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  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 11:22

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Cet article a provoqué beaucoup de débats au sein de notre rédaction dans la mesure où, d'un côté il tentait de présenter la situation d'une Hongrie en état d'insoumission relative et maurigénée par les grands pays occidentaux qui ont forcé les pays de l'ancien bloc socialiste à adopter des politiques radicalement antisociales là où les populations étaient habituées à bénéficier de garanties à vie et de stabilité, et que d'un autre côté cette évolution avait à l'origine répondu à l'intérêt de milieux issus ou non de la nomenklatura qui s'étaient servis du socialisme comme d'un marche-pied leur ayant permis de parvenir au stade de capitalistes. Faute de gauche sociale donc et dans une situation de précarisation sociale grandissante, c'est à un déséquilibre droite libérale de gagneurs / droite populiste de perdants que nous avons eu affaire. Difficile dans ce contexte de trouver les perspectives d'évolution actuelle enthousiasmantes, même si la réaffirmation de la souveraineté nationale peut éveiller quelques compréhensions. Un gaullisme à la hongroise ?


            Nous nous trouvons dans un pays où les médias publics ont été repris en main par un pouvoir qui cherche à reprendre aussi le contrôle « national » de certains leviers économiques et sociaux au profit de classes moyennes précarisées et néanmoins toujours favorables aux capitalisme alors que les capitalistes locaux continuent à contrôler les médias privés qui dénoncent le « populisme » du pouvoir national. Une surenchère nationaliste, non exempte de relens fascisants, s'est donc développée entre le pouvoir et une vraie extrême-droite en ascension, facilement confondus tous deux par les opposants à la « tribalisation » de la hungarité. On peut penser que l'équipe au pouvoir à Budapest sera néanmoins tentée de laisser tomber sous la pression occidentale ses vélléités de contrôle économique en raison même de son caractère hybride, à la fois capitaliste de périphérie et populiste. Ce qui, en l'absence d'une gauche devenue « morale » tout en étant affairiste et libérale, devrait logiquement radicaliser l'opinion vers la droite, en particulier les petits emprunteurs qui, pour le moment, sont soulagés de voir leurs emprunts faits en euros ou en francs suisses réglables en forint, grâce à Viktor Orban. Ce qui soulève la colère des banquiers internationaux peu habitués à se voir imposer des conditions. Ce qui explique aussi pourquoi les manifestations pro-gouvernementales drainent plus de manifestants que celles organisées au nom de libertés « lointaines », par une opposition en fait assez « boboïsée » et marginalisée. Car qui peut dans un pays de précarité devenue massive se soucier des libertés formelles ?

 

La Rédaction

 

 


Une hybris post-socialiste

-

La tragédie de Victor Orban et de la gauche hongroise

 

 

mars 2012

 

 

     Par Attila Melegh *

 

 

Au cours des derniers 18 mois la Hongrie a de nouveau fait la une des médias. Daniel Cohn-Bendit a dénoncé le premier ministre hongrois, Viktor Orban, en le qualifiant de nouveau Chavez ou de nouveau Loukachenko au sein de l'Union européenne (UE). La secrétaire d'Etat Hilary Clinton a prévenu le premier ministre hongrois actuel qu'il ne devait pas freiner les libertés fondamentales et ne pas interférer dans l'indépendance du système judiciaire. Le Président de la Commission européenne de son côté, José Manuel Durao Barroso, a envoyé un message clair pour que la législation du la Banque nationale ne soit pas modifiée et que l'on ne fixe pas dans la constitution le principe de l'impôt forfaitaire. La Commission de l'UE a manifesté également son mécontentement concernant la nouvelle constitution (hongroise) et les lois sur les médias. Le FMI (Fonds monétaire international) et la Commission européenne ont interrompu les négociations avec le gouvernement hongrois et exigé de sa part un engagement réel en faveur des principes de base du « marché » et pour une gouvernance économique. Les banques en et hors de Hongrie soutiennent toutes avec virulence le point de vue selon lequel le gouvernement hongrois est en train de ruiner le secteur financier en imposant des taxes supplémentaires et en manipulant de manière « défavorable » le taux des prêts accordés aux citoyens et aux collectivités locales faits en euro ou en francs suisses. Ces exigences sont répétées encore et encore par les groupes locaux bourgeois non nationalistes qui, en ce moment, sont en état de faire descendre dans la rue des dizaines de milliers de personnes pour protester contre les ingrédients dictatoriaux réels ou imaginaires contenus dans la politique mise en place par le parti au pouvoir.

 

            A l'opposé, les médias locaux pro-gouvernementaux présentent Victor Orban comme un vrai « primitif » ou « bandit social d'honneur » (voir les références à Hobsbawm) qui combattrait le mal constitué par le capitalisme mondialisé et défendrait les droits nationaux de la population locale. Il est probable que 20% environ de l'électorat hongrois croit dans cela. Mais l'image qu'il donne d'une justice sociale et d'une souveraineté nationale qui correspondrait à une sorte de nationalisme de gauche ne correspond pas à la réalité. Orban n'est ni Chavez, comme il n'est pas non plus un Mugabe, un Nasser ou n'importe quelle autre figure qui s'est battue ou se bat pour la réalisation de certains idéaux socialistes dans le cadre national et dans le contexte du capitalisme mondialisé. Il aurait pu occuper une telle position puisqu'à l'origine il montrait quelques inclinations en faveur de politiques d'émancipation. Mais, comme la totalité de la société hongroise y compris la gauche, les libéraux et les conservateurs, il est un produit hybride post-socialiste soutenant que le socialisme était un système dégénéré en soi, et que le capitalisme semi-périphérique actuel aurait constitué un progrès réel en comparaison. Cette position irréfléchie constitue une terrible erreur qui mène vers un vrai chaos.

 

            Dans ce chaos, le seul mobile « consistant » qui reste à Orban après 25 années de longue carrière politique est de montrer à l'intérieur et à l'extérieur qu'il est destiné à mettre de l'ordre en Hongrie, à éliminer tous les « communistes » devenus de fidèles serviteurs du capitalisme mondialisé (et qui sont aussi ses ennemis personnels) et qu'il devrait transformer la Hongrie en un petit Empire européen ayant la souveraineté totale à l'intérieur du bassin des Carpathes. Cette tendance qu'il crée en lui et autour de lui vise à reprendre le contrôle de la fierté nationale et du chaos politique post-socialiste face au capitalisme mondialisé, ce qui fait de lui  une figure quelque peu lunatique et de plus en plus tragique dans l'histoire locale et régionale. Si nous nous référons à des exemples historiques, la question qui éveille notre soucis est celle de savoir si lui-même et des secteurs consistant de la société hongroise tendent à résoudre la contradiction de l'hybridité mentionnée plus haut par le biais d'une dérive tendant vers un fascisme réel. Essayons donc d'analyser un par un ces éléments.

 

            Le public hongrois frustré est ébloui par des évolutions politiques qui sont censées défendre ses intérêts collectifs. Ils sont pris en main par un petit groupe politique arrogant, revanchard, marqué par un vide qui les rend incapables de comprendre les problèmes clefs de l'économie hongroise. Mais simultanément, pour des raisons cognitives et structurelles (la structure de l'économie hongroise, les intérêts des petits « magnats » hongrois, leur propre position sociale, le déclin général de l'Occident, l'eurocentrisme et l'anticommunisme), ils contribuent à aiguiser les problèmes et à pousser directement et indirectement la société hongroise vers une hystérie fasciste. Nous ne devons pas nous tromper, ce n'est pas du fascisme, un système de parti unique (pour le moment), mais c'est une structure autoritaire dans laquelle ses leaders rêvent sans doute de faire de leur pays une sorte de Corée du sud, marquée par la croissance et le développement grâce à des coûts de travail faible et une sécurité sociale beaucoup rabaissée.

 

            Les dénonciateurs libéraux et occidentaux de cette politique ne comprennent pas cette évolution, soit volontairement soit par simple ignorance. Ils pensent qu'un apprenti dictateur est arrivé pour s'atttaquer au système constitutionnel libéral pour des raisons idéologiques ou par simple amour du pouvoir. Ils soutiennent qu'il s'agit d'un Loukachenko hongrois ou de la reconstruction du socialisme autoritaire. Il me semble qu'il y a bien là effectivement des éléments de mémoire collectiviste (ce qui constitue une source assez subtile de cette évolution tragique), mais qu'il ne s'agit pas avant tout de reconstruire les systèmes autoritaires du passé, en particulier celui de type kadarien. Cette politique constitue une tentative assez claire de sauver la variante locale du capitalisme mondialisé, ce qui rend toute cette histoire encore plus tragique. Il y a dans cela un peu de collectivisme mais avec l'intention de sauver le capitalisme national, qui est pleinement relié au capitalisme mondialisé.

 

            Il est évident que la rhétorique politique n'est pas libérale dans sa forme puisque tout est décrit sous l'angle national et que la classe « moyenne » nationale conservatrice (peu importe sa taille) constitue son public cible. Et c'est là où se trouve le tournant fasciste de cette histoire. Dans les show, les « séances de haines » (c'est-à-dire les programmes et discussions politiques dans les médias « publics » hongrois), on retrouve constamment des autodafés fascistes-conservateurs visant les gauchistes roses, les libéraux, les gays, les Tsiganes et plus souvent encore les communistes qui, selon une autre manoeuvre subtile dans cette histoire, n'ont jamais été communistes. Aujourd'hui, « communiste » signifie des hommes d'affaires et des managers influent et pas si influent que cela mais occupant des postes clefs. Ce groupe de personnes comprend des premiers ministres comme Gyurcsany et Bajnai, qui contrôlent de larges pans de l'économie locale et qui n'ont jamais rien eu en commun en fait avec le système communiste, hormis le fait d'avoir de façon active aspiré les joyaux du secteur public en coopération avec des non communistes. « Communiste » ou « bolshe » signifie donc tout simplement quiconque qui pourrait être dénoncé pour corruption ou qui pourrait tout simplement être présenté comme un traître. Ces personnes sont ouvertement associées aux atrocités communistes des années 1950, et une partie importante de la société hongroise croit dans ce pur non sens.

 

            Mais cependant, d'une certaine façon, ces « anticommunistes » décrivent objectivement ces « communistes » comme formant un groupe qui a constitué l'heureux bénéficiaire de la transformation du pays et qu'on a inséré au sein des hiérarchies mondiales avant même le changement de régime. Ils ne remettent pas en question le besoin d'adaptation aux contraintes extérieures qu'ils ont assimilées. Ils ont orienté le pays vers une politique d'augmentation des exportations en achetant de nouvelles technologies et en trouvant de nouvelles réserves de travail à bon marché et exploitable, y compris au dépens du caractère « socialiste » du système affaibli. Et ils ont mis en danger l'autonomie de l'économie d'Etat alors encore dominante. Nous pouvons définir cette politique comme ayant eu pour objet de discipliner la société afin de répondre aux exigences d'une position semi-périphérique.

 

            Et c'est cela qui constitue l'élément décisif du scénario politique construit par les partis hystériques de la droite. Ils ont pris en main la charge de mettre en ordre la société hongroise dans le cadre des hiérarchies mondialisées d'une autre façon, inconnue à l'époque où les gouvernements libéraux-socialistes étaient au pouvoir. Ils déclarent tout d'abord qu'ils défendent l'intérêt national et qu'ils ont cessé le bradage du pays. Dans ce contexte, les commissaires de droite réexaminent tous les contrats conclus avant la formation du présent gouvernement et, quotidiennement, font ressortir d'énormes « scandales ». Certains de ces cas sont réels, mais beaucoup d'entre eux constituent tout simplement le résultat d'une économie où beaucoup de compagnies privées exécutent un grand nombre de services « externalisés » pour le « public ». C'est ce que le capital mondialisé et ses agents institutionnels multiples ont laissé à la bourgeoisie locale. Ce système économique n'est donc pas analysé globalement avec la corruption qui en constitue une partie constitutive et permanente. Il est évident que les médias mainstream évitent de montrer la cohérence globale de ce système puisque même les journalistes eux mêmes font leurs affaires en utilisant les cordes liliputiennes menant vers le Gulliver des ressources publiques. Le capitalisme ayant pour projet de sucer le sang constitue l'essence même de la majorité des manoeuvres politiques. Les ressources publiques limitées qui restent après avoir été drainées par le business international et après que les « magnats » hongrois aient constitué les cibles enviées à une échelle massive.

 

            La sphère publique ne signifie plus grand chose en terme de richesse, et les descriptions du pays donnent une image plutôt sombre. Une dette extérieure élevée, un déficit en hausse continue amenant vers des tentatives devenues systématiques de prendre toute ressource qui peut être retirée au peuple, en particulier des groupes les plus faibles. Il semblerait même que Viktor Orban et son ministre de l'économie Matolcsy ont envié Nicolai Ceausescu, le « génie des Carpathes » qui a remboursé le maximum de la dette extérieure sans tenir compte des conséquences locales. Cela semble être devenu la spécialité paranoïaque du Parti des jeunes démocrates (FIDESZ), et ce qui démontre comment ses dirigeants essaient de soumettre, à leur façon, systématiquement, la société hongroise aux intérêts du capital mondial et local, sans apporter d'alternative vivable pour la masse de la population locale. Même si nous prenons en compte le fait qu'ils pourraient entrer en conflit avec les banques appartenant à des capitaux étrangers afin de pouvoir rembourser des hypothèques à taux fixes (en leur causant des pertes de l'ordre de 1 milliard d'euros), cela ne fait que montrer que l'objectif final est de maintenir le capitalisme avec ses préférences de classe rigides en faveur de ceux qui peuvent se permettre d'acheter des propriétés.

 

            Soyons clairs sur le fait que, par exemple, la décision de reprendre les fonds de pension privés (qui constituent une accumulation du capital légalement sécurisée s'appuyant sur l'autorité publique) ne constituait pas seulement un mouvement raisonnable, mais constituait en fait un des rare élément (mettant les libéraux en furie) que l'on pouvait accueillir avec bienveillance. Mais cependant, cette renationalisation et la réduction consécutuve de la dette extérieure hongroise (avec 3% de pertes en raison de l'effondrement de la monnaie hongroise) n'a pas empêché le gouvernement de poursuivre l'achat de nouveaux biens. Ils ont racheté les actions de MOL (le monopole hongrois du pétrole) qui ont été transférées par le biais de l'Autrichien OMW à certains groupes d'affaire russes pour deux millions d'euros provenant de l'argent du FMI. Cela nous montre encore une fois que l'intention n'était pas de faciliter l'accaparement du capital global, mais que c'était une manoeuvre visant à ce que le gros capital État-privé local soit satisfait et augmenté. Les magnats hongrois ont tout simplement utilisé les ressources de l'Etat pour obtenir des avantages vis à vis de leurs concurrents étrangers et locaux. Par exemple, une majorité élue démocratiquement des deux tiers a voté la loi qui permet à un homme d'affaire de ne pas payer les impôts d'entreprise et locaux pour ses entreprises de développement immobilier. Alors qu'une étoile du monde des affaires hongrois peut tout simplement donner l'ordre aux autorités hongroises de fermer ses concurrents. Ce qui montre la réalité du système légal actuel. Et ces hommes d'affaire contrôlent tout simplement la politique économique et ordonnent directement au gouvernement de couper dans les dépenses sociales, de réduire les allocations de chômage à 90 jours, d'assurer la possibilité de jeter hors de son travail quiconque sans justification, de réduire les salaires minimum par le biais de travaux publics « obligatoires », de couper les avantages sociaux des couches les plus pauvres et les plus faibles. C'est là le modèle du capitalisme semi-périphérique d'il y a un siècle lorsque les revenus agricoles devaient être maintenus à un niveau très bas afin de préserver la compétitivité en l'absence de capital en état d'intensifier la production. Mais, après 40 ans de socialisme d'Etat, une telle politique nécessite une répression idéologique et discursive très forte.

 

            Cela nécessite d'utiliser des contorsions et  des paradoxes comme ceux décrits plus haut, y compris la recherche de bouc-émissaires permanents, les pauvres, les Tsiganes, et l'intensification des préjugés de classe et de race. Comme force d'entraînement, ils sentent qu'ils peuvent maintenant s'en sortir en stigmatisant les sans domicile fixe (bannis légalement de l'espace public), et qu'ils peuvent constamment parler de la criminalité tsigane. On peut seulement imaginer quelle joie émotionnelle ils ressentent lorsqu'ils en arrivent à pouvoir haïr les Tsiganes sans plus de retenue, parler de l'utilité de travailler comme serviteur et de blamer les « communistes » pour tous les conflits sociaux qui éclatent avec la hausse des inégalités et la marginalisation sociale. Ce qui constitue la propagande la plus laide que l'on peut observer dans ce pays depuis très longtemps, et qui constitue la seule forme de propagande en état de leur permettre de conserver le pouvoir car il n'existe aucun débat portant sur le capitalisme mondialisé au quotidien en Hongrie.

 

            La question qui soulève le plus de soucis est que cette machine de propagande en est arrivée à jouer plusieurs fonctions politiques. On peut payer de nouveaux clients si les contracteurs précédent ont été expulsés de leurs affaires. On peut placer à des postes de nouvelles personnes à la place des « communistes » licenciés. Le gouvernement peut montrer qu'il est en permanence engag dans un combat pour les « Hongrois » contre leurs ennemis intérieurs et contre le capital mondialisé. Il peut insérer des peurs de type fasciste au sein des classes « moyennes » désécurisées, simultanément envers les classes inéfrieures et les élites supérieures. Et le plus troublant dans tout cela, c'est que cela constitue leur unique chance, car ils ne peuvent pas ouvertement clamer les promesses et gesticulations qu'ils font à l'égard du capital mondialisé et ses représentants. Car cela signifierait leur mort politique.

 

            Dès lors, ce sur quoi nous devons réfléchir est que leur proclamation de combat nationaliste est une imposture camouflée derrière l'utilisation d'instincts réellement fascistes. Le signe le plus évident de cette évolution étant que l'extrême droite désignée continue à se développer. Pour le grand malheur de la gauche politique, cette extrême droite a avalé et recadré beaucoup des idées que la gauche aurait dû mettre de l'avant si le contexte s'y prêtait. Il est étonnant de constater que quelques-uns des meilleur représentant des critique antisystémiques globale proviennent de journalistes locaux « aryens » anti-tsiganes et promoteurs d'une grande Hongrie. Aussi, lorsque nous constatons la montée de l'extrême droite, nous devons également non seulement voir que cela provient des crises politique et sociale, mais que la population locale est poussée dans leurs bras par tous les groupes politiques qui sont incapables d'imaginer quoique ce soit de viable à l'ère du déclin de l'Occident et de la restructuration du capital mondialisé. Nous ne pouvons dès lors pas être surpris que ce soient eux qui représentent le second parti en terme de popularité.

 

            L'autre résultat de cette situation, c'est que la Hongrie va rester dans une situation de conflitt permanent portant sur la question des Hongrois vivant dans les pays voisins. Comme c'est le cas pour la Roumanie, le gouvernement a accordé la citoyenneté de non résidence aux Hongrois et à d'autres personnes qui ont la possibilité de réclamer une telle identité. Ce qui n'est pas pour le moment mis en relief avec suffisament de force par les pays voisins, à la seule exception de la Slovaquie. Mais nous pouvons être absolument sûrs que l'exemple de la Hongrie qui est un pays « avancé » sur la voie de la construction de systèmes autoritaires semi-périphériques développés sera suivi par différents groupements politiques dans les pays voisins. Et ce sera alors le chaos créé par ces petits impérialistes anti-Trianon, favorables à une grande Hongrie. En tuant ainsi tous les groupes politiques qui ont travaillé très durement pour construire des ponts au-dessus des frontières ethniques et pour assurer quelques droits ethniques de base et qui ont été remplacés par des « radicaux » envieux, suprêmement stupides, et qui vont ruiner toutes les stratégies visant à calmer les émotions réveillées par des politiciens qui n'ont pas d'autre idée sur ce qu'il faut faire dans cette crise.

 

            L'avenir de cette défense nationaliste des structures rigides du capitalisme semi-périphérique dépend beaucoup des scénarii politique européens. L'Allemagne utilise la Hongrie comme une province chinoise locale (en apportant des particules de haute qualité pour ses productions concurrentielles) et comme marché pour ses multinationales, et elle pourrait être gênée par ces tentatives provinciales visant à renforcer la Hongrie. Elle n'a primo pas intérêt à soutenir cette politique, et secundo, elle souhaite des solutions aussi pacifiques que possible. Ses décideurs n'aiment pas les trublions provinciaux, particulièrement au moment où l'euro s'effondre. Sur ce point, ils sont d'accord avec les Etats-Unis qui exigent eux-aussi le respect des éléments de base du management de type occidental. La Chine n'a, elle, aucun intérêt à défendre la position de la Hongrie car il n'existe pas d'économie hongroise, et le pays exerce une influence sur la scène internationale qui est proche de zéro. Elle va donc suivre de façon pragmatique les événements pour voir comment les Allemands vont traiter cette question sans le moindre regret. Si la Hongrie se révèle un inconvénient pour certaines affaires, alors ils vont tout simplement les déplacer en Slovaquie.

 

            De toute façon, Orban est condamné à perdre. Il a perdu sur le plan international, il est en train de perdre tout élan en Hongrie, il a outré différents groupes sociaux de différentes façons. Il n'a pas de véritable allié, et son arrogance lui a aliéné une grande partie de ses appuis. Dans ce contexte hybride post-socialiste, c'est seulement une hystérie fasciste qui pourrait sécuriser sa position sur le court terme dans le cas où la crise mondiale serait suffisament forte. Mais les ruines qu'il laissera derrière lui vont créer des problèmes encore plus grands. Seuls les clients et les « experts » du capitalisme mondialisé vont se battre avec les fascistes de droite. La gauche politique n'a maîtrisé aucune des questions clefs du capitalisme mondialisé et de son fonctionnement en Hongrie. Les milieux de la gauche couarde avec leurs intérêts petit-bourgeois vont sans doute à partir de maintenant donc soutenir qu'il est inutile de lutter contre le mal provenant du capitalisme semi-périphérique, et ils vont souligner : Regardez ce que Orban a fait et comment il a échoué. C'est ici qu'on trouve la tragédie de la gauche hongroise et du pays lui-même.

 

 

* Attila Melegh, Institut de Recherches démographiques, Budapest, Hongrie

 

 

 

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Published by Attila Melegh - dans article classé
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