux d’alors comme de véritables « terroristes » avant l’heure, Karl Marx observant ces violences physiques qui réagissaient en fait à la violence de la situation coloniale imposée, répliquait, avec un souffle que nous n’hésitons pas à qualifier de prophétique : « Il existe dans l’histoire humaine quelque chose qui ressemble à la rétribution; et c’est une règle de la rétribution historique que ses instruments soient forgés non par les offensés mais par les offenseurs eux-mêmes ».8« Rétribution », le terme se dit en arabe : « dîn », en langue sémitique donc, et désigne exactement ce que dans les langues européennes nous désignons sous le nom de « religion ». « Loi de l’histoire » donc, énoncée à propos de ce juste retour du balancier, et que Marx annonçait dans un langage compréhensible pour les hommes de la modernité, mais qui se référait, on le sent bien, à une loi « immuable », indéracinable, donc éternelle et sans limite (et donc religieuse ?). Qu’il ait lui même été alors conscient ou pas du fait qu’il ouvrait une brèche dans le système matérialiste le plus réducteur n’a, pour nous, aucune importance.9C’est le résultat qui compte.


 

Religiosité marxiste10?

 

« ...La racine de la contradiction, qui transparaît de tout côté dans le matérialisme de Marx, réside dans le manque absolu de toute critique concernant le concept d'une praxis appliquée à la réalité sensible, ou à la matière, termes qui pour lui s'équivalent. (…) En effet, la matière est par elle-même inerte, donc toujours égale à soi. D'où provient alors sa puissance opérative, qui la maintient en perpétuel devenir ? On dira qu'une force lui est immanente; mais cette force, qui transforme progressivement la matière selon un développement dialectique et téléologique, est une force rationnelle : elle est raison, elle est esprit. De sorte qu'outre la matière, et tout aussi originaire qu'elle, se présente toujours l'esprit; et, au lieu de conclure à un monisme matérialiste, on débouche sur un dualisme plus ou moins platonicien. (…) Karl Marx, cet idéaliste né, qui avait entretenu une si grande familiarité, dans sa période de formation spirituelle, avec les philosophies de Fichte, d'abord, puis de Hegel, n'oublia pas, en se rapprochant du matérialisme de Feuerbach, tout ce qu'il avait appris et qui était pour ainsi dire conaturel à sa pensée.11 »

 

Mais déceler la pensée de Marx en matière de religion n’est pas aussi complexe qu’il y paraît si nous acceptons de nous défaire d’une vision antimarxiste d’un côté, ou d’une approche marxiste réductrice de l’autre. Marx a bien sûr déconstruit le phénomène religieux dans ses conséquences sociales de l’époque et dans ses origines, et il s’est visiblement fixé pour tache de limiter son étude sur ce sujet à celle du contexte dans lequel une religion fonctionne au niveau social, matériel. Jamais en revanche, il ne s’aventura, bien entendu, dans le champs des questions spirituelles, en bon matérialiste qu’il était, échaudé par le poids de l’héritage d’une religiosité oppressante qui avait entravé la libre affirmation des populations chrétiennes depuis des siècles. Cause sans doute la plus profonde, et la plus compréhensible, de son matérialisme. Pour autant, Marx n’a pratiquement jamais pratiqué le réductionnisme antireligieux coutumier à son époque de scientisme et de positivisme. Il a toujours raillé le matérialisme bourgeois rampant sur terre, et incapable de percevoir le sublime de la vie. Concrètement, il a donc analysé les religions dans leur pratique. Si l'on relit la très répandue phrase de Marx sur « la religion - opium du peuple », on doit faire deux remarques. A son époque, l'opium n'était pas connu comme une drogue mais comme le seul remède pouvant empêcher la douleur. Et sa phrase est presque toujours citée de façon tronquée, ce qui empêche de percevoir que Marx se limitait, là encore, à n'analyser que le rôle social de la religion à son époque et en Europe, sans évoquer la question de la spiritualité, et qu'il percevait en revanche l'importance de ces questions dans un monde «...d'où l'esprit est exclu » : « La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans coeur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. »12. Ainsi lui, le juif d’origine, il prônait bien sûr l’émancipation des juifs historiquement opprimés dans une société encore très chrétienne, mais il prônait aussi l’émancipation des juifs de leur propre religion, telle qu’elle fonctionnait alors concrètement : « L’émancipation sociale du juif, c’est l’émancipation de la société du judaïsme.13» Car, pour lui, le judaïsme concret, c’était l’abaissement de la religion : « L’idée que, sous l’empire de la propriété privée et de l’argent, on se fait de la nature, est le mépris réel, l’abaissement effectif de la religion, qui existe bien dans la religion juive... ». « Abaissement » qui, quoiqu’en diront les partisans du sionisme qui iront même l’accuser d’antisémitisme14 – accusation absurde et anachronique au regard de tous ses écrits –, témoigne du fait que Marx constate d’abord une réalité au départ au moins respectable, sinon sublime... puisqu’elle a connu un « abaissement » – abaissement dont le christianisme l’a tiré, et là, on reconnaît le « luthérien » qu’il fut aussi:

 

           « Ce n’est qu’en apparence que le christianisme a vaincu le judaïsme réel. Il était trop élevé, trop spiritualiste, pour éliminer la brutalité du besoin pratique autrement qu’en la sublimant, dans une brume éthérée.

           Le christianisme est la pensée sublime du judaïsme, le judaïsme est la mise en pratique vulgaire du christianisme; mais cette mise en pratique ne pouvait devenir générale qu’après que le christianisme, en tant que religion parfaite, eut achevé, du moins en théorie, de rendre l’homme étranger à lui-même et à la nature ».

 

On constate ici donc que Marx éprouve en fait un grand respect pour le christianisme, qui fut pour lui une étape nécessaire et sublime de l'histoire humaine, mais on peut aussi affirmer qu'il éprouve implicitement aussi du respect pour la tradition israélite, puisque c'est elle qui a donné ce « sublime » chrétien, avant de dégénérer, de « s'abaisser », dans le judaïsme usuraire de son époque. Marx dénonce en plus dans le judaïsme ce qu'il estime contradictoire avec le véritable monothéisme : « Le monothéisme du Juif est donc, en réalité, le polythéisme des besoins multiples, un polythéisme qui fait même des lieux d’aisance un objet de la loi divine. Le besoin pratique, l’égoïsme est le principe de la société bourgeoise et se manifeste comme tel sous sa forme pure, dès que la société bourgeoise a complètement donné naissance à l’état politique. Le dieu du besoin pratique et de l’égoïsme, c’est l’argent. ». Critique qui démontre pour le moins son admiration pour le souffle de l'unicité monothéiste qui avait été proclamé, rappelons le, par les prophètes d'Israël, ce qu'il n'ignorait pas.

 

On ne peut donc faire de Marx un athée primaire, mais plutôt un penseur européen qui, échaudé par les déceptions successives de l'histoire religieuse juive puis chrétienne, a, en conséquence, voulu se limiter à analyser que ce qui est observable par le raisonnement. En matière de religion donc, ce que celle-ci est ou a été concrètement, à un moment donné, dans un contexte donné. En laissant néanmoins apparaître çà et là son admiration pour un sublime inabordable à son époque de machinisme envahissant, lorsque cette question ne pouvait pas se poser. Rappelons que Marx a constaté que les sociétés ne posent que les questions qu'elles sont en état de résoudre et se refusent à poser des questions les dépassant à une étape historique donnée. L'analyse concrète de l'histoire humaine concrète l'avait amené à faire de cette observation une règle historique à appliquer, mais sans refuser pour autant de voir le sublime qu'il y a dans l'être humain et dans la vie. Nous retrouvons donc ici aussi peut-être le fil de la pensée qui allait amener Jaurès à constater les fondements « idéalistes », et religieux, de la pensée et de la pratique socialiste de l'origine.


 

Marx : de l'universel proclamé vers l'universel réalisé ?

 

Aujourd'hui, dans la foulée du judaïsme et du christianisme, à l'heure de la déconstruction de l'occidentalité, certains poseront aussi la question : qu'en est-il de Marx et de l'islam, ou des religions encore plus lointaines géographiquement et mentalement par rapport aux siennes ? Même si Marx, Européen de naissance qu'il était au départ, allait parvenir petit à petit à prendre du recul par rapport à son ethnocentrisme de départ, phénomène naturel comme il en est pour tous les êtres humains, on a encore moins de textes chez lui touchant aux religiosités anciennes ou lointaines. Même s'il est parvenu à comprendre que lorsque, par exemple, les hindous se révoltèrent contre les colons britanniques, c'étaient eux qui se trouvaient du côté de la justice et de la vérité. Sur l'islam, il a là aussi, pris du temps à toucher ce phénomène dans son ampleur historique, mais ses études sur la lutte de l'émir Abd el Kader en Algérie allaient peu à peu l'amener d'une position au départ quasi-colonialiste au nom du progrès, vers celle d'un respect grandissant pour l'homme, le combattant, le croyant. Et au soir de sa vie, le destin le mena en Algérie où, sans prendre bien entendu position sur l'islam en tant que religion puisque sa démarche ignorait le mystique, il n'en témoigna pas moins d'un grand respect pour les comportements musulmans, ce dont il fit part dans une lettre adressée à sa fille :

 

« …Nous bûmes du café, en plein air naturellement, dans un café maure… Le spectacle était impressionnant : certains de ces Maures étaient habillés avec recherche et même richement, d’autres portaient ce que j’oserais appeler des blouses, qui étaient autrefois de laine blanche, à présent en lambeaux et en loques – mais aux yeux d’un vrai Musulman, de telles contingences, la chance ou la malchance, ne sauraient établir une différence entre fils de Mahomet. Cela n’influe pas sur l’égalité absolue qu’ils manifestent dans leurs relations sociales. Ce n’est que lorsqu’ils sont démoralisés que les Musulmans prennent conscience de ces différences ; en ce qui concerne la haine envers les chrétiens et l’espoir de remporter finalement la victoire sur ces infidèles, leurs hommes politiques considèrent à juste titre ce sentiment et la pratique de l’égalité absolue (non du confort ou de la position sociale, mais de la personnalité) comme quelque chose qui les incite à maintenir vivante la haine envers les chrétiens et à ne pas renoncer à l’espoir de remporter la victoire sur ces infidèles. (Et pourtant ils sont foutus sans un mouvement révolutionnaire) »15.

 

Texte qui acquiert toute sa saveur quand on prend conscience du fait qu’il fait l’effort d’utiliser le terme de « Musulman », alors qu’à l’époque, les Européens lui préféraient celui réducteur de « Mahométan », et qu’on y voit donc clairement de quel côté vibrait son cœur.


 

La croyance serait-elle programmée dans l’homme ?

 

Bref, si la « religion » (au sens d’un « lien » entre les hommes et d’un lien entre les hommes et l’Éternel) semble s’être définitivement noyée dans ce « laïcisme » plus mécaniste que matérialiste (au sens philosophique du terme), la croyance, quant à elle, s’est révélée indéracinable, même si elle a été pervertie sous l’apparence d’une froide scientificité d’apparence et d’un glacial calcul consumériste. La crise en fait, celle dans laquelle nous vivons tous aujourd’hui, c’est ce « désenchantement » qu’on nous impose avec le fardeau sans limite qui pèse sur les plus pauvres, cette perte de sens auquel tout être humain aspire de par sa naissance même comme homme. Long et douloureux processus qui le mène de l’utérus vers le grand air, de l’obscurité vers la lumière, de la « caverne à la clarté ».

 

Finalement, que ce soit au moyen de l’observation psychanalytique de l’inconscient, de l’analyse matérialiste ou de l’appel spiritualiste, nous constatons que nous sommes « programmés » pour croire envers et contre « tout » ce qui nous entoure hic et nunc ? « Programmé », c’est certes reprendre un terme à la mode de notre époque, mais qui peut-être, nous ramène à notre destinée commune. En tout cas, au croisement du Jaurès d’il y a plus d’un siècle et des analystes de la postmodernité, nous retrouvons à la fois et Marx et les grands questionnements spirituels qui ont ponctué la marche de l’humanité. Le « conflit » entre matérialisme et idéalisme, à notre étape du développement pour parler en terme progressiste, donc moderne, ne serait-il pas tout simplement aujourd’hui « dépassé » ? Puisque, mutatis mutandis avec la technique et la science, à nouveau le « verbe s’est fait homme », un homme croyant pouvoir rivaliser avec « les dieux », concrètement, durablement, matériellement, définitivement. Ce fut ici la victoire incontestable du matérialisme. Mais cette victoire a aussi démontré, au soir du processus historique commencé par les « Grandes découvertes », les révolutions bourgeoises et la mondialisation, que l’être humain continuait envers et contre tout à croire, et à vouloir croire, pour se dépasser, pour s’élever, pour créer ce qui dépassera l’horizon limité de sa propre vie. Ce que nous avons pu observer avec tous les grands mouvements de foi des temps modernes : luttes révolutionnaires, luttes nationales, luttes sociales, sacrifices individuels au nom du collectif, etc.

 

De foi, oui ...Puisque les succès et les échecs de la modernité, dans ses diverses moutures, nous ont amené, désenchantés et attristés, à souhaiter encore et encore le retour du souffle de l’espoir, ce que le malaise même qui nous entoure et nous englobe de partout à l'heure qu'il est prouve, comme semble le démontrer que le succès total et incontestable de la société de consommation, au moins pour ceux qui peuvent consommer sans limites (et tant que cela leur est possible !), produit plus de « pathologies sociales » que jamais, y compris et particulièrement parmi les « gagnants » de l'ordre-désordre actuel. Ce qui en démontre donc les limites par rapport aux réelles aspirations humaines. Bref, si l’on veut bien lire à plusieurs niveaux les grands penseurs du matérialisme, comme Feuerbach ou Marx, nous pouvons aussi arriver à la conclusion qu’ils ont, avant tout, déblayé le terrain des immondices qui souillaient la foi dans la création (...et dans le créateur ?). Foi pure rendue impossible par l’hypocrisie des clergés et les circonvolutions incompréhensibles de leurs dogmes à géométrie variable autant que par l’immanence du culte de la convoitise insatiable :

 

             « ...Ceux qui pensent aujourd'hui que Marx est dépassé feraient bien de revoir leur littérature. Quand il a dit une chose qui est vraie : c'est une question de classe ! C'est une question de classe ! Et c'est une question de pouvoir ! C'est-à-dire qu'il y en a certains qui ont du pouvoir et qui tiennent la parole, et il y en a qui tiennent le pouvoir de l'argent et qui tiennent le médiatique. Et aujourd'hui la majorité des gens qui sont dans les banlieues, ce sont des gens sans pouvoir et sans porte-voix. Et quand il y en a un, deux, trois qui apparaissent, s'ils ne sont pas dans l'air du temps, il faut les diaboliser pour qu'on n'entende pas ce qu'ils disent ...Il faut prendre de tous ces intellectuels qui nous ont appris à déconstruire les instruments de pouvoir… » 16. Déblaiement pour faire place nette et permettre de regarder, d'espérer, de croire, d'oser lutter et d'oser vaincre ? ...Pour annoncer la venue des temps de paix et de justice universelle ? La venue, ou le retour, du Messie ? De Jésus ? Du Mahdi ? Du communisme ? Pour ouvrir la voie d’un avenir radieux ? A tout le moins pour proclamer qu’un tel avenir est souhaitable et... sait-on jamais, crédible.

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Notes:

1Texte relu par Claude Karnoouh, et enrichi de ses observations. Une première version a été écrite dans le cadre de la préparation de la collection d'articles des « Mélanges offerts à » Claude Karnoouh par ses amis et collègues à l'occasion de son anniversaire sous l'égide de la revue critique et de la maison d’édition roumaine, Idea. Artă & societate, Cluj.

2Jean Jaurès, Les origines du socialisme allemand (thèse soutenue en latin et traduite par Adrien Veber, 1892), Toulouse, Ombres blanches – Rue des gestes, 2010, 159 p.

3Par Occident, nous n'entendons pas un bloc culturel, géographique et « civilisationnel » compact qui se serait constitué à partir de l'empire romain d'Occident et des sociétés qui lui succédèrent par longues périodes de ruptures successives en Europe occidentale puis qui aurait conquis le reste du monde. Nous pensons plutôt qu'il existe une culture sociale, politique, économique, assez différenciée d'un point de vue national, qui s'est formée en Europe occidentale puis dans les colonies de peuplement d'Amérique, à partir de certaines élites, en particulier la bourgeoisie, et qui a imposé avec plus ou moins de succès au départ son mode de vie et de pensée, d'abord sur les autres groupes sociaux cohabitant avec elles dans le même espace géograhique, puis sur le reste du monde. En ce sens, par exemple, un paysan ouest-européen du XVIIIe siècle n'était pas plus « occidental » qu'un paysan chinois du siècle écoulé, qu'un bédouin d'Arabie ou qu'un cultivateur papou d'il y a encore quelques décennies. A l'inverse, de nos jours, le monde entier est en quelque sorte « occidental », car il a été unifié de gré ou de force dans le cadre de références identiques et d'une même structure socio-économique. Tandis que, à l'inverse, tout « l'Occident » a aussi subi, en retour, l'influence des cultures des anciens peuples colonisés qui l'ont pénétré.

4Karl Marx, Friedrich Engels, Le Manifeste du Parti communiste, Février 1848, réédité juin 1998, Archipel 93, p. 7. : « La bourgeoisie (…) a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque ...dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange et, à la place des nombreuses libertés si chèrement acquises, elle a substitué l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, aride. ».

5Lors du congrès du Parti communiste français d'Arles en 1937, Maurice Thorez, Secrétaire général de ce parti, déclarait déjà : « Nous avons soutenu et nous soutiendrons l'école laïque et son personnel enseignant au-dessus de toute éloge. Mais nous ne remplacerons pas le mot « Dieu » par le mot « laïcité ». Défenseurs de l'école laïque ; nous sommes partisans de la liberté de l'enseignement. Nous sommes des laïques et non des 'laïcistes' ». Car il constatait, à l'époque déjà, que beaucoup de socialistes camouflaient leurs renoncements aux principes fondateurs de leur mouvement, radicalisme social et anti-colonialisme (chose particulièrement perceptible lors de l'insurrection marocaine d'Abd el Krim, puis après la victoire du Front populaire), derrière une phraséologie « ultra-laïque » qui pouvait sembler de gauche, mais qui permettait à leurs dirigeants de faire d'une pierre deux coups : faire oublier à leur base les renoncements auxquels ils procédaient sur les questions de classe, et rejeter hors de « leur » mouvement ouvrier, les travailleurs immigrés italiens ou polonais « trop catholiques », ou juifs d'Europe de l'Est « trop sémites », et qui auraient pu prétendre à avoir des fonctions dans leur parti ou dans leurs syndicats. La laïcité a donc souvent été dans l'histoire du mouvement ouvrier français le baromètre autour duquel se jouait la question de classe, de l'égoïsme racial et de l'opportunisme de classe. Chose que l'on redécouvre depuis la crise des années 1970, et qui vise désormais les « nouvelles classes populaires », « issues de l'immigration », et souvent rejetées, instrumentalisées ou marginalisées elles-aussi pour soupçon « d'intégrisme religieux ». C'est d'ailleurs à cette époque aussi que, par dessus les socialistes, le PCF lança « sa main tendue aux croyants », « à ceux qui croient au ciel et à ceux qui n'y croient pas ».

6Voir par exemple, à propos de ce néologisme qui rencontre un succès rapide dans les chat et commentaires sur internet :

< http://www.estherbenbassa.net/ComptesRendusDesCulturesEtDesDieux.php > ;

< http://republicoin.blogspot.com/2007/06/6-jours-pour-une-eternite-au-6e-jour.html > consultés le 24 janvier 2011

7Voir entre autre, Michaël Löwy (dir.), Bernd Witte, Mario Ponzi, éds., Theologie und Politik. Walter Benjamin und ein Paradigma der Moderne, Berlin, Erich Schmidt Verlag, 2005, 280 p.; Référence électronique : Michael Löwy, « Bernd Witte, Mario Ponzi, éds., Theologie und Politik. Walter Benjamin und ein Paradigma der Moderne », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 134 | 2006, document 134-94, mis en ligne le 12 septembre 2006, consulté le 24 janvier 2011. URL : http://assr.revues.org/3654

8Karl Marx, « Sur la révolte antibritannique des Cipayes aux Indes », New York Daily Tribune, 16 septembre 1857.

9Notons que dans sa thèse de doctorat, Marx soutenait que « ...aussi longtemps qu’une goutte de sang battra dans le cœur de la philosophie, ce cœur totalement libre qui englobe le monde, elle s’écriera avec Epicure à l’adresse de ses adversaires : 'Impie n’est pas celui qui fait place nette des dieux du vulgaire, mais celui qui prête aux dieux les idées du vulgaire' ». Comment dès lors affirmer, sans nuance, que Marx fut un penseur « mécréant » ?

10Revoir en particulier à ce sujet l'ouvrage fondamental et salué par Lénine de Giovanni Gentile datant de 1899, La Filosofia di Marx (La Philosophe de Marx, traduit de l'italien par Gérard Granel et André Tosel, Précédé d'une étude d'André Tosel, Mauvezin, TER, 1995, 165p.).

11Idem, p. 163-164.

12 Karl Marx / 1818-1883 / avec Friedrich Engels, Critique de "La philosophie du droit" de Hegel, 1844.

13 Karl Marx, La Question juive, 10/18, 1968.

14Voir sur ce sujet : Lionel Richard, « Anachronismes et contresens - Karl Marx, juif antisémite ? », Le Monde diplomatique, septembre 2005 ; Francis Kaplan, Marx antisémite, Imago/Berg International, 1990; Pierre-André Taguieff, La judéophobie des Modernes: des Lumières au jihad mondial, Odile Jacob, 2008, 689 p.

15 Lettre d’Alger, 14 avril 1882, traduit de l’anglais. Phrase souvent reprise par le Front national de libération algérien à sa grande époque et oubliée depuis. Puisqu'elle prévoyait ce qui devait se passer pour assurer la victoire de la cause indépendantiste : les Arabes colonisés étaient "foutus" tant qu'ils ne sauraient pas construire une organisation révolutionnaire ...Et ce fut l'insurrection de 1954, organisée dans le cadre d'une organisation se revendiquant à la fois du souffle et de la culture islamique, et des méthodes d'organisation marxistes et léninistes apprises auprès des révolutionnaires européens et russes, mais surtout vietnamiens.

16 Tariq Ramadan, Conférence, 22 mai 2010, Université de Paris X – Nanterre : < http://www.tariqramadan.com/Colloque-sur-L-islam-la-France-et.html > vidéo : < http://conscience-musulmane.over-blog.com/article-tariq-ramadan-vers-un-nouveau-nous-58257612.html > consulté le 24 janvier 2011. Intervention sur le concept du « Nouveau nous » visant, entre autre, à « désislamiser les problèmes sociaux ».

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Published by Bruno Drweski - dans article classé
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