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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 10:06

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À un moment où le monde est plongé dans « une crise de croissance » (?), une crise « systémique », une crise de civilisation, et où, en conséquence, les tensions internationales se multiplient, et où les peurs envahissent l'espace, des événements inattendus, comme l'accident de l'avion présidentiel polonais en Russie et l'éruption d'un volcan islandais ont frappé l'attention par leur caractère fortuit et implacable, loin des logiques humaines. Événements « naturels » qui ont néanmoins accéléré les processus politiques ou économiques en cours. Et qui permettent dès lors de mieux saisir les grands axes d'évolution en cours. Nous examinons ici, à partir de la catastrophe de Smolensk, en quoi cet événement a pu s'insérer dans un processus à long terme de recomposition des rapports Pologne-Russie, et plus largement Occident-Russie. Dans un contexte d'essoufflement de la superpuissance nord-américaine, de crise de la légitimité de la « gouvernance mondiale » et d'émergence de nouveaux pôles d'influence dans le monde. Cet article permet de découvrir aussi à quel point les « vieilles diplomaties » occidentales ou pro-occidentales sont marquées par la routine, alors que les « pays émergent » sont capables de faire preuve de plus d'imagination. Ne serait-ce qu'à l'occasion d'un enterrement dans un pays d'importance moyenne, mais situé sur une zone sensible. Ce qui permet peut-être de déceler des avenirs possibles dans le domaine des relations mondiales, comme dans celui des rapports Russie-Europe.

La Rédaction

 

Miasmes historiques, intérêts présents et

perspectives futuristes

-

Le rapport Pologne – Russie à un tournant ?

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Mai 2010

 

 

  Bruno Drweski

 

La catastrophe du Tupolev polonais qui transportait le président Lech Kaczynski et presqu'une centaine de passagers appartenant à l'élite du pouvoir en Pologne1a provoqué un choc international, lequel a placé pour quelques jours la Pologne « au centre du monde », ainsi que le drame de Katyn rappelé à cette occasion. Pour les adeptes de la raison, cette catastrophe était le résultat d'une décision irraisonable de mettre autant de personnalités de premier plan dans un même avion. Pour les adeptes des symboles et des interventions divines, cet événement n'a pas manqué d'apparaître comme un signe du destin. Dieu aurait frappé et puni2. Le drame a eu lieu là où, 70 ans plus tôt, plus de 4 000 officiers polonais, d'active et de réserve, avaient été exécutés, drame que le Kremlin a longtemps voulu camoufler et qui devint dans la Pologne socialiste un symbole souterrain pour tous ceux qui ne voulaient pas accepter le verdict de Yalta et les mesures sociales révolutionnaires prises après 1944 en Pologne. Symbole qui servit donc aussi de base à l'entretien de la méfiance envers la Russie et les mondes « extra-européens » après 1989, et de fondement aux partisans de « l'axe euro-atlantique ».

 

L'accident de Smolensk a eu lieu trois jours après la rencontre à Katyn entre les premiers ministres polonais et russe décidés à rapprocher leurs deux pays, en commençant par ce geste symbolique, et face à la réticence du président polonais qui lui, semblait décidé à entretenir le flamme d'une Pologne éternellement méfiante envers la Russie. Il volait vers Katyn avec un entourage nombreux pour célébrer les victimes, mais sans souhaiter rencontrer à cette occasion les dirigeants du pays « hôte ». C'est là que la mort le frappa, avec tous ceux qui l'avaient suivi et qui, à quelques exceptions près, représentaient l'aile la plus russo-sceptique de l'élite polonaise. Puis vint la réaction russe ; celle du peuple, spontanée, apportant fleurs et condoléances, et celle de ses dirigeants. Comme un seul homme, tous surent aller à la rencontre des sentiments les plus profonds des Polonais. Vinrent ensuite les réactions des chefs d'Etat du monde entier, des plus puissants aux plus précaires, choqués de re-découvrir combien la nature pouvait soudainement rappeler que tout pouvoir humain n'est que provisoire, parfois dérisoire et finalement très aléatoire.

 

Pour un peuple comme les Polonais qui entretient le souvenir de ses humiliations passées, se voir ainsi propulsé, ne serait-ce que pour quelques jours, au centre de l'attention mondiale caressait leur ego collectif en convalescence. Du coup, pour se bien positionner « au centre du monde », quoi de mieux que de recevoir le soutien des amis et alliés déclarés pour lesquels, après les déboires en Irak, les échecs en Ukraine, les petites et grandes humiliations au sein de l'Union européenne, l'humiliation des longues files d'attente pour obtenir un visa pour l'Amérique, on commençait à ressentir une certaine déception. Quoi de mieux donc que de découvrir, à l'heure de la mondialisation, que le monde est plus vaste encore que ladite « communauté internationale », et que la Pologne se trouvait donc propulsée au centre d'un monde encore plus grand, gonflant du coup en proportion l'ego polonais qui en demandait tant.

 

La Pologne accueillit donc avec une ferveur particulière les marques de sympathie venant des profondeurs de la Russie, et se persuada que les manifestations de compassion venant des hôtes du Kremlin témoignaient d'un retournement de la part de ce grand pays. Et puis, le Brésil lointain décréta lui aussi, comme la Russie, trois jours de deuil national, et les Polonais virent sur leurs écrans, le jusque-là très dénoncé président vénézuélien Chavez manifester sa touchante sympathie pour la Pologne. D'autres chefs d'État tout aussi « voyous » surent se montrer plus qu'honorables à cette occasion…! Du coup, la Pologne sortait de l'Europe et se voyait hissée, avec sa douleur, au plus haut des sommets de l'univers ! Quoi de plus fort pour une sensibilité bercée jusque-là aux rythmes de ses sacrifices et de l'attente de la récompense divine simultanée qui devait advenir, et dont présentement les peuples du monde allaient témoigner.

 

Puis vint la décision de l'Eglise polonaise d'enterrer le président défunt non pas au cimetière varsovien où reposent les personnalités ayant rendu d'éminents services à la nation, mais dans la crypte de la cathédrale du château royal du Wawel, à Cracovie où reposent les anciens rois de Pologne ainsi que les deux plus grands poètes polonais, Adam Mickiewicz et Juliusz Slowacki, et le « refondateur » de l'État polonais en 1918, Jozef Pilsudski. Cette décision divisa à nouveau les Polonais, entre ceux que réjouissait le gonflement ethnocentrique d'un ego national traditionaliste voulu par le défunt président, et ceux qui souhaitent que leur pays devienne « normal », c'est-à-dire comme les autres, qu’il défende ses intérêts, et prenne donc conscience que cela nécessite une collaboration avec tous ses voisins, en commençant par jeter un coup d'œil sur la carte pour y redécouvrir une Russie dont on a voulu la couper depuis vingt ans. D'un côté donc, une Pologne unanime qui voulait que le monde entier communie autour d'elle, et de l’autre une Pologne divisée hésitant entre un ethnocentrisme tout compte fait provincial et une ouverture en direction des quatre points cardinaux. Et chez certains, l'un pouvant aller de pair avec l'autre.

 

Là, la nature, ou encore selon d'autres la divine providence, par le biais d'un volcan islandais, d'un volcan du pays, rappelons nous, qui avait lancé en Europe le signal de la crise bancaire mondiale, démontra encore une fois la limite des capacités humaines. Les chefs d'Etat qui devaient se rendre à la cérémonie du Wawel semblèrent hésiter à affronter les cendres... à tout le moins certains d'entre eux... ce que les Polonais ont remarqué, et ce qui semble devoir entraîner des conséquences sur leurs sentiments futurs envers les différentes nations et États de notre planète.

 

Diplomatie des cendres
A cette occasion, j'ai reçu par internet un message qui tourne à travers la Pologne. Il est relayé par un physicien nucléaire polonais qui a occupé un poste important à l'ONU et qui, à ce titre, a aussi coordonné les actions de prévention et les actions diplomatiques à l'heure de la catastrophe de Tchernobyl. Voilà donc ce long message :

 

« D'abord quelques faits : Vingt (délégations étrangères NDLR) ont réussi à venir, mais soixante non. Le premier ministre marocain y est arrivé, le roi d'Espagne non. Distance identique (un peu plus loin même pour le Maroc), même direction, même nuage de cendres. Le Premier ministre d'Estonie est arrivé, le roi de Suède non. Même distance, presque même direction, même nuage de cendres. Les Hongrois sont arrivés en voiture, pas les Autrichiens. Même distance, même direction … L'Arabie saoudite a réussi à arriver, pas Israël. Même direction, distance plus longue pour les Saoudiens... (En plus le dimanche, ce n'est pas le sabbat, mais en organisant l'enterrement un dimanche, l'Eglise a rompu le droit canonique de l'Eglise et les traditions chrétiennes). Sakachvili (président de la Géorgie NDLR) a pu arriver en avion de Rome, mais ni le représentant de l'Italie, ni le cardinal Sodano du Vatican n'y sont parvenus. Buzek (président, polonais, du parlement européen NDLR) a pu arriver de Bruxelles, mais ni José Barroso, ni Von Rompuy de l'UE n'y sont arrivés. L'Iran (un « ennemi » dit-on) a réussi à atterrir, mais Rasmussen de l'OTAN (notre allié déclaré) non. Le président allemand (mais pas Angela Merkel) est arrivé avec son épouse, mais pas le président français Sarkozy, ni le prince Charles du Royaume uni, ni personne du Benelux. Le président russe Medvedev est arrivé, Obama non. Etc., etc.

Conclusion : celui qui voulait arriver est arrivé et celui qui ne le voulait pas, a trouvé un prétexte facile.

 

Citation du site (polonais) Onet.pl (d'une déclaration à la radio tchèque)3:

« Le président de la République tchèque qui est arrivé à Cracovie à l'occasion de l'enterrement du président Lech Kaczynski et de son épouse Maria, a montré son étonnement à cause de l'absence de certains politiciens, en particulier de l'UE – “J'aurais compris que le premier ministre canadien ou le gouverneur général d'Australie ne viennent pas..., mais que certains Européens ne soient pas arrivés de Bruxelles est à mes yeux inadmissible -a déclaré Klaus à la radio tchèque– cela démontre que tous les discours sur l'unité de l'Europe, ne sont que des mots vides de sens.

Et l'auteur du message de conclure : certains diront que ce ne sont que des symboles, des gestes. S'il s'agissait de quelque chose de vraiment important, cela se serait passé autrement. Mais moi je réponds à cela qu'on a pensé exactement de la même façon en 1939. L'appui de l'Occident signifie aujourd'hui exactement autant qu'à l'époque, lorsque dans une compagnie d'amis très chers, les chiens ont mangé les lapins. Il est bon néanmoins que cette fois-ci, il ne s'agisse que de symboles car une telle leçon coûte moins cher que s'il s'agissait par exemple du bouclier antimissile. Selon un hadith du prophète Mahomet, “celui qui est croyant dans le petit, pourra être croyant dans le grand. Mais celui qui déçoit dans le peu, celui-là décevra certainement dans le beaucoup”. Seuls les gens doués cependant d'une intelligence élémentaire auront encore une occasion d'en tirer les conclusions. ».

 

Puisque cette longue citation nous a propulsé vers un retour à l'histoire, rappelons avant de revenir au présent, quelques faits historiques liés à Katyn et à son contexte historique, qui a permis pendant les deux dernières décennies de dénoncer et la Russie et le communisme, et d'avancer l'idée d'un « Nuremberg du communisme » qui ne semble plus à l'ordre du jour.

 

Katyn et la légitimation de l'axe « euro-atlantique »

Sans vouloir rappeler en détail ce qui s'est passé à Katyn en 1940, nous signalerons qu'au printemps 1940, selon les documents soviétiques remis par Boris Eltsine à Lech Walesa, le Bureau politique du P.C.U.S avait décidé l'exécution sommaire de tous les officiers polonais d'active et de réserve internés alors en URSS depuis septembre 1939, soit plus de 21 000 hommes. A l'exception de quelques centaines d'entre eux qui avaient donné des preuves de leurs choix en faveur d'une alliance inconditionnelle avec l'URSS. Ce massacre a amené certains Polonais à conclure que, comme les nazis, les Soviétiques avaient décidé l'élimination de toutes les élites polonaises dans le but de détruire la nation polonaise. Constatons toutefois que, à la différence des nazis, les Soviétiques ont préparé une équipe réduite d'officiers polonais proches de leurs conceptions, ce qui laisse entendre qu'ils étaient prêts à restaurer une Pologne conforme à leurs objectifs, ce que les nazis pour leur part n'ont jamais envisagé.

 

Rappelons aussi que, par exemple, le général qui commandait en 1939 la garnison de Lwow (Lvov, Lviv, Lemberg), Wladyslaw Langner, résista dix jours, entre le 12 et le 22 septembre 1939 aux troupes allemandes pour finalement remettre la ville aux mains des Soviétiques qui avançaient en direction de Lwow depuis le 17 septembre. Lors de la signature de l'acte de capitulation, il déclara à Nikita Khrouchtchev qui, en tant que dirigeant de l'Ukraine soviétique, conduisait les opérations : « Nous menons une guerre contre l'Allemagne. Notre ville s'est battue dix jours. Ce sont des Germains, les ennemis de tous les Slaves. Vous êtes slaves... ». Il ne suivit pas les autres officiers de son armée en captivité, puis à Katyn, mais fut emmené à Moscou jusqu'en novembre 1939 ; puis il revint à Lwow d'où il partit, via la Roumanie, pour rejoindre l'armée polonaise en France. Rappelons encore que, d'octobre 1939 à juin 1941, les seuls établissements d'enseignements supérieurs polonais à ne pas avoir été interdits, furent ceux des régions annexées à l'URSS, l'université et l'école polytechnique de Lwow qui, formellement ukrainisées, continuèrent à mener leurs activités de fait en langue polonaise, au moment où en zone allemande, les universitaires polonais étaient systématiquement pourchassés et tués. Rappelons encore que, parmi les chercheurs de l'école polytechnique, on trouvait Kazimierz Bartel, un mathématicien qui poursuivit ses activités scientifiques, même s'il avait été à plusieurs reprises premier ministre de Pilsudski. Il fut même convoqué par Staline au Kremlin peu avant l'agression allemande de juin 1941. Une fois la ville occupée par les nazis, il fut, comme les autres enseignants des deux établissements polonais, fusillé. Preuve que le comportement soviétique envers les élites polonaises pouvait être très brutal et meurtrier, mais qu'il pouvait aussi être nuancé. Ce qui le différencie du comportement nazi.

 

Pourquoi l'idée d'un « Nuremberg du communisme » est une absurdité

C'est donc dans ce contexte historique-là, qu'il convient d’examiner le débat qui a été mené après 1989 sur un hypothétique « Nuremberg du communisme ». Dans le contexte du moment se manifestait la volonté de ceux qui se croyaient les « vainqueurs » d'éradiquer tout ce qui rappelait le communisme. A cet égard, jamais les puissances occidentales n'ont imaginé avant 1989 convoquer un tribunal ad hoc qui eût à traiter de la question du communisme conformément au discours dominant d’alors dans les pays du bloc de l'Ouest. Ce qui nous amène à conclure déjà qu'un procès international, du genre de celui de Nuremberg, ne s'intente que dans le cas d'un régime abattu ou isolé, mais jamais « à armes égales ».4Une fois encore, rappelons cette évidence théorisée depuis Thucydide, Machiavel et jusqu’à Carl Schmitt par les penseurs réalistes de la politique : les rapports de force ont été et restent toujours le fondement indépassable des relations internationales. L'idée même d'un tel procès est d'abord sortie de la bouche de Boris Eltsine et doit être rangée dans la catégorie des déclarations démagogiques et irréalistes faites pour trouver une nouvelle légitimation à son pouvoir directement issu... du communisme. On n'intente en effet de procès qu'aux vaincus ou aux isolés sans pouvoir, ce que démontrent une fois encore la comédie des tribunaux spéciaux pour la Yougoslavie et le Rwanda, ainsi que la cour pénale internationale à géométrie variable5.

 

Or, comme plus d'un quart de la population de notre planète vit toujours dans des États se proclamant communistes dans leurs objectifs à long terme, et, comme par ailleurs, de nouveaux États se sont lancés depuis 1989 dans des politiques se référant ouvertement à l'objectif ultime du communisme (Amérique latine, Afrique du Sud, Népal, etc...), on ne peut plus considérer a priori que l'idée, l'idéal, la marche de l'histoire ou le mythe du communisme, c'est selon, sont morts ou vivants. Et, si nous nous référons non plus au « communisme » mais à l'URSS, alors, ici encore, cet État n'a pas été vaincu en 1989/91, il s'est auto-dissout pour des raisons propres à son groupe dirigeant, et, de ce fait, la Russie en est devenue l'héritière légale, ce que le grandiose défilé qui vient de se dérouler à Moscou le 9 mai 2010 prouve brillamment.

 

Nous devons néanmoins rappeler que lors du procès de Nuremberg, les Soviétiques qui, à l'époque, accusaient les nazis d'avoir commis les meurtres de Katyn ont de ce fait été obligés de mettre cette affaire dans l'acte d'accusation visant les dignitaires nazis. Mais l'affaire s'étant assez rapidement mal engagée, l'officier du GRU6 et le représentant polonais en charge du dossier arrivaient rapidement à des conclusions gênantes pour la partie soviétique ; aussi l'accusation fut-elle finalement vite retirée de l'examen contradictoire avec les accusés nazis, et les deux responsables du dossier retrouvés morts lors de deux accidents différents... Sans que les puissances anglo-saxonnes et la France n'y trouvent rien à redire, rapport de force exige.

 

On peut supposer que, en retour, lors de ce procès, les Soviétiques de leur côté n'ont pas cherché à gêner les puissances anglo-saxonnes quant à leurs propres turpitudes pendant la guerre, des bombardements massifs injustifiés de civils à la sauvage répression des résistants antinazis en Grèce, de la poursuite des activités des usines Ford en Allemagne produisant pour le front de l'Est au maintien via la Suisse des flux financiers entre l’Allemagne et les belligérants occidentaux, essentiellement les États-Unis. Rappelons aussi, par exemple, le fait que, tenus au courant de la politique d'extermination menée par le Reich nazi, les Anglo-saxons n'ont pas jugé bon d'essayer d'y mettre un terme malgré les demandes faites et les preuves fournies à Londres par les dirigeants de la clandestinité juive dans le ghetto de Varsovie et par le gouvernement polonais en exil lui-même7. Preuve s'il en est qu'un procès international ne peut viser que des vaincus tant qu'une justice réellement internationale et donc neutre ne sera pas instaurée. Car les rapports de force internationaux empêchent dans les faits toute accusation contre des puissances existantes et victorieuses. D'où le caractère foncièrement démagogique et partial de la revendication d'un « Nuremberg du communisme », comme depuis de toute « justice internationale » décrétée avec l'aval des puissants du moment.

 

Ce qui existe en revanche, c'est le « tribunal de l'histoire », c'est-à-dire la possibilité pour les siècles à venir de se retourner vers un passé révolu pour en analyser les lumières et les ombres à partir de recherches sérieuses selon les règles élaborées pour les « sciences humaines ». En revanche, tout tribunal judiciaire qui s'étendrait à des puissances existantes mènerait obligatoirement à des comparaisons gênantes pour les uns ou pour les autres. Car, prenons pour exemple, les crimes attribués au « communisme ». Selon les recherches les plus récentes faites par les historiens, et après examen critique des chiffres avancés pour des raisons de propagande8, il s'avère que sous Staline, en fin de compte, le nombre de morts dus aux répressions, et auxquelles on ajoute la « surmortalité » due aux mauvaises conditions de vie consécutives à des décisions politiques, atteindrait de 11 à 13 millions de victimes, tandis que pour les morts dus à l'Allemagne nazie, ce chiffre serait de 22 à 25 millions, et pour le Japon, il dépasserait les 15 millions.9Pour un laps de temps beaucoup plus court.

 

Mais ce serait, malgré tout cela, les démocraties à la fois libérales et coloniales qui auraient été la cause des plus grands meurtres de masse, « surmortalités » comprises bien entendu aussi. Des Indiens d'Amérique aux victimes de la traite négrière, des famines aux Indes qui prirent la vie à des populations estimées entre 6 et 20 millions, alors qu'au même moment le pays exportait de la nourriture vers la Grande-Bretagne, au Congo de Léopold I dont on estime aujourd'hui le nombre de victimes de 3 à 20 millions, de la grande famine d'Irlande aux meurtres des Tasmaniens, sans parler du génocide de 80% à 90% du peuple Herrero en Afrique du sud-est allemande, des répressions et des colonies de travail en Indochine, à Madagascar, en Oubangui-Chari, au Congo-Brazzaville, en Algérie, ainsi que des massacres dans la province sud-coréenne de Cheju qui vit, avant même le début de la guerre de Corée, disparaître la moitié de sa population « libérée » de l'occupation japonaise par l'armée des USA. Si l'on rajoute à cela les meurtres de masse au cours de la guerre de Corée, de celle du Vietnam, le demi à un million de morts lors du coup d'état anticommuniste en Indonésie en 1965, sans parler de la « surmortalité » des populations européennes poussées vers les colonies par l'introduction du capitalisme, ou des populations de l'ex-URSS après la désorganisation post-soviétique décidée au Kremlin.10

 

Voilà donc un très bref résumé tentant d'expliquer pourquoi il n'y a pas eu et ne pouvait pas y avoir de « Nuremberg du communisme », pendant comme après la fin de l'URSS, et donc aussi pourquoi le drame de Katyn n'est finalement cité qu'au « tribunal de l'histoire ». Car un procès des violences qui ont eu lieu en URSS et dans les pays associés à elle, à un moment où il existe encore de puissants États et quelques partis importants se réclamant du communisme, pourrait d'une part se voir imposer de contribuer à l’établissement d’un nombre moindre qu'annoncé de victimes, mais imposerait également de reparler du contexte international dans lequel ces violences se sont produites et, surtout, imposerait d'établir une comparaison avec d'autres violences de masse à la même époque. A ce « jeu » comparatif-là, ce ne serait pas forcément les Russes ou les communistes qui seraient perdant. Voilà donc pourquoi les tribunaux « internationaux » ne sont envisageables que dans le cas d'une justice circonscrite à des responsables définitivement vaincus et isolés, et voilà donc aussi pourquoi il est peu probable que les meurtres commis à Katyn et simultanément dans d'autres lieux d'URSS soient un jour jugés. Le temps, lui, fera son œuvre en revanche.

 

Par contre, un rapprochement polono-russe a bien eu lieu sur le charnier de Katyn, mais là, il s'agissait d'allier la Realpolitikavec la prise en compte des sentiments des peuples, selon les règles d'un jeu d'échec qu'ont su magistralement jouer les hôtes du Kremlin avec l'assentiment de la partie « réaliste » des cercles dirigeants de Varsovie. Car, après vingt ans de rappels systématiques du drame de Katyn en direction d'une opinion polonaise parfois un peu réticente à cautionner tous les changements, politiques, sociaux, économiques, géostratégiques décidés depuis 1989, aucun rapprochement polono-russe ne pouvait se faire sans qu'il ne commence par la question symbolique de Katyn. Là, il faut bien dire que le destin a beaucoup aidé les dirigeants russes et polonais qui souhaitaient ce rapprochement. Mais rappelons d'abord que ce rapprochement se produit dans un contexte international qui lui est pour le moment propice.

 

Les prémices internationales du rapprochement polono-russe

Constatons d'abord que ce rapprochement se produit dans un contexte international où « l'Occident » tente de faire les yeux doux au Kremlin. Il y a d'abord la crise économique mondiale qui a réduit les capacités de Washington en matière d'investissements militaires et qui a prolongé le processus de délégitimation de l'ex-puissance unipolaire. Il y a le poids de la guerre en Irak qui se poursuit malgré les proclamations sur l'irakisation de ce conflit, et où l'on ne parle plus jamais dans les médias occidentaux des attaques toujours quotidiennes menées par la vraie résistance irakienne, de mieux en mieux organisée (et à différencier des groupes liés à la très nébuleuse « al Qaida »). Résistance qui vise les occupants comme leurs supplétifs locaux.11Il y a aussi la montée de la résistance en Afghanistan, pas uniquement celle des Talibans mais aussi celle d'autres groupes, parmi lesquels des partis de gauche, qui force les occupants à acheminer des troupes et de l'approvisionnement très lourd par la voie de plus en plus précaire du Pakistan, et qui, du coup, a donc de plus en plus besoin de l'espace aérien russe et des voies d'accès d'Asie centrale où rien se fait sans, du moins, l'accord tacite de Moscou.

 

Dans ce contexte évolutif, les alliés de Washington en Europe médiane ont compris qu'ils allaient devoir retrouver, en partie au moins, le chemin de Moscou, puisque le « grand frère » étasunien a dû lui-même le retrouver. De plus, comme les élites d'Europe médiane ont depuis bien avant le XIXe siècle une longue tradition de retournements d'alliance en cas d'allié défaillant, il aurait été étonnant qu'elles ne prévoient pas d'ouvrir ce type de contacts, ne serait-ce qu'au cas où. Ce qui explique sans doute pourquoi, par exemple, les chefs d'État estonien et letton qui, jusqu'à récemment, faisaient poursuivre en justice les anciens résistants soviétiques devenus des vieillards, n'hésitant pas d'un autre côté à cautionner les défilés d'anciens SS tout en s'attelant au démontage des monuments aux morts soviétiques, ont soudainement eux aussi retrouvé le chemin de Moscou... pour aller assister de la tribune officielle au défilé à l'occasion du 65e anniversaire de la victoire sur le... fascisme. C'est donc dans ce contexte général qu'on doit d'abord examiner le rapprochement en cours entre Varsovie et Moscou.

 

Rappelons d'abord que celui-ci se déroule alors que Varsovie a enregistré depuis le début de la guerre en Irak, une série de déceptions devant les comportements de Washington, en particulier lorsque la Maison blanche a décidé sans prévenir au préalable ses « alliés » de modifier le programme de bouclier anti-missile qui avait été lancé tambour battant par le président Bush. Programme qui a été revu à la baisse, ce qui a fait douter quelque peu Varsovie de la stabilité de la politique des États-Unis dans la zone. Rappelons que ce programme vise de fait la Russie et qu'il n'a de défensif que le nom, car dans l'éventualité d'une guerre atomique, celui qui détient un bouclier « défensif » indestructible détient dès lors la certitude qu'il peut attaquer l'adversaire sans risquer la traditionnelle menace de représailles qui a marqué pendant plusieurs décennies « l'équilibre de la terreur », et qui a donc assuré... l'équilibre. Quoiqu'il en soit, même si Washington poursuit le projet, les Polonais ont appris qu'ils pouvaient être mis devant un fait accompli et que leurs proclamations d'amitié systématique envers Washington ne les mettaient pas à l'abri d'un changement brusque d'intérêts de la part de l'allié « éternel ». À ces éléments transatlantiques s'ajoutent des éléments directement liés aux seules relations polono-russes.

 

Les fondements d'un éventuel rapprochement polono-russe

Force est de reconnaître que les rêves qui se sont répandus à Varsovie dans la foulée de la désagrégation de l'URSS ont fait long feu. Malgré les certitudes proclamées depuis 1991, la Biélorussie n'est finalement pas tombée comme un fruit mur dans le « camp euro-atlantique » et, au contraire, on a vu son régime se raffermir politiquement et économiquement au fil des ans, faisant de ce pays le seul en Europe ayant adhéré au Mouvement des non-alignés, et le seul capable d'assurer grosso modo dans la CEI un niveau de vie et des lois sociales de type « européen ». Quant à l'Ukraine, ladite « Révolution orange » avait soulevé un enthousiasme à Varsovie qu'il faut revoir désormais à la baisse, à la suite des dernières élections à Kiev qui ont démontré que les Ukrainiens ont été déçus et par l'incapacité des dirigeants « orangistes », et par les offres peu alléchantes qui leur furent finalement faites en provenance de l'Ouest. Tandis que beaucoup d'entrepreneurs ne peuvent éviter de voir les potentialités offertes par les marchés émergents russes et asiatiques. Même chose d'ailleurs pour les entrepreneurs polonais qui souvent, piaffent d'impatience devant les potentialités offertes par les marchés baltes, ukrainiens et biélorussiens certes, mais aussi par ceux de Russie, d'Asie centrale, d'Asie orientale et d'Asie méridionale, et qu'on ne peut atteindre, vu de Pologne, qu'en passant par la Russie. Qui a affirmé que les intérêts des bourgeoisies nationales émergentes en Europe médiane, comme ailleurs, allaient systématiquement de pair avec ceux des élites financières mondialisées ?

 

Notons aussi les retards qui ont été pris dans le développement des axes de communication reliant l'Europe occidentale à l'Asie orientale, en particulier les réseaux ferroviaires, et qui auraient déjà dû placer la Pologne au centre de ce réseau. A quoi on aurait dû ajouter au gazoduc Yamal traversant déjà la Pologne, un autre qui, désormais, la contournera par la mer Baltique, le gazoduc Northstream.

 

Pour parvenir à être la plaque tournante des relations euro-asiatiques, la Pologne a besoin d'accords durables avec la Russie. Cette dernière a de son côté montré qu'elle peut contourner la Pologne, que ce soit pour l'approvisionnement gazier avec le gazoduc Northstreamou pour le trafic ferroviaire avec la prolongation de la principale voie de chemin de fer à écartement large non plus comme il était prévu à l'origine à travers la Pologne, mais à travers la Slovaquie. Cela étant, contourner la Pologne lui coûte cher, ce qui force en fin de compte les deux pays à négocier des accords, une fois les rapports de force précisés. Un processus de « remise à niveau » qui s'est globalement réalisé au cours de la période 1989-2009. Il a donc fallu vingt ans pour que les Polonais, leurs voisins mais aussi, dans une moindre mesure sans doute, pour que les Russes apprennent aussi à lire à nouveau la carte géographique.

 

La leçon de la Seconde Guerre mondiale avait appris à beaucoup de Polonais, pas forcément communistes, qu'il ne fallait pas aller chercher des « alliances exotiques » car, comme l'avait répété l'ancien dirigeant communiste polonais, Wladyslaw Gomulka, « Messieurs, sachez que la Pologne ne se trouve pas en Australie ! ». Rappelons à cet égard la tentative de créer une zone dénucléarisée étendue à toute l'Europe centrale qu'avait lancée après 1956 l'ancien ministre des affaires étrangères polonais, le socialiste Adam Rapacki. Rappelons que c'est aussi à Varsovie que se déroulaient dans les années 1960 les contacts entre les USA et la Chine populaire. Rappelons également la venue à Varsovie en 1967 du général de Gaulle. Et rappelons enfin qu'en 1980, en pleine crise afghane, Edward Gierek réussissait une ultime tentative visant à empêcher la rupture Est-Ouest, en invitant à se rencontrer à Varsovie le président français Giscard d'Estaing et le secrétaire général soviétique Leonid Brejnev. Toutes ces traditions ont été balayées d'un revers de main en 1989, pour opérer un retournement stratégique qui a profité sans conteste à un certain nombre de Polonais, mais qui s'est avéré moins prometteur que prévu pour d'autres. La vieille tradition des élites centre-européennes de ne jamais mettre tous leurs œufs dans le même panier, ou, à tout le moins, de prévoir diverses échelles pour sortir du panier une fois que ses poussins ont éclos, semble du coup reprendre des couleurs.

 

Il était donc normal que ce soit à une équipe plus libérale, et donc plus proche des milieux d'affaires et plus pragmatique, comme celle qui conduit actuellement la Pologne sous la direction du premier ministre Donald Tusk, qui engage les premiers pas dans la rupture des glaces qui s'étaient amoncelées dans les rapports polono-russes. Suite à la domination de milieux plus idéologiques, à la fois marqués par un anticommunisme somme toute passéiste et par une russophobie négligeant les potentiels qui continuent à vivre dans la société russe. Idéologie allant sans doute à l'encontre des intérêts polonais à long terme et même contradictoire avec une partie des traditions politiques polonaises12, d'une certaine gauche comme d'une certaine droite (Rosa Luxemburg pour la gauche et Roman Dmowski pour la droite), mais choix stratégique qui correspondait à l'intérêt des États-Unis en période de poussée unipolaire et visant donc à casser en morceaux toute puissance pouvant naître au sein de l'espace euro-asiatique.13Idéologie qui semble ne plus correspondre aux moyens désormais réduits aux mains de l'équipe dirigeante à Washington. On peut penser dès lors que la catastrophe du Tupolev polonais de Smolensk a accéléré ce processus. Preuve pour certains d'une intervention divine ! En tout cas, la nature semble avoir donné un coup d'accélérateur à un processus qui était déjà en cours.

 

Mais, vu la force du discours purement idéologique tenu à Varsovie, comme dans les pays voisins depuis la fin du bloc soviétique, les dirigeants russes et polonais ont eu l'intelligence de comprendre que tout rapprochement entre les deux pays ne pouvait commencer qu'à Katyn.14C'est en effet là que, trois jours avant l'accident de l'avion présidentiel, les premier ministres polonais et russe, ont enterré la hache de guerre, ouvrant dès lors des perspectives nouvelles dans les rapports entre les deux pays. Tusk avait voulu rencontrer Poutine, Kaczynski arrivait trois jours après avec la volonté de ne pas le rencontrer. Certains ont dès lors vite affirmé que l'accident a eu lieu car il ne fallait à aucun prix que, malgré des conditions météorologiques épouvantables, l'avion ne fût dérouté ni sur Moscou ni sur la Biélorussie où il eût fallu, pour des raisons protocolaires, donner une poignée de main soit au président russe soit au président biélorussien, tous deux partisans déclarés, à leurs façons très différentes, d'une grande intégration euro-asiatique.

 

Il faut le dire, la catastrophe fut l'occasion pour les dirigeants russes de mener admirablement une partition en jouant sur les sentiments des Polonais, au point où, même les hauts dignitaires de l'Eglise polonaise ne purent, lors des diverses cérémonies d'enterrement de chacune des dizaines de victimes de l'accident – retransmises à la télévision pendant la semaine de deuil national – s'empêcher de témoigner leur remerciement non seulement au peuple russe, mais aussi aux plus hautes autorités de l'État, aux fonctionnaires de l'aviation, aux médecins des services médico-légal, aux psychologues accueillant les familles venues identifier les corps, aux enquêteurs, etc.

 

Notons que, malgré ce qui a pu être dit à l'Ouest sur la Pologne, ce pays a une double tradition géopolitique. Celle d'être radicalement pro-occidentale bien sûr, mais à la condition que l'Allemagne soit « entourée » d'alliés puissants. Ce fut le cas à l'époque napoléonienne. Ce fut aussi le cas en 1918 et ce fut de nouveau le cas après 1989. Moins depuis quelques années avec la renaissance des prétentions de puissance européenne de premier plan mise en oeuvre à Berlin. Dans tous ces cas, il fallait pour les Polonais une puissance lointaine en état de dominer l'Allemagne et de repousser la Russie. Il existe aussi une autre tradition qui voit dans la Russie un partenaire incontournable, capable d'engager en Pologne même des réformes indispensables, d'ouvrir des perspectives économiques et de maintenir des relations équilibrées avec les puissances occidentales, face à l'Allemagne. Ce fut le cas, avant les partages de la Pologne, avec le parti réformateur polonais pro-Catherine II, ce fut le cas en 1815 avec la création du Royaume de Pologne sous l'égide d'Alexandre 1er, ce fut encore le choix géostratégique de la droite nationaliste polonaise entre la fin du XIXe siècle et 1939 (et cela malgré le basculement de la Russie des tsars dans le stalinisme), et ce fut bien sur le choix des communistes polonais et de leurs alliés de gauche mais aussi de droite15à partir de 1944. Aujourd'hui donc, face à l'affaiblissement des États-Unis, à la remontée de la Russie, où en sommes nous ?

 

L'enclave

Reste encore une autre question à mentionner. Traditionnellement, la Pologne ne communiquait avec la Russie que par le biais du « sas » biélorusso-ukrainien. Depuis 1945, pour la première fois de l'histoire, la Pologne et la Russie sont des voisins directs grâce à la région de Kaliningrad située dans l'ancienne Prusse entièrement disparue aujourd'hui. D'un côté, Moscou peut y installer des bases militaires et balistiques dans le voisinage de Varsovie, à côté des bases qu'elle entretient toujours en Biélorussie. D'un autre côté, à quelques kilomètres de là, à Morag (ex-Mohrungen, ville natale du penseur romantique allemand de l’esprit du peuple, Johann Gottfried Herder, l’anti-Kant), les États-Unis installent une base pour leurs missiles anti-missiles.

 

Notons aussi que Kaliningrad constitue une enclave dont l'accès reste difficile pour les Russes, tant ils se heurtent à des problèmes de transit à travers la Lituanie. Les Polonais et l'Union européenne n'ayant pas non plus envisagé de vraiment faciliter la chose. Il faut donc rappeler qu'il existe un précédent qui a fonctionné tout à fait efficacement. Si Kaliningrad constitue une enclave russe au sein de l'UE et de l'OTAN, rappelons que Berlin-Ouest constituait de même une enclave occidentale au sein du Bloc soviétique. Et, après avoir mesuré leur rapports de force mutuel lors du « blocus de Berlin », l'Est et l'Ouest ont finalement imaginé un système complexe mais efficace de voies d'accès rapides, autoroutières, ferroviaires, fluviales et aériennes à travers le territoire de la RDA, ce qui a fonctionné pendant plusieurs décennies sans grands problèmes. Si Kaliningrad constitue donc aujourd'hui un problème « de transit », c'est sans doute parce que les deux... non plus « blocs » puisque nous sommes censés être sortis de la logique de la guerre froide et de la logique de blocs, alors les deux... quoi…? ne veulent pas trouver de moyens de s'entendre. A qui la faute doit-on demander ?

 

Vers quelles réorganisations de la vie internationale ?

On doit dès lors poser la question : qui souhaite une intégration économique sur l'axe euro-asiatique, et donc un rapprochement politique et économique ? Qui y a intérêt ? Et qui, à l'inverse, préfère regarder vers l'Atlantique en tournant le dos au continent ? On voit bien là que Washington est confrontée à un dilemme insoluble entre, d'un côté, son intérêt à retarder le rapprochement entre les deux pôles économiques que sont l'Europe occidentale et l'Asie orientale, ce qui ne peut qu'entrer en concurrence avec le pôle nord-américain en crise, et d'un autre côté, son intérêt à obtenir l'appui de Moscou pour prolonger les moyens de sa présence en Afghanistan et en Asie centrale, afin de ne pas perdre la main sur le grand échiquier planétaire et rester une puissance dominante. Dans ce contexte, le jeu polono-russe représente un élément non négligeable dont on soupçonne que peu de dirigeants à Varsovie semblent percevoir l'importance stratégique, tant ils ont été habitués à se placer en tant que « petit pays », à la périphérie des grandes décisions.

 

Il est clair néanmoins pour qui regarde la carte, qu’en Pologne, chez ses voisins et dans une moindre mesure dans l'immense Russie, on peut formuler ainsi désormais la question d'avenir : rester à la périphérie ou se placer au centre ? C'est à un choix d'un même type que sont confrontés les dirigeants des puissances ouest-européennes, pour le moment toujours déclinantes et sans plus de grandes ambitions propres. A l'époque de la rivalité Est-Ouest, certains dirigeants, comme le général de Gaulle à l'ouest, Tito ou Kreisky au « centre », et la plupart des dirigeants polonais après 1956, avaient compris que si leurs pays devaient jouer un rôle autre que purement figuratif dans les affaires internationales, et devenir ou redevenir un sujet de ce qu'on appelait alors « la division internationale du travail », il fallait bien sûr déserrer l'étau de la logique de blocs, mais aussi se désengager du tête-à-tête économique avec les seuls Etats-Unis. Alors que, au même moment, en Asie orientale, les nécessités des guerres alors en cours, avaient forcé Washington à tolérer le développement de pôles de développement basés sur un interventionnisme d'Etat systématique contraire au règles libre-échangistes (Japon, puis Corée du Sud et Taïwan, puis Asie du sud-est, avant que les communistes victorieux en Chine et en Indochine ne reprennent eux-aussi pour leur compte ce modèle). Modèle de développement interventionniste que les grandes puissances occidentales et néo-coloniales n'ont jamais toléré ailleurs dans le tiers monde, là où leur domination ne fut pas aussi sérieusement menacée.

 

Mais la fin du bloc soviétique et le développement des technologies ont fait que, désormais, les voies de communication terrestres entre l'Europe occidentale et l'Asie orientale sont potentiellement plus rapides et moins chères que le traditionnel contournement par les mers. La logique transcontinentale euro-asiatique s'impose dès lors, et donc la coopération sur l'axe Europe occidentale - Europe médiane - Eurasie - Asie orientale - Asie méridionale. La Russie et les pays d'Europe médiane qui ont tout au long de leur histoire rêvé d'avoir un accès aux mers et, dans l'idéal, aux mers chaudes, afin de se désenclaver, se retrouvent désormais au centre même de ce nouvel axe potentiel. Il est clair que la naissance d'un axe de développement euro-asiatique ne peut correspondre à l'intérêt du pôle économique nord-américain en crise. Il semble aussi évident que les élites d' Europe médiane mais encore aussi celles de Russie ou d'Asie centrale, ont de la difficulté à percevoir ces perspectives nouvelles qui leur tendent les mains. Quant aux dirigeants des différents pays d'Europe occidentale habitués depuis un demi-siècle a gérer leur puissance déclinante à l'abri du gendarme nord-américain, il est évident qu'ils ne font pas (encore ?) preuve de capacités intellectuelles leur permettant de découvrir que leurs pays constituent désormais la tête de pont d'un pôle économique pouvant rayonner à partir de l'Asie. Et qu'ils ont donc, eux aussi, la possibilité d'intégrer un jeu multipolaire, multilatéral, ouvrant de multiples perspectives jusque là inimaginables, pour peu qu'ils soient prêts à sortir la tête d'en-dessous du parapluie où ils se sont paresseusement réfugiés. De rivages du Pacifique jusqu'aux rivages de l'Atlantique, la sortie de la logique binaire en cours depuis 1945 est visiblement à l'ordre du jour, mais le provincialisme de petit gestionnaire qui domine depuis que la logique du « Dieu marché - petit comptable » s'est quasi-totalement imposée explique pourquoi l'Europe est dans une impasse et dans une crise profonde. Elle semble encore dormir d'un profond sommeil dogmatique, accrochée à la bouée d'un navire qui coule, sans oser regarder vers le grand large.

 

Car c'est la logique de la peur qui a pris le gouvernail des « puissances » européennes, au niveau des « classes politiques » comme dans les médias et, plus largement, au niveau de strates importantes des sociétés, qui penchent plutôt vers le gendarme que vers les prises de risques potentiellement prometteurs. Ce qui explique sans doute la multiplication des campagnes médiatiques de peur (délinquances, terrorismes, islamismes, immigrations, délocalisations, précarisation, pollutions, nucléaire, OGM, épidémies, etc, etc...) auxquelles les puissances publiques n'apportent aucune réponse mais sur lesquelles elles préfèrent continuer surfer au nom d'un libéralisme désormais échevelé, plutôt que d'analyser les potentiels qu'ouvrent les « puissances émergentes » et les modèles économiques plus ou moins alternatifs basés, par exemple, sur les « valeurs asiatiques », voire la « finance islamique » ou « le socialisme du XXIe siècle ». En tout cas, remettant au centre non pas l'individu atomisé, mais la cohésion sociale et/ou nationale.

 

La superpuissance en déliquescence rassure encore ceux qui ne veulent plus que se raccrocher à une bouée de sauvetage, même si l'évidence de la crise mondialisée, économique et surtout sociale, démontre qu'elle n'a plus, pour elle-même et donc a fortiori pour ses « alliés », de véritables capacités inventives et créatives. Une puissance à crédit. Elle navigue à vue, suivie par de petits navires effarouchés. Mener des guerres sur un joystick à des milliers de kilomètres du meurtre, en engageant sur place des mercenaires, elle en est encore capable, mais sur un nombre de fronts limités. Elle n'est en revanche plus capable d'assurer le développement de « la libre entreprise », productive, c'est-à-dire d'impulser une capacité à prendre des risques pour tenter de rétablir une économie réellement productive à long terme. Le capitalisme financier de rentier et de spéculateurs est devenu dans le faits un capitalisme soutenu par des pompiers-pyromanes. Manipulant les peurs, et en concurrence directe avec les pôles de productions émergeant, en particulier en Asie, mais plus seulement. Le monde est en pleine désorganisation et donc à terme, en pleine réorganisation. Réorganisation des rapports de force et des pôles de créativité et de productivité. Les pays, mais aussi une large partie des sociétés européennes, semblent encore trop marqués par les désillusions post-coloniales et post-fascistes d'un côté, post-communistes de l'autre, pour accepter de prendre le risque de rompre avec le système du pompier-pyromane qui a pris le dessus pendant le court épisode du monde unipolaire. Dans le prolongement du rôle de protecteur des vieilles bourgeoisies décaties adoptés par les « vieux USA », ceux d'avant les années Reagan, et qui, tout en étant impérialistes, savaient faire montre de dynamisme, de créativité dans tous les domaines et de réalisme.

 

Les sociétés européennes se sont habituées au repli et au renoncement depuis plusieurs décennies. C'est peut-être finalement cela qui constitue le véritable « socle fondateur » de « l'identité européenne » actuelle ? Renoncer à ses ambitions, s'abriter derrière un parapluie protecteur, se voiler la face devant les dangers réels, mais aussi devant les opportunités réelles, multiplier les peurs factices. Savoir dire « non » et savoir sortir des vieilles ornières n'est pas à l'ordre du jour. Sur les franges orientales de cette « union » européenne dont nous avons vu plus-haut le constat fait par le président tchèque Vaclav Klaus, on ne peut en revanche plus être totalement aveugle devant le fait que les promesses de 1989 tardent à venir pour les masses, tandis qu'on ne peut que constater qu'il existe une vie au-delà du Bug et de l'Oural. Et que les nouveaux moyens de communication permettent de désenclaver des territoires jusque là obsédés par l'accès à la mer. Les empires maritimes furent toujours dominant aux époques « archaïques ». Mais qui a dit qu'à l'ère du cosmos, de l'aviation, des chemins de fer à grande vitesse, des tubes et d'internet, cette vieille donne devrait être éternelle ? L'Eurasie, voire l'ensemble Eurasie-Afrique, n'est peut-être plus une « masse continentale » amorphe prise en compte uniquement dans les ouvrages de géographie, mais ce pourrait être aussi le futur pivot des communication internationales ? Les pays d'Europe médiane se retrouvent devant un choix stratégique nouveau, ceux de l'Europe maritime doivent décider si la vieille « communauté euro-atlantique » a encore un avenir, ou s'il ne vaut mieux pas envisager de devenir la tête de pont occidentale d'un ensemble de coopération Eurasie-Afrique qui semble en passe de voir le jour.

 

*Bruno Drweski, Historien, Politologue, Directeur de la section de polonais de l'Institut national des Langues et Civilisations orientales (INALCO), Secrétaire général de l'Appel franco-arabe, ancien Rédacteur en chef de La Pensée, membre de la rédaction des revues : La nouvelle Alternative, Outre-terre/Geopolitical Affairs, Revue d'études slaves, Studia Politologica (Annales Universitatis Paedagogicae Cracoviensis), Utopie critique.

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Notes :

1 Un tiers de la direction du parti du feu président « Droit et Justice », des dirigeants d'autres partis polonais dont l'ancien ministre « social-démocrate » et « ex-communiste » de la Défense qui avait engagé la Pologne dans la guerre contre l'Irak, plusieurs dirigeants d'associations d'anciens combattants et, outre les hommes politiques, la totalité de l'état-major de l'armée, de toutes les armes, ce qui représente une perte pour l'État beaucoup plus difficile à combler car, dans nos démocraties, on peut s'improviser dirigeant politique sans avoir de capacités particulières, en revanche apprendre le métier militaire, surtout à un poste de commandement, ne s'improvise pas mais nécessite une véritable formation et une longue expérience. A cela, il faut encore ajouter la mort du président de la Banque nationale de Pologne, « indépendante » mais liée aux réseaux financiers internationaux, ce qui, en cette période de bourrasques financières, ne favorisera pas sa stabilité. Droite traditionaliste atlantiste, « gauche ex-communiste » atlantiste, armée « ex-communiste » atlantiste, banque « indépendante » de tout contrôle national... Si le destin, ou un dieu « mauvais », avait voulu viser tous les symboles de l'après 1989, près de Katyn où disparut la fleur de la Pologne « archaïque » d'avant 1939, il ne s'y serait pas pris autrement.

2 Notons que, selon les enquêtes d'opinion, la grande majorité de l'opinion polonaise a été favorablement surprise par la réaction de la Russie à l'événement et aurait plutôt tendance à voir dans l'accident une faute avant tout polonaise. Une fraction de l'opinion estime en revanche qu'il y a une part de responsabilité russe involontaire, et une petite minorité va jusqu’à imaginer une conspiration soit russe soit même de la part du parti du premier ministre polonais.

3 Constatons que les dirigeants des pays voisins de la Pologne ont tous fait l'effort de venir, ainsi que ceux des pays habituellement considérés comme politiquement « éloignés » de l'Occident, voire ennemis (Iran, pays du Golfe arabo-persique). Notons que la délégation palestinienne est arrivée alors que la délégation israélienne n'est pas venue. Ce qui mérite d'autant plus d'attention que le président Lech Kaczynski avait, lors de son récent séjour en Israël, fait montre d'une grande sympathie envers le peuple juif et l'État d'Israël par de gestes symboliques. Dans ce contexte, on voit bien que les États alignés sur les États-Unis se sont simplement contentés de suivre l'exemple du « grand frère », qu'ils soient proches ou éloignés de la Pologne (Europe occidentale, Pakistan, Koweït, Afghanistan de Karzai, Corée du Sud, Serbie, Croatie, Egypte, Bulgarie, Grèce, Canada, etc...). Remarquons aussi que la télévision polonaise a montré le président Obama faisant du sport à Washington le jour de l'enterrement, signe que le comportement de l'allié n'est pas passé inaperçu. On doit cependant mentionner une exception de taille à ces observations. Toutes les délégations asiatiques semblent avoir renoncé (ou avoir cru aux pronostics climatiques graves venant d'Europe ou d'Amérique ?), que ce soit le Japon, la Corée du sud mais aussi la Chine.

4 Le procès de Nuremberg lui-même, s'il a très certainement répondu à une attente des populations victimes de la furie hitlérienne, n'en reste pas moins un procès qui n'a pu se dérouler qu'une fois le Reich nazi abattu et dans des conditions qui n'ont pas permis d'examiner les faits dans toute leur ampleur et d'y faire participer à égalité tous les représentants des peuples victimes de l'occupation nazie. On voit bien à cet exemple pourquoi un tel procès ne peut avoir lieu avant la destruction d'un régime, car il faut pour les grandes puissances circonscrire les accusations aux seuls faits qui ne les dérangent pas.

5 cf. le livre du philosophe droit italien proche du Parti de la Refondation communiste : Danilo Zollo, De Nuremberg à Bagdad ou la justice des vainqueurs, Jacqueline Chambond, 2009

6Service de renseignement militaire soviétique.

7 Jan Karski, Mon témoignage devant le monde – Histoire d'un État clandestin, R. Laffont, Paris, 2010, pp. 323-332.

8 Parmi les ouvrages de nature idéologique, même s'ils comportent des éléments vérifiables et avérés mais souvent présentés et interprétés de manière unilatérale, décontextualisés, et aussi des erreurs démontrant une volonté de faire du chiffre macabre, selon un mode de travail que nous qualifions de « néo-stakhanoviste », nous citerons : Stéphane Courtois (sous la direction de), Le Livre noir du communisme – Crimes, terreur, répression, R. Laffont, Paris, 1997, 846 p., qui prolongeait, dans le domaine des statistiques et des simplifications historiques, l'ouvrage idéologique ayant préparé l'atmosphère à ces procès de « vainqueurs », celui de François Furet, Le Passé d'une illusion – essai sur l'idée communiste au XXe siècle, R. Laffont/Calmann-Lévy, Paris, 1995, 580p. A l'encontre du succès médiatique bien organisé en faveur du Livre noir du communisme, citons l’ouvrage beaucoup moins analysé par les médias, celui de Jean Suret-Canal (sous la direction de), Le Livre noir du capitalisme, Le temps des cerises, Paris, 2002, 464 p., et surtout un ouvrage publié en Pologne (mais toujours non traduit en France) par un historien polonais qui remet en cause les chiffres et les interprétations du Livre noir du communisme, en particulier pour la période 1917-1923, mais qui aborde aussi les exagérations portant sur la période stalinienne et le silence relatif visant les « démocraties libérales coloniales », Andrzej Witkowicz, Wokol terroru bialego i czerwonego 1917-1923, Varsovie, Ksiazka i Prasa – Biblioteka Le Monde diplomatique, 2008, 517 p.

9 A. Witkowicz, op. cit., p. 476-478.

10 A. Witkowicz, op. cit., chapitre « O jezyki przesady » (sur le langage de l'exagération), pp. 455-487.

11 Pour voir à quel point le public occidental est sur ce sujet abreuvé d'informations tendancieuses visant à lui faire croire que, hormis la folie « islamiste » et « sectaire » incompréhensible « des » Irakiens eux-mêmes « encore trop sectaires » par rapport aux « rationnels Occidentaux », tout est en passe de s'apaiser dans ce pays ouvert désormais aux prédateurs de la finance mondiale, il faut se reporter aux sites qui transmettent les informations sur l'étendue et le développement de la résistance patriotique irakienne, entre autres : <http://www.heyetnet.org/eng/index.php> ; <http://www.iraq-war.ru> ; <http://www.brusselstribunal.org>, <http://www.france-irak-actualite.com/article-resistance-irakienne-l-omerta-mediatique-49639061.html>.

12 Voir Bruno Drweski, « Pologne - Russie : Mythes, réalités et perspectives », dans François Bafoil (sous la direction de), La Pologne, Fayard-Ceri, Paris, 2007, pp. 459-476, et « La Russie des Polonais ou l'obligation de sortir des clichés historiques », in Outre-terre - Revue française de géopolitique, n°4, avril 2003, p. 214-226.

13 Voir Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier. L'Amérique et le reste du monde, Hachette, Paris, 2000, 273 p.

14 Soulignons qu'au vu des dernières élections régionales russes et de la crise économique mondiale qui a aussi touché la Russie, on a noté une remontée du Parti communiste. Dans ce contexte, on peut comprendre que le tandem Poutine-Medvedev, qui avait su jouer sur la corde nostalgique de la puissance étatique stalinienne à l'heure de la reconstruction de la puissance de l'État, a désormais plus intérêt à jouer sur l'anticommunisme, à l'heure du retour des revendications sociales. Dans ce contexte, diffuser à deux reprises aux heures de grande écoute sur la télévision nationale le film de Wajda, « Katyn », permettait de faire une pierre deux coups. Refroidir quelque peu les ardeurs néo-communistes en Russie et flatter l'opinion polonaise toujours très sensible au succès de ses productions cinématographiques sur la scène internationale, surtout lorsque cette production traite de la martyrologie nationale.

15 Rappelons que si les communistes polonais ont su s'adjoindre l'appui d'une partie des militants socialistes et agrariens, ils surent aussi créer un petit mouvement catholique traditionaliste, « PAX », explicitement issu de l'extrême droite nationaliste de l'entre-deux-guerres et qui exista jusque après 1989

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