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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 12:42
  • Comme tous les citoyens de ce pays qui se trouve être le nôtre, nous avons été émus et touchés par les attentats qui se sont produits à Paris il y a peu. Comme tous, nous avons subi de plein fouet la vague d'émotions qui a submergé le pays et l'ensemble de ses habitants. Et comme beaucoup, nous avons cherché à comprendre ce que tant de commentateurs on-live préféraient décrire comme incompréhensible. Car tout effet a une cause. Et tout événement public est la rencontre d'une cause individuelle avec une cause sociale. Même la folie la plus extrême a toujours aussi une cause sociale, ce que tous les bons psychiatres savent bien. Ce qui nous amène donc à poser des questions fondamentales concernant la « jihad » censé se dérouler désormais aussi en France. Terme dévoyé par rapport à son sens dans l'islam, comme d'ailleurs aussi celui « d'islamiste » utilisé ici alors que dans les premiers pays concernés on lui préfère celui de « takfiriste » (« excommunicateurs » ou mieux « exclusivistes » ...terme qui nous renvoie comme un boomerang vers celui tellement répandu pour désigner les habitants de nos banlieues, celui « d'exclus » ...qui lui-même renvoie à celui des très « select » et « exclusive » clubs d'élite anglo-saxons ...Est-ce un hasard de la sémantique ?).
  • Nous devons bien sûr, surtout après l'adoption le ...24 décembre 2014 (pour cadeau de Noël ?1) d'un Patriot Act à la française, poser publiquement, tant que c'est encore légal, la question du Cui Bono ? N'a-t-on pas encore une fois affaire avec la logique du « clash de civilisations » que l'on voudrait imposer tant à l'Orient qu'à l'Occident du monde, afin de prolonger, par une peur omniprésente et la guerre du tous contre tous, l'existence d'un système à bout de souffle ? Ce que le monde entier sait désormais et ce que confirment aussi en France les enquêtes d'opinion qui démontrent que, par-dessus le clivage partisan droite-gauche, la majorité de nos concitoyens sait bien que ce système est condamné et condamnable. Reste à élaborer une alternative et c'est justement ce que le « clash de civilisations » retarde.
  • En ce sens là, que les attentats de Paris soient le résultat d'actes d'individus isolés ou d'agents manipulés d'une entreprise terroriste mondiale peu importe en finale. Ils procèdent d'un climat général apte à éveiller dans les cerveaux des plus faibles les cellules dormantes de la haine et de l'aveuglement objectivement au service du système mortifère mondialisé.

 

La Rédaction

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Les monstrueux attentats de Paris sont les fruits des enfants de l’Occident

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Janvier 2015

 

Claude Karnoouh

 

Au moment où l’attentat de Paris dans les locaux du comité de rédaction de la Revue Charlie Hebdo coutait la vie à 12 personnes, dessinateurs, journalistes, éditorialistes, deux policiers et un homme du service de nettoyage, 140 enfants d’une écoles d’Islamabad étaient occis par une opération des djihadistes pakistanais, tandis que deux jours après, environ 2 000 personnes étaient assassinées dans le Nord du Nigeria par le groupe islamiste radical Boko Haram. Ces crimes là n’émurent personne dans la masse des politiciens européens. Comme l’a rappelé pour une fois avec bon sens le président Hollande lors du discours tenu le 12 janvier 2015 à l’Institut du monde arabe de Paris : «  Ce sont les musulmans qui paient le plus lourd tribut aux divers groupes djihadistes et autres islamistes extrêmes. »

 

Certes la mort de 12 journalistes de la rédaction d’un magasine « irresponsable » comme il se définit lui-même, aux caricatures extrêmes, a fait horreur à une fraction de la population française qui s’est crûe plongée dans une sorte d’apocalypse, engendrant chez beaucoup une peur panique incontrôlée comme je l’ai pu constater chez mes voisins de palier avant de quitter Paris. Toutefois, comme l’observait l’économiste Frédéric Lordon (directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique) dans Le Monde diplomatique, lorsque l’on se donnait la peine d’observer la composition des divers cortèges de manifestants du 11 janvier, on n’y voyait presque pas d’ouvriers ou de petits employés parmi les dizaines de milliers de personnes qui battaient le pavé portant la pancarte « Je suis Charlie ». Selon Lordon on avait assisté là à la plus grande manifestation de bobos et de semi-bobos française. Et cette affirmation est corroborée par une enquête de l’IFOP du 15 janvier 2015 : « En premier lieu, une forte disparité régionale apparaît : le taux de participation des citoyens aux manifestations « Je suis Charlie » atteint 71 % à Grenoble ou Rodez (ville essentiellement universitaire et de cadres de technopole pour la première, de retraités aisés pour la seconde), mais tombe à 3 % au Havre ou à Henin-Beaumont (ville ouvrière où le taux de chômage dépasse les 20% de la population active, et plus de 50% pour les jeunes adultes) ».2On remarquera sur la carte ci-jointe la faible mobilisation de villes comme Lille, Marseille, Montpellier, Nîmes, Bézier, Narbonne, voire de Toulouse et même de Nantes

 

Et oui ! Les ouvriers, les modestes salariés, en bref, les gens de peu ne se sont pas sentis concernés par cet attentat commis dans une revue non seulement en quasi faillite (ce dont tout le monde n’avait cure), mais essentiellement, dans une revue à la verve hautement et grassement scatologique et pornographique qui n’amusait que les bobos postmodernes, autant de gens ayant abandonné toute transcendance religieuse ou laïque, et pis, toute volonté d’aider par l’humour au « vivre ensemble ». Pour ces « irresponsables » le seul Dieu qui manifeste sa mansuétude n’est autre que leur présence permanente dans les médias main stream et dans les mondanités politiciennes, afin d’en recueillir les avantages éditoriaux et financiers personnels qui en découlent. Absents tout autant des cortèges ou presque, non seulement les immigrés de confession "mahométane" offensés par la dernière couverture post mortem, mais, et de manière plus générale, les immigrés de couleurs fussent-ils catholiques, protestants, orthodoxes, bouddhistes, hindouistes, Sikhs ou païens. D’aucun le savent, ces gens, peut-être encore archaïques, n’apprécient guère le blasphème, y compris celui qui vise la religion du voisin. C’est cela qui m’avait beaucoup surpris lorsque j’enseignais au Liban. Au moment de la première publication des caricatures de Mahomet dans des revues occidentales, outre, comme il se doit, les musulmans sunnites ou chiites, mais encore les divers chrétiens avaient manifesté leur réprobation pour ce qu’ils considéraient comme un blasphème insigne. Quand il y a du sacré, il fonctionne pour toutes les religions du Livre puisque ce sacré là est au fondement commun de leur Dieu unique.

 

Toutefois, au-delà de la compassion raisonnable qu’il convient de manifester aux victimes, il faut simultanément relever le caractère purement occidental de cette manifestation. Si, comme l’a dit et redit le président Hollande, à ce moment précis Paris était le centre du monde, encore faut-il préciser, le centre du monde occidental, européen en dépit que quelques chefs d’État venus de pays croupions, de pays semi-coloniaux, invités pour la convenance à saupoudrer d’un zest d’exotisme le spectacle de la contrition européenne. Les chefs d’État des grands pays du tiers-monde ou des BRICS n’avaient pas daigné faire le déplacement, donc point de Chinois, de Brésiliens, d’Argentins, de Mexicains, d’Indiens, de Russes (sauf le ministre des Affaires étrangères Lavrov qui quitta très vite le cortège pour aller prier à l’église russe), encore moins de Pakistanais, de Vietnamiens, de Japonais. Le monde occidental et quelques uns de ses alliés orientaux s’auto-congratulaient pour célébrer la liberté d’expression, la lutte pour les valeurs républicaines (lesquelles ? Quand la France produit 3 500 chômeurs par jour, et l’Arabie saoudite présente qui applique la Charia en décapitant le même jour une femme sur la voie publique !), oubliant l’espace d’un très court instant sa responsabilité dans la dérive criminelle de deux djihadistes français d’origine algérienne et le lendemain de celle d’un noir chrétien converti à l’islam…

 

Voilà une fort belle manière trouvée par l’Occident pour refouler sa responsabilité et ce d’autant plus que pendant des années la norme inscrite dans le discours démagogique des bourgeois-bohèmes français (bobos socialistes ou UMP-istes) se nommait : le droit à la différence. De fait le droit démagogique à la non-intégration socio-culturelle, autrement dit la rupture d’avec la vieille tradition jacobine de l’intégration à l’unité nationale par l’éducation civique et l’enseignement. Ainsi pendant plus de trente-cinq ans les bobos post-soixante-huitards au pouvoir (PS, UMP, trotskistes, etc.) achetèrent à bon marché, que dis-je à très bon marché, la paix sociale dans les banlieues : un rap insipide et faussement contestataire, des graffitis tout aussi insignifiants et péniblement stupides, une pseudo-culture alternative, celle de l’antiracisme de pacotille, spectaculaire et marchandisé, tout cela faisait accroire les laissés-pour-compte du développement à leur accomplissement dans le socius de la société du spectacle. De fait, il s’agissait d’une ghettoïsation socialement insidieuse et politiquement perverse : l’occultation de la lutte de classe remplacée par de la moraline sociale dont l’énoncé emblématique se dit dans le slogan de SOS racisme « Touche pas à mon pote ! ». Le réel c’eût été de proclamer : « Touche pas à mon sous-prolétaire !!! ».

 

Tant que l’économie marchait ces maquillages et ces faux-semblants refoulaient le réel en différant sa manifestation tangible, mais le réel refoulé est, plus ou moins vite, toujours de retour, tant pour l’économie que pour le sexe. La réalité de la crise économique arriva donc avec d’autant plus de férocité que les libéraux-libertaires pratiquent un darwinisme socio-économique sans merci, et plus la crise s’intensifiait, plus, de manière concomitante, l’État perdait des pans entiers de sa souveraineté et donc de sa capacité de protection. Le chômage croissait et croît toujours sans fin prévisible (c’est ici l’échec patent et sans rémission du mid-term de Hollande sur la réduction du chômage), l’éducation nationale sombrait et sombre de plus en plus dans un sentimentalisme de midinettes psychologisantes promoteur de l’analphabétisme généralisé. Dans les cités-béton des banlieues qui enserrent Paris et autres grandes conurbations françaises, les aspirations des adolescents et des jeunes adultes n’avaient rencontré aucun futur (No future !) sauf, celui des désirs de consommation inassouvis et frustrés dans la contemplation des rayons des supermarchés et des publicités télévisées.

 

Après les révoltes sauvages des banlieues du milieu des années 2000 où seul Badiou discernait un ferment révolutionnaire en posant ses rêves à la place de la réalité, certains jeunes trouvèrent des moyens délictueux pour vivre confortablement : trafic de drogue, pillages d’entrepôts, recel et prostitution qui laissaient d’excellents bénéfices, mais qui étaient aux antipodes de toute action politique. Cependant, les effets de la crise étaient bien plus profonds, et laissaient des masses de jeunes démunis sans aucun avenir, pas même celui du recel. C’est à ce moment là que la guerre civile en Syrie se présenta comme une sorte d’exutoire, comme un idéal sacrificiel qui donnait l’illusion de lutter, au nom d’un Dieu retrouvé pour beaucoup, contre une dictature où d’aucuns pensaient trouver gloire et honneur en participant à une guerre que les stratèges occidentaux avaient présenté comme la lutte du bien contre le mal, mais ces derniers avec l’arrière-pensées de dépecer le Moyen-Orient en y maintenant un chaos de basse intensité (Brzezinski). Ces départs de jeunes musulmans de souche ou de convertis étaient conçus par les politiciens comme un bon moyen d’éloigner des éléments parmi les plus radicaux de la jeunesse des banlieues.

 

Rappelons-le, il n’y a guère, le ministre de l’Intérieur, l’ineffable Cazeneuve, proclamait le 5 août 2014 sur les ondes de RTL (Radio Luxembourg) : « Ce n’est pas un délit de prôner le djihad ». Mieux encore, un autre ineffable personnage de la sphère politique française, le sinistre ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, pouvait, sans être l’objet d’aucun dessin humoristique de la part de Charlie Hebdo, affirmer dans Le Monde, journal on ne peut plus conformiste : «  Jabhat al Nosra (un groupe d’islamistes radicaux) font un bon boulot sur le terrain de Syrie » (13 décembre 2012). Si ce n’est pas une approbation du terrorisme par les hautes instances de l’Etat, alors je ne comprends plus ma langue maternelle ! De fait, environ 3 000 jeunes Français, dont des chrétiens convertis à l’islam, sont partis faire le djihad en Syrie sans que les autorités françaises ne s’en émeuvent outre mesure jusqu’à ce jour fatal du 7 janvier 2015 ! Cela devrait donner à réfléchir ! De plus et depuis longtemps ces jeunes étaient les témoins télévisuels des sempiternels massacres de Palestiniens par l’armée israélienne, puis des dégâts collatéraux en Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Yémen, Pakistan, Afrique sub-saharienne, sans que jamais l’on ne sache précisément pour qui ou contre qui travaillent les groupes terroristes, car le Cui bono ? patauge dans la pire des confusions analytiques et politiques : d’un côté la France défend les djihadistes de Syrie, mais lutte contre ceux du Nord-Mali ; les États-Unis se sont servis des djihadistes sous le nom de Talibans en Afghanistan contre les Soviétiques puis se sont retournés contre eux quand ils n’ont plus servi et surtout quand ils voulurent gouverner pour leur propre compte ; les Français ont massivement soutenu les djihadistes de Benghazi contre le Colonel Kadhafi, et tous ensembles, Américains, Français, Anglais et Israéliens les emploient en masse en Syrie pour tenter d’éliminer la dictature laïque de Bashar el Assad.

 

En portant la guerre dans tout le Moyen-Orient, dans tout le monde arabo-musulman et arabo-chrétien pour bien verrouiller le contrôle de ses voies de communication maritimes et terrestres, et ses ressources énergétiques, l’Occident a déclenché une guerre généralisée avec des ramifications dans les pays où l’immigration musulmane venue d’Afrique est très importante en raison d’un vieux passé colonial qui n’a pas été lui non plus exempt de massacres atroces.

 

De fait comme l’a parfaitement relevé un commentateur anglo-saxon dans The Independent et traduit dans Le Monde du 14 janvier 2015, Patrick Cockburn, spécialiste reconnu du djihad, « A force de déstabiliser le Proche et Moyen Orient par des opérations militaire, l’Occident a créé des foyers d’anarchie violente qui ont engendré des monstres »… Comme dans un film de science fiction, l’homme occidental, celui de la raison raisonnante, a transformé le Moyen-Orient en une sorte de laboratoire du chaos contrôlé afin d’étendre plus encore sa domination mondiale sur les matières premières énergétiques et, ce faisant, les créatures qu’il y a fabriqué lui ont largement échappé, se transformant, avec l’aide de certains services, en monstres qui veulent maintenant mettre à feu et à sang les sociétés qui leur ont donné naissance et les ont un temps sponsorisés. C’est en fin de compte chez nous que la cause profonde du mal est à trouver et donc à guérir s’il en est encore temps. Car toujours selon une remarque fort pertinente de Cockburn que j’engage le lecteur à méditer : « […] l’Europe ne peut espérer échapper aux conséquences des conflits qui submergent le Moyen-Orient ». Le chaos est aussi pour nos pays aux climats plus tempérés car « celui qui sème le vent récolte la tempête. » comme le dit si clairement un proverbe français.

 

Cet attentat parisien avec toutes les incohérences officielles dont nous sommes abreuvés, tant celles qui concernent les divers parcours des auteurs du crime que les circonstances de leur encerclement et de leur exécution, ne doivent pas nous faire oublier la situation objective dans laquelle nous nous trouvons. A la question Cui bono ?, il est assuré que les trois séquences criminelles parisiennes (Charlie Hebdo, Montrouge et l’hypermarché kasher) n’avantagent nullement les diverses communautés musulmanes vivant en France, à l’inverse, elles ont engendré une vague de violences antimusulmanes sans précédent (était-ce cela qui était au bout du compte recherché ? Alors il faut chercher les vrais commanditaires de ces crimes !). En revanche, avec l’aide de l’hystérie médiatique main stream, elles ont semé la panique parmi les personnes qui se reconnaissent dans la communauté juive et, de manière plus générale, dans la diversité de la population française.

 

Mais ces trois séquences ont permis, sans la contestation ou presque de la sphère politicienne, y compris de l’extrême gauche, de renforcer le pouvoir de censure, le pouvoir de contrôle policier et judiciaire du gouvernement et du Président sur l’ensemble de la population. Quand on songe qu’au début du mois de janvier 2015, François Hollande et Manuel Valls étaient en totale déconfiture, méprisés par une écrasante majorité du peuple français, on reconnaîtra au moins un talent au président de la République, celui d’avoir su utiliser des événements, espérons-le inattendus pour lui, afin se construire une nouvelle aura politique.

 

Claude Karnoouh

Bucarest le 23 janvier 2015

 

 

 

 

2 Carte de la mobilisation source IFOP : Marche républicaine « pour Charlie » : des disparités de mobilisation lourdes de sens, Ifop (Institut français de l’opinion publique) Focus n°121, Janvier 2015.

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