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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
  • Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 10:06

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Nous avions écrit ce texte après « l’affaire du RER D » de l’été 2004, mais nous sentions que nous allions assister à de nouvelles « séances de haine » du même type, ce qui explique le délai pour sa publication. Et nous avons eu raison, malheureusement ! L’article qui suit doit donc être vu comme une réflexion sur un processus de manipulation que nous replaçons ici dans son contexte.

La Rédaction


Pourquoi la dénonciation de l’antisémitisme est-elle passée de l’analyse à la croyance ?

-

 Janvier 2005

 

  Par Bruno Drweski*

                                                           

  A l'heure où le corps social se délite. A l'heure où il suffit de se promener dans le métro parisien ou dans les "cités" pour constater l'omniprésence de la précarité, de la misère, de l'inégalité, de la discrimination sociale et "raciale", on nous annonce qu'une menace pèse sur l'Occident, et particulièrement sur la France : la nouvelle judéophobie. Tel est le message que les "grands" médias claironnent à longueur d'incidents réels ou imaginaires, regrettables mais gonflés par rapport aux violences quotidiennes que subit la masse du peuple de France. Pourquoi un tel décalage ? Et où se place aujourd'hui le combat pour la Raison ?

A partir d'une campagne médiatique visant les "sauvageons" sous couvert de mobilisation contre l'antisémitisme, nous voulons tenter de réfléchir sur les causes de la "momification" du discours public et de celui des porte-parole auto décrétés de la "communauté" juive.

Dans l’édition anglaise de son livre Death and the nation, Idith Zertall a inventé l’expression de « pornographie mémorielle » pour caractériser l’instrumentalisation, pour des raisons liées à la politique de Tel Aviv, du génocide des Juifs par les nazis. Il ne s’agissait bien évidemment pas de désigner sous cette formule le génocide lui-même, incontestable. Mais Zertall a été amenée à retirer cette expression dans sa traduction française « par peur des polémiques que cela aurait pu susciter en France ». Pourquoi ? Pourquoi la question de l’antisémitisme soulève-t-elle un écho si particulier en France ?

Car Idith Zertall a eu raison de s’autocensurer. Elle a senti le vent. En effet, quand le comédien Dieudonné a repris cette même argumentation, le site pro-israélien Proche Orient info a été à l’origine d’un campagne reprise par presque tous les
« grands » médias français qui, comme un seul homme, se sont lancés dans une n-ème séance de haine.

Après les fausses affaires antisémites du rabbin Farhi, d’Alexandre Moïse, d’Elie Chouraqui, après celle de l’incendie du foyer juif du 11ème arrondissement et celle du RER D, etc, nous sommes en droit de nous poser la question de l’existence d’une manipulation de l’antisémitisme. À chaque fois en effet, les élites médiatico-politiciennes se sont mobilisées pour dénoncer ce qui était censé être une preuve « évidente » de la résurgence de l’antisémitisme, avant de constater qu’il s’agissait d’une manipulation. Certes, l’antisémitisme existe en France, mais on doit désormais se demander si ces campagnes ne constituent pas les principaux pourvoyeurs d’antisémites. Comme si quelqu’un avait intérêt à exacerber les tensions ethno-religieuses en France, et à repousser les Juifs désespérés à émigrer en Palestine ? L’antisémitisme judéophobe a, comme pour tout racisme, des racines sociales et économiques, ce qui concerne aujourd’hui singulièrement les racismes anti-arabe et anti-noirs. Comme la situation de la France est ce qu’elle est, ce sont bien évidemment les racismes anti-arabes et anti-noirs qui constituent le danger principal pour la cohésion de ce qui reste de la République, car ce sont ces racismes qui aident à légitimer le blocage bien réel de l’ascension sociale des classes populaires « issues de l’immigration », et donc de « l’intégration ».

L’affaire du RER D de l’été 2004 a sans doute constitué le sommet de la mauvaise foi. Elle constitue un cas d’école et la façon dont les « grands » médias se sont « repliés » ensuite, sans aucune analyse critique, démontre l’absence quasi-généralisée de déontologie dans ce milieu de plus en plus écartelé entre des « mandarins » bénéficiant de toutes les rentes imaginables et des pigistes corvéables. Certes, la rédaction du Monde des 22-23 août 2004 a décidé de consacrer plus d’une page à tenter d’expliquer le gigantesque fiasco qui a fait déraper cet été la « classe médiatico-politicienne » parisienne à partir de cette banale et sordide affaire de manipulation qui, dans une situation normale, n’aurait jamais du sortir du quai de gare où elle s’était déversée. Les auteurs de la rubrique ont pourtant réussi à commettre cette fois-ci encore un second « exploit ».

 

Ils sont parvenus (sic !) à parler de tout, sauf de la question centrale découlant de cette affaire, celle du racisme et des tentatives d’exclusion visant les Arabes, les Noirs, les musulmans, le tiers-monde, le quart-monde, les travailleurs, bref tous les « périphériques » proches ou lointain du monde dans lequel nous tentons de survivre. Les organisateurs de cette page sont parvenus dans leur égocentrisme à nous faire presque avaler qu’il n’y a pas de vie au-delà du Périphérique, pas de questions à se poser sur ce sujet et qu’il n’y a pas de victimes réelles dans nos sociétés, seulement des victimes imaginaires qui, comme la Marie-Léonie du RER D, ont des problèmes avec leur ego et aussi avec leurs crédits à la consommation. Bref, des individus atomisés qui, en jouant à la « victime » comme Marie-Léonie, demandent trop d’attention de la part des médias et des pouvoirs publics. Or, ces derniers ne peuvent, c’est désormais officiel, rien faire pour personne, et surtout pas répondre aux besoins de base des populations « périphériques » dont ils ont la « charge » et qui, bien que produisant la richesse nationale, restent ignorées, et dont Le Monde ne parle plus quasiment qu’en terme de classes sauvageonnes.

Et comme par hasard, toujours en première page du même numéro, un autre article s’interrogeait sur la … « Publicité citoyenne ? ». Or, comme la "réclame", terme tombé fort opportunément en déshérence, vise en fait à mentir pour exciter l’avidité, le consumérisme et l’égoïsme de nos concitoyens, et donc leur isolement individualiste, cet article pose en fait la question de « l’utilité » (pour qui ?) de ce qu’on devrait sans doute nommer le « Mensonge citoyen »(resic !). Bref, tout est fait pour débattre de l’impossibilité de débattre. …Pendant ce temps-là, les citoyens réels eux, cherchent à organiser des réseaux de mobilisation solidaire « inter-communautaires » dans les banlieues ou utilisent le spray dans le métro pour tourner en dérision la « publicité », vulgaire, sexiste, dégradante, quasi-pornographique, et sur laquelle un être humain vraiment humain ne souhaiterait que mettre un voile pudique.

L’affaire de la pseudo-agression du RER D en juillet 2004, faisant suite à toute une série de pseudo-agressions antisémites manipulées[1], mais mobilisant à chaque fois une portion grandissante de la « classe médiatico-politicienne » pose un problème grave. Comment comprendre pourquoi toute opinion abordant sous un angle ou sous un autre un événement lié ou censé être lié aux Juifs provoque de nos jours une montée de comportements irrationnels, alors même que la lutte contre l’antisémitisme avait, historiquement, toujours été menée par les milieux les plus attachés à une analyse rationnelle de la vie sociale, juive comprise bien entendu ? Car si Marie-Léonie a fait preuve d’affabulation, force est de reconnaître qu’elle a très bien pressenti, comme c’est souvent le cas avec les personnes psychologiquement fragiles, quel type d’affabulation allait répondre au besoin de croire du pays officiel et aux intérêts de ceux qui manipulent cette croyance de type magique. Que s’est-il donc passé pour que la France ait basculé dans une forme nouvelle de religiosité hystérique, anti-rationnelle, que l’on croyait disparue depuis la fin de la chasse aux sorcières pendant le XVIIIème siècle, en tout cas depuis 1945 ?

Et, comme si cela ne suffisait pas encore, malgré cette histoire, à peine quelques jours à peine après, Sharon appelait « les Juifs de France à immigrer immédiatement en Israël », car, selon lui, il se répandrait en France un antisémitisme déchaîné. « Les juifs de France doivent bouger immédiatement ». Et nombre de politiciens et de médias (aux ordres ?… !!!) affirment, dans ce contexte, que la population française devrait connaître un « sursaut républicain dans la lutte contre l’antisémitisme» suggérant qu’elle est soit apathique soit complaisante vis-à-vis des actes antisémites. Ces accusations sont une calomnie et une diffamation à l’encontre du peuple français qui est globalement visé par ces agressions médiatiques le présentant comme coupable, barbare, lâche et raciste.

 

Est-il surprenant alors qu’Ariel Sharon, devant tant d’autoflagellation publique des décideurs français, en appelle aux Juifs de France pour qu’ils « s’évadent de ces agressions antisémites généralisées et se réfugient en Israël » …où les citoyens arabes vivent une discrimination raciale quotidienne et où les juifs craignent en permanence des attentats consécutifs à une situation de guerre totale lancée par Sharon et ses prédécesseurs depuis un demi-siècle[2] ? Le comportement de Sharon démontre que, de toute façon, les politiciens et les journalistes « goys » n’en feront de toute façon jamais assez dans leur soumission à un État étranger s’arrogeant des droits exceptionnels. Quant aux Français juifs, il les assure qu’ils seront toujours considérés comme des « traîtres », des « yordims », tant qu’ils n’auront pas émigré vers la « Terre sainte » afin d’aider à coloniser la terre des Palestiniens ou au moins tant qu’ils ne se seront pas rangés comme un seul homme derrière les choix d’un État qui n’est pas le leur puisqu’ils n’y travaillent pas, n’y votent pas et n’y payent pas d’impôts[3]. Dans des conditions normales, la déclaration de Sharon aurait dû entraîner la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Tel-Aviv.

De fait, l'accusation d'antisémitisme a un autre objectif encore[4]. En culpabilisant la France d’une part, tout en éveillant la méfiance à l’égard des populations arabo-musulmanes, elle permet aux États-Unis de faire pression sur Paris à cause de son comportement « rebelle » à l'égard de leur politique coloniale en Irak et au Moyen-Orient. S’il n’en était pas ainsi, on pourrait s’attendre au moins à ce que les accusations de racisme s’étendent aux actes arabophobes, islamophobes, negrophobes, ce qui n’est pas le cas[5].

Mais la campagne démagogique contre le port du voile dans les établissements publics sous prétexte de défendre des valeurs républicaines que l’on laisse par ailleurs totalement à l’abandon[6] contribue à cette hystérie anti-arabe et islamophobe, ce qui va à la rencontre des intérêts de Tel-Aviv. Sans vergogne, L’ambassadeur d’Israël en France s’est donc estimé, sans honte, en état de se mêler des affaires intérieures françaises en décrétant : «L’échec de l’intégration en France de 1,8 millions de musulmans qui vivent en repli et rejettent l’éducation républicaine, pour se vouer à l’extrémisme musulman»[7]. Bien entendu, là encore, aucun « grand » politicien français n’a dénoncé cette ingérence et cet appel à la haine raciale. Pourquoi en est-on arrivé là ? Les moyens de pression aux mains de Washington et de Tel-Aviv seraient-ils si puissants ? Pourquoi l’opinion française peine-t-elle à réagir ? N’y a-t-il pas convergence entre les pressions politiques extérieures et la création d’un climat hystérique permettant de brouiller la perception des enjeux réels ?


Comprendre le génocide
Il est clair que jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en fait jusqu’à la création de l’État d’Israël, les Juifs ont surtout été perçus, et en général à juste titre, dans les pays européens comme des victimes, des victimes particulièrement atteintes par l’intolérance des sociétés chrétiennes, encore que les cathares, les protestants du Royaume de France ou les catholiques irlandais, sans parler des vieux-Pussiens païens totalement disparus au Moyen-Age, des Amérindiens[8] et des victimes de la traite des esclaves, pourraient contester cette vision de l’histoire. En effet, c’est incontestablement dans le monde chrétien déchristianisé, au transcendentalisme uniformisateur et globaliste transformé pour beaucoup en théologie politique moderne depuis les Lumières, que se sont produites presque toutes les violences antijuives, lesquelles, par ailleurs se sont aussi appliquées à toutes les populations exclues par un quelconque pouvoir dominant. Pour ce qui concerne les Juifs, c’est incontestablement dans le monde chrétien en effet, que se sont produites presque toutes les violences antijuives. Le sommet de cette évolution tragique fut atteint avec la politique hitlérienne d’extermination systématique qui, tout en instrumentalisant des éléments provenant de l’antijudaïsme chrétien, y a essentiellement rajouté dans un syncrétisme
« dynamique », le racisme biologique originaire des grands pays colonialistes modernes, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, États-Unis et visant les non-Européens, au premier rang desquels se trouvaient les Amérindiens, les Noirs, les Australiens autochtones, divers peuples asiatiques, les Sémites en général, et en particulier ceux qui étaient censés avoir « pénétré » au sein du monde « aryen », à l’époque les Juifs.

 

Aujourd’hui, sans surprises, cependant, c’est la figure d’un autre Sémite, cette fois arabo-musulman, qui hante les peurs ethnocentriques européennes, de droite mais aussi souvent de gauche. On en a eu la preuve avec l’affaire Tariq Ramadan, puis celle du foulard et même du petit bandana qui menaceraient, dit-on, l’équilibre de la République laïque, une et indivisible … laquelle est pourtant en voie de régionalisation d’une part et de fusion dans la globalisation des différences européennes d’autre part, ce qui ne semble pas déranger « nos » élites si peu républicaines. Cela, alors qu’on ne parle guère des nombreuses agressions, malheureusement rarement recensées, visant les immigrés en général et certains de nos concitoyens, les Français d’origine arabe ou africaine, liés aux pays « coloniaux » du Sud, historiquement « non-chrétiens ». Et même si un certain nombre d’Églises, désertées de leurs ouailles européennes (historiquement chrétiennes), sont remplies de croyants antillais et africains.

Face à l’irrationalisme de l’antisémitisme, très souvent manipulé par une partie des élites dominantes, la partie rationaliste des sociétés européennes a toujours cherché non seulement à lutter contre les violences racistes pour des raisons morales, mais elle a voulu les analyser pour démonter le processus de haine politico-économique de manière à favoriser l’union de tous les prolétaires et de tous les peuples. Certes, parfois au cours de cette histoire « rationnelle », on a pu oublier que les Juifs étaient des êtres humains comme les autres, c’est-à-dire des êtres humains capables du meilleur (ténacité dans l’adversité, soucis pour l’écrit, respect pour l’étude, le message des prophètes, celui du Christ que sa communauté juive considérait, doit-on le rappeler, comme un rabbin, etc.), mais aussi du pire (extermination des Amalécites, subordination des Cananéens, trahison des messages prophétiques, participation à l’organisation du servage en Ukraine, participation à la mise en place d’un capitalisme prédateur, etc.)[9]. D’où la découverte tardive des ravages causés par le nationalisme juif, le sionisme, d’abord au sein des communautés juives, puis ensuite des populations palestiniennes, syriennes et libanaises.

Globalement cependant, ce n’est pas, fort heureusement, la construction d’une image idyllique et angélique des Juifs qui a servi de base à la lutte contre l’antisémitisme, mais l’analyse rationnelle de la situation d’un groupe ethno-religieux diversifié, et placé souvent en position de bouc-émissaire par les puissants, ce qui permettait de préserver globalement l’ordre social injuste, d’abord féodal, monarchique, puis proto-capitaliste, capitaliste mercantile et finalement capitaliste moderne. Ce sont les capitalistes « chrétiens » qui, fort de leur esprit de concurrence, ont, au cours de l’évolution, favorisé à un moment ou à un autre la montée de l’antisémitisme, car il ne visait que leurs partenaires-concurrents. Il fallait bien parfois savoir scier une branche pour sauver l’arbre de l’exploitation ! D’où le montage tout au long des XIXème puis XXème siècles de soi-disant « complots » juifs à répétition, démontés grâce à l’analyse rationnelle des penseurs critiques de nos sociétés.

Les antiracistes ont donc cherché historiquement à comprendre pourquoi la police du tsar avait fait diffuser « Le protocole des sages de Sion », pourquoi les Juifs sous-prolétarisés des petites villes d’Europe centrale et orientale auraient eu à supporter l’opprobre visant les capitalistes juifs ou non-juifs accapareurs de richesses et pourquoi les scientifiques et les penseurs d’origine juive étaient accusés de corrompre les mœurs européennes alors même qu’ils élaboraient des réponses bien souvent pertinentes aux problèmes posés par la modernité. Le choc provoqué par l’irrationalité apparente du génocide des Juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que celui visant d’autres populations ou fractions de populations (Tsiganes, Slaves, homosexuels, malades mentaux, commissaires politiques soviétiques, soldats soviétiques internés, etc.), a démontré hors de tout doute que la Raison était du côté de l’antifascisme, …même si les antifascistes n’étaient pas de leur côté toujours à l’abri de l’irrationalité, comme on a pu le voir avec nombre de procès staliniens[10].

On a donc pu comprendre après la Seconde Guerre mondiale, pourquoi la politique hitlérienne s’était attaquée à ce réservoir particulier de mécontentement, d’immigration « incontrôlable » et de « désordre » social que constituaient les couches populaires juives des petites villes d’Europe centrale et orientale, des bidonvilles des grandes villes, les « luftmenschen ». C’est en effet dans ces milieux que la désagrégation provoquée par un capitalisme expansif mais incapable de reconstruire à l’Est un tissu social équilibré apparaissait de façon particulièrement crue. On a pu aussi comprendre pourquoi les nazis se sont attaqués aux milieux intellectuels, parmi lesquels on trouvait beaucoup de penseurs d’origine juive particulièrement capables de dresser un portrait au vitriol de la désagrégation de la vieille civilisation européenne[11]. On a pu comprendre pourquoi les diverses sortes de fascismes européens se sont attaquées aux révolutionnaires parmi lesquels les représentants des populations les moins intégrées au vieil ordre européen en crise, et parmi celles-ci, les Juifs, étaient nombreux. En bref, les nazis ne se sont pas trompés de cibles dans leur volonté de remplacer l’idée de raison et de progrès par une mystique néo-pseudo-païenne et fixiste, de fait une forme radicale de la théologie du politique. Et de Einstein à Marx, de Spinoza à Freud, de Rosa Luxemburg à Eisenstein, de Trotsky à Clara Zetkin, etc. etc., il apparaissait clairement que les Juifs d’origine constituaient alors un milieu particulièrement propice (même s’il n’était pas le seul) à la déconstruction de l’ordre social existant.

En exterminant massivement les Juifs européens, et plus particulièrement ceux de l’Est de l’Europe, potentiellement les plus révolutionnaires a-t-on tendance à oublier aujourd’hui, les nazis ont donc exterminé une masse de révolutionnaires et de réformistes réels ou potentiels, retardant ainsi l’évolution historique et provoquant un phénomène de régression, y compris chez de nombreux Juifs survivants. Il y a certes eu, à côté des révolutionnaires juifs, des penseurs juifs traditionalistes importants, comme Martin Buber pour prendre l’un des plus célèbres, ou des critiques de la modernité comme Benjamin, partiellement marxiste seulement, ou les chercheurs de l’école de Francfort, anticommunistes de gauche néo-hégélienne et dans le cas d’Adorno extrêmement critique à l’égard de l’idée de progrès, des Lumières, comme c’est aussi le cas aujourd’hui de Zygmunt Bauman, d’origine polonaise[12]. Signalons aussi l’oeuvre très importante et radicalement judéocritique du juif viennois Otto Weininger, l’antisionisme radical de Karl Kraus, et le livre critiquant les idées de Weber de l’historien de l’économie Sombart, Les Juifs et la vie économique, où il démontre que le capitalisme est né dans les communautés urbaines juives d’Italie, etc [13]. Par ailleurs, les juifs modernistes, défenseurs du progrès mais très opposés à la gauche, sont légions dans le capitalisme anglais et allemand, à commencer par Disraëli, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Lord Montaiguë, et Walther Rathenau[14], l’inventeur de l’économie de guerre dont s’inspira Trotsky, mais auquel l’extrême droite allemande fit porter la responsabilité de la capitulation allemande en 1918. Voilà d’ailleurs ici la preuve du caractère irrationnel de l’antisémitisme.

Tout cela démontre le caractère fort diversifié des communautés juives, qui comprenaient d’ailleurs à l’origine surtout des milieux religieux orthodoxes et donc antisionistes. Mais l’existence de tous ces courants d’une diversité profonde des personnes d’origine juive ne remet pas en cause le fait que les Juifs, en tant que milieu, représentaient avant la création de l’État sioniste, un groupe où, conservateurs comme progressistes, s’intégraient mal dans les mythes et les arcanes issues des milieux traditionnellement chrétiens, et avec lesquels une concurrence, réelle ou mythifiée, persistait donc. Cette situation était le résultat d’une histoire et elle ne correspondait plus à la logique de la modernité, par ailleurs en crise, d’où la nécessité pour les antisémites d’utiliser une argumentation irrationnelle.

Est-ce donc un hasard si le massacre des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale a d’abord été décrit en utilisant des termes rationnels, objectifs, « neutres scientifiquement » : génocide, extermination, voire pour rester fidèle à l’appellation nazie officielle « solution finale » ou « traitement spécial » ? L’horreur qui se cachait derrière ces mots n’était en rien diminuée par l’usage de termes a priori « neutres »[15], au contraire, la froideur du système machiniste nazi n’en apparaissait que plus crûment. Point n’était alors besoin de faire la chasse aux « négationnistes » ou aux « révisionnistes » pour tenir le haut du pavé, encore moins d’interdire leurs écrits contestables et qui nécessitaient donc de pouvoir être contestés dans une polémique rationnelle. La censure est toujours l’argument du faible, du fanatique ou du manipulateur. Elle ne peut donc avoir sa place dans la recherche scientifique. La force des arguments et des preuves suffisait pour la première génération qui a suivi la guerre, en particulier dans les milieux issus de la résistance, révolutionnaires, communistes. Elle aurait continué à suffire si l’on n’était pas passé du registre rationnel au registre du culte obligatoire et du tabou[16].
Si donc, le génocide nazi n’avait pas progressivement servi à autre chose, à couvrir les exactions de « l’État hébreu ».


De la mémoire historique à la foi pervertie
Si, avant 1948, ce sont donc les antisémites qui inventaient des complots imaginaires, force est de constater que, depuis la création de l’État d’Israël, ce sont les adversaires désormais officiels de l’antisémitisme qui ont souvent recours à des machinations. En effet, des attentats sionistes visant les synagogues de Bagdad en 1950 pour pousser les Juifs à fuir l’Irak, puis en 1956 ceux d’Egypte, aux comportements hystériques dans l’affaire du RER D en passant par les campagnes visant à établir un lien mécanique entre l’antisionisme et l’antisémitisme[17], on se trouve désormais assez rarement en face d’une situation où les Juifs seraient massivement menacés par les antisémites. En revanche l’État d’Israël, lui, mène une politique qui soulève des critiques massives qu’il a intérêt à faire taire.

L’expérience du nazisme joue sans doute en Europe un rôle d’antidote face à l’antisémitisme auquel il faut ajouter le fait que, globalement, les juifs sont aujourd’hui pleinement intégrés, pour le meilleur et pour le pire, dans les rouages des sociétés occidentales capitalistes contemporaines, que ce soit sur le plan social, politique, économique ou culturel. Cette évolution est allée de pair avec le processus qui a amené les successeurs du peu connu à l’origine Théodore Herzl à prendre officiellement en main le contrôle de la plupart des organisations juives et le destin officiel du « peuple juif ». Ce processus a permis de réaliser la déclaration de Herzl sur la nécessité de transformer grâce au sionisme la masse des Juifs victimes de l’ordre social européen, en pointe avancée du colonialisme occidental capitaliste. Ce n’est pas la première fois que l’on tente avec plus ou moins de succès de faire d’anciennes victimes des agents « externalisés » de l’oppression. Combien d’anciens communards déportés en Nouvelle-Calédonie ont-ils, par exemple, participé à la répression contre les Kanaks ? Pourquoi des « malgré nous » alsaciens ont-ils participé au massacre d’Oradour sur Glane ? Combien d’Algériens ont été enrôlés dans le corps expéditionnaire français en Indochine ? Combien de non-citoyens des USA appartenant aux classes marginalisées et aux minorités ethniques ont été envoyés au Viêt-Nam puis aujourd’hui en Irak ? Les nazis faisaient de même dans les camps de concentration avec les kapos et dans les ghettos avec la police juive. L’État « juif » n’est donc qu’un des multiples exemples dans la lignée des opprimés « retournés » en oppresseurs.

Ainsi, Théodore Herzl, que certains considèrent comme le fondateur d’un mouvement émancipateur, et qui reprenait en fait le discours colonialiste et raciste occidental contemporain écrivait : « Nous formerons pour l’Europe une tête de pont vers l’Asie, un bastion de la civilisation contre la Barbarie. Le pays s’étendra de la rivière d’Egypte (Le Nil) à l’Euphrate. La population locale ne pourra pas travailler, sauf pour assécher les marais et tuer les serpents. Il faut discrètement les expulser du pays. » [18] Quant à Vladimir Jabotynski, le fondateur du courant sioniste « révisionniste » (sic !), l’ancêtre du parti actuel d’Ariel Sharon, le Likoud, son programme était encore plus détaillé et correspondait exactement au programme de tous les mouvements fascistes, l’État ethniquement pur :

«Toute colonisation sioniste, aussi limitée soit-elle, devra être soit abandonnée soit poursuivie contre la volonté de la population autochtone. Pour cette raison, notre colonisation ne peut se développer que sous la protection d’une grande puissance qui ne se préoccupe pas de la volonté de la population locale afin qu’il soit possible de nous séparer de cette population par un mur de fer infranchissable. Un accord entre eux et nous, sur une base volontaire est impossible. Tant qu’ils auront la moindre lueur d’espoir de se débarrasser de nous, ils n’abandonneront pas cet espoir et rien ne pourra les convaincre, ni les belles paroles, ni l’argent. Car ils ne sont pas un mélange indéfini, mais une nation, une nation opprimée mais une nation vivante. Aucun peuple ne peut faire les concessions que nous leur demandons tant qu’ils ont l’espoir de pouvoir se débarrasser de nous. Ce n’est que lorsqu’ils constateront que le Rideau de Fer entre eux et nous est infranchissable, que les extrémistes parmi eux abandonneront et que les plus modérés apparaîtront pour nous demander des concessions sur certains éléments pratiques. Ils nous demanderont de leur garantir que nous ne les chasserons pas ou d’avoir la bonté de leur accorder des droits égaux ».[19]

En conséquence de cette idéologie d’appui aux forts et de mépris pour les faibles et les vaincus, le rabbin Ovadia Yossef, chef d’un parti sioniste religieux actuellement au gouvernement de Tel-aviv, peut donc considérer que les «juifs victimes de l’Holocauste » étaient de «mauvaises âmes réincarnées» et aussi que les Arabes sont «des serpents que Dieu a regrettés d’avoir créé»[20]. Et, effectivement d’un point de vue sioniste religieux, ce rabbin est logique, la grande majorité des juifs exterminés par Hitler étaient « au pire » antisionistes et « au mieux » non sionistes, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils vivaient et sont morts en Europe. Et c’est leur assassinat qui a permis aux sionistes de prendre le contrôle de la plupart des organisations et partis juifs dans le monde. Et le 31 décembre 2001, le ministre de la santé israélien, Nissim Dahan, déclarait, preuve s’il en est que le sionisme a plutôt regardé avec « détachement » le nazisme : « Ce n’est pas l’Holocauste, mais l’assimilation, qui est la pire catastrophe qui est arrivée au judaïsme...»[21]. Pourquoi tous ces propos idéologiquement de type nazi, et en fait diffamatoires pour les valeurs prophétiques du judaïsme, ne sont pas cités par nos bonnes âmes qui combattent en principe le négationnisme, le révisionnisme mais qui ont en général oublié de lutter aussi contre le colonialisme et le néo-colonialisme, qui ont toujours représenté le vrai fond sur lesquelles ont proliféré les idéologies fascistes et leurs avatars ? Car il ne peut y avoir de fascisme que colonialiste.


Un génocide déformé en acte de foi
Aujourd’hui, alors que la multiplication des indignations suscitées par les médias dominant concernant les violences qui visent, parfois réellement, mais d’autres fois imaginairement, les Juifs est devenue une exigence quasi-conformiste, on a assisté à la multiplication d’un vocabulaire d’origine religieuse pour caractériser une décision humaine : le massacre généralisé des Juifs par Hitler.« Holaucauste »,« Shoah », mots tirés de la Bible, tiennent lieu de termes « incontournables » pour nommer le génocide. L’usage de ces mots, loin de permettre la compréhension de la cause de l’horreur, contribue à la rendre « inexplicable », a-historique. Les victimes d’un processus inhumain et qui serait incompréhensible, car du domaine de la croyance, ne sont-elles pas ainsi tuées une seconde fois dans notre mémoire, par l’usage d’un vocabulaire qui leur accorde, à l’image des anciennes victimes expiatoires des Aztèques ou du Christ, censé avoir été mis à mort « pour notre salut », un rôle sacrificiel justifiant un traitement « spécial » de leurs légataires officiels et auto-décrétés, les sionistes ? Ce traitement « spécial » exigé ne fait-il pas finalement écho au « traitement spécial » des nazis qui, eux aussi, considéraient les Juifs comme un peuple « à part » ? Et le rôle des rationalistes, et des hommes d’espérance authentiques, n’est-il pas de rendre au Juif, comme à tout être humain, sa caractéristique commune à nous tous, et par le fait même sa véritable dignité ?

Mais pourquoi y a-t-il eu basculement vers l’irrationalité et pourquoi « les Juifs », mythifiés, occupent-ils si souvent une place « à part » dans cette évolution ? Pourquoi ces nouveaux procès en sorcellerie ont-ils lieu quand on aborde l’histoire des juifs ou la politique de Tel-Aviv ? Et dans l’intérêt de qui ?

 


De la foi pervertie à la tentative d’émasculation des forces de contestation
Pour nos sociétés largement déchristianisées, désenchantées aussi, la découverte d’un vieux reflex inconscient de recherche de tabou constitue peut-être la marque d’un besoin frénétique, compulsif, et pour le moment au moins déraisonnable, d’une nouvelle croyance qui puisse unir désormais foi et apparence de rationalité. Pour les Juifs qui ont toujours cherché à participer à la vie de leurs sociétés en tant que citoyens libres et égaux, cette évolution devient assurément pesante. Mais pour ceux d’entre eux qui se sentaient bien au chaud à gérer « le ghetto », cela n’est peut-être pas si désagréable, d’autant plus que le ghetto israélien est un peu plus grand que les petits ghettos dont devaient se contenter les rabbins et les notables juifs d’Europe. Le projet sioniste n’a en fait eu pour objectif que de créer un ghetto plus vaste et excentré. Pour le plus grand profit des boursicoteurs, de l’ordre mondial existant, de la division du monde en riches et pauvres et des grandes organisations assurant le contrôle de cette « civilisation » (OTAN, OMC, OCDE, G-7, CIA, Mossad, etc.).

Pour les héritiers « chrétiens » de la pensée coloniale et occidentalo-centrée d’un autre côté, défaite et délégitimée par la décolonisation, le rôle « sacrificiel » attribué « aux Juifs » permet de se débarrasser de la lourde culpabilité héritée de l’antisémitisme européen d’avant 1945 tout en légitimant, par procuration, grâce à l’Etat d’Israël (pauvre prophète Israël !), l’ancien colonialisme en terre « sauvage » …et le néo-colonialisme actuel. Il permet aussi d’assurer une nouvelle légitimité à la propagande de la méfiance visant les nouvelles « classes dangereuses », « resémitisées » en Europe par le biais de l’immigration arabo-musulmane. Et l’affaire du RER D a permis d’observer un déferlement de haine décomplexée existant dans les milieux médiatiques et politiciens bien installés dans leurs fauteuils en cuir à l’égard des populations des « banlieues », et particulièrement des plus jeunes, décrits comme de véritables sauvages. Car le monde médiatique et politicien n’accepte la différence que lorsque les « beurs » ou les « blacks » se présentent et se montrent (ou plutôt sont montrés) comme des êtres bizarres et drôles, comme les clowns du showbiz, proclamant des inepties vulgaires et vantant la marchandise culturelle très bas de gamme qu’il faut consommer. Dès lors que ces hommes et ces femmes affirment politiquement l’état des choses qui souvent ne leur est pas favorable, alors ils deviennent exécrables, dangereux, menaçants. Qu’ils/elles montrent le couteau ou seulement le poing, le voile ou même le bandana, qu’ils/elles participent aux luttes sociales en sujets autonomes et non en objets manipulables ou qu’ils/elles veuillent simplement s’inscrire dans les processus électoraux[22], cela n’y change rien, ils/elles sont toujours jugé/e/s a priori agressifs(ves), quoiqu’ils(elles) fassent.

L’usage d’un vocabulaire sacrificiel néo-religieux pour caractériser l’entreprise industrielle d’extermination hitlérienne permet en quelque sorte aux vieilles classes dirigeantes européennes de se dédouaner de leur responsabilité historique dans l’antisémitisme tout en relégitimant leurs tendances à recoloniser le tiers-monde, en particulier celui qui est situé au carrefour de l’Afrique et de l’Asie, celui où le pétrole est à portée de main. Le « Viêt-nam de la rationalité » passe donc aujourd’hui par la résistance des peuples de Palestine et d’Irak ! (sans oublier Cuba, le Vénézuela ou la Malaisie, demain peut-être la Chine).

Le vocabulaire pseudo-religieux du discours holocaustique permet aussi aux sionistes de tenter de transformer une judéité multiforme en un régiment « mondialisé », embrigadé dans la conquête d’une terre, dans la surveillance de toute une région et dans la formation des élites militaires les plus sanglantes d’Amérique latine ou d’Afrique[23]. Et pour les Juifs d’origine qui refusent ce chantage à l’ancestralité, il reste ici l’opprobre, là le terrorisme, parfois les deux à la fois[24]. Il y a donc dans le chantage irrationnel à l’antisémitisme un intérêt sonnant, trébuchant et explosif[25], celui des dirigeants auto-proclamés des Juifs par l’intermédiaire de l’entité « d'Israël » et, derrière, l’intérêt de l’hyperpuissance US à s’assurer une base militaire permanente au Moyen-Orient. Tout cela contribue à renforcer le poids du lobby sioniste à Washington[26], d’autant plus que les Etats-Unis sont eux aussi pétris de traditions néo-bibliques, néo-protestantes, recherchant dans l’ancien Testament la légitimité d’un destin exemplaire pour « l’Amérique », nouvelle « terre promise » ayant à la fois droit au « leadership » sur l’humanité et promise à la haine et à la jalousie universelle à cause de sa « bonté » inhérente à sa présence dans le monde comme telle …et dont les Irakiens, après les Amérindiens, les Afro-américains et les Vietnamiens, expérimentent aujourd’hui quotidiennement les fondements.

Comme dans le fascisme donc, nous nous retrouvons aujourd’hui face à un vocabulaire faisant appel au mythe pour condamner la réalité et la pensée, et pour permettre à des intérêts géo-politiques et financiers « globaux » de trouver l’acceptation d’une partie des populations désorientées et privées d’une analyse compréhensible de leur propre situation sociale, économique, nationale. La manipulation du chantage à l’antisémitisme a ainsi servi de pirouette pour opérer ce retournement du sens des mots en se servant des victimes d’Hitler comme d’un instrument d’autant plus utile qu’il est silencieux puisqu’assassiné. Car, comme toujours, il s’agit du combat entre ceux qui reconnaissent l’égalité de droit dans les vraies différences de culture de tous les êtres humains, individus, classes, nations, cultures, religions, etc. et de ceux qui proclament la supériorité, raciale, culturelle, religieuse, économique, civilisationnelle, d’un groupe auto-décrété par rapport aux autres. La chasse aux antisémites imaginaires (et rarement aux fomenteurs d’antisémitisme réel) permet de légitimer le mépris et la marginalisation, demain sans doute la répression systématique des « périphériques » du monde actuel,« exclus », immigrés, « classes dangereuses », prolétaires renouvelés de tous les pays, nations subjuguées sous le poids de la « dette », de l’occupation, des blocus, des discriminations, etc. Nous avons affaire à un « fascisme soft » qui, au nom de la démocratie, de l’antiracisme et de l’antinégationisme de salon, pervertit la démocratie de l’intérieur, sans avoir besoin de passer par les murs, les miradors et les fusillades systématiques (encore que la « clôture » de sécurité de Sharon ou les « victimes collatérales » de Shahbegan, d'Irak et de Palestine...).

Nous sommes donc passés des camps de concentration à des camps de déconcentration (d’atomisation) pour les marginaux, les « sans », papiers, logis, emploi, santé, etc. Au besoin d’ailleurs, on peut avoir aussi recours à des camps « de rétention » réels, voire à des vrais camps de concentration comme il en existe aujourd’hui en Afghanistan, en Irak, à Guantanamo (partie de Cuba occupée par les USA), en Israël, et faut-il le rappeler, dans certaines prisons des États-Unis, ou de leurs alliés auxquels Washington sous-traite le plus souvent les tortures, en principe illégales, selon la loi des Etats-Unis.

On assiste donc à « l’élection » apparemment à peine plus « laïque » de certains peuples désormais dominants dont le statut « prédestiné » imprègne les Américains (des seuls USA) « born again », y compris beaucoup de catholiques et d’agnostiques... D’autre part, on assiste à la « christologisation » des juifs, censés être devenus, après la Seconde Guerre mondiale, le peuple dont le destin est formellement considéré par certains comme celui du Christ, sacrifié par des élites (ici les élites antisémites) avec l’assentiment d’une partie de la multitude. Non plus certes comme dans le christianisme au nom de la rédemption des péchés de tous les hommes, mais pour le salut des seuls juifs par le biais d’un Etat, « Israël », traité avec des égards exceptionnels au regard du droit international. L’interprétation néo-religieuse et a-historique de la tentative nazie de génocide total (tentative, heureusement non réussie), permet de légitimer ce traitement exceptionnel des Juifs sionisés[27]; ainsi la lutte entre les premiers chrétiens et les pharisiens y est identifiée à l’antijudaïsme médiéval, ou à l’antisémitisme moderne. Et les paysans cosaques en jacquerie au XVIIème siècle contre les régisseurs juifs de domaines féodaux et les grands propriétaires terriens polonais ainsi que contre les jésuites qui cherchaient à faire disparaître l'Église orthodoxe souvent avec la participation de ces régisseurs, deviennent les « prédécesseurs » des commandos de nazis ukrainiens dans le camp de Treblinka.

Cette évolution « laïcisto-religieuse », irrationnelle, a désormais imprégné le corps social de la plupart des pays occidentaux, en particulier les milieux dirigeants originaires de la gauche qui ont fait assaut, en commençant par le PS français, mais en s’étendant ensuite à presque tous les autres « salons » parisiens « de gauche », de surenchère « moralisatrice » vis-à-vis de l’antisémitisme. Cela permet ainsi de légitimer le fait que ces milieux délaissent les banlieues et les victimes réelles de la politique du capitalisme de troisième type, « post-moderne ».

Il existe donc aujourd’hui un « fascisme soft » qui vient souvent de la gauche et qui, tout en gardant un verni démocratique, n’en méprise pas moins le peuple (d’où la manipulation du vocable « infamant » de « populisme » pour renommer ce que l’on a toujours appelé démagogie), n’en fait pas moins preuve d’irrationalisme, de racisme larvé et en fin de compte d’opposition au seul « esprit prophétique sémitique » qui souffle encore sur nos contrées, celui provenant des déserts arabiques. D’où l’islamophobie qui tient lieu d’antisémitisme contemporain.

Certes, il existe toujours des groupes néo-nazis fanatiquement et parfois criminellement antisémites, dans le sens antijuif. Mais ce sont des groupuscules sans réelles perspectives et parfois manipulés par les services ad hoc. La stigmatisation de nos concitoyens immigrés qui, dans la sueur et souvent la peur, font vivre notre économie, notre production, nos petits commerces d’épicerie et de marchands de couleurs, nos téléboutiques, nos nouveaux petits restaurants populaire goûteux et bon marchés, nos ateliers de confection, tous les petits boulots qui maintiennent en vie tant bien que mal notre société vise, elle, quotidiennement des millions de nos concitoyens. Ils sont victimes des chasses au faciès, des discriminations à l’embauche, des remarques méprisantes, de l’ignorance, de la ghettoïsation forcée, des campagnes médiatiques présentant les banlieues « sensibles » comme des cages (« malheureusement non grillagées » ???) à fauves et les mosquées comme des repères d’intégristes et de misogynes, etc, etc. Qui a jamais lu les textes enseignés par de nombreux rabbins, et souvent par des prêtres sur les femmes pour se permettre de taxer nos compatriotes musulmans de misogynie [28]?

 


De la stérilisation à l’immobilisme social « global »
Dans ce contexte d'irrationalisme envahissant, les professionnels des médias et les politiciens bien installés dans leurs fauteuils en cuir jouent le rôle de grands prêtres du culte de victimes déshumanisées et sacralisées au service de l'ordre mondial actuel. Toutes ces campagnes ne relèvent pas de quelques accidents, mais procèdent d'un climat que l'on organise de façon systématique et délibérée et en faveur duquel on a enrôlé nombre de mercenaires, en particulier dans les milieux intellectuels, politiciens et judiciaires. D'autres se portent volontaires. L'indignation « générale » dans la fausse affaire du RER D a été très révélatrice du point où notre société malade en est arrivée. Le caractère militant, agressif, obligatoire, de l’indignation et la stigmatisation de la lâcheté prétendue des « passagers » sont là pour culpabiliser encore un peu plus une société sans perspectives aucune, sauf à devenir des consommateurs précarisés ou des chômeurs. Les manifestations, les déclarations, l'Assemblée nationale, les médias ressassant désormais en boucle leur indignation comme dans les séances de haine orwelliennes. Un consensus obligatoire, immédiat, frénétique, irrationnel s’est imposé dès les premières secondes de « l’agression antisémite du RER ».

 

 Il témoigne du recul des penseurs, de l'abdication des élites politiques, de l'ampleur de la compromission des « grands » médias, …et surtout des intérêts d’une haute finance sans plus aucune légitimité pour maintenir un ordre injuste et hypocrite autrement que par la culpabilisation des pauvres, le chantage en direction des demi-pauvres et l’appel à l’hypocrisie des riches. Tout cela au service de la politique des USA et d’Israël, les deux États gardes-chiourmes du capital transnational, mais toujours nationaliste et bien protectionniste.

Après la « récréation » provoquée dans le monde et surtout en France par la mobilisation contre l’invasion de l’Irak, il fallait bien reprendre en main l’opinion qui échappait à ses maîtres chanteurs ! Pour cela, on a eu la manipulation des prises de position de Tariq Ramadan, puis l’invention de la crise du foulard (où la plupart des syndicalistes « laïcards » ont joué le rôle des idiots utiles) et enfin le renouveau de la campagne sans fin du chantage à l’antisémitisme qui a aboutit à l’affaire grotesque du RER D et qui fait pâlir de rage les survivants des vraies bestialités nazies en Europe centrale.

L’idéal d’universalisme qui a traversé l’histoire de l’humanité, en particulier sous l’influence des religions monothéïstes, puis des idées des Lumières qui en sont issues, n’a pas empêché l’irruption de pratiques sectaires, menant vers des communautés religieuses ou ethno-religieuses fermées. Cela a pu être constaté dans toute l’histoire du monde méditerranéen, y compris chez les juifs, qui ne sont donc pas, bien entendu, foncièrement différents des autres êtres humains. Ainsi, la pratique religieuse juive a instauré de nombreuses barrières pour empêcher l’assimilation des Juifs avec les populations environnantes, comme le souligne ces passages d’un texte rabbinique portant sur l’interdiction cyclique des rapports conjugaux, appelée Nidda (état d’impureté féminine : douze jours d’abstinence pendant la période des règles, certaines fêtes, grossesse et période après la grossesse : 7 jours minimum après l’accouchement d’un garçon et 15 jours après celui d’une fille)[29]. Cette « sainteté » ne se veut en effet pas rationnelle, elle vise en fait à assurer la séparation des Israélites d’avec les autres groupes humains :

« Cet idéal de Sainteté Est irrationnel par définitionIl est propre à Israël Et n’est point ordonné aux autres hommes Dieu a créé la barrière Entre la lumière et les ténèbres Entre Israël et les nations »[30], ce que confirment aussi ces explications portant sur la Nidda «…Nos ennemis et détracteurs du Judaïsme ont de tout temps essayé d’empêcher son observance dans le but de détruire notre peuple : Les Grecs, à l’époque de la Hanouka, les Romains plus tard et jusqu’à nos jours, les pays au-delà du rideau de fer. »[31], puis « Une fois les Romains (Mehila 17, b) décrétèrent l’interdiction de l’observance des Lois de Chabbat, de la circoncision et de la Nidda… En fait les Romains étaient conscients que la pratique de ces Lois immunisait le Peuple d’Israël contre l’assimilation, en le rendant étonnamment résistant. (La survie du peuple juif a toujours été une question pour les historiens, parce qu’ils n’ont jamais compris qu’elle était due à l’observance des Lois de la Nidda) »[32].
L’ensemble de ces « lois de pureté » semble donc avoir avant tout un but ethno-religieux plutôt qu’universaliste ou hygiénique :

« Observez-les
Et mettez-les en pratique.
Ce sera là votre sagesse
Et votre intelligence
Aux yeux des nations.
Lorsqu’elles entendront parler de toutes ces Lois,
Elles s’écrieront :
« Il ne peut être que sage
Et intelligent
Ce grand Peupl
e »[33].


Impérialisme US, sionisme et ethno-communautarismes

Dans ce contexte de crise sociale, d’hystérie, de nouvelle sorcellerie et de manipulation des identités, on peut avoir deux craintes pour l’avenir. D’une part que des Français se laissent aller à des violences de plus en plus incontrôlées contre nos compatriotes d’origine arabe ou noire puisque des « autorités morales incontestées » se sont permises dans les « grands » médias de les décrire comme potentiellement et irrémédiablement dangereux, y compris même après la découverte de l’affabulation de Marie-Léonie. Et demain, si des bombes éclatent en France sans qu’on n’en connaisse les commanditaires camouflés, certains auront tôt fait d’accuser « la pieuvre islamiste » et ses bras porteurs de valises dans les banlieues
« rouge-brun-vertes » de France, ce qui créera un climat de guerre civile. D’autre part que, si des violences judéophobes se produisent, elles en laissent d’autres indifférents, voire obtiennent à terme l’appui des citoyens qui se sont sentis stigmatisés sans réactions notables de la part des notables. Les amalgames ethno-communautaristes auront alors réussi à défaire la République en créant, à l’image de la société des Etats-Unis, une juxtaposition de « communautés réduites », « gauloise »,
« beur », « feuj », « black », « chintok », « gay », « féminine », adeptes de Jehovah, transsexuelles, bretonne, corse ou cornouallaise, adorateurs d’un temple solaire ou d’un autre, du culte de l’oignon et du potiron, etc. mais participant toutes d’un même culte de la consommation à court terme, de la « communication virtuelle », de la marchandisation des consciences et des croyances et de la célébration des hochets « identitaires » made in South-East Asia ou d’un autre paradis fiscal pour exploitation accrue des ouvrier/res, toutes origines et croyances confondues. Bref un « new age » bien pseudo-archaïque, un monde totalement gagné au simulacre du sceau de notre temps, un monde à la fois bien compartimenté pour les couches populaires et globalisés pour les élites et la consommation, un monde composé de clônes manipulables sans merci, la réalisation accomplie des quelques grandes prévisions littéraires de la modernité comme Le château de Kafka, Le meilleur des mondes d’Huxley et, last but not least, 1984 d’Orwell. Il y a donc urgence à renouer à la fois avec l’espérance et la raison.

Comme toujours dans les cas d’intérêts sonnants et trébuchants camouflés derrière des grands prêtres manipulateurs de pseudo-mystiques, il faut une police de la pensée pour empêcher de saisir les tenants et les aboutissants de l’ordre ressenti comme injuste. La lutte contre les pseudo-antisémites (pas les vrais malheureusement !), les « révisionnistes », les
« négationnistes » permet clairement de le faire. Nous assistons à des campagnes de stigmatisation sans fin par voies de presse, de courriels, de conférences, etc., à des attaques contre des militants de la lutte des peuples opprimés qui sont accusés d’intolérance, d’intégrisme, de négationnisme, de révisionnisme, comme aux plus belles heures du stalinisme ou de l’inquisition. On appelle à exclure untel ou à se retirer de telle ou telle pétition où figureraient des personnes décrétées
« coupables ». Ces pressions visent les responsables d’associations et visent à ce que ce soient les associations elles-mêmes qui s’engagent sur la base d’éléments juridiquement contestables à faire un boulot qui appartient normalement aux tribunaux, seuls aptes à juger les incitations à la haine raciale et au meurtre. Mais dire qu’une personne est « antisémite », «négationniste», «révisionniste» c’est encore aujourd’hui tenter de la frapper de mort politique et c’est ainsi que l’on parvient à émasculer les mouvements de luttes démocratiques de leurs forces vives et à leur faire perdre leur temps dans des campagnes sans fins et toujours à recommencer, puisque les compétences judiciaires manquant, les jugements « associatifs » ne peuvent être satisfaisants pour personne et sont donc porteurs de querelles intestines. Aucune association ne devrait se transformer en Tribunal , et pourtant les associations de soutien aux luttes anti-impérialistes, et en particulier à celles des peuples de Palestine et d’Irak, sont constamment touchées par des campagnes visant à ce qu’elles rompent leurs contacts avec tel ou tel ami au nom d’accusations sans fondements ou mal interprétées. La culture de l’anathème, d’essence irrationnelle, permet de créer une ambiance de chasse aux sorcières chez ceux-là mêmes qui veulent émanciper la société de toute trace d’un culte opposé à la raison.

Les vrais racistes et les vrais antisémites sont aux Etats-Unis et en Israël, les vrais négationnistes sont dans ces pays. Le monde a reconnu les victimes du nazisme. Or, aux Etats-Unis et en Israël, peu savent reconnaître que les grandes victimes sont aujourd’hui les Palestiniens et les Irakiens, et que les sionistes ont souvent fait preuve de leur côté de complicités avec les fascistes et les nazis avant 1945. On a ainsi même pu voir dénoncés comme antisémites des personnes d’origine juive qui, comme Norman Finchelstein, Israël Shamir, Israël Shahak, etc. ne font que critiquer la politique de Tel-Aviv et s’opposer à l’instrumentalisation des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Israël Shahak, survivant du ghetto de Varsovie et du camp de Bergen-Belsen, « mais » fondateur de la Ligue israélienne des droits de l’homme et du citoyen a donc été soumis avant sa mort à une véritable campagne de terreur pour avoir osé comparer, preuves à l’appui, l’ambiance de la société israélienne actuelle à celle de la société allemande au tournant des années trente. Il faut rappeler dans ce contexte le fort ancien ouvrage d’Israël Shahak, Le racisme d'État d'Israël, Guy Authier, Paris, 1975. Lors d’une conférence qui a eu lieu en juillet 2004 à l’université de Lausanne et visant à promouvoir l’idée d’un État commun palestino-israélien intégrant tous les habitants liés à cette terre, et à laquelle ont participé des Juifs comme des Arabes, Israël Shamir, par exemple, a dû s’expliquer des accusations d’antisémitisme le visant. Il a comparé les accusations pour antisémitisme aux procès pratiqués contre la sorcellerie et visant tous ceux qui osent remettre en question la supériorité juive qui est une notion allant à l’encontre de ce qu’ont toujours soutenu les vrais démocrates juifs, en particulier la résistance juive anti-nazie.

 

*Bruno Drweski: Maître de conférences HdR à l'INALCO-Paris.

Avec la collaboration de Claude Karnoouh et Jean-Pierre Page.

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Notes :

[1] Rappelons que le rabbin Farhi a mensongèrement soutenu qu'il avait été poignardé par un individu criant "Allahu Akbar", qu'Alexandre Moïse, président de la Fédération sioniste de France, a porté plainte contre des menaces …qu'il s'envoyait à lui-même avant d'être confondu et condamné, que la jeune fille de Montpellier à laquelle on aurait dessiné une étoile juive sur le bras était un faux, qu'Elie Chouraqui a manigancé un pseudo-reportage télévisuel sur l’antisémitisme imaginé d'élèves d'origine arabe à Montreuil, que l'incendie de l'école juive de Gagny a été d’emblée présenté comme un acte antisémite, ce qui s’est révélé faux et qu'en juin 2004, il y a eu l’affaire d'Epinay où un malade mental a poignardé plusieurs personnes d’origines diverses, juive, mais aussi algérienne, haïtienne et portugaise, les médias ne s’intéressant qu'à la victime juive. Puis il y a eu l’affaire de l’incendie du foyer juif dans le 11ème arrondissement qui s’est révélée ne pas être un acte antisémite mais un acte commis par un « déséquilibré » travaillant dans ce foyer.

[2] "Rapport de la FIDH", cité dans La Pensée n

°328, Octobre-novembre-décembre 2001, « Des étrangers de l'intérieur : le statut de la minorité palestinienne d'Isaël - Lettre mensuelle de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme ».


[3] Sur le thème de la légitimitation historique de l’État d’Israël, cf., le travail universitaire de Keith W. Whitelam, The Invention of Ancient Israel. The Silencing of Palestinian History, Routledge, Londres, New York, 1996. Pour les résultats de cette légitimation, voir par exemple, Ilan Halevi, Israël. De la terreur au massacre d'État, Papyrus, Paris, 1984.

[4] On commence certes à utiliser pour qualifier ces actes le terme de judéophobie, sans doute pour souligner l’intérêt particulier que l’on éprouve pour les victimes juives de brutalités, parmi les autres victimes sémites. Ce terme pourrait en revanche, mais cela ne semble pas le cas, servir à faire une différenciation entre le vieil antijudaïsme, d’origine chrétienne et basé sur le refus d’accepter les juifs en tant que religion, l’antisémitisme, basé sur une vision biologiste de la vie et qui visaient les Juifs, les Arabes, les Ethiopiens et les autres populations sémitiques sur une base « raciale », et les « nouveaux » sentiments négatifs à l’égard des juifs qui ne s’appuient plus que rarement sur la religion ou sur une vision raciale de la vie, mais qui véhiculent une vision « culturaliste » et « socio-culturaliste » de différences soi-disant insurmontables entre les « communautés » ethno-religieuses.

[5] Les politiciens relayés par les médias en appellent à plus de répression policière, à plus de sévérité des tribunaux pour les actes antisémites, mais au même moment, ils tolèrent, par exemple, la clémence de la cour vis-à-vis des coups et blessures au cri de « sales Bougnoules » contre quatre étudiants de Nanterre d’un nervi du Betar (extrême droite sioniste), en plein tribunal. Le deux poids deux mesures est tel ici, que cette affaire n’a pratiquement pas été portée à la connaissance du public dans les médias.

[6] Cf. Jean-Claude Michéa, L’Enseignement de l’ignorance, Climats, Castelnau-le Lez, 1999.


[7] Déclaration de l’ambassadeur d’Israël sur LCI.


[8] Cf. le remarquable travail universitaire de David E. Stannard, American Holocaust. The Conquest of the New World, Oxford University Press, Oxford, 1992, voir le chapitre « Genocide », où on y lit à la première phrase : « During the course of four centuries – from the 1490s to the 1890s – Europeans and white Americans engaged in an unbroken string of genocide against native peoples of the Americas. », p. 146.


[9] Par exemple, dans son Guide des égarés, cité par Israël Shahak dans, Jewish History, Jewish Religion, Pluto Press, Londres, 1994, le philosophe talmudiste Maïmonide (Livre III, chapitre 51) écrit à propos d’ « Une partie des Turcs et des nomades du Nord, des noirs et des nomades du Sud » : « Leur nature est semblable à celle des animaux muets, et selon mon opinion, ils n’atteignent pas au rang d’être humain ; parmi les choses existantes, ils sont inférieurs à l’homme mais supérieurs au singe car ils possèdent dans une plus grande mesure que le singe l’image et la ressemblance de l’homme ».


[10] Il est clair d’ailleurs que la Première Guerre mondiale, côté capitaliste, puis le XXème Congrès du PCUS, côté socialiste, ont démontré que le rationalisme des Lumières, libéral puis marxiste, n’avait pas empêché l’émergence d’une nouvelle forme de mystique pervertie, mortifère, à la fois anti et néo-religieuse, laïciste et scientiste, ce qui a constitué le fond amenant à la recherche dans le monde « post-chrétien » une nouvelle « figure sacrificielle christique » superficiellement rationalisée, ce que la « Shoah » a permis …aux dépens des Arabes qui n’y étaient pour rien. Beaucoup de rationalistes ont en effet sanctifié la science, oubliant que celle-ci avance par tâtonnement et non par vérité révélée une fois pour toute, et qu’il ne faut donc jamais confondre méthode scientifique et foi, mais qu’il faut savoir « marcher sur deux jambes ». Le combat pour répondre au besoin des hommes d’un sens de l’histoire, d’un sens de la vie, d’une « recherche d’éternité » et de rationalisme devra donc prendre en compte toutes ces expériences historiques pour permettre de sortir de l’état régressif actuel, post-moderne et archaïsant.


[11] cf. Les deux conférences données par Husserl à Vienne les 7 et 10 mai 1935 sous le titre : « La philosophie dans la crise de l’humanité européenne » Edmund Husserl, La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Gallimard, Paris, 1976 (première publication en allemand, La Haye, 1954).


[12] Zygmunt Bauman, Modernité et holocauste, Edit. La fabrique, Paris, 2002.
[13] Werner Sombart, Les Juifs et la vie économique, Payot, Paris, 1923, dans la traduction de S. Jankélévitch.


[14] On lira donc avec profit, Walther Rathenau, « Die Mechanisierung der Welt (La mécanisation du monde) in Zur Kritik der Zeit (A propos de la critique de l’époque), Munich, 1912 ; Die Neue Wirtschaft (La nouvelle économie) Munich, 1918; Die Neue Gesellschaft, Munich, 1919.


[15] Mais pendant la guerre d’Algérie, on nommait « opérations de maintien de l’ordre » les destructions de villages et les assassinats, leur bombardement au napalm, comme s’il s’était agi de simple répression de manifestations. Pendant la guerre du Viêt-nam, le napalmage et l’envoi de la fameuse « yellow rain » se nommaient « opérations de nettoyage », il fallait faire propre, et les USA de l’époque sont à comparer à monsieur Propre, parce que c’était affirmé scientifique, et donc axiologiquement neutre, c’est-à-dire « normal », « naturel », comme la sélection du même nom chère aux nazis, mais comme on dit aussi aujourd’hui de la « libre » concurrence du marché qu’elle est « naturelle ».


[16] On doit à cet égard s’étonner du fait que si les camps nazis sont devenus des lieux de mémoire incontournables, les multiples fausses communes où ont été enterrées les victimes juives encore plus nombreuses des fusillades nazies et les shtetls (bourgades juives) martyrs n’éveillent pas le même intérêt de la part des organisations sionistes. On peut supposer que cela est dû au fait que l’on pourrait dès lors voir une communauté de destin avec les villages martyrs non juifs comme Oradour sur Glane, Lidice, Khatyn, etc. transformés eux en villages musées …mais aussi avec le village martyr palestinien de Deir Yassin, dont les bâtiments sont transformés aujourd’hui …en hôpital psychiatrique par l’État d’Israël. Tout un symbole !!!


[17] N’oublions pas que le massacres des civils arabes par les sionistes (Deir Yassine, Nasser Eddine, etc.) n’avaient d’autre but que de repousser les Arabes hors de Palestine, tout en créant un réflex de responsabilité collective, et donc d’unité forcée, parmi les Juifs. Et quand des Juifs refusent ce chantage sioniste, on peut avoir recours aux attentats, comme ce fut le cas en Irak où le Mossad a placé des bombes contre des édifices juifs pour pousser « au retour » vers la « terre promise » les Juifs autochtones. Voir « Zionism and anti-semitism », JEWS AGAINST ZIONISM, http://www.torahtruejews.org/, July 12, 2004


[18] Théodore Herzl, cité dans La Palestine, dernière colonie, Lucas Catherine, Anvers, EPO, 2003. Lire aussi "l’Etat juif" (Théodore Herzl, Der Judenstaat, 1896), livre de Herzl qui a servi de base idéologique au sionisme. Il a bien existé quelques groupes juifs religieux désirant s’établir en Palestine sans revendiquer l’exclusivité de peuplement pour leur groupe et un courant d’extrême gauche (Poalej-sion), qui a soutenu formellement la création d’un foyer juif en Palestine en coopération avec les populations arabes autochtones, mais ils restèrent marginaux, ce qui permit aux sionistes colonialistes de mettre en œuvre leur programme ethno-religieux « pur ».


[19] Vladimir Jabotinsky, « Le Mur de Fer, Nous et les Arabes », 4 novembre 1923, http://www.ism-france.org/news/article.php?id=518&type=analyse&lesujet=Sionisme


[20]  http://lcn.canoe.com/infos/lemonde/archives/2000/08/20000806-075017.html  et http://www.humanite.presse.fr/journal/2001-04-10/2001-04-10-242595


[21] http://www.humanite.presse.fr/popup_print.php3?id_article=255894


[22] Il n’y a qu’à voir le trouble, puis la haine, qu’a entraîné le succès de la liste euro-palestine aux dernières élections européennes et dont l’émergence n’est que la conséquence du renoncement par les organisations politiques de gauche à accepter la participation autonome des forces populaires vivant et travaillant réellement en France.


[23] Voir le rôle des militaires et des marchands d’armes israéliens en faveur des anciens dictateurs d’Amérique centrale, des dirigeants de l’apartheid sud-africain, de l’extrême droite hindouiste, etc.
[24]« Zionists The Enemies Of Jews », Rabbi Joseph Dershowitz, www.truetorahJews.org
[25] cf. l’ouvrage de Finchelstein, L’Industrie de l’Holocauste, et comme l’a déclaré le satiriste villipendé comme « antisémite », Dieudonne M’Bala M’Bala : "La Shoah, cet indiscutable crime contre l'humanité, est malheureusement devenue un fonds de commerce", …"Mon job, c'est d'aller chercher dans les recoins du sacré, les travers de l'humanité. Au travers des dogmes religieux, on a déshumanisé l'espèce humaine". (Sources: AFP).


[26] L’emploi du terme « lobby sioniste » peut choquer les bonnes âmes qui y trouveront un relent de « complotisme » à odeur antisémite, mais puisque les membres de l’AIPAC aux USA se désignent eux-mêmes sous l’appellation de « lobby » et que des dirigeants du CRIF rêvent ouvertement d’en faire autant en France, quel terme devrions nous utiliser ? Que, en utilisant l’ethnicisme, les dirigeants dudit lobby crachent en fait sur la mémoire de la plupart des victimes de l’antisémitisme réel qui ne rêvaient que de jouir en toute liberté de leurs droits de citoyens dans leur pays natal, n’en rend que plus nécessaire le fait d’utiliser ce terme qui permet de faire la différence entre les Juifs du « lobby » et ceux qui, dans leur diversité religieuse et philosophique, sont révulsés à l’idée d’être pris en otage par la politique de Tel-Aviv.


[27] Cf. par exemple les textes de Poliakov sur l’éternité d’un seul et unique antisémitisme, fixe, et sémantiquement identique à travers les siècles, ou ceux d’Elie Wiesel sur « l’impossible » compréhension du génocide. Cette prétention va jusqu’à légitimer le dernier vote (20 juillet 2004) à l’unanimité de la Knesset d’un texte élaboré par un député d’extrême droite et prévoyant qu’Israël ai le droit de demander l’extradition de toute personne qui, dans n’importe quel pays du monde, nierait « l’holocauste ». On estime que, pour le moment, cette loi est destinée à maintenir la pression sur le président palestinien Mahmoud Abbas (Abou Mazen) pour sa thèse de doctorat passée il y a plus de vingt ans en URSS et dans laquelle il était censé avoir démontré que le nombre de Juifs assassinés par les nazis n’était pas de 6 millions mais d’un million. Cf. Nina Gilbert,

« Global Holocaust-deniers bill passed in Knesset », Jerusalem Post, July 20, 2004


[28] Car si certaines interprétations contestables du Coran, peuvent servir de prétexte à la misogynie, les textes de Saint-Paul, pour le nouveau testament, et du talmud, pour le culte juif ne laissent aucune équivoque sur le caractère misogyne d’une pratique religieuse que le prophète de l’islam, Muhammad, a contribué à tirer de son évolution oppressive. D’où le fait que, aujourd’hui, ce n’est pas au nom d’un libéralisme échevelé mais au nom du Coran que se légitime le mouvement émancipateur des femmes saoudiennes qui a conquis le droit de participer aux conférences consultatives visant à démocratiser les institutions politiques du pays. Cf. dossier La Pensée n°335, juillet/septembre 2003, « L’Arabie saoudite : un Royaume en péril ? ». Parfois la misogynie va de pair avec le racisme comme dans ce texte de Maïmonide (Op. Cit.), « Interdits frappant les relations charnelles », 12, 10) : « Si un juif s’unit sexuellement avec une non-juive, qu’elle soit une enfant de trois ans ou une adulte, qu’elle soit mariée ou nubile, et même si lui-même est un mineur n’ayant que neuf ans et un jour – comme il a commis un coït volontaire avec elle, elle doit être tuée, comme le serait une bête, parce qu’à cause d’elle, un juif s’est mis dans un mauvais cas ». Le « fautif » juif ne sera, lui, que flagellé. Chez les juifs, les femmes n’ont certes pas le droit de montrer leurs cheveux et le reste de leur corps hormis le visage et les mains, mais elles sont surtout soumises à de nombreuses injonctions détaillées, sous peine d’être rejetées de leur communauté.

Saint-Paul , de son côté, dans son épître aux Corinthiens (11/2-16) déclare : « …Le chef de la femme, c’est l’homme (…) Si la femme ne porte pas de voile, qu’elle se fasse tondre ! Mais si c’est une honte pour elle d’être tondue ou rasée, qu’elle porte un voile (…) L’homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l’image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l’homme (…) et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance (…) ». Plus loin, il soutient que, dans les assemblées, les femmes n’ont pas le droit de prendre la parole et qu’elles doivent seulement écouter les hommes.

Voilà donc les sources de la compréhension européenne, judéo-chrétienne, de ce qu’est le voile, mais cette histoire n’a pas à être projetée dans le monde musulman, car si, dans la pratique, la situation de la femme dans cette partie du monde est souvent contestable, de nombreux passages du Coran faisant référence aux « croyants et croyantes » présupposent l'égalité des hommes et des femmes, comme, par exemple, ici : « Les soumis, les croyants, les pieux, les sincères, les patients, les humbles, les charitables, les abstinents, les chastes, hommes et femmes et ceux qui ne cessent d'invoquer le nom de Dieu, obtiendront de Lui leur pardon et une belle récompense » (Coran, Sourate 33, Verset 35). Concernant, le voile, il s‘agit d’un conseil qui, à la différence de Saint-Paul, a uniquement comme but de faciliter la vie sociale : « O prophète ! Dis à tes épouses et à tes filles, et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. » (Coran 33, 59)


[29] Si cette prescription est généralement légitimée par les rabbins qui ont la charge de veiller à cette institution par des justifications portant sur l’affectif ou l’hygiène, voire la « psychologie » : « En outre, les enfants nés d’une relation Nidda se reconnaissent souvent par leur insolence et leur effronterie et sont plus exposés que d’autres aux maladies »[29].


[30] La voix de la Thora, Lévitique XIX, 1


[31] Tsvi Yosseph Parienti, op. cit., p 15


[32] Idem, p. 18


[33] Deutéronome IV, 6

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Published by Bruno drweski - dans article classé
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