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Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de La Pensée exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politiq
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25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 18:15

Le conflit autour de la Terre sainte contient aujourd’hui toutes les principales contradictions de la planète, ce qui explique la place qu’il occupe dans les consciences et dans les inconsciences partout dans le monde. Cet article analyse la situation actuelle autour de la question israélienne dans le cadre d’une réflexion analythique globale sur les rapports existant dans le monde et le liens de chacun d’entre eux avec les principales contradictions, ce qui explique pourquoi nous l’avons repris ici. A l’heure où domine de plus en plus le sentiment que nous arrivons à la scène finale d’une pièce qui a été jouée et rejouée tout au long de l’histoire de l’impérialisme. Et qu’il faut donc bien à partir des diagnostic établis commencer à réfléchir comment vaincre la maladie.

La Rédaction

 

Israël, dérive ou destination naturelle ?

 

Une mauvaise utopie* se heurte une pyramide à quatre faces

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juillet 2018

Badiaa Benjelloun

On ne compte plus le nombre de visites faites par Netanyahu à Poutine. On s’y perd. Au cours des sept derniers mois, pour l’année 2018, le chef du gouvernement de Tel Aviv s’est rendu quatre fois en Russie voir le maître du Kremlin. Le besoin de le voir est semble-t-il incoercible, en cinq ans, on ne compte plus ses allers retours. Au cours de ces mouvements pendulaires, la configuration des échanges est très éloignée de l’arrogance assumée que le chef de l’état ethno-militaro-théocratique pratique à Washington, pas de "standing ovation" à la Douma en snobant le chef d’Etat élu en bonne et due forme.

1 Faillite israélienne en Syrie, exit le projet du Grand Moyen Orient

Cette impérieuse nécessité souligne ce qui s’est largement amorcé sous Obama I et II, les Usa ne sont plus les maîtres du jeu (exclusifs) dans l’Orient arabe. Au contraire de ce qui s’est déroulé en Irak où une destruction des structures politiques, sociales a été systématique et a parfait l’anéantissement économique, la Syrie a survécu au broiement programmé par les néo-conservateurs sionistes. Il est vrai qu’elle a été épargnée par la malédiction pétrolière qui a frappé le pays voisin et qui en a fait la proie privilégiée de l’impérialisme anglo-saxon, fort contrarié de la nationalisation en 1972 de l’Irak Petroleum Company. La Syrie ne s’est pas engagée non plus dans l’engrenage d’une guerre ruineuse avec la République islamique d’Iran que l’Irak a engagée pour servir de rempart à la Révolution islamique. Saddam Hussein a répondu aux vœux des pétromonarchies et de la CIA en acceptant d’être le factotum de leur habile contre-révolution. Long conflit de huit ans qui ne lui a valu que des dettes, un million de morts et un arrêt net de son développement. Cette erreur stratégique de Saddam Hussein fut suivie selon une logique inexorable par la première guerre du Golfe, un embargo et la seconde guerre du Golfe. Il a certes contenu le déferlement d’une vague qui pouvait emporter les régimes monarchiques arabes. Mais près de quarante ans plus tard, le pays en paie encore le prix alors que selon un paradoxe apparent, il est rentré dans la zone d’influence de l’Iran.

Les mouvements de protestation des peuples arabes, ‘printemps arabe’, qui n’ont reçu aucune manifestation de solidarité internationale digne de ce nom ont fini par se répandre en Syrie en 2011. Au début de l’arrivée au pouvoir de Bashar Al Assad, ophtalmologiste formé en Grande-Bretagne que rien ne destinait à cette fonction hormis le fait que son père avait transformé le régime en République héréditaire, les droits et acquis sociaux élaborés dans le cadre d’un baathisme fortement teinté de socialisme ont commencé à être détricotés dans le but de s’insérer dans le marché mondial. Pénétration d’abord timide de la finance internationale et privatisations ont transformé progressivement le paysage social du pays provoquant un fort exode rural motivé par des années de sécheresse consécutive que n’a pas endigué un système engagé dans le laisser-faire néo-libéral inspiré par la FMI agrémenté d’austérité et de gel des salaires.(1) L’élite économique s’est fortement enrichie, les activités se sont développées dans les villes au dépens des campagnes créant des factions pro-occidentales au sein du gouvernement et de l’armée, le chômage s’est accru. La contestation sociale née dans les zones principalement affectées par la dégradation du niveau de vie a été réprimée, alors qu’on a découvert après 2011 que des entrepôts d’armes et des tunnels avaient été préparés bien avant le ‘printemps arabe’. La Syrie n’était pas endettée sur le marché international et elle a conservé sa souveraineté alimentaire et pharmaceutique malgré les mesures néolibérales résntes. Mais très vite, la rébellion a changé de nature. Les forces de l’ordre ont affaire à des ripostes armées voire à des provocations par des groupes paramilitaires. Dès fin 2011, un arsenal sophistiqué est disséminé parmi des ‘rebelles’ qui disposent de missiles antichars français de dernière génération capables de transpercer des blindages conséquents de véhicules de l’armée syrienne. Le complexe militaro-industriel étasunien à l’œuvre a transféré dans l’Orient arabe le savoir-faire accumulé en Amérique latine. Les escadrons de la mort ont été peinturlurés d’un vernis islamistes. Les mercenaires, payés au-delà du salaire moyen dans la région, affluent, la motivation islamiste élargit le spectre des recrues puisées d’abord dans les prisons des pétromonarchies. Elles viennent bientôt y compris des quartiers déshérités des pays européens qui n’ont pas su ni voulu intégrer correctement dans un système éducatif universel les enfants de la classe ouvrière qu’ils avaient importée dans les années d’expansion industrielle. Un tel laisser faire des gouvernements occidentaux pourvoyeurs de candidats alqaïdistes et daechistes, surtout français et belge, manifeste qu’ils comptent régler ainsi la création d’un ennemi intérieur en déplaçant le curseur des terroristes à exporter et à rapatrier quand leur bon usage se ferait sentir. Il est frappant que l’opposition armée qui n’est qu’en partie seulement de base syrienne n’a pas de revendication sociale mais uniquement confessionnelle, cette indifférence aux questions économiques aurait dû alerter tout anti-impérialiste un tant soit peu attentif au seul clivage pertinent.

Negroponte, homme de la CIA qui s’est hautement spécialisé dans la contre-insurrection au Honduras où il a été ambassadeur entre 1980 et 1985 pour viser le Nicaragua et l’insurrection en El Salvador, avait été le premier ambassadeur envoyé en Irak en 2004 pour écraser la résistance patriotique qui devenait de plus en plus efficace avec ses dispositifs explosifs improvisés. Il avait emmené dans ses bagages Robert Stephen Ford, parlant arabe et turc et ayant débuté le travail ‘option Salvador’ à Najaf, avant de rejoindre Bagdad en 2005 et parfaire la formation des escadrons de la mort irakiens qui seront responsables de la guerre interconfessionnelle shiite-sunnite et interethnique arabe-kurde.

Les supplétifs indispensables, comme en Amérique latine, furent les Israéliens opérant au sein de l’appareil militaire ‘étatique’ de l’entité sioniste ou comme anciens de cet appareil travaillant pour des sociétés privées. Dans les prisons où l’occupant a entassé en masse tout résistant potentiel, tout homme adulte entre 18 et 60 ans les interrogatoires ‘ musclés’ étaient menés par des Israéliens.

Armements, formation de militaire de la lutte contre-insurrectionnelle, assistance électronique dans le traitement des données policières, Israël est présent dans tous les fronts, au Guatemala tout d’abord. 300 conseillers israéliens dirigent des opérations coordonnées avec le commandement sud de l’armée américaine.(2) L’aide israélienne au gouvernement guatémaltèque outrepasse ce rôle militaire, elle fournit un modèle de palestinisation des Indiens (60% de la population) placés dans des hameaux stratégiques et de création de tension entre communautés religieuses.

El Salvador et le Costa Rica avaient déménagé leurs ambassades de Tel Aviv vers la ville Sainte dans le début des années 1980 en échange de ventes d’armement, de lutte antiterroriste et de rééchelonnement de la dette extérieure. Au Honduras, Sharon avait emboîté le pas à Reagan en 1982 et a conclu une livraison d’armes en particulier la cession de celles saisies à l’OLP au Liban.

Les limites de l’intervention en Amérique centrale et latine imposées au Pentagone par l’opinion et le Congrès allait favoriser l’offensive d’Israël sur ces territoires. De plus, un protocole secret permettait à des pays tiers d’utiliser des crédits militaires étasuniens pour acheter du matériel israélien. De cette manière, les mœurs démocratiques américaines encore endolories par le syndrome vietnamien ont permis une croissance exponentielle de l’industrie de l’armement de l’entité sioniste, un boum de 340% entre 1978 et 1980. Cette transformation d’Israël en agent de la CIA l’ont dès lors classé comme cinquième marchand d’armes au monde, lesquelles ventes lui assurent 40% de ses revenus.

L’ancien collaborateur de Negroponte, Robert Stephen Ford, a été nommé ambassadeur à Damas en 2010 juste deux mois avant ‘l’insurrection’, après un crochet par Alger de deux ans en 2006 et un retour à Bagdad en 2008 pour parfaire la continuité de l’option ‘Salvador’ irakienne. Les atrocités commises en Syrie par les groupes terroristes encore appelés à cette époque « révolutionnaires » par les médias occidentaux et pétromonarchiques, révélées parDer Spiegeldès mars 2012, sont tout à fait superposables à celles commises en Irak par les escadrons soutenus par les Usa.(3) L’Armée syrienne libre, présentée comme résultant de défections massives de l’armée gouvernementale, n’a jamais été qu’un réseau informel d’unités paramilitaires diverses recevant leurs subsides d’entités multiples nationales (4) ou non, des compagnies privées ont été impliquées dans leur formation et leur assistance,(5) mais obéissant toutes à la consigne majeure de la destruction de l’Etat-nation syrien.

Tout ce beau développement, translation homothétique de l’option Salvador en plein cœur de l’Orient arabe, s’est confronté à un double antagonisme.

Le peuple syrien dans sa majorité s’est rangé, malgré des hésitations dans les milieux marginalisés et la défection de quelques hauts fonctionnaires liés aux intérêts occidentaux, du côté du gouvernement de Bashar Al Assad, il ne se reconnaissait pas dans ces tueurs formidablement équipés et manifestement venus d’ailleurs pour une très grande partie. Les énormes manifestations en sa faveur en témoignent, aucune baïonnette ne peut y contraindre en période de guerre ‘civile’. Par ailleurs, nombre d’observateurs de la Ligue arabe dans le cadre d’une mission dirigée par un général soudanais et dépêchés fin décembre 2011 dans une tentative de dénouer la crise, mais non appointés par les pétromonarchies, ont rapporté que le conflit était d’une autre nature qu’une répression exercée par un régime autoritaire sur un peuple révolté. Dès fin 2011, il devenait évident qu’il s’était internationalisé avec participation de plusieurs parties.

L’accueil des réfugiés irakiens après 2003, entre 1,2 et 1,5 millions sur les deux millions qui ont quitté leur pays, a bouleversé l’équilibre socio-économique de la Syrie qui a dû développer des stratégies pour s’adapter à un accroissement brutal de 10% de sa population. L’arrivée sans restriction ni visa jusqu’en 2007 dans les principales villes, Damas, Alep et Homs de ces réfugiés a enseigné au peuple syrien ce qui peut advenir de lui en cas de désintégration de l’Etat-nation tel qu’il s’est construit depuis la division de cette région par les deux puissances impériales au lendemain du dépeçage de l’Empire ottoman. Le chaos est le seul statut garanti par les interventions ‘libératrices’ occidentales. Cette absorption brutale a créé par ailleurs une hausse importante dans l’immobilier, instabilité des prix qui a été une source de mécontentement urbain. La Syrie avait déjà areçu en 2006 un afflux brutal mais transitoire de réfugiés libanais, quelques centaines de milliers lors de l’attaque israélienne visant le Liban. Bashar Al Assad avait prononcé après la fin de l’agression israélienne un discours fleuve, comme plus aucun chef d’Etat arabe ne sait plus en faire, vibrant d’hommages pour la victoire du Hezbollah…. Mais son sort est scellé bien avant.

Le second résulte de la leçon administrée à la Chine et la Russie par l’Otan en Libye. La résolution 1789 de l’ONU a été transformée par l’Alliance atlantique en permis de renverser le régime, d’assassiner le chef de l’Etat et d’installer une instabilité qui allait se répercuter sur toute l’Afrique sub-sahélienne. La Syrie n’a jamais renié son alliance avec l’URSS puis la Russie de Poutine au point d’avoir refusé l’offre du passage du gazoduc des pétromonarchies par son territoire pour choisir celui prôné par Gazprom et qui devait aussi acheminer pour l’exportation le gaz iranien. Tartous est le seul débouché en Méditerranée pour la flotte russe. Les vetos russe et chinois au Conseil de Sécurité de l’ONU contre les résolutions occidentales à l’encontre de la Syrie ont été systématiques. L’intervention militaire directe de la Russie en Syrie à l’automne 2015, sur la demande de Assad et alors que la pression militaire des groupes armés par l’étranger menaçait tout le pays, a brisé net les efforts de l’Otan payés par les pétromonarchies et épaulés par une Turquie, base arrière des groupes terroristes et bientôt canal pour l’exportation du pétrole volé en Irak et en Syrie par des takfiristes.

Aujourd’hui, l’entité sioniste est contrainte de composer avec la résilience de l’Etat syrien qui a retrouvé le contrôle de plus de 90% de son territoire. Elle ne plaide plus pour que Daesh ou An Nosra/Al Qaïda, qu’il renseigne, dont il forme les cadres et soigne les blessés, se substitue au gouvernement actuel syrien. Les bombardements israéliens récurrents en faveur des groupes terroristes n’ont pas réussi à freiner l’avancée des troupes syriennes. La coalition du ‘regime-change’en Syrie est en train d’exfiltrer activement l’équipe des Casques Blancs, affiliés à la section Jabha Al Nosra d’Al Qaïda, environ mille personnes et leurs familles, cette décision a été prise en marge du dernier sommet de l’OTAN (6), c’est dire que le sud de la Syrie est perdu pour leur cause.

La centaine de raids aériens menés ces cinq dernières années par les avions de combat dernier cri contre des objectifs syriens n’ont eu aucun impact matériel ni moral sur une armée syrienne qui ne cesse de se battre sur plusieurs dizaines de fronts contre les forces de l’OTAN élargie.(7) L’ancien Chef d’Etat major israélien prétend qu’il s’agissait à chaque fois de frappes sur des convois d’armes convoyées depuis l’Iran vers le Hezbollah.(8) En réalité, l’objectif majeur de ces escapades aériennes est à destination interne, il faut rassurer les colons de la capacité réactive de la puissance occupante.

Les échanges impérieux, de vive voix, du chef de gouvernement de Tel Aviv avec Poutine ne portaient pas sur de banals partages d’informations pour éviter un conflit aérien au-dessus du ciel syrien. Netanyahu s’est rendu comme émissaire des pétromonarques, il se fait fort d’obtenir la levée des sanctions économiques occidentales contre le lâchage de la Syrie. Il a essayé d’obtenir que la Russie fasse pression sur l’Iran pour qu’il retire ses forces armées de Syrie. Le compromis obtenu a été qu’une zone limitrophe de quelques dizaines de km soit interdite au Hezbollah et à l’Iran et en échange, l’armée syriennepourra prendre le contrôle de toute la région adjacente au Golan.

La Syrie n’a pas disparu, les mangeurs d’organes ne l’ont pas dépecée et l’Iran est définitivement appréciée comme un acteur incontournable dans le Moyen Orient arabe, en Syrie comme en Irak. comme force

2. Faillite morale d’Israël

Un soldat filmé en train de tirer à bout portant une balle sur un Palestinien blessé inerte et à terre, ne présentant à l’évidence aucun danger. La séquence est vite devenue virale et a été vue plusieurs des millions de fois sur les réseaux sociaux.(9) Il a été jugé et condamné à 18 mois de prison. L’assassin Elor Azria, français et conscrit dans l’armée d’occupation, a vu sa peine réduite de 4 mois quelques mois plus tard (10)

Ce n’est pas la première fois que l’armée sioniste exécute froidement des Palestiniens, mais l’ampleur internationale donnée à cette séquence filmée et largement relayée n’a pu être contrecarrée efficacement par les organes de propagande israéliens. L’affaire Mohamed Durah, le jeune garçon de 12 ans tué par un sniper israélien en 2000 a duré plusieurs années.(11) Le film de Charles Enderlin qui avait saisi par hasard la scène a été contesté par les officines sionistes en France qui y ont vu un montage et un faux. Ce type d’arrogance, la chutzpah, capable de transformer le vrai-vrai en vrai-faux finit par s’éroder et la confiance jusque là absolue du pays dans son armée s’en trouve ébranlée.

La « Grande Muette » a été la cible d’opposants à Netanyahu et du même parti que lui-plus à droite encore et peut-être plus corrompus- en 2016 en demandant la création d’une commission d’enquête sur l’agression de 2014 contre Gaza. C’était une première car l’armée et ses agissements sont une question taboue dans un Etat où elle est son seul ciment. Oren Hazan, député à la Knesset et ancien tenancier de casinos et de bordels en Bulgarie (12) qu’il a fuie pour ne pas payer ses dettes, et Yossef Shapira, contrôleur d’Etat, ont accusé les autorités militaires de n’avoir fixé aucun objectif politique ou militaires avant de déclencher les hostilités. L’opération ‘Bordure protectrice’ avait fait 74 morts côté agresseur israélien dont 68 soldats et 2 251 morts du côté palestinien selon l’ONU. Lequorumnécessaire pour déclencher l’enquête n’a pu être obtenu, Hazan a été évincé de la commission de contrôle de l’Etat à la Knesset. (13)

La campagne BDS (14) ne cesse de faire des émules dans le monde.

Le refus de l’actrice israélienne Natalie Portman de recevoir des mains de Netanyahu le prix Genesisassorti million de dollars qui récompense sa façon exceptionnelle de représenter les valeurs juives (15) illustre l’engagement de plus en plus fréquent de juifs israéliens contre les exactions insupportables de l’Etat militaro-théocratique à l’encontre du peuple de Palestine. Le courage politique d’une artiste de cette renommée aura la vertu d’être contagieux. Vanessa Paradis et plus de cent artistes déjà en 2011 avaient refusé de se produire sur les scènes israéliennes. (16) L’annulation du match amical Argentine-Israël lors des prémisses du Mondial de football fera aussi sans doute date car de portée considérable compte tenu du très large public adepte de ce sport et de son spectacle dans le monde. (17)

L’internationale socialiste, forte de ses 140 partis avec 35 participant dans des gouvernements, a appelé lors de la réunion de son Conseil aux Nations Unies à Genève les 26-27 juin à un embargo total de toute forme de coopération militaire et de commerce d’armes avec l’entité occupante.(18) Les intimidations lancées par l’Etat hébreu- chantage récurrent à l’antisémitisme en cas de réprobation de la colonisation continue de ce qui reste de lambeau territorial aux Palestiniens- et soutien au ‘terrorisme du Hamas’ n’ont plus aucune prise. La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, répond fermement et sur un ton courroucé aux accusations du ministre israélien des Affaires stratégiques et de la Sécurité publique qu’il n’y a pas lieu de confondre incitation au terrorisme et la question du boycott.(19)

Etat de corruption endémique

La corruption dans l’entité sioniste est un état endémique et lui est constitutive. Elle a évolué avec le temps. La loi israélienne qui permet d’accueillir tout juif accusé de malversation dans son pays d’origine a créé les conditions pour légitimer une situation de non droit dans le domaine de la lutte contre la corruption, en parallèle avec les multiples violations du droit international. Ces vingt-cinq dernières années, aucun premier ministre n’a échappé à la règle d’avoir été compromis dans des affaires de concussions, et seul Ehoud Olmert a écopé d’un emprisonnement (20). De limitée à des scandales qui impliquaient que des responsables reçoivent des pots de vin pour trafic d’influence, elle revêt désormais une dimension mafieuse avec détournements de fonds public d’une ampleur considérable. Les dirigeants sionistes se répartissent les deniers publics comme un butin réparti entre membres d’une mafia. L’achat des sous-marins allemands à Thyssen Krupp, d’un coût de plusieurs milliards de dollars et inutiles, a été l’occasion pour un cercle restreint autour de Netanyahu de récupérer des rétro-commissions considérables et de les transférer vers des comptes privés et secrets.(21). On a même vu un ancien ministre israélien verreux devenir agent des services secrets iraniens, le vernis sioniste est en train de craquer !

Le plus significatif est l’accoutumance du public israélien à cette faillite morale. Bien que convaincu de la corruption de son actuel dirigeant, il se déclare prêt à voter pour lui. Il n’y a pas lieu de s’en étonner puisque l’acte premier de la fondation d’Israël est basé sur le vol des terres de Palestine et sur le mensonge répété aux candidats du partage de cette rapine de l’existence d’« une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

Contrairement à l’oubli escompté des réfugiés palestiniens de leur dépossession par les ’pionniers’ de la plus vaste escroquerie de l’histoire, les millions de Palestiniens et leurs descendants spoliés et chassés réclament avec force leur droit au retour. Les manifestations pour ce droit tous les vendredi à Gaza depuis le mois de mars ne s’essoufflent pas malgré la multiplication des martyrs à Gaza, tirés comme des lapins par des snipperssionistes abrités lâchement derrière des hauteurs artificielles.

 

3. affinités et amitiés profondes.

L’immoralité crasseuse de cet Etat artefact se répand et s’incruste où elle peut.

Hongrie :

Les relations privilégiées entre la Hongrie de Viktor Orban et Netanyahu en est l’un des aspects. Les deux compères se rendent des visites mutuelles (22) pour consacrer une amitié en principe apparemment paradoxale. La dernière campagne électorale qui a porté pour la troisième fois au pouvoir le très rusé chef du parti Fidesz-Union des Jeunes démocrates en avril dernier avait sans nul doute des relents antisémites. A cette occasion, des portraits ambigus de Georges Soros (23) ont été placardés pour dénoncer les activités des ONG financées par le juif hongrois qui encouragent l’immigration clandestine et compromettent la nature chrétienne de sa population. Netanyahu passe sous silence l’admiration ouvertement professée par Orban pour Miklos Horthy, amiral régent de la Hongrie lors de la Seconde Guerre mondialisée, antisémite et partenaire militaire notoire des nazis qui a toléré le développement d’un mouvement fasciste qui allait organiser la déportation des centaines de milliers de juifs hongrois après son coup d’état organisé par l’armée allemande (24). Le paradoxe n’est bien sûr qu’apparent car un même fond d’islamophobie les anime et l’antisémitisme peut se conjuguer harmonieusement avec le philosionisme, comme le prouve le mouvement des chrétiens sionistes aux USA par exemple. Au delà de cette passion commune qui leur fait assimiler selon la nouvelle norme internationale édictée depuis la guerre sans fin de Bush Islam et terrorisme, un même climat de corruption sévit en Hongrie et en Israël. Nouvellement intégrée à l’Union européenne, une fois acquis son ticket d’entrée en 1999, à savoir son entrée dans l’OTAN, elle a bénéficié des ressources du plan de cohésion européen, soit 25 milliards d’euros pour 2007-2013 et une nouvelle tranche de 5 autres milliards d’euros pour les années 2014-2020. L’indice de perception de corruption établi par (25) Transparency Internationalclasse la Hongrie parmi les pays les plus corrompus en Europe. Le système Orban fonctionne sur un capitalisme de copinage dans lequel la manne européenne se retrouve dans l’escarcelle de la garde rapprochée de celui qui n’a comme programme que la peur irrationnelle d’une invasion musulmane. (26)

Pour la première fois dans l’histoire, une élection a été gagnée grâce à l’aide d’une firme privée de renseignements. Black Cube, fondée par des anciens du Mossad et rendue célèbre par son implication dans la constitution de dossiers (27) contre les plaignantes qui ont dénoncé les agressions sexuelles de Harvey Weinstein, a été engagé par Orban (28). L’armée d’espions a été engagée pour piéger des membres d’ONG liées à l’Open Society Fondation pour obtenir d’eux un enregistrement qui témoigne de leur volonté d’aider les migrants. La publication quelques semaines avant les élections de la liste de 200 personnes complotant contre la Hongrie a fortement contribué au résultat du scrutin.

Ukraine :

La contribution de Victoria Nuland, au travers de sa conversation et son délicat et significatif « F…EU » avec l’ambassadeur étasunien en Ukraine, deux semaines avant le coup d’Etat du Maïdan à Kiev, restera dans les mémoires. Elle y annonçait tranquillement lequel des protégés de la CIA devait être mis en avant pour prendre le pouvoir lors du regime changeprogrammé par les Usa, ce qui fut d’ailleurs fait (29). La femme de Robert Kagan, l’un des rédacteurs du PNAC (Plan pour un nouveau siècle américain) et idéologue néoconservateur sionistesles plus en vue à Washington, ne s’est pas contentée d’apporter des petits pains aux protestataires bien organisés et massés dans la place. Elle avait révélé dans une intervention à l’US-Ukraine-Fondation, crûment, le 13 décembre 2013, en amont donc du coup de force, le coût de la préparation à la ‘transition démocratique’ de l’Ukraine depuis 1991. Cinq milliards de dollars (30) ont été investis pour rompre les liens historiques de l’Ukraine avec la Russie et en faire une dépendance étasunienne via l’Union européenne et les prêts du FMI.

Combien d’anciens soldats de l’armée d’occupation israélienne ont été enrôlés comme ‘révolutionnaires’ de la place Maïdan ? L’un d’eux confie (31) qu’il a encadré un groupe de 40 hommes et qu’il recevait ses ordres de Svoboda, l’unité se réclamant de Bandera, un collaborateur notoire du nazisme. Un rapport établi par un comité d’universitaires et de chercheurs qui fait état de l’origine khazar, peuple d’origine mongole et tatare, des Juifs européens a été remis au chef du gouvernement sioniste. Il a été divulgué le 16 mars 2014 par Times of Israel (32). Moins d’un mois plus tard, un démenti de cette théorie d’une conversion en masse au judaïsme au début du Moyen-âge du royaume des Khazars a été apportée par un historien de l’université hébraïque de Tel Aviv (33), éteignant toute possibilité de remise en cause du droit de propriété garanti par Yahvé des Juifs sur la Palestine.

L’intérêt d’Israël pour l’Ukraine est resté vif. En avril 2016, le nouveau Premier ministre ukrainien est un Juif de 38 ans qui se targue de liens très étroits avec Israël. Maire d’une petite commune à 28 ans, il a fait prévaloir ces liens pour financer l’amélioration très nette des services municipaux.

Un journaliste free lance, Joshua Cohen a publié un papier dans le Washington Posten juin 2018 discordant avec la position précédente de ce journal ainsi que celle du New York Times,mettant en garde contre la menace grandissante du néonazisme en Ukraine.(34) Des milices d’extrême-droite défient dans une épreuve de force le gouvernement qui ferme les yeux devant leurs exactions. La presse dominante trouvait très exagérées les mises en garde de la Russie contre les bandéristes. Comme si la présence d’Israéliens dans le bataillon Azov disculpait celui-ci de ses crimes. Bataillon ayant le même symbole que la division SS Das Reich mais dont le fondateur et le financier ne fut personne d’autre que l’ancien gouverneur et oligarque aujourd’hui en disgrâce Kolomoïsky, par ailleurs leader de la communauté ultra-religieuse et ultra-sioniste loubavitch en Ukraine. Même sans soutien populaire, le chef de Secteur Droit, une coalition pour la suprématie blanche Dmytro Yarosh a eu moins de 1% dans les élections de mai 2014, l’extrême-droite tient des positions clé. Le porte-parole du Parlement, Andryi Parubiy est le fondateur du parti national-sociald’Ukraine et Arsen Avakov lui aussi d’extrême-droite est ministre de l’Intérieur. Il est maintenant certain qu’Israël arme des groupes néo-nazis comme le bataillon Azov, intégré en tant qu’unité de la Garde nationale et sous commandement direct du ministre de l’Intérieur. Le fondateur du bataillon est entré au Parlement comme député en menaçant de le dissoudre et a promis qu’il restaurerait l’honneur de la race blanche et que la guerre n’a fait que commencer. Cette unité a été accusée par l’ONU d’avoir commis des crimes de guerres contre les séparatistes du Donbass. Elle a créé cette année une nouvelle milice encadrée par des vétérans et chargée d’organiser des pogroms. En réalité, Israël semble jouer encore le rôle de sous-traitant pour les pays de l’OTAN, en particulier des Usa et de la CIA et n’est pas gêné de faire armer des gangs d’hitlériens avérés et se revendiquant comme tels de fusils fabriqués sous licence de Israel Weapon Industries.(35) Dans les deux pays ‘amis’, s’est développée une curieuse activité. Des safaris de chasse à l’homme dans le Donbass sont proposés à de riches étrangers capables de payer le prix pour des sensations fortes. En Ukraine, des unités encadrent des clients pour tirer sur des civils dans le Donbass.(35 bis) En Israël, ce sont des expéditions punitives meurtrières contre des Palestiniens qui sont offertes, où des enfants se font exploser le crâne nonchalamment depuis une meurtrière de jeep.(35 ter)

4. Les liens défectibles

L’axe Trump (Kushner)-Tel Aviv-Riad semble fonctionner pour l’heure. Cette triangulation doit sa solidité à un exercice d’auto-persuasion et d’intoxication réciproque et croisée, le plus grand danger qui les menace chacun est figurée par la République islamique d’Iran.

Les Musulmans sont ravis d’apprendre que leur sécurité pendant le pèlerinage rituel à la Mecque est assurée par une firme israélienne (4G). Les princes de la famille Ibn Séoud ont été délestés de sommes atteignant des centaines de milliards d’euros en échange d’une vie sauve, ils sont également heureux d’avoir compris qu’ils doivent leur racket aux conseils prodigués par Kushner à MBS. Le devenu prince héritier en faisant entorse à la loi de succession adelphique a renforcé les liens des Mukhabarat al A’amaavec les services de renseignement israélien, le Mossad et forces de renseignements militaires israéliens, AMAN, lesquels finissent par dominer en les structurant les Saudi General Intelligence Presidency(36). La disparition de MBS pendant de nombreuses semaines après l’attaque du 21 avril du palais royal qui a fait au moins huit morts (37) a donné lieu à toute sorte de spéculations et a tout l’air d’avoir été une convalescence (stress post-traumatique?). Chez les 3 000 et quelques princes, les Yéménites nationalistes, les shiites de la province pétrolière du Hasa et une partie de l’armée patriote encore imprégnée de l’idéologie wahhabite, le feu couve. 

Le Qatar subit un embargo de la coalition des pays de la Coopération du Golfe pour les liens entrepris avec l’Iran et imposés par la configuration géologique du champ gazier qui leur est commun, North Domepour le Qatar etSouth Parspour l’Iran (38). L’aisance financière gagnée au fil des années par la position de grand exportateur de GNL, énormes capacité d’extraction, 77 millions de tonnes par an depuis 2005 a permis à Doha d’entreprendre dans le domaine des médias et d’abriter une chaîne satellitaire al Jazeera, avec une bonne pénétration dans les foyers arabes, susceptible de façonner l’opinion. Même si depuis le ‘printemps arabe’ cette confiance s’est érodée. Pour cela et d’autres velléités d’autonomie en politique étrangère et économique, le Qatar doit être puni. Au total, Doha a renforcé ses liens avec la Turquie et l’Iran, et peu lui chaut que les Séoud les sépare séparent de leur terre ferme, bientôt des sables mouvants, par un canal, dernière folie de MBS.(39)

Le retrait décidé par Trump de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 par le groupe UE3 + 3 (Allemagne, France, Grande-Bretagne + Etats-Unis, Chine, Russie) lui a été soufflé par Netanyahu lors de sa visite en mars 2018. Aux prises avec une situation intérieure difficile, il venait de subir cinq heures d’interrogatoire pour son rôle dans trois dossiers compromettants l’inculpé pour fraudes, corruption et abus de confiances a pesé de l’argumentaire développé depuis au moins 1999 d’une bombe iranienne prête à exploser dans les deux ans qui suivent pour engranger un gain politique de taille. La situation est idéale pour cette manipulation, l’ennemi extérieur que Trump a toujours désigné depuis sa campagne a été l’Iran (la Russie a été en effet mise hors champ). Il a saisi l’opportunité que les Républicains soient favorables à Israël à 79% contre seulement 27% de sympathie chez les Démocrates selon un sondage de Pew Research Centrede janvier 2018 (40). Pour faire capoter le dealdu nucléaire iranien, Trump a engagé la même firme israélienne spécialiste de coups bas et d’espionnage crasseux, Black Cubequi a fait gagner les élections à Viktor Orban. Sous couvert d’enquêtes journalistiques, Black Cubea essayé de montrer que Ben Rhodes et Colin Kahl, les principaux négociateurs américains auraient retiré des profits personnels de leur mission.(41)

L’obsession paranoïaque, enseignée comme fondement quasi-théologique dès les premières années d’apprentissage scolaire, est sans doute cohésive pour une société de migrants déracinés et acculturés, mais elle ne correspond pas aux intérêts des UE3 ni à ceux des deux « du plus 3 ». En contrepartie du gel du programme d’enrichissement de l’uranium, l’Iran allait bénéficier de la suspension des sanctions et recouvrir des avoirs confisqués aux Usa, près de 100 milliards de dollars depuis 1975 (42). Une telle ouverture allait être profitable aux firmes européennes. La compagnie nationale chinoise du pétrole CNPC a annoncé immédiatement qu’elle prenait en charge la part que Total abandonne dans South Pars, la Russie pour sa part planifie des investissements de 50 milliards de dollars dans le pétrole et le gaz iranien (43). Enfin, adversaires pour adversaires, les UE3 se concertent pour ouvrir un compte dans leurs banques centrales respectives pour la Banque centrale iranienne, coupant court aux transactions transitant par le dollar.(44) L’ambition de mettre hors circuit l’Iran aura eu comme effet direct de court-circuiter le dollar et les USA. Sans doute menée par l’Allemagne, et anticipant des décisions de Trump intempestives et assez primaires que ne fonde aucune vision stratégique et économique à moyen terme, l’Union européenne a signé un accord de libre échange avec le Japon.

En ce moment, le Président de la Chine populaire effectue un périple en Afrique, l’une des cibles privilégiées de l’investissement et de construction des infrastructures. En dehors du continent asiatique. La Chine continue de détenir des bons du Trésor américain mais depuis 2009, une fois épongée en grande part la crise financière des subprime, ses avoirs en absolu sont restés stables autour de 1 100 milliards de dollars (45) tandis que la dette publique caracole vers des sommets stratosphériques. La Chine transfert dorénavant ses excédents dans son projet Une Route Une Ceinture (‘route de la soie’) dont l’Afrique fait partie.

Le huitième forum de coopération Chine-Etats arabes s’est tenu à Pékin début juillet.(46) La Chine s’engage à injecter plus de 20 milliards de dollars de prêt à des pays arabes. Elle offrira 90 millions de dollars en aide humanitaire pour les pays affectés par la guerre, incluant la Syrie, le Yémen, la Jordanie et le Liban.(47) Un consortium bancaire sino-arabe va voir le jour. Sans ingérence politique tout en affirmant vouloir respecter et faire respecter le droit international en particulier dans la question de Palestine, la Chine entend se faire une place dans l’Orient arabe. Le Mossad creuse la dette publique de l’Arabie aux mains des Séoud, la Chine peut aider à la combler.

Pendant que les USA vivent le mélodrame pathétique d’une présidence chahutée par des rumeurs - le locataire de la Maison est un agent de l’ennemi, placé là par une puissance étrangère - avec en toile de fonds la crise économique cyclique explosant tous les dix ans (1998-1999-2001, 2007-2008) et une Dette publique de 22 000 milliards de dollars pour laquelle chaque individu du système capitaliste mondialisé sous leur hégémonie travaille, l’Eurasie tente de tempérer le tangage et d’amortir au mieux les ressacs d’une économie mondiale ne tenant que par des morceaux de sparadrap usé tant les établissements financiers où se stocke, s’échange, se prête, se multiplie l’argent sont vérolés de créances plus que douteuses.

Israël, cette entité coloniale de peuplement occidentale, a été une réplique ede la colonie britannique en Amérique qui a fini par se rendre indépendante.

Destin manifeste.

Enthousiasme des pionniers qui dépossèdent (et chassent) les indigènes.

Déshumaniser l’autochtone et se prévaloir d’une civilisation exceptionnelle.

Discours schizophrène sur la liberté, la démocratie pour le peuple élu et tenir enfermés dans des prisons des millions d’hommes et de femmes du peuple subalterne désignés comme terroristes.

Victime éternelle des métropoles mères.

L’original et la réplique sont en train de s’enfoncer dans le marais sociopathique de la corruption devenue insupportable par temps de récession, d’inégalité et de misère sociales grandissantes. L’Etat juif exclusivement juif décrété il y a peu est la dernière scène du dernier acte de l’aventure sioniste menée à contre-sens de l’histoire. Les bulles médiatiques se succèdent et finissent par crever inexorablement. La Russie, Poutine en tandem avec le terrorisme islamiste sont les principales attractions du grand parc à thème du capitalisme mondialisé et médiatisé. Le rideau du spectacle indigent semble devoir bientôt s’abaisser.

Réaction à :https://www.legrandsoir.info/en-israel-les-trois-dimensions-d-une-derive-fascisante.html

Notes :

(1) Voir le site du FMI —IMF Article IV Consultation Mission’s Concluding Statement, 2006

(2 ) https://www.monde-diplomatique.fr/1984/10/LEMIEUX/38222

(3) http://www.globalresearch.ca/syria-atrocities-committed-by-us-nato-sponsored-opposition-executioner-for-syria-s-rebels-tells-his-story/30072

(4) http://lavoixdelasyrie.com/historien-le-peuple-syrien-est-a-la-merci-descadrons-de-la-mort-soutenus-par-lotan/

(5) http://www.globalresearch.ca/breaking-private-security-companies-in-syria-supporting-rebels-foreign-mercenaries-detained/31509

(6) https://21stcenturywire.com/2018/07/15/syria-the-white-helmet-exodus-managed-by-regime-change-coalition/

(7)https://21stcenturywire.com/2018/07/15/syria-the-white-helmet-exodus-managed-by-regime-change-coalition/

(8) https://www.haaretz.com/middle-east-news/israel-struck-syrian-hezbollah-convoys-nearly-100-times-in-5-years-1.5443378

(9) http://www.lepoint.fr/monde/le-soldat-israelien-accuse-d-avoir-acheve-un-palestinien-inculpe-d-homicide-afp-18-04-2016-2033140_24.php

(10) https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/19/israel-reduit-la-peine-d-elor-azaria-le-soldat-ayant-acheve-le-palestinien-abdel-fattah-al-sharif_5273168_3218.html

(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Mohammed_al-Durah

(12) https://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4666870,00.html

(13) https://fr.timesofisrael.com/hazan-evince-dune-commission-de-la-knesset-pour-son-soutien-a-une-enquete-sur-la-guerre-a-gaza/

(14) https://bdsmovement.net

(15)https://www.i24news.tv/fr/actu/international/172726-180420-natalie-portman-refuse-de-se-rendre-en-israel-pour-recevoir-le-prix-genesis

(16)https://www.20minutes.fr/people/654628-20110118-people-vanessa-paradis-annule-concert-israel

(17)https://www.lemonde.fr/international/article/2018/06/06/l-annulation-du-match-de-football-israel-argentine-est-un-camouflet-pour-l-etat-hebreu_5310736_3210.html

(18)http://www.pourlapalestine.be/importante-declaration-de-linternationale-socialiste-sur-bds/

(19)https://www.lorientlejour.com/article/1125920/dans-une-lettre-ferme-mogherini-accuse-un-ministre-israelien-de-desinformation.html

(20)https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/12/29/l-ex-premier-ministre-israelien-ehoud-olmert-condamne-a-dix-huit-mois-de-prison-ferme-pour-corruption_4839042_3218.html

(21)https://www.timesofisrael.com/lapid-says-submarine-scandal-is-worst-corruption-case-in-israeli-history/

(22)http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180719-israel-viktor-orban-accueilli-manifestants-memorial-holocauste-hongrie

(23)https://www.ouest-france.fr/europe/hongrie/hongrie-george-soros-denonce-la-campagne-menee-contre-lui-par-orban-5391647

(24)https://fr.wikipedia.org/wiki/Miklós_Horthy

(25)https://transparency.hu/en/news/cpi-2016-magyarorszag-tovabbra-is-lejtmenetben/

(26)https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Hongrie-comment-systeme-Orban-entend-maintenir-pouvoir-2018-02-19-1200914839

(27)https://www.newyorker.com/news/news-desk/harvey-weinsteins-army-of-spies

(28)https://www.haaretz.com/israel-news/report-israeli-firm-helped-discredit-ngos-ahead-of-hungarian-election-1.6246634

(29)http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/gare-a-victoria-nuland-176807

(30)http://www.youtube.com/watch?v=861DJLR4Cek

(31) https://fr.timesofisrael.com/lex-soldat-de-tsahal-devenu-revolutionnaire-ukrainien/

(32)http://blogs.timesofisrael.com/leaked-report-israel-acknowledges-jews-in-fact-khazars-secret-plan-for-reverse-migration-to-ukraine/#ixzz35NStO9yQ

(33) https://www.haaretz.com/jewish/khazar-myth-busted-1.5253397

(34) https://www.strategic-culture.org/news/2018/07/08/corporate-media-about-face-on-ukraine-neo-nazis.html

(35) http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2018/07/07/israel-arme-des-neo-nazis-en-ukraine/

(35 bis)https://reseauinternational.net/ukraine-des-safaris-humains-contre-les-civils-du-donbass/

(35 ter)http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/palestine/rats/rat.htm

(36)http://www.intrepidreport.com/archives/24603

(37)http://www.jacques-tourtaux.com/blog/arabie-saoudite/riyad-la-revolution-familiale-de-palais-fait-7-morts-et-11-blesses-le-criminel-de-guerre-ben-salmane-a-sauve-sa-peau.html

(38)http://www.essentiel-int.com/index.php/article/article2/377.html

(39)https://www.franceinter.fr/emissions/les-histoires-du-monde/les-histoires-du-monde-11-avril-2018

(40)http://www.people-press.org/2018/01/23/republicans-and-democrats-grow-even-further-apart-in-views-of-israel-palestinians/

(41)https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/investiture-d-obama/nucleaire-iranien-l-equipe-de-trump-accusee-d-avoir-fait-espionner-celle-d-obama-pour-salir-l-accord-de-2015_2741527.html

(42)http://geopolis.francetvinfo.fr/liran-et-sa-bombe-lobsession-de-netanyahu-55319

(43)https://www.zerohedge.com/news/2018-07-15/russia-plans-50-billion-investment-irans-oil-gas-industry

(44)https://www.finance-investissement.com/nouvelles/actualites/les-banques-centrales-pour-sauver-laccord-nucleaire-avec-liran/

(45)http://www.leblogfinance.com/2018/03/la-chine-menace-de-reduire-ses-achats-de-bons-de-tresor-us.html

(46)https://www.scmp.com/news/china/diplomacy-defence/article/2154642/china-pledges-us23-million-loans-and-aid-arab-states-it

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 21:16

Nous avons décidé de publier les « Perspectives mondiales 2018 » élaborées par un groupe de travail de la Tendance marxiste internationalegroupe se référant au trotskysmet qui fournit une analyse approfondie et globale de la situation actuelle qui mérite à nos yeux d’être lue, même si certains éléments de cette interprétation peuvent sembler exagérés, en particulier sur les fondements du système chinois et des partis communistes ou son optimisme sur l’état actuel de la classe ouvrière. Ce document a été écrit en italien au début de l’année 2018 et, bien que certains événements nouveaux se soient déroulés depuis, les développements ont confirmé la pertinence de nombreux points de cette étude qui aide donc à réfléchir à la situation internationale et aux rapports de classe dans le contexte d'une crise systémique.

La Rédaction

Perspectives mondiales 2018

-

été 2018

 

Dix ans après le krach

Dix ans se sont écoulés depuis la crise financière de 2008. Il s’agissait d’un de ces moments clé de l’histoire mondiale, qui marquent un changement dans la situation, comme en 1914, 1917, 1929, et 1939-45. C’est donc le moment approprié pour faire le bilan de la dernière décennie.

Cette crise est qualitativement différente des crises du passé. Ce n'est pas une crise cyclique, mais le résultat d’une crise organique du capitalisme. Dix ans après l’effondrement de 2008, la bourgeoisie lutte encore pour se sortir de la crise qui a détruit l’équilibre du système capitaliste. Si l’on peut parler aujourd’hui d’une reprise, dans une certaine mesure, elle est très partielle. En fait, c'est la plus petite reprise économique de l’histoire. Même dans les années 1930, il y a eu une reprise plus importante. Et certaines choses en découlent.

Il y a dix ans, nous avions prévu que toutes les tentatives de la bourgeoisie pour rétablir l’ordre économique détruiraient l’équilibre social et politique. C'est désormais confirmé par les événements à l’échelle mondiale. Dans un pays après l’autre, les tentatives des gouvernements d’imposer l’austérité, dans un effort désespéré (et vain) pour relancer l’économie, ont préparé des explosions sociales d’un caractère sans précèdent.

 

« Economie concentrée »

Lénine disait que la politique est de l’économie concentrée. En dernière analyse, toutes ces crises sont une expression de l’impasse du capitalisme, qui n’est plus capable de développer les forces productives comme par le passé. Cela ne veut pas dire, bien sûr, qu’il ne peut pas y avoir un développement des forces productives.

Marx, Lénine et Trotsky n’ont jamais dit qu’il y avait un plafond absolu au développement des forces productives, sous le capitalisme. C’est un phénomène relatif, pas absolu. Il peut toujours y avoir des développements, comme il y en a eu Chine dans la dernière période. Mais à l’échelle mondiale, il n’y a rien de comparable avec le développement des forces productives de la seconde moitié du XXe siècle, après la Deuxième Guerre mondiale.

Le marxisme explique que le secret de la viabilité de tout système économique tient dans sa capacité à économiser au maximum le temps de travail. Un des éléments les plus importants dans le développement du capitalisme, c'était précisément la croissance de la productivité du travail. Pendant 200 ans, le capitalisme a augmenté la productivité du travail humain à un rythme très rapide. Mais ce progrès a désormais atteint ses limites.

Une étude sur la productivité, menée en septembre 2015 par le Center for Economic and Policy Research, a montré que la productivité globale a crû au rythme de 0,5% par an entre 2007 et 2012, soit moitié moins que sur la période 1996-2006. Puis, sur la période 2012-14, la croissance de la productivité s’est arrêtée (0%). Dans des pays comme le Brésil et le Mexique, elle est même négative. Comme le déclare cette étude, « c’est l’un des phénomènes les plus inquiétants et, sans aucun doute, l’un des plus importants affectant l’économie mondiale ». (http://voxeu.org/article/global-productivity-slump).

Ces chiffres sont une indication certaine que le capitalisme traverse une crise systémique. La croissance lente de la productivité du travail – et, dans certains cas, sa baisse – est un symptôme frappant de l’impasse du capitalisme, qui n’est plus capable d’atteindre les grands succès du passé.

L’origine du problème se trouve dans les niveaux d’investissement historiquement bas: la création brute de capital dans l’Union européenne et aux Etats-Unis est tombée sous les 20% du PIB pour la première fois depuis les années 1960, tandis que la consommation et la dépréciation du capital sont en hausse. Dans les pays ex-coloniaux, le boom du prix des matières premières a déclenché une brève augmentation de l’investissement, mais il est retombé à nouveau ces dernières années;

Cet échec à investir dans la production n’est pas le résultat d’un manque d’argent. Au contraire, les grandes sociétés sont pleines de liquidités. Adam Davidson déclarait en janvier 2016, dans le New York Times que« les entreprises américaines ont actuellement 1 900 milliards de dollars de liquidités », et que cet « état de fait [est] sans précédant dans l’histoire économique… ».L’auteur de cet article considère que c’est un « mystère ». Mais ce que cela montre, c’est que les capitalistes n’ont pas de champs d’investissement profitables dans l’état actuel de l’économie mondiale. (Why Are Corporations Hoarding Trillions? -New York Times, 20 janvier 2016,https://www.nytimes.com/2016/01/24/magazine/why-are-corporations-hoarding-trillions.html?mcubz=0).

Des données plus récentes de la Fed (Réserve Fédérale des Etats-Unis) établissent que les liquidités des « entreprises non financières », incluant les espèces, les dépôts étrangers, les actions sur le marché monétaire et sur les fonds communs de placement, ont atteint un montant de 2 400 milliards de dollars au premier trimestre 2017. https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-12-07/corporate-america-is-flush-with-record-2-4-trillion-in-cash.

Le système est littéralement noyé sous une surabondance de richesses. C’est comme l’apprenti sorcier qui a invoqué des forces qu’il ne peut contrôler. Les forces productives ont la capacité de produire une masse de marchandises qui ne peuvent pas être absorbées par les marchés.

Cette incapacité à faire un usage productif de la quantité colossale de plus-value extraite de la sueur et du sang des travailleurs est la condamnation finale du capitalisme. La surproduction se reflète dans une crise générale de l’économie mondiale, qui est dans un état fragile. Le crédit bon marché ne peut plus servir à stimuler l’investissement. Pourquoi investir pour créer de nouvelles forces productives quand il n’y a pas de marché pour la production existante?

Une reprise économique ?

Tous les jours, les médias parlent de reprise économique. Tout au plus, le PIB a connu une légère hausse, dans un contexte généralisé de stagnation à long terme. Pour les marxistes, cela n'a rien d'étonnant; même dans les phases de récession, le système continue à passer par des cycles périodiques, et après une longue phase de récession ou de stagnation, on peut s'attendre à une légère reprise. Cependant, cette reprise est tellement faible qu'elle ne représente pas une amélioration substantielle, et elle sera de courte durée.

La faible croissance intervient dans un contexte marqué par des politiques monétaires extrêmement souples. La Réserve Fédérale a maintenu ses taux de base proches de zéro, de l'automne 2008 jusqu'au début de l'année 2017. La Banque centrale européenne a également ramené ses taux à près de zéro.

Des bulles spéculatives dans l'immobilier se sont formées au Royaume-Uni, au Canada, en Chine et en Scandinavie. Les marchés boursiers n'ont pas seulement retrouvé leur valorisation de 2007, mais l'ont dépassée. L'indice boursier du Dow Jones a non seulement pu dépasser sa valorisation, mais l'a même augmentée de 36%. Le ratio cours/bénéfices (c'est-à-dire le prix qu'un investisseur doit payer pour obtenir 1$ des bénéfices ou profits réalisés par une entreprise) a atteint son troisième pic historique (les deux autres étant 1929 et 2000). Tous ces indicateurs démentent l'idée qu'une reprise économique saine et durable s’engage, et montrent au contraire qu’une nouvelle crise est en gestation. Ils soulignent par ailleurs le transfert d'énormes sommes d'argent au profit de la classe capitaliste, dont la valeur des biens a augmenté grâce à l'expansion du crédit.
 

Les limites du crédit

L'impasse actuelle provient du fait qu'au cours des décennies avant 2008, le capitalisme a non seulement atteint ses limites, mais a même largement dépassé ses limites « naturelles ». Le recours sans précédent au crédit, et l’accumulation vertigineuse de la dette, figurent parmi les facteurs qui ont permis au capitalisme de repousser les limites du marché et d’éviter la surproduction. D’autre part, cette évolution s’est accompagnée d’une énorme croissance du commerce mondial et de l’intensification de la division internationale du travail.

Marx expliquait qu'un des moyens permettant aux capitalistes d’outrepasser les limites du marché, et de surmonter la baisse tendancielle du taux de profit, réside dans l'expansion massive du crédit et du commerce mondial (la « mondialisation »). C'est ce qui leur a permis de résoudre partiellement, et pendant une période circonscrite de quelques décennies, l'autre contradiction fondamentale du capitalisme : les limites des Etats-nations. Mais ces deux solutions ont un effet limité, et se sont à présent transformées en leur contraire, comme autant de fardeaux qui tirent l’économie vers le bas.

Historiquement, aux Etats-Unis, le volume global de la dette (publique et privée) s’est maintenu entre 100% et 180% de son PIB. Cependant, à la fin des années 1980, le montant de la dette a atteint les 200%, et il a continué à augmenter jusqu'au pic de 2009, où il s’élevait à environ 300%. Au Japon, au Royaume-Uni, en Espagne, en France, en Italie et en Corée du Sud, le volume de la dette est de 300%. La dette mondiale a brisé tous les records, et s'élève désormais à 217 000 milliards de dollars, soit 327% du PIB.

Dans le Manifeste du Parti communiste, Marx soulignait que la bourgeoisie ne parvient à surmonter ses crises qu’en préparant par là même, le terrain à des crises plus profondes encore. Quel bilan peut-on tirer, après une décennie de souffrance, d'austérité et de désolation ? L'objectif des capitalistes était de réduire le déficit et la montagne colossale de dettes héritée de la période précédente.

Tout ce qu'ils ont fait a été de reboucher le gigantesque gouffre des banques privées, en creusant par là-même un gigantesque gouffre dans les finances publiques. Les banques étaient à deux doigts de basculer dans l’abîme, et n'ont été sauvées que grâce à l'intervention de l'Etat, qui leur a donné des milliards de dollars, puisés dans les caisses publiques. Le problème, c'est que l'Etat n'a pas d’argent, sinon celui qu'il peut extorquer aux contribuables.

Qui paye donc la note ? On sait bien que les riches ne payent pas beaucoup d'impôts. Ils ont mille et un procédés leur permettant d'échapper à cette douloureuse nécessité. La classe ouvrière doit payer, la classe moyenne doit payer, les chômeurs doivent payer, les hôpitaux doivent payer, les écoles doivent payer. Tout le monde doit payer, sauf les riches, qui n'ont cessé de s'enrichir, même en cette période d'« austérité ».

Tout cela a-t-il résolu quoi que ce soit ? Dans sept des dix premières puissances économiques, le gouvernement accuse un déficit annuel de 3% du PIB; seule l'Allemagne enregistre un déficit inférieur à 2%. Partout les dettes s'accumulent. Il n’y aura pas d’issue à la crise tant que le fardeau de la dette n’aura pas été résorbé, d'une façon ou d'une autre. Or, comment procède-t-on pour éradiquer la dette? Evidemment, en plaçant tout le fardeau sur les épaules des plus pauvres et des plus vulnérables dans la société.

Le scénario auquel on assiste partout dans le monde est foncièrement inédit. Et encore, on ne parle ici que des pays capitalistes avancés. La situation des pays de ce qu'on a appelé le « Tiers Monde » relève d'un tout autre ordre. Là, l’image qui se dégage est celle de la détresse, de souffrances inimaginables, de milliards d’hommes, femmes et enfants condamnés au dénuement le plus total, à la famine et à l’indigence.

La menace protectionniste

Au cours des dernières décennies, l’économie mondiale a été tirée par l’expansion du commerce international, qui s’est accru bien plus rapidement que la production. Depuis un certain temps, cependant, la croissance du commerce mondial a fortement ralenti, et il progresse désormais moins vite que le PIB. A deux reprises, le volume des échanges mondiaux a culminé à 61% du PIB, en 2008 et en 2011, mais à présent il est tombé à 58%.

L’Organisation mondiale du Commerce (OMC) redoute que les gouvernements soient tentés de défendre leurs marchés nationaux en ayant recours à des mesures protectionnistes, qui risqueraient de saper la croissance du commerce mondial. Comme pour confirmer ces inquiétudes, Donald Trump a fait une entrée fracassante, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. La tendance qui se dessine derrière sa doctrine « America first » (l’Amérique d’abord) reflète en elle-même la crise mondiale. Il a explicité son objectif : « Make America great again » (Redonner sa grandeur à l’Amérique) – aux dépens du reste du monde. Pour le dire autrement: les Etats-Unis de Trump vont jouer de leurs muscles pour s’emparer d’une plus grande part des marchés mondiaux.

Au cours des dernières années, les capitalistes américains se sont efforcés de négocier, de conclure et de faire ratifier un certain nombre d’accords commerciaux avec l’Europe, l’Amérique du Sud, le Canada ou encore l’Asie. A peine arrivé au pouvoir, Trump s’est empressé de se retirer du TPP (Accord de partenariat transpacifique) et du TTIP (Etats-Unis - Union européenne). Il menace par ailleurs de rompre avec l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) s’il ne parvient pas à négocier un accord stipulant que le Mexique et le Canada sacrifient leurs propres intérêts au profit des Etats-Unis, et il menace l’OMC de paralysie, en bloquant la nomination de nouveaux juges au sein de son organe d’appel.

La Chine dégage un énorme excédent commercial de ses échanges avec les Etats-Unis. Cet excédent a atteint un record de 275,81 milliards de dollars en 2017; ce déséquilibre est l'une des principales raisons qui font dire à Trump que la Chine nuit à l’économie américaine. Pendant la campagne présidentielle, il a accusé la Chine de « violer l’Amérique », de voler des emplois aux Américains, etc. Depuis, il a été obligé de modérer son discours, dans l’espoir d’obtenir de la Chine qu’elle fasse monter la pression sur la Corée du Nord. Mais ces objectifs sont restés lettre morte. Les contradictions entre les Etats-Unis et la Chine restent entières – et jettent les bases d’une guerre commerciale à l'avenir.

Trump n’est pas le seul à s’engager dans cette voie. Depuis le début de la crise, les pays capitalistes avancés ont adopté des mesures visant à augmenter leur excédent commercial. A cette fin, ils ont eu recours, entre autres, à des politiques protectionnistes. Les Etats-Unis (sous Obama) sont devenus les chantres du protectionnisme, mais le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Allemagne et la France ont eux-mêmes à leur actif plus de mesures protectionnistes que la Chine.Rappelons que c’est précisément à cause du protectionnisme que le krach boursier de 1929 a été suivi d'une Grande Dépression, dans les années 1930. Si les tendances protectionnistes actuelles se confirment, tout le fragile édifice du commerce mondial risque de s’effondrer, ce qui aurait des effets ravageurs

Etats-Unis : une crise sans précédent

L’affaiblissement relatif des Etats-Unis depuis la Deuxième Guerre mondiale est mis en évidence par le fait qu’en 1945, plus de 50 % du PIB mondial était produit aux Etats-Unis, alors qu’ils en produisent aujourd’hui autour de 20%. Nous parlons ici d’affaiblissement relatif de l’impérialisme américain; cette évolution est à relativiser. Par déclin relatif, nous voulons dire que du fait de son affaiblissement, il ne peut plus jouer le même rôle que par le passé, comme l’illustre la crise en Syrie. Néanmoins, les Etats-Unis restent de loin la première superpuissance mondiale, et aucune autre puissance n’est en mesure de les détrôner – comme les Etats-Unis avaient pu le faire avec le Royaume-Uni, par exemple.

Ce déclin relatif a fragilisé sa capacité, d’une part, à asseoir son hégémonie économique, politique ou encore diplomatique dans le monde, et, d’autre part, à assurer aux travailleurs le maintien d’un certain niveau de vie, cela-même qui avait garanti la relative stabilité interne par le passé. Aux Etats-Unis, cette réalité objective a fait son chemin dans la conscience des masses.

Le rêve américain est mort. Il a laissé place au cauchemar américain. Le rêve s’est irréversiblement évanoui. Aux Etats-Unis, le changement dans les consciences s’est manifesté sous une forme singulière lors des élections présidentielles de novembre 2016. Depuis un siècle, la stabilité du capitalisme américain reposait sur deux partis : les Démocrates et les Républicains. Tout au long de cette période, ces deux partis, en alternance, se sont partagés le pouvoir.

L’énorme mécontentement et la volonté ardente de changement qui règnent aujourd’hui étaient déjà palpables quand Obama s’était fait élire, après avoir démagogiquement promis aux électeurs qu’il serait le vecteur du « changement ». Des millions de personnes qui, normalement, ne vont pas voter, sont venues faire la queue devant les bureaux de vote pour envoyer un président afro-américain à la Maison Blanche. Elles ont fait de même quatre ans plus tard, mais après deux mandats d'Obama, le changement promis est resté lettre morte. Dès lors, la colère, le ressentiment et la frustration ont gagné la population, notamment les couches les plus pauvres.

Cet état d’esprit s’est clairement exprimé au cours de la campagne de Bernie Sanders. Initialement, personne ou presque n’avait jamais entendu parler de Sanders, alors que Hillary Clinton était connue de tous. Cependant, l'appel de Sanders à une « révolution politique contre la classe de milliardaires » est entré en résonance avec de nombreuses personnes, notamment (mais pas exclusivement) avec la jeunesse. Dans des rassemblements de masse, des dizaines de milliers de personnes venaient manifester leur soutien pour Sanders. Selon au moins une étude, Sanders aurait pu remporter l’élection contre Trump. Mais inévitablement, l’appareil du Parti démocrate s’est assuré qu’il serait mis hors-jeu. Pire encore, ce candidat a finalement accepté sa défaite aux primaires et s’est retiré de la course présidentielle, ce qui a semé une certaine démoralisation auprès de ses partisans.

La classe dirigeante préfère les personnes qu’elle est en mesure de contrôler – des personnes à l’image de Hillary Clinton. Cette classe ne voulait et ne veut pas de Trump, parce que c’est un mégalomane invétéré, instable, imprévisible, et qu’il n'est donc pas facile de contrôler. Clinton est un agent du grand capital. Bien sûr, Trump représente les intérêts de cette même classe, mais il a ses idées propres quant à la manière de les servir. Pendant la campagne, il s’est démagogiquement adressé à une base électorale ouvrière. Dans l’histoire récente, c’était la première fois qu’un candidat à la présidentielle parlait de la « classe ouvrière » (tout comme Bernie Sanders). Une première. Même les membres de la gauche libérale et les dirigeants syndicaux, pour la plupart, parlaient seulement de la « classe moyenne ».

L’establishment a désespérément essayé de barrer la route à Trump. En vain. La classe dominante était contre cet intrus et sa démagogie; les Démocrates étaient contre lui, bien entendu, et les Républicains étaient en majorité contre lui. Les médias étaient contre lui. Il a même réussi à s’aliéner Fox News (chaîne TV conservatrice) pendant un temps. Le pouvoir des médias est incontestablement une arme redoutable entre les mains de la classe dominante. Et pourtant, Trump a quand même gagné.

C’était un séisme politique. Mais comment l’expliquer? Trump est certes un réactionnaire, mais c’est aussi un habile démagogue, qui s’est adressé aux pauvres, aux chômeurs relégués en marge de la société, ou encore aux travailleurs des régions industrielles du pays sinistrées,Rust Belt, leur promettant des emplois, s’insurgeant contre l’ordre des choses et dénonçant l’élite privilégiée de l’establishment à Washington. Ce faisant, il s’est fait l’écho de la colère et de la frustration ambiantes.

C’est avec ce même état d’esprit que Bernie Sanders est entré en résonance. Mais de manière prévisible, sa campagne a été sapée par l’appareil du Parti démocrate. Et une fois que Sanders a finalement capitulé et qu’il s’est rallié à la candidature de Hillary Clinton, aux yeux de beaucoup, Trump est apparu du coup comme un « moindre mal », et il a remporté les clefs de la Maison Blanche. De nombreux partisans de Sanders ont préféré s’abstenir, ou bien se sont dit: « puisqu’on ne peut pas voter pour Sanders, autant voter pour Trump ».

La campagne de Trump a galvanisé et mobilisé une section du corps électoral auparavant apathique, et il a enregistré le nombre total de voix le plus élevé de l’histoire du Parti républicain, même s’il a reculé en termes de pourcentages des suffrages exprimés par rapport à Mitt Romney, candidat républicain de 2012. Cependant, sa victoire également mis en évidence l’opacité et le caractère antidémocratique du système du Collège électoral américain, qui a joué à l’avantage de Trump, alors même qu’il a récolté près de trois millions de voix de moins que Hillary Clinton.

Pour l’immense majorité de la bourgeoisie, le tour inattendu qu’on pris les événements n’a pas été accueilli comme une bonne nouvelle. Cela dit, elle ne s’est pas d’emblée inquiétée outre mesure. Elle dispose de mille et une façon de contrôler un homme politique. Elle a d’abord essayé de se rassurer, en se disant que les propos tenus par le Trump candidat n’avaient qu’une visée strictement électoraliste, et que le Trump président se conduirait en toute rationalité (serait aux ordres de la classe dirigeante). Mais la bourgeoisie faisait fausse route. Le président Trump s’est avéré difficile à contrôler.

Pour expliquer la victoire de Trump, les Démocrates ont avancé une explication toute simple: ils ont rejeté la faute sur les Russes. De son côté, Hillary Clinton ajoutait Sanders à la liste des responsables. Tout cela prouve que les Démocrates n’ont toujours pas compris pourquoi Trump a remporté les élections. Ils se sont lancés dans une campagne pour dénoncer les piratages russes, qui, insistent-ils, lui ont assuré la victoire

Les allégations de piratage russe peuvent bien être fondées ou infondées. Quoiqu’il en soit, de nombreux pays – et les Etats-Unis ne font pas exception, loin s’en faut – sont de fervents adeptes des piratages informatiques et des écoutes téléphoniques. Ils s’immiscent constamment dans les affaires intérieures des autres nations – y compris des nations « alliées », comme l’a découvert Angela Merkel. Mais affirmer que le Kremlin est responsable de la façon dont des millions d’électeurs américains ont voté, c'est d’un infantilisme hors pair.

Ce qui est foncièrement inédit, c’est de voir un président américain se retrouver en conflit direct avec le FBI et l’ensemble des agences de renseignement américaines, sous les yeux du public. Les services secrets sont, par définition, censés rester secrets, et ils opèrent au cœur même de l’appareil d’Etat bourgeois. Le fait que ces agences entrent publiquement en conflit avec le Président, qu’elles le remettent ouvertement en cause et tentent de le chasser du pouvoir, c’est là une situation absolument sans précédent. Et maintenant, tous ces coups de tonnerre en ont fait oublier ce que contenaient, au juste, les courriels piratés. Et personne ne se soucie du coup de savoir si ce qu’ils ont révélé est bien authentique ou non.

En réalité, les données incriminantes que contiennent les documents publiés par WikiLeaks sont tout à fait véridiques. Ces fuites ont révélé, entre autres, que l’appareil du Parti démocrate a employé des méthodes frauduleuses afin de saper la candidature de Bernie Sanders, et d’assurer que Hillary Clinton serait désignée vainqueur de la primaire. C’est très certainement cette ingérence qui est la plus flagrante de toute l’élection. Mais avec tout le raffut qui accompagne « l’ingérence russe », tout cela a été opportunément relégué aux oubliettes.

Les révolutions ne commencent pas en bas; elles commencent au sommet, quand survient une division au sein de la classe dirigeante. On assiste aux Etats-Unis à une division ouverte au sein même de l’Etat. Il ne s’agit pas d’une crise politique normale. C’est une crise du régime. Les services de renseignement – garde prétorienne de la classe dirigeante – n’apprécient guère que leurs interventions dans la vie politique soient étalées au grand jour (même s’ils ne cessent d'intervenir ainsi, secrètement). C’est une situation tout à fait incroyable que de voir les procédés frauduleux et crapuleux du FBI étalés sur la place publique – et donnés à voir aux Américains ordinaires.

La situation politique actuelle aux Etats-Unis n’a pas de précédent dans l’histoire. Un président élu est en conflit direct avec la plus grande partie de l’Etat, avec les médias, le FBI, la CIA et tous les autres services secrets auxquels la classe dirigeante a recours afin de se débarrasser de Trump ou bien de le forcer à se soumettre à elle.

Changement dans les consciences

En Europe, beaucoup de personnes de gauche ont été convaincues par l’idée que les Américains sont des réactionnaires, résolument à droite, et qu’ils seront toujours hostiles au socialisme. Cette idée est totalement fausse. Avant même le lancement de la campagne de Bernie Sanders, un sondage avait demandé à des jeunes de moins de 30ans : « Voteriez-vous pour un candidat socialiste à la présidentielle? », à quoi 69% avaient répondu que oui. (sondage Gallup,http://news.gallup.com/poll/183713/socialist-presidential-candidates-least-appealing.aspx).

Cette même question avait été posée à des Américains de plus de 65 ans, dont « seulement » 34% avaient répondu oui. Ce résultat est encore plus incroyable. Après un siècle de propagande acharnée contre le socialisme et le communisme, il témoigne d’un profond changement dans les consciences. Le changement dans les consciences ne se limite pas aux couches inférieures de la société. Sous une forme singulière, réactionnaire et déformée, Donald Trump était le reflet de la colère qu’éprouvent des millions de travailleurs – entre autres – contre l’état actuel des choses et le système en vigueur, contre ce que Trump appellel'establishment. Bien entendu, c’est seulement sur la base de l’expérience que les masses peuvent tirer des enseignements. Et l’expérience viendra mettre en évidence – comme c’est déjà le cas, d’ailleurs – que le discours que leur a tenu Trump n’est que rhétorique creuse. Ce sera le prélude à de vastes mouvements dans les années à venir.s

De fait, de tels mouvements ont déjà émergé. A peine Trump était-il déclaré vainqueur des élections que des manifestations de masse éclataient à travers tout le pays. La Marche des Femmes a été la plus grande journée de contestation de toute l’histoire des Etats-Unis; c’était au moment de l'investiture de Trump. Et tout cela n’est qu’un début.

Si la classe dominante a Trump en abomination, c’est qu’il a fait sauter le consensus bipartisan, déjà bien érodé.

 Démocrates et Républicains avaient pu se retrouver. Saper ce consensus pourrait avoir de graves conséquences, comme en atteste dernièrement le blocage des instances fédérales, faute d’accord budgétaire (shutdown). La faillite de ce qu’on a dénommé le « centre politique » reflète la polarisation accrue et l’écart qui se creuse entre les classes, dans la société américaine. Ce phénomène est lourd de conséquence pour l’avenir.

Obama et les Démocrates sont responsables de la victoire de Donald Trump. Mais Trump lui-même vient accélérer et intensifier le processus de radicalisation sociale et politique, préparant ainsi le terrain à un mouvement de balancier encore plus puissant vers la gauche. Le système bipartite est sérieusement remis en cause: selon de récents sondages, 61% des Américains se disent hostiles tant aux Démocrates qu’aux Républicains (un record) – et soutiennent qu’il est nécessaire qu’un nouveau grand parti émerge. Auprès de la jeunesse, ce score s’élève à 71%. Aux Etats-Unis, cette polarisation – aussi bien vers la gauche que vers la droite – a entraîné la croissance fulgurante des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), une organisation qui, historiquement, se tient sur la gauche du Parti démocrate.

Avant le lancement de la campagne de Sanders, cette organisation regroupait 6 000 membres, issus pour l’essentiel de la vieille garde et imprégnés d’une vision résolument réformiste. Mais depuis l’élection de Trump, les DSA ont vu leurs effectifs augmenter de façon rapide atteindre désormais les 30 000 membres, dont principalement des jeunes qui cherchaient à rejoindre une organisation socialiste. Ils se sont implantés dans de nombreux nouveaux endroits et sont actifs sur beaucoup de campus universitaires à travers le pays. Ils engagent maintenant un débat interne pour décider s’il faut rompre totalement avec les Démocrates. Certains éléments développent des tendances très radicales et sont ouverts aux idées du marxisme révolutionnaire. L’avenir de cette organisation reste encore à déterminer, mais si elle rompt tout lien avec les Démocrates et adopte une position de classe indépendante, elle a un potentiel pour jouer un rôle central dans l'édification d’un parti socialiste de masse aux Etats-Unis.

Le Canada et le Québec

Le Canada n’a pas été frappé aussi durement par la crise de 2008: la bulle immobilière y était moindre et l’économie canadienne était propulsée par les exportations croissantes vers la Chine. Par conséquent, le Canada n’a pas subi le même niveau d’austérité que les autres pays de l’OCDE. Mais les facteurs qui soutenaient cette stabilité sont en train de virer à l’opposé: les crédits à bas taux ont nourri la dette et l’explosion des coûts du logement. La dette des ménages a ainsi atteint le chiffre inédit de 171% des revenus annuels – et augmente encore. La Chine ne fait plus autant grimper les prix du pétrole et des minerais. La menace protectionniste de Trump de se retirer de l’ALENA menace les exportations canadiennes. Une nouvelle récession mondiale exacerberait toutes ces contradictions.

De son côté, le Québec a vécu une période d’intense lutte des classes, qui a commencé en 2012 avec la grève étudiante. Malheureusement, suite à un mélange d’ultra-gauchisme d’une partie des dirigeants étudiants et d’une capitulation opportuniste de la bureaucratie syndicale, le mouvement a décliné. Les couches les plus actives recherchent néanmoins des réponses à cette situation.

Le nationalisme québécois est en crise. Le Parti québécois (PQ) s’est déplacé vers la droite et a endossé un nationalisme raciste. Au cours des 40 dernières années, le PQ a participé au gouvernement et a adopté de nombreuses politiques d’austérité; il est donc perçu par la jeunesse comme partie prenante de l’establishment. Québec Solidaire, un parti nationaliste de gauche, pourrait servir de canal à l’expression du mécontentement, mais sa direction petite-bourgeoise est confuse et commet de nombreuses erreurs. En général, quand Québec Solidaire se recentre sur des questions de classe, il obtient un certain soutien; mais quand il se focalise sur l’indépendance, la population l’identifie alors avec le PQ.

Il n’y a aucun enthousiasme pour un nouveau référendum sur l’indépendance parmi les travailleurs conscients et les jeunes. Même s’il ne faut pas exclure que la colère des masses puisse s’exprimer dans un mouvement d’indépendance nationale, cela semble plutôt peu probable à moyen terme.
 

La Chine

Les forces productives de l’économie chinoise se sont fortement développées au cours des 40 dernières années. C'est l'un des principaux facteurs qui ont évité à l’économie mondiale de s’écrouler massivement – et qui l'ont maintenue à flots pendant 20 à 30 ans. Mais cette tendance a atteint ses limites: la croissance chinoise a fortement diminué et se trouve maintenant sous la barre des 7%, ce qui est très faible pour les niveaux chinois.

L’économie chinoise renferme de nombreuses contradictions irrésolues. L’industrie chinoise est hautement dépendante des exportations: pour maintenir son taux de croissance, la Chine doit exporter. Mais si l’Europe et les USA ne consomment plus autant que par le passé, la Chine ne peut plus produire autant, car elle a besoin des marchés étrangers pour absorber le surplus de sa production. Et si la Chine ne produit pas, d’autres pays comme le Brésil, l’Argentine et l’Australie ne peuvent plus y exporter leurs matières premières. La mondialisation se manifeste ainsi comme une crise globale du système capitaliste.

Au milieu des décombres de la crise financière mondiale, les dirigeants chinois ont tiré la sonnette d’alarme. Ils ont estimé qu'ils avaient besoin d'un taux de croissance annuel d'au moins 8% pour éviter des troubles sociaux remettant en cause leur pouvoir. Ils ont alors eu recours aux politiques keynésiennes et ont lancé un plan sans précédent d’investissements publics dans les infrastructures. Ils ont utilisé le système bancaire nationalisé pour lancer le plus vaste exemple d’assouplissement monétaire de l’histoire, pour offrir des prêts facilement accessibles. Mais ceci crée de nouvelles contradictions qui menacent la stabilité de la Chine et du monde entier.

Résultat de ces politiques: la dette publique chinoise a doublé depuis 2008, atteignant 46,2% du PIB. C'est certes relativement bas en comparaison de la dette des Etats-Unis. Néanmoins, la dette chinoise totale (qui combine la dette de l’Etat, des banques, des entreprises et des ménages) a augmenté de manière exponentielle et menace d’échapper à tout contrôle. En termes absolus, la dette totale de la Chine est passée de 6 000 milliards de dollars en 2008 à 28 000 milliards fin 2016. Exprimée en pourcentage du PIB, la dette totale est passée de 140% à 260% sur la même période. Et c’est sans compter une sous-estimation certaine des chiffres officiels.

Il est probable que la dette totale de la Chine est plus proche des 300% du PIB, ce qui n’inclut même pas le système bancaire parallèle non régulé (qui représente entre 30% et 80%, du PIB selon les estimations). Dans son rapport d’octobre 2017, la Banque mondiale a souligné avec insistance que ce secteur représente une des plus grandes menaces pour la prospérité régionale.

L’économie chinoise a été sauvée à court terme par la décision du gouvernement d’ouvrir les vannes du crédit; mais en conséquence, l'économie est désormais dépendante du crédit et touchée par d’énormes bulles spéculatives. Le véritable test surviendra quand Pékin essaiera de réduire cette dépendance à l'égard du crédit. Ceci pourrait provoquer un effondrement financier, dont les économistes bourgeois craignent les effets dévastateurs sur l’économie mondiale. L’année dernière, le Fonds monétaire international a publié un avertissement sur les réticences de Pékin à freiner les dangereux niveaux d’endettement.

Pour le moment, un effondrement du système financier chinois ne semble pas imminent. Tout comme le crash de 2008 …avant qu’il n’advienne! Il est vrai que le poids particulier du secteur public permet au gouvernement chinois d'exercer plus de contrôle sur les prêts et les emprunts que dans une économie de marché normale. Le gouvernement peut ordonner aux banques d’Etat de continuer à prêter à des entreprises subissant des pertes, ou à de petits créanciers qui comptent sur les crédits à court terme pour garder des liquidités. A la fin décembre 2017, la Chine possédait 3 140 milliards de dollars de réserves de monnaie étrangère, à utiliser en cas d’« urgence »; mais même ceci ne la sauvera pas éternellement.

Cette situation a permis à Pékin de repousser les problèmes, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont résolus. Bien au contraire, plus la situation actuelle perdure, plus violente et convulsive sera la crise qui, tôt ou tard, éclatera. Le ralentissement de l’économie a mené à une forte augmentation du chômage, ce que les chiffres officiels admettent, sans inclure toutefois les millions de migrants venant des campagnes dans les villes où ils ne trouvent pas d’emploi. Ceci va affecter la situation politique et sociale.

Il est dur de savoir avec précision ce qui se passe en Chine. Dans un Etat totalitaire, les nouvelles sont strictement contrôlées. Mais les grèves et les manifestations s’étendent: le nombre de tels « incidents » a doublé chaque année entre 2011 et 2015. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg: le régime est parvenu à mettre un terme à la vague de grèves en forçant la main des entreprises qui ne payaient pas les salaires à temps et en poursuivant en justice suffisamment de cas de corruption pour sembler être « du côté des travailleurs ».

Sous le calme apparent de la surface, une énorme colère s’accumule. L’indignation des masses est nourrie par les injustices: les actions arbitraires de la bureaucratie (telles que le pillage des terres des paysans par des officiels corrompus), la destruction de l’environnement (Pékin et d'autres villes sont noyées dans des nuages toxiques) et, par-dessus tout, les inégalités scandaleuses qui prouvent clairement que la Chine n’est pas un pays socialiste.

Les travailleurs chinois pouvaient supporter tout cela tant qu’ils sentaient que les choses avançaient d’une certaine manière, que la situation s’améliorait. Mais les faits montrent que ce n’est plus le cas. Le destin de la Chine dépend de celui du marché mondial: la Chine a bénéficié de sa participation au marché mondial, mais toutes les contradictions lui reviennent aujourd’hui en pleine figure. Une situation explosive se développe – et l'explosion pourrait arriver sans prévenir.

 

Les relations internationales

Le conflit avec la Corée du Nord a montré de manière criante les limites du pouvoir de l’impérialisme américain. Trump a menacé le pays de destruction totale, ce qui n’a pas eu le moindre effet sur Pyongyang, si ce n’est d’augmenter l’ambiance belliqueuse et d’accroître le nombre d’essais nucléaires et de missiles volant au-dessus du Japon – et qui peuvent, selon Kim Jong-un, atteindre n’importe quel point des Etats-Unis.

Les Etats-Unis envisageaient d’installer une base de missiles en Corée du Sud, mais les Chinois s'y sont catégoriquement opposés. Trump a été contraint de reculer et de chercher le soutien de Pékin pour faire pression sur Pyongyang. De son côté, la Chine poussait tranquillement le régime nord-coréen dans la direction qu’elle voulait, pour le freiner et pour éviter ainsi un conflit ouvert (et dangereux) avec les Etats-Unis. C’est très loin de ce que veut Trump, mais ce que le gouvernement chinois ne veut pas et n'acceptera pas, c'est un effondrement chaotique du régime nord-coréen.

Tout ceci a également montré l’incapacité des Etats-Unis à faire quoi que ce soit pour protéger leurs alliés. Duterte, l’homme « fort » des Philippines, a déclaré que les Etats-Unis parlent beaucoup, mais ne font rien. Il en a tiré les conclusions nécessaires et a placé les Philippines dans l’orbite de la Chine. De son côté, la Corée du Sud est maintenant plus proche de la diplomatie chinoise, notamment en raison de ses tensions historiques avec le Japon.

La Thaïlande était historiquement l’un des alliés les plus proches des Etats-Unis; elle a néanmoins annoncé qu’elle allait acheter des sous-marins chinois, ce qui implique une collaboration entre les deux pays. Ce projet a été suspendu, sous la pression des Américains, mais il semble qu’il sera poursuivi. Le coup d'Etat de 2014, en Thaïlande, a été condamné par les Etats-Unis, mais soutenu par la Chine. Enfin, le Viet-nam et la Malaisie ont également resserré leurs liens économiques avec la Chine, bien que les relations entre le Viet-nam et la Chine soient compliquées par un conflit territorial, en particulier du fait des revendications chinoises sur la mer de Chine méridionale.

La Chine et les USA sont engagées dans une bataille d’influence et de marchés. La Chine est le premier partenaire commercial de nombreux pays. Elle possède des parts dans deux-tiers des 50 ports les plus importants au monde. Sa « nouvelle Route de la Soie » est le plus grand projet diplomatique et financier depuis le Plan Marshall.

Les tensions entre les deux pouvoirs sont à leur paroxysme dans la région de la mer de Chine méridionale, où la classe dirigeante chinoise a développé sa propre version de la doctrine Monroe : contrôler sa propre arrière-cour. Les projets chinois de « construction d’îles » suscitent l’opposition de Washington, qui a envoyé des navires de guerre pour soutenir ce qu’il appelle « la liberté des mers ».

Avant la Deuxième Guerre mondiale, les tensions actuelles entre la Chine et les Etats-Unis auraient déjà mené à un conflit militaire. Mais la Chine, puissance nucléaire, n’est plus le faible pays semi-colonial d’antan. Aujourd’hui, une invasion et une conquête de la Chine par les Etats-Unis sont hors de question.
 

Le Moyen-Orient

Au Moyen-Orient, les contradictions du monde capitaliste sont exposées sous forme concentrée. La crise du capitalisme mondial est aussi la crise de l’impérialisme américain. Lorsque les impérialistes américains, ignorants et incompétents, ont déboulé en Irak et dévasté le pays, ils n’ont pas seulement détruit des millions de vies; en détruisant l’armée irakienne, ils ont aussi brisé l’équilibre fragile entre les puissances du Moyen-Orient. Tous les crimes et monstruosités qui ont suivi ont découlé de ce crime monstrueux de l’impérialisme.

Avec l’élimination de l’armée irakienne, l’influence de l’Iran a connu une croissance rapide au détriment des Etats-Unis et de ses alliés traditionnels, en particulier l’Arabie Saoudite. Le conflit sanglant en Syrie, qui était une guerre par procuration entre plusieurs puissances étrangères, était une tentative de récupérer le terrain perdu. Elle visait à isoler le Liban et à soustraire la Syrie de la sphère d’influence iranienne. Mais aujourd’hui, l’influence de l’Iran en Syrie ou au Liban est plus forte que jamais.

En Syrie, les limites de la puissance de l’impérialisme américain sont flagrantes. La nation la plus puissante de la terre est incapable d’intervenir militairement de manière décisive. Cela a laissé un vide dans lequel se sont engouffrés l’Iran et la Russie. L’intervention russe a fait basculer de manière décisive l’équilibre en faveur d’Assad. La chute d’Alep a marqué un tournant décisif et une défaite dévastatrice et humiliante – non seulement pour les Etats-Unis, mais aussi pour leurs alliés, en particulier l’Arabie Saoudite.

Aujourd’hui, l’Etat islamique (EI) a été vaincu en Syrie et en Irak. Mais le problème de fond n’a pas été résolu. Que va-t-il se passer? Les Turcs surveillent de très près Raqqa, Mossoul et même Kirkouk, attendant, tel des vautours, de s’emparer de ce qu’ils peuvent. Les Iraniens ont accru leur influence dans toute la région, alarmant les Américains, les Saoudiens et Israël. Entre-temps, l’Irak et la Syrie se sont fragmentés et resteront instables au cours de la prochaine période.

Une partie de la classe dirigeante américaine voulait poursuivre la guerre, mais cette tentative était d’emblée vouée à l’échec. Poutine les a devancés à chaque étape. Lorsque les Russes ont convoqué une conférence de paix à Astana, au Kazakhstan (un pays client de la Russie), les Américains et les Européens n’ont même pas été invités. En fin de compte, malgré toute la rhétorique publique, les Américains ont été contraints à contrecœur d’accepter le fait accompli dicté par Moscou.

Le fait est que les Etats-Unis ont été vaincus en Syrie. Ce qui reflète un changement dans l’équilibre des forces dans la région. Cela aura des conséquences d’une portée considérable, en particulier parmi les alliés de Washington qui ont perdu confiance dans les Etats-Unis et qui suivent de plus en plus leurs propres chemins et intérêts. La Turquie est censée être une alliée des Etats-Unis et un membre clé de l’OTAN, mais de plus en plus, les Turcs et les Etats-Unis se sont retrouvés à soutenir des forces adverses en Syrie.

Dans un premier temps, les Etats-Unis ont misé sur les rebelles djihadistes soutenus par les Turcs et les Saoudiens, mais ceux-ci se sont révélés inefficaces et – comme il est devenu clair avec l’expansion de l’EI – des défenseurs peu fiables des intérêts américains. Le Pentagone a donc été contraint de soutenir les forces kurdes du YPG dans la lutte contre l’EI dans le nord de la Syrie.

Mais il y a un problème. Erdogan a de grandes ambitions dans la région. Il veut un empire de style ottoman et les Kurdes représentent pour lui un obstacle physique et politique. Son intérêt principal est maintenant d’écraser les Kurdes, en Turquie comme en Syrie. Vaincu en Syrie, Erdogan décide de changer de cap, s’appuyant sur l’Iran et la Russie pour gagner une marge de manœuvre avec l’Occident.

Dans les faits, la Russie et l'Iran ont battu les rebelles d’Alep et d’ailleurs qui sont soutenus par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et d’autres Etats du Golfe; et ce faisant, la Russie et l’Iran ont permis à la Turquie de prendre une partie du nord de la Syrie, pour qu'elle empêche les forces kurdes d’y étendre leur territoire. Cette coopération entre la Turquie, la Russie et l’Iran a porté un coup terrible aux Américains et aux Saoudiens, dont les laquais djihadistes ont été écrasés ou contraints de se conformer à l’accord d’Astana.

Le plan de Trump visant à saper l’accord sur le nucléaire iranien est une tentative désespérée de revenir en arrière. Mais alors que les Etats-Unis subissent une pression constante pour retirer leurs forces du Moyen-Orient, l’Iran commande des centaines de milliers de miliciens aguerris et bien établis en Irak, en Syrie et au Liban. En dernière analyse, ce sera le facteur décisif. Les Européens se sont dissociés de la politique de Trump à l’égard de l’Iran, qui s’amuse du spectacle du désordre en Occident.

L'Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite a jeté des milliards de dollars sur les groupes les plus réactionnaires de Syrie. Mais elle a perdu. La guerre saoudienne contre le Yémen est également un échec. Après presque trois ans de combats sanglants, qui ont ravagé tout le pays et plongé des millions de personnes dans la famine, les « Houthis », soutenus par l’Iran, occupent une position solide dans leur région. Entre-temps, la coalition saoudienne s’est pratiquement effondrée. Les troupes djihadistes, les séparatistes du Sud-Yémen et les troupes des Emirats arabes unis qui composent les forces soutenues par l’Arabie Saoudite ont tous leur propre agenda. Il s’agit d’une nouvelle défaite qui sape encore davantage les fondations pourries du régime saoudien.

Les Saoudiens ont tenté de s’affirmer face au Qatar, en exigeant qu'il coupe les ponts avec l’Iran et la Turquie – et s’aligne sur la politique étrangère saoudienne. Mais le Qatar a renforcé ses liens commerciaux et militaires avec l’Iran et la Turquie. La Turquie a étendu sa base militaire sur la péninsule – un avertissement sérieux aux Al-Saoud de ne pas aller trop loin. Trump a d’abord soutenu les Saoudiens jusqu’à ce qu’il soit sagement informé par ses conseillers que les Etats-Unis possèdent une base militaire très importante au Qatar.

L’ancien roi saoudien Abdallah était un réactionnaire endurci, mais il était rusé et prudent. Le nouveau régime, dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, est tout sauf prudent. Comme un joueur perdant, il se livre frénétiquement à des paris risqués pour contrer l’influence et le pouvoir croissants de l’Iran. Mais ces efforts, loin d’arrêter le processus de déclin du régime saoudien, ne font que l’accélérer et lui donnent un caractère encore plus convulsif.

Pendant des décennies, la vie de ce régime réactionnaire a été prolongée artificiellement par l’impérialisme en raison du rôle particulier qu’il a joué en tant que principal fournisseur de pétrole pour les Etats-Unis, et en tant que base principale de la contre-révolution dans le monde musulman. A l’aide des prix élevés du pétrole, le régime pouvait se maintenir en achetant les couches réactionnaires tribales et religieuses qui constituent sa base.

Mais aujourd’hui, ces facteurs sont en train de disparaître. Les Etats-Unis sont proches de l’autosuffisance pétrolière et, en outre, la crise économique mondiale a entraîné une baisse des prix du pétrole. Le rôle du régime saoudien dans les relations mondiales décline et, par conséquent, les intérêts de l’Arabie Saoudite et de la classe dirigeante américaine ont commencé à diverger. La crise commence également à affecter les finances saoudiennes, obligeant pour la première fois le régime à imposer des mesures d’austérité. Ils ne peuvent plus acheter la stabilité sociale en soudoyant la population avec des subventions généreuses et des emplois garantis dans le secteur public.

A moyen terme, tous ces facteurs se cumuleront pour saper la stabilité du régime, qui peut tomber comme un fruit mûr à tout moment. Ce qui remplacera ce régime ne plaira pas à Washington. Sous l’impact de la crise de l’impérialisme américain, le vieux régime qui avait été mis en place par l’impérialisme britannique et américain dans la région est en train de s’effriter.

Comme si tout cela ne suffisait pas, la déclaration stupide et effrontée de Trump, destinée à son public américain, sur le fait de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et d’y autoriser le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv, a rajouté un nouvel élément d’instabilité explosive au Moyen-Orient. Cela a également approfondi les divisions entre les impérialistes européens et américains. Les impérialistes européens craignent les conséquences pour les soi-disant négociations de paix, qui de toute façon n’étaient pas prises au sérieux, si jamais elles l’ont été. Les impérialistes américains, comme d’habitude, ne comprennent rien et ne prévoient rien.

Ceci dit, il semble impensable que Trump ait pu prendre cette décision à l’insu et sans le consentement tacite des dirigeants saoudiens. Ils sont maintenant fermement alignés sur Trump et sur les Israéliens; ils se préoccupent principalement de faire face à l’Iran. Ils ont accepté de poignarder les Palestiniens dans le dos tout en proférant les quelques bavardages nécessaires pour berner l’opinion arabe. Mais cela s’avérera être un clou de plus dans le cercueil de l'ignoble et corrompu régime saoudien.
 

Révolution au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

La révolution qui a balayé la région en 2011-2013 a échoué parce qu’il lui manquait une direction révolutionnaire. Aujourd’hui, fatigué et confus, le mouvement général a reflué et a laissé une marge de manœuvre aux réactionnaires. La montée de la réaction et de la contre-révolution islamiste dans toute la région est liée au reflux du mouvement révolutionnaire.

Cependant, les événements de 2017 au Maroc montrent que la révolution n’est pas morte. Le soulèvement dans la région du Rif a été le mouvement le plus spectaculaire au Maroc depuis la révolution de 2011 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’incident immédiat qui a déclenché le soulèvement a été l’assassinat par la police d’un jeune poissonnier, jeté dans un camion poubelle. Une fois enclenché, ce mouvement s’est déroulé avec une vitesse et une intensité incroyables. Un mouvement national de solidarité de la classe ouvrière et des couches opprimées a vu le jour avec ses propres revendications, qui n’étaient ni séparatistes, ni sectaires.

Ce mouvement anticipe les développements dans le reste de la région, où il n’existe pas un seul régime stable. Tous les régimes de la région sont faibles et luttent pour leur survie. Ils ne peuvent résoudre aucun des problèmes des masses qui, à leur tour, subissent d’énormes pressions. Tôt ou tard, le mouvement renaîtra à un niveau encore plus élevé

Guerre mondiale?

La crise autour du programme nucléaire de la Corée du Nord a fait beaucoup parler d’une guerre mondiale. Mais c’est prématuré, pour dire le moins. Dans les conditions modernes, une guerre mondiale est pratiquement exclue par le rapport de forces entre les classes à l’échelle mondiale. Les impérialistes ne font pas la guerre pour des raisons arbitraires. La bourgeoisie recourt à la guerre pour conquérir des marchés et des sphères d’influence. Mais la guerre est une affaire très coûteuse et risquée. Et avec les armes nucléaires, les risques sont multipliés par mille. C’est pourquoi les Etats-Unis, la puissance militaire la plus redoutable qui ait jamais existé, n’a pas été en mesure de déclarer la guerre à la minuscule Corée du Nord.

Militairement, la Russie n’est pas aussi forte que les Etats-Unis, mais c’est un État militaire très puissant. Et il est beaucoup plus fort militairement que l’impérialisme britannique, français ou allemand, tant en termes conventionnels que nucléaires. L’Occident n’a rien pu faire pour l’empêcher de s’emparer de la Crimée (où, d'ailleurs, la majorité de la population est russe). Il ne pouvait pas non plus empêcher la Russie d’intervenir pour sauver le régime d’Assad en Syrie. Ces deux exemples révèlent les limites du pouvoir de l’impérialisme américain.

L’année dernière, l’OTAN a envoyé quelques milliers de soldats en Pologne, comme avertissement à la Russie. C’était juste une blague. Les Russes ont répondu en organisant les plus grandes manœuvres militaires de tous les temps avec la Biélorussie, à la frontière même de la Pologne. C’était un petit avertissement à l’OTAN. D’un point de vue militaire, par rapport à la Russie, la Grande-Bretagne est aujourd’hui presque insignifiante, la France n’est pas grand-chose de plus et l’Allemagne n’est rien du tout.

Avant tout, le rapport de forces international entre les classes est un sérieux obstacle au déclenchement d’une guerre majeure. Il faut se rappeler qu’avant que la Seconde Guerre mondiale ne puisse avoir lieu, la classe ouvrière a d’abord dû subir toute une série de défaites écrasantes en Hongrie, en Italie, en Allemagne, en Espagne... Mais aujourd'hui, les forces de la classe ouvrière sont intactes. La classe ouvrière n’a subi aucune défaite sérieuse dans les pays capitalistes avancés.

Aux Etats-Unis, les gens sont fatigués des aventures militaires. L’impérialisme américain s’est brûlé les doigts en Irak et en Afghanistan. Cela leur a coûté une énorme quantité de vies et d’argent, sans rien obtenir. En conséquence, Obama n’a même pas été en mesure d’ordonner une intervention militaire en Syrie. Il a essayé, mais il s’est rendu compte que cela aurait provoqué une révolte populaire massive. Il a dû renoncer. Il en fut de même pour le gouvernement conservateur de Cameron en Grande-Bretagne.

Il ne peut pas y avoir de guerre mondiale, du moins dans un avenir proche, à moins qu’un régime totalitaire n’arrive au pouvoir aux Etats-Unis sur la base d’une défaite écrasante de la classe ouvrière américaine. Ce serait un rapport de forces qualitativement différent. Mais ce n’est pas la situation dans l’avenir immédiat. Au contraire, pendant une période entière, le pendule se déplacera vers la gauche.

Trump est un politicien bourgeois réactionnaire, mais contrairement aux affirmations démagogiques de certains, à gauche, il n’est pas fasciste et ne se tient pas à la tête d’un Etat totalitaire comme celui d’Hitler. Au contraire, il ne contrôle pas du tout l’Etat: il est en guerre contre lui. Il n’a même pas le contrôle total du Congrès américain, bien que celui-ci soit dominé par le Parti républicain. En fait, son emprise sur le pouvoir est extrêmement fragile. Le colosse de la Maison Blanche a des pieds d’argile.

Bien qu’une guerre similaire à celles de 1914-18 et 1939-45 soit exclue dans les conditions actuelles, il y aura constamment des « petites » guerres qui, dans les conditions modernes, sont assez effrayantes. L’Irak était une petite guerre. La Syrie était une petite guerre. La guerre civile au Congo a coûté la vie à au moins cinq millions de personnes et n’a même pas fait la « une » des journaux. Ce genre d’événements va se reproduire. Entretemps, la propagation du terrorisme signifie que cette barbarie commence à affecter l’Europe « civilisée ». C’est ce que Lénine voulait dire lorsqu’il affirmait que le capitalisme est une horreur sans fin.
 

Les Etats-Unis et l’Europe

Les personnes qui contrôlent réellement l’UE sont les banquiers, les bureaucrates et les capitalistes, et en particulier le capitalisme allemand. A l’origine, l’UE était dominée par la France et l’Allemagne. La bourgeoisie française imaginait qu’elle pouvait la dominer politiquement et militairement, pendant que l’Allemagne la dominerait économiquement. Ça n’a pas duré très longtemps. Il n’y a aucun doute aujourd’hui que c’est la classe dirigeante allemande qui domine complètement l'UE.

Par conséquent, l’UE est immédiatement entrée en conflit avec le nouvel homme de la Maison Blanche. Donald Trump et Angela Merkel ne sont pas en bons termes. La raison n’est pas dans leurs caractéristiques personnelles – bien qu’elles soient très différentes. Elle tient plutôt au slogan électoral de Trump:

« Make America Great Again »

Pour l’instant, les capitalistes allemands se portent plutôt bien, avec un énorme excédent commercial. En 2016, il était de l’ordre de 270 milliards de dollars: un record historique. Il n’est pas nécessaire d’être prix Nobel d’économie pour savoir que l’excédent d’un pays est le déficit d’un autre pays. Trump sait au moins additionner – et n’est pas du tout satisfait de ce chiffre. Et comme la diplomatie n’est pas vraiment son point fort, il l’a dit publiquement à Merkel.

Trump dit: « Si les Allemands ne font pas quelque chose, je réduirai l’importation de voitures allemandes aux Etats-Unis ». De tels propos sont très dangereux. S’il continue dans cette voie, cela déclenchera une guerre commerciale. Les Allemands riposteraient immédiatement, bloquant certaines marchandises américaines. Le protectionnisme est l’exportation du chômage. Trump dit qu’il veut plus d’emplois aux Etats-Unis pour les Américains. Cela signifie moins d’emplois pour les Allemands, les Chinois et les autres. C’est la cause profonde de l’antagonisme entre Washington et Berlin.

Trump s’est rendu en Pologne où il a reçu un accueil enthousiaste. Le choix de cette visite n’est pas du tout accidentel. Les relations entre la Pologne et l’Allemagne ont été tendues pour différentes raisons, notamment à propos de l’introduction de quotas pour les réfugiés.En fait, les fractures en Europe ne cessent de s’approfondir. Le problème avec l’Europe, c’est que les pays européens ne sont pas d’accord sur grand-chose, de nos jours. C’est pourquoi M. Trump s’est rendu en Pologne: pour approfondir les fissures entre l’Allemagne et son voisin de l’Est.

Son arrêt suivant fut Paris, et ce n’était pas non plus un accident. Trump veut creuser un fossé entre la France et l’Allemagne. Pour sa part, Macron était heureux de le recevoir pour encourager les Américains à faire pression sur les Allemands, qui ont déjà beaucoup à faire avec les négociations sur le Brexit. Cela explique pourquoi Trump est si désireux d’exprimer sa solidarité avec Londres, offrant la perspective tentante d’un accord commercial à un moment donné – qui pourrait, ou plus probablement ne va pas, se matérialiser.
 

L’Europe

Les économistes bourgeois se basent sur l’empirisme et sur des impressions superficielles. Ils détectent une très légère croissance en Europe – un peu plus d’1% (mais plus élevée en Allemagne) – et ils proclament joyeusement que la crise de l’euro est résolue. Mais la crise de l’euro n’est pas résolue. En réalité, la crise du capitalisme européen continue de s’aggraver. Malgré la faible reprise, les problèmes fondamentaux sous-jacents demeurent. Rien n’a été résolu.

Les experts économiques du FMI sont en train de publier des rapports alarmants sur la situation des banques en Europe. La BCE a investi des milliards, mais, par conséquent, lorsque la prochaine crise viendra, ce qui est inévitable, elle pourrait mener à l’effondrement de l’euro et peut-être même menacer l’unité de l’UE.Le 3 juin 2017, The Economist expliquait: « La monnaie est passée d’un instrument de convergence entre les pays à un facteur qui les divise. » Ces quelques mots montrent comment les bourgeois intelligents saisissent ce que les marxistes ont dit il y a longtemps.

A la situation déjà instable au sein de l’UE s’ajoute la crise des réfugiés. L’ingérence impérialiste au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a ouvert les portes à un déluge de gens désespérés fuyant l’enfer dans lequel ils ont été plongés. Cela exerce une pression énorme sur les Etats membres de l’UE, et en particulier ceux qui sont les plus exposés à l’arrivée quotidienne de nouveaux réfugiés et migrants.

L’Europe est profondément divisée sur cette question. La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque refusent d’accueillir des réfugiés. Le problème est encore aggravé par la migration interne des pays pauvres de l’UE vers les pays riches, ce qui provoque des tensions même dans un pays comme l’Allemagne, où la droite se sert de la question des réfugiés pour gagner une partie de l’électorat.

Ceci en est contraste total avec la situation d’après 1945, lorsque l’Allemagne avait absorbé un afflux beaucoup plus important de réfugiés en provenance d’Europe de l’Est. C’était dans une période de croissance du capitalisme mondial. Mais dans une situation de crise économique profonde et de stagnation des forces productives, l’afflux de réfugiés ne sert qu’à créer de nouvelles contradictions qui ne peuvent être résolues sur la base du capitalisme. Il s’agit là d’un autre facteur d’instabilité qui accroît les tendances centrifuges au sein de l’UE.

Le Brexit

Les dynamiques qui travaillent l’Union européenne de l’intérieur et la menacent de dislocation ont également rejailli de façon spectaculaire sous la forme du Brexit. Le résultat du référendum britannique s’impose comme une énième manifestation de la colère et du ressentiment qui se sont développés partout, sous la surface.

Les commentateurs bourgeois ont été stupéfaits à l’annonce de la victoire du « Leave » (« quitter » l’UE). Et ceux qui étaient le plus en état de choc n’étaient autre que les partisans du Brexit eux-mêmes. Ils n’avaient jamais envisagé que leur camp puisse gagner, et ont donc été pris au dépourvu, sans même l’ébauche d’un plan ou d’une stratégie. Encore à ce jour, d’ailleurs, ils semblent toujours ne pas avoir la moindre idée de ce qu’ils font. Les sections décisives de la bourgeoisie britannique ne voulaient pas quitter l’UE, mais elles ont bien été obligées d’accepter le résultat du référendum, qui aura un impact ravageur sur le capitalisme britannique, et par ailleurs mettra en sérieuse difficulté l’UE elle-même.

Le Brexit a créé de sérieux problèmes en Irlande. Entre la République d’Irlande (membre de l’UE) et le nord de l’île, qui est rattaché au Royaume-Uni, la frontière est imperceptible, depuis quelques années; dans la pratique, elle n’existe plus. Si le Brexit implique le rétablissement d’une frontière physique, les répercussions économiques seraient catastrophiques, pour le nord comme pour le sud de l’île. Par conséquent, toute la question nationale irlandaise pourrait être ravivée, ce qui provoquerait de graves problèmes. La classe politique s’efforce de négocier un accord qui viendrait tant bien que mal régler cette question épineuse. Reste à voir si l’issue des négociations apportera de quoi résoudre la quadrature du cercle.

Les Britanniques s’imaginaient qu’ils allaient pouvoir sortir de l’UE rapidement et facilement. Mais il n’en a jamais été question. Quand bien même Merkel voudrait faire preuve de bonne volonté envers les Britanniques (ce dont on peut se permettre de douter), elle ne pourrait en aucun cas faire de cadeaux à Londres, car alors, d’autres Etats membres seraient tentés de suivre l’exemple et de quitter l’UE à leur tour. Pour compliquer encore les choses, Merkel a essuyé une défaite électorale, et le parti nationaliste et anti-UE AfD -Alternative für Deutschland -, ne lui accorde pas un moment de répit. Toutes les belles paroles sur la « solidarité européenne » ont été oubliées sur le champ, et les antagonismes nationaux refont surface. Le Royaume-Uni et l’UE sont engagés dans un processus dont il résultera de sérieux problèmes, pour l’un comme pour l’autre.

 

La Grèce

Dans Le Capital, Marx expliquait que pendant les phases d’expansion, le crédit est souple et facile; mais lorsqu’une crise éclate, cela se transforme en son contraire. Alors, les créanciers des Grecs, ces Shylock des temps modernes, réclament leur livre de chair. Mais la Grèce ne pourra jamais payer la facture que Berlin et Bruxelles lui tendent. Tout cela attise une profonde haine de classe et accentue la polarisation, en Grèce et dans tous les pays d’Europe du Sud.

Après une décennie de souffrances indescriptibles, d’austérité, de pauvreté et de misère, quels problèmes ont été réglés en Grèce ? Cette nation a été précipitée dans une crise sans issue. Les jeunes ne trouvent pas d’emploi et sont poussés à émigrer, pendant que les personnes âgées se voient privées de leur retraite; un nombre croissant d'entre elles se suicident.

La révolution n’est pas un processus linéaire; elle est ponctuée par des flux et des reflux, auxquels nous devons nous préparer. Après tant d’années de grèves, de manifestations et de mobilisations, les travailleurs grecs sont dans une phase de fatigue et de déceptions. Ils disent: « Nous sommes trahis par tout le monde. Nous avions confiance dans le PASOK, et le PASOK nous a trahis. Nous avions confiance en Tsipras, et lui aussi nous a trahis. Que pouvons-nous faire de plus? » Selon les sondages, Syriza va faire un mauvais score aux prochaines élections (environ 20%, voire moins). Le Parti communiste grec pourrait légèrement progresser, mais il ne sera pas en mesure d’occuper le vide politique laissé par Syriza, du fait de son sectarisme. Par défaut, la Nouvelle Démocratie (ND - droite) va remonter, en termes de pourcentages simplement, et non parce qu’elle serait devenue un pôle d’attraction majeur. On se retrouverait donc avec une coalition de droite dirigée par ND. Un tel gouvernement serait faible et instable, mais il serait bien obligé de poursuivre et d’intensifier les attaques contre la classe ouvrière – sans avoir la moindre autorité dans cette même classe. Dans ces conditions, il y aura une nouvelle radicalisation sur la gauche.

L’état d’esprit actuel – de fatigue – ne durera va indéfiniment. Compte tenu de la gravité de la crise, les reculs ne peuvent être que temporaires: les travailleurs et la jeunesse n’auront pas d’autre choix que de reprendre le chemin de la lutte. De nouvelles explosions sociales se préparent; et elles éclateront avec d’autant plus de force.
 

France: Macron et la faillite du centre

En France, le capitalisme était déjà en crise bien avant 2008. Mais les élections de l’année dernière ont apporté à la bourgeoisie européenne un semblant de répit. Elle tremblait à l’idée de voir Marine Le Pen accéder au pouvoir – dans la foulée de Trump. Comme Trump, Le Pen est une réactionnaire chauvine. Elle est également hostile à l’Union européenne, ce qui a suscité une vive inquiétude à Bruxelles et Berlin, tout particulièrement après la débâcle du Brexit. Mais ce qui faisaitvraimenttrembler la bourgeoisie française, c'était la percée fulgurante de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, à la fin de la campagne électorale, car il aurait certainement remporté un second tour contre Le Pen ou même Fillon – et avait même une chance de gagner face à Macron.

La montée de Mélenchon illustre l’accélération de la polarisation – vers la gauche et vers la droite. Le Pen a battu Mélenchon de justesse; il aurait pu l’emporter si les soi-disant trotskystes n’avaient pas fait preuve d'une stupidité criminelle. A eux deux, Lutte ouvrière et le Nouveau Parti anticapitaliste ont obtenu le nombre de voix qui manquait à Mélenchon pour passer devant Le Pen et accéder au second tour.

Un affrontement direct entre Mélenchon et Macron au second tour aurait tout changé. Mais la manie de division des sectes gauchistes a empêché ce scénario de se concrétiser. Ces petites organisations auraient très bien pu mener une campagne sur un programme révolutionnaire, puis se retirer de la course électorale en appelant à voter pour Mélenchon. Si elles n’ont pas agi de la sorte, c’est parce qu'elles ont placé les intérêts de petite secte avant les intérêts généraux de la classe ouvrière française.

Au final, Macron a gagné, et la bourgeoisie a poussé un soupir de soulagement. C’était la défaite des extrêmes, et le triomphe tant attendu de la Modération! Depuis Paris, on s’est empressé de propager la bonne nouvelle jusqu’à Berlin, Rome et même Londres – où, dans la City, on a sorti le champagne. Le Centre avait gagné; mais qu’est-ce que ces gens entendent, au juste, par Centre? Ils veulent parler de la droite, qui masque sa véritable identité, se fait passer pour ce qu’elle n’est pas.

La victoire de Macron repose sur la faillite des deux grands partis traditionnels (le Parti socialiste et les Républicains). Le PS a été laminé; les Républicains ont fortement chuté et ne se sont même pas qualifiés pour le second tour des présidentielles. Le PS pourrait bien finir comme le PASOK, en Grèce. Les Républicains sont eux-mêmes dans une situation critique: plusieurs des figures dirigeantes ont quitté le parti pour rejoindre le gouvernement Macron (ou son parti); quant aux autres, ils sont divisés en différentes factions.

Le Parti communiste français a été discrédité par ses alliances avec le Parti socialiste; il est aujourd’hui relégué aux marges de la scène politique française. De son côté, le Front National, bien que battu aux élections, a néanmoins gagné 1,3 millions de voix par rapport à 2012, au premier tour. Mais la France insoumise, le mouvement de Mélenchon, a recueilli 3 millions de voix de plus qu'en 2012. Il représente désormais, avec les syndicats, la principale force d’opposition aux politiques de Macron. Selon un sondage d’octobre 2017, demandant quel est le premier parti d’opposition, la France insoumise représente 35% des réponses, contre 12% pour le Front National et seulement 2% pour le PS et le PCF! Le mouvement de Mélenchon est désormais le représentant principal de l’opposition, à l’Assemblée nationale et dans la rue.

Il est faux de dire que Macron s’est fait élire à la majorité absolue. La majorité absolue du corps électoral – en comptabilisant les votes blancs et l’abstention – n’a pas voté pour Macron! Et cette « majorité silencieuse » ne va pas garder le silence très longtemps. D’ailleurs, Macron n’a pas tardé à montrer son vrai visage; il a d’emblée confirmé son intention de réformer le Code du travail afin de faciliter les licenciements.

Engels disait que la France était le pays où la lutte des classes est toujours menée jusqu’au bout. Cela sera bientôt confirmé aux yeux de tous. Le pays va connaître des manifestations de masse, des grèves et des grèves générales. Un nouveau Mai 68 est tout à fait possible ; en fait, la situation le rend implicite.

L’Italie

La Grèce était le maillon le plus faible du capitalisme européen. L’Espagne se situe un cran plus bas, juste derrière la Grèce. Après l’Espagne vient l’Italie. Et après l’Italie vient la France. L’économie italienne stagne depuis le choc économique de 2008. Par conséquent, un très grand nombre de petites et moyennes entreprises ont fait faillite, incapables de rembourser leurs dettes.

Le système bancaire européen est dans un état critique. Il croule sous le fardeau des dettes; s’il ne s’est pas effondré, c’est uniquement parce que la Banque centrale européenne (BCE) lui fournit des béquilles pour qu’il puisse boiter un peu plus longtemps. Cette situation ne pourra pas durer indéfiniment, car les politiques de la BCE sont dictées par les Allemands. Et ces derniers ne comptent pas financer le déficit des pays de l’Europe du sud par les contributions qu’ils versent à la BCE.

Une profonde crise bancaire a éclaté en Italie. Le fait est que la plupart des banques italiennes sont en état de faillite. La réglementation européenne interdit le sauvetage des banques par leurs Etats, mais on a accordé une exception à l’Italie. Si le système bancaire italien s’effondre, il pourrait entraîner tout le système financier européen dans sa chute. Néanmoins, le sauvetage illégal des banques italiennes n’a réglé que des problèmes de surface, sans s’attaquer à leur racine. L’Italie est plongée dans une profonde crise, non seulement économique et financière, mais aussi politique.

Les Italiens ont perdu toute confiance dans les partis politiques. Cela a été mis en évidence lors du référendum de décembre 2016 sur la réforme constitutionnelle; Matteo Renzi a subi une défaite cuisante et sans appel. Le problème de la bourgeoisie italienne, c'est qu'elle n'a pas de gouvernement fort. Mais comment pourrait-elle se doter d’un gouvernement fort, alors qu’elle ne dispose pas même d’un parti fort? Auparavant, la bourgeoisie pouvait compter sur la Démocratie chrétienne, mais elle a été dissoute. Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, est lui aussi affaibli. Quant au Parti démocrate – ce parti bourgeois né de la fusion d'une section de l’ancien Parti communiste, de ce qu’il restait de la Démocratie chrétienne et de diverses petites organisations bourgeoises –, il est en pleine déroute.

La soi-disant gauche est de plus en plus fragmentée, et, au total, elle est créditée d’à peine 7% dans les sondages d’opinion. Par le passé, la classe dominante italienne pouvait compter sur les dirigeants du PCI pour contrôler la classe ouvrière. Mais après des décennies de dégénérescence stalinienne et maintes trahisons, le Parti communiste, jadis tout puissant, a été réduit à néant.

Ce vide politique a favorisé la montée de Beppe Grillo et de son Mouvement 5 Etoiles. Il s’agit d’un mouvement de contestation, dont la composition est avant tout petite-bourgeoise, et qui s’est doté d’un programme fourre-tout, où certaines propositions sont réactionnaires. En réalité, ce mouvement n’est pas un parti; il n’a pas de structure. Et son programme se résume principalement à la sortie de l’euro. Mais en l’absence de toute alternative à gauche, il recueille des voix auprès des travailleurs qui rejettent le système établi, ce que résume le slogan: « Foutez-les tous à la porte ! »

Le mouvement de Grillo est un phénomène instable et contradictoire, qui va certainement vite s’essouffler. Ses contradictions internes feront bientôt surface; il ne tardera pas à entrer en crise. Il est impossible de prévoir avec précision la tournure que prendront les événements. Mais une chose est sûre: cette situation n’est pas favorable à la bourgeoisie italienne.

La classe ouvrière italienne, de son côté, a de formidables traditions révolutionnaires. La crise du capitalisme italien provoquera inéluctablement de nouvelles explosions sociales, d’une puissance inédite, à l’image de Mai 1968 en France ou de l’Automne Chaud italien de 1969. Une fois que les gros bataillons se mettront en mouvement, toute la situation se transformera rapidement, et de nouvelles formations politiques émergeront, très à gauche et radicales, comme cela s’est produit avant et après 1969.

 

L’Espagne

Malgré une reprise économique partielle, en Espagne, la crise du régime qui a éclaté en 2008 n’est en aucun cas résolue. Au fil des années, la récession, le chômage de masse, la dégradation du niveau de vie, auxquels viennent s’ajouter des scandales de corruption, ont précipité la démocratie bourgeoise espagnole dans une profonde crise de légitimité. La grande vague de mobilisations de masse, entre 2011 et 2015, a fini par trouver une expression politique, avec l’émergence et la montée de Podemos, qui a recueilli 21% des voix aux élections de 2016.

Le gouvernement de droite du Parti populaire (PP) est extrêmement fragile. Il dépend du soutien des nationalistes basques pour sa majorité au Parlement. Il est miné par de multiples affaires de corruption. Si la gauche avait uni ses forces pour le renverser, il aurait volé en éclats. Mais les dirigeants de Podemos comme de la Gauche Unie (Izquierda Unida) se sont avérés totalement incapables d’incarner une alternative crédible, pendant que le chef du Parti socialiste (PSOE), Pedro Sánchez, censé être « plus à gauche » que ses prédécesseurs, passait ouvertement dans le camp réactionnaire du nationalisme espagnol. A présent, depuis que Ciudadanos est arrivé en tête des élections du 21 décembre en Catalogne, la classe dominante espagnole apporte un soutien croissant à ce nouveau parti de droite, qui est tout aussi réactionnaire que le PP, mais qui présente de nouveaux visages, et n’est pas embarrassé des fardeaux que le PP a accumulés, à cause des affaires de corruption et de ses mesures antisociales.

La question catalane a fait office de catalyseur, qui a fait apparaître de profondes lignes de fractures dans la vie politique espagnole. Tous les partis de gauche sont désormais divisés et en crise. La droite souffle sur les braises pour attiser les flammes réactionnaires anti-catalanes et le nationalisme espagnol, le but étant de mobiliser les couches les plus arriérées. Et de son côté, la gauche reste sans réponse. Dès lors, il n’est pas exclu que Ciudadanos et le PP remportent les prochaines élections.

C’est le prix que la gauche espagnole doit payer pour les trahisons des dirigeants du PCE et du PSOE il y a quarante ans, lorsqu'ils ont accepté la Constitution réactionnaire de 1978, qui maintenait les anciennes structures de l’Etat franquiste, la monarchie, l’hégémonie de l’Eglise catholique – et conservait l’ancien appareil d’Etat répressif, le tout enduit d’une fine couche de « démocratie ».

La brutalité de l’Etat espagnol s’est montrée au grand jour lors de la répression qui s’est abattue en Catalogne contre les personnes dont le seul « crime » était de vouloir voter pour décider de leur propre avenir. La société espagnole a été rattrapée par ses vieux démons. Elle est aussi profondément divisée qu’il y a 40 ans. La jeunesse et les couches les plus avancées de la classe ouvrière comprennent la nature réactionnaire de la Constitution de 1978, et ils sont prêts à la combattre.

Les masses ont fait preuve de leur combativité dans les rues de Barcelone. Demain, ce sera les travailleurs et la jeunesse d’Euskadi, des Asturies, de Séville ou encore de Madrid. Ces mouvements devront inévitablement passer par des défaites et des revers, qui résulteront de la myopie, de l’ineptie et de la lâcheté de leurs dirigeants. Mais les travailleurs et la jeunesse espagnols, qui ont manifesté à maintes reprises leur envie de se battre au cours de ces dernières années, pourront en tirer de nouveaux enseignements.

Le passé lui aussi recèle de défaites, comme celle de la Commune des Asturies, en 1934, qui a mené aux deux « Années Noires » (« El Bienio Negro »). Mais cette défaite n’est en rien comparable aux défaites dont nous parlons à présent. Aujourd’hui, les forces de la classe ouvrière sont intactes – alors qu’en face, la base de masse dont disposait le camp de la réaction en 1934 est beaucoup plus faible: plus de garde maure, plus de paysannerie réactionnaire carliste. Quant aux étudiants qui avaient rejoint la Phalange en masse, ils soutiennent aujourd’hui résolument les travailleurs et la gauche.

Enfin, dans une période révolutionnaire, de telles défaites sont nécessairement le prélude à de nouveaux soulèvement. Par l’expérience de la lutte dans la rue, dans les usines et sur les campus, les travailleurs et la jeunesse pourront renouer avec les traditions révolutionnaires de 1931-1937, et de la formidable résistance contre la dictature franquiste. Dans la période à venir, l’Espagne se retrouvera à nouveau en première ligne des luttes révolutionnaires en Europe.
 

La Catalogne

Les revendications de la Catalogne, pour exercer son droit à l’autodétermination, représentent la plus sérieuse remise en cause du régime issu de 1978 depuis son édification. Plusieurs éléments entrent en ligne de compte. Tout d’abord, il y a la classe dominante, arriérée et réactionnaire, et son Etat, tout droit hérité de la période franquiste. Pour elle, toute tentative de remise en question de l’unité de l’Espagne équivaut à contester l’ensemble du régime, ce qui ouvrirait la voie à d’autres remises en cause (de la monarchie, des politiques d’austérité, etc.). C’est pourquoi la bourgeoisie espagnole était prête à utiliser tous les moyens en son pouvoir pour empêcher la tenue d’un référendum: répression policière, saisie des urnes, confiscation du matériel électoral, blocage de l’entrée des bureaux de vote, dissolution du gouvernement catalan et arrestation de ses membres, etc.

D’autre part, le gouvernement catalan, qui se compose de bourgeois et de petit-bourgeois nationalistes, avait perdu le soutien de la bourgeoisie catalane (les banquiers et les capitalistes), qui s’oppose à l’indépendance. Les politiciens nationalistes considéraient le référendum sur l’indépendance, au pire, comme un moyen de faire pression sur le gouvernement de Madrid afin d’obtenir de lui des concessions; au mieux, ils y voyaient un moyen de faire pression sur l’UE pour la forcer à intervenir, afin de pousser le gouvernement espagnol à organiser un référendum légal, dont la légitimité serait reconnue de tous. Pour ce qui est du PDeCAT (nouveau nom de la CDC, Convergence démocratique de Catalogne), ce parti bourgeois nationaliste était totalement discrédité à cause de ses politiques d’austérité, de ses pratiques répressives et de sa corruption avérée. Il s’est livré à des calculs cyniques, en saisissant la question de l'indépendance pour redorer son blason et rester au pouvoir. Ces partis n’avaient pas l’intention d’adopter les méthodes révolutionnaires qu’exige en Espagne l’exercice du droit à l’autodétermination.

Ils se sont vus contraints d’aller plus loin qu’ils ne le voulaient, au vu de l’irruption d’un mouvement de masse, lequel représentait un troisième facteur qu’ils n’avaient pas pris en compte. Le 20 septembre (où 40 000 personnes ont manifesté contre les perquisitions menées par la Garde Civile dans le gouvernement catalan), le 1eroctobre (où des centaines de milliers de personnes se sont organisées afin de garantir la tenue du référendum, et où 2 millions de personnes ont participé au vote), et le 3 octobre (où 3 millions de Catalans ont participé à la grève générale, pour dénoncer les violences policières), les masses ont fait irruption sur la scène, et ont commencé à prendre conscience de leur propre force. Dès lors, le gouvernement catalan s’est retrouvé au pied du mur: il a dû proclamer la République catalane, mais il n’était pas prêt pour autant à employer les méthodes nécessaires pour la défendre, à savoir des mobilisations de masse dans les rues, l’occupation de bâtiments officiels, la grève générale, la résistance contre les forces de la police espagnole. En d’autres termes, défendre la République catalane était une tâche révolutionnaire. On comprend donc mieux leur embarras, leurs hésitations et indécisions à l’issue du référendum, la « suspension » de la proclamation d’indépendance, le 10 octobre, leurs appels incessants à la négociation, leur quasi-trahison du mouvement le 25 octobre, et leur timide proclamation de la République catalane le 27 octobre, après quoi ils se sont enfuis.

Pendant ce temps, les masses qui ont participé au mouvement (une section de la classe ouvrière, la jeunesse surtout, et les couches des classes moyennes qui sont la colonne vertébrale de ce mouvement démocratique) ont progressivement désavoué leurs propres dirigeants. L’émergence des Comités pour la Défense de la République, et le rôle central qu’ils ont joué lors de la grève générale du 8 novembre, indiquent la voie à suivre. La République catalane est une revendication démocratique de base, qui remet en cause le régime espagnol dans son ensemble. Les marxistes soutiennent la lutte pour une République catalane, mais nous devons expliquer qu’elle ne pourra être victorieuse qu’au moyen de méthodes révolutionnaires. Le mouvement doit rompre avec ses dirigeants et se doter d’une direction fermement ancrée dans la classe ouvrière. Par ailleurs, il faut rallier les travailleurs hispanophones de Catalogne, ce qui n’est possible qu’en faisant converger la lutte pour une République et la lutte pour l’emploi, pour le logement, contre l’austérité, et en inscrivant clairement le mouvement dans la lutte plus large, commune à toute l’Espagne, contre le régime de 1978. C’est ce que résume notre mot d’ordre: « Pour une République socialiste catalane, étincelle de la révolution ibérique! ».

Les élections du 21 décembre, en Catalogne, n’ont rien réglé. En fait, elles marquent la mise en échec du régime monarchique espagnol: le bloc indépendantiste a renouvelé sa majorité au parlement régional – et va probablement prendre le contrôle du gouvernement catalan. Pour ce qui est de la distribution des sièges, on retrouve la configuration qui existait la veille du référendum du 1er octobre. Le mouvement démocratique va connaître des flux et des reflux. Les marxistes doivent y intervenir avec vigueur et agir auprès des sections les plus avancées de la jeunesse qui déjà tirent des conclusions révolutionnaires.

Royaume-Uni: le phénomène Corbyn

Il y a peu de temps encore, le Royaume-Uni était un des pays les plus stables d’Europe. A présent, c’est un des pays les plus instables, qui a connu une série de secousses. En Ecosse, la question nationale a un peu reculé, en conséquence de la percée de Jeremy Corbyn, mais elle n’a pas été réglée et peut être ravivée dans le contexte d'une nouvelle crise économique. Sous la surface en apparence calme, il y avait un ferment de colère, une indignation, une frustration surtout, et un désir ardent de changement, sans point de référence clairement identifié.

Les changements dans la conscience des masses ont fini par s’exprimer dans la percée fulgurante de Corbyn. En 2015, Corbyn avait été élu chef du Parti travailliste (Labour), à la faveur d'un accident. Mais son élection n’a jamais été acceptée par les blairistes, l’aile droite du Parti. Cela n’a pas échappé à Theresa May, qui en a tiré les conclusions logiques. Elle a convoqué des élections anticipées en juin 2017, intimement convaincue qu’elle remporterait une large majorité, et que le Parti travailliste serait laminé par les Conservateurs. Les Blairistes espéraient secrètement que leLabourserait battu, seul moyen à leurs yeux de se débarrasser de Corbyn, et ils ont cherché à lui mettre des bâtons dans les roues pendant la campagne.

Tout le monde s’attendait à un raz-de-marée en faveur des Conservateurs. Pourtant, à l’inverse, ce fut une défaite sévère pour eux, les médias et les traîtres de l’aile droite du Labour. Après le lancement de sa campagne, Corbyn a tenu des rassemblements de masse, débordant d’enthousiasme, notamment dans la jeunesse. Corbyn défendait le programme le plus à gauche que le Labourait défendu depuis des dizaines d’années, et il est tout de suite entré en résonance avec l’état d’esprit général de mécontentement. Ce séisme politique a pris tout le monde par surprise.

Des centaines de milliers de personnes, des jeunes surtout, ont adhéré au Labour.Avant que Corbyn en prenne la tête, le Parti comptait 180 000 membres. A présent, il compte 570 000 adhérents, ce qui en fait le plus grand parti d’Europe. Tout le monde voyait clairement que Corbyn était le véritable vainqueur des élections de juin 2017. Il jouit d’une popularité colossale auprès des masses.

La défaite des tenants du blairisme a été entérinée lors du Congrès annuel du Parti travailliste, en septembre 2017, où l’aile gauche est clairement devenue la force principale en son sein. Il n’empêche que les membres duLabourqui siègent au Parlement ou au Conseil privé (privy Council), et en particulier, l’appareil du Parti, restent sous le contrôle de son aile droite. La classe dirigeante et ses agents s’obstinent à maintenir leur emprise sur le Labour,mais pour le moment, ils sont bien obligés de renoncer à leurs projets de se débarrasser de Corbyn. Ils misent sur une tactique attentiste.

Cet esprit de révolte est une force souterraine, qui cherche un exutoire pour s’exprimer. Au Royaume-Uni, il l’a trouvé en Corbyn, et il est impératif que les marxistes britanniques concentrent leurs forces sur ce mouvement. Mais tout en soutenant Corbyn contre l’aile droite, il faut s’attacher, de façon constructive et fraternelle, à expliquer patiemment les limites du programme de Corbyn – et la nécessité d’un programme de portée révolutionnaire, visant la transformation socialiste de la société.

En toute probabilité, le Labourremportera les prochaines élections et Corbyn sera appelé à former un gouvernement. Mais la moindre tentative de mettre en œuvre les réformes figurant dans son programme se heurtera à la résistance acharnée de la classe dominante, aux actes de sabotage orchestrés par la cinquième colonne blairiste, ainsi qu’aux efforts pour édulcorer tout ce que son programme contient de plus radical. Une partie de la classe dominante envisage la perspective d’un réalignement des forces politiques britanniques, qui verrait émerger une nouvelle formation ou coalition au centre de l’échiquier politique, réunissant la « gauche » du Parti conservateur et l’aile droite du Parti travailliste. Ce scénario n’est pas encore à l’ordre du jour, mais il pourrait être mis à exécution comme moyen pour faire chuter un gouvernement travailliste dirigé par Corbyn. Cela dit, en cette période de polarisation politique et de crise économique, un parti ou une coalition du centre aurait une base très réduite. L’expérience d'un gouvernement Corbyn, et une possible scission au sein du Parti, prépareraient le terrain à un virage encore plus radical dans les rangs du Labour.

La Russie

Les soulèvements en Ukraine et l’annexion de la Crimée ont eu un impact important sur l’ensemble de l’échiquier politique russe. Mais la ferveur nationaliste de 2014, où la côte de popularité de Poutine dépassait les 84%, s’est progressivement évanouie. La baisse des prix du pétrole et (dans une moindre mesure) les sanctions des pays occidentaux ont provoqué la chute du taux de change du rouble, et l’augmentation de l’inflation, qui en 2015 atteignait les 13%.

Le taux de refinancement élevé de la Banque centrale (le taux d’intérêt que paient les banques sur les emprunts qu’elles font auprès de la Banque centrale), auquel s’ajoutent les sanctions économiques imposées par l’Occident, ont avant tout affecté le secteur financier, précipitant la faillite de dizaines de banques. Confronté à cette situation, le gouvernement a puisé dans ses réserves financières pour fournir un soutien aux grands groupes financiers et industriels qui entretiennent des relations étroites avec l’Etat, exacerbant ainsi la concentration du capital.

Parallèlement, le gouvernement a pris des mesures administratives pour lutter contre le chômage, et qui revenaient, en fait, à interdire les licenciements massifs. Afin de réduire le déficit budgétaire, un certain nombre de mesures très efficaces ont été introduites pour s’attaquer à la corruption et à l’évasion fiscale. Cette offensive visait en priorité la moyenne et la petite-bourgeoisie, en particulier les petites entreprises familiales, tels que les routiers.

Cette politique de Poutine ne répondait pas seulement à des objectifs économiques: il intervenait aussi en réaction à l’esprit de révolte dont faisaient preuve les couches moyennes dans les grandes villes, où son régime est le moins populaire. Poutine suit le principe: « Mes amis ont tous les droits – mes ennemis tombent sous le coup de la loi ».

Dans une même perspective, la mise en œuvre d’une réforme du système d’éducation supérieure a dégradé plus encore le niveau de vie général des enseignants et des professeurs, que Poutine soupçonne de déloyauté. Ce faisant, Poutine a pu maintenir un haut niveau de soutien à son régime, auprès non seulement de sa base mais aussi des retraités et des travailleurs à bas salaire, au détriment des classes moyennes des grandes villes. Ces dernières ont trouvé un canal politique pour exprimer leur mécontentement, par l’intermédiaire d’un démagogue bourgeois, Alexeï Navalny.

Depuis 2014, tous les partis représentés au Parlement, y compris le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), apportent un soutien indéfectible à Poutine et à son gouvernement, en votant systématiquement en faveur des projets de loi présentés par le gouvernement. Bien entendu, cette ligne politique ne les aide guère à élargir leur propre base. Le KPRF traverse une crise qui dure depuis maintenant près de dix ans. Ses rangs sont soumis à une chasse aux sorcières permanente. Des membres ont été expulsés du parti sur la base d’accusations de « trotskysme » forgées de toutes pièces – bien que tous aient été de fidèles soutiens à Zyouganov, le dirigeant du KPRF.

Le Parti communiste a perdu deux tiers de ses membres à Moscou, à St Pétersbourg et dans d’autres grandes villes. Compte tenu de ces défections, Navalny a réussi à s’imposer en comblant le vide de l’opposition à Poutine. Démagogue classique, il cultive une image d’« homme du peuple », singeant servilement la tradition américaine. Mais il se démarque nettement des autres porte-paroles de l’opposition. Le principal levier de sa campagne repose sur les réseaux sociaux et notamment YouTube, où il met en ligne des vidéos pour dénoncer la corruption qui règne dans les hautes sphères du pouvoir.

Navalny lui-même n’a pas eu le droit de se présenter à l’élection présidentielle, compte tenu de ses deux condamnations pour corruption. Navalny appelle régulièrement ses partisans à descendre dans la rue. Sur tout le pays, environ 100 000 personnes répondent à l’appel et se mobilisent dans les grandes villes. Il s’agit principalement de jeunes qui sont séduits par la détermination dont Navalny semble faire preuve, et par sa maîtrise des réseaux sociaux.

Durant l’année écoulée, Poutine a réussi à juguler l’inflation et, plus généralement, à surmonter la crise – pour l’heure, du moins. Mais compte tenu du niveau actuel des prix du pétrole, le déficit budgétaire russe reste élevé. D’ici 2 à 5 ans, les fonds de réserve finiront inévitablement par être épuisés ; parallèlement, les possibilités qui s’offrent à la Russie d’avoir recours à un emprunt extérieur sont désormais très limitées. Si le prix du pétrole reste bas pendant encore 3 ou 4 ans, toute la situation se transformera en son contraire.

Alors, Poutine (qui sera évidemment réélu président) sera confronté à un sérieux problème. Le gouvernement ne sera plus en mesure de résoudre le déficit budgétaire sans effectuer de coupes drastiques dans les dépenses publiques. Dès lors, le soutien au régime de Poutine s’effondrera totalement. C’est pourquoi il saisit toutes les occasions de renforcer son contrôle d’internet et d’imposer des restrictions à la liberté d’expression et à d’autres droits démocratiques.

Pour l’instant, cela dit, Poutine dispose encore d’une marge de manœuvre. Il peut se permettre de ne pas sabrer les dépenses publiques ou réduire drastiquement les niveaux de vie. C’est principalement pour cette raison que les forces d’opposition n’ont pas réellement réussi à mobiliser des éléments prolétariens. A ce stade, ceux qui participent activement au mouvement de contestation sont principalement issus des classes moyennes. Bien qu’il se soit prononcé en faveur d’une augmentation du salaire minimum, Navalny n’a pas réussi à articuler son discours aux problèmes sociaux. Le succès que rencontre l’opposition à Poutine à la base ne peut être que limité si elle s’en tient à des revendications démocratiques et à des dénonciations de la corruption.

Néanmoins, une grande partie de la jeunesse, notamment des étudiants du secondaire et du supérieur, s’est ralliée à l’opposition. Ils sont nombreux à descendre dans la rue. C’est un développement symptomatique important. L’histoire de la Russie montre que le sursaut de la jeunesse étudiante est le signe avant-coureur d’un grand mouvement ouvrier à venir. « Le vent commence toujours à souffler au sommet des arbres »

L'Europe de l’Est et les Balkans

En Europe de l’Est, l’essor d’un nationalisme de droite et d’une rhétorique anti-immigration traduit l’effort des différents gouvernements de la région pour neutraliser le mécontentement populaire, qui est exacerbé par les faibles niveaux de vie et l’impact de la crise sur les masses, dans un contexte où la classe ouvrière n’a pas encore fait irruption sur la scène de manière décisive.

Les taux élevés de croissance du PIB – supérieurs à ceux enregistrés par les pays d’Europe occidentale – masquent la situation objective, celle de l’extrême exploitation capitaliste d’une classe d’ouvriers qualifiés, soumis au système des bas salaires qui a été imposé pour maximiser les taux de profit et attirer les investissements étrangers. Comme le souligne une étude récente menée par l’Institut syndical européen (« Pourquoi l'Europe centrale et orientale a besoin d'augmentations salariales »), si l’écart salarial entre l’Est et l’Ouest de l’Union européenne s’est lentement réduit jusqu’à 2008, cette tendance s’est à nouveau inversée, depuis. L'écart s’est creusé tout au long de la décennie écoulée.

En conséquence, on a pu voir émerger d’importants signes qui expriment la radicalisation de la jeunesse, dont les premiers symptômes s’observent dans les mobilisations contre la corruption dans plusieurs pays, expressions d’un rejet croissant du système dans son ensemble. Par ailleurs, des sections décisives de la classe ouvrière industrielle ont commencé à passer à l’offensive – souvent pour la première fois depuis l’effondrement des régimes staliniens – en organisant des grèves importantes pour revendiquer des hausses substantielles de leur salaire et une amélioration de leurs conditions de travail.

En Slovaquie, des milliers d’étudiants sont descendus dans la rue en avril 2017 pour réclamer la démission du Premier ministre Robert Fico, accusé de corruption. Peu après, une grève de masse a éclaté en juin, suivie par les 12 000 travailleurs des trois usines Volkswagen à Bratislava. Ils ont obtenu une augmentation de salaire de 14%. Kia et Peugeot ont également augmenté les salaires de 7% dans leurs usines slovaques, pour éviter des grèves.

Des mouvements de grande ampleur ont également éclaté en protestation contre des mesures réactionnaires. En Pologne, le gouvernement de droite comptait bannir le droit déjà très limité à l’avortement, mais il a dû faire marche arrière face à l’opposition massive des dizaines de milliers de femmes qui se sont mobilisées, toutes vêtues de noir, en octobre 2016.

Dans l’ex-Yougoslavie, le processus de radicalisation est plus avancé. Un climat d’hostilité croissante au régime bourgeois, réactionnaire et corrompu, a gagné la jeunesse et la classe ouvrière, comme l’a montré le mouvement insurrectionnel de février 2014 en Bosnie. De grandes grèves se sont multipliées au cours de l’année passée. La grève totale menée par 2 400 travailleurs de l’usine Fiat de Kragujevac, en juillet 2017, était la plus importante, mais n’était pas isolée: elle s’inscrivait au contraire dans un vaste mouvement gréviste très combatif, mené dans des usines et sur des lieux de travail de moindre envergure. Des grèves répétées et des manifestations ont également été déclenchées par les cheminots bosniaques.

En Serbie, la jeunesse s’est mobilisée contre la victoire écrasante du Premier Ministre Aleksandar Vucic aux élections présidentielles d’avril 2017; bien que des illusions petites bourgeoises y étaient prédominantes, ces manifestations ont montré qu’une section de plus en plus importante de la jeunesse est ouverte aux idées révolutionnaires. La situation présente un bon potentiel pour les marxistes yougoslaves, comme en atteste le fait qu’ils ont joué un rôle dirigeant dans les mobilisations à Novi Sad.
 

L'Amérique latine

Face à la débâcle électorale de Kirchner en Argentine, à la défaite du Parti socialiste unifié du Venezuela aux élections de l’Assemblée nationale, à l’échec essuyé par Evo Morales lors du référendum en Bolivie, et à la destitution de Dilma Rousseff au Brésil, les réformistes et les intellectuels « progressistes » sur le continent ont sombré dans le désespoir. Ils parlent de « vague conservatrice » et de poussée contre-révolutionnaire, sans la moindre compréhension des processus objectifs à l’œuvre.

Pendant une période de 10 à 15 ans, la majeure partie de l’Amérique du Sud a été traversée par une vague révolutionnaire, qui a affecté différents pays à des degrés d’intensité différents. Il y a eu l’élection de Hugo Chavez au Venezuela en 1998 et les événements révolutionnaires qui ont fait échouer le putschd’avril 2002, la lutte contre le lock-outpatronal de décembre 2002 à janvier 2003, l’Argentinazode 2001, les soulèvements en Equateur qui ont provoqué la destitution de Jamil Mahuad en 2000, puis la chute de Lucio Gutiérrez en 2005, ce qui a mené à l’élection de Rafael Correa en 2006. En Bolivie, on a vu la « guerre de l’eau » à Cochabamba entre 1999 et 2000, suivie des révoltes de la Guerre du Gaz d’octobre 2003 à juin 2005, qui ont abouti à l’élection d’Evo Morales. Le Pérou a connu les soulèvements populaires de l’Arequipazoau sud du pays en 2002.

On pourrait aussi évoquer les mouvements de masse contre les fraudes électorales au Mexique, en 2006, et la Commune d’Oaxaca la même année, ainsi que les mobilisations prolongées des étudiants en masse au Chili, les mobilisations massives contre le coup d’Etat de 2009 au Honduras, auxquels s’ajoute même l’élection de Lula da Silva au Brésil en 2002, bien qu’il ne s’agisse pas en soi d’un événement révolutionnaire. Tous ces développements témoignaient des aspirations populaires à un changement radical.

Conséquence de ces énormes mouvements des travailleurs (et dans certains pays, des masses paysannes), de nombreux gouvernements ont été portés au pouvoir sous des drapeaux « progressistes » ou « révolutionnaires ». Ils diffèrent clairement l’un de l’autre. Alors que Chavez par exemple, de façon confuse, a cherché et a été poussé à mettre en œuvre des changements révolutionnaires, Evo Morales, Correa et le couple Kirchner en Argentine aspiraient à rétablir l’ordre après l’irruption des masses sur la scène. Quant à Lula et Dilma, ils étaient des dirigeants réformistes qui ont lancé tout un programme de contre-réformes. Au Salvador, la gauche n’a disposé de quasiment aucune marge de manœuvre, et commence à faire machine arrière dans les modestes réformes qu’elle a introduites, brisant ainsi les illusions des masses à l’égard du FMLN (Front Farabundo Martí de libération nationale). Cette frustration est canalisée, au premier chef, par le maire de San Salvador, Nayib Bukele, qui a été expulsé du Parti et jouit d’une grande popularité dans la jeunesse.

Néanmoins, tous ces gouvernements ont connu une relative stabilité sur une période prolongée. C’était en partie dû à la force du mouvement des masses, que la classe dominante ne parvenait pas à mater frontalement (les coups d’Etat au Venezuela en 2002, en Bolivie en 2008 et en Equateur en 2010 ont tous échoué). Avant tout, ces gouvernements ont profité d’une période où le prix des matières premières et du pétrole est resté élevé, ce qui leur a permis de mettre en œuvre des programmes sociaux et d’éviter de s’attirer la grogne des masses.

Tiré par la croissance économique en Chine, le prix des matières premières a augmenté de façon constante entre 2003 et 2010. Le cours du pétrole est passé de 40$ le baril à plus de 100$. Le gaz naturel, qui jusqu’alors s’était établi autour de 3$/Mbtu, a oscillé entre 8$ et 18$. Les cours du soja ont fait un bond, de 4$ à 17$ le boisseau. Le prix du zinc est passé de moins de 750$/tonne à un record de 4 600$/tonne, le cuivre a augmenté de 0,60$ à 4,50$ la livre, et l’étain, de 3 700$/tonne à 33 000$/tonne.

Une telle envolée des prix des matières premières et des sources d’énergie a offert aux différents gouvernements une certaine marge de manœuvre. Mais cette période est arrivée à son terme, et toute la région a été précipitée dans une récession en 2014-2015. C’est la cause économique profonde des défaites électorales et des divers échecs essuyés par ces gouvernements, qui s’étaient toujours limités à rester sur une base capitaliste.

L’essor de la Révolution vénézuélienne a offert à l’économie cubaine un relatif répit. Cette période s’est désormais refermée. Cuba reste basé sur une économie planifiée, mais les réformes qui y ont été introduites ont élargi l'espace de l’économie de marché, autorisant les petites entreprises privées et visant à attirer des investissements privés de grande ampleur. Le but est d’accroître la productivité par des méthodes capitalistes, sans faire intervenir le contrôle ouvrier sur la production. Aujourd’hui encore, de nombreuses conquêtes sociales restent en vigueur, mais leur portée est de plus en plus limitée et leur qualité se dégrade. Les inégalités sociales sont exacerbées. Cela représente un très sérieux danger. Des élections se tiendront dans les prochains mois, où pour la première fois, le président ne sera issu ni de la famille Castro, ni des rangs des dirigeants historiques de la révolution. Nous pourrions voir les oppositions et pressions de l’aile droite du capitalisme, intérieures et étrangères, mais également une réaction inverse de la part de ceux qui n’ont pas bénéficié de ces réformes et de ceux qui comptent défendre la révolution socialiste.

Contrairement à ce que suggèrent les lamentations et gémissements de la « gauche » en Amérique latine, la déchéance de Kirchner en Argentine et de Dilma au Brésil ne découle pas d'un « virage à droite ». L’arrivée au pouvoir de Temer et de Macri a provoqué des mouvements de contestation de masse, où la classe ouvrière a manifesté son opposition aux contre-réformes menées par la droite. L’Amérique latine n’entre pas dans une période de paix sociale et de stabilisation du capitalisme, mais d’exacerbation des contradictions et d’intensification de la lutte des classes. Pour preuve, un mouvement insurrectionnel a éclaté au Honduras suite aux élections de 2017. Quelques années plus tôt, en 2015, au Guatemala, un conflit interne au sein de la bourgeoisie a donné lieu à des mobilisations de masse de la jeunesse, des organisations paysannes et de la classe ouvrière. Ce processus se poursuit. En 2017, une grève générale a été organisée pour réclamer la destitution du président Jimmy Morales et de 107 membres du Parlement. D’autres pays suivront la même voie, tels que le Mexique, où des élections présidentielles vont se tenir cette année et donneront aux masses une occasion d’exprimer le ressentiment et l’hostilité qu’elles éprouvent envers la barbarie capitaliste.

Le Venezuela

La tentative de renverser le gouvernement Maduro, orchestrée par l’oligarchie vénézuélienne et soutenue par l’impérialisme, semble avoir été déjouée pour le moment. Les erreurs et l’indécision des dirigeants de l’opposition, ainsi que la réaction des masses, qui se sont vigoureusement mobilisées lors des élections de l’Assemblée nationale constituante de juillet 2017, ont provisoirement sapé l’offensive réactionnaire que l’opposition avait menée pendant la première moitié de l’année. Cependant, aucun changement fondamental n’a été apporté vis-à-vis de la crise économique ou des politiques que mène le gouvernement.

Le Venezuela reste plongé dans une profonde récession, marquée par l’hyper-inflation et la diminution rapide des réserves en devises étrangères, ce qui a un impact très négatif sur le niveau de vie des masses. L’impérialisme continue à resserrer l’étau en imposant des sanctions financières. Le gouvernement poursuit sa politique de concessions aux capitalistes et de négociations avec les dirigeants officiels de l’opposition. Il n’a qu’un seul but: se maintenir au pouvoir. L’échec temporaire de l’offensive menée par l’opposition a donné lieu à une accentuation des différenciations au sein même du mouvement bolivarien. Des manifestations de travailleurs ont éclaté, et des candidats bolivariens de gauche sont venus concurrencer les candidats officiels lors des élections municipales.

Notre position est claire: nous sommes contre le renversement du gouvernement Maduro par l’opposition, vu que les conséquences en seraient catastrophiques pour les masses. En même temps, nous ne pouvons pas soutenir la ligne politique du gouvernement, qui mène tout droit à l’échec et à la liquidation de la révolution bolivarienne.

L’état d’esprit général se fait de plus en plus critique envers les dirigeants bolivariens, qui n'ont pas l’autorité qu’avait Hugo Chavez. Exemple: Eduardo Saman, un ancien ministre qui s’est affirmé comme défenseur du contrôle ouvrier et un adversaire du grand capital et des multinationales, a décidé de présenter sa candidature aux élections municipales de décembre 2017, contre la candidature officielle du PSUV.

Certes, la bureaucratie était clairement déterminée à saboter la campagne de Saman; il s’agit néanmoins d’un tournant décisif dans la situation, qui ouvre de nouvelles possibilités à la tendance marxiste au Venezuela.

 

L'Inde et le Pakistan

Narendra Modi a été porté au pouvoir en 2014 en surfant sur la vague de déception générale des travailleurs indiens et d’une couche de la bourgeoisie elle-même, unis dans leur hostilité envers le Parti du Congrès. Mais il n’a satisfait aucune des attentes de ses bases électorales. Sa politique de démonétisation et l’application de la Taxe sur les Biens et les Services (TVA) étaient censées stimuler l'investissement, mais, à l’inverse, elles ont fragilisé l’économie indienne, qui a vu son taux de croissance passer de plus de 9% à moins de 7% en 2017.

La courte période de forte croissance, entre 2014 et 2016, a désormais fait place à un net ralentissement. Même pendant la phase de croissance plus rapide, le taux de chômage a augmenté et Modi a multiplié les attaques contre le mouvement ouvrier, ce qui a entraîné une intensification de la lutte des classes. Les étudiants, les paysans et les ouvriers sont tous descendus dans la rue. Les grèves de septembre 2016 ont été suivies par plus de 180 millions de travailleurs, soit 50 % de plus que lors de la grève générale organisée un an plus tôt.

Au Cachemire aussi, les masses sont descendues dans la rue, et le gouvernement, ébranlé par les mobilisations, n’a pu briser provisoirement le mouvement qu’en ayant recours à la répression brutale. Néanmoins, l’influence du mouvement a rayonné dans tout le reste du pays, en particulier dans la jeunesse étudiante. Modi a tenté de détourner l’attention des masses en ravivant le sectarisme hindou, mais ces mesures de diversion ne seront efficaces que pendant une période limitée. A un certain stade, ces divisions seront brisées par la montée de la classe ouvrière.

Les événements au Pakistan et en Inde sont interconnectés. Les classes dirigeantes indienne et pakistanaise ont un intérêt commun au maintien des relations conflictuelles entre les deux Etats, qui permettent de focaliser l’attention des masses. Mais la position de la classe dirigeante pakistanaise est de plus en plus fragile.

Alors que les Etats-Unis suspendent l’aide qu’ils accordaient au régime pakistanais, la Chine assure la relève. La Chine a un intérêt particulier à se rapprocher du Pakistan, en tant qu’allié stratégique et Etat-tampon contre l’Inde, mais aussi comme plaque tournante des opérations navales et maritimes chinoises dans l’Océan indien. Cependant, les investissements chinois ne créent pas d’emplois et n’atténuent pas les contradictions qui minent la société pakistanaise.

La question nationale est de plus en plus explosive. Dans certains territoires, comme au Baloutchistan, la présence chinoise vient exacerber le sectarisme, qui n’est que la couverture de la guerre par procuration que se livrent les puissances extérieures (les Etats-Unis, la Chine, l’Arabie Saoudite, l’Iran...). Chaque jour, les politiques réactionnaires de la classe dirigeante sont exposées aux yeux des masses, qui n’ont plus que mépris pour cette élite véreuse qui gouverne et pille le pays.

Par le passé, les dirigeants du Parti du peuple pakistanais (PPP) ont joué un rôle de catalyseur de la colère populaire, s’inscrivant dans une tradition de lutte qui remonte à la fin des années 1960, sous la direction d'Ali Bhutto. Mais après de longues périodes au pouvoir à mener des politiques d’austérité, le PPP est miné par la corruption et très discrédité. C’est ce qui a permis à Nawaz Sharif et à sa Ligue musulmane du Pakistan de faire un retour en force. A présent, les masses ont compris que Sharif lui-même n’est qu’un énième politicien bourgeois corrompu qui n’a rien à leur apporter.

Il y a une hostilité générale contre tous les membres de la classe politique, perçus comme autant de fripouilles motivées seulement par leurs intérêts propres, au détriment des travailleurs et des pauvres. Par le passé, l’armée aurait déjà pris le pouvoir, dans un tel contexte, mais l’armée elle-même est divisée et démoralisée. Les généraux hésitent à se charger eux-mêmes de faire le ménage. C’est dans ce contexte qu'on assiste au début de luttes des travailleurs et de la jeunesse.

L'Afrique

L’Afrique du Sud a connu de nombreuses années d’intensification de la lutte des classes, qui a précipité l’effondrement de l’alliance tripartite entre le Congrès national africain (ANC), le Parti communiste sud-africain (SACP) et le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU). Les mouvements de grève et les mobilisations dans les universités ont mené à la percée des Economic Freedom Fighters (Combattants pour la liberté économique) et de la nouvelle fédération des syndicats, dirigée par le syndicat métallo NUMSA. Le mouvement est pour l’instant dans une phase de reflux, mais le régime est sorti fortement ébranlé de cette grande vague protestataire.

La crise économique, la colère des masses, le pillage flagrant des ressources publiques par l’élite noire arriviste qui gravite autour des familles Zuma et Gupta, viennent déstabiliser la situation et saper l’autorité de l’ANC. La grande bourgeoisie, qui avait collaboré avec Nelson Mandela pour stabiliser la situation suite aux événements révolutionnaires des années 1980 et 1990, est entrée en conflit avec la couche de nouveaux riches et la clique dirigeante réunie autour de Jacob Zuma. Enême temps, la classe dirigeante ne peut pas se permettre d’ignorer complètement l’ANC, parce qu’il n’y a aucun autre parti pour stabiliser la situation. Conscients de cet état de fait, les partisans de Zuma ont joué avec le feu, en faisant monter les enchères. L’affrontement entre les deux camps, et la scission potentielle au sein de l’ANC pourraient avoir des conséquences révolutionnaires dans le pays le plus développé du continent africain.

Au Nigeria, suite à la formidable irruption de la lutte des classes en janvier 2012, le pilier principal de l’ordre bourgeois, le Parti démocratique populaire (PDP), s’est discrédité aux yeux des masses. Dès lors, la classe dirigeante s’est empressée de mettre sur pied un nouveau parti, le Congrès des progressistes (APC) – qui provient en fait de la fusion de plus petites formations – et à sa tête elle a placé Muhammadu Buhari, qui lui semblait être un bon candidat auquel se rallieraient les masses et qui pourrait enrayer le processus de radicalisation.

La manœuvre a été possible parce que les dirigeants du Congrès du travail du Nigéria, principale confédération syndicale, s’étaient totalement discrédités: plutôt que de construire sur les bases du mouvement de 2012, ils ont contenu ce mouvement, tout en refusant de préconiser l’édification d’un parti ouvrier indépendant. En l’absence d’alternative aux dirigeants syndicaux désormais décriés, la voie était libre pour Buhari. Pourtant, malgré tous ces développements, aucun des problèmes pressants auxquels se heurtent les masses n’a été réglé. C’est ce qu’ont traduit dernièrement les mouvements sécessionnistes pour la proclamation de la République du Biafra, au sud-est du pays. Quoique réprimés par l’armée, ces soulèvements témoignent des tensions latentes qui perdurent sous la surface de la société nigérienne. Lorsque toutes les illusions à l’égard de Buhari se seront complètement évanouies, la lutte des classes fera à nouveau irruption, à une échelle plus vaste encore qu’en 2012.

En Afrique occidentale et centrale, la période écoulée a vu la vigoureuse progression des mouvements de masse contre les bourgeoisies locales, qui s’adonnent à la corruption et à l’exploitation. Ces énormes mouvements se sont étendus sur plusieurs longues périodes, et ont mobilisé des millions de personnes. Les masses ont suivi l’exemple des luttes héroïques au Burkina Faso, dans des pays où l’économie déjà très fragile est frappée de plein fouet par la crise économique globale. Les violations des droits démocratiques commises par les régimes affaiblis, plus récemment au Togo et en République démocratique du Congo, ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La jeunesse, notamment, renvoie dos à dos l’oppression généralisée et les vieux gouvernements au pouvoir depuis des décennies. La misère endémique dans la région, ainsi que le rôle fallacieux des dirigeants bourgeois de l’opposition – dont l’unique but est de venir remplacer ceux qui sont à la tête du régime – apportent la confirmation, d’une part, de la théorie de la révolution permanente, et d’autre part, de la nécessité de construire une organisation révolutionnaire internationale. En l’absence d’une direction efficace, après l’énorme irruption des mobilisations de masse, le mouvement s’est essoufflé. La seule conclusion que les masses peuvent en tirer, c'est qu’elles ne peuvent en aucun cas faire confiance aux vieilles directions. La théorie marxiste et une organisation révolutionnaire sont nécessaires pour sortir de cette impasse.

Pessimisme de la bourgeoisie

Le centenaire de la Révolution d’Octobre a donné aux stratèges du capital une occasion de réfléchir à l’histoire – et de s’inquiéter de l’avenir. Le 15 août 2017, Martin Sandbu écrivait dans le Financial Times :

« Cette année est marquée par l’anniversaire de deux événements – le centenaire de la Révolution russe et les dix ans qui se sont écoulés depuis le début de la crise financière mondiale – qui ont plus de points communs qu’on ne le pense à première vue… Le modèle qui était sorti victorieux de la guerre froide a été ébranlé jusque dans ses fondements [...] par la crise financière mondiale… Le communisme sclérosé qu’était devenu le bloc soviétique à partir des années 1980 s’est effondré sous le poids de ses propres contradictions politiques et économiques. Avec les bouleversements politiques survenus l'année dernièreon se demande à présent si les économies de libre marché vont subir le même sort.» (Nous soulignons)

Il poursuit:

« Friedrich von Hayek a affirmé que la flexibilité des prix du marché renferme plus de renseignements qu’un organe central de planification ne pourrait jamais réussir à rassembler; et donc que la prise de décision est plus efficace quand elle découle d’une constellation de facteurs, que des instances étatiques. […] Cependant, la crise financière mondiale a été une douche froide, qui a remis en question toute assertion faisant du capitalisme financier occidental le meilleur mode d’organisation économique.»

Il conclut :

« Ce qui s’est produit il y a 10 ans a été la terrible prise de conscience que les créances financières accumulées au cours des années d’expansion précédentes étaient irrécouvrables, et que la production économique à venir, sur laquelle les débiteurs avaient misé, ne serait pas suffisante pour régler l’ensemble de ces créances financières. [...] le libéralisme de marché, à son tour, a trahi les promesses qu’il avait fait miroiter. Les économies occidentales sont aujourd’hui bien plus pauvres que les tendances d’avant le krach ne l’avaient prédit. La crise et ses répercussions ont laissé à la jeunesse, notamment, peu de raison d’espérer que les possibilités de s’enrichir, qui s’étaient présentées à leurs parents et grand-parents, se présenteraient également à elle. ...Un système social peut perdurer très longtemps en dépit des désillusions. [...] Mais dès que les moyens de subsistance des gens cessent d’être garantis, tout ce soutien s’effondre. »

Parmi les experts capitalistes sérieux, certains commencent à comprendre que les procédés mis en œuvre au cours des trente dernières années ne fonctionnent plus. Dans un article du journal allemand Die Zeit intituléLa mort d'un dogme, on nous informe que même le FMI a reconnu que ses politiques n’ont pas l’effet escompté. Mais évidemment, ils n’en tirent jamais toutes les conclusions qui s’imposent. (Mark Schieritz, Die Zeit, juin 2016).

Wolfgang Streek, de l’Institut Max Planck, a dressé la liste de tous les problèmes du capitalisme dans un long article publié dans la New Left Review, intitulé Comment va finir le capitalisme ?, sur lequel il est plus longuement revenu dans son ouvrage paru en 2016. Il souligne la crise de légitimité qui frappe le système capitaliste parce qu’il n’est plus en mesure d’offrir autant qu’il ne l'a fait par le passé, si bien que les gens commencent à remettre le système en question. C’est ce qui explique l’instabilité électorale qui s’observe dans de nombreux pays. Il soulève également la question de savoir si les politiques dont le capitalisme a besoin peuvent être introduites par l’intermédiaire du « système démocratique ». Il se demande par là si un « système démocratique » peut ou non imposer à la classe ouvrière ce dont la bourgeoisie a besoin.

Dans son article, Streek constate que le capitalisme « va rester pour le moment dans les limbes, mort ou bien sur le point de mourir de sa propre overdose, sachant que personne n’a le pouvoir de se débarrasser de son cadavre en décomposition ». C’est plutôt une bonne description de l’état dans lequel se trouve le capitalisme actuel. Il est significatif que Martin Wolf, commentateur économique en chef au Financial Times, ait éprouvé le besoin de répondre à Streek, dans un article dont le titre n’est pas anodin: « Plaidoyer contre les théories de l’effondrement du capitalisme » (« The case against the collapse of capitalism », FT,2novembre 2016). Les stratèges du capitalisme comprennent les maux qui rongent leur propre système!

Lénine expliquait que s’il n’est pas renversé, le système capitaliste pourra toujours se relever de ses crises, même les plus profondes. Même dans les années 1930, il y a eu des phases de reprise. Cela fait sept ans que la presse bourgeoise parle de reprise économique. En réalité, la reprise actuelle est la plus faible de toute l’histoire; il en découle un certain nombre de développements. Bien entendu, le système capitaliste peut encore compter sur des réserves importantes, et si les capitalistes et les banquiers pressentent qu’ils risquent de tout perdre, ils pourront avoir recours à des mesures keynésiennes. Mais leurs réserves ne sont pas inépuisables, et elles se sont vidées à un rythme alarmant au cours des dix dernières années. Par conséquent, quand la prochaine crise éclatera, car elle est inévitable, les capitalistes et les banquiers se retrouveront dans une position bien plus précaire qu’ils ne l’étaient auparavant, pour en atténuer l’impact.

Ils répètent constamment qu’ils ont appris les leçons de 2008. Mais ils avaient aussi dit qu’ils avaient appris les leçons de 1929. Comme Hegel le soulignait, quiconque étudie l’histoire en conclura que personne n’en a jamais rien appris. En dernière analyse, peu importe quelle sera l’attitude de la bourgeoisie, qu’elle ait recours au keynésianisme, au monétarisme, au protectionnisme, ou autre: quelle que soit sa réaction, ce ne sera pas la bonne. Au Moyen-Âge, les prêtres disaient : tous les chemins mènent à Rome. A présent, on peut proposer une variation sur ce thème: sur la base du capitalisme, tous les chemins mènent à la ruine.

Conclusion

Il n’y a pas si longtemps, il semblait ne pas se passer grand-chose dans le monde. La discussion sur les perspectives mondiales se concentrait sur un ou deux pays. Mais à présent, un même processus révolutionnaire, d'une intensité plus ou moins grande, intervient dans tous les pays du monde, sans exception. Notre discussion porte donc sur le processus général de la révolution mondiale.

Pour les marxistes, analyser les perspectives économiques n’a rien d’un exercice académique ou d’un jeu de l’esprit. Ce qui importe est d’en déceler les effets sur la lutte des classes et sur l’évolution de la conscience de classe. Mais puisque la conscience est toujours en retard sur les événements, il y a eu un inévitable décalage entre le début de la crise et l’intensification de la lutte des classes.

La bourgeoisie, empirique jusqu’à l’aveuglement, a été incapable de percevoir les ferments de colère et les forces souterraines qui grandissaient et se préparaient, en silence, à crever la surface. La bourgeoisie se félicitait de ne pas voir éclater de révolution. Une fois remis du choc initial de 2008, les banquiers et les capitalistes ont repris leurs activités habituelles, comme si de rien n’était. Comme autant d’hommes ivres qui dansent au bord d’un précipice, ils se sont adonnés à leur transe jubilatoire de l’enrichissement, à un rythme plus endiablé encore, pendant qu’en face, la condition des masses allait de mal en pis.

Trotsky a analysé ce qu’il appelait « le processus moléculaire de la révolution ». Dans son Histoire de la révolution russe, il souligne que ce qui détermine la conscience des masses n’est pas seulement la crise économique, mais plutôt le processus d’accumulation du ressentiment qui se développe tout au long de la période précédente. Sous le calme apparent fermente la colère des masses, jusqu’à ce que le seuil critique soit atteint, où la quantité se transforme en qualité.

Aujourd’hui, le sentiment de soulagement qu’éprouvait la classe dirigeante a brusquement laissé place au pessimisme et aux mauvais pressentiments. Des convulsions politiques et sociales s’observent partout, accompagnées d’une extrême instabilité à l'échelle mondiale et de changements brutaux dans les relations internationales. Même si l’économie redémarre, une telle amélioration ne viendra pas automatiquement infléchir l’évolution de la conscience des masses, qui a été façonnée par les souvenirs de dizaines d’années de stagnation ou de dégradation de leur niveau de vie. La très faible reprise aux Etats-Unis ne relève que d’une amélioration très relative, qui ne concerne que certains secteurs seulement. Elle reste étrangère aux chômeurs des régions sinistrées de la rustlbelt.Et partout ailleurs, rien ne donne l’impression qu’une véritable reprise est engagée; elle n’a aucunement ravivé la confiance dans le système ou l’optimisme quant à l’avenir, bien au contraire.

Un même scénario se retrouve dans le référendum britannique sur la sortie de l’Union européenne. Il y a d’innombrables raisons qui expliquent pourquoi les voix en faveur du Brexit l’ont emporté. Mais un facteur crucial réside dans la très nette disparité régionale, entre le nord et le sud des îles britanniques. Les banquiers et les spéculateurs de la City de Londres tiraient profit de leur appartenance à la communauté européenne, qui leur offrait un accès privilégié aux marchés financiers très lucratifs d’Europe. Mais faire partie de l’UE n’a eu absolument aucun effet bénéfique sur les régions pauvres du nord-est ou du Pays de Galles, qui depuis des décennies sont frappées par la désindustrialisation, la fermeture des mines de charbon et des chantiers navals.

La croissance des inégalités

Partout il y a une colère brûlante contre les niveaux grotesques d’inégalité: la richesse obscène d’une petite minorité parasitaire contraste nettement avec la pauvreté et le désespoir grandissants à la base de la société. Les bourgeois sérieux sont de plus en plus inquiets de cette tendance, car elle met en danger la stabilité de tout le système. Partout il y a une haine brûlante à l’égard des riches. Beaucoup de gens se demandent: si l’économie va si bien, pourquoi nos conditions de vie ne s’améliorent pas? Pourquoi détruisent-ils les aides sociales, la santé et l’éducation? Pourquoi les riches ne payent pas de taxes? Et ces questions ne trouvent pas de réponses.

Les bourgeois sont de plus en plus alarmés par les conséquences politiques de la crise. Loin de sentir les bénéfices de la soi-disant reprise, la plupart de gens de la classe ouvrière sont plus pauvres qu’ils ne l’étaient avant le krachde 2008. Le McKinsey Global Institute a trouvé que 65-70% des « segments de revenus » dans les économies des pays avancés ont connu soit la stagnation, soit une chute de leurs revenus entre 2005 et 2014. Des pays comme l’Italie ont vu tous les segments de revenus affectés (Poorer Than Their Parents, McKinsey Global Institute).

Dans le pays capitaliste le plus riche et le plus puissant qui n’ait jamais existé, il n’y a pas eu d’augmentation réelle des conditions de vie pendant près de 40 ans. En fait, pour la plupart des Américains, les conditions de vie ont reculé. Et ce n’est pas une exception. Dans tous les pays, la génération actuelle des jeunes est la première depuis 1945 qui ne peut pas espérer de meilleures conditions de vie que la génération précédente.

La polarisation de la richesse aux Etats-Unis continue sans cesse. Entre 2000 et 2010, les profits ont augmenté de 80% et les salaires de 8%, tandis que les revenus moyens des familles ont baissé de 5%. Ces chiffres montrent que l’augmentation massive des profits a été accomplie au détriment de la classe ouvrière. The Economist, « What about the workers ? », 25 mai 2011,https://www.economist.com/blogs/buttonwood/2011/05/profit_margins_and_wages.

Les chiffres des revenus avant impôts sous-estiment la question. Ils ne prennent pas en compte d’autres facteurs tels que l’augmentation des heures travaillées et de la précarité – que ce soit des contrats « zéro heure » ou des emplois temporaires –, ou les coupes dans les services d’aide sociale. Tout cela s’ajoute à la pression que supportent les familles de la classe ouvrière.

La crise a les effets les plus durs et les plus directs sur les jeunes gens. Pour la première fois depuis des décennies, la nouvelle génération n’aura pas les mêmes conditions de vie que celle de ses parents. Cela a des conséquences politiques graves. Dans tous les pays, la pression intolérable sur la jeunesse trouve son expression dans une augmentation nette de la radicalisation politique. Sur toutes les questions, la jeunesse se trouve bien plus à gauche que le reste de la société. Elle est bien plus ouverte aux idées révolutionnaires que les autres couches de la société et elle forme par conséquent notre base naturelle.
 

Les leçons de l’effondrement du stalinisme

En 1991, l’effondrement de l’Union soviétique a changé le cours de l’histoire. A cette époque, la bourgeoisie et ses échos dans le mouvement ouvrier – les réformistes – étaient euphoriques. Ils parlaient de la fin du socialisme, du communisme, et même de « la fin de l’histoire ». Ce que Francis Fukuyama voulait dire par son célèbre aphorisme n’était pas que l’histoire en tant que telle était terminée, mais que la chute de l’Union soviétique signifiait que le socialisme était fini. Il s’ensuivrait logiquement que le seul système qui pouvait exister était le capitalisme (la libre économie de marché), et dans ce sens l’histoire était terminée.

Ce qui était étonnant, avec la chute du stalinisme, c'était la vitesse à laquelle ces régimes apparemment puissants et monolithiques se sont effondrés une fois qu’ils ont été défiés par des mouvements de masse en Europe de l’Est. Cela reflétait le pourrissement interne et le déclin du régime. Mais le déclin du capitalisme sénile devient de plus en plus clair pour des millions de gens.

Quand le Mur de Berlin est tombé, Ted Grant a prédit que, rétrospectivement, la chute du stalinisme apparaîtrait comme le premier acte d’un drame suivi d'un deuxième acte, encore plus dramatique: la crise globale du capitalisme. Nous voyons à présent la vérité de cette idée. Au lieu de la prospérité universelle, il y a la pauvreté, le chômage, la faim et la misère. Au lieu de la paix, il y a guerre après guerre. Le même processus qui a soudainement causé la chute du stalinisme peut arriver au capitalisme. Dans un pays après l’autre, nous assistons à des chocs soudains qui sont en train de tester la résistance du système et d’exposer ses faiblesses.

Les institutions de la démocratie bourgeoise, auxquelles beaucoup de gens faisaient aveuglément confiance, par le passé, commencent à être discréditées, partout. Le peuple ne fait plus confiance aux politiciens, aux juges, à la police, aux services de sécurité, ni même à l’Eglise: tout le système est soumis à un examen et une critique intenses. La télévision britannique posait la question suivante à un représentant de Wikileaks : « suggérez-vous sérieusement que les services de renseignement américains mentent? » Il a répondu: « Ils disent toujours des mensonges! » Et c’est ce que beaucoup de gens commencent à croire.

Les organisations de masse: la crise du réformisme

La crise du capitalisme est aussi la crise du réformisme. Partout, les partis traditionnels – de droite comme de gauche – sont en crise. Des organisations qui semblaient solidement ancrées, immuables, s'enfoncent dans la crise, déclinent, voire s'effondrent. Les partis réformistes qui, au pouvoir, ont mené de sévères politiques d'austérité, sont rejetés par leur électorat traditionnel.

Le même processus est à l’œuvre dans pratiquement toute l'Europe – à des rythmes et des degrés divers, selon les pays. C'est le cas en France, mais aussi aux Pays-Bas. Certes, le parti d'extrême droite de Geert Wilders y a été battu, lors des dernières élections: la bourgeoisie a alors poussé un soupir de soulagement. Mais ce qui est encore plus significatif que la défaite de Wilders, c'est la débâcle du Parti travailliste néerlandais, qui a été pratiquement liquidé. Il a perdu 75% de son soutien électoral.

En Belgique, l'ascension du Parti du Travail de Belgique (PTB) est un développement significatif. Cette ancienne secte maoïste est désormais un parti réformiste de gauche – bien qu'il se déclare toujours marxiste et communiste. En Wallonie, la région francophone du pays, le PTB arrive juste derrière le Parti socialiste. C'est aussi le cas à Bruxelles. Dans la ceinture rouge de Bruxelles, le PTB atteint jusqu'à 25 % des voix. Et il progresse aussi en Flandres.

Les masses réclament du changement. Elles cherchent un expression politique organisée à leur colère. En Grèce, pendant toute un période, elles ont fait tout ce qu'elles ont pu pour changer la société. Il y a eu de nombreuses grèves générales et manifestations de masse. Mais ici intervient la question la plus importante: le facteur subjectif.

Dans leur recherche d'une issue à la crise, les masses se tournent vers une première option politique, la mettent à l'épreuve, puis la rejettent au profit d'une autre option. C'est ce qui explique les violentes oscillations de l'opinion publique vers la gauche et vers la droite. Mais les masses ne trouvent pas ce qu'elles cherchent. Les gens qui sont censés les diriger – les politiciens de gauche, les sociaux-démocrates, les ex-communistes et, surtout, les dirigeants syndicaux – ne veulent pas lutter contre l'austérité et pour une transformation profonde de la société.

Trotsky expliquait que la trahison est inhérente au réformisme. Il ne voulait pas dire que tous les dirigeants réformistes trahissent délibérément la classe ouvrière. Il peut y avoir des réformistes honnêtes; tous ne sont pas des carriéristes corrompus et des agents de la bourgeoisie dans les organisations ouvrières. Cependant, même les réformistes honnêtes n'ont pas comme perspective la transformation socialiste de la société. Ils pensent qu'il est possible de mener les réformes progressistes dans les limites du capitalisme. Ils se considèrent comme de grands réalistes. Or, dans le contexte du capitalisme en crise, leur « réalisme » se révèle être la pire des utopies.

Pendant des décennies, le PASOK a été le plus grand parti de la classe ouvrière grecque. Mais il s'est effondré après avoir mené, au pouvoir, des politiques d'austérité drastiques. Les travailleurs se sont tournés vers Syriza, qui était jusqu'alors un très petit parti. Alexis Tsipras est devenu l'homme politique le plus populaire, dans le pays. En juillet 2015, il a organisé un référendum posant la question: « doit-on accepter les coupes budgétaires de Frau Merkel ? ». Le « non » l'a très largement remporté (61%).

Ainsi, le peuple grec a voté massivement contre l'austérité : pas seulement les travailleurs, mais aussi les classes moyennes, les chauffeurs de taxi et les petits commerçants. Dès lors, Tsipras aurait pu dire: « Nous n'allons plus payer un seul euro à ces gangsters! Assez! Nous allons prendre le pouvoir et appeler les travailleurs d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, de France et de Grande-Bretagne à suivre notre exemple. Nous devons lutter contre la dictature des banques, des capitalistes – et pour une authentique démocratie socialiste en Europe. »

Si Tsipras avait dit cela, il aurait obtenu un très large soutien. Les gens auraient dansé dans les rues. Le peuple grec aurait été prêt à faire des sacrifices, et même de gros sacrifices, à condition d'être convaincu qu'il se battait pour une cause juste – et que les sacrifices seraient les mêmes pour tous. Tsipras n'avait qu'à lever le petit doigt pour mettre fin au capitalisme en Grèce. Il pouvait exproprier les banquiers, les grands armateurs et les gros industriels. Mais Tsipras n'est pas un marxiste. C'est un réformiste. Il ne lui est même pas venu à l'idée de s'appuyer sur le pouvoir des masses. Il a capitulé face au chantage de Berlin et Bruxelles. Il a signé un accord bien pire que celui initialement proposé, ce qui a provoqué une profonde démoralisation et un effondrement du soutien à Syriza – bien que ce parti ne soit pas encore détruit, faute d'alternative.

Le même processus affecte aussi l'Espagne qui traverse une profonde crise politique. Comme l'ascension de Syriza en Grèce, la rapide ascension de Podemos est une expression claire de la soif de changement des travailleurs et de leur mécontentement à l'égard des vieux partis traditionnels. Mais les vacillations et la confusion politiques des dirigeants de Podemos a engendré une certaine déception, dans la base de ce parti, avant même qu'il n'accède au pouvoir. Le flirt de Pablo Iglesias avec la social-démocratie a provoqué une chute du soutien électoral à Podemos et une profonde division dans la direction du Parti.

A présent, la direction de Podemos regarde vers sa droite, c'est-à-dire vers le PSOE, dans l'espoir de trouver un accord pour renverser le gouvernement détesté de Rajoy. En conséquence, les dirigeants de Podemos ont modéré leur discours. Ils subissent d'énormes pressions pour apparaître comme plus « respectables », comme « des hommes et femmes d'Etat ». Cela ne peut que renforcer la confusion et la désorientation de leur propre base.

Le nouveau dirigeant du PSOE, Pedro Sanchez, n'est qu'un très pâle reflet de Corbyn ou de Mélenchon. Mais comme il a osé poser la question d'un gouvernement de coalition avec Podemos et les nationalistes catalans, la classe dirigeante espagnole a tenté de le chasser de la direction du PSOE. Cependant, la base militante du PSOE a rejeté cette manœuvre – et, par un vote interne, a remis Sanchez à la tête du PSOE.

Les cas mentionnés ci-dessus sont différentes variantes du même processus. Partout, les vieux partis réformistes et ex-staliniens sont en crise. Certains ont connu des scissions; d'autres ont disparu (l'Italie est un exemple extrême: les vieux partis socialistes et communistes y ont été liquidés). On a également vu l'émergence de nouvelles formations politiques, telles Syriza et Podemos.

Comme l'écume des vagues, ces nouvelles formations sont le reflet de profonds courants, sous la surface. Cependant, il manque à ces organisations une base solide et stable dans la classe ouvrière et les syndicats. De ce fait, et du fait de leur composition largement petite-bourgeoise, ces organisations sont instables et peuvent s'effondrer aussi rapidement qu'elles ont surgi.

A ce stade, l'exemple de Corbyn fait figure d'exception. Comme nous l'avons expliqué, ce développement fut le résultat d'un accident – mais d'un accident révélant une nécessité, comme l'aurait dit Hegel. Le point fort du mouvement de Corbyn, c'est d'avoir fourni un point focal à la colère accumulée des masses, et en particulier des jeunes. Son point faible sera révélé lorsque les limites de son programme réformiste seront mises à l'épreuve dans le cadre d'un gouvernement travailliste.

Tout cela signifie que notre tactique doit toujours être flexible, en phase avec les conditions concrètes et le niveau de conscience de la classe ouvrière – et d'abord de ses éléments les plus actifs et avancés. Dans tous les cas, notre position consiste en un soutien critique.

Nous soutiendrons les réformistes de gauche dans leur lutte contre la droite. Nous ferons pression pour qu'ils aillent plus loin. Mais dans le même temps, on doit expliquer patiemment aux jeunes et aux travailleurs les plus conscients quelles sont les limites d'un programme qui ne vise pas le renversement du capitalisme, mais cherche seulement à le réformer de l'intérieur: c'est une utopie qui, dans le contexte du capitalisme en crise, et indépendamment des intentions des dirigeants réformistes, ne peut que mener à la défaite – et au retour de la droite au pouvoir.

Radicalisation de la jeunesse

L’instabilité politique et sociale se propage comme un vent chaud d’un pays d’Europe à l’autre. La conscience en évolution s’est reflétée dans un sondage de la jeunesse publié dans Quartz, le 28 avril 2017. Il faisait partie d’un rapport sponsorisé par l’Union européenne intitulée « Génération Quoi ? ». On a posé la question suivante à environ 580 000 sondés, dans 35 pays: « Participeriez-vous activement à un soulèvement de masse contre la génération au pouvoir s’il se produisait dans les prochains jours ou les prochains mois ? » Plus de la moitié des 18-34 ans ont répondu oui. L’article conclut: « Les jeunes Européens sont dégoûtés du statu quo en Europe. Et ils sont prêts à descendre dans la rue pour que ça change. »

Le rapport se concentre ensuite sur des sondés de 13 pays pour mieux comprendre sur quoi les jeunes sont optimistes ou frustrés en Europe. Parmi ces pays, les jeunes Grecs étaient « particulièrement intéressés à rejoindre un soulèvement de masse contre leur gouvernement, répondant oui à 67% ». Les sondés grecs étaient aussi plus enclins à croire que les politiciens étaient corrompus, et ils avaient une perception négative du secteur financier de leur pays.

Les jeunes en Italie et en Espagne étaient les suivants, avec respectivement 65% et 63% voulant participer à un soulèvement de masse. En France, un pays qui a la révolution dans ses gènes, 61% de la jeunesse a répondu « oui ». Mais même aux Pays-Bas, qui ont jusqu’à présent échappé au pire de la crise, un tiers des jeunes ont répondu « oui ». Le chiffre est de 37% en Allemagne et de presque 40% en Autriche.

Pendant la campagne électorale, des adolescents français ont organisé des rassemblements à Rennes et dans d’autres villes pour manifester contre les deux candidats au second tour des présidentielles. Des manifestants ont bloqué des écoles, tandis que d’autres ont marché vers le centre-ville avec des pancartes « expulser Marine Le Pen, pas les immigrés » et « nous ne voulons ni Macron, ni Le Pen ». Le rapport note que les sondés de France se plaignaient d’un certain nombre de développements négatifs – trop de corruption, trop d’impôts, trop de riches – comparé au reste de l’Union européenne.

Ces chiffres indiquent qu’un profond changement a lieu. Le rapport conclut: « L’apathie des électeurs parmi les jeunes a été longtemps décrite comme une tendance inquiétante. Au Royaume-Uni, par exemple, la participation de la jeunesse aux élections générales a chuté de 28 points, passant de 66% en 1992 à 38% en 2005. Mais cette participation à la baisse n’est pas nécessairement une preuve de l’apathie politique ».

Le problème de la direction

Certaines personnes superficielles demandent: « Si les choses vont si mal, pourquoi il n’y a pas eu de révolution ? » La classe dirigeante, qui s'attendait au pire, se félicitait qu'il n'y en ait pas eu. Comme le pire ne s’est pas immédiatement matérialisé, elle a eu un soupir de soulagement. Puis elle est retournée à la kermesse lucrative, pendant que tout le monde assistait à l’anéantissement de ses conditions de vie et de ses perspectives d’avenir. En d’autres termes, elle se comporte comme un homme en train de couper la branche sur laquelle il est assis.

En réalité, le retard dans le processus de la révolution n’a rien de surprenant. Pendant des décennies, les banquiers et les capitalistes ont construit de puissantes défenses pour leur système. Ils contrôlent la presse, la radio et la télévision. Ils profitent des ressources financières virtuellement sans limites, qu’ils utilisent pour acheter les services de partis politiques – pas seulement de droite, mais aussi de « gauche » –, mais aussi de nombreux dirigeants syndicaux « responsables ». Ils peuvent compter sur le soutien de professeurs d’université, d’avocats, d’économistes, d’évêques et des couches les plus privilégiées de l’intelligentsia. Et si cela ne suffit pas, ils peuvent toujours compter sur la matraque du policier, les juges et les prisons.

Mais il y a une autre barrière à la révolution, bien plus puissante. La conscience humaine, contrairement à ce que pensent les idéalistes, n’est pas progressiste et certainement pas révolutionnaire. Elle est par nature et profondément conservatrice. La plupart des gens sont effrayés par le changement. Dans des conditions normales, ils aspirent à ce qui leur est familier, à ce qu’ils connaissent: des idées, des partis, des dirigeants et des religions familiers. C’est bien naturel et cela reflète un instinct de conservation. Cela renvoie à des jours très anciens, quand nous vivions dans des grottes et avions peur des animaux dangereux tapis dans l’ombre.

Il y a quelque chose de rassurant dans la routine, les habitudes et les traditions – dans le fait de marcher sur des sentiers battus. En règle générale, les gens n’acceptent l’idée du changement que sur la base de grands événements qui secouent la société jusque dans ses fondations, transformant la conscience et forçant les gens à regarder les choses telles qu’elles sont vraiment. Cela n’arrive pas graduellement, mais de manière explosive. Et c’est précisément ce que nous voyons arriver partout. La conscience commence à rattraper son retard – soudainement.

La question la plus importante est celle de la direction. En 1914, les officiers de l’armée allemande décrivaient ainsi l’armée britannique stationnée en France: « Des lions dirigés par des ânes ». Et c’est une bonne description de la classe ouvrière, partout. Les dirigeants réformistes jouent un rôle des plus pernicieux, s’accrochant au « libre marché » même quand il s’effondre autour d’eux.

Les dirigeants réformistes de droite sont complètement corrompus. Ils ont abandonné depuis des décennies toute prétention à défendre le socialisme; ils sont devenus les plus fidèles serviteurs des banquiers et des capitalistes. Ils prennent volontiers la responsabilité des coupes dans les dépenses sociales et des attaques contre les conditions de vie – pour protéger le capitalisme. Mais ce faisant, ils se discréditent aux yeux des masses qui les soutenaient, auparavant.

Il y avait une logique évidente à tout cela. Dans une période d’ascension du capitalisme, il était possible de faire des concessions à la classe ouvrière, particulièrement dans les pays capitalistes avancés d’Amérique du Nord, d’Europe et au Japon. Mais dans une période de crise profonde, les bourgeois disent qu’ils ne peuvent plus permettre de réformes. Au contraire, ils demandent la liquidation des réformes qui ont été gagnées depuis 1945. Pour les masses, le réformisme avec des réformes a un sens. Mais le réformisme sans réformes, ou plutôt le réformisme avec des contre-réformes, n’a aucun sens.

La longue période d’ascension du capitalisme qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale a scellé la dégénérescence de la social-démocratie. Cette dégénérescence a pénétré profondément jusque dans ses bases. La plupart des vieux militants des partis sociaux-démocrates et des syndicats ont été démoralisés par la dernière période. Ils sont désabusés, désorientés et profondément sceptiques. Ils sont complètement déconnectés de l’humeur réelle de la classe – et ne la reflètent pas.

Cette couche de militants n’a jamais rien compris. Ils ne représentent pas le présent ou le futur; ils sont seulement le reflet de la démoralisation des défaites passées. La situation est encore pire avec les ex-staliniens, qui ont complètement abandonné toute perspective socialiste ou tout instinct de classe révolutionnaire. Il se peut que certains d’entre eux redeviennent actifs quand la lutte des classes se développera. Mais la plupart de ces réformistes et ex-staliniens sont tellement imprégnés de scepticisme qu’ils sont un obstacle sur le chemin des militants ouvriers et de la jeunesse vers la révolution socialiste.

Notre position, en tant qu’organisation révolutionnaire, ne peut pas être déterminée ou influencée de quelque façon par les préjugés de cette couche. Notre tactique est basée sur la situation réelle: la crise organique du capitalisme, qui en retour produit une nouvelle génération de combattants de classe qui seront bien plus révolutionnaires que l’ancienne génération ne l’a été. Nous devons nous appuyer sur la jeunesse: les étudiants, les lycéens et par-dessus tout la jeunesse de la classe ouvrière, qui est exploitée sans pitié et qui est ouverte aux idées révolutionnaires.

Nous sommes dans une période de chocs et de changements brusques dans la situation, qui touchent tous les pays sans exception. Le centre politique s’effondre partout, reflétant une polarisation de classe grandissante. Là où il y avait auparavant la stabilité politique, il y a une instabilité croissante. Les élections conduisent à un choc après l’autre, à de brusques oscillations vers la droite ou vers la gauche. Des choses qui n’étaient pas supposées arriver ont maintenant lieu. Nous devons être prêts pour de grands changements, qui peuvent arriver plus tôt que nous ne le pensons. Si la gauche déçoit les aspirations des masses, il peut y avoir des mouvements vers la droite qui, à leur tour, prépareront de plus gros mouvements vers la gauche.

Nous devons suivre le processus tel qu’il se développe. Nous devons nous armer de patience révolutionnaire, puisqu’il est impossible d’imposer notre agenda aux événements, qui suivent leur propre trajectoire à leur propre vitesse. Mais nous devons aussi nous préparer à des changements nets et soudains, qui sont impliqués par l’ensemble de la situation. Des événements colossaux peuvent nous tomber dessus bien plus tôt que nous le pensons. Il n’y a pas de place pour la complaisance. Nous devons construire les forces de la Tendance marxiste révolutionnaire aussi vite que possible. Nous devons avoir un sens de l’urgence. Nous sommes sur la bonne voie. Nous devons faire nos preuves dans l’action et la pratique pour être les véritables et dignes héritiers des traditions de 1917, de Lénine, de Trotsky et de la révolution bolchevique.

Nous devons avoir une confiance absolue dans notre classe, la classe ouvrière, la seule classe créative, la classe qui crée toutes les richesses dans la société, la seule classe vraiment révolutionnaire, qui tient le sort de l’humanité entre ses mains. Nous devons avoir une totale confiance dans les idées du marxisme et, last but not least, nous devons avoir confiance en nous-mêmes, une confiance absolue dans notre capacité – armés des idées du marxisme – à construire les forces nécessaires pour mener la lutte pour changer la société, pour mettre un terme à ce régime de cruauté, d’injustice, d’exploitation et d’esclavage, et amener la victoire du socialisme dans le monde entier.

Turin, le 7 février 2018

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 01:46

Depuis les années 1980, le spectre du voile dit islamique, qui n’est en fait qu’un foulard méditerranéen, hante la France et d’autres pays occidentaux avec la régularité d’un métronome si bien qu’un être rationnel en arrive à perdre foi dans la capacité des êtres humains à raisonner. Les arguments sur cette question sont répétés à l’identique de façon récurrente, compulsive et convulsive sans que jamais l’on ne sorte de ce cercle vicieux, ce qui peut laisser supposer que cela convient aux cercles dirigeants ...qui sont peut-être vicieux. Cette fois-ci c’est l’élection d’une déléguée étudiante du syndicat UNEF qui pose problème car celle-ci a la mauvaise idée de porter un habillement certes légal mais qui, malgré tout, ne devrait pas être porté selon les grands prêtres d’un laïcisme qui rappellent plus des religieux en mission que des analystes capables de proposer une réflexion...laïque.

Ce qui nous amène à aborder ici cette question, en essayant de présenter les arguments de ceux (et celles !) qui ne sont pas convaincus par le discours dominant et qui pensent autrement. Et surtout en essayant de comprendre en quoi le phénomène en question pose des questions qu’on ne veut pas poser, sans doute pour ne pas avoir à y répondre. À l’heure où l’idéologie libérale-libertaire propagée par l’aile étudiante petite-bourgeoise de la révolte de 1968 bat de l’aile, la « révolution sexuelle » ayant abouti en finale à provoquer son contraire, les campagnes « mee too » et « balance ton porc ! » qui sont symptomatiques des échecs remportés par le « il est interdit d’interdire » et le « jouir sans entraves » qui couronnent les reculs des conquêtes sociales de trente glorieuses qu’on veut éradiquer définitivement. Par ces manœuvres de diversion sur un sujet connexe et qui serait resté futile s’il n’avait pas été grossi, c’est le rassemblement potentiel de tout le peuple dans sa diversité et pour sa souveraineté commune qui est en fait attaqué dans l’oeuf.

La Rédaction

 

 

Société de la convoitise et de la frustration

-

Quelques raisons de l’enfermement ethnocentrique islamiste et islamophobe

 

Mai 2018

 

Bruno Drweski

 

Nous avons été récemment submergé par la vague « Mee too ! » et « Balance ton porc ! »1qui, comme toutes les vagues imposées d’en haut, nous provient de l’autre rive de l’Atlantique nord, du pays avec lequel nous semblons liés par un pacte apparemment éternel ou quasi-éternel, en tout cas non critiquable. Cette campagne, dans sa version « féministe » bourgeoise radicale, a non seulement dénoncé les violences sexuelles sans aucun doute condamnables faites aux femmes mais bien souvent les mâles en soi2, censés être tous ou quasiment tous des prédateurs incontrôlables. Fini donc la galanterie, les poèmes courtois ou l’humour derrière lequel se cacherait systématiquement un instinct de conquête et de domination. Dans une société où la femme se doit de porter des vêtements non seulement différents de ceux des hommes, comme il est de coutume depuis la plus haute Antiquité, mais surtout beaucoup plus déshabillés et aux contours plus marquant, en haut comme en bas. Dans une société où également, la « pub » omniprésente - la réclame donc - ne peut solliciter la convoitise du consommateur de voiture, de parfum, de yaourt ou d’un paquet de nouilles sans aguicher le chaland avec une femme jouant sur les pulsions à peine enfouies en portant une jupe remontée jusqu’au nombril et un décolleté plongeant jusqu’au genoux ...ou presque. On se demande bien où se trouverait la cohérence entre la situation de mâles censés être en rut permanent et dont la testostérone est encore plus boostée par ces pub aguichantes, une reductio adsexum de la vie proposée parla plupart des analystes « sociétaux », faute d’analyses sociales de leur part, et qui sont frustrés devant des femmes aux cheveux ondulant, à la poitrine suggestive et aux jambes divines devant lesquelles ils sont malgré tout cela sommés de s’obliger à subir une glaciation instantanée auto-administrée, donc pire qu’une émasculation d’eunuque.

 

Dans cette société, si elle ne veut pas se limiter à la cuisine et aux enfants, la femme est souvent réduite à un choix binaire : ou devenir « mâlement » prédatrice dans le style Thatcher, Meir, Lagarde, Morano, Tassin, Clinton ou onduler de la coiffure et du c… pour « profiter » des opportunités offertes par la promotion canapé, ce qu’ont accepté par exemple les victimes consentantes de Weinstein aux USA et tant d’autres en France, depuis l’exemple donné par les maîtresses successives de chaque roi ou grand courtisan de France, chose contre laquelle le peuple, en particulier les femmes de Paris, se sont rebellées au moment de la Révolution française ...sans grand succès. Car il faut rappeler que c’est à la cour de France que les courtisanes ont commencé à laisser voir leurs cheveux puis leurs poitrines alors que les femmes du peuple de France ont jusqu’à très récemment considéré comme vulgaire une femme sortant « en cheveux ». C’est la culture des élites aristocratiques et bourgeoises qui est descendue vers les classes populaires et pas le contraire, malgré toutes les révolutions françaises successives.

 

Ayant en tête la réprobation générale visant les mâles prédateurs, on aurait pu penser que les idées et comportements développés par les femmes qui préfèrent couvrir le maximum de leurs atours, coiffure, poitrine, jambes, et exigeant des mâles extérieurs à leur famille qu’ils baissent leur regard quand ils leur parlent, rencontrent une approbation générale des militantes féministes patentées, celles qui dans la foulée de 1968 exigeaient de pouvoir se réunir exclusivement « entre femmes » pour élaborer les principes d’un féminisme arrivé très tardivement sur les bords de la Seine. Doit-on rappeler que le premier pays européen à avoir accordé le droit de vote aux femmes a été la Finlande alors russe en 1906 et que l’Albanie, la Turquie ou l’Egypte ont accordé ce droit avant la France. Doit on rappeler que les femmes avaient le droit exclusif de posséder des biens depuis 1400 ans dans les pays du sud de la Méditerranée, dans les pays musulmans donc, alors qu’en France ce n’est que dans les années 1960 que le droit d’une femme à posséder un compte en banque sans l’autorisation de son mari a été « acté » ?

 

La tradition du « voile », en fait du foulard couvrant les seuls cheveux et oreilles, correspond à la tradition populaire millénaire appliquée tout autour de la Méditerranée depuis les temps les plus anciens, Mésopotamie, Israël antique, Phénicie, Grèce antique*, christianisme, islam. Ce n’est qu’en Europe occidentale, et très récemment, que nos grands mères, dans leur masse, c’est-à-dire hors aristocratie et haute bourgeoisie, ont été poussées par étapes à montrer leurs bras, puis leurs cheveux, puis leurs poitrines, puis leur jambes, dans des costumes aux moulures suggestives ...ce que n’ont pas du faire les hommes ...sauf BHL pour le décolleté. Ce qui a commencé avec la vague du « new look » made in USAdes années cinquante. Preuve s’il en est que, sexisme ou pas, genre ou pas, il existe toujours une différence visible et massivement acceptée entre les deux sexes/genres, qu’elle soit dans l’habillage ou le déshabillage. Ce que les « féministes » bourgeoises semblent ne pas avoir « acté » sinon, en conséquence avec leurs principes d’égalité ou plutôt de similarité absolue, elles prôneraient une obligatoire mode unisexe.

 

Existe-t-il un accessoire vestimentaire qui ne soit pas ‘politique’ à l’époque où tout est dans le paraître ? On mesure son rang social au coût marchand de sa montre, de son sac, de sa jupe ou de ses chaussures, c’est donc bien un affichage politique que de choisir le vêtement que l’on porte. Et mettre un vêtement sexuellement aguichant fait également partie d’un choix en faveur de la société de consommation désignée tout d’abord par le philosophe marxiste György Lukacs sous l’appellation de « société de la convoitise », une expression qui décrit bien la chose.

 

Histoire de voiles

Il existe néanmoins au sein de la civilisation méditerranéenneune différence fondamentale entre la conception chrétienne dont ont inconsciemment hérité les laïcistes les plus radicaux, athées ou pas, et la conception islamique du recouvrement obligatoire. Car, depuis Saint Paul et son épitre aux Corinthiens, le foulard que les chrétiennes devraient en principe porter témoigne explicitement selon lui de leur soumission exigée à l’homme par Dieu, conception que l’islam n’a pas reprise puisqu’il a pour la première fois affirmé l’égalité des sexes devant Dieu. Ce qui explique d’abord l’immense malentendu existant entre les féministes des pays chrétiens et post-chrétiens et les féministes musulmanes. Malentendu qu’ignorent en particulier la plupart des femmes dites « de culture musulmane » et « occidentalisées » qui ne connaissent pas, à la fois les tréfonds de la culture chrétienne et européenne et ceux de la culture arabe et islamique. Pour comprendre en fait rationnellement le pourquoi des contradictions qui traversent notre société par rapport à la question du « voile », il faut donc d’abord prendre en compte le fait que ce malentendu doit être additionné à l’immense contradiction de la société de consommation et de la convoitise que nous avons décrit plus haut et dans lequel le sexe, à côté de l’argent et du pouvoir, constituent la base cultuelle du système dominant. Allant à l’encontre de toutes les traditions religieuses mais aussi de toutes les traditions révolutionnaires.

 

Deux contradictions cumulées héritées d’une histoire longue commune à toute la civilisation méditerranéenne et qui se généralisent dans une société française et occidentale en perte de puissance, de repères, de consensus minimum et de perspectives de progrès économique, culturel et social entre les cercles encore dominants ou s’identifiant comme tels et la masse des populations prolétarisées, sous-prolétarisées et lumpenprolétarisées, autochtones ou en provenance des périphéries et des ex-colonies. Dans une société donc où la promotion sociale est bloquée et où la tendance s’inverserait plutôt, tendant vers celle du déclassement.

 

Alors que la langue française s’appauvrit et s’américanise, que la macdonaldisation de la cuisine et des aliments se répand, que la mode devient guenille, que la vulgarité devient la règle, que l’inculture devient générale, que l’insécurité, sanitaire, sociale, professionnelle, économique, financière dans une flexibilité à tordre le cou se répandent inexorablement, sous la domination de notre « grand frère d’Amérique » en perdition. Tout cela produit une masse de frustrations successives. Frustrations sexuelles bien sûr, mais aussi et surtout affectives, sociales et économiques, ce dont témoignent la hausse vertigineuse de la consommation des calmants et antidépresseurs, la généralisation de la pornographie, l’utilisation des drogues, l’alcoolisme, etc, malgré tous les échappatoires inventés pour calmer la cocote minute sociale, jeux abrutissant, sport spectacle, cultes de la forme et de l’ego, fragmentations ethno-communautaristes, sectes, terrorismes manipulés, etc. En ce sens là, l’islam rappelle beaucoup des éléments oubliés de notre propre tradition méditerranéenne perdue ou abandonnée, au moment où la France et toute l’Europe occidentale puis orientale et en finale le monde entier ont mis le cap vers les rivages de l’Atlantique nord, de « l’American way of life » et du mythe du « self made man » hyper individualiste et consommateur compulsif.

1 <https://www.balancetonporc.com >

2< https://www.20minutes.fr/societe/2221919-20180215-homme-deux-trois-agresseur-militante-feministe-caroline-haas-balance-chiffres >

 Islam ou pudeur ?

Avec l’islam, la femme a acquis, pour un temps au moins, le droit à la propriété, à l’égalité, à l’héritage, etc. il y a 1400 ans donc ...même si ces droits ont très souvent été largement rognés depuis dans de nombreux pays musulmans, un peu comme les droits sociaux que nous avions obtenus dans la foulée du Conseil national de la Résistance et des luttes sociales des « trente glorieuses » et qui nous sont rognés par pans entiers, à l’heure donc de notre propre décadence. Ce qu’on appelle à tort et malicieusement le « voile » n’est qu’un foulard, car le voile ...voile ...la face donc, comme son nom l’indique, c’est ce qu’on appelle aussi le « niqab » ou « voile intégral ». Ce foulard ne constitue pas selon certains exégètes musulmans une obligation religieuse mais il correspond en tous cas à l’impératif de pudeur contenu dans le Coran, et il est devenu une habitude depuis le premier khalife de l’islam, Abou Bakr, de considérer que la coutume vestimentaire de La Mecque, que les femmes de Médine ne pratiquaient semble-t-il pas avec une même radicalité, correspondait à l’esprit de l’islam. Les Mecquoises reprenaient en fait ce que toute la Méditerranée faisait depuis l’Antiquité, la femme devait couvrir tout ce qui aguichait potentiellement le mâle, la chevelure, les bras, la poitrine et les jambes, et ce dernier devait de son côté couvrir tout ce qui allait des genoux au nombril et baisser son regard lorsqu’il s’adressait à une femme qui n’était pas de sa famille. Pudeur vestimentaire exigée de la femme contre maîtrise manifestée de son comportement exigée de l’homme. Équilibre voulu et que certains exégètes voient plutôt comme symbolique tandis que d’autres l’interprètent au sens littéral, interprétations laissées en tous cas au libre choix des personnes concernées.

 

Le recouvrement édicté dans des termes vagues dans le Coran n’est donc pas un signe de soumission ou de domination comme il l’est dans la Bible, mais il est explicitement déclaré comme une mesure de protection de la femme face aux tentations possibles qu’elle pourrait éveiller en des temps où les services de sécurité ne pouvaient pas intervenir dans le métro aussi rapidement qu’aujourd’hui comme nous y incitent désormais les annonces auditives de la RATP1, sans lesquelles les femmes ne sauraient sans doute pas comment elles devraient réagir. Car, depuis la plus haute Antiquité, les poètes ont chanté les attraits sexuels de la chevelure féminine combinée à celle de son corps, et aucun homme ne reste à leur égard indifférent, soyons honnêtes et reconnaissons le. Ce qui ne fait pas pour autant de nous des « bêtes de sexe » en rut constant comme on nous le serine pour nous culpabiliser ...et nous pousser à la consommation.

 

Est-ce l’islam, la femme ou l’égalité sociale qui pose problème ?

Dans ce contexte, le foulard antique mais réduit aujourd’hui dans une très large mesure à l’islam n’est donc pas du tout un « geste ostentatoire », ni même forcément une obligation religieuse imposée, il est un conseil facilitant le savoir vivre, le vivre ensemble et l’abaissement des tensions et malentendus potentiels dans la société. C’est tout au moins comme cela que le perçoivent les musulman/e/s cultivés et connaissant bien leur culture. Ce qui bien sûr n’est pas toujours le cas. Une musulmane qui porte le foulard préfère être jugée sur ce qu’elle a sous ses cheveux, son cerveau, et derrière ses seins, son coeur, et c’est à cet effet qu’elle couvre ce qui pourrait détourner l’homme de cette tendance vers laquelle elle veut l’orienter. Il y a bien évidemment des maris ou des pères et des gouvernements qui imposent le foulard, voire le voile, et il y a désormais aussi des musulmanes qui, en réaction contre l’humiliation sociale qu’elles subissent au quotidien en tant que femmes, en tant que membres des classes populaires et en tant que « issues de l’immigration », portent le foulard comme un étendard dans une société où elles se sentent marginalisées et n’ont pas leur place, et où elles ne trouvent pas d’autre moyen de s’affirmer, tel un/e adolescent/e pré-pubère qui cherche par tous les moyens à manifester bruyamment son ego en agitant un drapeau ou un T-shirtprovocateur. Le foulard est devenu effectivement pour certaines aujourd’hui, non pas un havre de sécurité et d’intimité, ce qu’il est, mais une « identité », chose regrettable provenant néanmoins d’une situation dont la musulmane n’est pas la cause première. Les « identités » fleurissent là où les solidarités sociales se délitent, ce qui est de la responsabilité des classes et des États dominants.

 

Les causes de toutes ces dérives cumulées décrites plus haut sont partagées, entre la méconnaissance de l’histoire de leur propre religion et de l’histoire humaine chez certain/e/s musulman/e/s et celle d’une société française ou occidentale frustrée où les segments intermédiaires de la pyramide sociale sont décidés à faire subir aux plus faibles l’humiliation qu’ils subissent eux-mêmes quotidiennement de la part de leurs dominants. La secrétaire qui doit plaire à son patron en portant des talons aiguilles qui lui déchirent la chair, un décolleté plongeant, une chevelure ondulante et dandiner du c… dans l’espoir d’avoir une prime, un CDI2et, qui sait, un avancement, ne peut que transférer sa frustration à plus bas qu’elle, la « musulmane » qui démontre en plus en portant le « hijab », le foulard donc, qu’elle ne se soumet pas aux règles de la société de la convoitise et de la compétition. Et qu’au delà du périphérique et de l’environnement du ici et maintenant, il y a quelque chose de plus important, il y a une quête de sens qui devrait constituer l’axe de toute vie humaine. Une femme qui fait donc la grève du carriérisme et de l’opportunisme, et donc aussi de la consommation effrénée, cette dernière chose étant inacceptable dans le temple du capitalisme et la société de la convoitise.

 

C’est comme cela que, dans la foulée des déboires nés d’une décolonisation incomplète et d’une domination des structures issues de la colonisation, la génération post-indépendance, ou les générations post-immigration en Occident, ont commencé à réagir à une situation où il ne valait même plus la peine pour la masse des femmes de se placer dans la compétition pour obtenir à tous prix, y compris celui de son humiliation quotidienne, un poste de plus en plus illusoire. On imagine difficilement un tchadorintégral ou un qamis,made in Thailand, en nylon facilement inflammable dans une usine portéspar une ouvrière ou un ouvrier ayantune longue barbe absorbable par une machine ! Les habits suivent les modes, les goûts des classes dominantes mais ils doivent aussi suivre les impératifs des rapports à la production à une époque donnée. Le qamisdes hommes musulmans salafistes constitue donc lui-aussi une sorte de manifestation silencieuse contre la société de la précarité et du chômage permanent ...en contradiction avec les chaussures Nike qu’il s’acharne souvent à porter et qui témoigne en revanche de sa vénération pour ledieu de la consommation et celui de la mode et de l’orgueil. En tous cas, ce que les militants progressistes auraient du saisir et ce dont ils auraient du s’emparer dans des luttes rassembleuses qu’ils ne savent plus ou qu’ils ne veulent plus mener, c’est cette protestation silencieuse de ceux et celles qui n’ont plus de raison de porter un bleu de travail, un uniforme, un complet veston ou une jupe moulante car ils/elles doivent se bricoler une vie précaire, « sans emploi ».

 

C’est dans ce contexte que la question récurrente et en soi futile du sempiternel bout de tissu à mettre ou à retirer revient en boucle depuis la fin des années ...1980, le début des années de crise, et que cette question récurrente est devenue blocage, fixation, identité et symbole d’une société en panne, pour les musulmans comme pour les non musulmans. Un peu comme c’était déjà le cas avec l’antisémitisme judéophobe de l’entre-deux-guerres qui s’est développé dans une Europe en crise où se préparaient les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. 

1 Régie autonome des transports parisiens

2 Contrat de travail à durée indéterminée

L’affaire de l’UNEF1

Dernière en date, la soudaine tension provoquée par la représentante de l’UNEF portant le foulard et dénoncée alors même qu’elle a reçu un mandat électif compatible avec les statuts de cette organisation laïque. Car laïcité veut d’abord dire liberté de conscience et non pas athéïsation visible. L’UNEF constitue sans doute une organisation contestable pour sa trop grande modération sur les questions sociales, dans le prolongement d’une gauche de notables bien pensante et refusant la contestation radicale du capitalisme, mais ce n’est pas sur cela que l’UNEF a été critiquée, ce qui est révélateur d’une manœuvre de diversion. On n’a pas rappelé non plus à cette occasion dans les médias-zapping les viols en série commis récemment par plusieurs dirigeants et militants de cette organisation, et qui pourraient contribuer à expliquer le vote en faveur d’une déléguée femme et portant le foulard2. Une telle élue ne violera pas et ne tentera pas un violeur potentiel ! En tous cas, avec cette affaire et celles du même type qui l’on précédé, si l’on voulait diviser les masses et pousser les musulmans à créer des organisations strictement « communautaires » ghettoïsées, on ne s’y prendrait pas autrement, et on ne peut du coup s’empêcher de poser ici la sempiternelle question Cui Bono ?

 

Comme dans toutes les situations de blocage social et de passivitédes masses, on voit resurgir à chaque crise, dans le camp du pouvoir comme dans celui de ses adversaires auparavant stérilisés, la vision d’un complot secret ou d’un entrisme qui empêche d’analyser les causes profondes du phénomène désigné, généralement secondaire par rapport à la situation essentielle que l’on veut éviter d’examiner. Ce seraient donc les « islamistes » qui avanceraient « masqués » pour pervertir une démocratie en panne et une laïcité vidée de tout contenu social et qui auraient placé, à l’UNEF comme ailleurs, leur pion ou leur potiche par l’intermédiaire de cette déléguée syndicale démocratiquement élue. Au lieu de se réjouir que des milieux qui sont par ailleurs dénoncés à gauche pour leur propension à ne pas s’engager dans les luttes syndicales car jugés a priori réactionnaires, les féministes bourgeoises ainsi que les conservateurs de tous poils, de droite comme de « gauche », s’indignent de voir une musulmane visible porter une revendication rassembleuse bien au-delà de son habillement. C’est donc de cela qu’il s’agit, la peur des « classes dangereuses » est de retour et la crainte devant leur unité potentielle. Et c’est là qu’apparait la « pieuvre » fantasmée des Frères musulmans ...confrérie que personne n’a vraiment étudiée de l’intérieur. Ces derniers venus contamineraient donc la démocratie sans qu’on ose poser la question pourquoi les organisations « laïques » se sont effondrées et pourquoi il leur faut rechercher un « souffle islamique » pour tenter un sursaut. Vraie question.

 

La pieuvre des Frères musulmans

Ces Frères musulmans (association « Musulmans de France » ex-UOIF) apparaissent donc désormais un peu sous la forme de nouveaux « Sages de Sion » qui éveillent l’antisémitisme islamophobe comme leurs prédécesseurs d’avant 1945 éveillaient l’antisémitisme judéophobe, une toile d’araignée qui comploterait pour conquérir le pouvoir mondial, rien de moins. Certes, les Frères musulmans, comme tous les musulmans, mais aussi comme tous les chrétiens, les communistes ou les libéraux ne sont pas différents, ils souhaiteraient voir le monde unifié dans une harmonie idyllique autour de leurs propres principes idéaux ou idéalisés. La question n’est donc pas là puisque cela est tout à fait normal, et la seule question que l’on doit dès lors poser, c’est comment veulent-ils y arriver, si les moyens qu’ils envisagent sont compatibles avec les choix de ceux qui n’optent pas pour leurs choix, s’ils ont un vrai projet de société élaboré, et si c’est le cas, si ce qu’ils proposent est réellement attrayant. Autrement dit, s’ils veulent transmettre ce à quoi ils croient sans l’imposer, dans une libre débat et un libre choix, ou s’ils veulent l’imposer par la force et la coercition ou la manipulation secrète. A l’heure des lobbies mondialisés qu’on oublie à l’occasion de pointer, Bilderberg, Trilatérale, Siècle, etc.

 

Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir que les Frères musulmans ne constituent pas un parti politique ou une Internationale centralisée mais une confrérie d’étude et de réflexion à partir de laquelle certains de ses membres ont fondé des partis politiques et des associations, n’ayant pas forcément la même opinion d’ailleurs. Si l’on voulait comparer les Frères musulmans sur le plan de l’organisation à quelque chose de connu depuis longtemps en Europe, ce serait plutôt à la Franc-maçonnerie qu’il faudrait faire référence. Chose qui nous rappelle d’ailleurs le « complot judéo-maçonnique » fantasmé par l’extrême droite dans ses beaux jours. Amalgamé d’ailleurs au complot « judéo-bolchevik ». Depuis, on a eu droit au complot « islamo-gauchiste » accompagnant les complots « rouge-bruns ». On n’avance pas !

On sait qu’il y a des francs-maçons de gauche et de droite, et qu’on trouve chez eux des croyants et des non croyants de diverses religions, musulmanes comprises ...il en va un peu de même chez les Frères musulmans chez qui l’on peut même trouver des non musulmans et il existe de multiples scissions de groupes formés au sein de la « nébuleuse » Frères musulmans comme il existe en France à peu près onze obédiences maçonniques. Il y a donc aussi des partis politiques issus de Frères musulmans présentant des tendances parfois opposées. Ainsi, en Algérie, les Frères musulmans ont développé dans les années 1980 leurs activités dans le cadre du FLN3, à l’époque du parti unique et, lorsque le multipartisme a été légalisé à la fin des années 1980 et que s’est formé le Front islamique de salut sous l’influence des pétromonarchies, ce qui allait déboucher sur la décennie noire du terrorisme, les Frères musulmans ont condamné ce parti et formé, à ce moment là seulement, un parti concurrent qui allait opter pour le camp du gouvernement, le Hamas algérien. Si bien que son chef adjoint, Mohammed Bouslimani, fut assassiné par le GIA4pour avoir refusé d’émettre une fatwa exigeant que les soldats algériens désertent pour rejoindre les maquis « islamistes ». Pendant toutes les années de terreur, le Hamas algérien a soutenu puis participé à tous les gouvernements successifs en lutte contre le terrorisme. En Palestine également, le Hamas palestinien en exil a par exemple, comme la plupart des partis issus des Frères musulmans, pris partie contre le gouvernement syrien en 2012, mais en Palestine occupée, à Gaza en particulier, ses militants n’ont jamais rompu avec l’Iran et le Hezbollah et ont souvent souligné publiquement aux pires heures des attaques visant Damas que l’aide humanitaire, militaire, diplomatique qu’ils recevaient de la part de « l’axe de la résistance » était incomparable avec les maigres aides humanitaires reçues des Etats opposés à la Syrie. D’ailleurs, à Gaza, le Hamas fonctionne main dans la main avec les partis et groupes armés marxistes, en particulier le Front populaire pour la libération de la Palestine. En France, les Frères musulmans n’ont jamais envisagé de créer un parti politique, contrairement à quelques groupuscules musulmans, et leurs membres se retrouvent dans différents partis français et entretiennent des rapports souvent assez étroits avec des personnalités qui vont des communistes à la droite républicaine. Tariq Ramadan de son côté a des rapports assez étroits avec des dirigeants du NPA5.

 

Pour l’observateur attentif des débats qui se déroulent à l’intérieur de la communauté musulmane, on voit bien qu’elle est traversée par des courants très contradictoires, ce qui démontre en fait sa pleine intégration dans la société française. Il faut à cet égard rappeler que les études du vote musulman ont démontré que les musulmans ont majoritairement voté contre la constitution européenne, à l’opposé de la plupart de leurs « leaders représentatifs »6, UOIF7compris, et qu’ils ont voté bien plus que la moyenne nationale pour Melenchon8ou encore qu’ils constituent un auditoire privilégié des vidéos d’Asselineau9. Car la masse des musulmans de France, à l’inverse des élites « nomades » voyageant de paradis off-shore en destinations de rêve, sait très bien et le dit quand on veut bien leur poser la question qu’ils n’ont pas les moyens de quitter la terre où ils sont nés et que donc le sort du pays où ils vivent, en particulier son économie, leur importe particulièrement, au même titre, voire plus que beaucoup « Français de souche » plus aisés.

 

Répétition de la FTP-MOI1des années d’occupation ? A l’école supérieure privée de l’IESH (Institut européen de sciences humaines), on forme des étudiants venus de toute l’Europe dont certains sont appelés à devenir des imams qui sont pleinement ouverts aux réalités françaises. On entend d’ailleurs souvent dans ses couloirs l’opinion selon laquelle les efforts faits en vue de moderniser l’islam sont bien plus prometteurs ici plutôt que dans les Etats à majorité musulmane2.

 

On peut donc voir si l’on y tient dans les activités déployées par les Frères musulmans de l’entrisme mais on doit se rappeler qu’on a dit la même chose des communistes auparavant et de tout groupe politique extérieur au cercle des élites dominantes, au cercle appelé par Alain Minc « le cercle de la raison » (sic!)3son ami Jacques Attali prônant un gouvernement mondial ayant pour capitale ...Jérusalem4. Pourquoi d’ailleurs reprocher à des musulmans ce qu’on accepte des chrétiens démocrates par exemple ...plus difficilement il est vrai des théologiens de la libération et des prêtres ouvriers, car ceux-là sont socialement contestataires. On voit bien là qu’il existe une peur de classe dans les milieux dominants camouflée derrière un discours anti-islam. Mais pourquoi devrait-on dès lors demander aux travailleurs français de prendre à leur compte des intérêts qui ne sont pas les leurs ? Ne faudrait-il pas se réjouir au contraire si l’on est un tant soit peu progressiste du potentiel de radicalité sociale que recèlent les musulmans et l’islam si on lit bien ses textes, et l’associer au mouvement souhaitable visant à restaurer la souveraineté nationale et populaire face au bloc OTAN/UE et qui devrait tout naturellement regrouper agnostiques, athées, musulmans, chrétiens, juifs et autres, opposés aux agnostiques, athées, musulmans, chrétiens, juifs et autres partisans de l’immobilisme social et de la soumission à l’ordre-désordre atlantiste, capitaliste, impérialiste et sioniste.

 

1 Francs-Tireurs et Partisans – Main d’oeuvre immigrée

2Hassan Iquioussen, un des prédicateurs considéré comme « Frère musulman » < https://www.youtube.com/watch?v=OwVLoNfV4p4 >

3< https://www.lexpress.fr/actualite/politique/macronmania-le-fameux-cercle-de-la-raison-peut-enfin-parader_1915060.html > ; < https://www.youtube.com/watch?v=kDZHfO88d8Q >

4< http://www.medias-presse.info/le-mondialiste-jacques-attali-prepare-le-programme-du-futur-president-de-la-republique/26080/ >

1 Union nationale des Étudiants de France

3Front de libération nationale.

4Groupe islamique armé.

5 Nouveau parti anticapitaliste.

6Alors que le Conseil des Églises chrétiennes de France ainsi que la plupart des grandes organisations islamiques de France avaient appelé à voter « oui » au référendum, selon l'hebdomadaire catholiqueLa Vie, seuls 48% des votants catholiques, 44% des musulmans et 42% des protestants ont suivi ces conseils, ce qui témoigne de leur indépendance d'esprit et du potentiel de mobilisation anti-systémique qui existe au sein des milieux religieux. Voir < http://cite-catholique.org/viewtopic.php?f=31&t=895 >

7Union des organisations islamiques de France devenue depuis Musulmans de France.

9< https://lemuslimpost.com/francois-asselineau-candidat-seduit-musulmans.html >

Gauche et islam

La grande peur des élites possédantes, c’est justement ce front commun de classe des prolétaires croyants et non croyants, musulmans, chrétiens ou juifs, chose qui a fonctionné à merveille par exemple lors des dernières élections municipales à Villeneuve saint Georges où la commune à dominante PCF1a été sauvée in extremis du Front national grâce à la mobilisation entre les deux tours des mosquées locales et de l’électorat musulman, mais aussi bouddhiste localement implanté, en faveur d’une gauche locale restée elle internationaliste.

 

Le problème historique de la gauche française est qu’elle a souvent été hésitante face aux luttes anticoloniales ce dont continuent à pâtir les masses issues de l’immigration. Les communistes ont assez bien soutenu ces luttes quand elles étaient dirigées par des communistes, ce qui est compréhensible, mais il a fallu que Moscou leur tire les oreilles pour qu’ils soutiennent l’insurrection d’Abd el Krim dans le Rif qu’on pourrait qualifier aujourd’hui « d’islamiste ». De même, la lutte du FLN algérien n’a pas vraiment été soutenue car ce mouvement mettait de l’avant l’islam, associé il est vrai au socialisme, islam revendiqué jusque sur son drapeau. D’ailleurs, dans tous les pays musulmans, les communistes ont échoué à devenir la principale force des luttes sociales et anticoloniales en raison justement de leur athéisme réel ou supposé. Il ne faut pas oublier que même les drapeaux des mouvements nationalistes arabes depuis l’insurrection arabe anti-ottomane pendant la Première Guerre mondiale jusqu’au baathisme et au nasserisme ont repris les quatre couleurs des quatre armées du prophète Muhammad et le mouvement palestinien de libération le plus puissant à l’origine et réputé laïc s’est appelé le « Fatah », du nom d’une sourate du Coran célébrant la victoire sur les infidèles. Le référent islamique est donc indéracinable en raison non pas d’une bigoterie innée des arabo-musulmans mais parce que l’histoire des 1400 ans de l’islam a été incomparablement pluraliste et a donc véhiculé des courants contradictoires allant de ce qu’on appellerait aujourd’hui l’extrême droite la plus réactionnaire à l’extrême gauche la plus radicale. Et que donc chacun peut trouver ou croit en tous cas pouvoir trouver dans l’islam les référents qu’il n’a pas besoin d’aller chercher dans d’autres religions ou idéologies. Les querelles et les conflits des premiers siècles de l’islam mettaient de l’avant des questions philosophiques, scientifiques et sociales qui ne dépayseraient pas les partisans de la modernité progressiste. Chose inconnue le plus souvent aujourd’hui des classes populaires, musulmanes ou non mais coupées de la connaissance de l’histoire, chose connue et effrayante par contre pour les partisans du conservatisme social, qu’ils soient islamophobes ou islamistes. Le référent islamique suffit donc souvent aux musulmans la plupart du temps pour ne pas les pousser à aller chercher autre chose, d’où la faiblesse sans doute regrettable de la méthode d’analyse marxienne dans les milieux musulmans croyant. Qui explique les dérives émotionnelles, opportunistes et petite-bourgeoises actuelles d’une très grande partie des mouvements politiques se référant à l’islam.

 

Le nationalisme arabe laïc n’aurait toutefois pas connu les succès qu’il a connus s’il n’avait pas fait référence à la tradition « laïque » existant dans l’islam depuis les origines, car il s’agit bien de cela. « Laïc » au sens premier du terme, c’est-à-dire prônant l’entière liberté de conscience, de croire et de ne pas croire, dans une société où les dirigeants musulmans sont chargés de veiller à la liberté conscience de tous au nom des principes mêmes de l’islam. Ce fut cela la plus longue partie de l’histoire du monde musulman ...jusqu’à l’apparition du wahhabisme, du « salafisme », puis du pétromonarchisme comme contrecoup mais aussi sous l’influence de l’impérialisme anglo-saxon. Bonaparte prenant ses cours auprès des docteurs de l’Université islamique d’Al Azhar du Caire, ce qui allait l’aider à élaborer son code napoléon ne se doutait pas que cette religion pleinement rationnelle qu’il encensait était alors déjà menacée par la vipère wahhabite couvée par l’adversaire anglais2. Et Goethe déclarait alors qu’il était musulman, rien de moins. La France et l’Europe c’est aussi cela.

 

L’islam peut il être apolitique ?

C’est pour cela d’ailleurs aussi que la dénonciation de « l’islam politique » n’a aucun sens car l’islam est par principe « politique » tout en se voulant ouvert à la liberté de conscience. On ne peut effacer l’histoire et il faut bien reconnaître que le fondateur de l’islam était à la tête d’un parti qu’il appelait le « Hezbollah », et qu’il a dirigé un Etat et une armée, ce qu’aucun musulman ne peut nier et ce que tout non musulman doit accepter comme un fait ...car, comme on le sait, les faits sont têtus ! Quoi de plus « politique » donc qu’un mouvement préparant la prise du pouvoir puis prenant le pouvoir ? On ne pourra donc jamais demander à un musulman de renoncer à cette part de son patrimoine même si on peut exiger de lui en revanche qu’il fasse un effort pour l’adapter aux conditions d’un monde en évolution permanente. Sous cet angle, les islamophobes les plus radicaux genre Riposte laïque n’ont pas tort quand ils disent qu’il leur faut interdire totalement l’islam. Si l’on refuse toute proposition sociale et politique basée sur l’éthique islamique, ce n’est pas par une « déradicalisation » impossible qu’on y arrivera, ce n’est que par une éradication totale de cette religion. Un choix qu’on a le droit de ne pas vouloir partager. Par contre, on peut accepter une vision mobilisatrice de cette éthique au sein d’une grande mouvance luttant pour la liberté des peuples, de tous les peuples, et de toutes les composantes sociales, politiques, idéologiques et donc religieuses de chaque peuple vivant sur un territoire commun. C’est d’ailleurs ce qui s’est déjà passé au début de l’histoire de l’islam, preuve que c’est possible. Les quelques milliers, pas plus !, de soldats qui en une à deux générations ont « conquis » au Moyen-âge l’immense espace s’étendant de l’Atlantique aux rives de l’Indus ont été accueillis le plus souventen libérateurs car ils étaient alors porteurs d’un souffle progressiste. Si on a une exigence à formuler au « monde » musulman aujourd’hui, c’est bien celle là, d’être à la hauteur du souffle de son message originel négligé ou trahi depuis. Car le premier Etat islamique s’est engagé dans sa charte fondatrice de Médine à respecter la liberté de conscience, ce qui explique pourquoi il y a toujours eu des communautés chrétiennes et juives ou autres jusqu’à la période contemporaine vivant dans les pays musulmans alors que l’inverse ne fut vrai qu’à titre tout à fait exceptionnel en Europe occidentale. Seule l’Europe orientale (Hongrie, Pologne, Russie) a permis une liberté religieuse comparable à celle des pays musulmans depuis le Moyen-âge, ce qui explique qu’elle n’a pas connu les guerres de religion. Mais c’est justement parce que les chrétiens de cet espace avaient adopté le modèle islamique, celui de la Charte de Médine, pour gérer la diversité religieuse et qu’on peut résumer ainsi : ou vous portez les armes et défendez l’État commun auquel cas vous avez le statut des membres de la religion d’État, ou vous faites le choix de ne pas les porter et vous serez protégés mais paierez un impôt spécial pour financer l’armée de l’État qui assure votre liberté de conscience et votre autonomie juridique. Principes à revoir bien sûr dans le contexte d’une société laïque et moderne mais qui participent d’un souffle commun tendant vers la liberté et l’émancipation. C’est l’esprit qu’il faut prolonger, pas la forme.

 

Émergence d’un islam visible

Il est vrai que, dans les années 1960 et 1970, le référent religieux était moins visible chez les immigrés ou les militants des luttes anticoloniales mais il faisait néanmoins intrinsèquement partie des mouvements de lutte. Ce qui a surtout changé en fait derrière les apparences, c’est l’interprétation des textes religieux, entre celle d’un Mohammed Iqbal qui composait un poème à la gloire de Lénine rencontrant Dieu après sa mort et celle du prédicateur Yucef Qaradaoui basé au Qatar, création du colonialisme anglais protégée aujourd’hui par l’US Army, appelant à tuer le guide libyen Mouammar Kadhafi, promoteur lui d’une vision d’un islam socialiste jugé hétérodoxe. L’islam politique a eu tendance depuis les années coloniales à passer à droite, ce qui dans le monde post-colonial veut dire, passer au service du capitalisme mondialisé et de son impérialisme. Mais a-t-on le droit de donner des leçons sur ce thème quand simultanément quasiment toute la gauche institutionnellefrançaise et occidentale est elle aussi passée globalement à droite au cours de la même période ? Où est l’anti-impérialisme de la plupart des mouvements « islamistes » certes, mais où est actuellement l’anti-impérialisme de la gauche occidentale ? Alors soyons tous plus humbles et n’acceptons pas des uns ou des autres qu’ils se posent en donneurs de leçons hypocrites. Que ce soient les « démocrates » libéraux, les «féministes » bourgeoises, les « socialistes » mondialistes, les « sionistes » éradicateurs, les « islamistes » monarchistes ou les libéraux-libertaires et les néoconservateurs, ils soutiennent et sont promus tous par le même pouvoir « global » et s’opposent tous aux courants socialement et nationalement émancipateurs et malheureusement éparpillés qu’on trouve au sein de la gauche restée sociale, marxistes, chrétiens, musulmans, juifs antisionistes religieux ou non, etc. Il existe un islam révolutionnaire comme il y a un communisme ou un christianisme révolutionnaire mais la dominante aujourd’hui, c’est effectivement l’islam conservateur, le communisme conservateur (social-libéral de fait) et le christianisme conservateur.

 

La résilience de l’islam interpelle autant les musulmans figés qu’elle interpelle les laïcs stériles, les communistes en retraite, les chrétiens zombies ou les juifs tribalisés et d’autres. Les musulmans ont souvent oublié qu’ils sont censés ne pas accepter une société basée sur l’usure et sur la spéculation, donc le capitalisme. Et qu’ils sont censés considérer que toute la terre n’appartient qu’à Dieu, et donc que la propriété privée n’est qu’une forme de gestion parmi d’autres qui peut être tolérée à condition qu’elle apporte le progrès à toute la collectivité dans une justice à établir pour tous, but principal de cette religion. Les communistes, sans parler des socialistes, ont oublié qu’ils refusaient la propriété privée des moyens de production et d’échange et les chrétiens comme les juifs ont oublié que la Bible interdit l’usure et l’enrichissement au dépens des autres. Et tous semblent avoir oublié le plus souvent que leurs textes fondateurs reconnaissent la diversité humaine et donc l’existence de peuples qui doivent s’entre-connaître et donc commencer par être libres dans leurs diversités créatives, ce qu’on appelle aujourd’hui l’internationalisme, qui est à l’opposé du mondialisme, du cosmopolitisme bourgeois, et aussi du nationalisme ethnocentrique.

 

1Parti communiste français

2< https://blideodz.wordpress.com/2012/01/24/le-code-civil-francais-de-napoleon-fortement-inspire-par-la-charia/ >; < http://www.alterinfo.net/Quand-Napoleon-s-inspira-de-la-Sharia-islamique-pour-le-code-Napoleonien-et-le-code-civil_a101830.html >

« Beurgeois » contre justiciers

Il est faux de dire qu’il a existé un islam sans voile au moment des luttes de libération nationale. Il y a eu à cette époque convergences dans les luttes de femmes et de militantes portant le hayek et ne le portant pas. Comme cela reste le cas aujourd’hui dans presque tous les pays musulmans, là où la loi le permet. En France, des partis ou groupes tentant de jouer sur l’identité ou le carriérisme pour se placer dans la hiérarchie sociale et mondiale existante sont apparus, comme le Parti des indigènes de la République d’un côté ou Ni putes ni soumises de l’autre, mais qui tentent tous à s’approprier la représentativité d’une communauté « exclue », dans une stratégie de lobbying devant fonctionner dans le cadre accepté des institutions dominantes. On a vu les résultats pitoyables de NPNS avec Fadela Aymara partie soit disant de l’extrême gauche féministe pour atterrir sur un strapontin gouvernemental chez Sarkozy, et les dirigeantes qui lui ont succédé à la tête de cette organisation aujourd’hui en l’état de mort clinique ont été encore plus pitoyables. En fait, ces deux groupes comme tous les autres propagateurs du lobbyisme « laïciste », « racialiste » ou « religieux », malgré leurs divergences apparentes, n’ont pratiquement aucune implantation dans les quartiers populaires où ils sont désignés le plus souvent, il faut le savoir, sous le néologisme inventé localement de « Beurgeois », terme qui montre bien que la conscience de classe existe dans ces quartiers là, ce qui est moins vrai ailleurs. Les courants musulmans qui s’y implantent sont par ailleurs très majoritairement non salafistes ou « intégristes ». Mais qui ose aller écouter les prêches des imams pour vérifier ? ...Si elles sont en arabe uniquement, la très grande majorité de leurs ouailles ne les comprennent pas car celles-ci ne parlent que le français ou les dialectes arabes ou berbères, et si elles sont bilingues, rien n’empêche n’importe quel Français ou Française méfiante à l’égard de l’islam de s’y rendre un vendredi pour écouter1et voir que la plupart du temps, l’intégrisme des mosquées, à quelques exceptions près, n’est que pur fantasme. Le principal problème des mosquées n’est pas l’intégrisme, c’est le faible niveau de formation intellectuelle de beaucoup d’imams qui ne connaissent pas les sciences modernes et ne savent pas aborder les problèmes sociaux.

 

Les ravages « djihadistes » proviennent la plupart du temps de la fréquentation de sites internet pétromonarchistes, mais alors il faudrait d’abord poser la question pourquoi l’école républicaine ...à la dérive, pourquoi les médias français ...à la dérive, sont désertés par des jeunes en mal de vérité ...et qui se baladent là où leurs clic les amènent. Pourquoi le pouvoir a-t-il décrété une politique decensure visantle pluralisme médiatique et les « fake news » censées provenir des puissances émergentes, des sites politiques alternatifs ou des cercles révolutionnaires, et pourquoi rien n’a jamais été fait contre la propagande en provenance de « nos amis du Golfe » ? Personne dans les hautes sphères n’ose établir le lien existant entre la soumission des pétromonarchies aux injonctions des puissances occidentales et l’implantation de leurs réseaux dans les pays occidentaux. Car il existe un lien bien évidemment. On a vu l’ex-ministre Fabius appeler à combattre le président syrien « qui ne méritait pas de vivre sur terre », langage biblique que certains « jeunes » ont appliqué à la lettre pour aller se battre en Syrie et y faire ce que l’ex-ministre considérait alors comme « un bon boulot » ...au service de la branche syrienne ...d’Al Qaïda ! Comprenne qui pourra !!! Aujourd’hui, retour du balancier, ces jeunes qui n’ont fait que suivre les conseils d’un ministre d’une République en déshérence sont dénoncés comme un grave danger terroriste parce qu’ils n’ont pas eu la bonne idée de se faire tuer en Syrie au service des intérêts des puissances de l’argent ! On ne peut pourtant plus, après l’expérience dramatique des manipulations occidentales contre l’Afghanistan à partir de 19792, faire comme si les responsabilités dans la transformation d’un islam émancipateur en un islamisme rétrograde n’était pas d’abord du aux initiatives des impérialismes occidentaux. Il y a des intérêts économiques mais aussi politiques et idéologiques à ce que les grandes bourgeoisies des puissances occidentales répandent un islam stérilisé, et parfois violent, pour contrer la mobilisation et le rassemblement des masses sur des programmes émancipateurs, tirant leurs analyses aussi bien du Coran que de Karl Marx et, pourquoi pas, du général de Gaulle ou de la Bible.

 

Le modèle bourgeois anglo-saxon de communautés juxtaposées mises en position antagonistes à l’image des combats de coqs constitue certainement un contre-exemple de fait antidémocratique, mais il ne faut pas pour autant idéaliser le modèle issu de la 3eRépublique qui est lui-aussi de tradition bourgeoise, capitaliste et colonialiste, et qui n’a que peu à voir avec la communauté politique égalitaire imaginée par Jean-Jacques Rousseau, Robespierre et Saint-Just. Déjà dans l’entre-deux-guerres, mais là il s’agissait des immigrés juifs ou catholiques italiens et polonais, le Parti communiste français dénonçait l’ultra-laïcisme verbal des socialistes qui camouflait à ses yeux leur trahison des principes socialistes et leur soucis d’empêcher, sous prétexte d’intégrisme, aux immigrés d’occuper des fonctions auxquelles les dirigeants socialistes aspiraient pour eux-mêmes ou leurs enfants dans leurs syndicats et leur parti. Avec la dénonciation de la déléguée « voilée » de l’UNEF, n’est-ce pas la même tradition qui resurgit, voilée derrière un brouillard soi disant « laïc » ?

 

Il est clair que, en France comme dans tous les pays capitalistes occidentaux, l’ascenseur social est en panne. Ce n’est pas la faute des masses populaires, musulmanes comprises, s’il en est ainsi. Pire, les classes moyennes sont menacées de déclassement, ce qui provoque des crispations souvent comparables à celles qui ont amené les classes moyennes allemandes au départ libérales vers le nazisme dans les années vingt et trente. La France ne sortira de son blocage actuel que si elle reprend sa souveraineté basée sur une base nationale territoriale rassemblant classes populaires visiblement « laïques » ou pas, mais fondamentalement laïques au sens premier de ce terme, en association avec les milieux issus de la « droite », les catholiques et la bourgeoisie nationale post-gaulliste opposés à la disparition de leur droit à une souveraineté pleine et entière, gage d’une véritable et authentique fraternité des peuples.

 

Islamophobie ?

Un mot semble aujourd’hui poser problème à certains, celui d’islamophobie ...comme s’il n’existait pas de « peur de l’islam » en France ? Peur tout à fait justifiée par le comportement de beaucoup de musulmans et de nombreux États musulmans mais peur sans doute injustifiée à l’égard d’une religion en soi. ...Mais la faute à qui ? En partie aux musulmans eux-mêmes certes, qui se sont laissés aller des siècles durant à la décadence et à la dégénérescence, mais en partie aussi à l’imposition dans les pays musulmans de régimes à la solde de l’impérialisme. On ne s’étonne pas que, après avoir plongé dans la crise de l’endettement ou dans les guerres civiles et les contre-révolutions des pays comme l’Indonésie en 1965, l’Afghanistan en 1979, l’Algérie dans les années 1990, l’Irak à partir de 1991, la Libye en 2011, la Syrie en 2011 et le Yemen, sans parler de la plaie béante que continue depuis 70 ans la Palestine, il n’y ai pratiquement plus de pays musulmans, proposant un modèle, qui social, qui politique, qui économique, et qui soit présentable, offrant des voies de développement alternatif ! Hormis l’Iran, ce qui peut d’ailleurs contribuer à expliquer la frustration et donc l’irritation de nombreux sunnites et Arabes à l’égard de ce pays car c’est le seul, ...et il est persan et chiite ! Irritation ayant une base en fait plus ethnocentrique et identitaire que théologique, ce qui a tendance à produire de la haine qui peut être du coup à la fois violente et infantile car ce n’est la plupart du temps que de la jalousie tribale.

 

Derrière l’islamophobie, la phobie de l’islam, il y a aussi les vieilles tendances récurrentes d’extrême droite néo-païennes qui n’ont jamais accepté le « sémitisme », c’est-à-dire le refus de divinités « à la carte » chargées de légitimer un pouvoir de type pharaonique, hier divinités multiples visibles, assumées et idolâtrées, aujourd’hui divinités béatifiées comme « scientifiques » mais poussant tout autant à la soumission aveugle, à la fragmentation sociale et à la polarisation mondiale, marché, consommation, sexe, pouvoir, convoitise, individu-roi, argent, etc. Iconoclasme sémitique qui a en partie été en réaction la cause de l’antisémitisme judéophobe et aussi de tous les mouvements de réforme d’un christianisme trop paganisé, puis a servi de fondement à l’islam qui a lui-même servi de fondement au développement de la Renaissance, de la Réforme puis des Lumières. Relisez Voltaire, Bonaparte, Goethe, Hugo, Bernard Shaw ou Edward Saïd sur le sujet, et même Luther ou Marx.

 

Révolution islamique pourquoi ?

Il faut dans ce contexte poser la question qui gêne et à laquelle peu de personnes osent s’attaquer. Depuis le siècle des Lumières, toutes les révolutions exprimaient en général une tendance « laïque », même si, en creusant, on doit rappeler que Robespierre était un adepte du culte de l’Être suprême, que la conversion annoncée de Bonaparte à l’islam lors de son séjour en Egypte a été accueilli favorablement par la presse française de l’époque, l’islam apparaissant alors encore comme une religion rationaliste, que la révolution russe avait une incontestable composante iconoclaste, à la fois paysanne christique et musulmane selon les régions, malgré une apparence purement athée3, et que la révolution chinoise n’aurait jamais pu se développer sans le mouvement messianiste néo-chrétien des Taïping qui en a constitué le fondement originel, etc. Mais le véritable changement visible, ou la maturation de ce processus, fut la révolution islamique en Iran. Pour la première fois depuis la révolution française un peuple faisait une révolution en se référant explicitement à la religion. Certes, des partis marxistes ont joué au début un rôle non négligeable et tout à fait héroïque dans cette révolution et s’ils en ont été éjectés, c’est en partie parce qu’ils préparaient un coup d’état à l’intérieur de la révolution, ce que le premier secrétaire du Toudeh a d’ailleurs publiquement reconnu et dévoilé (sic!), ce qui explique qu’il a eu la vie sauve. Quoiqu’il en soit, le fondement de cette révolution était religieux, et si cette révolution n’a pas donné tous les fruits escomptés par ses promoteurs et ses partisans, peut-on dire avec l’expérience de deux derniers siècles que les avancées des autres révolutions ont été tellement plus incontestables que celles de la révolution iranienne qui a redonné au pays son indépendance et sa dignité et poussé vers l’ascension sociale, culturelle et scientifique des masses de « déshérités » ...qu’on aurait appelé ailleurs des « prolétaires ». Cette différence sémantique n’est-elle d’ailleurs pas complètement secondaire pour des humains de progrès social conséquent ? C’est à cela que, au lieu de pleurer et de condamner, les partisans d’une « laïcité radicale » devraient réfléchir en refusant d’utiliser contre « la révolution des mollahs » les mêmes arguments qu’ils refuseraient d’utiliser pour juger les révolutions française, russe ou chinoise. Deux poids deux mesures donc.

 

Il ne s’agit pas dans ce texte, le lecteur assidu l’aura bien compris, d’essentialiser en bien l’islam comme on peut ailleurs l’essentialiser en mal, il s’agit de le regarder sans rancune post-coloniale, sans ethnocentrisme rabougri, sans préjugés irréalistes et sans égocentrisme bigot de secte, qu’elle soit laïciste ou religieuse peu importe. La religion islamique est politique, c’est un fait indéracinable, elle est diversifiée, c’est une réalité de toute société humaine en marche, elle a des règles sociales et vestimentaires enracinées correspondant à une très longue tradition qu’il faut analyser rationnellement et non pas émotionnellement et, enfin, l’histoire a démontré au moins jusqu’à nouvel ordre que l’islam reste indéracinable, et donc qu’une union du peuple de France réellement existant pour sa souveraineté, son indépendance et pour l’égalité ne peut se faire sans son intégration et son respect plein et entier. Le courant du grand fleuve impétueux devant amener vers une nouvelle résistance tout le peuple devra associer courants laïcs, marxistes, chrétiens, patriotiques, souverainistes, internationalistes, musulmans, juifs, etc. en utilisant le meilleur et le plus progressiste existant au sein de chacune de ces lignées.

 

* En dépit des apparences retenues ultérieurement, dans la Grèce antique, la règle vestimentaire était très stricte, une femme qui serait sortie sans se couvrir intégralement, cheveux compris, était considérée comme une prostituée. La nudité n’était pratiquée que dans les lieux fréquentés par un seul sexe, les bains publics, dont les hammams d’aujourd’hui sont la continuation directe. Et si les statues grecques montrent de beaux corps totalement dénudés, de femmes et d’hommes, c’est parce que ces statues sont réservées aux dieux qui sont les seuls à avoir le droit de se dévêtir publiquement ...dans l’au delà donc. ...Le paradis des « djihadistes » incultes et utilitaristes avant la lettre en quelque sorte !

 

Notes : 

1Beaucoup de mosquées diffusent sur leur site internet par ailleurs, les prêches du vendredi de leur imam.

2Il faut rappeler à cet égard que le conseiller du président Carter, Zbigniew Brzezinski, a reconnu publiquement que la CIA est intervenue la première en Afghanistan pour attirer les Soviétiques dans un piège qui a bien fonctionné < https://www.les-crises.fr/oui-la-cia-est-entree-en-afghanistan-avant-les-russes-par-zbigniew-brzezinski/ >. Ce complot montre donc que ce n’est pas l’Union soviétique qui a attaqué en premier le pays mais les Etats-Unis, même si l’on doit admettre que la réponse du Kremlin a été maladroite et mal organisée. On doit à cette occasion rappeler que les « combattants de la liberté » encensés par le président Reagan et qui ont donné naissance à Al Qaïda < https://www.youtube.com/watch?v=sosWVzb8L3c > avaient comme consigne de commencer leurs activités en assassinant dans les campagnes les instituteurs et les infirmières car ceux-ciy apportaient une ouverture d’esprit incompatible avec l’obscurantisme soutenu et propagé par les USA. Dans les pays musulmans, et c’est aussi le cas aujourd’hui en Syrie, il n’a jamais été question pour les puissances occidentales de soutenir des groupes armés libéraux démocrates. La démocratie libérale est un luxe réservé aux seules puissances dominantes et seulement à leurs moments de prospérité.

3 < http://www.lapenseelibre.org/article-marx-lenine-les-bolcheviks-et-l-islam-n-60-104736418.html > ; < http://www.lapenseelibre.org/article-le-socialisme-idealisme-ou-materialisme-au-carrefour-entre-croyance-et-raison-79683133.html >

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 16:44

La mondialisation avec son cortège de délocalisations a abouti au renforcement des seuls secteurs économiques productifs non délocalisables dans les puissances impérialistes, le tourisme, l’économie des drogues et produits pharmaceutiques, le complexe agro-industriel, le complexe militaro-industriel et ses succursales chimiques directes. Pour le reste, les puissances occidentales ne sont plus que le siège des principaux pour le moment gestionnaires et gros actionnaires de l’économie industrielle mondialisée. D’où l’importance grandissante du lobby militaire dans les choix politiques imposés sur les bords du Potomac. Un secteur tentaculaire qui échappe à tout contrôle et qui semble en plus désormais ouvert à toutes les formes de corruption, économique, morale et politique.

La Rédaction

 

Non à la guerre

-

printemps 2018

 

Badiaa Benjelloun

 

En beaucoup de mots cette chose simple est dite, voire démontrée !

 

Le peuple nord-américain, celui que l’on consulte pour nommer ses décideurs politiques et surtout économiques, a clairement affirmé dans un grand élan de ‘déplorabilité’* qu’il faisait plus que douter du bien-fondé des guerres de Bush et Obama. Il a rejeté l’hypothèse d’un gouvernement Clinton - la mère dans le jeu du petit nombre des familles régnantes - qui allait reproduire et amplifier le programme des guerres des néoconservateurs, guerres « préventives » comme unique horizon.

 

Une étude1(1) publiée l’été 2016, intitulée « Les guerres de Bush et Obama ont-elles coûté Clinton la Maison Blanche ? » avait été menée par Francis Shen, enseignant en droit à l’Université du Minnesota, et Dougas Krine, un professeur en sciences politiques de l’Université de Boston. Elle aurait montré que les électeurs étaient scindés en deux groupes. Parmi celui qui a préféré Trump, les familles ayant eu un soldat victime de guerre étaient surreprésentées. Seule cette caractéristique, perte d’une jeune personne au combat, ils l’ont faite varier dans leur modèle statistique, a distingué les deux groupes. 

 

Une enquête d’opinion vient d’être menée par un institut de sondage pour le compte d’un groupe de pression bipartisan, le Comité pour une politique extérieure responsable2(2). L’un des faits saillants de ce travail a montré que près de 86% des personnes interrogées estiment que la guerre devait être le dernier moyen à employer et 56% que l’aide militaire à l’étranger est contre-productive. Ce pourcentage s’élève à près de 64% quand il s’agit de l’Arabie aux mains des Saoud. Surtout, les sondés répondent de façon majoritaire, plus de 70%, comme s’y attend le groupe commanditaire, en faveur d’une législation qui permette au Congrès de contrôler les décisions d’engager un conflit militaire, de superviser les sites de déploiement des troupes et d’exiger de la part des pays récipiendaires de l’aide militaire étasunienne qu’ils adhèrent et appliquent les règles de la Convention de Genève. Le souhait de voir se réduire les engagements militaires étasuniens est partagé par les Démocrates pour 78% et les Républicains pour plus de 64%. C’est sans doute un cas rare de convergence entre les deux partis, ce qui explique le succès ‘inattendu’ de Trump. L’homme orangé à la mèche blonde, dans l’incapacité de tenir ses promesses, est contraint à une surenchère imposée par les différentes composantes du véritable pouvoir.

 

L’addiction à la guerre 

Le poids du Complexe militaro-industriel dans l’appareil du pouvoir US rend compte en grande partie de la validation des théories apparemment farfelues du Choc des civilisations et de la guerre éternelle du Bien contre ses ennemis de l’axe du Mal. La nécessité de disposer d’une supériorité militaire pour protéger et pérenniser la domination financière du dollar vient justifier également un budget pantagruellique du Pentagone. Ces arguments restent cohérents avec la volonté hégémonique d’une grande puissance qui se donne les moyens de dominer le « Reste du Monde ».

Il faut souligner que la part consacrée aux guerres effectives, Afghanistan, Pakistan, Irak, Somalie, Libye, Niger, Mali, Syrie et Yémen ne représente que seulement près de 20% de ce qui est alloué à la Défense**. Le reste, c’est de la maintenance, les pensions, le coût des plus de 170 bases militaires connues officiellement ceinturant le monde et un peu de R&D, de la recherche et du développement. De quoi faire vivre tout un tissu économique complexe et parasitaire, destiné à la destruction.

Donald Rumsfeld, alors Secrétaire à la Défense, avait déclaré le lundi 10 septembre 2001 devant une commission du Congrès que 2 300 milliards de dollars de transactions étaient non traçables. Il a suggéré la difficulté de partage des données d’un étage à un autre au sein de son Département en raison de leur stockage dans des dispositifs soit inaccessibles soit incompatibles entre eux ***. Un rapport de l’Inspecteur Général de l’Armée américaine pour l’année fiscale de 2015 a établi qu’un montant de 6 500 milliards de dollars n’avait pas été justifié dans le Livre comptable3(3) alors que le budget total du Département de la Défense pour cette année-là a été de 565 milliards. Ainsi, les sommes figurant sur le livre d’ajustement des dépenses qui n’avaient pas d’affectations précisées ont représenté 10 fois le budget annuel.

 

Le Casse du millénaire.

Face à cette énigme des sommes « perdues » par le DoD, et très intrigués, Mark Skidmore, Professeur à l’Université du Michigan et Catherin Austin Fitts, membre gestionnaire de la Société de Conseil en Investissements Solari ont entrepris un vaste travail. Ils ont consulté l’ensemble des documents édités par l’équivalent de la Cour des Comptes sur son site internet pour les années entre 1998 et 2015 relatives à la Défense et au Ministère de l’Habitat et du Développement urbain. Les deux investigateurs ont copié et stocké les dits documents dont les liens avaient une fâcheuse tendance à disparaître4. (4)

Le binôme n’a pu retrouver nombre de données sur plusieurs années mais les deux compères ont tout de même réussi à vérifier que dans cet intervalle de 18 années, 21 000 milliards de dollars US de dépense par la Défense n’avaient pas de justification fondée et pour le Housing Urban Development, 350 millions ne correspondant pas à des sommes ventilées avec des reçus les validant. Face à de tels chiffres astronomiques, les auteurs indiquent que le budget annoncé et autorisé sur cette période était de 8 600 milliards pour la Défense, soit près de trois fois moins que le montant effectivement dépensé, et de 781 millions pour le HUD. 

Les deux items le plus fréquemment retrouvés face à des sommes sans ‘reçu’ étaient ‘fond pour équilibrer le bilan avec le Trésor’ et ‘Compte fournisseur’. Un bilan comptable aussi fantaisiste suscite pour le moins quelques interrogations. Les ajustements inscrits dans le Grand Livre comptable pour équilibrer le bilan avec le Trésor supposent un flux de capitaux dont n’est pas notifiée l’autorisation par le Congrès. Pour les engagements supplémentaires destinés à régler les fournisseurs, le DoD n’estime pas utile de fournir un quelconque document. Le budget de la Défense n’est pas plus complexe à gérer que celui d’une multinationale d’envergure, le personnel responsable de sa gestion financière n’est pas plus incompétent qu’un autre. Rien de plus simple pourtant que de faire correspondre chaque flux à une dépense bien cataloguée. L’ampleur des sommes engagées introuvables est phénoménale, l’équivalent de la dette fédérale5.(5)

 

Le leurre, bien pire que des Fake.

La presse sert parfois des petites distractions pour égayer les consciences en leur adressant des leurres. En 2014 par exemple, un certain Bowen Jr a découvert mystérieusement 1,6 milliards de dollars en coupures de 100 dans un bunker situé dans une campagne au Liban. C’est un ami de Bush le deuxième, un Texan. Il aurait mis beaucoup d’énergie à retrouver de l’argent disparu depuis les cargos envoyés en Irak à partir de 2004 pour aider à une reconstruction rapide qui ont acheminé entre 12 et 14 milliards en billets6.(6) Le journal de révérence new yorkais omet judicieusement de préciser qu’il s’agit d’argent appartenant au peuple irakien, détenu dans la Federal Reserve. Plus de 20 milliards d’avoirs de l’Etat irakien avaient été gelés lors de la première guerre du Golfe en 1990. De plus, les fonds provenant de la vente du pétrole irakien dans le cadre de l’opération ‘pétrole contre nourriture,’ versés à l’ONU dans un premier temps étaient ensuite virés sur un compte américain. Un calcul a été fait : un chargement d’une valeur de 2,4 milliards de dollars pèse 30 tonnes pour une cargaison de 40 palettes de billets verts. Or 9 milliards de cette monnaie physique ont disparu, soit près de 110 tonnes. L’effacement de toute trace semble aisé puisque la société engagée pour le stockage du papier vert est basée dans une propriété privée à San Diego avec une adresse postale aux Bahamas.

En avril de la même année 2014, le Washington Posta relayé la trouvaille d’un Inspecteur Général de la Défense. Sous l’autorité de Hillary Clinton, le bilan du département ne pouvait trouver de justificatifs à la dépense de 6,3 milliards de dollars7,(7) 10% du budget de l’année, une broutille devant les dépassements injustifiés qui atteignent trois fois le budget autorisé. En substance, seul le quart des dépenses engagées par le Pentagone est autorisé par le Congrès et seule cette fraction est justifiée de manière comptable.

 

Les passions communes

Shashana Bryen, ancienne responsable de politique sécuritaire au sein du groupe de pression Jewish Institute for National Security Affairs, fréquenté par Richard Perle et Dick Cheney, a prononcé un discours en novembre 2017 lors d’une table ronde de l’American Zionist Movement. Elle y a dressé un tableau récapitulatif des apports de l’entité sioniste à l’armée et la sécurité étasunienne. On y apprend que la guerre de 1973 avait été d’une grande importance pour l’élaboration de la doctrine des armes combinées qui a assuré le succès de l’opération « Tempête du Désert » de 1990-19918. Depuis 1996, les capacités israéliennes en recherche et développement ont évolué pour compléter celles des USA.

Israël est devenu un terrain d’entraînement idéal pour les soldats US car mis en situation réelle du Moyen-Orient. Les guerres de 1967, 1973 et 1982 ont permis de recueillir des informations sur les équipements soviétiques utilisés par les armées des pays arabes. Depuis 2009, des soldats étasuniens sont basés en Israël pour l’élaboration conjointe d’un système de radar. Bien sûr, dans la corbeille de l’Alliance, l’entité sioniste offre un port en eaux profondes à Haïfa, des compétences linguistiques, toutes les langues parlées dans la région avec leurs différents dialectes et accents, des ressources de couverture aérienne et navale pour les opérations américaines ainsi que de réparation de tout le matériel.

Le discours est assaisonné d’une citation biblique (massorétique ou des Septantes?) et l’affirmation angélique pour une spécialiste des affaires militaires que le lien d’union véritable entre les deux pays consiste en la nature des deux nations. Elles sont des créations d’essence divine, céleste ****.

La longue liste des services rendus par Israël aux Usa incluait la destruction d’une installation nucléaire d’origine nord-coréenne en Syrie en septembre 2007. Or il est démontré à ce jour, et cette conférencière dans les écoles militaires américaines et israéliennes ne peut l’ignorer, qu’il s’agit d’une blague, entretenue par le silence des deux parties. La Syrie avait estimé alors plus opportun de ne pas démentir les affirmations israéliennes alors qu’Israël avait réalisé qu’elle n’avait détruit qu’un hangar dans le désert9.(9) Les Usa ont été bernés encore une fois par le Mossad, confirmant l’espièglerie intéressée des adorateurs d’un Dieu notaire auquel on peut s’adresser en l’invectivant. Ce genre d’actions, bombardements à la volée et impunis d’un pays voisin, peut être vendu comme un service rendu et mériter une compensation.

 

Ainsi, les budgets peuvent prendre leurs aises et s’hypertrophier.

Cet équivalent de la dette fédérale introuvable dans les comptes a bien dû servir à financer quelques coups tordus quand les Saoud n’étaient pas de corvée. Les opérations successives d’Al Qaida et de Daesh ont bien été payées par les pétro-monarques. Où donc ont été engloutis les 21 000 milliards de dollars ?

 

15 janvier 2018

 

* Hillary Clinton, alors que la campagne battait son plein, avait caractérisé les électeurs potentiels de Trump de déplorables, au sens de lamentables.

** Pour 2010, 159 milliards pour les théâtres d’opération, sur 708 milliards de dollars prévisionnels.

*** Discours introuvable sur le net mais conservé par dedefensa.orgici : http://www.dedefensa.org/article/rumsfeld-le-jour-davant

**** N’importe quel monothéiste croit que tout survient par la Grâce divine, la tonalité sacrée censée rehausser les établissements sioniste et nord-américain sont alors une pure tautologie.

 

Notes :

1https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2989040

4hhps://solari.com/blog/dod-­‐and-­‐hud-­‐missing-­‐money-­‐supporZng-­‐documentaZon/

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 16:37

Ces deux entretiens avec un des dirigeant du parti Levitsa (Gauche) de la République de Macédoine poursuivent les deux précédents dossiers sur la question.

La Rédaction

 

We need a Balkan socialist movement

-

12 février 2018

Alek Atevik*

LE1: It is interesting to think if, to what extent and how the Left in each country has influenced the Left in the other. The Greek Left has had a formative impact on the Macedonian Left- how, if at all, has the fall from grace of Syriza impacted on the Macedonian Left? Is that so, and if yes, how is this influence reflected in your conversations, strategies and ways of organising?

AA: It is necessary to distinguish the left-wing movement in both countries in the recent period. The Macedonian Left was formed after the nightmare of the breakup of Yugoslavia with the full restoration of capitalism. In this process, the former League of Communists of Yugoslavia played a major role, not as catalyst but as promoter of “free market”, thus beheading the working class of authentic political organization of the masses. The left-wing in Macedonia is still in its germination phase with an absence of a mass labour party and with de factopowerless trade union organizations. The formation of Levica is a positive step only as it stirred the pretty much slimy circumstances and made provocation to depressed activists. It also had negative effect as it showed the degree of strength i.e.weakness of left wing ideologies and detachment from the masses, both with objective and subjective causes. The connection to the GreekLeft wing is second to none, as much as working class is influencing each other. The party Levica and the left-wing movement in general is left alone or is surviving despite the foreign influences.

 

LE2: Recently, the dispute over the name “Macedonia” has re-emerged. We have been informed of squats being burnt down in Thessaloniki following/as part of the nationalist rally; tens of thousands gathered at a nationalist rally in Athens last Sunday. What is behind this re-emergence of nationalism and why do you think it happens now?

A.A: The recent formal trigger is obviously the Macedonian side (the new regime of social democrats of Zaev) that are eager to join NATO. In order to achieve this goal they have to reach an agreement with Greece on the “name issue”. And Zaev is willing to give great concession to Greek nationalists and Western powers just to stay in power.

 

LE3: How are different Left groups in your countries dealing with the renewed spread of nationalism and the absorption of neo-nazi and fascist tendencies into the current nationalist wave on the name-issue?

A.A: It would not be accurate to say that there is a spread of nationalism in Macedonia. Nationalism spread its wings from the violent dissolution of Socialist Yugoslavia and remains an active force in the establishment of all political parties. I would even say that nationalists are in decline and people are fed up by their rhetorics. Of course, the declining VMRO-DPMNE is pushing some nationalist line as one resort of gaining popular support, but their socio-economic policies in the past 11 years have shown in full light their servile attitude towards Western imperialism and their ultimate cronyism. We should not be alarmed by the sectarian fascist or clero-fascist groups as they have existed for 30 years. They are not organized enough to be able to grow into a serious societal power. Needless to say, the way to combat them (the nationalist and other deformations) is to form stronger disciplined working class party.

 

LE4: What is (if any) the spectrum of divergences within the Left in the interpretation/responses to the “Macedonian name” issue?

A.A: The Macedonian side of left-wing politics is opposing any kind of name change as of the principle of self-determination of nations. Those that accept the ultimatum of Greek and Western powers are influenced by the ruling social-democrats, and the reasoning that there is no alternative to EU integration and the state and nation has to obey.

 

 

LE5: There have been multiple solidarity actions across the borders- in the theory and praxis of shaping a left critique of neoliberal capitalism, in its application in relation to the Greek austerity crisis, in the interpretation and response to the refugee crisis, and anti-mining struggles across the borders most recently. What is the level of interaction (if any) between the Left on the two sides of the border in relation to the name dispute?

A.A: You are giving very good examples of interaction between activists. The result of this interaction is very weak and mainly isolated from the population. This just follows from the weakness of our movement. I would like to stress the objective factor of our mutual non-cooperation. The Macedonian Left has more connection with more distant Slovenia as we shared the same history. Also, the countries from former almost socialist states have much more in common. In this, I would not exclude the future collaboration of Macedonian and Greek socialists or communists.

 

LE6: What do you see as the central problem behind the name problem, and what is your position on its “resolution”? What would qualify as a positive outcome in your view?

A.A: The central problem behind the name dispute is capitalism i.e. the Greek weak capitalist class and its petty-imperialist ambitions, the remnants from the Greek Civil Wars, the Counter-revolutionary victory and unsolved national questions on the Balkans. The partyLevicawould expect from left-wing activists to continue their struggle against capitalism and nationalism.

 

LE7:How do you see the socio-political situations in the two countries evolving?

A.A:Macedonia has developed the capitalism of the periphery to the highest degree – forming deep class antagonisms, mass unemployment, constant flux of emigrants, decline in public education and collapse of public health care system. This frustration have toppled down the authoritarian regime of Gruevski and great expectations are on the table with the new or almost new Government. The trade unions are in lull. The main Parliamentary opposition VMRO-DPMNE is experiencing serious losing of ground, although it will remain the greatest party in opposition. Zaev’s Government, on the other hand, is promoting almost the same economic policies as the predecessors and their absence of strategy is evident. The new Government, even though it won the voters with left-wingish propaganda, it is from day to day proving to be pro-capitalist and their initial support is in decline.

 

LE8:What do you see as the future of the left in the region?

A.A:Capitalism will bring new challenges for political activists – eventually the new crisis will provoke people to enter politics. The Balkan region will not be passed by. The democratic capacities of left wing organization will be tested as much as their correct strategy towards the masses. The only ones that will survive and grow will be the ones that are dedicated to the formation of political cadres and organizational networks or branches. In this respect, with huge exception in Greece, the Balkan region is lagging behind. We need mass internationalist labour parties in all countries of the region and we need them now. The slogans for Balkan socialist movement should be changed towards “For socialist federation of the Balkans, for a European socialist union”.

by lefteast : http://www.criticatac.ro/lefteast/alek-atevik-we-need-a-balkan-socialist-movement/

Alek Atevik is working in Skopje. He is an editor of Nova iskra and a member of the Marxist Organization Crveni(« Reds »).He is Member of the Central Committee of the Macedonian organization Levitsa (Left), a leading figure in the Yugoslav section of the International Marxist Tendency (IMT) and a founding member of Levica(« Left »),where he is acoordinator of Program Sector Foreign policy, Defense and Security.

 

Greece and Macedonia: ‘Unite against our common enemy!’1

 
Alek Atevik spoke tEpanastasi[‘Revolution’] about nationalist myths and the need for internationalist class solidarity.
 

The Greek ruling class claims that Macedonians are not a nation and that the Macedonian language does not exist. What is the truth?

The starting position should be the national liberation movements in the Balkan Peninsula in the 19th century. All of them were directed against either the Ottoman Empire or the Habsburg Empire, both of which were multinational states with emerging capitalist relations. With the help of Russian, German, English, French and Austro-Hungarian forces the Ottoman Empire began to decay, starting with the formation of the Greek monarchy. A little later it continued with the setting up of the Romanian, Serbian, Bulgarian and Montenegrin monarchies.

The concept of ‘Megali Idea’ [a Greater Greece], ‘San Stefano Bulgaria’ [a Greater Bulgaria based on the Treaty of San Stefano signed between Russia and the Ottoman Empire in 1878] and similar such ideas can be found in all the Balkan bourgeoisies, which is to expand as far as possible one’s own territory at the expense of one’s neighbours. The national question, therefore, took on a bloody character, and instead of bringing development and progress, it was a call for perpetual wars, military actions and propaganda, violent changes of demographics… So, it is not only the Greek ruling class that has claims against their neighbours. The same is true of the modern Bulgarian ruling class, and in the past – before the People’s Liberation War and Revolution (1941-44) of the Serbian ruling class.

It took a civil war in Yugoslavia, with on the one side the Communist partisans, and on the other all the different mutually antagonistic sections of the bourgeoisie, to cut across the chauvinist propaganda, so the Serbian ruling class cannot sell this idea to the Serbian people. For example, even the ultra-Serb nationalist Šešelj denounced the earlier attitudes prevailing in Serbia that Macedonians are southern Serbs. In Greece, we saw similar tendencies during World War Two, but as in the Greek Civil War, the winners were the capitalists, the hatred was intensified. Thus, we can see that the reactionary ideas imposed on the Balkan proletariat will only finally be changed with socialist revolution.

The existence of a Macedonian nation was confirmed after World War Two with the creation of the Macedonian state within the Federation of Yugoslavia. It is true that this nation is small, but can any sane person claim that the Slovaks or the Slovenes don’t exist as nations? As for the Macedonian language, it is a recognised Slavic language, with a separate orthography, unique letters and words, and Bulgarians or Serbs can understand it with a little help, somewhat like the Dutch language for the English or Germans.

What is the general mood in Macedonian society regarding the conflict with Greece, and regarding NATO and the EU?

People in the Republic of Macedonia (RM), no matter their political affiliation or ethnicity, seem to be fed up with this and blame the Greeks (the Greek government) for their irrational policy of demanding name change. They blame Greek policy for the blockade of NATO and the EU, but this is truly seen as one minor factor. The vast majority consider that it is local politics and strategy that are restraining economic development. So, the ruling parties (the Social-Democrats and the Albanian-speaking Democratic Union for Integration) are willing to bow down and accept some new name just to get NATO membership. This will temporarily strengthen their position, as NATO membership has been a national myth of ‘progress and prosperity’ for the past 25 years.

The open door to the EU will further bring benefits for the government, as the EU has been even more uncritically accepted as a saviour from economic despair ever since the break-up of Yugoslavia. Here, we should also note the pressure of American imperialism on the Macedonian government to integrate the state within NATO, and to present this enlargement as a success for the present-day failing American foreign politics.


 

Do you think that there is any strong mood among the people for ‘expansionism’ at the expense of Greece? Are there any elements of expansionism in the current constitution?

[Jokingly] There is great interest in Halkidiki, Asprovalta and Platamonas [Greek seaside holiday resorts] for summer ‘expansions’. Thessaloniki is also a centre for regular shopping by the upper-middle classes. It is a joke that such claims of ‘Fyromian expansionism’ can even be considered [Note: FYROM, Former Yugoslav Republic of Macedonia, is the name Greece insists that Macedonia uses]. The country hardly has an army, and NATO came into Macedonia and the country openly collaborates with it, which means that the army of the Hellenic Republic is fully informed of the capacities of the small professional army here.

As for the constitution, our readers should know that it was changed with amendments imposed by the Hellenic Republic in 1995. Thus, in the constitution there is already Article 3 which states clearly: “RM doesn’t have territorial pretensions towards neighbouring countries. The borders of the Republic can be changed according to the constitution, on the basis of voluntary action and within accepted international norms”. Also, Article 49 has the following line, imposed by Andreas Papandreou’s government: “The Republic will not interfere in the sovereign rights of foreign countries and their domestic affairs”.

Any attempt to find irredentism in the written law is very superficial. There are no political forces within RM that have goals of occupying parts of larger region Macedonia, even further there are political forces outside of Macedonia of occupying the territory of present day RM. It would be nice to hear again from these people what should be changed in the constitution. So far, there are proposals and some political demagogy from the Greek Minister of Defence, Kotzias to change the formulation of ‘Republic of Macedonia’ with some term like ‘Republic of Northern Macedonia’, as if the change of name would stop the mighty Macedonian army and millions of people from conquering the world!


 

In Macedonia, Is there any room for the development of an internationalist proletarian movement, as part of such a movement across the whole of the Balkans?

What we can see after almost three decades of capitalist development is the decay of almost all the gains of the working class (wages, working hours, working conditions, pensions, holidays and workers’ hotels, allowances and so on). One can observe very weak trade unions and a decrease of the membership, while the labour aristocracy serves the ruling parties. From time to time there is some turmoil within them, but generally speaking they are stable in their reorientation towards any new government – like sunflowers (who always turn towards the sun), we say.

We can expect that a mass, working-class movement will be absent in the near future, but at the same time the workers will realise by themselves that the bourgeois institutions and parliamentary parties are impotent to solve the real burning questions. What we need is a clear socialist programme and strategy to win them over. It is crucial that the small forces of revolutionary Marxism (that have been working for quite some time) are developed, locally, but also in the region. That is one of the reasons why communists from Macedonia joined the Marxist Organization Crveni: a joint group of communists within the former Yugoslav territory.


 

Given that Levicahas emerged as quite a strong force in politics, what is its political line and what is its perspective?

Levica, formally is not at all a strong force, but given the obstructions from the legal system, the pressure on some of its leading members, the financial difficulties, the low level of political culture, and the false use of left-wing ideas, Levicacan be proud of what it has achieved. Example of these difficulties are the four separate cases of prosecution against the party leadership, or the case where some intruders demanded taking over the party by judicial means twice, which we won by the way, or the sabotage two days prior to the elections and so on.

Levicawill remain in opposition to the capitalist system, a system created by the bosses’ parties and their rulers, and it will not join any of the large coalitions and time will vindicate our correct tactics. The strategy is to build the party of workers, so we support in different ways individual and collective workers’ struggles, offering both legal help and solidarity actions. The party has a news and information website that promotes anti-imperialist and anti-nationalist ideas. It is developing a network of branches, not at a high pace.

Communists working in the Marxist organization Crveni are actively participating in the Levica party, and they are given confidence with leading positions. I am member of the Central Committee and Coordinator of the Programmatic sector, Foreign policy, Defence and Security.

Levicais the only party that stands against joining NATO, and also the only party that expresses open criticism of the servile Macedonian politics. Thus, we proposed ending the so-called negotiations over the name of the country done by the right wing and the so-called social-democrats. At the same time, we reject the false historical rhetoric that Macedonians are ‘sons and daughters of Alexander the Great’. We are also ferociously against the historic revisionism of the nationalists under the previous government of Gruevski. In Macedonia Levica is attacked for its position on name change, as nationalists or even fascists, but we just cannot side with Greek nationalism or any kind of nationalism.


 

What is the attitude of the working class and the youth towards the Titoist period and the old unified Yugoslavia?

In all the former Yugoslav republics, more or less, the working class, in particular the white-collar workers, have a positive attitude towards the Socialist Federation of Yugoslavia. Their feeling is that it was someth