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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 09:45

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Lors de l’une ses dernières conférences tenue à l’Université de Cambridge, en Angleterre, Noam Chomsky définissait la tradition intellectuelle, dans son écrasante majorité, comme l’exemple même « de la servilité par rapport au pouvoir ». Relisant il y a quelques jours la biographie de Wilhem von Humboldt rédigée par l’un de ses meilleurs traducteurs français, Denis Thouard, et une fois rappelés son lieu et sa date de naissance de membre de la noblesse prussienne, il poursuit ainsi : « Son aisance lui garantira une liberté matérielle et intellectuelle, une indépendance vis à vis des Lumières autant que du romantisme ». En deux courtes phrases voilà exposé le terrible dilemme que décrit, analyse et interprète Ciprian Mihali et qui ne vaut pas seulement pour les intellectuels, universitaires et chercheurs de l’ex-Europe communiste, mais tout autant pour ceux de l’Europe de l’Ouest. Pour une majorité d'entre eux, étant donné la médiocrité des salaires d'une part et, de l'autre, l'excitation glacière de la consommation dispensée à tous grâce à une publicité frénétique, peu d'universitaires et de chercheurs (qui fantasmatiquement se prennent fort souvent pour des cadres supérieurs des grandes entreprises cotées en bourse) osent résister aux multiples pressions implicites des pouvoirs publics et privés.

L’intellectuel moderne (comme, toute chose égale par ailleurs, le clerc médiéval vis à vis des diverses institutions ecclésiastiques) est donc un employé, un salarié, un serviteur, et, à ce titre, il subit de manière plus ou moins brutale la loi du maître, que celui-ci soit l’État, la Région, le Land, le conseil de direction des universités ou des fondations privées. En d’autres mots, sa liberté est très limitée, car, comme tout employé, il doit pour l’essentiel, servir ce maître.C’est pourquoi critiquer les pouvoirs à l’endroit où le bât blesse véritablement, et dévoiler que le roi est nu, relève d’une activité qui lui est quasiment impossible s’il veut conserver quelques revenus pour survivre et continuer à exercer son métier qui devrait être essentiellement une vocation, mais que précisément sa soumission aux exigences du Prince moderne a transformé en agent idéologico-bureaucratique de la rentabilité et de la pseudo-démocratie, en bref en héraut d’une posture, fût-ce dans l’opposition octroyée, de ce qui est « correct » tout azimut.

Face à ce défi, les intellectuels de l’ex-Europe communiste qui naguère étaient clairement et explicitement soumis au contrôle tatillon et à la censure d’un Parti-État rassemblant en lui tous les pouvoirs politiques, sociaux et culturels, sont aujourd’hui contraints par d’autres pouvoirs, en apparence plus diffus, et donc de manière bien plus perverse, à se plier à un autre conformisme. Dorénavant, le « nouvel » intellectuel de l’Est doit, d’une manière ou d’une autre, chanter les louanges du libéralisme économique, le triomphe absolu de l’économie de marché, légitimer la ruine des politiques sociales au nom de la fausse promotion au mérite mise en scène avec la nouvelle langue de bois de l’« excellence ». Or, dans la réalité sans fard des pratiques observées par tout un chacun, il n’est que parentélisme et clientélisme, autant de mafias relationnelles corrompant toute possibilité de société civile quelque peu équitable.

Voilà brossé le tableau sans concession de l’état des sociétés à l’Est où les anciens et nouveaux idéologues (les ex-communistes et leurs jeunes émules libéraux) se présentent dans le rôle de l’intellectuel chantre des prétendues vertus d’une Union européenne qui n’existe que dans le formalisme d’institutions fort coûteuses, inefficaces, fort peu démocratiques et souvent refusées par les peuples. Mais les élites politiques n’en n’ont cure comme le démontrent la manière dont elles ont mis aux poubelles de l’histoire le « non » français et néerlandais au référendum sur la Constitution européenne, et, last but not least, comment elles ont mis en œuvre un chantage abject pour faire revoter positivement les Irlandais. Or presque simultanément, pour fêter la chute du mur de Berlin, emblème de l’implosion du « totalitarisme communiste », des universitaires, chercheurs et journalistes, sous l’égide des instances politico-culturelles européennes, ont mis en chantier une foultitude de colloques, les ont multipliés ad nauseam, engendrant une fois de plus l’inflation sans vergogne des bavardages creux et du vide conceptuel. C’est au démontage de ce qui n’est, au bout du compte, qu’une vaste imposture des clercs contemporains auquel nous convie Ciprian Mihali dans ce texte.

La rédaction


Sur quoi fonder une base intellectuelle pour

l’Europe de demain ?

 

Approche critique d’une question (1)

-

Décembre 2009

 

Ciprian Mihali* et Cie**

 

Mon intervention est le fruit d’une réflexion menée à plusieurs voix, dans la dissension de différentes options théoriques et politiques qui ont pu s’articuler à Cluj (Roumanie) ces dernières années, parmi de jeunes chercheurs animés2 d’un commun intérêt : de penser l’actualité postcommuniste. Ils le font à partir d’une généalogie du passé récent, au-delà des préjugés ou des jugements de valeurs hâtifs qui appauvrissent le passé et l’entassent soit dans une condamnation du communisme (plus ou moins officielle, sous la forme d’une déclaration politique) en tant que régime totalitaire et destructeur, soit dans la nostalgie d’une époque d’or qui aurait laissé derrière elle les grands exploits de la Révolution socialiste. La compréhension du demi-siècle communiste et de deux décennies du postcommunisme dit démocratique et libéral s’entame sur le refus des évaluations dichotomiques et des tableaux composés de ruptures radicales ou de continuités sans faille. Fidèles à l’idée de discontinuité, nous pensons que le moment 1989 est un point d’intensité qui marque une tournure, une intensification d’un certain nombre de tendances qui créeront par la suite les conditions de possibilité d’une multitude d’événements plus ou moins prévisibles. Ainsi, d’une part, nous ne croyons pas que les lignes de rupture suivent les points que les discours dominants de ces dernières années indiquent comme étant la source de l’écart postcommuniste par rapport au communisme. De même que, d’autre part, les prolongements de la même époque se laissent lire non seulement dans les inerties ou dans l’instinct de conservation des masses silencieuses surexposées sans le vouloir à l’incertitude de l’avenir, mais aussi et surtout dans l’opportunisme de ces intellectuels (certains d’entre eux convertis miraculeusement du socialisme scientifique au néolibéralisme) qui ont su profiter du chaos des années 90 pour s’emparer du nouveau discours à la mode, celui qui prônait les vertus de la nécessaire alliance entre le parlementarisme démocratique et l’économie de marché.

 

Mais pressons-nous d’aborder la question qui nous rassemble ici.

 

Héritiers modestes d’une grande tradition philosophique interrogative et d’une plus récente tradition du soupçon, nous savons que toute question porte en elle sinon sa réponse au moins une certaine orientation ou détermination de la réponse. Qu’elle n’est pas innocente dans sa formulation et qu’elle trace déjà le plan d’immanence sur lequel peuvent s’inscrire d’éventuelles réponses.

 

Ainsi la question qui nous occupe ici : « comment créer une base intellectuelle pour l’Europe de demain ? ». Certes, si le temps qui nous est imparti ne nous permet pas de déplier toutes les lignes de force (et de faiblesse…) sur lesquelles est construite cette question, nous en retiendrons toutefois quatre qui représentent autant de points que nous jugeons problématiques et dignes d’être développés :

 

1) L’Europe a besoin d’une base – cette base lui manque-t-elle donc ? Elle n’a plus (ou pas encore) une telle base ; et si elle l’a eu, elle ne fonctionne pas, elle est bloquée quelque part ou tout simplement a cessé d’exister. D’autre part, l’Europe a besoin d’une base, une infrastructure, un fondement sur lequel il faudrait bâtir ou reconstruire le reste de l’édifice européen.

 

2) L’Europe de demain a besoin d’une base intellectuelle – d’autres bases (politiques, économiques, culturelles, religieuses) existeraient déjà ou seraient encore possibles, peut-être souhaitables, etc. Dans cette complémentarité ou concurrence, l’intellectuel est invité à offrir sa propre version de l’Europe de demain ou à donner plus de consistance, de visibilité, d’attractivité au projet européen.

 

3) Cette base intellectuelle est une création – acte spécifiquement intellectuel, artistique, élitiste, si l’on veut ; ni découverte, ni production, ni fabrication, ni invention, mais création, mobilisant des aptitudes précises, disposant d’un certain nombre d’outils, d’une certaine puissance et même d’un certain pouvoir.

 

4) Enfin, il s’agit de l’Europe de demain, d’une Europe projetée intellectuellement dans l’avenir, qui serait en quelque sorte son propre avenir, re-présentée sous la forme d’un projet.

 

À présent tentons de reprendre ces quatre points problématiques par rapport à la thématique générale de cette rencontre, le destin de l’Europe et de ses intellectuels vingt ans après la chute du communisme.

 

1) Si l’Europe a besoin d’une base c’est parce que cette base lui manque, soit par épuisement soit par oubli. A-t-elle eu jamais une telle base ? Oui, sans doute, mais elle appartint au passé et l’on ne peut construire un avenir sur des allers-retours permanents entre ce qui est et ce qui a été, d’autant plus que ce qui est passé est repris à travers le filtre d’une re-présentation sélective dont les critères doivent peu à la probité. Si cette base intellectuelle a bien existé, elle n’a pas pu empêcher, par exemple, les tragédies du siècle dernier en Europe et hors Europe, mais provoquées par elle – pour ne plus parler des crises successives qui ont toujours surpris les intellectuels, se trouvant ainsi obligés à construire des prophéties rétrospectives. Rarement capables de prédire le futur et d’influer sur le changement du présent, ils ont adopté deux stratégies différentes : d’une part, faire de leur distance par rapport au monde de la contingence une vertu ; de l’autre, s’associer au politique, devenir eux-mêmes des politiques pour transformer le réel pour ainsi dire de l’intérieur. Ces deux scénarios (qui souvent n’en composent qu’un seul – l’intellectuel en politique n’étant d’une époque à l’autre que le symbole même de l’échec à la fois intellectuel et politique) se retrouvent fidèlement dans les décennies communistes et postcommunistes.

 

Revenons alors un instant sur la question de la mémoire du communisme et des oublis qui l’entourent. Nous savons bien que ce régime dictatorial (à divers degrés selon les pays) et (surtout) diabolisé a été rendu possible non seulement par le soulèvement populaire des masses prolétaires (une hypothèse qui demande elle-même à être discutée), mais aussi par une implication engagée, consciente et complète d’un nombre non-négligeable d’intellectuels, par une croyance fortement réfléchie dans le potentiel émancipateur de la révolution socialiste contre un monde qui développait des formes de plus en plus raffinées et efficientes d’assujettissement. Or, lorsque le Mur est tombé – sous la pression irrésistible de l’économie de marché et des images globalisées de l’abondance et moins sous la pression des passions démocratiques –, lorsque l’engagement sincère ou hypocrite des intellectuels s’est avéré inutile, puisque, une fois encore, le monde réel de la politique a balayé les mondes imaginaires, ces mêmes intellectuels (et je parle notamment des intellectuels de l’Europe dite de l’Est) n’ont pas hésité un seul instant à transmuer leur faiblesse en dissidence et à se débarrasser de leurs convictions de parade comme d’un vêtement usé pour se vêtir précipitamment des nouveaux habits à la mode3. Avant que le communisme ne devienne lui-même mémoire ou témoignage, les créateurs d’archives et de discours sur le passé ont fabriqué leur mémoire personnelle (étonnement amnésique) et leur propre témoignage de la résistance : un comble, le silence et l’acquiescement au régime comme forme de survie.

 

Question de mémoire, question d’oubli volontaire, voire même de dissimulation ou de souplesse dans le vertige du changement : il est souvent difficile de ne pas remarquer le fait qu’au fond, peu de choses ont changé, le même aveuglement et la même absence confortable de distance critique, le servilisme induit par le charme du pouvoir en place et par les tentations de bénéfices immédiats : fonctions publiques, récompenses financières, prestige symbolique, etc.

 

La mémoire intellectuelle est indissociable de celle de l’époque même, et ce deux fois : d’abord, parce qu’en dépit de la volonté ou de l’imaginaire des intellectuels, leurs théories ou leurs écrits ne sont pas nés dans une tour d’ivoire, sur les hauteurs imperturbables et impassibles de la spéculation pure, atemporelle et atopique. Ils sont, même dans le développement des métaphysiques les plus ascétiques, traversés, infiltrés d’un certain nombre de conditionnements dus au présent : conditionnements sociaux, culturels, politiques ou autres (ce qui n’a aucunement empêché les erreurs systématiques d’interprétation de leur contemporanéité, ainsi que l’absence de vision quant à l’avenir le plus proche4). A l’exception de rares dissidents qui ont payé cher leur liberté d’action et de pensée, les autres, par la passivité et l’autocensure induites volontairement pour toutes sortes de raisons, sauf intellectuelles, ont participé implicitement ou explicitement sinon au renforcement de l’oppression, du moins au status quo d’un régime politique et culturel. Deuxièmement, et plus intimement, l’époque communiste s’est faite archive, bloc d’images et de représentations, sélection de mémoire et d’oubli par le truchement de la contribution multiple (littéraire, artistique, philosophique, etc.) d’une classe intellectuelle encore plus conformiste que les autres, moins exposée – par son statut social et par sa situation matérielle – au risque de l’exploitation, de l’humiliation ou de la pauvreté.

 

C’est la même archive – ou plutôt la même manière de la traiter – qui est devenue, de façon extrêmement sélective, l’actualité immédiate après la chute du régime. De plus, sur le même principe de la sélection accompagné cette fois de la mise à disposition d’autres archives (notamment celles des services secrets) et des décisions politiques ciblées, se sont opérés – voir le cas paradigmatique de la Roumanie – le dévoilement de la complicité des uns et la dissimulation de la complicité des autres.

 

La mémoire du communisme ne se joue pas dans l’opposition oubli-refus de l’oubli. À l’Est et à l’Ouest, nous n’avons pas seulement comme tâche destinale à ne pas oublier les horreurs du totalitarisme, nous avons à comprendre pourquoi il fût totalitarisme ; comment a-t-il pu provoquer les horreurs dont nous possédons les archives et conservons les témoins ? Surtout, il nous faut tenter de comprendre pourquoi, en dépit de sa violence certaine, il n’a pas été un monstre froid, impersonnel venu de quelque planète éloignée, mais un système créé par des hommes concrets, avec la participation d’hommes concrets – nous-mêmes, nos parents, nos amis, nos connaissances, tous membres d’un nous qu’aucun démenti individuel ne pourra jamais défaire, un nous répandu plus ou moins aléatoirement dans toutes les strates de la hiérarchie sociale de l’époque, depuis ses instances les plus hautes jusqu’au derniers décideurs, parmi les anonymes qui, ne faisant justement rien ou faisant seulement ce qu’il fallait faire, ont permis à la machine de fonctionner si longtemps. La mémoire du communisme se joue aujourd’hui dans le déchiffrement des mécanismes qui la constitue simultanément comme mémoire et comme oubli, et qui ne sont pas des mécanismes purement historiques ou scientifiques. Ce sont des mécanismes qui produisent des relations interhumaines, de la communication verticale, du pouvoir, mélangeant inextricablement opportunités politiques, cadres légaux, jugements moraux, sentiments et ressentiments, etc.

 

Sur ce point précis, une remarque serait encore à faire. Dans un texte récent, publié dans Le Monde du 9 novembre 2009, Slavoj Žižek décrit trois réactions à l’inévitable déception qui a suivi l’écroulement du communisme : « la nostalgie du « bon vieux temps » communiste ; le populisme nationaliste de droite ; la paranoïa anticommuniste à retardement ». Si, selon lui, les deux premières sont facilement compréhensibles, la troisième réaction qui se justifie par la présence encore au pouvoir des communistes (« dissimulés sous le masque de propriétaires et de managers »), est l’expression de la frustration intellectuelle devant l’inaccomplissement du « bon » capitalisme. Sans contredire sur ce point l’hypothèse de Žižek, j’ajouterai un élément à cet anticommunisme à retardement, en empruntant une idée formulée par Hannah Arendt. Dans sa critique des droits de l’homme, elle constate que le malheur le plus grand que peut subir un homme qui perd tous ses droits dans une société (la sienne ou une autre) est de voir sa parole dénuée d’importance et son action privée de signification. Une parole stérile, une action inefficace, voici le drame que vit l’intellectuel anticommuniste de l’Est lorsqu’il se rend compte que le peuple n’est pas tant désireux de se débarrasser du passé et d’embrasser les bienfaits du nouvel ordre capitaliste, malgré les témoignages sur la souffrance pendant le communisme et malgré les grands discours (souvent hypocrites) sur les vertus de la démocratie libérale. Deux constats peuvent être faits à partir de cet état de choses : en premier lieu, que la mémoire officielle (allant jusqu’à la condamnation politique du communisme) ne coïncide pas avec la mémoire collective et encore moins avec les mémoires individuelles. Ensuite et comme une conséquence de ce constat issu de l’impuissance du discours des intellectuels, ces mêmes intellectuels se sont orientés différemment : ils ont choisi pour la plupart de se rapprocher délibérément du pouvoir, de s’enrégimenter dans les structures politiques et/ou exécutives tantôt du côté du pouvoir en place, tantôt dans l’opposition afin de faciliter l’arrivée au pouvoir d’hommes politiques ou de partis qu’ils soutiennent. Certes, on ne pourra pas dénier le droit à qui que ce soit d’avoir des options politiques explicites ou d’entrer en politique ; simplement – mais ce mot ne devrait pas cacher la perversion de toute une tendance en voie de généralisation dans les pays ex-communistes –, il faudrait savoir au nom de quelle qualité ces intellectuels s’arrogent le droit de parler en tant qu’intellectuels quand ils font de la politique et quelle est la « force » de leur discours : une force argumentative ou une force persuasive dues à leur positionnement privilégié sur la scène publique, aux côtés de ceux qui contrôlent les moyens d’accès à la parole publique. Il en va de même pour la qualité de ceux qui parlent dans les médias : sont-ils encore intellectuels tel qu’ils le prétendent (c’est-à-dire peut-on se fier à leur esprit critique qui serait resté, comme par miracle, intouché par leur choix politique) ou bien sont-ils devenus des hommes politiques et, partant, les idéologues de tel ou tel parti ? Dès lors, quelle serait encore leur légitimité ? Une légitimité populaire issue directement des bouleversements des années 90 (qu’ils revendiquent avec une sérénité touchante) ou une légitimité indirecte, biaisée, transitive ou de substitution, grâce à leur nouveau statut de représentativité récupérée auprès des hommes politiques qu’ils soutiennent ? Enfin (mais c’est une limite dictée par l’économie de ce texte), comment la pensée d’un intellectuel est-elle conditionnée lorsque celui-ci parle en tant que ministre, ambassadeur, secrétaire d’État, postes qu’il a obtenu grâce aux services rendus ?

 

2) Voilà qui demande présentement de nous interroger brièvement sur la condition de l’intellectuel dans la société postcommuniste. L’Europe de demain aurait-elle besoin d’une base intellectuelle ? Ainsi certaines personnes et certains groupes, auto-intitulés « intellectuels », seraient donc appelés à fournir une telle base. Nous ignorons pour l’instant de quels éléments et comment devrait se composer une telle base. S’agirait-il de mobiliser les ressources spirituelles, les diplômes ou la moralité des intellectuels européens « de l’Est » et « de l’Ouest » pour œuvrer à cet édifice sublime ?

 

Mais de quels intellectuels parlons-nous ? De ceux qui, formés pour la plupart après 1990 et n’ayant pas l’expérience du communisme, ont repris les habitudes de leurs maîtres pour mettre au service du nouveau pouvoir leur compétences ou pseudo-compétences pour vite s’enrichir et acquérir un statut social supérieur ? Ou de ceux qui, essayant de résister aux tentations de la machine médiatique et institutionnelle et refusant les cadeaux empoisonnés, se sont prolétarisés, vivant aujourd’hui sous le seuil de la dignité professionnelle ou même humaine ? Et finalement combien, parmi tous ces hommes et femmes diplômés depuis vingt ans ont à la fois quelque chose de propre à dire dans un débat sur l’Europe intellectuelle et surtout les moyens de le faire ? Combien d’intellectuels parmi cette pléthore de jeunes « experts » instruits fast-forward dans les universités occidentales dans le nouveau langage du marché des idées (ou du marché tout court) peuvent-ils articuler une pensée originale sans passer par les vérités toutes faites qui tiennent lieu de science, notamment en politologie, sociologie, communication, relations internationales et autres pseudo-sciences sociales qui connaissent un succès énorme un peu de partout en Europe ? Si en acceptant de bonne foi leur vraie compétence, en reconnaissant les sacrifices réels qu’ils ont dû faire pour décrocher un diplôme, souvent éloignés de leur foyer et dans des conditions matérielles difficiles, que vaut-il ce diplôme lorsque le marché de l’emploi (y compris et surtout universitaire) fonctionne selon de toutes autres règles que celles fondées sur les qualités professionnelles ?

 

De fait, n’importe où en Europe, ils sont rares aujourd’hui les intellectuels qui peuvent vivre décemment de leur pensée la plus propre. Ils sont encore plus rares ceux qui arrivent à le faire en dehors de toute institutionnalisation. Car les quelques-uns qui se font payer des dizaines de milliers de dollars pour une conférence au Japon ou aux États-Unis, en quoi comme star philosophique seraient-ils différents d’un spectacle offert par David ou Victoria Beckham ? De plus ces intellectuels autonomes ne font pas partie de la génération qui va (faire) vivre l’Europe de demain ; aussi ne faut-il pas se faire une image idéalisée de cette génération. Les jeunes intellectuels qui sont censés poser des bases d’une autre Europe sont confrontés le plus souvent à des choix impossibles : soit renoncer à leurs années de formation et à leurs convictions théoriques, à leurs premiers bourgeons d’indépendance mentale afin de trouver un « job » dans une boîte privée qui leur assure la survie matérielle, et qui souvent n’a strictement rien de commun avec leurs acquis théoriques et les transforme en simples laboureurs du travail immatériel ; soit (pour les plus débrouillards) jouer cyniquement sur un marché académique, politique et médiatique qui encourage la « flexibilité » et l’absence de scrupules, la servilité et l’agressivité ; soit enfin cultiver à corps défendant une honnêteté intellectuelle minimale, mais assumer alors une condition précaire de l’existence, faite de compromis et de privations dramatiques. Je vois mal des positions intermédiaires ou des combinaisons possibles entre ces options (qui, par ailleurs, peuvent se multiplier). Dans tous les cas de figure, la précarité les traverse : précarité de la dignité, de la conscience, de la survie. Elle accompagne aussi leurs trajectoires dans les universités devenues d’immenses usines à diplômes. Obsédées par le souci double et contradictoire de la massification et du classement Shanghai, les universités postcommunistes se préoccupent peu ou pas du tout de former des citoyens instruits et autonomes, doués d’une solide culture, et préfèrent jeter tous les ans sur le marché des cohortes de pions médiocres et substituables à volonté par les services des ressources humaines des grandes entreprises. Travail à la chaine, production déferlante d’étudiants lambda, de compétences inexistantes mais attractives, un cycle rarement interrompu par la protestation publique, par la résistance individuelle ou par ce qu’on appelle de manière emphatique « l’excellence ».

 

On a souvent parlé ces dernières années d’une condition postcommuniste partagée de deux côté du Mur, comme on a pu parler vingt ans plus tôt de la condition postmoderne ; elle se reproduit sans doute dans une commune et européenne condition des intellectuels : des jeunes en quête désespérée de stabilité et démunis (en fait jamais munis) des outils appropriés pour faire entendre leur voix, pour résister à l’instrumentalisation de leurs vies et pour protester lorsque leurs choix sont manipulés, mais encore des moins jeunes, pris à leur tour dans des relations compliquées et équivoques avec les institutions et les pouvoirs en place.

 

3) Voilà qui nous dirige vers notre troisième question. Comment créer une base intellectuelle pour l’Europe de demain ? Il y va donc de la création. N’entrons pas dans les subtilités des distinctions entre création, découverte, innovation, production etc. Le temps nous manque. Disons seulement ceci : afin de créer une base intellectuelle, il faut d’abord pouvoir le faire, il faut donc disposer de certaines ressources, de moyens (financiers notamment), d’un accès large et inconditionnel aux instruments de diffusion de l’information et de l’opinion. Il faut enfin et surtout avoir accès aux lieux et aux moments des décisions qui concernent l’Europe.

 

Les vingt ans écoulés depuis la fin du communisme ont été les témoins d’une immense résurrection des intellectuels. Sortis comme d’un long sommeil ou de ce qu’on a pu appeler en Roumanie – sans doute d’une manière ironique, pour utiliser un euphémisme – la « résistance par la culture », les intellectuels ont vite occupé l’espace public, en côtoyant de manière complice les hommes politiques ou en devenant eux-mêmes des hommes politiques. Ils ont pris les premiers l’initiative d’évaluer le passé et de proposer des modèles de transformations futures des sociétés. Ils sont devenus les voix les plus autorisées et les plus auto-légitimées à parler au nom de tous les autres, au nom de la souffrance de tous les autres et au nom de l’espoir ou du désespoir de tous les autres. Ce qui leur a valu un pouvoir symbolique et non seulement symbolique, un pouvoir bien réel, convertible à volonté en fonctions publiques. L’accès à la parole publique – et surtout l’accès systématique et permanent – n’est pas donné inconditionnellement, nous savons qu’il dépend d’un certain nombre de facteurs qui ne sont pas à la portée de tout le monde. Et il dépend aussi de la mise en œuvre de certaines conditions extra-intellectuelles dont l’acceptation est souvent incompatible avec les exigences d’autonomie du discours intellectuel libre.

 

C’est pourquoi on a vu se constituer un peu partout des alliances entre le politique, le médiatique et l’intellectuel. En renonçant vite à l’illusion romantique et idéaliste que l’esprit et ses valeurs peuvent se transmettre tout naturellement et que l’adhésion à ces valeurs serait en quelque sorte spontanée, les intellectuels se sont rassemblés en groupes d’influence publique soutenus par des corporations économiques et médiatiques ou par des hommes politiques en adoptant les discours des ceux-ci, en défendant des intérêts qui n’étaient pas a priori les leurs, en militant pour des causes si peu intellectuelles. Mais aussi, et surtout, ils se trouvèrent piéger lorsque les cruelles réalités politiques et les intérêts économiques allaient à l’encontre des principes et des idéaux de l’Aufklärung, de l’émancipation individuelle et collective. Il suffit de prendre pour exemple la politique roumaine au cours de l’année 2008. Après avoir soutenu en masse et d’une manière tristement docile, parfois servile, le président Băsescu dans son discours anti-corruption et anti-communiste lors de son élection en 2006, les intellectuels se sont vus pris en défaut lorsque le même président propose et impose deux ans plus tard une alliance de son parti avec le parti « néo-communiste » et « corrompu » contre lequel il avait mené cette lutte. Tout d’un coup, l’intérêt politique immédiat, la bataille pour les positions de pouvoir et pour le contrôle des ressources publiques a défié la naïveté coupable des intellectuels, amenés à se taire dans le meilleur des cas, à se justifier ou à justifier cette mésalliance dans le pire des cas.

 

La complicité avec le pouvoir ne s’épuise pas avec la politique, elle se déploie d’une manière spectaculaire dans le monde académique, par exemple. Là encore, et à tous les échelons, la transition a engendré des jeux de pouvoir inconcevables, avec des enjeux extra-scientifiques gigantesques. Les fréquentes modifications des règles de jeu concernant l’accès aux positions de décision, les élections et les réélections des recteurs, des doyens et même des chefs de départements (c’est-à-dire de tout ceux qui décident de l’attribution et de l’utilisation des fonds) a transformé l’université dans une institution non seulement politisée, mais aussi et surtout en un institution qui s’éloigne dans son fonctionnement même de tout esprit démocratique sans cesse prôné, de manière abstraite et hypocrite, par ses dirigeants.

 

Nous pourrions multiplier les exemples, nous les connaissons tous et on ne ferait ici que de répéter des choses archi-connues (voir parmi d’autres les programmes de financement de la recherche, au niveau national et européen – avec l’engloutissement dans une machinerie bureaucratique surnuméraire et avec des lois propres, incompréhensibles pour les simples chercheurs obligés de se convertir en bureaucrates à leur tour afin de remplir des centaines de pages de dossiers et de rapports administratifs, sans aucune relation avec la qualité scientifique de leur travail et, pourquoi pas, avec le fond même de leur vocation).

 

En effet, la démocratie libérale est le meilleur régime politique du monde, le totalitarisme est, n’est-ce pas, l’incarnation même du diable, à condition que tout se passe en dehors de nos propres engagements individuels ou institutionnels. Car une fois qu’on est censé appliquer les mêmes règles chez soi, on préfère inventer de nouvelles règles et les modifier à chaque fois qu’elles mettent en cause notre propre position.

 

4) Comment imaginer alors une Europe de demain ? Quel avenir pour l’Europe dont le passé, à l’œuvre en guise d’héritage mondial, nous fait signe et nous engage dans l’articulation du présent et dans la projection (sans projet unique) de l’avenir ? Comment rendre compte de cet héritage sans réactiver les figures du passé (figures religieuses, politiques, juridiques), mais sans céder à la tentation d’une téléologie spirituelle, voire d’une eschatologie européenne comme avènement d’un monde meilleur, voire du meilleur des mondes ?

 

Et quel rôle les intellectuels pourraient-ils jouer dans la création d’une (autre) base pour l’Europe ? Doivent-ils unir leurs efforts pour créer des passerelles entre les autres bases (juridiques, politiques, économiques, religieuses) ou, au contraire, sanctionner leur absence ou leur insuffisance ? En quoi alors une base intellectuelle pourrait-elle suppléer à ce déficit de fondation (par exemple, avec l’adoption d’une constitution européenne) ? Ne serait-ce « une base intellectuelle » un pur fantasme des intellectuels, en crise d’identité ou d’idéal et à la recherche d’une posture plus digne et d’un rôle plus concret dans la construction européenne ?

 

Le point le plus sensible et le plus problématique de la question initiale concerne donc très exactement cet aspect de l’utopie européenne. Car il s’agit bien d’une utopie au cœur d’une telle question projective. Une utopie prise dans le double bind de sa nécessité et de son impossibilité. Nous ne pouvons pas ne pas imaginer une Europe future, car depuis toujours elle est à venir, elle se nourrit dans son actualité de ses projections et de ses idéalisations. Or il faut reconnaître également que ces idéalisations n’ont pu se constituer que lorsqu’elles ont eu la prétention de s’actualiser politiquement dans des vagues d’horreurs, d’exploitation et d’assujettissement, à l’Est comme à l’Ouest, et que les intellectuels ne sont nullement exempts d’excès, d’erreurs d’appréciation, de tentations bien peu démocratiques. D’où l’impossibilité de l’utopie : la reprendre – à travers une encore plus inquiétante mobilisation intellectuelle – risquerait de répéter le geste amnésique et eschatologique d’un idéal formulé par les intellectuel et poursuivi par tous. Un geste amnésique puisque l’Europe est la patrie de toutes les utopies et de toutes les anti-utopies, de toutes les utopies devenues des réalités tragiques et de toutes les anti-utopies toujours possibles. Et un geste eschatologique puisqu’il n’y a pas une Europe, une création, un lendemain. Cette Europe, cette création et ce lendemain ne sont surtout pas l’œuvre des seuls intellectuels. Il devrait y être invités, mais moins pour poser des bases (ce qui les situerait soit du côté des fondateurs soit du côté des idéologues), que pour être les gardiens de la pluralité des Europes, des créations et des lendemains. Si l’Europe se fait, ce ne doit pas être dans le consensus, ni dans l’éloge de son unité, encore moins dans la certitude de son avenir radieux, mais dans le « dissensus » des options, dans la multiplication infatigable de ses visages, en direction de l’inconnu de son devenir, en conservant sans cesse à l’esprit que le futur n’a jamais de figure prédéfinie.

 

Si appel pour les intellectuels il y a, il doit prendre tout d’abord la forme d’un ascétisme : savoir ou apprendre à refuser l’unanimisme, la manipulation, refuser les mirages et le confort toujours provisoire du pouvoir, et seulement par la suite défendre dans l’espace public des idées sur l’Europe, tout en assumant la condition de la divergence, de l’incertitude de ce qui va venir et de la résistance aux formes de plus en plus raffinées et séduisantes de l’assujettissement.

 

  • * Ciprian Mihali est docteur en philosophie (Strasbourg, 2000) sous la direction de Jean-Luc Nancy. Assistant depuis 1992, il est présentement maître de conférences (philosophie française contemporaine) au Département de philosophie de l’Université de Cluj (UBB),tout en dirigeant l’Institut francophone régional d’études stratégiques.

  • ** Pour un lecteur peu au fait du conflit d’idées en Roumanie, il convient de préciser que le travail de réflexion et d’interprétation développé dans ce texte, explicitement opposé à la pensée unique hystériquement libérale qui domine l’écrasante majorité des cercles intellectuels roumains, est aussi intiment liée aux débats qui se sont tenus autour de la revue IDEA artă + societate (certains des auteurs du texte ayant été un temps membre de la rédaction). Tous ces débats se sont cristallisés dans la publication au printemps 2009 d’un ouvrage collectif intitulé Généalogies du Postcommunisme (Idea Design & Print, Cluj, 2009, à paraître prochainement dans une version anglaise, Genealogies of Post-communism) où l’auteur principal, Ciprian Mihali a signé un essai, « La ville précaire. Considérations sur la condition de dystopique des espaces urbains postcommunistes ». (N.d.R)

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  • Notes :

1Seule une version malheureusement très abrégée de ce texte a pu être présentée lors de la table ronde « Comment créer une base intellectuelle pour l’Europe de demain » dans le cadre du Colloque international « L’intellectuel public en Europe 1989-2009 », organisé par l’Institut Culturel Roumain à Paris les 7 et 8 novembre 2009.

2 Par simple honnêteté, je tiens à citer ici les noms de quelques jeunes chercheurs et universitaires qui ont participé à cette réflexion, tout en sachant que l’énumération des noms ne peut en aucune façon rendre compte de la richesse de leur contribution. Il s’agit donc d’Emilian Cioc, Lorin Ghiman, Laura Ilinescu, Veronica Lazăr, Ştefan Maftei, Andrei State.

3 Je simplifie sans doute le schéma de l’histoire intellectuelle des dernières décennies. Ainsi, il faudrait y distinguer au moins trois catégories qui relèvent non seulement de périodes différentes, mais aussi d’une logique différente de la perversion intellectuelle : ceux qui ont crû sincèrement dans les vertus du marxisme et du communisme et ont participé à sa mise en œuvre, sans prêter attention à l’écart de plus en plus grand entre la théorie marxienne et les réalités du socialisme réel ; ceux qui, surtout dans les années 80-90, ont joué le jeu du système, sans y croire vraiment, mais en profitant au maximum des bénéfices qu’ils pouvaient en obtenir ; enfin, ceux (très souvent les mêmes) qui à partir des années 90, et par une sorte de rétroprojection et de dissidence auto-attribuée, ont soutenu à haute voix qu’ils avaient des convictions anticommunistes depuis toujours, mais que la terreur communiste les avait obligés à se taire et à ne rien faire.

4 Combien de « grands experts » occidentaux des régimes communistes ont-ils anticipé, à la veille même de l’écroulement de ces régimes, ce qui allait advenir ? En revanche, ils sont les plus habiles à construire ce qu’on pourrait appeler des « anticipations (rétro)projectives », c’est-à-dire des discours consistant à investir une position d’anticipation du futur proche, mais une fois seulement que ce futur se sera consommé pour dire : « oui, en fait c’est bien cela qui devait se passer, maintenant on a raison de confirmer l’évolution des événements ». Pour la chute du communisme, on a beau dire aujourd’hui qu’elle était prévisible, qu’il y avait des signes avant-coureurs, et même que le travail de la dissidence a été finalement couronné de succès,  etc., cela ne veut absolument rien dire tant que cette (rétro-)prévisibilité des événements est construite idéologiquement post factum, après les événements. La misère du présent n’est dépassée que par la misère des théories du présent…

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Published by Ciprian Mihali et Cie - dans article classé
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