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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 11:33

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Le rapport des forces a changé



Par conséquent, ce qui était vrai hier l’est plus encore aujourd’hui. On oublie souvent de rappeler que le seul contrôle des corridors constitue un enjeu géostratégique de toute première importance. Dans le cas de Sri Lanka, ils sont les passages obligés vers l’Eurasie dont l’importance doit selon Zbigniew  Brzezinski[67], conseiller de Barack Obama  « déterminer la conduite  de la politique étrangère américaine » si les USA veulent garantir leur suprématie. Cela avait déjà été souligné à l’occasion de la guerre en Yougoslavie, puis en Afghanistan, le contrôle des corridors déterminera sans aucun doute la nature et le contenu des prochains enjeux de la guerre économique mais aussi les causes de bien des conflits dans l’avenir.

 

Toutefois, ce qui a changé et fait une grande différence avec l’époque où l’arrogance américaine pouvait s’étaler sans limites, c’est que le déclin des USA, amorcé depuis quelques années, va maintenant s’accélérant. La cessation de paiements des Etats-Unis à l’été 2009 est d’une actualité présente, loin de nous éloigner du sujet elle nous en rapproche. Le déficit public US est désormais totalement hors contrôle sur fond d’explosion des dépenses (+41%) et d’effondrement des recettes fiscales (-28%)[68]. Sans relâche, la Chine cherche dorénavant à se libérer au plus vite d’1,4 milliard de dollars $ de bons du trésor US, une véritable montagne d’actifs toxiques. Après ce sera le chacun pour soi, et en perspective, une dislocation géopolitique annoncée. D’où l’importance de l’Océan indien, et par voie de conséquences du Sri Lanka.

 

Les Etats-Unis ont pu amener l’OTAN jusque dans le Golfe Persique, et en octobre 2007, il y a organisé ses premières manœuvres maritimes. On ne manquait pas d’ambitions alors, et l’Amiral US Mike Mullen qui présidait la réunion des Chefs d’états major voyait briller pour bientôt le saphir sri lankais en haut de la couronne de l’OTAN dans l’Océan Indien. « Il ne fait aucun doute maintenant que la Russie, la Chine et aussi l’Iran vont définitivement frustrer les USA de cette conquête géostratégique »[69] Car  nous changeons d’époque et le déclin maritime des USA dans l’Océan indien va se poursuivre inexorablement. Dans la décennie qui vient, il est raisonnable de penser que la Chine aura une marine de guerre largement supérieure à celle de l’US Navy[70]. Ce qui est vrai de la Navy,l’est d’ailleurs également de l’US Air Force dont la maintenance pose de plus en plus de problèmes.[71]

 

Si pour l’impérialisme, cette partie de l’Océan indien n’est  pas simplement un marché destiné à être conquis et une ressource de matières premières destinée à être pillée. Si l’Océan indien permet de contrôler l’accès au Proche-Orient et Moyen-Orient,  à l’Afrique, et bien sur à toute l’Asie.  Si la domination complète de cette région exige donc sa mise au pas. Faut il encore en avoir les moyens et c’est là que tout change. Dans le cas qui nous intéresse : Sri Lanka est un pays qui montre des capacités de résistance évidentes, un attachement fort au respect de sa souveraineté et de son indépendance, tout cela était inattendu pour nombre d’experts. Les puissances impérialistes avaient sous estimé le pays, son peuple, son gouvernement et surtout Mahinda Rajapaksa. Ils avaient également sous estimé le fait que Sri Lanka dispose d’appuis forts dans la région, de la part de la Chine, de l’Inde, de l’Iran, du Pakistan, de l’Indonésie et même du Japon, mais également de l’Afrique du Sud, de Cuba, du Brésil, du Venezuela, du Nicaragua, de l'Uruguay, de la Bolivie, de la Russie, comme on vient de le voir à Genève, ainsi que d’un Mouvement des Non alignés en pleine renaissance et qui, conduit magistralement par Cuba, vient d’infliger une complète déroute au tandem Obama/Clinton, aux Européens et à Navi Pilay qui voulaient dresser l’acte d’accusation du Sri Lanka à la session spéciale du Conseil des droits de l’homme. [72] Comme l’a fait remarquer avec pertinence le secrétaire général du Parti communiste sri lankais, Dew Gunasekara, « Tout cela reflète le développement du rapport des forces dans le monde. Personne n’a pu faire du Sri Lanka un autre Kosovo : ce n’était pas le bon siècle, pas le bon continent, pas le bon pays »[73]

 

Loin d’être isolé comme certains voudraient le faire croire, y compris au Sri Lanka, ou encore loin de cette vision caricaturale de la politique étrangère de certains diplomates sri lankais qui ont du louper quelques épisodes du film et ne voient le salut du pays que dans un alignement sans nuances sur les positions des capitales occidentales, Sri Lanka est dorénavant partie prenante des nouvelles alliances qui se nouent, et en phase avec le mouvement du monde. Sa capacité à mobiliser pour son soutien les pays d’Amérique latine en porte témoignage.



Nouvelle donne, nouvelles opportunités



Sri Lanka préside le SAARC[74], et est  invité comme « partenaire du dialogue » dans le cadre du « Shanghai Cooperation Organisation » [75]. Cette situation est significative d’une évolution  et d’une réalité qui modifie la donne et influence l’architecture nouvelle des relations internationales. Celle-ci est en train d’être bouleversée et n’est pas sans susciter des réflexions sur « qui sont nos ennemis et qui sont nos amis ». Ce mouvement international contre l’hégémonie des puissances occidentales se vérifie dans l’affirmation de politiques plus  indépendantes, dans la volonté de maîtriser son développement, de décider de l’usage de ses richesses nationales et également de nouer les alliances de son choix en particulier des alliances Sud/Sud. Ceci s’exprime de plus en plus souvent au plan régional ou inter régional, comme par exemple à travers l’IBSA, ou l’ALBA.[76] Les associations horizontales, les intégrations régionales comme en Amérique Latine ouvrent d’autres perspectives émancipatrices et s’affirment en rupture avec le type de relations qui prévalaient précédemment à une époque pas si ancienne où l’impérialisme pensait pouvoir dicter sa loi. Certes, il y a des différences, et ce mouvement n’est pas homogène, mais une tendance s’affirme, ce qui est essentiel. Que peut aujourd’hui la presque défunte OEA[77] face à la vitalité politique de l’ALBA,[78] ou les USA et l’UE face à l’Organisation de Coopération de Shanghai[79] ? Il faut mesurer ce que représente aujourd’hui la présence de l’Inde et de la Chine en Amérique Latine ou encore en Afrique. Quand la Chine annule la dette de dizaines de pays, quand Cuba envoie près de 35 000 médecins et personnel de santé chez ses voisins latino-américains, mais aussi en Afrique et même au Pakistan, comment les peuples et leurs gouvernements ne feraient pas la différence avec des pays capitalistes dont l’arrogance et la violence n’ont guère changé à l’égard du reste de l’humanité. Comme le dit Fidel Castro : «  le monde n’appartient pas aux multinationales, il est le nôtre ».

 

Parce que les enjeux deviennent plus élevés, l’agressivité de l’impérialisme va croître pour maintenir sa domination et le pillage auquel il entend continuer à se livrer comme pour faire valoir la finalité d’un système obsolète en maintenant des taux de profitabilité acceptables pour ses actionnaires, a fortiori dans le contexte de sa crise de domination. Le Directeur Général de l’OIT ne vient-il pas d’annoncer une crise sociale qui pourrait durer huit ans avant de retrouver les mêmes niveaux d’emplois qu’aujourd’hui. « D’ici à 2015 c’est selon lui 300 millions d’emplois qu’il faudrait créer ». Mais ajoute-t-il « les leaders politiques n’ont pas prêté suffisamment d’attention aux implications humaines et sociales »[80].

 

C’est pourquoi ce qui vient de se passer au Sri Lanka est insupportable aux yeux de l’impérialisme. Ses tentatives de  diversion, de déstabilisation vont donc se poursuivre.  Elles  visent à reprendre le contrôle de la situation pour l’orienter en fonction de ses objectifs, ceux de ses multinationales comme ceux de l’OTAN, et reprendre des positions là où sa stratégie précédente a échoué. C’est clairement la tache impartie à la nouvelle administration de Barack Obama et ses « juniors partners » européens.

 

Ce qui fait déjà la différence et qu’il faut ni sous-estimer ni surestimer c’est qu’aujourd’hui  l’impérialisme doit faire face à une contestation inattendue, il y a encore quelques années.  D’une grande diversité, celle-ci n’obéit à aucun leadership. Elle est sociale, économique, politique, culturelle et s’exprime partout de mille et une manières. Y compris dans les propres rangs de l’impérialisme, les contradictions ne manquent pas. Dans ces conditions, l’alliance qui s’est constituée autour du Sri Lanka à Genève a valeur d’exemple, elle traduit des évolutions, elle témoigne de mouvements plus profonds qui vont inévitablement connaître des développements dans la prochaine période. Cette contestation, ce n’est pas (encore ?) la Révolution, mais c’est certainement une Rébellion.

 

C’est par conséquent une grande responsabilité que prennent certains États que de contribuer à ce que la résistance s’organise ainsi que la clarté sur le contenu des objectifs recherchés et sur les moyens d’y parvenir. Nous sommes entrés dans une époque nouvelle, une époque de clarification, qui suppose de faire des choix, y compris s’il le fallait à contre-courant, à condition de vouloir contribuer à ouvrir une autre perspective, une véritable alternative en rupture avec l’ordre existant, injuste et déliquescent. Cela exige de renoncer aux opportunismes de circonstance et de bien déterminer « qui sont nos ennemis, qui sont nos amis ». Il faut le faire d’autant plus vite que les politiques de pressions, de sanctions, de coercitions, de « containements », de « roll backs » sont devenues non seulement  insupportables à de nombreux pays, mais vont se poursuivre et s’aggraver. L’échec de Barack Obama à Londres, son isolement à Trinidad et Tobago[81] sont significatifs, et annonçaient déjà celui qu’il vient de connaitre avec l’Assemblée générale de l’OEA à San Pedro Sula au Honduras. Il faut imaginer ce que représente cette victoire politique de Cuba à l’occasion de cette réunion où l’OEA, considérant après 40 ans, comme nulle sa propre décision d’exclure Cuba de l’organisation sur ordre des USA, et de la révoquer sous les applaudissements de toute une salle où la délégation US faisait piètre figure. Quel désaveu, quel retournement de situation[82]. Comme l’a dit le président du Honduras, Manuel Zelaya : « Fidel et le peuple Cubain ont été absous par l’histoire »[83]

 

Mis en difficulté, affaibli par sa crise, l’impérialisme ne pourra pas se permettre d’en rester à se contenter d’observer ses échecs. Dans ce combat sans merci, la naïveté serait  la pire des choses. C’est pourquoi les révolutionnaires, les progressistes, les forces émancipatrices de toutes formes ont dans les conditions actuelles des responsabilités nouvelles. Tous font face à une période d’opportunités pour le combat révolutionnaire, à condition qu’ils soient capables de s’élever au niveau des exigences et de contribuer à jouer pleinement leur rôle. Il ne suffit pas seulement de faire le constat des choses, il faut en tirer les conséquences pratiques et politiques. Cette situation appelle des décisions et des comportements cohérents. Cette situation nouvelle va exiger beaucoup de tous si l’on veut se situer à la hauteur des ambitions qui doivent être celles de tous ceux qui prennent en mains leur destin.



Enquête internationale, opération sauvetage et droits de l’homme



Dans un article publié par « The Times » dix-huit jours avant la fin de la guerre au Sri Lanka, David Miliband et Bernard Kouchner en appellent non seulement à l’ingérence, à un cessez-le-feu, à la pause et la négociation, mais également à une enquête internationale. A ce moment-là, la situation pour les Tigres et leur chef Prabhakaran était déjà extrêmement critique. Les deux ministres se sont concertés avec Hillary Clinton à leur retour de Colombo pour tracer les lignes de leur contre-offensive. Il fallait faire monter la pression sur le gouvernement sri lankais et l’obliger à desserrer l’étreinte sur le LTTE, l’amener à renoncer à l’assaut final. Le moyen utilisé pour cela, outre la campagne médiatique et la mobilisation des ONG, des lobbies pro LTTEet de la fraction de la diaspora tamoule contrôlée par les organisations liées au LTTE, c’est la convocation d’urgence d’une Session spéciale du Conseil des droits de l’Homme à Genève. Navi Pilay y apporte immédiatement son soutien, comme elle se déclare en faveur d’une enquête internationale contre le gouvernement du Sri Lanka, ce qui en dit long sur l’indépendance de la nouvelle Haute Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU. Ce n’est certes pas une surprise pour la plupart des observateurs avertis, mais celle-ci  a pris des risques en cas d’échec.

 

On  a vu ainsi se répéter un scénario qui ressemble fort à celui de la Yougoslavie, de l’Irak, de l’Afghanistan, celui de l’instrumentalisation de l’ONU  face aux bons vouloirs des USA et de leurs alliés du moment. Le Haut Commissariat aux droits de l’Homme est aux avant-postes de ce dispositif qui a plus à voir avec le mercenariat au service de la stratégie d’ingérence des grandes puissances  que ce pour quoi il est censé avoir été créé et financé. Il est remarquable que bien que consentant à leur mission, les prédécesseurs de Navi Pilay en aient fait l’expérience à leurs dépens. Ce fut ainsi le cas de Ayala-Lasso, de Mary Robinson, de Sergio de Mello qui le paya de sa vie, de Louise Arbour. Navi Pilay suivra-t-elle la même voie ? Au fond, elle semble s’être dit : n’est ce pas mon rôle d’aller au-devant du Secrétaire général Ban Ki-Moon qui semble être en phase avec le souhait exprimé par Madeleine Albright qui suggérait  «  au poste de Secrétaire général de l’ONU,  quelqu’un qui soit plus secrétaire que général ».

 

Pour convoquer cette session il faut 16 signatures, l’UE s’emploie alors à les chercher. Cela s’avère difficile, et cela aussi est inattendu, nombreux sont ceux sollicités qui déclinent. Une bataille s’engage parmi les membres du Conseil. On peut imaginer les pressions, les chantages, mais les résistances sont fortes, face aux Occidentaux, les ONG sont mobilisées, en particulier, et comme d’habitude aurait-on envie de dire, Human Rights Watch[84], Amnesty International.

 

Le Mouvement des non alignés est lui aussi très impliqué dans la bataille. Cuba, l’Egypte, l’Inde, le Pakistan, mais aussi la Chine, la Russie contribuent tout particulièrement à assurer le Sri Lanka d’une solidarité active. Celui-ci, par l’intermédiaire de son ambassadeur, Dayan  Jayatilleka, a décidé d’assumer complètement cette confrontation, le Sri Lanka n’a rien à cacher, il revendique totalement son combat contre une organisation criminelle, comme le dispositif et les moyens mis en place pour sauver 290 000 otages.



La session spéciale du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU



Le 14 mai, date à laquelle la convocation de la session spéciale, avec le nombre de signatures doit être déposé, les Occidentaux sont en échec. Le dernier carré des Tigresattend avec Prabhakaran. Non sans raison, on craint le pire pour lui. Les menaces exercées sont encore plus fortes au niveau des capitales. Les Non-alignés de leurs côtés, mettent en cause l’absence de dialogue, l’unilatéralisme des pays occidentaux, le choix de la confrontation et non la recherche de la coopération, au mépris de la Charte des Nations Unies et cettepolitique de deux poids deux mesures que l’on a connu avec l’Irak et l’Afghanistan, avec Gaza il y a peu.

 

D’ailleurs, au même moment, on fait arrêter aux USA deux membres d’une organisation caritative musulmane qu’on soupçonne de financer le Hamas et on les condamne chacun à 65 ans de prison pendant que Bruce Fein, un ancien Attorney General US connu pour ses positions extrémistes, continue à faire ouvertement campagne pour le LTTEet son projet séparatiste.[85] Finalement et de justesse, les USA/l’UE arrivent à réunir 17 signatures, et la Session spéciale est convoquée pour le 26 mai. Mais entretemps, la fin de la guerre a été annoncée par Mahinda Rajapaksa. La dernière bataille a eu lieu : Prabhakaran et les dirigeants du LTTEsont morts. Pour les gouvernements occidentaux, il faut se rendre à une évidence : l’opération de sauvetage a échoué. Mais demeure la commission d’enquête pour crimes de guerre, il faut l’imposer, d’ailleurs la Session spéciale est convoquée dans ce but.

 

Les médias font monter la pression avec le soutien des lobbies pro-LTTE, on parle alors du martyr des déplacés, de dizaines de milliers de morts, les infrastructures où la population est prise en charge deviennent des « camps de concentration » aux dires des médias sous contrôles, on conteste même que soit mort Prabhakaran. Tout cela rappelle étrangement les mêmes témoignages, les mêmes images passées en boucle pendant la guerre en Yougoslavie, et plus récemment au Darfour. Rien a voir avec la guerre en Irak ou en Afghanistan, présentées sous un jour tout à fait opposées. Pour ceux qui vivent dans les contrées chaudes de notre planète, il n’y a là qu’hypocrisie, d’autant que ceux qui sont à l’origine de cette campagne sont les mêmes qui ont fait le coup des « armes de destruction massive ».

 

De la même manière que pour le Kosovo, les mêmes mensonges ont si bien fonctionné qu’on n’hésite pas à les resservir. « Il faut un Tribunal international », « il faut juger les crimes de guerre », « génocide », « holocauste », « Sri Lanka c’est pire que Gaza ». On va jusqu’à menacer Mahinda Rajapaksa de la potence (Sic !). Chez les anciens colonisateurs, chassez le naturel, il revient au galop. Il est difficile de croire que, malgré l’expérience de la Yougoslavie, de l’Irak, de l’Afghanistan, des faux charniers de Timisoara cachant l’invasion de Panama et ses meurtres de masse, etc., ce qu’on appelle encore en Europe la gauche reprend si souvent à son compte sans aucune vérification les mêmes thèmes et les mêmes arguments. Défendre la même position que Bernard Kouchner, David Miliband et Hillary Clinton, d’ONG comme Human Rights Watch, Reporters sans frontières et de journaux comme « The Times »  ne semble pas gêner outre mesure, ni soulever de questions.[86]

 

La Suisse s’est alors engagée dans la préparation d’une résolution visant à demander une enquête internationale sur les « supposés crimes de guerre ». Plutôt que demander une « No action Motion », ce qui dans la procédure onusienne permet d’éviter le débat, Sri Lanka a mis au point sa riposte avec ses partenaires du Mouvement des Non alignés, de l’Union africaine, des membres de la Conférence islamique, avec l’appui de la Chine et la Russie en élaborant sa propre motion. Cuba, en tant que Président en exercice des Non Alignés, joue un rôle essentiel. Le jour « J », la réunion a eu lieu, les arguments furent présentés, la colère, la rébellion de nombreux pays du tiers monde s’est exprimée, en particulier de la part de l’Egypte, futur Président du Mouvement des Non Alignés. Un pays pourtant connu comme très sensible aux pressions des grandes puissances occidentales, ce qui en dit long sur les changements dans les rapports de force en cours.

 

Les arguments présentés par le ministre sri lankais des Droits de l’homme[87]sont concrets, sincères, irréfutables. Il a rappelé que pour son gouvernement, la solution a toujours été politique et que par conséquent, il faut répondre aux exigences légitimes qu’elles soient politiques, institutionnelles, culturelles, économiques, sociales en tenant compte de la réalité de la société sri lankaise et de tous les Sri Lankais. Il énumère de façon détaillée le programme du gouvernement pour les déplacés, c'est-à-dire leur réinstallation chez eux, dans leurs villages, ce qui suppose le déminage, la construction d’infrastructures, car ce pays sort de 30 ans de guerre. Il confirme que son pays est ouvert à tous ceux qui veulent contribuer à aider a la mise en ouvre de ce programme ; ONG et autres. Cela ayant été dit, Sri Lanka veut conserver la maîtrise de la mise en œuvre de ces programmes, confirmant ainsi la déclaration précédente de Basil Rajapksa « nous voulons des partenaires, pas des contrôleurs, une assistance, pas des chevaux de Troie »[88]- Sri Lanka a déjà eu une expérience de traitement des drames humanitaires, dans les conditions dramatiques du tsunami où près de 250 000 personnes étaient concernées. Et par ailleurs, Sri Lanka sait  d’expérience à quoi s’en tenir s’agissant de l’aide internationale et du rôle de certaines ONG et de leur très relative indépendance par rapport aux gouvernements occidentaux. Ce qui ne concerne pas toutes les ONG.



Un succès sans appel !



Le vote a lieu. Vingt-neuf pays se sont prononcés pour la motion en faveur du Sri Lanka, douze contre et six abstentions. Le vote est sans appel ! C’est une défaite politique de première importance pour les pays occidentaux, et de plus leur stratégie a été mise à nue. « David a eu raison de Goliath ». Fait significatif, le Brésil et aussi l’Afrique du Sud ont apporté leur soutien au Sri Lanka, désavouant ainsi Navi Pilay, pourtant Sud-Africaine, tamoule indienne d’origine et Haute Commissaire aux droits de l’Homme, et qui s’était ralliée aux sollicitations de Kouchner, Miliband et Clinton.

 

Remarquable dans ce vote est le fait que cinq pays ont déserté les rangs de la motion Suisse/UE, certains se sont abstenus, et d’autres, comme l’Uruguay, ont voté avec Sri Lanka. Ce n’est plus une défaite, c’est une humiliation pour les Occidentaux. Sri Lanka a su rassembler en cherchant le plus grand dénominateur commun, en incorporant dans son texte  les préoccupations qui se sont dégagées des interventions comme des recommandations dans le communiqué commun gouvernement sri lankais - Secrétaire général de l’ONU, après la visite de Ban Ki Moon à Colombo[89]. Ainsi ce vote sans précédent à l’ONU fait la démonstration qu’il n’est pas de bataille qu’on ne puisse gagner, et qu’au fond, il n’y a que les batailles que l’on ne mène pas que l’on ne gagne pas. Plus fondamentalement, le vote  témoigne que les rapports de forces ont bougé, ce qui est à terme inacceptable pour l’impérialisme.

 

Mesurant l’onde de choc de ce désaveu, l’UE, les USA, la Grande-Bretagne, la France, le Canada refusent toujours de reconnaître leur échec devant cet organe régulier de l’ONU. Les conséquences sont trop lourdes et les enjeux de la région ne le sont pas moins. De plus, ce résultat fragilise et décrédibilise la nouvelle Haute Commissaire aux droits de l’Homme qui a succédé à Louise Arbour et dont le comportement partisan est déjà  sévèrement jugé.



Punir le Sri Lanka ! Créer un précédent !



On vient de réformer, il y a quelques années, le Conseil des Droits de l’Homme, mais comme cela ne s’est pas passé tout à fait comme prévu et que certains pays en ont été au départ écartés, comme les USA, on recommence la même campagne de dénigrement sur « la politisation et la non représentativité » du Conseil. Le gouvernement ultra-conservateur du Canada [90]est aux avant-postes de cette campagne, d’autant qu’il compte une importante communauté sri lankaise, dont un grand nombre de Tamouls représentatifs de cette diaspora, qui a souvent une connaissance assez vague de son pays d’origine et qui par ailleurs n’a nul projet de revenir y vivre. Ce  n’est pas une des moindres contradictions de ceux qui affirment  vouloir un État séparé,  qu’ils assimilent souvent et comme d’autres à une terre promise.[91]

 

On met donc en cause le vote de la Session spéciale, de la part de ceux là même qui ont exigé, puis ont multiplié les pressions, pour obtenir sa convocation. Tout cela se veut cohérent et respectueux de la démocratie. Il est vrai qu’en Europe, il est devenu coutumier que, quand les peuples votent mal, on a pris l’habitude de les refaire voter jusqu’à ce qu’ils « comprennent ». Et quand on a trop peur qu’ils s’obstinent, alors on modifie unilatéralement les textes comme à Lisbonne et l’on fait comme si le vote n’avait pas existé. On peut aussi, et c’est ce que l’on va voir dans le cas de l’ONU, non pas interpréter mais s’arroger des droits qui n’existent pas. Il est vrai que les institutions Onusiennes ont pris l’habitude que l’on se passe de leur avis si celui-ci ne convient pas. C’est aussi de cela dont il s’agit à travers ce qui se prépare au sujet du Sri Lanka. Pour ce faire, Navi Pilay en bon petit soldat est volontaire et repart en première ligne.

 

Son rôle devrait contribuer à trouver des consensus, non pas à diviser et à radicaliser les oppositions. La sagesse serait qu’elle s’efface derrière la décision du Conseil des Droits de l’Homme. Pourtant la réunion de la Session spéciale est a peine achevée qu’elle affirme dans une déclaration qu’elle persiste et réclame une commission d’enquête internationale. La porte parole-adointe du Secrétaire général de l’ONU, Marie Okabe, déclare « même si le Conseil des Droits de l’Homme a rejeté une enquête pour crimes de guerre, il existe bien d’autres voies pour y arriver »[92]. Lesquels ? Doit-on poser la question.



Les interprétations de Ban Ki-Moon et Navi Pilay



Le 1erjuin, Ban Ki-Moon  a fait officiellement une mise au point : « Aucun des chiffres communiqués sur le nombre de morts au Sri Lanka ne sont issus des services de l’ONU. Par conséquent ils ne peuvent recevoir aucune confirmation de notre part. » Puis concernant la commission d’enquête, il ajoute : « n’importe quelle enquête conduite par la communauté internationale nécessite la totale coopération du gouvernement concerné ou le soutien des membres de l’ONU, c'est-à-dire le Conseil des Droits de l’Homme, ou l’Assemblée générale ou le Conseil de sécurité »[93].  Il laisse ainsi entendre que la coopération du gouvernement n’est pas nécessaire si des membres du Conseil des droits de l’Homme ou de l’Assemblée générale le souhaitent. Mais pire, une telle décision n’appartient pas aux prérogatives du Conseil de Sécurité dont les attributions sont fixées par la Charte de l’ONU.[94]Son rôle est de « maintenir la paix et la sécurité internationale » et ses devoirs « de veiller au règlement pacifique des conflits, aux menaces pour la paix en cas d’acte d’agression, à faciliter des solutions régionales, à la confiance internationale ». La Charte ne prévoit aucune disposition en ce qui concerne le domaine des droits de l’homme quant aux attributions du Conseil de Sécurité.

Trois questions se posent dès lors :



1- La Haute Commissaire aux droits de l’homme a-t-elle le pouvoir d’outrepasser ceux du Conseil des Droits de l’Homme ?

2- Qu’elles sont les autres moyens auxquels Navi Pilay fait allusion sans énoncer ce qu’ils sont ?

3- Une enquête internationale peut-elle être engagée sans la coopération du pays concerné, si celle-ci a le soutien de Conseil des droits de l’homme et de l’Assemblée Générale ?



Les missions de la Haute Commissaire aux Droits de l’Homme sont clairement définies par une résolution de l’Assemblée Générale[95]. Elle réalise les taches qui lui sont confiées par  les organes compétents du système des Nations Unies dans le domaine des Droits de l’Homme. Elle fait des recommandations à l’Assemblée générale sous l’autorité de laquelle elle se trouve et au Conseil des Droits de l’Homme de l’ECOSOC. Le contexte et l’esprit auxquels elle doit se conformer sont reflétés dans la Déclaration de Vienne et le Programme de la Conférence mondiale des Nations Unies sur les Droits de l’Homme. Dans tous les cas, celle-ci doit rechercher et veiller à la coopération de chaque gouvernement. Elle ne saurait donc prendre d’initiatives de son propre chef.

 

Donc, en conclusion, nous pouvons affirmer que Navi Pilay outrepasse son mandat en contredisant la décision du Conseil des droits de l’Homme. C’est ce que lui fera remarquer en termes diplomatiques particulièrement vigoureux l’ambassadeur de l’Inde auprès des Nations Unies à Genève.[96]

 

Et, par conséquent : la position du Sri Lanka est claire d’un point de vue politique, juridique et éthique. Faut il ajouter que depuis la fin de la guerre, le gouvernement et le Président de ce pays, dans toutes leurs déclarations, se gardent de tout triomphalisme, font preuve de sobriété comme de magnanimité et d’un extrême souci de réconciliation nationale. Cette démonstration a été faite devant un organe régulier de l’ONU, et le Conseil des Droits de l’Homme a pris sa décision de façon claire. Qu’aurait-on dit si le vote avait été différent ? La responsabilité de Navi Pilay et surtout de Ban Ki-Moon est de faire valoir la Charte, et en particulier les articles 1 et 2 relatif aux Buts et Principes des Nations Unies. Leur mission est enfin de faire respecter les membres des Nations Unies qui ont tous des  droits et des devoirs égaux devant la Charte.



L’instrumentalisation de l’ONU continue



Évidemment, on pouvait s’attendre à ce que les puissances occidentales n’en restent pas là, et la charge de la cavalerie n’alllait pas tarder. Le 29 mai, TheTimes, le quotidien qui abrite les oeuvres de David Miliband et de son proche collègue Bernard Kouchner annonce, sans apporter aucune preuve, que le chiffre de morts serait de « 20 000  au moins ». Sam Zarifi, directeur Asie Pacifique d’Amnesty International reprend et réclame que « l’ONU fasse la clarté sur le bain de sang qui a eu lieu au Nord-Est du Sri Lanka ». Le 30 mai, la chaîne 4 de la BBCmonte en première ligne, reprend les contre vérités du Timeset donne la parole à Geoffrey Robertson, qui semble ne pas avoir compris que le Conseil des droits de l’Homme a déjà pris position puisqu’il annonce que Sri Lanka devra faire face à une enquête à la demande dudit Conseil[97]. Il ajoute, sans rire, qu’ « évidemment », on a pas de preuves, mais que la vérité comme on le sait « sortira du puit », qu’elle se fera tôt ou tard. Il ajoute qu’il y a des « prêtres et des docteurs qui parlent », qu’il y aurait des « fosses communes »[98] et que « c’est ce que l’on peut observer depuis des photos aériennes ».On se rappelle que ce sont des « photos aériennes » du même type qui avaient « prouvé » les faux massacres du Kosovo et les fausses « armes de destruction massive » irakiennes.

 

Le 30 mai, c’est  le tour du très officieux Washington Post de prendre le relais, et de donner le ton avec les révélations de photos satellites[99]. Après avoir fait référence à un groupe de journalistes indépendants qui en hélicoptère se seraient rendus dans la dernière zone de combat et auraient constaté les traces de bombardement à l’arme lourde, ils auraient également interviewé des témoins. Les preuves seraient réunies que l’armée sri lankaise, contrairement à ses engagements et à ce qu’elle a déclaré, aurait pilonnée des zones, indépendamment du fait que des civils qui s’y cachaient. Outre que tout cela est écrit au conditionnel et qu’on ne présente aucune preuve tangible, il est intéressant de noter que d’un côté, on dénonce l’impossibilité pour les médias de se rendre sur place et en même temps, on fait référence à un voyage en hélicoptère avec interviews de témoins à l’appui, etc. Il n’y a pas un début de preuve, mais Emily Wax parle pourtant déjà  « d’évidences »[100]. Pour étayer son argument, elle reçoit l’appui d’un spécialiste, Lars Bromley, directeur de l’American Association for the Advancement of Science’s Geospatial technologies and Human Rights Project[101]. Pour celui-ci, les photos satellites montrent des structures détruites (il s’agit de la zone des derniers combats ! sic !) et des cratères dans le sable large de 24 pieds, soit près de 7 mètres. Il ne peut évidemment pas préciser l’origine de ces cratères, mais comme dans le Timeset le Washington Post, tout comme  dans les propos de Navi Pilay, on n’évoque jamais les Tigres, on peut dès lors en conclure que cela est l’œuvre de l’armée sri lankaise qui pdevait donc se battre certainement contre des fantômes.

 

Il est intéressant de savoir qui finance de telles « expertises », et qui se cache derrière  l’American Association for the Advancement of Science’s Geospatial technologies and Human Rights Project ? Il s’avère qu’on trouve une des Fondations les plus riches des USA, la Fondation MacArthur comme heureux parrain de cette ONG « scientifique » qui peut disposer et analyser des images satellites de haute résolution, high-resolution satellite imagery. Et qui dirige, et quelles sont les connexions de la Fondation MacArthur[102] ? Son président, Robert Denham, est membre du Conseil d’administration, entre autres, du New York Times et de Chevron,l’un des géants pétroliers US. Par ailleurs, Lloyd Axworthy, ancien ministre des Affaires étrangères ultra-conservateur du Canada est aussi membre du Conseil d’administration de Human Rights Watch [103], tout comme Jonathan Fanton qui est aussi conseiller de la Rockefeller Brothers Fondation, Jamie Gorelick membre de la Commission d’enquête sur l’attentat du 11septembre, membre du  Council on Foreign Relations,  conseillère auprès du Ministère de la Défense, et enfin, elle est la directrice du Carnegie Endowment, une Fondation proche de Bill Clinton et d’Al Gore déjà citée dans cet article. Plusieurs de ces membres se retrouvent dans les conseils d’administration de Xerox, United Technologies Corporation, Amazon., Cummings, the Capital Group of Los Angeles… Voilà ce qui se cache derrière «l’indépendance » des médias et des institutions citées.

 

Au même moment, on a annoncé qu’un cargo, le Capitaine Ali, faisait route vers Sri Lanka. Au mépris de toutes les réglementations internationales, il n’a demandé aucune autorisation, ne s’est pas signalé aux autorités sri lankaises et a refusé de communiquer avec elles. Il a été affrété par un financier proche des Tigreset transporte des vivres et des vêtements, mais aussi plusieurs journalistes. La provocation est évidente, Il a été depuis arraisonné par la marine sri lankaise. Cette campagne va s’amplifier. Le schéma ne se renouvelle guère, les preuves, les témoignages, les provocations ont pour objectif de rendre légitime une intervention, l’exigence d’un jugement et d’une condamnation. Pour l’heure, il faut discréditer Sri Lanka, faire oublier sa victoire  contre une organisation pourtant internationalement classée comme criminelle, sa capacité à résister à l’ingérence étrangère, à la division et au séparatisme, et à préserver l’unité du pays, sa dignité comme sa souveraineté nationale. Mais comme il était difficile de faire du Sri Lanka un failed state,alors il faut le punir d’une manière ou d’une autre. Mais cela ne suffit pas a expliquer l’acharnement. Au fond, « on veut faire d’une pierre deux coups », car le but de la manœuvre, c’est également de débarrasser la Charte de l’ONU de tout ce qui est aux yeux des puissances impérialistes, obsolète. Rien d’autre n’est visé que le droit des Etats et le respect de leur souveraineté. Il faut aussi légitimer l’ingérence et donner raison rétroactivement à ceux qui ont démembré la Yougoslavie, entrepris la guerre en Irak et en Afghanistan. C’est dire la gravité de telles intentions qui, si elles n’étaient pas combattues, mettraient non seulement en cause la raison d’être des principes sur lesquels l’ONU a été constitué, mais serait à coup sur utilisées contre d’autres gouvernements, d’autres États et d’autre peuples. Le projet du Carnegie Endowmentpour une « autodétermination dans le nouvel ordre mondial » trouverait alors un début d’application. On cherche ainsi un prétexte pour créer un précédent permettant de se débarrasser d’une disposition dans le système des Nations Unies qui préserve l’indépendance de quelque pays que ce soit, qui conditionne toute action internationale  ou toute enquête internationale à l’acceptation et la coopération de l’Etat concerné.

 

En fait, Sri Lanka est un « mauvais exemple » parce qu’il a réussi à résister à toutes les formes d’ingérence et que des principes forts comme indépendance, souveraineté, loin d’être dépassés, trouvent à travers son action une force et une crédibilité nouvelle. Cela peut donc contribuer à donner du sens à l’action de tous ceux qui par le monde font le choix de dire NON à ceux qui veulent dicter et imposer leur vision réactionnaire. Raison de plus pour être solidaire du Sri Lanka.



Réconciliation, reconstruction et réhabilitation

Pour le gouvernement et le président Mahinda Rajapaksa, il faut maintenant apporter des réponses concrètes à l’attente urgente de dizaines de milliers déplacés. Ce plan d’action doit s’achever en 180 jours et la feuille de route a été fixée, les moyens sont mobilisés, l’armée est utilisée à la reconstruction des infrastructures, des logements, des routes et des écoles. Les populations déplacées doivent retrouver leurs villes et leurs villages, c’est déjà le cas pour un nombre important d’entre elles. Il faut réunifier les familles. Se préoccuper de réhabilitation et de réintégration, en particulier pour les enfants soldats, et ceci fait partie des priorités. Tout cela pose des problèmes d’emplois et des programmes ont déjà été mis au point pour favoriser l’intégration  des combattants du LTTE.La démilitarisation et le désarmement sont engagés.

 

Ce travail s’organise depuis plusieurs mois avec les agences du système de l’ONU, avec le CICR et de nombreuses ONGlocales et internationales. Sri Lanka a donc besoin de solidarité internationale. Elle lui est acquise de la part des pays de la région, en particulier de l’Inde et de la Chine. Il n’est pas sans signification de constater que c’est à ce moment que Hillary Clinton et David Miliband ont choisi d’annoncer des mesures coercitives et le blocage de demandes de prêts auprès d’institutions internationales comme le FMI. La communauté sri lankaise de près de 1 million d'émigrés qui vit à l’étranger doit être mobilisée dans cette intention, son retour encouragé, tout doit être fait pour faciliter et contribuer à surmonter la tragédie que fut cette guerre. Le maître mot de Mahinda Rajapaksa est celui de réconciliation. La réforme politique sur laquelle travaille le APRC[104] qui réunit tous les partis politiques du pays doit contribuer à apporter les réponses sur les nouvelles institutions de représentativité dont a besoin le peuple, et tout particulièrement les Tamouls. De nouvelles élections doivent être organisés rapidement.



Mais le cadre d’abord, c’est l’application du 13ème amendement, né des Accords Indo-Sri Lankais, et la dévolution de pouvoir à un nouveau gouvernement pour la province Nord du pays. Mahinda Rajapaksa souhaite aller au-delà, au-delà même de ce qui existe dans un État Fédéral comme l’Inde[105].

 

Il convient de prendre la mesure des choses : 30 ans de guerre, de destructions et de plaies qui seront longues à guérir. Dans ces circonstances, tout sera observé, y compris la sécurité de chaque communauté. Au fond, il ne suffit pas seulement de réparer les conséquences matérielles de la guerre, il faut aussi s’occuper du cœur et des âmes. Un espace démocratique s’est ouvert, dont tous les Sri lankais doivent bénéficier, il faut se saisir de cette opportunité. Il va s’en dire que cela sera le meilleur moyen de déjouer tous les plans de déstabilisation, toutes les provocations qui ne vont pas manquer.

 

Cette guerre  n’était pas une guerre civile, en ce sens que cela aurait été celle d’une communauté contre une autre. Elle n’était pas plus une insurrection populaire, le LTTEn’a jamais eu l’intention de renverser le gouvernement de Colombo, n’y  de chercher des alliances pour y parvenir. C’était une guerre déclenchée par une mafia terroriste soutenue ouvertement par les puissances occidentales dont l’objectif était la partition du pays pour permettre le pillage de ses ressources, le contrôle de ses corridors maritimes et une nouvelle avancée des forces de l’OTAN dans l’Océan indien.  Par conséquent, s’y opposer était légitime, comme est légitime tout action contre la violence et la terreur, contre l’esclavage, contre la division et l’intolérance, contre les tentatives d’ingérence étrangères, contre les atteintes à l’intégrité territoriale de son  pays et pour la libération de celui-ci. C’est ensemble, par leur unité et aussi par leurs sacrifices, que les Sri Lankais, qu’ils soient Tamouls, Cingalais, Musulmans, Burghers ont pu surmonter cette longue épreuve et l’abîme vers lequel certains voulaient les pousser. En fait, des combats comme celui de la résistance française n’avaient pas d’autres objectifs que ceux-là.

 

Aux termes de cette guerre, les Sri Lankais ont préservé leur liberté, leur indépendance et leur souveraineté[106]. Comme l’a dit Mahinda Rajapakasa dans son discours devant le Parlement de Colombo. [107]« Cette victoire obtenue par la défaite du LTTE est celle de toute la nation et de tout le peuple vivant dans ce pays ... Cette guerre n’était pas une guerre contre les Tamouls mais contre le LTTE ... Notre objectif était de libérer les Tamouls des griffes du LTTE ».



La Havane, 4 juin 2009



*Ancien membre du Comité central du Parti communiste français (1982-2000), ancien responsable du secteur international de la Confédération générale du travail de France, militant syndical international.(jean.pierre.page@gmail.com).

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67Zbigniew Brzezinski, in  Le grand échiquier,Bayard, 1977.

68GEAB N*34, in « La rupture du système monétaire international se confirme ».

69M.K Bhadrakumar, ambassadeur de l’Inde, déjà cité.

70Robert Kaplan in Foreign Affairs, mars avril 2009.

71Karim Lakjaa in « L’Airpower américaine entre crise financière et opérationelle » in La Pensée librejanvier 2009, lapenseelibre.org

72 Convoqué à la demande des Occidentaux,la session spéciale de la commission des droits de l’homme de  l’ONU sur le Sri Lanka s’est concluepar une humiliante défaite pour ces derniers. La motion soutenant Colombo a recueilli 29 voix contre 12 et 6 abstentions. Ce vote n’arrangera pas les affaires de la Sud-Africaine Navy Pilay, Haut commissaire de l’ONU,dont le pays d’origine a décidé de soutenir Sri Lanka contre son avis.

73Dew Gunasekara cité par Dayan Jayatilleka in « With a little help from our friends », Geneva,26 mai 2009.

74Le SAARC, South Asian Association for Regionnal Cooperation,  comprend L’Inde, le Pakistan, le Népal, le Bangladesh, les Maldives, le Bouthan et l’Afghanistan, l’Iran étantobservateur.

75M. K Bhadrakumar, ambassdeur de l’Inde, déjà cité.

76IBSA : association qui  réunit l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil.

77Organisation des Etats Américains, créature des USA et dont fut exclu Cuba en 1962.

78ALBA : Alliance Bolivarienne des Amériques,dont sont membres : Cuba, le Venezuela, la Dominique, le Nicaragua, Honduras, la Bolivie, l’Équateur depuis juin 2009, l’Uruguay étant observateur.

79Shanghai Cooperation Organisation dont sont membres : la Chine, la Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan . Sont observateurs : Sri Lanka, l’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan et un invité, l’Afghanistan.

80Juan Somavia, in « L’OIT craint une crise sociale pendant huit ans », le Mondeavec AFP 3 juin 2009.

81Jean-Pierre Page, « au sujet de Cuba et d’une interview de Janette Habel dans l’Humanité », lettre ouverte envoyée à l’Humanité.

82Granma7 juin 2009, édition internationale.

83Manuel Zelaya, Président du Honduras à la 39 ème session de l’Assemblée générale de l’OEA.

84Human Rights Watch, une ONG aux moyens considérables financée par l’Open Society Institutede Georges Soros, la Fondation Ford, Time Warner, Coca Cola, City group. On trouve parmi ces dirigeants, James Hoge, du Council on Foreign Relations, l’épouse de Peter Ackerman president de Freedom House, une des couvertures  de la CIA au même titre que le National Endowment for Democracy. Voir a ce sujet, La Telerana imperial, enciclopedia de injerencia y subversión, d’Eva Golinger et Romain Migus, Centro Internacional Miranda, Caracas 2008.

85« Victory over diplomatic terrorism » in The Island, Colombo 29 mai 2009.

86L’Humanité, 27 avril 2009 in «  Les civils tamouls en première ligne » Dominique Bari.

87Mahinda Samarasinghe, Intervention à la Session spéciale du Conseil des droits de l’homme, 26 mai 2009 Genève.

88Basil Rajapaksa, le plus jeune frère du Président est chargé de la réinstallation des déplacés, du développement et de la sécurité dans la province Nord

89Dayan Jayatilleka, ambassadeur du Sri Lanka auprès des Nations Unies à Genève, intervention à la Session spéciale du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, 26 mai 2009. Dayan Jayatilleka est l’auteur du remarquable ouvrage Fidel’s ethics of violence - “The moral dimension of the political thought of Fidel Castro, Pluto Press, London 2007.

90Steven Edwards in « UN rights bypass own council in seeking Sri Lanka probe », Canwestin New York, 29  mai 2009.

91A Canadian speaks to The Tamil in Canada.

92Marie Okabe,porte parole du UNHCR, 29 mai à Genève.

93Michelle Montas, porte parole de Ban Ki-Moon secrétaire général de l’ONU in «  Ban Ki-Moon briefs on Sri Lanka visit, other recent missions and upcoming events »,  ONU, New York 1erjuin 2009.

94Charte des nations Unies sur les fonctions et le pouvoirs du Conseil de sécurité : chapitre V article 24, chapitres VI, VII, VIII, et XII.

95Résolution A/RES/48/141 du 7 janvier 1994 de l’Assemblée Générale de l’ONU.

96Gopinathan Achamkulangare, ambassadeur de l’Inde, Réunion du Conseil des Droits de l’Homme, Genève,  4 juin 2009.

97BBC radio 4  in « Sri Lanka will face UN Inquiry », Londres 30 mai 2009.

98Geoffrey Robertson, BBC 4, idem.

99Emily  Wax in « Fresh reports, imagery contradict Sri Lanka on civilian no fire zone », The Washington Post, Washington, 30 Mai 2009.

100Idem [01Idem

102MacArthur, The John and Catherine T.MacArthur Foundation.

103Jean-GuyAllard in « Vivanco HRW ganster and leading imperial agent » sur José Miguel Vivanco responsable de Human Rights Watchpour l’Amérique latine, in Ven-Global news, 25 septembre 2008. Voir a ce sujet la lettre ouverte de protestation de 100 universitaires à l’initiative du « Council on hemispheric affairs ».

104APRC: All Party Representative Committee.

105“Sri Lanka ready for devolution to Tamil areas”, The Hindu, 21 mai 2009. [106Maintenant que la guerre est terminée, les USA annoncent comme nouvelle ambassadrice à Colombo, Patricia Butenis, ancienne et très controversée ambassadrice au Bangladesh, et qui fut précédemment chef de mission adjointe US en Irak, ouvertement liée à la CIA. Ce qui confirme l'enjeu stratégique du Sri Lanka pour l'administration Obama. Et le fait que ce pays devrait continuer à se heurter à un barrage auprès des institutions où les USA possèdent une influence décisive, et dans les médias qui leur sont liés.

107Mahinda Rajapaksa, intervention citée plus haut.

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